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BULLETIN
DE LA
/ r
SOCIETE DE GEOGRAPHIE
iNixIène aérle
TOME XX
LISTE
DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA SOCIÉTÉ*
MM.
* Marquis DE Laplagë.
'^Marquis de Pastoret.
* Vie DE ChATEADBRUND.
* C'e Chabrol de Volvic.
* Becquey.
*Ct® Chabrol de Crou-
SOL.
* Baron Georges Cuvier.
* B"» Hyde de Neuville.
* Duc DE DOUDEAUVILLE.
* Comte d'Argout.
* J.-B. Eyriès.
* Vice-amiral de Rigny.
* Contre-am. d'Ur ville.
*Duc Degazes.
* Comte DE MONTALIVET.
* Baron de Barante.
* Général baron Pelet,
* Gdizot.
* De Salvandy.
MM.
♦Baron TUPINIËR.
* Comte Jaubert.
* Baron de Las Cases.
* ViLLEMAlN.
* Cunin-Gridaine.
* Amiral baron RoussiN.
* Am. baron de Magkau.
* B*" Alex. DE HUMBOLDT.
* Vice-amiral Halgan.
* Baron Walckenaer.
* Comte MoLÉ.
* De LA Roquette.
* JOMARD.
Dumas.
* Contre-am. Mathieu.
* Vice-amir. la Plage.
* Hippolyte Fortoul.
* Lefebvre-Duruflé.
* Guigniaut.
* Daussy.
MM.
* Général Daumas.
* Élie de Beaumont.
* ROULAND.
*Am. Desfossés.
C. DE Grossolles-Fla.
harens.
* Duc de Persigny.
Vice-amiral de la Ron-
gière-le Noury.
* Comte Walewski.
De Quatrefages.
* Michel Chevalier.
Alfred Maury.
Vivien de St-Martin.
♦Mis DE ChASSELOUP-
Laubat.
Meurand.
Contre - amiral Mou-
chez.
Ferdinand de Lesseps,
COMPOSITION DU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ
POUR L'ANNÉE 4880-1881
Président M . le vice-amiral baron de La Ronciére-le NouRY,8énateur.
M. Alphonse Milne Edwards, membre de Tlnstitut.
Vice- présidents
|m. le
/M. J.-
I Phi<
(m, L.
colonel Laussedat, directeur des études à l'École
Polytechnique.
M. J.-B. Paquier, professeur d'histoire et de géogra-
crutateurs . . . . | phie.
Brault, lieutenant de vaissseau.
Secrétaire M. le D' J. Harmand, médecin de la marine.
TRÉSORIER DE LA SOCIÉTÉ :
M. Meignen, notaire, rue Saint-Honoré, 370.
AGENCE :
A Thôtel de la Société, Boulevard Saint-Germain, 184.
M. Charles Aubry, agent.
I . La Société a perdu tous les Présidents dont les noms sont précédés d'un *.
BULLETIN
DELA 'lô'à~))Ù
f _/
SOCIETE DE GEOGRAPHIE
RÉDIGÉ
ATEC LE CONCOURS DE LA SECTION DE PUDLICAIION
PAR
LES SECRÉTAIRES DE LA COMMISSION CENTRALE
SIXIÈME SÉRIE. — TOME VINGTIEME
ANNÉE 1880
JUILLET — DÉCEMBRE
PARIS
LIBRAIRIE DE CH. DELAGRAVE
ÉDITEUR DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
15, rue Soufnot, 15
1880
COMPOSITION DD BUREAU
ET DES SECTIONS DE LA COMMISSION CENTRALE
POUR 4880
Président
Vice^présidents
Secrétaire général . .
Secrétaire adioinU.,
BUREAU
M. Alfred Grandidier.
i M. le D' E. T. Hamy.
I M. Adrien Germain, ingénieur hydrographe.
M. Charles Maunoir.
M. Julien Thoulet.
Président honoraire M. Eugène Gortahbert.
Secrétaire général honoraire. M. V. A. Malte-Brun.
Secrétaire- acUoint honoraire,^ M. Richard Gortambert.
Archiviste-bibliothécaire M. Tabbé Durand.
Le vice-amiral baron de La Roncière-le Noury, sénateur, Président de
la Société {hors section).
Section de correspondance.
MM. Barbie du Bocage.
Richard Gortambert.
Daubrée, de l'Institut.
Lucien Dubois.
Henri Duveyricr.
Gharles de Ujfalvy.
MM. Gharles Gauthiot.
Victor Guérin.
William Hiiber.
Le comte de Marsy.
F. Perrier, de l'Institut.
L'abbé Durand.
Jules Garnier.
Membres adjoints,
MM. le D* J. Harmand et Franz Schrader.
Section de publication.
MM. Antoine d'Abbadie, de l'Institut. IMM. Jules Girard.
Eugène Gortambert. | Emile Levasseur, de l'Institut.
Delesse, de l'Institut. V.-A. Malte-Brun.
De Quatrefages, de Tlnstitut.
Guillaume Rey.
Membres adjoints.
MM. Viaal Lablache et J.-B. Paquier.
Section de comptabilité.
MM. Henri Bionne. MM. William Martin.
Gasimir Delamarre. Meignen, notaire, trésorier.
M. Félix Fournier. Paul Mirabaud.
James Jackson.
Membres honoraires de la Commission centrale.
MM. Edouard Gharton, de l'Institut, sénateur. — Jules Godine. — • Le
docteur Alfred Demersay. — Ernest Desjardins, de l'Institut. — Alfred
Maury, de l'Institut. — Le vice-amiral Paris, de l'Institut. — Vivien d«
Saint-Martin.
MÉMOIRES, NOTICES
VOYAGE A L'OUEST DU HAUT NIL'
Par le Ooetenr PAMAGIOTEiS POTAGOiS.
(1876-1877)
£n arrivant au Caire, j'allai tout d'abord demander au
docteur Schweinfurth, le voyageur « au cœur de l'Afrique i^,
des renseignements sur les pays qu'il me faudrait traverser.
Comme j'avais déjà visité les Indes, M. Schweinfurth m'en-
gagea à considérer avec soin les plantes que je rencontrerais
dans les régions tropicales. Il espérait que je pourrais con<^
firmer son hypothèse sur l'origine de ces plantes et recon-
naître en elles des espèces venues de Tlnde dans le conti-
nent africain à des époques très anciennes. Mais, pour moi,
je préfère m'en tenir à l'opinion de nos pères : les êtres sont
répartis suivant les lois constantes des climats dans des ré-
gions distinctes, et chaque espèce naît et se propage h la
place que la nature lui a assignée. Sans doute, il y a des
exceptions à ces lois; il faut admettre dans certains cas
des hypothèses analogues à celle de M. Schweinfurth ; mais
je ne puis le faire pour le cas présent. Je ne connais pas
d'agents physiques ou autres capables d'opérer un sembla-
ble rapprochement entre des contrées aussi éloignées.
M. Schweinfurth me dit d'autre part qu'un passeport du
gouvernement égyptien me serait fort utile dans les pays
troublés par la guerre d'Abyssinie ; il me conseillait de
m'adresser à notre consul pour l'obtenir. Je n'osai le prier
d'être lui-même mon intermédiaire, et mal m'en a pris de
n'avoir pas mis à profit son obligeance. Il me quitta en me
1 . Voyez la carte jointe à ce numéro.
6 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
remettant une carte d'Egypte qui portait son nom et en me
demandant de lui écrire comme à un ami. Je lui ai écrit, en
effet, de Mofio, une longue lettre ;j'y avais consigné avec soin
celles de mes observations qui ne s'accordaient pas avec les
siennes. Je crois que ma lettre ne lui est jamais parvenue.
Comme je le craignais, je perdis au Caire mon temps et
ma peine. Je n'obtins pas de passeport, et, après mille en-
nuis de toutes sortes, je ne quittai la ville que le 5 jan-
vier* 1876. Je gagnai Siyoût en chemin de fer : sur maroute, h
el-Ouasta, je vis l'endroit où l'ancien lit du Nil est le mieux
marqué. Il me rappela Memphis, qui était autrefois la plus
belle ville du monde, aujourd'hui disparue et perdue
dans les sables. Le soir même nous étions à Siyoût, la Legou
des Coptes, la Lycopolis des anciens. Il me fallut attendre
quinze jours chez un de mes amis que la caravane à laquelle
je devais me joindre jusqu'à el-Obeïd ou Libey, eût achevé ses
préparatifs. J'aurais voulu, pour éviterKhartoum etlethéâtre
de la guerre, gagner directement le Darfour par une marche
de quarante jours à travers le désert, mais je ne trouvai
point de caravane.
Je ne parle pas, entre Siyoût et Asouân, des ruines de
l'ancien empire, merveilles qui s'offrent à chaque pas à
l'admiration du voyageur. Les lenteurs, peut-être intéressées,
du gouverneur d' Asouân me firent encore perdre dans cette
ville au moins vingt jours que je passai à ChelâP, à obser-
ver la cataracte et les îles que le fleuve forme en cet en-
droit. C'est à une demi-heure de là que se voient ces fa-
meuses roches de granit admirablement disposées par la
nature le long du Nil, en face des îles Mpigué et Berba. Ce
sont les granits de Syène et d*Éléphantine, sur lesquels les
prêtres de Tancien empire ont laissé tant d'inscriptions en
l'honneur des dieux, à la gloire des Pharaons. J'ai pu étudier,
1. Les (l;Uns se rapportent au calendrier grec, qui retarde de 12 jourd
sur notre calendrier,
i. Chelâl ligniDi^ an fyançniti les cataractes i
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 7
mon Hérodote àla main, tout le cours du Nil jusqu'à Syène,
et je tiens pour certain, d'autre part, qu'en rapprochant les
renseignements de notre vieil auteur des livres coptes,
des traditions et des noms que j'ai recueillis dans le pays,
on pourrait établir d'une façon sûre la géographie ancienne
de toute la contrée jusqu'à la région des Ghelouks. Les
historiens trouveraient certainement quelques avantages à
cette restitution que j'ai faite et que je donnerai peut-être
un jour au public.
De Ghelâl, je passai entre les îles Mpigué et Ouanarti, et
après avoir passé avec attention la roche qui affleure à la
surface de Teau entre l'île Mpigué et l'île d'el-Hessi que je dou-
blai, je pris d'abord la direction du sud, puis celle de l'ouest.
Les eaux du fleuve qui forme alors de nombreux détours,
sont troublées par une écume abondante; cependant elles
paraissent profondément calmes : on n'entend qu'un bour-
donnement sourd. Ce singulier phénomène attira mon at-
tention : à l'ouest je vis une montagne formée en partie de
sable, en partie de roche. Les indigènes m'assurèrent que
l'eau du Nil se perd sous le sol et alimente les différentes
oasis situées sur la rive gauche de son cours. Quand ce ca-
nal souterrain est intercepté, on n'entend plus le moindre
bourdonnement; dès qu'il est de nouveau libre, le bruit re-
prend. Faut-il réellement admettre que l'eau du Nil arrose
ainsi toutes les oasis? Le lac Mœris paraît bien avoir été un
marais entretenu par les eaux du Nil, avant que le roi de ce
nom ne l'ait mis en communication directe avec le fleuve.
On a remarqué qu'au nord de Oéné la rivière est plus abon-
dante qu'au sud. Or, en différents endroits on trouve des
puits dans le lit même du fleuve, et dans le canal de Joseph,
quand les eaux sont basses, l'eau se rencontre au-dessous
des terrains formés par le limon du Nil, et parfois en si
grande abondance qu'un bâton de fer enfoncé perpendicu-
lairement pénètre facilement dans ce sol humide et ne s'ar-
rête que sur la couche de pierre placée au-desâoùs du sable«
8 yOYAGE A L*OUEST DD HAUT NIL.
L'eau des puits subit les effets des trois crues du fleuve,
et ce phénomène ne peut s'expliquer par la seule inondation
des terrains. Il faut nécessairement que l'eau provienne de
l'espèce de réservoir formé naturellement par les assises
pierreuses sur lesquelles reposent les sables de l'Egypte.
A Dongla Abgoust, on rencontre dans le désert un puits
profond (Jui se remplit à l'époque des inondations du Nil.
Plus au sud, à'Amrî, les puits sont plus nombreux, mais
moins abondants. J'ai remarqué à l'ouest des montagnes
d'Abou-Hàrâza un nid de termites ou de fourmis blanches.
Elles s'établissent toujours près de l'eau, à la surface du sol,
ou plus avant dans l'intérieur de la terre quand l'eau se trouve
à une certaine profondeur. A Kadjmar, les puits sont abon-
dants et leurs crues suivent celles du fleuve. A Bara, le même
phénomène se produit encore. A Libey ^ les habitants ont
remarqué que l'eau est à vingt mètres plus bas qu'autrefois.
Je ne vois à ce fait qu'une explication : l'eau aura trouvé
plus profondément un autre canal et abandonné celui qu'elle
suivait d'abord. Pour l'atteindre maintenant, il faut per-
cer la roche sur une profondeur de dix à quinze mètres
environ. Ainsi, le Nil n'est pas seulement ce fleuve nourri-
cier dont les inondations entretiennent la vie végétale et
môme animale en Egypte; son action bienfaisante lutte
contre les influences funestes de la sécheresse et du désert.
Il se répand, pour ainsi dire, hors de son lit, pour alimenter
tous les puits que je viens de nommer, pour fertiliser les
oasis de là Nubie occidentale.
La contrée où il ne pleut jamais (à6p«xToç x*"/*») est à
Pouest du Nil, entre les montagnes de 'Amrî et une ligne qui
passerai t par Siyoût. Autrefois cette ligne passait plus au nord
par Alexandrie. Elle se déplace avec les modifications de
température que subit notre planète. A l'est du Nil, la ligne
des pluies s'étend au nord jusqu'aux montagnes voisines
1 . Chcf-Iiea du Kordofàn, appelé el-Obeid sur les cartes.
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 9
de Qorosco, et plus on avance vers Test, plus la ligne des
pluies se rapproche du nord. Elle atteint même les mon-
tagnes de TEtbaye. Je chercherai à expliquer ce phénomène
quand je traiterai la question des pluies tropicales.
Je trouvai à Ouâdi Halfâ l'ingénieur du chemin de fer,
M, Johnston. Il est aussi aimable que savant. Il me parla de
ces lits desséchés des torrents que Ton voit si fréquemment
dans les régions privées de pluie. Je lui marquai à mon tour
mon étonnement de l'indififérence des voyageurs qui n'ont
pas relevé entre le Caire et Ouâdi Halfâ tant de faits si remar-
quables. Depuis cette époque, M. Johnston a donné au
public une carte de l'Egypte dont la précision et l'exactitude
méritent tous les éloges.
Entre Ouâdi Halfâ et Dongla'Ordi le Nil n'est pas navigable.
Nous avons fait la route à dos de chameau. C'est ce jour-là
que je fus le plus à même d'observer le phénomène du
mirage. De Dongla^Ordi à Abgoust nous avons repris quel-
que temps notre bateau pour le quitter définitivement et
prendre jusqu'à Libey la route de terre, à travers un désert
où l'on ne trouve de l'eau que dans les puits dont j'ai parlé
plus haut. Je fus d'abord retenu par les difficultés que notre
caravane rencontrait à se procurer des chameaux. Pour
ma part, je pus enfin en acheter un à mes frais et me
joindre à une autre caravane qui était prête à partir. A la fin
d'avril je traversais le désert entre Kadjmar et Bara. Cette
saison est pour les Arabes l'époque des semailles. Ils les font
d'une façon toute particulière. Ils creusent des trous où ils
jettent le grain et qu'ils recouvrent ensuite de terre. Dans
les endroits où la couche de sable est très légère et seule *
ment superficielle, ils répandent le grain à la façon euro-
péenne, puis ils le recouvrent en remuant le sable avec des
branches d'arbre. Ils attendent alors en toute sécurité la
pluie, dont le retour est invariable. Le 1" mai, la première
pluie tomba tandis que nous nous rendions de Bara à Libey.
Le 2 du même mois, j'étais à Libey.
10 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
Les oiseaux connaissent peut-être mieux encore que
l'homme le commencement delà saison des pluies. Ils des-
cendent tous les jours en troupe dans les endroits où ils
peuvent trouver leur nourriture; là ils se gorgent d'insectes
que l'action des pluies développe sur les corps des ani-
maux ou des esclaves infidèles, qu'on a coutume de ne
pas enterrer. Avant la pluie on les voit se serrer sur quel-
ques arbres elfeuillés ; ne trouvant rien à manger sur cette
terre desséchée, sablonneuse et brûlante, ils se pressent sur
les branches des arbres, oîi ils se disputent la moindre place.
J'attendis àLibey, jusqu'au 19 mai, le départ de la nouvelle
caravane que je devais suivre.
A Aboû-Hârâza, la végétation tropicale des forêts afri-
caines m'apparut pour la première fois. Nous suivions alors
une direction généralement tournée vers le sud-ouest. Tout
à coup, au nord, nous apercevons fort loin de nous une
masse sombre qui se dressait jusqu'au ciel et nous fermait
entièrement l'horizon. Était-ce une chaîne de montagnes?
Nous le croyions, mes gens et moi. Mais ceux qui connais-
saient bien le pays n'avaient jamais entendu parler de mon-
tagnes dans cette direction. Cependant la masse s'élargit et
s'élève davantage en se dirigeant vers nous. Puis bientôt
souffle une brise dont la force s'accroît rapidement; elle de-
vient même si violente que nos chameaux ont grand'peine à se
tenir debout. Enfin nous sommes enveloppés par un nuage de
poussière et plongés dans les ténèbres. Le vent nous jette à
la tête des pierres que nous essayons d'éviter en nous réfu-
giant derrière nos bagages. Cette trombe, après tout, était
loin d'être aussi violente que celle dont j'ai soulfert aux
Indes avant de passer la Djamouna. Au bout de cinq minutes
l'atmosphère seule était restée obscure; le vent diminuait;
il jetait encore de temps en temps, par rafales, de grosses
gouttes de pluie; mais nous avions le temps d'arranger nos
bagages de notre mieux et d'alléger nos chameaux. Peu à
peu les grosses gouttes de pluie se changèrent en une pluie
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 11
diluviale qui fit du sol une véritable mer où Teau coulait
à flots, entraînant dans son courant d'immenses troncs
d'arbres. L'averse dura vingt minutes; une bruine légère lui
succéda et la pluie cessa enfin. C'était la première qui tom-
bât dans le Kordofân, où les pluies annuelles durent en
moyenne trois mois. Leur durée à Hofrat el-Nahâs est de
sept mois; de neuf dans le pays des Niam-Niams, et même
dans la région équatoriale elles ne cessent pas de toute l'an-
née. Il ne faudrait pas croire qu'il pleuve continuellement
pendant tout ce temps; les averses, plus ou moins abon-
dantes, reviennent à des intervalles plus ou moins rappro-
chés. Dans la période de la sécheresse la pluie manque tout
à fait; c'est la saison d'été. Ainsi, depuis Libey jusqu'à
l'équateur, sur une étendue de treize degrés, il n'y a que
deux saisons marquées par la présence ou Tabsence de la
pluie; saisons inégales dont la durée varie suivant qu'on se
rapproche plus ou moins de l'équateur.
Le 24 mai j'étais à Sata, dans la région du Hamâra où les
puits font absolument défaut. Les indigènes ont alors comme
unique ressource l'eau qui séjourne, quelque temps après
la saison des pluies, dans de petits lacs qu'ils appellent
foûL Quand ces lacs assèchent, on fait avec des troncs
d^arbres creusés d'immenses tonneaux où l'on conserve l'eau
pour les hommes et les animaux. Les voyageurs ne peuvent
se procurer d'eau qu'en achetant de ces tonneaux *. On ren-
contre des tonneaux de ce genre (debeldié ou el Hamâra ^) de-
puis Aboù-Hârâza jusqu'à Timboun, dans tout le pays qui
est privé de puits. Le fruit des arbres qu'on emploie à cet
usage, beaucoup plus gros qu'une noix de coco, contient une
pulpe assez aigre qui procure cependant un rafraîchisse-
4 ment fort agréable. Ces arbres si utiles, si admirablement
1 . Les tonneaux sont si grands qu'un seul suffit pour alimenter une
famille et ses animaux pendant l'année.
2. Tonneaux ou barils semblables; ils se font avec le tronc tnajestueuit
h} debeldié ou el-Hamài^a*
12 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
placés par la nature dans ces contrées brûlées, sont, pour
ainsi dire, le caractère distinctif dupays auquel ils ont donné
leur nom (Hamâra).
De Sata trois routes se dirigent vers le sud-ouest; mais
elles se réunissent toutes à Faqib Zakariya, dans le pays des
Arabes Baggaras, oti les puits sonttrès abondants. Le27nous
quittions Sata et le 29 au soir nous laissions au sud les mon-
tagnes de la Nômba, d'une hauteur assez faible, mais fort
rapprochées les unes des autres. Les Arabes en comptent 99:
il ne faut pas prendre ce nombre à la lettre. C'est un chiffre
que les Arabes emploient au hasard pour marquer la mul-
titude des objets. Je réserve l'histoire de ces montagnes
jusqu'au jour oîi je donnerai au public la relation de mon
voyage d'Alexandrie au pays des Chilouks. Le 30, àTimboun,
nous atteignions la frontière des Rizegâts et le 1" juin nous
étions à Aboû Na'am. C'est le pays des iVa'am (autruches) dont
lesplumes servent à orner la tête de nos femmes . Enfin le 2 j uin
j'entrai à Faqih-Zakariya. A l'est se trouvait la Nômba, à
l'ouest le désert qui nous séparait de la contrée du Four (le
Darfour)et que peuplent les Rizegâts à l'époque des pluies.
De Faqih-Zakariya on peut suivre une route qui gagne la
contrée du Chêkka, et passe par un puits nommé Moundjilat,
eu inclinant vers le sud -ouest. Une autre route traverse la
région de la Nômba et le pays des Ndjangués; elle se dirige
vers le sud. C'est la plus courte, mais elle est sans cesse in-
terceptée par les guerres que la traite des noirs suscite entre
les indigènes et les Arabes; aussi ne saurait-on s'y engager
sans danger, sauf toutefois à l'époque des pluies. Nous avons
choisi la première route, sans nous arrêter d'ailleurs à
Moundjilat, que nous vîmes le 7 juin. On prétend, en effet,
que dans cet endroit les pluies donnent naissance à des
mouches qui s'attaquent aux animaux et dont la piqûre est
mortelle. D'autres affirment au contraire que, si les animaux
meurent, c'est plutôt par l'action de certaines herbes dange-
reuses qui se développent autour de ce puits pendant la
VOYAGE k l'ouest DtJ HAUT NIL. !3
saison humide. Les bœufs seuls ne seraient pas exposés,
aussi les indigènes ne se servent-ils que de bœufs. Ainsi
s'explique l'origine de leur nom (Baggâra, c'esl-à-dire
« hommes qui élèvent des bœufs »).
Le 1 1 du môme mois nous arrivions à Ghèkka. Notre marche
était souvent interrompue par la pluie. Nous trouvions les
foûl remplis d'eau, et nous nous croisions sans C6i»se avec
des Arabes qui venaient en troupes de Tintérieur, fuyant les
chaleurs de l'équateur et les piqûres des insectes. Ils comp-
taient sans doute sur la végétation abondante qui se déve**
loppe rapidement au nord pendant les pluies. Jamais je ne
vis plus beau pays : la végétation du sol, les arbres ressen-
taient l'heureuse influence du printemps. D'innombrables
oiseaux de toute espèce célébraient la saison nouvelle ; la
terre était peuplée de variétés infinies d'insectes. Dans les
clairières les animaux paissaient en troupes, et les bêtes
féroces que l'on voyait rôder ne les mettaient point en fuite.
Tous ces êtres semblaient accourir en foule vers cette ré-
gion favorisée pendant la saison humide, et qui se transforme
avec le retour de la sécheresse en un désert impraticable.
Le 13 juin j'abandonnai ma caravane et je louai quelques
hommes pour me conduire à Kaléka, le pays des Arabes Kam-
baniés. Je suivais toujours la direction sud-ouest, laissant au
nord la région des pluies. Après quatre heures et demie de
marche, je m'arrêtai à Serâouil. Le lendemain, étapes au lac
Soubito, au puits d'el-Malari et au puits d'el-Hamîd. Nous
passons la nnit en pleine forêt, après 40 heures de marche.
Le 15 nous trouvons le puits Ma'àly et nous nous arrêtons la
nuit à Poplil, chez les Arabes Kambaniés. — Le 16, marche
de sept heures et demie : nous traversons des pays habités
dont le dernier «'appelle Meleggué. De là à Kaléka il ne nous
reste plus qu'une heure et demie de marche ; nous nous en-
gageons alors sur un terrain marécageux peuplé d'antilopes,
et j'en remarque une qui portait sur le haut de la tête une
touffe de poils en forme de toupet. Nous sommes au milieu
il VOYAGE A L^OUESr Btf HAtT NIL.
d'une vaste rizière dont le riz est excellent; j'en ai acheté
pour mon usage à Kaléka. Il nous faut traverser successive-
ment des bois et des prairies. Les herbes des prairies sont
très hautes, et plus on s'avance vers le sud, plus leur hauteur
s'accroît. A Kaléka le doura et les herbes étaient alors toutes
en fleur : à Ghêkka, elles dépassent à peine la surface du sol.
Tout le pays entre Aboû-Hârâza et Kaléka est infesté de
grands scorpions et d'autres insectes qui peuvent être dan-
gereux, si le voyageur n'a pas emporté avec lui un lit pour
se reposer. 11 faut aussi se garder de se rafraîchir à l'eau des
foûl, sous peine d'être atteint par le ver de Guinée.
Peut-être faut-il rapporter à cette région tout ce que dit
Strabon d'un désert herbeux, abandonné par les hommes,
qui ont fui les redoutables attaques des scorpions.
Au sud de Kaléka, les indigènes recueillent à la surface
de la terre Yardha (termite) dont ils se nourrissent. A Ka-
léka même le termite ailé ne sort de terre qu'à l'époque où
je m'y trouvais; chez les Niam-Niamsil en sort à toutes les
époques de l'année, mais il attend toujours le coucher du
soleil. Onéreuse alors devant son trou une petite excavation
et l'on y allume du feu : le termite, attiré par la lumière, vient
s'y brûler les ailes et tombe. Quand le feu est éteint, on re-
cueille les victimes, on en remplit des caisses entières et on
les mange comme nous mangeons des raisins de Gorinthe.
Strabon parle également de ce mets. Il paraît, en effet, avoir
eu des renseignements sur cette contrée; mais peut-être
aussi ces faits ne sont-ils pas propres seulement à la région
du Dar-Foûr et peuvent-ils s'appliquer à d'autres régions
tropicales.
A Kaléka je fus tout étonné de ne plus trouver mon cha-
meau. J'appris bientôt que c'était une gracieuseté du cheikh :
il avait voulu m'offrir, en échange, une chamelle et un tau-
reau de grande taille qui portait une immense bosse sur le
dos. Le 22, quittant cette bourgade hospitalière, j'atteignis,
après deux heures de marche, le torrent Ridjilo.G'était le
VoVAGË A L*OtESt DÛ ttAùt NiL. 15
t>remier lit d'eau courante que j'eusse encore rencontré. Il
vient du nord, des monts Masslât, et se jette dans le Bahar
el-'Arab. En suivant ce torrent on arrive directement dans
appelle le Chats et des Golgouleis, que M. Schweinfurlh
le pays desDembo, dans le pays desBogos ou, plus à l'ouest,
dans celui des Férougués et des Golos.
La route est à peu près celle-ci : le deuxième jour on tra-
verse le Bahar el-'Arab ; après trois jours de marche dans un
pays sablonneux, on voit une petite rivière qui coule au pied
du montTelgôna; un jour après, nouvelle rivière beaucoup
plus grande, le Boro, que nous rencontrerons bientôt sous
le nom de Bahar el-Djebel (rivière de lamontagne) ; elle vient
en effet des régions montagneuses de l'ouest. On continue
jusqu'à Horel-Gana(ouKhôrel-Gana) en plein désert; si Ton
veut aller dans le Dembo, chez les Bogos, on prend la direc-
tion sud-est. On prend la direction sud-ouest pour se rendre
àGoIo.La petite nation des Férougués^ que personne n'avait
vue avant moi, est à l'ouest du mont Telgôna. Les Ghâts et
les Golgouleis, ainsi que les Férougués, dépendent du Dar-
Foûr; mais il est remarquable que chacune de ces tribus ait
sa langue particulière. Enfin, en partant de Ghêkka, on
trouve une route qui atteint à travers le désert le Bahar
el-'Arab et se dirige en général vers le mont Telgôna ; on
laisse alors à l'est la contrée des Ndjangués.
Le 23, après sept heures de marche, je rencontre un nou-
veau torrent où Teau coule à pleins bords. C'est le Santjajia,
qui a aussi sa source dans les monts Masslât. Les monts Mas-
slât sont occupés par une tribu du Dar-Foûr qui porte le
môme nom. Elle se trouve entre Kaléka et Dara et parle une
langue particulière. Après sept heures de marche encore,
nous passons le Bahar el-'Arab, appelé, à cet .endroit, Ri-
djilo el-Ma'alem. Le Bahar el-'Arab est donc au début un
torrent qui descend du mont Marra. Il n'a d'eau, à l'époque
de la sécheresse, que dans quelques bassins isolés comme
dans le pays des Bogos. Mais à l'époque des pluies, qui com-
16 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
mence après la date de mon passage, le Bahar el-' Arab reste
navigable pendant trois mois. Il se dirige d'abord vers le sud-
est, ])uis vers Test. Les Arabes m'ont affirmé qu'il forme, au
nord du pays des Ndjangués, un lac important. Ce lac doit,
je crois, donner naissance, au nord, à la rivière Panikam,
qui lui viendrait du mont Mpaam dans le Nftmba, au sud,
à une autre rivière que nous aurons à signaler.
Le 25 du même mois nous sommes arrivés, après huit
heures de marche, à Ras el-Fîl, et deux heures et demie aprè«
dans le pays montagneux des Ndoggos, tribu du Dar-Poûr
qui parle une langue particulière. Enfin, après quatre heures
de roule nous nous arrêtions au bord du lac Ndjogan. Depuis
Timboun, où nous avons vu pour la dernière fois le debeltieh
au tronc immense, jusqu'aux montagnes des Ndoggos, on
rencontre toujours à peu près les mêmes espèces d'arbres, et
ces espèces n'ont rien de bien frappant. Je signalerai seule-
ment l'espèce wommée deleb. Le tronc de cet arbre ressemble
fort à celui du cocotier. Il est lisse comme lui, mais plus
gros et plus élevé. Il n'a pas de rameaux et ses feuilles sont
assez semblables à celles du doûm {Hyphœne thebaica);
celui-ci au contraire a le tronc très ramassé, et donne nais-
sance à de nombreux rameaux. Le fruit du deleb ressemble
au fruit du doûm, mais il est quatre ou cinq fois plus gros.
On fait avec la partie extérieure de la farine et de la bière.
Cet arbre n'a été, je crois, ni rencontré ni signalé par le
docteur Schweinfurth.
Le 28 juin, nous voyons la montagne Royale, ainsi
nommée parce qu'elle est la résidence du roi des Ndoggos.
Elle fait partie d'une chaîne de montagnes qui paraît orien-
tée du nord-est au sud-ouest. Cette orientation est assez
bien indiquée par une ligne de hauteurs plus basse, mais
plus étendue, qui est au sud de la montagne Royale et qui
limite le lit des rivières Boulboul et Ada. Au sud-est des
Ndoggos habite la tribu des Férougués. On voit également,
dans le pays qu'elle occupe, une montagne élevée, séparée
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 17
elle-même par une vaste plaine d'une autre montagne,
TAboussa. L'Aboussa est située plus au sud dans le pays des
Krékis et donne naissance à un affluent de TAda. Du pays
des Ndoggos une route conduit, le long du Boulboul, à
Hofrat el-Nahâs; on peut prendre un chemin plus direct qui
ne suit pas le cours du fleuve, mais seulement à l'époque
des pluies, car autrement on s'expose à manquer d'eau.
C'est ce dernier chemin que j'ai suivi. Après quatre heures
de marche, le 29, je fis halte dans une forêt, au pied d'une
montagne qui se dressait majestueusement en forme de
cône. A l'ouest s'étendait une vaste prairie occupée par
les Arabes Ta'achis et limitée, dans le lointain, par les
montagnes Kara et Soula è l'ouest, par les monts Marra au
nord. A l'ouest de ces montagnes habitent les tribus arabes
des Benl-Halfâs et des Benî-Hassels, sur la frontière même
des Bongos. Le 30 juin nous avons atteint la rive gauche du
Boulboul, le Baher el-Homr, comme l'appelle M. Schwein-
furth; après avoir traversé le fleuve, nous nous sommes ar-
rêtés dans le pays des Krékis, à Hofrat el-Nahâs. Hofrat signi-
fie, dans la langue du pays, excavation ; Nahâs signifie cuivre.
C'est de là qu'on extrait un minerai de cuivre qui est réputé
au loin dans l'intérieur du Soudan. Je crois avoir pu établir
le premier, d'une façon certaine, la position de ces mines,
que M. Schweinfurth n'a pas visitées, mais dont il a, après
Barth, signalé l'importance*.
Le 4 juillet 1876 je quittai Hofrat pour prendre la route
du sud, tout en inclinant légèrement vers Test. Je me trou-
vais alors dans la contrée que M. Schweinfurth appelle
Manga et qu'il considère comme le domaine d'une tribu
spéciale. Le vrai nom est Minga, et cette tribu se rattache à
la grande tribu des Krékis. Je me proposais d'atteindre
Mofio, dans le pays des Niamanis Banguiés, et je voyageais
certes en fort bel équipage ; devant moi, mes guides con-
1. Cf. Schweinfurth : Au cœur de V Afrique, t. II, p. 307 et 308 de la
traduction française (Hachette, 1875).
soc. DE GÉOGR. — JUILLET 1880. XX. — 2
18 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
(luisaient le chameau qui portait les bagages, et je suivais
monté sur un taureau majestueux. Mais cette belle ordon-
nance ne tint pas longtemps contre les difficultés de la route,
Après vingt minutes de marche, nous trouvions un terrain
bas sur lequel les pluies avaient formé de nombreuses fla-
ques d'eau. La terre était à certains endroits si pénétrée par
les eaux, que le chameau ne pouvait marcher sans enfoncer
jusqu'aux genoux. Il tomba une première fois; puis, tandis
que nous nous croyions délivrés, tandis que nous avancions
avec les plgs grandes précautions, il s'enfonça de nouveau
jusqu'à la poitrine. Je me trouvais dans un cruel embarras.
On me disait qu'il fallait suivre une vallée couverte de forêts
au milieu desquelles l'Âda s'est tracé son lit. Mais cette
vallée est bordée de hautes montagnes boisées d'oi!i descen-
dent, à cette époque, des torrents qui rendent la route im-
praticable. Minguié ou Minga est située sur ces montagnes, à
cinq jours de marche de l'Ada, en supposant que les jour-
nées soient de six heures. Un guide, il est vrai, plus intel-
ligent que les autres proposait de gagner le sud-ouest et les
monts Gbàla. Je m'arrêtai en&n à ce dernier projet.
Après quatre heures de marche sur des ondulations de ter-
rain qui continuent les montagnes plus élevées du sud, nous
atteignons la rivière Boulboul; elle vient du sud, serrée de
près par deux chaînes de montagnes, et tourne à l'est en tra-
versant la plaine des Taachis'. A l'est de Hofrat, elle s'unit
à l'Ada, puis coule vers l'est et forme alors, avec le Ridjilo
el-Ma'alem, le Bahr el-Arab. Nous traversons la petite
rivière qui, venant du nord-ouest, se jette dans le Boulboul,
et deux heures après nous nous arrêtons à un endroit que
Ton appelle Tzilé. Le lendemain nous atteignons la cime de
hautes montagnes nommées Amkoûs, et de là nous aper-
cevons à Touest d'autres montagnes plus élevées encore, dont
les sommets bleuâtres sont orientés du sud au nord, dans la
direction des monts Kara et Soula. Ce sont les monts Ghâla,
que je croispouvoir identifier avec les montagnes de la Lune.
Voyage a l'ouest du haut .nil. 19
Au pied des monts Amkoûs, après sept heures de route,
nous passons une petite rivière nommée Mparek, qui coule
vers le sud-est pour aller se jeter dans le Boulboul. C'est là
que j'ai perdu mon taureau d'une attaque de tétanos. Le
7 juillet, notre marche continue à travers les montagnes,
après avoir passé la rivière Tragga qui, coulant entre ces mon-
tagnes et les monts de Ghâla, forme une longue vallée dirigée
vers le nord-est; elle commence au pied des monts de Châla
et se termine dans celle du Boulboul; trois heures et demie
après nous étions dans un village nommé Randjo, qui ap-
partenait à la nation châla et se trouvait assis d'une façon
très pittoresque sur le flanc des montagnes du môme nom.
Les Ghâlas sont une tribu tout à fait diCFérente de la nation
des Krékis. Tout ce pays est appelé ordinairement Dâr-Ferlît
ou pays des inûdèles.
Ce pays ne m'a pas été favorable : j'y fus pour la première
fois atteint par les fièvres intermittentes, et le 8 juillet, en
arrivant chez le roi des Ghâlas, je fus attaqué par une fièvre
pernicieuse. Là, pendant la nuit, un serviteur infidèle dis-
parut avec mon chameau : il est vrai que le roi le fit cher-
cher, et j'eus toutes les peines du monde à épargner au vo-
leur le plus horrible des supplices. Enfin, tandis que le 9
juillet je me dirigeais au sud-est vers Koutouaka, je fus
étonné de voir quatre hommes armés lancés à notre pour-
suite en poussant des cris sauvages. Ils nous arrêtent : ce
sont des soldats du Nour Agara (Nour signifie « qui n'a pas
peur »), qui m'invite de cette façon aimable à lui rendre
visite. Il nous fallait revenir sur nos pas et gagner le nord-
ouest par les montagnes. Après cinq heures de nîarchenous
recevons une averse très forte : c'était la première pluie qui
tombât dans le Châla depuis le solstice d'été. Pendant
la route je perdis mon chameau, et mes hommes furent
réduits à porter les bagages sur leurs têtes. J'envoyai alors
quelqu'un à Ghâla pour lii'amener des hommes, et quel-
qu'un aussi à Nour pour me procurer un animal. Je conti-
20 VOYAGE A L*OUEST DU HAUT NIL.
nuai alors mon voyage, en ralentissant un peu le pas avec
les quatre hommes qui me restaient. Je descendis dans une
belle vallée arrosée par la Mindja; ayant suivi quelque temps
cette rivière dans la direction du nord, je tournai vers l'ouest,
et la traversai. La Mindja coule alors entre les monts Binga et
Kara; après avoir baigné la montagne des Soula, elle prend
un autre nom, celui de Mamoun, devient navigable et va se je-
ter dans le Ghâri. Aucun fleuve peut-être h'est plus riche en
hippopotames ; mais ce qui doit nous intéresser surtout, c'est
qu'il se rattache au réseau fluvial du centre ; c'est que j'a-
vais bien cette fois devant moi, dans les montagnes que je
viens de nommer, la véritable limite du bassin du Nil, dans
celte partie de son cours.
J'étais alors dans le pays des Bingas.Le lendemain, après
quatre heures de marche, nous arrivions au bord d'un ruis-
seau, et le surlendemain, après une route semblable, nous fai-
sions halte au milieu des montagnes; mes hommes s'enfon-
cèrent dans la forêt d'oîi ils revinrent chargés de motô. On en
fait de la farine qu'on mange soit seule, soit mélangée avec
de l'eau, et je puis témoigner que le goût en est excellent,
M. Schweinfurth rapporte que cette farine sert de nourriture
aux Bongos et qu'elle est détestable : je ne l'ai trouvée que
dans les monts Binga, où elle est très douce et très lacite à
digérer. Le 13 juillet nous rejoignions les hommes qui ve-
naient de Nour à notre aide, et, après avoir passé une der-
nière montagne, nous arrivions à Nour, dans la vallée des
Bingas.
Le 15 juillet il nous fut enfin permis de reprendre la di-
rection du sud-ouest. La première rivière qu'il nous fallut
traverser fut la rivière Binga, un des affluents qui descendent
des monts Ouanda, de Banda à la Mindja; après deux heures
et demie de marche nous étions dans le pays des Yioulos,
au pied d'une montagne nommée Niamba. Les Yioulos, les
Bingas et les Chftlas sont les tribus difTérentes d'une seule et
mèmenation. Leurs voisinssontàrestlesKrékis^aunordetau
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 21
nord-ouest les Karâs, à l'ouest les Bandâs et lesKréko-Baadas.
Du sommet du mont Niamba on a une vue très étendue,
excepté toutefois à Test. Dans le lointain, à l'ouest, une
longue ligne de montagnes dont les plus liantes, les monts
Abtalbaré et Mêla, se dressent au sud. Plus près de nous, à
l'ouest et au nord, le faite des monts Kara, qui s'étendent
jusqu'aux plaines des Ta'achis et, au nord de ces dernières
hauteurs, les monts Soula, qui atteignent presque la ville de
Rouga dans le pays des Bongos. On trouve aussi un peu plus
à l'ouest les collines des Bongos. Ces Bongos sont une tribu
qu'il faudrait bien se garder de confondre avec la tribu du
même nom située plus à l'est. Enfin signalons encore à l'ouest
des Bongos, des Karas, etc., les hautes cimes de la Banda,
qui au nord portent le nom de Marpa. Les monts Marpa
donnent naissance à une rivière dirigée vers le sud au tra-
vers des monta Ouanda, jusqu'à Sabanga dans la région des
Bandas. Elle reçoit les rivières qui lui arrivent à l'ouest de
r Abtalbaré et de la Mêla et donila plus importante se nomme
Abigué. Plus à l'ouest encore, nous apercevions une autre
grande rivière qui arrose le pays des Rindas. Il n'y a pas
de doute pour moi que la tribu des Rindas ne soit analogue
à celle des Roundas signalée par les Européens qui ont voyagé
dans le Baguirmi, et qu'il ne faille reconnaître dans les
monts Ouanda les monts Kadàï. Cet immense panorama que
j'étais le premier appelé à contempler m'a laissé une vive
impression. Sur le moment même je fus saisi d'un accès
d'orgueil bien légitime, en songeant que je pouvais enfin
apprendre aux Européens d'une façon certaine quelle était
la région de transition entre le bassin du Nil et le pays du
Soudan.
Le 17 juillet je me remis en route; mais les guerres qui
désolaient tout le pays des Bingas, au sud, me forcèrent à
revenir sur mes pas par le chemin que j'avais suivi depuis la
vallée de la Mindja, Cette fois, j'étais en bonne compagnie :
j'avais avec moi un certain Moussa, de la société de Zoubêr
22 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
Pacha, et un roi kréki nommé Agala ; ils venaient des régions
des Bandas, emportant des charges d'ivoire et traînant avec
eux ane longue file d'esclaves. Au lieu de remonter le cours
delà Mindja, nous l'avons franchie trois fois, tandis qu'elle
vient de l'ouest, des monts Abtalbaré, puis nous avons
trouvé la haute vallée du Boulboiil, qui sous le nom de Ntomé
descend des monts Abtalbaré et Mêla. Après sept heures de
marchcj nous nous sommes arrêtés auprès d'un affluent du
Boulboul,rAmfîtia ; puis nous sommes entrés dans la haute
vallée de l'Ada et de ses affluents, dans le pays des Krékis.
Le 21 juillet nous franchissions l'Ada, qui descend du mont
Mêla et, après une journée de sept heures, nous nous arrê-
tions à Koutouaka, à deux jours de marche de Châla.
Le 22 juillet je continuai ma route vers l'est pour me
rendre à Mingui ; je venais de traverser un affluent de l'Ada,
lorsque je m'égarai dans les hautes herbes en cherchant
un de mes serviteurs que je croyais devant moi. Je fis
alors acte de résolution et me dirigeai vers Mingui. La nuit
était absolument noire ; c'était l'époque des pluies dans cette
région, et elles tombent souvent après le coucher du soleil.
Bravement monté sur mon âne, j'arrivai enfin auprès d'un
ruisseau qui courait bruyamment à des cascades. Par une
obscurité complète, je gagne alors la montagne que je ve-
nais de quitter et, choisissant dans la forêt un petit arbre
adossé à un grand, je me forme avec ses branches une mai-
son que je couvre d*herbe à la façon des indigènes. Ces
précautions n'étaient pas superflues : à peine étais-je couché
qu'une pluie torrentielle commença et continua pendant
toute la nuit avec violence; elle durait encore au matin. Je
fijis réveillé le lendemain par un bruit analogue à l'aboie-
ment d'un chien ; je m'attendais à voir paraître un homme
accompagné d'un chien. C'était un haam^ une sorte de go-
rille, comme on me l'apprit plus tard.
Pour reprendre ma route, il me fallut traverser le ruis-
seau et remonter sur la hauteur qui se trouvait en face de
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 23
moi. Mais, par bonbeur, je remarquai alors une route qui
se dirigeait du nord au sud ; je la suivis, et bientôt j'entrais
àMingui, où beaucoup de mes compagnonsn'arrivèrentque
l'après-midi ou même le lendemain.
Mingui est situé au sud-ouest des monts Aboussa, qui s'é-
tendent à Test jusqu'au montTelgôna. Ces montagnes sont
peuplées d'une infinité d'abeilles ; dans les monts de Chàla
et dans tout le pays que nous venons de parcourir, au con-
traire, on ne trouve pas d'abeilles. Ce que l'on trouve sur-
tout dans ces dernières montagnes, c'est l'arbre à beurre, et
l'arbre qui produit la farine jaunâtre dont j'ai parlé, le motô.
Le temps était alors très mauvais, la pluie continuelle.
Le 28 enfin nous pûmes nous remettre en route. Nous avions
à peine marché une demi-heure qu'un nouvel obstacle nous
arrêta. C'était un torrent d'une extrême violence; on cons-
truisit pour le passer un pont très simple en choisissant sur
la rive même des arbres dont la longueur égalait la largeur
du torrent; on les coupa, ils tombèrent en se croisant, et le
pont fut établi. Le 29 nous traversons une longue steppe pen-
dant sept heures et demie, en nous dirigeant vers le sud-est.
Le 30 nous passons la rivière Boro, qui descend du mont Mêla
et se dirige vers l'est. Elle a de nombreux affluents: une ri-
vière qui vient des monts Aboussa et qui lui arrive un peu
à l'est de l'endroit où nous l'avons traversée; une rivière
nommée Sosso, qui coule du sud au nord; plus à l'est, la ri-
vière Koko et leBiri,qui nous est déjà connu par les voyages
de M. Schweinfurth. Mais M. Schweinfurth se trompe sur
le cours du Biri et de deux autres rivières situées plus à
l'est, le Kourou et le Tembo ; il les considère comme des
affluents du Bahar-el-'Arab. En réalité, tous ces cours d'eau se
jettent dans le Boro, que M. Schweinfurth n'a pas connu.
Le Boro coule à peu près parallèle au Bahar-el-'Arab ; avant
de se jeter dans le Bahar-el-Ghazâl, il forme de nombreux
bras; au sud il sejointauBaharNdjoùr,avec lequel il forme
une île habitée par les Ndjoûrs ; au nord il envoie des bras
24 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
qui, en s'unissant au Bahar el-*Arab, sontrorigine du Fakftm.
M. Schweinfurth et les Arabes croyaient que ce bras ve-
nait du Bahar el-Ghazâl. Voici les arguments que j*ai à leur
opposer. Les différentes ramifications formées par le Boro
entourent des contrées habitées par le Ndjangués : or les
deux rives du Fakâm ont la même population. Mais dans
toutes ces régions les populations sont toujours réparties
suivant les rivières, et par conséquent une même tribu suit
ordinairement le cours d'un même fleuve. L'embouchure
du Boro a été confondue par M. Schv^^einfurth avec celle
du Bahar el-'Arab. Cette confusion l'a même conduit à une
hypothèse erronée. Étonné de la prodigieuse quantité d*eau
que le Bahar el-'Arab charrie, il a imaginé qu'il recevait une
grande rivière, le Bahar Aboû-Dinga, née près du Ouadaï.
Cette rivière, qui se nomme ïziggo, nous la retrouverons :
c'est un affluent important d'un grand fleuve, le Boujo,
qui alimenterait à la fois le Kongo el le Châri.
Après avoir passé le Boro, nous arrivons en une heure et
demie à Dêm Dâoud. Au sud-ouest, à une journée de marche
à peu près, se trouve le mont Ambaféri, qui est habité par la
tribu des Kréko-Bandas et d'où descend le Tziggo. Depuis
Dôm Dâoud jusqu'à Boko, on traverse pendant deux jours
des steppes. Boko est le pays de Moussa, notre compagnon
de voyage.
Le 4 août je quittais Boko, toujours accompagné par le
roi Agata et, après cinq heures et demie de route, je m'arrê-
tais à Somit, situé à quatre jours de marche à peu près de la
zerîba de Zoubôr Pacha. Cette zerîba se trouve, comme nous
le verrons, sur la rive droite du Biri; elle a été pendant un
certain temps le lieu de séjour de M. Schweinfurth. Le 5
août nous nous dirigeons plus franchement vers le sud, el,
par un chemin de huit heures en pleine montagne, nous at-
teignons la résidence d'Agata.
Le 8 août, toujours au milieu des montagnes, nous mar-
chons pendant six heures h travers de hautes herbes, dans
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 25
la direction du sud-ouest. Nous franchissons le Sosso, affluent
du Boro qui vient de l'ouest, peut-être du mont Ambaféri,
et le 9 août, après cinq heures de roule, nous arrivons sur
la ligne dé faîte des montagnes qui séparent le versant du
nord de celui du midi. Ces montagnes s'étendent de Test
à l'ouest : je leur ai donné le nom de monts Macédoniens.
Le lendemain, marche de six heures, toujours dans les mon-
tagnes.. Le 11 août nous traversons la rivière Proungo, qui
vient de l'est, dans une direction tout à fait opposée à celle
duSosso. Elle est très large et nous ravons franchie sur des
ponts construits à la hâte, selon la méthode indiquée et dé-
crite par M. Schweinfurth. Nous continuons toujours notre
route sur les hauteurs et nous nous arrêtons après
cinq heures de marche sur une montagne toute- rocheuse.
Le 13, nous traversons la rivière Ouechi, affluent du Béti, et
nous faisons halte le soir dans un village des Krékis. Le
lendemain, nous trouvons presque aussitôt le Béti, qui c#ile
du nord-est au sud-ouest en sens inverse du Koko.
M. Schweinfurth a commis à propos de ce fleuve une dou-
ble erreur : il s'imagine qu'il se dirige vers le nord, comme
le Sosso, le Biri et tous les affluents du Boro ; et d'autre part
il le confond avec une prétendue rivière Mbama qui ne doit
être autre que le Bomo. Une heure après avoir franchi ce
fleuve, nous faisons halte dans un village de Krékis, où pour
la seconde fois je suis atteint de la fièvre. Je perds entière-
ment connaissance, on me couche sur un lit et, sans que je
me doute de rien, on me transporte ainsi en pays Niam-
Niam, à Mofio, situé à une distance de six ou sept heures.
Le chef de la zeiîba de Mofio se trouvait être un certain
Outferah qui a commencé, comme Moussa, par être employé
à la zerîba de Zoubêr Pacha. Il vint me demander tout d'a-
bord une centaine de livres dont il avait besoin. J'échappai
aux périls que me faisait courir son avidité en usant de po-
litique : je lui présentai les clefs de mes coffres en l'invitant
à prendre tout ce qu'il y trouverait. Je le priais seulement
26 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
de me laisser le strict nécessaire pour gagner la côte orien-
tale de l'Afrique, oix je pensais m*embarquer. Outferah vit
bien alors que je n'avais rien de trop; il se récria fort ce-
pendant, prétendant que j'étais très riche, que j'avais été
très libéral envers Nour et que je faisais le ladre avec lui.
Je fus tiré de ce mauvais pas par l'arrivée d'un Albanais qui
parlait l'arabe, le turc, et un peu le grec. Il était passé au-
trefois par le Péloponnèse, presque par mon pays, et il me
marqua une grande joie de me rencontrer. Bientôt même
il me proposa de l'accompagner; j'avais bien l'intention
d'abord de gagner le sud et Pirintzi, mais je craignais tant
Outferah que je me décidai à suivre mon nouvel ami.
A Mofio la moisson du sorgho était déjà faite, et celle du
maïs ne pouvait guère tarder, tandis que chez les Krékis
j'avais trouvé ces plantes encore sur pied et mûrissant à
peine. Les pluies du solstice durent, à Mofio, tout le mois de
septembre ; nous attendîmes pour nous remettre en route
qu'elles eussent cessé, et notre départ ne s'effectua que le
3 octobre 1876, dans la direction du sud-est. Après sept
heures et demie de marche, nous nous arrêtions au bord
de la rivière Yangoua, ayant à notredroite les monts Goppo
et Kara, qui sont habités par des tribus fort ditférentes des
Niam-Niams, quoique situées au milieu d'eux. Le 4 nous
avons remarqué un cotonnier gigantesque {roûm en arabe):
il est d'une hauteur étonnante, et le développement de
ses branches égale sa force et son élévation. Les Niam-
Tîiams le vénèrent comme la demeure de la divinité; il est
l'objet d'un véritable culte et les arbres qui t'entourent sont
ornés d'épis de sorgho nouvellement cueillis. Nous avons
fait halte le soir à Gherîf, et, le lendemain après cinq heures
de marche, en pleine forêt. C'est alors que je mangeai pour
la première fois d'une espèce de grands haricots ronds
comme des pommes de terre, que les indigènes nomment
pampa. Le lendemain G août nous traversions le Yangoua,
qui vient de Dêm Goulcho en sens inverse du Biri. Cette ri-
VOYAGE A L*OUEST DU HAUT NIL. 27
vière, qui est très grande, a été nommée à tort Nyanga par
M. Schweinfurth : c'est un affluent du Bomo et non pas
une rivière du bassin du Bahar el-'Ghazâl. Elle se réunit
à rOuallé (quMl ne faut pas confondre avec TOuellé) que
nous avons franchie un peu plus loin. L'Ouallé, dont
M. Schweinfurth a connu le vrai nom et aussi la vraie di-
rection, vient de Dêm Beker en sens inverse du Kourou.
Par malheur mes pieds me refusaient alors leur service :
ils étaient couverts de plaies. En vain l'Albanais essayait-il
de ranimer mon courage en m'affirmant que sa zerlba n'était
qu'à une heure de chemin. Les deux bâtons sur lesquels je
m'appuyais, les efforts de ma volonté, tout fut inutile.
J'avais perdu mon âne à Moflo pendant les trois jours où
la fièvre m'avait donné le délire. Il ne me resta plus qu'à
monter sur les épaules de mes hommes; chacun me portait
trois minutes en marchant d'un pasaccéléré.Pendant ce temps
mes pieds se refroidirent,et je fus pris d'un horrible frisson.
Je souffris ainsi pendant une heure; enfin nous étions à une
demi-heure de la zerîba, quand on vint au devant de nous.
On me fit boire la liqueur de l'arbre niamtandif l'arbre à
bière. Mes frissons cessèrent aussitôt. J'en bus encore à la
zerîba, mes pieds se guérirent et je pus de nouveau mar-
cher. La rapidité de cette guérison, le goût délicieux de
cette liqueur me faisaient songer instinctivement à ce nectar
que les dieux gourmands de l'Olympe allaient demander
aux Éthiopiens et qui leur donnait une éternelle jeunesse.
Le niamtandi ne se trouve guère que dans la région pauvre
située entre l'Ouallé et le Bomo, où la terre, toute blanche
de craie, ne produit ni maïs ni sorgho. Il a quelque ressem-
blance avec l'élaîs signalé par M. Schweinfurth. Ce pal-
mier donne par ses fruits du beurre rouge, par ses feuilles
du sel qui manque tout à fait dans le pays, si on ne le
fait venir de Libey, et enfin par sa sève la bière dont j'ai
parlé. Dans la même zone on trouve le bananier en abon-
dance, le deleb et le cotonnier dont le tronc porte des
28 VOYAGE A L*OUEST DU HAUT NIL.
branches. Je n'ai vu que dans la région du Roua le coton-
nier dont le tronc est garni d*épines coniques.
Je demeurai quinze jours chez notre Albanais, en attendant
la guérison de mes pieds. Je lui donnai soixante talaris contre
un âne qu'il avait acheté en échange de dix belles filles de la
nation des Niamanis Chérés ou Zantés*. Ces Niamanis de-
meurent à Test, sur les montagnes qui séparent le bassin du
Ndjoûr du bassin du Bomo. Nous le franchirons bientôt.
Les Niamanis, dans leur ensemble, forment une grande na-
tion qui s*étend depuis le pays des Madis, depuis le Bahar
el-Djébel, jusqu'au Ghâri à Touest. Cette nation se divise
en trois peuplades bien distinctes : celle de Test s'appelle
les Zantés; celle de l'ouest, les Aboudingas, et entre les deux
sont les Banguiés. L'Albanais voulait m'emmener avec lui
chez les Zantés, où il allait faire le commerce des esclaves et
de l'ivoire. Nous aurions ainsi atteint le pays de Guimma,que
M. Schweinfurth appelle Ingimma. Il m'engageait fort à ne
pas descendre plus au sud sans consulter un ami qu'il
avait au Guimma; mais je ne l'écoutai point, décidé à me di-
riger vers le sud. Il eut cependant la bonté de m'adresser
à son ami Sassa et me donna comme interprètes deux de
ses serviteurs qui parlaient l'arabe.
Le 21 octobre, après une marche de quatre heures dans
la direction du sud-est, je passe la rivière Biri. Cette ri-
vière vient du pays deChéré en sens inverse du Tembo et se
jette dans le Bomo. Après cinq heures je m'arrêtai chez
le roi Biressio. Le 22, après une longue route en pleines
montagnes et en pleines forêts, nous faisions halte
chez le roi Ombichio, le frère de Biressio. Le 23, en sui-
vant une petite rivière qui traverse un bois épais entre
deux montagnes, nous arrivions dans le pays d'un roi kara
nommé Abassini. Nous nous assîmes au milieu d'une clai-
rière entourée de bois touffus et ornée par un arc naturel
1. Zandés, suivant M. Sohweinf^irth.
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 29
que forment de magnifiques niamtandis plantés par les an-
cêtres du roi. Les maisons du village étaient cachées, au
bord de la rivière, dans des massifs de bananiers et de niam-
tandis. Le roi me fit apporter trois espèces de bananes :
Tune d'entre elles était rouge, grosse et grande de plus d'un
pied; l'intérieur était jaune et d'tm goût peu agréable. Il y
en avait une espèce plus petite, mais délicieuse.
Le ai, nous nous dirigeons pendant cinq heures vers
l'est et nous passons la rivière Boko ou Mindja, affluent de
gauche du Bomo. Trois heures après, nous faisons halte sur
la montagne du roi de Gazoua, dans le pays des Niamanis
Tikmas, une des subdivisions de la grande peuplade des
Zantés. Le lendemain, tournant vers le sud-ouest, nous tra-
versons sur un canot le vieux Bomo, qui se dirige vers l'ouest,
passe auprès des monts Kara, tourne au sud vers les
monts Goppo et arrose alors le pays des Banguiés. Le roi
de cette tribu des Banguiés est le fameux Sassa, l'ami de
notre Albanais, le souverain bien connu des voyageurs. Nous
sommes arrivés chez lui le 25, après trois heures démarche.
L'escorte que l'on m'avait donnée s'en retourna alors et
nous laissa seuls aux mains des anthropophages. Heureu-
sement, Sassa me donna une autre escorte avec laquelle je
pus me diriger au sud, à travers un pays montagneux, et
j'arrivai après une longue route chez le roi Bagourou.
Le 6, nous franchissions une chaîne de montagnes que j'ap-
pelai monts de Sassa ; puis quatre heures après nous passions
le Goani, qui vient de l'est se jeter dans le Bomo.Bientôtnous
descendions dans une petite forêt de niamtandis, isolée et
comme perdue au milieu d'une grande forêt où nous étions
entrés depuis le passage du Bomo et où nous n'avions pas
trouvé un seul niamtandi. Dans toute cette région les céréales
. nommées telebouns étaient en pleine fleur; on les avait semées
avant l'époque des pluies qui m'ont retenu à Mofîo, et les se-
mailles avaient été faites aussitôt après la moisson de celles
qu'on avait semées au temps du solstice d'hiver. Après trois
30 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
heures de marche à travers un pays montagneux et boisé,
nous atteignons, le 27, une petite rivière qui coule du nord
au sud sur un lit de rochers, où elle forme de charmantes
cascatelles tombant des rochers sur des vasques na-
turelles de pierre. Le tableau s'encadrait dans des arbres
magnifiques aux rameaux entrelacés, où s'ouvraient cepen-
dant quelques petites éclaircies utilement placées pour le
voyageur curieux de jeter un regard indiscret sur cette re-
traite des nymphes. Je fis halte dans cet endroit toute la
journée; je prenais plaisir à me rouler dans les hautes
herbes et môme, troublant le repos de la divinité, je me
plongeai dans les eaux pures de la cascade.
Le lendemain, par une marche de trois heures, nous
sommes arrivés au bord de la rivière Assa, qui, comme le
Goani, vient de l'ouest se jeter dans le Bomo. Le reste de
la journée fut très pénible; nous avions à franchir une fo-
rêt dont les arbres étaient si serrés qu'ils nous livraient à
peine passage. Il nous fallut six heures avant d'arriver à la
zerîba de Râfa'ï, où je rencontrai le fils du Guimma, auquel
l'Albanais voulait me recommander. Il arrivait de l'est et
avait voyagé trois jours. Il avait vu, à peu près au milieu
de sa route, une rivière navigable qui vient du nord-est, de
la contrée de Béré ; il lui avait donné le nom de Béré. Il
m'assura qu'à l'est de son propre pays, à une distance d'une
journée ou deux de marche, coulait une rivière beaucoup
plus grande qui se dirigeait du nord au sud, vers le pays de
Kifa et formait deux îles nommées matotia^ ce qui lui a
valu son nom de Bahar el-Matoua (la rivière des îles).
M. Schweinfurth, qui n'a connu l'hydrographie du pays que
par les rapports des Nubiens, a fait un certain nombre d'er-
reurs fort excusables. 11 a d'ailleurs raison de reprocher aux
musulmans leur mauvaise foi : ils disent presque toujours
le contraire de ce que dit tout le monde. Je veux, avec tout
le respect qui est dû au premier explorateur de la région,
signaler quelques-unes de ces erreurs.
• VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 31
M. Schweînfurth indique le Bomo tantôt comme un af-
fluent du Bahar el^'Arab qui se dirigerait vers le nord, tantôt,
sous le nom de Mbomou, comme un affluent de la Nomalila.
D'autre part il croit que la Nomalila est la source du fleuve
Béré, tandis qu'elle n'est autre chose que le Matoua lui-
même. Le Béré, qu'il appelle Ouellé et qu'il considère comme
une continuation du Broualié ou de la rivière du Ouando, dans
le pays de Biri, né peut évidemment être cela. Moustafa, qui
suit ordinairement une route plus orientale que celle décrite
par M. Schweinfurth entre Dôm-Bekir et Inguimma, me disait
qu'il ne passait qu'une rivière, le Bomo. Par conséquent le
Béréj le Goani, TAssa même sont à l'ouest de son itinéraire.
Pour moi, ma route fut au contraire plus occidentale que
celledécrite parM. Schweinfurth. L'Albanais ajoutait que la
rivière de Matoua, à certains endroits, s'étend comme une
vaste mer que M. Schweinfurth a identifiée au lac Tsàd.
Il est vraisemblable que le Broualié ou rivière du Ouando,
après avoir reçu plus à l'est la rivière de Mounza ou Kivuli,
forme la' rivière de Kifa et vient se joindre au Bahar-el-Ma-
toua au point où elle s'élargit. Ceux, en effet, qui vont di-
rectement par Solongo à Kifa ne trouvent qu'une rivière,
celle de Kifa. Ceux qui vont de Kifa à Mounza ne passent
aucune rivière, ce qui tendrait à prouver que la rivière de
Kifa s'est formée à l'est de celles de Mounza et du Ouando.
Les indigènes m'ont dit aussi que, lorsque les habi-
tants de Kifa étaient menacés par ceux de Mounza, ils
se reliraient dans une île, c'est-à-dire dans la presqu'île
formée par le confluent du Bahar-el-Matoua et de la rivière
de Kifa. Enfin c'est bien là la direction nord-ouest indiquée
par M. Schweinfurth pour le Kivali qui vient rencontrer le
Broualié.
Il faut signaler également quelques erreurs sur l'oro-
graphie de ces régions. M. Schweinfurth avait bien vu qu'à
l'ouest de Dêm Goutcho est uneoîhaîne de montagnes im-
portante, mais il n'en avait pas saisi le rôle complet*
32 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
Cette chaîne se prolonge vers le sud, séparant les sources
du Yangoua de celles du Biri, les sources de l'Ouallé de celles
du Koiirou, les sources du Chéré de celles du Tembo, les
sources du Héré de celles du Bomo, et enfin les sources
du Béré de celles du Bahar el-Matoua. C'est peut-être une
loi géographique que toute montagne donne naissance, sur
ses deux versants, à deux rivières homologues. Quand deux
chaînes se rencontrent à angle droit, il se forme une es-
pèce de centre montagneux d'où les rivières descendent en
sens inverse. Là où la chaîne du Sassa rencontre la chaîne
des Zantés, on voit se diriger vers le nord-est le Héré, vers
le sud -est le Bahar el-Matoua, vers le sud-ouest le Béré, vers
le nord-ouest le Bomo. Cette double remarque a été pour
moi d'une grande utilité, alors que j'avais à ma disposition
peu d'instruments, que j'étais forcé de calculer la hauteur
des montagnes par les couches de neige, et de distinguer
les climats par les observations météorologiques les plus
élémentaires.
Le 3 novembre je quittai Râfa'ï et, après une marche
de sept heures dans la direction du sud-ouest, j'arrivai
chez le roi Mpakpa; puis je songeai à gagner le midi et la
résidence de Roua. Mais Mpakpa, qui connaissait mieux la
route que Râfa'ï, me déclara qu'il était impossible de ga-
gner directement le sud par le chemin qui partait de chez
lui, tant il y avait de ruisseaux marécageux et de bois im-
pénétrables. Aussi me dirigea-t-il, le 5 novembre, vers la ré-
sidence deMoukia, qui se trouvait à cinq heures de marche
au sud-ouest. Mais Moukia, à son tour, m'affirma que la
route était bien plus difficile de son côté, et me renvoya le
lendemain à Mpakpa. Ce dernier, fort troublé, écrivit pour se
justifier à Râfa'ï, qui m'engagea à me diriger par le pays
de Moukia. Je retournai donc une seconde fois auprès de
ce personnage. En m'apercevani avec mes gens, il entra
dans une grande colère, prit une lance et se jeta sur mes
porteurs, qui s'enfuirent à toutes jambes dans les bois.
Purîeux^ il vint droit à moi et m'intima Tordre de t*étourner
sur mes pas. Devant un pareil ordre et de semblables me-
naces, il n'y avait pas à hésiter; je repris donc la route du
nord, pour aller solliciter l'appui de Râfa'ï.
Il ne me manqua point ; son autorité eut raison de Ten-
têtement et de la violence de Moukia, qui dut lui-même me
conduire chez Roua. Il devint même pour moi très aima-
ble : il me frayait un chemin à travers les taillis, m'aidant
à traverser les ruisseaux et me facilitant par tous les moyens
possibles mon voyage. Le 1 5, après six heures de marche, nous
faisions halte dans de hautes herbes oh trois familles s'é-
taient réfugiées. Après six heures de marche, le lendemain,
nous étions revenus pour la troisième fois à la résidence de
Moukia. La réception, cette fois, fut tout autre : Moukia fit
venir les hommes qui devaient m'accompagner, puis leur
administra une forte correction en leur faisant jurer de
mourir, s'il le fallait, pour moi et son frère Cadet, qui devait
le remplacer auprès de moi. Il les menaça, s'ils nous aban-
donnaient à la merci des ennemis, de les livrer eux, leurs
femmes et leurs enfants au dernier des supplices. Le 18
novembre, nous quittions Moukia en très bel équipage;
notre escorte était nombreuse, et les hommes qui la com-
posaient portaient avec eux des armes et des instruments de
musique.Nousnous dirigions vers le sud-ouest,etaprès quatre
heures de marche, nous nous arrêtions chez une tribu amie.
Le 19, nous fûmes forcés de faire à travers les bois un grand
nombre de détours et nous ne pûmes faire halte qu'après
six heures de marche chez un roi qui devait nous donner des
guides pour le reste de la route.
L'entrée de sa résidence est très singulière : c'est une gorge
étroite entre deux montagnes très rapprochées et couvertes
de forêts, oîi il fallait pratiquer de nombreux abattis d'arbres
pour ouvrir un passage. La résidence du roi est placée à un
endroit où les montagnes s'écartent, mais en pleine forêt.
Tout autour des demeures, les bois forment un véritable mur
soc. DE GÉOGR. — JUILLET 1880. XX. — 3
34 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
de lianes, de feuilles et de branches, impénétrable mèmeaux
serpents. L'humidité de ce rempart était telle qu'il était à
l'abri du feu. A notre arrivée, toute la cour du roi, femmes,
esclaves, enfants sortirent pour nous Voir. Mais mon âne eut
alors la malencontreuse idée de se mettre à braire de toutes
ses forces; ses cris répétés par les échos des montagnes fai-
saient un vacarme épouvantable : les indigènes terrifiés
s'enfuirent dans leurs huttes et notre entrée fut manquée.
Le lendemain, toute une tribu s'enfuit dans les bois en nous
Voyant arriver, et après huit heures de marche nous avons
été forcés de nous arrêter en pleine montagne. Le 21, après
une route de deux heures, nous avons trouvé désert un village
habité par une population ennemie de Moukia et de RoUa,
et notre escorte a pillé tout le village. Ce jour-là, nous
fûmes encore obligés de passer la nuit dans la montagne,
La route, le lendemain, fut beaucoup plus facile; nous sui-
vions une chaîne de montagnes sur le flanc desquelles nous
nous arrêtâmes le soir. Le 23, après une marche d'une demi
heure, les sons des trompettes d'ivoire et la voix joyeuse de
Yonguia nous annoncèrent l'arrivée de la garde du roi et de
sa suite. Les premiers d'entre les gardes nous dirent que
Roua les suivait à peu de distance et qu'il se disposait à
rendre visite à un roi de ses amis. Le roi arriva alors. Je
descendis de mon âne, tandis qu'il quittait son palanquin.
Après les saints d'usage, il me laissa l'un de ses gens, chargé
de me conduire à sa résidence en attendant qu'il fût de
retour, et il lui donna l'ordre de satisfaire tous mes désirs.
Avant d'arriver à la cour du roi, nous dûmes traverser une
forôt épaisse, suivre le cours d'une rivière dont les bords
étaient fort humides, puis, faire l'ascension d'une montagne
dont la terre roulait sous nos pieds, et où il nous fallut
bien des efforts pour hisser notre âne. La rivière qui coule
à droite du chemin que nous suivions devient, sous le nom
de Gameto, une rivière navigable; elle se jette, à une dis-
tance d'un jour et demi de marche, dans le Biri, un peu
VOYAGE A l'ouest DtJ HAUT NIL. 35
au sud de la zerîba de Ishâq. Les autres rivières dont la
direction est vers l'ouest, forment un fleuve navigable, le
Ntomé, qui se jette dans le Bomo.
A Roua, j'évitai d'abord soigneusement de touchera toute
espèce de mets que je n'avais pas préparée, Câi' je savais
que ces peuples étaient anthropophages. Un jour cepen-
dant je voulus goûter d'un mets qui exhalait une odeur
exquise et qui avait Tapparence d'une anguille écorchée;
j*avais demandé si cet animal vivait dans l'eau, mais voîci
comme je fus trompé : ce prétendu poisson, je l*appris
bientôt, avait été tout simplement tué sur un arbre par le
roi lui-même. Quand je vis qu'une semblable méprise pou-
vait m'exposer à manger de la chair humaine, je me tins
désormais plus que jamais sur la réserve.
A partir de Roua, l'aspect du pays change , les espèces
d'arbres ne sont plus les mêmes, les taillis sont de plus en
plus impénétrables. Tous les troncs se rapprochent; tous
les rameaux s'entrelacent. Les ruisseaux sont très nombreux
et changent sans cesse de lit, par suite de l'abondance des
pluies mensuelles ; le maïs, qui réussit mieux ici que le sor-
gho, était en pleine fleur. On le sème, paraît-il, et on le ré-
colte quatre fois l'année.
On me parla d'une grande rivière nommée Ouchâl (ou
Ouchiâl) qui viendrait de la contrée de Kîfa et se jetterait
dans le Bomo. L'Ouchâl ne serait donc autre que le fleuve
formé par la réunion du Matoua, de la rivière de Kifa et du
Ouelléou Nalobé. Je visa Roua des femmes esclaves qui ve-
naient des contrées situées au sud du Biri, entre celui-ci
etl'Ouchâl, Ces femmes, quoique Niamanis Banguiès, ont
une coiffure toute différente de celles que portent ordi-
nairement les femmes Niamanis. Elles se rasent la moitié
de la tête depuis le front jusqu'à la nuque, sans former de
nattes avec le reste de leurs cheveux. Ces cheveux, elles les
coupent assez courts pour qu'ils se tiennent en l'air. liCS
femmes sont entièrement nues des pieds à la tête; au lieu
8Ô V0VÀ6È A L^otJËs'r i)ù ttÀtJt NIL.
des feuilles classiques^ elles portent une petite natte convelié^
déplus, par derrière, en guise d'ornement, ellesont, attaché
leur ceinture, un petit cône de bois qu'elles remuent avec
art en marchant, quand elles veulent faire les gracieuses.
Enfin Je roi arriva; il me donna des hommes pour porter
mes bagages^ d'autres pour nous précéder et nous frayer
la route au milieu des bois, où l'élévation constante de la
température et l'abondance des pluies entretiennent une
végétation trop luxuriante. Cette végétation s'oppose aux
communications des peuples entre eux et au développe-
ment de la culture. Ces régions sont en général montueuses,
traversées de rivières et de ruisseaux. Les fourrés sont peu-
plés de bêtes féroces, quand elles peuvent y ramper; car il
est des endroits où les serpents même ne sauraient trou-
ver une place. Le soleil parfois ne peut percer ces couverts
impénétrables. On les traverse en pleine obscurité, à une
température si basse qu'on a peine à se croire sur terre.
Les indigènes, à l'époque des semailles, sont obligés de dé-
fricher leurs champs, ainsi que de couper les arbres sur le
chemin du roi. On les voit ramper comme des bêtes fauves
à travers les bois; pour nous, nous avons été condamnés à de
nombreux détours. Nous avancions lentement vers le sud. Le
28 novembre, nous traversions un pays dont les habitants
mangent les fourmis noires assaisonnées avec des graines
d'herbe : trois heures après, nous étions chez le roi Feriki. Le
29 nous avons été forcés de suivre le cours d'une rivière
très marécageuse, le bois étant trop touifu pour nous per-
mettre de voyager sur le flanc des montagnes. Pour comble
de malheur, la plupart de mes hommes s'enfuirent, me lais-
sant là avec mes bagages, lime fallut envoyer demander
au roi Feriki d'autres porteurs. Pendant ce temps, j'aban-
donnai le reste de mon escorte avec les bagages et je partis
avec un guide et un interprète, pour aller chez le roi Mpiri.
J'atteignis sa résidence après dix heures d'une marche fort
pénible et j'envoyai alors chercher mes bagages.
j
VOYAGE A L*OUKST DU HAUT NIL. 37
Le lendemain, je repris ma route, je fis halte le soir dans
une forêt; le l**" décembre 1876 j'arrivai chez Inguimma,
qui a établi sa résidence à une heure environ de la rivière
Béré, Cette rivière, navigable, coule vers l'ouest pour se
jeter dans le Bomo,dans le pays du roi Foréma. Au sud, s'é-
tend de Test à l'ouest une chaîne de montagnes qui doit
être la continuation des montagnes mentionnées plus au
sud par M. Schweinfurth et prolongées à l'est jusqu'aux
montagnes Bleues, où. Sir S. Baker place les sources du
Kivali. J'ai aussitôt donné à cette chaîne le nom de mont
Georges, en l'honneur du roi des Hellènes. Elle est traver-
sée par rOuchâl qui descend deKifa dans la direction de
l'ouest, et se trouve à cinq journées de marche environ au sud
d'Inguimma.Les indigènes qui l'habitent se nomment Niama-
nisBanguiés; le plus célèbre de leurs rois est un certain Foré-
ma. Ils ont été en guerre longtemps avec Inguimma, ce qui
m'a empêché alors de poursuivre ma route à travers les monts
(jecrges.Maisj'oblinsdeshabitantsquelquesrenseignements.
L'Ouchâl irait, selon eux, se jeter dans une grande masse
d'eau que remontent des bâtiments à voile; le Bomo s'y jet-
terait aussi. AusuddeTOuchâl se trouvent un grand nombre
de petits lacs peuplés d'une infinité d'oiseaux.
Voilà tout ce que j'ai pu savoir. Quelque insuffisants que
fussent ces renseignements, j'ai dû retourner auprès de
Fériki, et de là, le 8 du même mois, je partis vers l'ouest,
cherchant un chemin vers le sud. Après six heures de
marche, je fis halle en pleine forêt, et le lendemain j'ar
rivai chez le roi Baka. Le 10, dans la direction du sud-
ouest, je traversai, après une route de trois heures, la rivière
Ntomé ,qui est navigable. Le 11 décembre j'atteignais la
résidence d'Alikapou, le représentant de Ginnaouy, située
bord du Bomo, entre les confluents duBéti et du Ntomé. Je
trouvai là une multitude de tomates que je recueillis
pour ma consommation personnelle. Cette plante pousse
là spontanément; et je ne puif» Croire qu^elle ait été appor^ij
38 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
tée par M. Schweinfurth. Elle se trouvait à Mofio, au dire
des Niamanis, bien avant Tarrivée des Arabes dans le pays.
De ce côté encore, les guerres d'Alikapou avec Foréma
me forcèrent à remonter vers le nord; le 13 je passai le
Bomo. Ce fleuve arrose le pays de Poréma, et court vers
l'ouest, après avoir reçu le Béré. Il baigne le pied des monts
Georges et sépare les Niamanis Banguiés, qui appartiennent
à Foréma, des Niamanis Aboudingas chez qui je pouvais
avoir des renseignements sur les autres régions Mais il fallut
y renoncer, caries monts Georges m'empêchaient de pour-
suivre et d'achever ma route jusqu'à l'Océan. Je me dirigeai
résolument vers le nord-ouest, et bientôt je me vis délivré de
ces bois épais, de ces ruisseaux sans nombre, de ces hautes
montagnes qui jusque-là avaient entravé ma route à l'ouest,
àl'est et au sud. Cependant j'eus encore à traverser quelques
bois assez touffus, je rencontrai de petites rivières qui allaient
au sud-ouest grossir la Niméra, et je ne m'arrêtai qu'après
dix heures de marche. Le lendemain, en franchissant quel-
ques rivières au milieu des montagnes, nous sommes arrivés
sur un faîte de collines qui doivent probablement se ratta-
cher aux monts de Sassa. Au delà, en descendant, nous
avons passé la Niméra, qui est navigable, coule au sud-ouest et
va se jeter dans le Proungo; puis il nous a fallu fairede nou-
veau l'ascension des mêmes hauteurs, et c'est ainsi qu'après
une marche de douze heures, avec ces alternatives de montée
et de descente, nous avons enfin fait halte au bord d'un ruis-
seau qui, dirigé du nord au sud, coule vers la Niméra.
Pendanlla nuit nous fûmes exposés aux attaques furieuses
d'une espèce de grandes fourmis armées d'un dard comme les
abeilles. Les Niamanis eux-mêmes leur donnent le nom de
fourmis anthropophages. On les rencontre dans tout le
pays où elles font une véritable chasse aux arndAa (termites).
Dès qu'elles sortent de leur fourmilière, elles s'avan-
cent .sur des rangées de trois, comme des soldats, sai-
sissent les arndha et les emportent. Les guides des fourmis,
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. ft9
qui dirigent la colonne, s'avancentannonibrede six. Il existe
également une autre espèce de fourmis aussi grande, verte
et tachetée d'or, munie également d'un aiguillon, mais moins
dangereuse et qui se rencontre plutôt au nord : c'est peut-
être celle que Strabon a mentionnée.
Le 15, après avoir traversé la petite rivière au bord de
laquelle j'avais fait halte, j'arri\ai, au bout de trois heures
de marche, chez Pirintzi, un des trafiquants de la compagnie
de Zoubêr Pacha. Il était alors en guerre avec les Aboudingas,
et il se proposait, quand il aurait fini cette guerre, d'en dé-
clarer une autre à Foréma. Il voulut m'empêcher de con-
tinuer ma route, en me représentant les immenses périls
auxquels je m'exposais, sans parler des peuplades anthro-
pophages que je rencontrerais. Quand il vit ma résolution
inébranlable, il feignit de m'envoyer à Foréma, mais secrè-
tement il donnait des ordres pour qu'on me dirigeât vers
les zerxbas du nord. Le 18, après une longue marche à
l'ouest, j'arrivai chez le roi Agata, dont la résidence est au
bord du Proungo. Ce fleuve est navigable ; il coule vers le sud
et, grossi de la Niméra, il se jette dans le Bomo sous le nom
d'Oura. Le lendemain je franchis le Proungo et je fais halte,
après trois heures de marche,au milieu d'une tribu banda. Le
20 je m'engage, toujours dans la direction de l'ouest, à
travers un pays beaucoup moins montagneux, et cinqheures
après j'arrive à la résidence de Râfa'ï. Cette résidence
est au bord d'une rivière navigable que les indigènes appeU
lent Tzigo, au delà de laquelle sont les Niamanis Aboudingas.
M. Schweinfurth appelle ce cours d'eau rivièred'Aboundiga
et croit qu'il coule du sud au nord. Ce doit être une erreur,
car le Tzigo prend sa source dans les monts Abbafiri et
coule vers le sud : il est affluent du Bomo.
Les ancêtres de Râfa'ï sont autrefois arrivés de Sa
banga, dans le domaine de la nation Banda; ils ont con-
quis tout le pays qui s'étend entre le Tzigo et le Proungo et
qui appartenait aux Niamanis. Les Niamanis ont été vaincus,
40 VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL.
expulsés ou mangés. Râfa'ï m'a dit que la rivière de Sa-
banga coule vers le sud, laissant à l'ouest la nation Afno. A
trois journées de marche, à l'ouest de Sabanga, se trouverait
une grande rivière nommée Mpokto. Le peuple qui habite
sa rive occidentale porte le môme nom. Cette rivière se
divise en deux bras dont Tun, coulant à l'ouest, va se jeter
dans rOcéan, et dont l'autre se dirige vers le nord, sur le
territoire de la tribu Rinda. Ce second bras serait la mênie
rivière que les Arabes m'avaient signalée dans les monts
Niamba *. Quant à l'Ouchâl et aux différents fleuves qui
descendent des monts Georges, j'y verrais volontiers des
sources du Kongo. L'immense quantité d'eau que roulent
l'Ouchâl et leBomo rend inadmissible l'hypothèse qu'ils for-
meraient un seul et même fleuve. Zoubêr Pacha, qui a des-
cendu le fleuve Tzigo jusqu'à son confluent avec le Bomo,
et le Bomo lui-même jusqu'à son confluent avec la rivière
Sabanga, m'a assuré que la rivière Sabanga, qui traverse le
pays des Aboudingas, estnavigable.'Il avait appris des indi-
gènes que le Bomo, plus à l'ouest, se divise en deux bras
dont l'un coule au nord et l'autre vers le sud un bateau à
vapeur avait un jour remonté le bras du sud jusqu'au pays
des Niamanis.Il était dirigé par des blancs qui apportaient du
fer et du sucre, mais les Niamanis les ont tués et mangés. Le
bateau à vapeur esttoujours, depuis treize ans, resté amarré
au môme endroit. D'après ces renseignements très précis,
j'avais d'abord cru que ce bras du Bomo devait être la rivière
Ogôoué. M ais M. de Brazzanous affirme avoir suivi l'Ogôoué
jusqu'à sa source. Il faut donc croire que le bras méridional
du Bomo se réunit à l'Ouchâl pour former le Kongo. Le
bras du Mpokto dont nous a parlé Râfa'ï, doit être un autre
1. D'aprî's rétudo qu'il a faite Uc l'hyUrographie de cette partie de
l'Afrique, M. H . Duveyrier inclino à croire que la rivière de Rinda devient
plus loin le ChAri. Los indigènes nfllrmcni que Vautre bras du Mpokto
se jo.tto dans TOcf^an. Si cela est exact, il faut que ce soit quelque part
•ntrfl le Nlstcr cl l'O^oué, et que dci marais carhcnt pon embouchure.
VOYAGK A L*OUEST DU HAUT NIL. 41
bras formé par le Châri plus au nord. Ainsi le majestueux
Bomo nous donnerait deux voies de communication avec
rOcéan, l'une par le Kongo, Tautre par le Mpokto. Ce der-
nier doit avoir son embouchure au milieu des marais de
rOgôoué et du Koâra*. Le bateau à vapeur qui a paru dans
rOuchâl a pu remonter par conséquent de deux manières.
Mais M. Stanley nous dit que les bateaux sur le Kongo ne
peuvent dépasser une certaine cataracte qu'il appelle cata-
racte de la reine Victoria. C'est donc par le Mpokto qu'ils
seraient forcés de s'avancer dans ces pays encore si peu
connus.
Je crois donc que TOuchâl et le Bomo doivent compter
parmi les sources du Kongo. Quanta ce fleuve, qui viendrait,
selon Livingstone, du Tanganika, je veux bien accepter ce
qu'en a dit M. Stanley dans sa correspondance, mais non
pas ce qu'il en a dit dans son livre, qui renferme quel-
ques erreurs. Pourquoi M. Stanley, par exemple, fait-il cou-
ler l'Ouchâl vers le sud, dans le Kongo? M. Schweinfurth,
qui a passé cette rivière, nous la présente comme se diri-
geant de l'est à l'ouest. Pourquoi dit-il que l'Ouchâl n'a
pas beaucoup d'eau, quand M. Schweinfurth a remarqué
que le Brouailé avait autant d'eau, et l'Ouellé plus d'eau
que le Nil Bleu?
Râfa'ï me dit qu'à cause des bois et des marécages, je ne
pouvais me rendre chez Foréma ; il offrait cependant de m'y
conduire par un détour, en passant par la résidence de son
frère Kachol^ qui se trouvait six heures plus au nord. J'avais
bien compris, depuis Agata,la ruse de Pirintzi; en vain je
promis toute espèce de présents à Râfa'ï, s'il voulait tenir
compte de mes désirs : il resta inébranlable. Je dus me di-
riger vers le nord; je traversai une région où les Borassus
se trouvaient en abondance. J'étais alors dans une zone cli-
matérique tout à fait analogue k celle que j'avais remarquée
1i On Masfiithnlo* que j'ju.timjlo tiu î^ljçcri
42 V0TA6E A l'ouest DU HAUT KIL.
plu» à Test, entre rOnellé et le Bomo.La terre y est blanche
et lytérile, et Ton y voit plus de teleboun que de sorgho.
En arrivant chez Kachol, je passai un affluent du Proungo
qui venait du nord-ouest. Kachol voulut me tromper
comme les précédents, mais la ruse était bien grossière.
Il ne m^aiderait^ dit-il, que si je voulais gagner les zeribas du
nord.
Que faire? J'étais bien loin de Foréma, au milieu de po-
pulations mal disposées pour moi. Je me décidai à revenir,
et, mo dirigeant au nord vers de stériles montagnes, je
franchis, après quatre heures de marche, le 25 décembre
1870, un affluent du Proungo qui venait du nord-ouest. Je
rencontrai là les troupes arabes de toutes les zerîbas qui
allaient se joindre à Pirinlzi pour faire la guerre aux Abou-
dingas.Elles accueillirent très cordialement mes interprètes,
qui me demandèrent à se joindre à elles pour aller délivrer
leurs frères. La permission fut octroyée, et je continuai ma
route. Après doux heures de marche, je fis une première
halte dans une région montagneuse. Le 26 décembre, je
traversai un autre affluent du Proungo qui venait aussi du
nord-ouest, mais qui était bien plus grand que les précé-
dents, Nous n'avons pu prendre de repos qu'après une
niarcho de dix heures en pleine montagne. Le lendemain,
apriNs quatre heures de marche, nous rencontrons encore un
affluent du Bomo que les Arabes nomment Khor-A'ouy. Puis,
tournant & Test, nous traversons enfin le Proungo lui-même
sur un pont formé de deux arbres entiers attachés avec des
cordes. Une demi-heure après, nous faisons halte dans la
tribu Kréko-Banda. Le â8, marche de sixheures à travers les
montagnes : nous atteignons la leriba de Sahini, fîls de
Kdris Deftor» Lo 30 di^oembre, nous prenons alors résolu-
mont la route du uord-ost, et apivs sept heures de marche,
après avoir ft^uohi uno rivi^ro qui court du nord-ouest et
va se jeter dans le Betî, nous nous arrêtons à la zerîba
Idris« sUué<^au miUen de$ montagnes*
VOYAGE A l'ouest DU HAUT NIL. 43
Je ne la quittai que le 2 janvier 1877 pour me diriger
vers Test. Après trois heures de marche j'étais hors des
montagnes, dans une vaste prairie qui borde au nord le
Béti. Après cinq heures de route je fis halte auprès d'une
source ; le 3 janvier^ je coupai la route que j'avais suivie en
descendant d'Agata à Mofio et je fis halte le soir près de
rOuéchi, affluent du Béti. Le 4 janvier, nous traversions le
Béti, et après deux heures de marche nous atteignions la
chaîne des Zantés» et la résidence d'un roi kréki. Tout occu*
pé à sa moisson, le souverain refusant de me donner des por-
teurs, je me décidai à lui laisser mes bagages; je partis
avec mon domestique et arrivai sans guide au milieu d'une
tribu kréki : cette tribu, occupée comme la précédente aux
travaux des champs, ne pouvait me donner les hommes ni
le guide, nécessaires pour traverser le désert qui nous
séparait de Dêm Goutchio. Jamais on n'eût osé le franchir
autrement que par caravanes, tant il est peuplé de bêtes
féroces : je le fis cependant. Monté sur un âne très robuste,
accompagné de mon domestique, je me hasardai et ne,
rencontrai dans le désert qu'une espèce de cochon pourvu
d'une longue crinière qui pouvait de loin le faire confondre
avec un lion. Je rencontrai ailleurs le même animal, et je
ne vis bien qu'alors cequ'îl était. Après quatre heures de mar-
che, je passai un affluent du Gangoua, et ensuite le Gangoua
lui-même, au milieu du pays des Krékis, Une montagne
seule nous séparait encore de la vallée de Dêm Goutcho.
Le gouverneur de Dêm Goutcho sepréparait alorsàfaire un
voyage de dix jours vers le sud-est pour imposer l'esclavage
aune tribu des Ndjangués. il était, ce jour-là, ivre mort et ne
put me recevoir. De bon matin, le lendemain, je passai auprès
de la source entourée d'arbres que M. Schweinfurth a dé-
crite, et, tournant à Test, je franchis une montagne qui
paraît être la continuation de la chaîne des Zantés. Après
avoir traversé un affluent du Biri, puis le Biri lui-même,
j arrivai le 6 janvier chez Mosmar, homme fort aimable et
44 VOYAGE A L*OUEST DU HAUT NIL.
très poli qui envoya chercher aussitôt mes bagages. J*eus
le bonheur de les recevoir intacts.
Je quittai Mosmar le 1 3 du même mois; après trois heures de
marche dansles montagnes, jecoupai la plus grande route de
toute cette région, celle qui conduit directement de la rési-
dence de Zoubêr Pacha à Dèm' Bakir et de là chez Moustafa.
Passant d'autres montagnes toutes peuplées de buffles, je
m'arrêtai auprès de deux affluents duKourou qui se dirigent
du nord-ouest au sud-est; le lendemain 15 janvier, je tra-
versai leKourou même et fis halte,lesoir,àlazerîbaHabessi,
et le 16 à la zerîba de EdrîsDefter, qui est moudir de toute
la région du Bahar-el-Ghazâl. Je lui fus présenté par Faqih-
Allah, qui me donna une lettre de recommandation pour
toutes les zerîbas, en me priant de l'attendre à la zerîba
Ghattâs. Le 17janvier, jem'arrêtaiau bord de la rivièreKa-
zagaouTembo,et le 18 à la zerîba Golferât,queM. Schwein-
furth appelle Ngoufala, et où il a passé quelques jours pen-
dant son voyage de Dôm BékiràOuaou. Golferât se trouve
sur la frontière occidentale du pays des Bongos. Je la quittai
le 19 pour faire halte à la zerîba de Ahmédabad. Je suivis
alors une direction nord-est, afin de franchir la rivière Héré
ou Bongo, surles bords de laquelle se trouve encore une
zerîba appartenant à Ahmédabad et où l'on voit un monu-
ment dit « de la signora «.C'est celui de madame Tinné.
Le 21, au sortir d'un défilé formé par deux hautes mon-
tagnes, j'entrais dans le pays des Ndjoûrs, et je m'arrêtais
à la zerîba de Koutchouk Ali, au bord de la rivière Ndjoûr.
M. Schweinfurth y avait aussi fait une halte autrefois en
revenant d'Ouaou. Au sud de cette zerîba se trouvent les
Bongos, et au sud de ceux-ci la Balanda, qui est habitée par
les Ndjoûrs; M. Schweinfurth l'affirme également. De là
jusqu'à la zerîba Ghattâs, j'ai suivi la même route que cet
illustre voyageur, par la zerîba de Ahmed'Ali, où ses collec-
tions ont été brûlées, et le. 24 janvier j'atteignais la zerîba
Ghattâs sur le.s frontières des NdjaDguéâ Bongoâ et d^s
VoVaGË A"^L*OtJESt m HAUT WL» 45
Ndjoûfs* Pâqih'Allah est venu m'y rejoindre douze jours
après, le jour où je me disposais à reprendre ma route vers
Test, c'està-dire le 7 février.
Je fis halte ce jour-là à la zerîba Tanis, près de la rivière
du môme nom qui, selon M. Schweinfurth, se jette dans le
Bahar-el-Ghazâl. Mais, d'après les indigènes, elle se jette-
rait dans un lac situé un peu plus au nord que Tendroit
où je la passai, et qui n'a point d'issue. Le 8 février, je
m'arrêtai dans un village ndjangué qui est bordé au nord
par des steppes d'une grande étendue. Ce caractère de
steppes particulier à cette région meparadt fort bien s'ac-
corder avec la mention que font les indigènes
fleuves se perdant dans des bassins fermés. Gomme le
Tanis en effet, l'Ayak, que je traversai un peu plus loin en
quittant la zerîba Cherîf, c'est-à-dire le 10 février, et qui est
un peu plus grande que le Tanis, se perd au nord-est
dans un lac appelé Guéki. L'Ayak sert de limite aux Ndjan-
gués et auxDingas. Les Ndjangués s'étendent jusqu'au nord
dulacTanis, où ils confinent aux Nouêrs, etausud jusqu'àHle
formée par le Ndjoûr et le bras du Boro dont j'ai déjà parlé;
d'autre part ils vont jusqu'au pays des Nômbas et, au nord
du Bahar el-Ghazâl, jusqu'à l'endroit où se réunissent les
cours d'eau qui forment le Fakam. Le 11 février, je fis halte
dans la zerîba Cap Siaby, qui relève de la moudirîyé de Roi.
Le 12, je passai un torrent appelé Fytio, qui se jette dans
le lac Guéki, et j'atteignis le 13 la zerîba de Malzac, cù se
trouve la résidence du moudir Yousef. Plus au sud, on
rencontre une population mélangée de Ndjoûrs et de Nouêrs,
que les Bongos appellent Bellic, qui parle la langue des
Nouêrs, mais «qui a toutes les habitudes des Bongos.
Le moudir Yousef ne voulait pas me permettre de con-
tinuer ma route vers l'est, m'affirmant que le gouverneur
de Khartoûm ne l'avait pas permis à un Anglais qui était
mort fou à Berber. Je lui répondis qu'il allait m'obliger à
me hasarder au nord, au milieu des nations indépendantes
46 VOYAGE A L*OUEST DU HAUT NiL.
des Dingas et des Nouôrs* Par pitié il me permit enfin d'a-
chever mon voyage, en m'interdisant d'ailleurs sévèrement
tout écart vers le sud. Le 15 du mois, vers le soir, il y eut
une éclipse de lune qui donna lieu à des orgies, à des fes-
tins de toute sorte, chez les Dingas et les musulmans*
Le 17 février, je me remis en route pour franchir le Roi,
près duquel je fis halte dans la zerîba d'Adaël.Le Roi, après
quelques détours dans la direction du nord, tourne vers
l'ouest et se jette aussi dans le lac Guéki. On en a fait à tort
un affluent du Bahar-el-Djébel. Je suivis le 18 le cours du
Roi jusqu'au point où il tourne définitivement à l'ouest, et
je m'arrêtai dans une tribu de Dingas indépendants. Le
19 je retrouvai encore des steppes, où poussent cependant
quelques dattiers sauvages, et je m'arrêtai au bord de la
rivière Deguintchou. Plus grande que le Roi, elle est maré-
cageuse et toute couverte d'herbes. Elle vient du pays de
Mondou, passe à Aliap, tourne au nord-est et forme le lac
Mantchok. Le ^ février, j'appuyai plutôt vers le nord, et
je traversai une rivière dont l'eau était claire comme celle
du Bahar^el^Djébel et tributaire aussi du Mantehok. Elfe
vient d'un lac situé plus au sud dans le pays d'Atot, et ce
lac lui-même ne serait qu'une ramification du Bahar-ei-
Djébel. En amont du point où se fait la jonction, le Djebel
recevrait sur sa rive gauche, un affluent qu'on nomme Gai.
Un peu plus loin je passai une autre rivière venant aussi
du lac Âtot et se jetant dans le lac Mantchok, L'île formée
enU^ les deux lacs Mantchok et Atot par les deux rivières
que nous avons passées, s'appelle Laou.
Aï^ès avoir fait halte ce jour-là auprès de puits sans
eau, j'atteignis, le lendemain 22 février ou 6 mars, Siaby ou
Châby et les lacsHoursit sur le Bahar^el-Djébel. En aval de
ce point le Djebel enverrait sur sa rive gauche deux ra-
mifications qui forment les lacs Hoursit, Mantchok, Guéki,
Atot et Tanis. Au temps des inondations du Nil, ees nappes
d'eau ne forment plus qu'un seul et même lac; on y voit
VOYAGÉ k l'ouest DU HAUT NlL. 47
surgir quelques îlols, avec des collines. Les habitants se reti-
rent au nord; J'ai remarqué en outre, au sud du Siaby,
un grand courant d'eau qui se forme seulement à Tépoque
des inondations. Je crois qu'il se constituera d'une façon
durable, le jour où une forte crue réunissant à jamais les
différents lacs, formera un lac que je propose d'appeler lac
d'Olga, du nom de la reine des Hélènes.
A Ghâby, j'attendis le bateau à vapeur pour descendre
le fleuve. Je rencontrai le comte Edouard et Mason Beyen
route pour Lardo, ils me prièrent de voir Gordon Pacha, gou-
verneur deKhartoûm, et de lui remettre des lettres. Ils pen-
saient que Gordon Pacha aurait quelque intérêt à connaître ce
que j'avais vu pendant mon voyage : ils se trompaient. Son
Excellence en savait plus long que moi et ne me demanda
rien. Le 31 mars (ou 12 avril) je partis de Siaby sur un Va-
peur qui remorquait trois autres vaisseaux chargés d'es-
claves dingas et baris. Ces contrées s'étaient révoltées;
pour punir les indigènes qu*on ne pouvait emmener en es-
clavage, on avait détruit tous leurs bestiaux, et les malheu-
reux habitants n'avaient plus qu'une ressource : vivre à
l'étal sauvage dans les forêts. Je parlai à Mason Bey de
cette cruelle mesure. Il me répondit que les Arabes ne pre-
naient jamais que la moitié des bestiaux et laissaient l'autre
aux indigènes. Voulait-il me persuader que les Arabes, par
cette concession équitable, avaient pour objet d'obliger les
indigènes à se soumettre au gouvernement du Khédive t
Après sept heures de navigation, nous atteignions l'endroit
où une ramification du Bahar-el -Djebel forme le Ba-
har-el-2erâf. Le commencement de cette rivière est sur
la frontière des Nouérs et des Dingas, qui s'étend à
Touest jusqu'au confluent du Bahar-el-Ghazâl et du ^oro, à
l'est, jusqu'au confluent du Gango et de la Guimba. Quant
an Bahar-el-Djébel, il devient très large et se répand de
côté et d'autre dans d'immenses marais couverts de papy-
rus et infestés de moustiques. Avant d'arriver à la jonc-
4H Voyage a L^otiÈsï Dit Hkvt ml*
tion du fiahar el-'Djébel et du Bahar el-Ghazàl , tloUâ
laissâmes à notre gauche une rivière qui venait des marais
du sud-ouest et coulait parallèlement au Bahar el-Djébeî.
A un certain endroit, elle fît un détour vers le nord-ouest et
il nous fut impossible delà retrouver: on m'a affirmé qu'elle
se jetait dans le Bahar-el-Ghazâl avant son coHfluent avec le
Bahar-el-Djébel *. Un peu plus au nord, après avoir reçu le
Fakam^ le Nil forme un bras qui se dirige vers le pays des
Ghillouks et qui se ramifie lui -môme : un courant va re-
joindre le Nil à Fachoda ; un autre, continuant la direction
du bras principal, n'atteint le Nil que près deKaka sous le
nom de Bahar el^Kaka. Ainsi se forment deux îles où se
trouvent Fachoda et Kaka et qui sont habitées par les
Ghillouks. Les Ghillouks s'étendent jusqu'au pays des
Nômbas à l'ouest et habitent au sud les deux rives du Nil,
aux confluents du Bahar-el-Ghazâl et du Sobât.
Au nord de Fachoda le Nil reçoit une rivière navigable
nommée Dinga, qui lui vient de l'est et que je considère
comme une ramification du Nil lui-même. C'est entre la
rivière Dinga, le Nil, le Sobât, et son affluent la petite ri-
vière de Falassi, qu'il faut placer, à mon avis, l'île des Au-
tomoles dont parle Eratosthène. En rapprochant les don-
nées des écrivains anciens qui parlent d'une grande émi-
gration au temps de Psammétique, des renseigne-
ments recueillis à la zerîba de Ghattâs de la bouche des
hommes les plus sérieux, j'ai pu me convaincre que la
partie du bassin du Nil explorée par M. Schweinfurth et
1. La réunion des deux rivières qui forment le Nil (le Bahar-el-Djébel
et le Bahar-el-Ghaxàl) sert de Umile nord aux Nouêrs : ils habitent sur
les deux riTes du Bahar-el-Ghazàl jusqu'à Hle habitée par les >'<i|joùr-
Chaiouks ctsur les de»ix rives du Bahar-el-Djébel jusqu'au point où com-
mence le Bahar-el-ZerAf. Us dépassent d'aUleurs à Test ce dernier cours
d'eau et occupeat la rive gauche du Sobàt depuis le confluent du Cango.
Ce sont peut-être ces peuplades que Strabon appelle îi^abarios : il les
montre armés d'un bâton court et ptrm de clous, que les Nouêrs portent
encore aujourd'hui.
VOYAGÉ A L^otifei^t bu itAû* mil 4à
put ïnoi était le point central des communications èntrô
l'ouest et Test du continent africain. Les Ndjangués, par
exemple, dans lesquels je retrouve les anciens Automoles,
venant du Nil et le côtoyant sur sa rive droite, auraient
traversé le Sobât, envahi le pays des Nouôrs, passé le Bahar
el-Djébel qu'ils ont descendu jusqu'à rembouchure du Fa-
kam. Puis remontant le cours du Héré,ils auraient descendu
ensuite le Bomo et le Mpokto jusqu'à l'Océan. Quelque lé-
gendaire que soit, après tout, cette émigration desNdjangués,
il n'en est pas moins vrai que, pour les indigènes qui la
racontent, les affluents du Bahar el-Ghazâl, (ou plutôt du
Boro,) et le Bomo sont la voie la plus facile vers l'ouest.
C'est là le point important.
A Khartoûm je vis Gordon Pacha et Purdy Pacha qui
m'avait précédé à Hofra-el-Nahâs. Voulant gagner le
Caire par un autre chemin j'entrai dans le désert Aboû
Hamid pour y examiner la direction des chaînes rocheuses.
Dans toute leur partie inférieure, ces montagnes se désa-
grègent entièrement : le granit est maintenant à découvert;
des cavernes se sont formées, des arcs granitiques se dres-
sent, et au pied de ces merveilles naturelles sontrépandues
une foule de boules «de granit creuses à l'intérieur et
percées d'un trou unique. Je serais disposé à voir dans
toutes ces curiosités l'action de forces volcaniques très
puissantes, et je me propose de revenir un jour sur l'étude
de ces phénomènes.
De retour au Caire, j'écrivis au vice-roi pour lui de-
mander s'il désirait avoir de moi des renseignements sur la
géographie et môme sur l'état de son empire. N'obtenant
pas de réponse, je m'adressai alors au prince Hussein : il
me répondit que Gordon Pacha en savait et lui en avait
appris beaucoup plus long que je ne pensais. Je songeai à
m'adresser alors à une société de géographie, et, apprenant
que le roi des Belges était président d'une association
pour l'exploration de l'Afrique, je fis demander des ren-
S«C DE GÉOGR. — JUILLET 1880. XX. — 4
50 VOYAGE A l'ouest DU HAUT MIL.
seignementsauconsulatde Belgique, dont je reçus une lettre
qui ne m'apprit rien. Il me fallait prendre mon courage à
deux mains, Ayant, jusqu'au 1^' janvier 1878, j'ai exercé
au Caire ma profession de médecin, j'ai enfin pu venir en
France avec l'espoir d'y voir apprécier mes travaux.
Je pense que mon voyage sera utile à la science ; il
l'eût été plus encore, sans les difficultés insurmontables
qui entravent les recherches dansces pays inaccessibles.
A ces obstacles naturels s'en sont ajoutés d'autres que
je ne veux pas rappeler, et qui cependant auraient pu
m'être évités. Quoiqu'il en soit, j'espère que les savants me
sauront gré du peu que j'ai pu faire et qu'il en résultera
quelque honneur pour mon pays.
DEUX SEMAINES A BANG-KOK'
PAR
Ifédeoia {urincipal 4e la mariiif) ton relr«ite.
Le vendredi, 21, à trois heures du soir, officiers du ffAs-
sas et du Brtuit, nous étions réunis au consulat prêts à nous
rendre à Taudience du roi. Le consul nous accompagnait
ainsi que M. Tabbé Tey, qui voulait bien nous servir d'in-
terprète.
Arrivés en face du palais, nous nous dirigeons vers un
groupe de mandarins qui nous attendaient sur le bord du
fleuve et nous invitaient par des signes à descendre à terre.
Mais ce lieu, appelé la ^ cale des nobles », et où accostent
les grands personnages qui se rendent auprès du roi, nous
parait si mal choisi à cause de la vase noire qui l'envahit de
toutes parts, que nous nous refusons à mettre pied à terre.
Les mandarins essayent de nous faire comprendre que c'est
là le débarcadère des étrangers. Mais nous persistons de
plus en plus dans notre refus ; et tout en parlementant»
nous revenons sur nos pas et nous tentons de gagner le
pont réservé à la seule personne du roi. Devant notre ferme
résolution de ne pas céder, les malheureux mandarins ne
savent plus où donner de la tète. Inquiets et épouvantés,
ils courent au-devant de nous comme pour s'opposer à
notre débarquement. Il est évident qu'ils -exéctitettt reB-
gieusement leur consigne, mais, d'un autre côté, il est de
notre dignité de ne pas faiblir. Ils tremblent probablement
pour la peau de leur dos; car le bambou est Vultima ratie
dans ce pays fortuné. Or, comme la chose nous imparte
1. Voyez Bulletin de la Société de Géo^raphiét juin IMO, p* ^U.
t^ Deux semaines à ÈANG-feÔtt,
fort peu, ûôuâ abordons franchement le débarcadère i^yal,
et bon gré mal gré, ces pauvres diables viennent vers nous
pour nous escorter jusqu'à la salle d'audience. On nous
conduit à travers un immense chantier où nos pieds trébu-
chent à chaque pas contre des blocs de granit, des statues
renversées, des tas de briques, des pièces de charpente,
réunion confuse de matériaux destinés à la restauration des
temples et à la construction de nouveaux édifices. C'est
alors seulement que nous nous expliquons la persistance de
nos guides à nous faire éviter une route si encombrée.
Nous passons devant un vaste hangar où s'abritent de
riches pirogues dorées dont les formes élégantes rappellent
les gondoles de Venise. De distance en distance, nous défi-
lons au milieu d'une haie de soldats dont le costume laisse
beaucoup à désirer, au point de vue du luxe comme de la
propreté. Mais à mesure que nous nous approchons de la
demeure royale, la troupe change d'aspect. La tenue devient
meilleure, les armes sont plus brillantes, les postes plus
nombreux. La voie est déblayée et mieux entretenue. Tout
fait pressentir l'approche de la résidence du chef de l'État.
Çà et là des canons négligemment parqués dépérissent sous
une épaisse couche de rouille. Quelques-uns cependant,
auxquels un souvenir glorieux se rattache peut-être, nous
paraissent mieux traités et montrent leur gueule reluisante
à l'ombre d'une grande guérite, en compagnie de chèvres
et de boucs qui viennent chercher là un refuge contre l'ar-
deur du soleil. Sur tout notre passage, nous sommes l'objet
de la curiosité générale. Plus de 4,000 employés et esclaves
vivent dans cette enceinte, attachés au service du roi.
Nous arrivons après de nombreux détours sous un large
pavillon dallé de marbre. Au milieu est dressée une table
recouverte d'un magnifique tapis tout brodé d'or. Pendant
que nous prenons quelques minutes de repos et de fraî-
cheur, des plateaux chargés de thé et de cigares circulent i
la ronde.
DEUX SEMAINES k BÂNG-KOK. 53
Après cette courte balte, nous nous remettons en marche
par une avenue de granit toute bordée de statues et de
grands vases élégants dont les arbustes nains ont subi des
tailles étrange s.
Nous sommes enfin introduits dans la salle des audiences
privées, entre deux rangées de soldats armés de fusils, de
piques ou de lances. Nous nous avançons vers le roi qui est
assis devant une petite table, et après l'avoir salué nous
prenons place sur des fauteuils rangés en demi. cercle au*
devant de lui. Vers le fond de l'appartement s'élève un
trône abrité sous un parasol à sept étages et placé entre
deux vases renfermant, l'un un arbre d'or et l'autre un arbre
d'argent. Tout à côté l'on voit un magnifique carreau de
pie entouré de théières, de tasses et de crachoirs du plus
riche métal. Des tentures et des tapis de toute beauté ornent
$à salle dans toute son étendue,
Les mandarins qui nous accompagnent se prosternent en
entrant, mains et genoux en terre, la face tournée vers le
sol.
Le jeune roi écoute attentivement les compliments que
.ui adresse notre commandant, et prenant la parole à son
(Our : J'ai la conviction, dit-il, que malgré les malheurs qui
ont frappé votre pays, nos deux gouvernements n'en seront
que plus fortement unis. Puis se levant, il a quitté sa table
et nous sommes sortis ensuite.
Sa majesté Maha-Ghulalongkorn Klou est un tout jeune
homme de dix-huit ans, à la figure fine et aux manières
distinguées. Il n'a conservé du costume national que le lan-
gouti et la tunique. Ses cheveux sont séparés sur le front h
la mode européenne.
Les rois de Siam sont vénérés presque à l'égal d'une divi-
nité. Leur autorité n'a pas de borne et le despotisme est la
seule forme de gouvernement. Tout Siamois est tenu de se
prosterner sur leur passage et nul ne peut les regarder en
fAce. Quand ils se promènent sur lé fleuve, les barques doi^
54 DEUX SEKAnfES A BANG-KOK.
vent s'écarter respectueusement de la pirogue royale. On
raconte qu'un batelier atteint de surdité et n'ayant pu se
ranger assez tôt, reçut un coup de feu qui retendit raide
mort. Mais cette coutume de se prosterner le visage contre
terre tend à disparaître, et n'est guère réservée que pour des
circonstances toutes particulières.
Le lendemain samedi, nous allons en chaloupe à vapeur
faire une visite au second roi. Cette cérémonie ne diffère
presque en rien de la précédente. Aussi n'en parlerai-je
pas.
Le jour suivant, un mandarin vient nous prendre pour
nous montrer en détail la demeure royale. Pour décrire
d'une façon complète les merveilles qui frappent les yeux
dans cette enceinte féerique, il faudrait la parcourir mille
fois. Une seule promenade au milieu de ces palais et de ces
pagodes innombrables laisse la vue et l'esprit dans un tel
éblouissement, qu'on sort de là le cerveau complètement
troublé. De hautes murailles entourent le palais de toutes
parts. Les temples et de petits édifices élégants, couverts de
peintures et d'or, se succèdent à l'infini. Des milliers de
flèches plaquées de verre et de faïence, scintillent au-dessus
de la verdure des arbres comme les étoiles du firmament.
Les tuiles vernissées ruissellent de lumière. Des statues gi-
gantesques en bronze, en plâtre ou en argile, montrent
leurs têtes d'hommes, d'animaux et de monstres et obs-
truent tous les passages et particulièrement l'entrée des
pagodes. Les chemins et les cours sont dallés de marbre et
de granit. Nous pénétrons dans un premier temple dont le
Boudha est un des plus grands que nous ayons rencontré.
Le dieu, blindé d*une épaisse couche d'or est étendu sur le
côté droit. La plante de ses pieds est magnifiquement in'
crustée de lames de nacre. Ni art, ni anatomie, ni propor-
tions, dans ce colosse de briques, de plâtre et d'or. 11 repose
sur une immense estrade triplement superposée. Dans les
intervalles des piliers, comme au milieu d'une niche, s'ali-
DEUX SEMAINES À BAUG-KOK, 55
l^nent des divinités étranges telles qu'une feinme à corps
d'oiseau, etc«
Nous passons de là dans une autre pagode renommée
pour son Boudbaen or massif, mesurant un mètre de haut,
et pour ses magnificences indescriptibles. Les pierres pré*
cieuses, l'or, l'argent, le cuivre, s'entassent à profusion en
cette enceinte opulente et font jaillir mille feux de leurs
faces polies. Une troisième pagode nous est ouverte. Elle
surpasse en beauté et en richesse toutes celles que nous
avons parcourues jusqu'à cette heure. Au pied de Fescalier
on voit deux gracieuses statuettes de jeunes femmes, et
devant l'autel deux bambins, de marbre aussi, l'un tenant
un oiseau dans ses mains et l'autre jFOuant avec un nid. Le
sanctuaire est pavé de petites dalles reluisantes de cuivre.
On ne peut se faire une idée de la somptuosité des dessins
et des peintures. Un Boudha d'une seule émeraude projette
des éclats de lumière de sa masse verdâtre. Les portes et
les fenêtres en bois de teck font chatoyer leurs charmantes
incrustations de nacre aux rayons du soleil. Du rebord des
toitures pendent de petites clochettes; balancées par la
brise, elles produisent un carillon argentin qui se mêle
agréablement à la chanson des oiseaux. Chose étrange ! le
buste en marbre d'un amiral anglais frappe tout d'abord
l'attention quand on pénètre dans l'édifice sacré.
Nous nous arrêtons quelques instants sous un splendide
hangar où de jeunes siamois se livrent à Tétude. C'est là
probablement une école de médecine ou une bibliothèque,
si nous en jugeons par les grossières figures d^anatomie que
nous remarquons dans les livres et sur les tableaux ap-
pendus aux murailles. De grands cadres dorés portent
tracées dans le marbre des inscriptions indiquant les recettes
pour le traitement des maladies. Non loin de là se trouve
un autre hangar où sont alignées des statues de grandeur
naturelle représentant les rois de la dynastie actuelle. Elles
n'attendent plus qu une couche d'or pour être placées dans
56 DEUX SEMAINES A BANG-KOK.
4
un panlhéon royal qui leur est destiné. Tout à côté nous
passons devant des galeries qui renferment par ordre de
taille une longue série de Boudhas, des palanquins dorés
et artislement travaillés, des pirogues merveilleuses, etc. —
Nous voici arrivés devant les écuries des éléphants de
guerre. Les jambes de devant et le cou entravés, ces su-
perbes animaux sont amarrés très court à de solides po«
teaux. Des esclaves sont là vivant constamment avec eux
et leur distribuant de toutes petites bottes d'herbes fraîches
que ces bêtes intelligentes secouent avec leur trompe pour en
séparer la terre. Notre guide nous conduit de là auprès des
éléphants sacrés dont Técurie richement décorée ressemble
à un palais. Un dai magnifique est tendu au-dessus de leur
tête. Tous les poteaux sont sculptés et les dessins de Tes*
Irade sont couverts d'or. Le mandarin en entrant s'est pros-
terne devant eux comme devant son souverain. A l'entrée
je vois une tablette où l'on peut lire en caractères dorés les
noms et les dignités de ces animaux vénérés. Nous nous
attendions à trouver devant nous des éléphants blancs,
comme on se plaît à le raconter. Mais tous ceux que nous
pûmes voir étaient généralement de couleur grisâtre. L'al-
binisme est très rare. Les yeux seuls par l'absence du pig-
ment choroïdien présentent cette anomalie d'organisation.
Un petit singe, véritable albinos celui-là, faisait des gam-
bades dans une jolie cage où se balançait un hamac. Les
Siamois n'adorent pas l'éléphant blanc, ainsi qu'on l'a dit à
tort Mais comme d'après leur système de métempsycose
les Boudhas, dans leurs générations, seront nécessairement
éléphants blancs, singes blancs, moineaux blancs, le peuple
a de grands égards pour les animaux albinos et pour l'élé-
phant en particulier. Il croit qu'ils sont animés par quelque
héros ou un grand roi qui deviendra lui-même un jour
Boudha et qu'ils portent bonheur au pays qui les possède.
Delà la recherche empressée de ces animaux et les bon-*
neurs ins^neu qu'on leur rend»
DEUX SEMAINES A BANG-KOK. 57
Cette promenade est sans contredit Tune des plus inté*
ressantes que nous ayons faite dans Bang-Kok. La beauté
et l'étrangeté des monuments et des choses qui venaient
de défiler devant nos yeux, étaient encore rehaussées par
l'épaisse verdure des arbres répandant dans ce site pitto-
resque leur ombre et le parfum de leurs fleurs. Le ficus
religiosa, le tamarinier séculaire, le duriam, l'arbre k
pain, etc., entremêlent leur feuillage et forment un dôme
impénétrable aux rayons du soleil. Tous ces beaux arbres
se distinguent les uns des autres, ceux*ci par la majesté de
leur port, ceux-là par la grosseur ou la forme des fruits.
he ficus religiosa est le compagnon inséparable des pagodes.
Le tamarinier * atteint la taille du chêne ; son feuillage
touffu et d'un vert tendre produit un effet délicieux. Les ha-
bitants en mangent les jeunes feuilles et relèvent leurs mets
avec le fruit ou tamarin qui est une gousse solide à saveur
acide et agréable* et dont la pulpe sert à faire de la confia
ture. Le durian ^ ne se rencontre guère que dans cette
contrée. Ses branches étendues horizontalement ou verti*
cillées donnent un aspect tout particulier à cette arbre
extraordinaire. Ses fruits étranges, gros comme des melons
et hérissés de fortes pointes pyramidales fournissent une
chair excessivement fine et délicate, mais dégageant une
od«ur repoussante d'excrément qui éloigne tout d'abord
l'Européen qui en goûte pour la première fois. Le durian
est regardé dans le pays comme le roi des fruits. L'arbre à
pain ^ est remarquable par ses belles feuilles profondément
découpées. Le syncarpe oh masse fructifère est pulpeux,
i. Tamar indus indica y (amïWe Aes légumineuses.
2. Duriariy durion^ doerian^ du malais durijy épine. Durio Zibéthinus
ainsi nommé parce que le zibetb, mammifère du genre civette, en mange
le fruit avec voracité. Le durian appartient à la famille des Sterculiacécs
nom tiré du genre Sterculia (de stercuSf ftente, par allusion à Todeur fé-
tide dos végétaux de cette famille).
3. Artocarpus iucisat du grct écpio;» pain^ Kapnb;» fniitt Famillo des
58 DEUX SEMAINES A BANG-KOK,
amylâcéy volumineux et lourd. Il est habituellement mangé
rôti ou bien encore bouilli et relevé avec du sucre de
palme. L'arbre à pain s'appelle encore jaquier incisa ou
découpé pour le distinguer du jaquier à feuilles entières ou
integrifoUa ^ dont le tronc donne comme le curcuma une
belle teinte jaune qui sert à colorer les vêtements des tala-
poins. Le fruit de ce dernier pèsejusqu'à quinze kilos et
est fort peu estimé à cause de son odeur désagréable. La
nature, dans sa sage prévoyance, a voulu que le jac fructifiât
non dans les branches de Tarbre, mais tout le long de sa
tige pour que dans sa chute il ne blessât personne. Les Sia-
mois utilisent l'amande de ce fruit et la grillent comiûe des
châtaignes pour les enfants.
Cette nouvelle journée se passe très agréablement pour
nous. Le Ministre des affaires étrangères nous avait promis
sa visite. II arrive en effet au consulat pendant la matinée
et nous rappelle pour mardi soir son invitation à dîner. Une
conversation intéressante s'engage sur les choses du pays.
Le gouvernement a le projet d'établir un télégraphe élec-
trique qui reliera la Birmanie anglaise à Bang-Kok et à
Saigon. II est question aussi de creuser un canal dans
Visthme de Ténasserim, la partie la plus étroite de la pres-
qu'île de Blalacca. Ce qui faciliterait puissamment cette
œuvre, c'est l'existence de deux grands cours d*eau se jetant
l'un à l'ouest dans le golfe de Bengale et l'autre à Test dans
le golfe de Siam. Mais on redoute de se heurter à de grands
obstacles dus à la présence d'une chaîne de montagnes.
Son Excellence nous fournit ensuite des détails très curieux
sur les mœurs des éléphants, et nous engage vivement à
prolonger notre séjour de deux semaines encore, car le
régent est en train de préparer une chasse à ces animaux*
La chose nous sourit à tous, on le devine bien ; mais le
commandant répond que ses instructions lui ordonnent de
1. Jaquier ou jacquier. Artocarpus integrifoUa. Vlème famille.
DEUX SEMAINES A BANG-KOK. 59
rentrer à Saïgon dans le plus bref délai. Au moment de se
retirer le Ministre met obligeamment un petit vapeur à
notre disposition pour aller visiter les ruines de Juthia,
l'ancienne capitale du Siam,
Nous continuons nos courses habituelles dans les environs
de la ville et nous sommes conduits sur une jolie route
bordée de maisons indigènes, chinoises et malaises qui se
cachent à demi sous les touffes des cocotiers S des arékiers ^,
des bambous. Nous nous arrêtons quelques instants devant
une pagode qui représente une jonque de grandeur natu-
relle. Ce monument original porte, en guise de mâts, deux
flèches de pagode. Notre promenade se termine par une
visite au dock de construction.
L'heure de nous rendre à l'invitation du Ministre des
affaires étrangères est arrivée. Quelques dignitaires nous
reçoivent au pied du débarcadère et nous mènent dans un
salon somptueusement meublé. Les glaces, l'or et Targent
reflètent les feux des candélabres. Des fleurs à profusion
1. Cocos nuciferaf famille des palmiers. L'amande creuse contient une
liqueur laiteuse, sucrée et très rafrdchissante qui donne par la fermoata-
tion une sorte de vin. ta chair, d'un blanc de neige, . fournit une huile
qu'utilisent les habitants pour la cuisine, l'éclairage, etc., et qui est
exportée pour la fabrication des savons. La coque sert à une foule d'u-
sages, et son tégument filaniireux et textile est employé à calfater les na-
vires, à faire des tapis et des câbles, etc. Des incisions faites au tronc
s'écoule un liquide ou vin de palmier, doux et sucré quand il est frais,
alcoolique et piquant après quelques heures, et puis acide. Comme on le
voit, le cocotier est un végétal préeieux dans les régions intertropicales.
Il croît de préférence sur le bord de la mer et dans les terrains imprégnés
de matières salines.
2. Areca Catechu, famille des palmiers. Les fleurs blanches répandent
une odeur exquise. Tige gracieuse et élancée. Le régime est composé
d'une infinité de petits fruits pareils à de petits cocos et dont l'amande,
semblable à une noix muscade, est astringente et excitante. Joint à de la
chaux et à du tabac, et roulé dans une feuille de bétel que fixe une
épingle en bambon, ce fruit est chiqué par tous les habitants de la Ma-
laisie, etc., et constitue un masticatoire qui finit par devenir un besoin
impérieux. Le cœur de l'arec, surtout quand l'arbre est jeune, fournit une
salade excessivement tendre et très recherchée.
60 I>EUX SEMAINES A BANG-KOK.
animeat cet intérieur de leurs brillantes couleurs et nous
envoient les parfums les plus suaves. Des nénuphars étalent
leurs larges pétales blanches et roses dans des vases de
Sèvres. Les étamines jaillissent de la corolle comme une
frange d'or. Cette splendide Victoria ^ sert d'ornement dans
toutes les fêtes et est offerte à Boudha, aux rois et aux
bonzes. Rien d'admirable comme cette fleur s'épanouissant
à la surface tranquille des étangs au milieu de ses gigan^
tesques feuilles orbiculaires, planes, à bord relevé.
Le Ministre entre quelques minutes après dans le salon ,
tend affectueusement la main à tout le monde et nous pré-
sente divers membres de sa famille. Sa poitrine est couverte
de riches crachats. Ghow Phya Phra Nu Wongse s'exprime
tantôt en anglais et tantôt en siamois. Des domestiques
s'arrêtent devant nous avec des plateaux d'argent chargés
de marsala. Son Excellence se lève enfin et, après nous avoir
offert des éventails, nous invite à passer dans la salle du
festin. Au centre de la table s'élève d'une pièce montée, une
même hampe réunissant les pavillons de France et de
Siam.
Les mets et les vins les plus variés circulent de toutes
parts. Une carte posée à côté de chacun de nous énumère
en caractères siamois le long menu du dîner. Je tiens à
la mettre sous les yeux de mes lecteurs.
Potage au lièvre; — poisson; — crabes farcis; —fri-
ture ; — fllet de bœuf ; — oies rôties ; — sarcelles aux
légumes; — canards rôtis; — agneaux aux pommes de
terre; — petits oiseaux en beignets; — jambon; - hari-
cots verts; — choux au Jus; — légumes verts; — salade de
concombre; — riz au kari; — gâteaux; — fruits.
1. Victoria regia ou Vicloiia the Queen, famillo des Nymphéacées, vi-
vant dans les eaux comme les nymphes. Dédiée à la reine Victoria d'An-
Rlptprre. Graines do la grosseur d'une noisette qui, bouillies ou çrillécs,
sont très agréables nu goiU. Lei habitants les roulent dans de la terre et
les liment Ainsi dans roAii. (Il font ausii des oigarèti^i AsvC h (iûMn
Les esclaves agitent derrière nous d^énormes éventails de
plumes. Nous sommes agréablement surpris dans le cou-
rant du repas, par Tapparition d'un vase plein de glace.
Nous tendons nos verres avec un avide empressement; car
une soif-inextinguible nous dévore, tant la chaleur est
étouffante. Gomme complément de ce dîner princier on
nous sert le kari national. Le kari, dans tous les pays inter-
tropicaux et particulièrement dans les contrées indiennes,
se compose de riz cuit à Tétuvéeet d'une sauce dont le
piment *■ fait la base. Celui qui nous est offert est apporté
sur un large plateau qui se divise en une dizaine de com-
partiments remplis chacun d'une préparation épicée dont
la couleur et le goût varient. Lorsque après avoir brouillé
tous ces liquides ensemble dans l'assiette pleine de riz, on
goûte à ce mélange, on ne peut s'empêcher d'apprécier
cette délicieuse préparation, bien qu'elle apparaisse à la
fin du repas.
Au moment où les coupes se remplissent de Champagne,
notre consul porte un toast au~ Siam et, en quelques mots
bien dits, remercie son Excellence pour la gracieuseté avec
laquelle elle a daigné nous accueillir dans son palais. Il
finit en disant qu'il a la ferme conviction qu'une cordiale
amitié ne cessera jamais de régner entre les deux gouver-
nements, et que la France, malgré les dures épreuves par
lesquelles elle venait de passer, n'en resterait pas moins la
reine du monde. Pendant toute la durée du festin, un
orchestre composé d'Annamites qui ont plus d'aptitude
pour la musique que les Siamois, n'a cessé de nous réjouir
des meilleurs morceaux de son répertoire.
À notre sortie de table, le Ministre a fait porter sous une
galerie de sa cojar les restes du dîner avec de la bière et du
1. Dans les payg chauds, ce piment est désigné sous le nom de «piment
enragé ». Capsicum minimum, famille des Solanées. C*est un stimu4ant
gastrique qui convient à ces contrées, mais dont il faut pourtant être sobre.
62 DEUX SEMAINES A BANG-KOK.
vin et les a mis à la disposition des matelots de nos em-
barcations. On pense bien que nos marins, ravis d'une telle
aubaine, s'en sont donné à cœur joie. La musique a joué
alors des polkas et des quadrilles et nos hommes pleins de
gaieté se sont mis à danser.
Avant de nous séparer, notre aimable hôte nous fait en-
trer dans son cabinet de travail oîi de riches objets d'art et
de science frappent notre vue. Des baromètres, des longaes-
vues, des albums photographiques, des livres aux reliures
luxueuses, un piano, etc., ornent cet intérieur. Il nous
montre les portraits du feu roi et d'une foule de princes.
Au-dessus d'un canapé sont suspendus ceux de Napoléon ni ,
de l'impératrice Eugénie, de la reine Victoria. Le pape est
placé entre ces deux souveraines. D'autres portraits encore
apparaissent sur tous les murs. Mais une chose qui nous a
profondément émus c'est la figure de notre premier empe-
reur dominant toutes les autres têtes couronnées.
A une heure très avancée de la nuit nous prenons congé
de son Excellence qui nous offre sa photographie comme
un souvenir de cette soirée princière.
Le lendemain le Yacht du roi vient mouMer devant le
consulat et se met à notre disposition. Notre départ pour
Juthia est fixé à ce soir. En effet, à 9 heures, par un ciel
plein de fraîcheur, nous lâchons les amarres et nous re-
montons le Mei-nam. Par moment nous rasons de si près la
terre que notre navire secoue le feuillage des arbres d'oîi
pleuvent des essaims de lucioles, semblables à des étoiles
volantes, et de fourmis énormes qui laissent sur nos mains
la trace douloureuse de leur piqûre. Nous prenons nos dis-
positions pour passer la nuit aussi commodément que
possible et nous abriter contre l'attaque des moustiques.
Nous commencions à dormir d'un profond sommeil, quand
vers les deuxheures, nous sommes éveillés en sursaut par une
secottsse formidable. Gomme la nuit éUii assez obscure, le
capitaine croyant naviguer en plein fleuve s'était trompé de
DEUX SEBIAINES À BÂNG-KOK. tô
route et était entré en conservant sa vitesse dans un large
arroyo où s'était abrité pour la nuit un certain nombre de
jonques.
C'est sur cette malheureuse flottille que nous avions fait
tête, et l'on peut se figurer le ravage que produisit une telle
trouée. En effet des cris d'hommes, des sanglots de femmes
et des pleurs d'enfants nous font pressentir l'étendue da
désastre. Des embarcations, glissant en tous sens sur l'eau
à la lueur des torches, se mettent à la recherche des noyés
ou des objets prêts à s'engloutir. Nous essayons nous-
mêmes de nous dégager, car les roues et le gouvernail sont
pris dans les amarres des barques. C'est une confusion
générale. Après une grosse heure de travail nous finissons
par sortir de ce lieu de désolation, et quand nous demaa"
dàmes au mandarin qui avait ordre de nous esccu'ter ce
qu'il allait advenir de tout cela ; Soyez sans inquiétude ; ça
n'est rien, nous répondit-il. Qu'est-ce en effet que la vie
d'un homme dans ces pays où le despotisme est la seule
loi.
Nous arrivons à Juthia vers la pointe du jour, et aussitôt
le gouverneur de l'endroit nous envoie une magnifiq4ae
embarcation armée de canotiers à la livrée du roi. Nous
profitons de la fraîcheur du matin pour visiter rapidement
ce que la contrée offre de curieux. Notre .guide nous con-
duit vers l'enceinte réservée aux éléphants de chasse. Bes
portiques construits avec d'énormes poteaux et de forts
madriers sont dressés là, de distance en distance, pour rece-
voir les éléphants sauvages qui, une fois acculés dans ces
étroits passage», «ont rapidement entravés. Au dire de ceux
qui ont assisté à ces sortes de poursuite, c'est un spectacle
vraiment grandiose. Les femelles domestiques, parfaitement
dressées, vont battre les forêts et entraînent à leur &uite un
troupeau de ces géants de l'Inde. Mais arrivés vers l'en*
ceinte des portiques et flairant le danger, ils s'apprêtent à
revenir sur leurs pas, quand les éléphants de chasse, déJi-
vrés de leu^s liens, se ruent sur eux pour leur barrei* toute
issue et les forcer à passer au milieu des poteaux où les
esclaves laissent tomber des jougs puissants sur leur cou et
lancent des entraves dans leurs jambes. On dît qu'il se
livre alors entre ces animaux superbes de terribles combats.
En effet, la plaine que nous foulons est jonchée d'ossements
blanchis par le soleil. Le mandarin nous raconte que dan<:
la dernière chasse douze éléphants sont restés sur le champ
de bataille.
Nous poursuivons notre course sur Teau et nous nous
dirigeons vers l'ancienne Juthia. Notre embarcation pénètre
dans un arroyo des plus pittoresques. Les rives sont bor-
dées, de dix mètres en dix mètres environ, de tout petits
autels dont les quatre pieds en bambou fichés dans la vase
supportent un plancher. Du milieu de chaque autel s*élève
une pyramide, miniature des pyramides de pagode, et aux
quatre angles sont plantés des parasols à sept étages en
papier. Des habitations flottantes ou sur pilotis, des fabri-
ques de poteries et de tuiles, apparaissent de tous les côtés
sous l'ombrage des arbres. Nous parvenons à un point de
Tarroyo où notre embarcation commence à talonner le
fond ; c'est l'heure de la basse marée. Nous mettons pied à
terre et, tantôt sous un ciel embrasé, tantôt sous un berceau
de verdure, nous suivons un sentier irrégulièrement pavé
de briques entre deux rangées de cocotiers, d'arecs, de
mangoustans^ de papayers, etc. Ces derniers m'ont offert
un aspect que je n'ai rencontré nulle autre part que là. La
1. ^fangou8tan ou mangestan, famille des Gutiifères, ainsi nommée parce
que toutes ses plantes contiennent un suc gommo-résincux qui en découle
en larmes. Les fruits ou mangoustes, de la grosseur d'une petite orange
renferment, sous une écorce d'un pourpre noir, et très astringente, une
pulpe blanche, fondante, d'une saveur sucrée légèrement acidulé, avec le
parfum de la framboise. Les gousses couchées circulairement reposent
comme sur un coussinet cramoisi. On voit quelquefois sur le fruit une lé-
gère croûte de couleur .soufrée qui n'est autre chose que de la gommc-
gutte.
l^Etrx SEMAINES A BilNG-KOK. 65
tige de ces arbres ne présente pas habituellement de bifur-
cation; tandis qu'ici plus épaisse et plus élevée, elle se ter-
mine en une foule de subdivisions portant chacune d'elles
des fruits.
Nous apercevons bientôt les flèches encore debout de
quelques pagodes en ruine. Abandonnant alors notre sen-
tier nous gravissons le mamelon qui se dresse devant nous,
par une pente assez douce, mais où nos pieds s'embarras-
sent au milieu des débris de toute sorte, des ricins, des
acacias épineux et des goyaviers *.
Tout essoufflés et ruisselants de sueur, nous finissons
par atteindre le plateau de ce tertre. Nous voilà rendus en
face d'une immense pyramide dont les briques déchaussées
semblent vaciller au souffle du vent. Nous nous reposons au
milieu des murs lézardés , à l'ombre rafraîchissante des
arbres. De cette hauteur, l'œil embrasse la vaste plaine où
fut autrefois Juthia, l'ancienne capitale de Siam^ ravagée
en 1782 par les Birmans. A la suite de ce désastre, le siège
du gouvernement fut déplacé et vint se fixer non loin de
Tembouchure du Mei-nam. Bang-Kok a remplacé aujour-
d'hui Juthia. .
J'ai dit précédemment que les rois de Siam enfouissaient
au pied de leurs pyramides des trésors destinés à leur exis-
tence fuUire. Il est probable que les envahisseurs ont dé-
terré ces richesses, car tous les monuments que nous fou-
lons sous nos pas présentent de vastes brèches à la base.
Au milieu de ce fouillis de décombres, la végétation a des
caprices étranges. De toutes les crevasses, de dessous les
pans de murs^ se dégage une épaisse forêt d'arbres de
toute espèce, dont les racines tourmentées parles obstacles
1. Famille des Myrtacées. La goyave a une saveur sucrée, parfumée,
acidulé, astriagente. Il y a la goyave blaache {Psidium pyriferum) et la
goyave rouge (Psidium pomiferum). C'est un fruit généralement peu es-
time et qui sert à faire une assez bonne gelée dans nos Antilles. Mangé
un peu vert, il semblerait jouir de quelque vertu contre la diarrhée.
soc. DE GÉ06R. — JUILLET 1880. XX. — 5
M DIUX SEimiNES A ]IA!fG->lK>K;
élargissent les lézardes et, plus que le temps, h&tent la
ruine de cette grande cité dévastée sous les pied^ des élé-
phants de guerre birmaniens.
Il nous faut songer à revenir sur nos pas, et nous nous
dirigeons mourants de soif, vers une pagode dont la toiture
brille au loin. Là, nous apprenons que notre embarcation
voyant la marée descendre rapidement et menacée de
s'échouer sur la vase, a quitté Tarroyo pour entrer dans le
fleuve. La perspective n'est pas gaie pour nous, car force
nous est de rallier notre aviso à pied. En attendant, nous
nous asseyons au bord de Teau, sous le feuillage hospitalier
d'un tamarinier séculaire: Une pirogue chargée de mangues
passait en ce moment. Notre mandarin en prélève une cer-
taine quantité et nous fait apporter des cocos, puis de Teau
fraîche que nous offre une femme dans un vase de cuivre.
Prenant notre courage à deux mains, nous nous remettons
en route. II est dix heures. Le sol est brûlant comme Tair
qui nous enveloppe. Nous cheminons silencieux, et nous
jetons un regard d^ndifférence sur tout ce que nous ren-
controns. C'est à peine si notre attention est attirée par un
Boudha colossal, debout encore au milieu d'une large clai-
rière. La couche d'or de la statue a complètement disparu,
et d'une crevasse de sa tôte s'élance un énorme acacia.
Nous arrivons enfin à bord du yacht royal, haletants et
harassés. Notre toilette achevée, nous nous rendons au pa-
lais du roi oix nous attend notre déjeuner. On aborde l'édifice
par un escalier qui descend jusqu'à l'eau et qui compte une
vingtaine de marches longues de près de trois cents mètres.
Une immense pelouse sépare l'édifice du fleuve et une
assez haute muraille l'entoure de toutes parts. On arrive au
corps principal par une grande allée. C'est une sorte de
tour carrée surmontée d'un dôme blanc et encadrée d'une
terrasse d'où le regard embrasse à l'aise le paysage qui se
déroule à l'infini, La vue se promène agréablement sur le
fleuve avec ses méandres, ses canaux et ses nombreux ilôts,
DEUX SEMAINES k BÀNG-KOK. 67
sur les pagodes et les pyramides, et là-bas, tout au loin dans
la vaste plaine, sur les ruines de Jutbia qui blancbissont au
soleil. Une infinité d'autres constructions s'élève dans cette
enceinte; celles-ci réservées aux femnaes du roi, celles-lè
aux serviteurs, etc. Ce palais, commencé sous le précédent
monarque, est inaobevé aujourd'hui et totalement aban*
donué. C'est un usage, lorsqu'un roi meurt, de laisseï
dépérir une grande partie de ce qui a été entrepris sous
son règne.
C*est ainsi qu'à Bang-Kok, nous avons pu voir délaissés,
sur leur ebantier, des navires en construction pour Tusage
du monarque défunt. Le palais où nous sommes est dans
le même cas et son état fait peine à voir. Ce beau site est
désert et les édifices oubliés s'émiettent sous l'action des-
tructive du temps.
Bien que nous nous trouvions dans une demeure royale
il paraîtra peut-être étrange que nous ayons été dans If
nécessité de meltrc notre couvert à terre; mais, je l'ai dit,
le palais est tout à fait abandonné. Notre repas ne perd rien
de sa gaieté pour cela, et notre appétit n'en est nullement
influencé. Le gouverneur de la localité nous avait envoyé-
des présents consistant en volailles, porc, fruits, etc.
Malgré la fatigue ressentie le matin, nous étions prêts le
soir même à recommencer notre promenade. Notre embar-
cation nous conduit dans différents points du fleuve et nous
visitons rapidement ce qui nous restait à voir. Mais la nuit
survient et nous force à rentrer.
Le lendemain matin, à la pointe du jour, nous effectuons
notre retour à Bang-Kok. Le yacht descend lentement le
fleuve et nous permet d'en contempler la magnificence. La
crue des eaux du Mei-nam a lieu tous les ans au mois de
juin, et cette submersion, comme celle du Nil, féconde la
plaine. Le niveau du fleuve s'élève jusqu'à deux mètres au-
dessus du rivage. Il est facile de concevoir que le sol a dû
s'exhausser par la suite des siècles, et que le sédiment que
68 DEUX SEMAINES A BANG-KOK.
dépose chaque inoudalion est Tunique cause du retrait de la
mer. L'eau du Mei-nam est excellente à boire, mais il faut
avoir soin de la laisser déposer ou de la elarifier avec de
TaluD.
Les rives bordées de touffes épaisses de bambous que do-
minent de toute leur taille les cocotiers élégants, laissent
voir de temps en temps, à travers quelques échappées, la
plaine immense où paissent les troupeaux au milieu des
tourterelles et des ibis. Des hameaux s'éparpillent dans tous
les sens. Des bateaux de toute espèce et des barques lao-
tiennes se reposent à Tombre des arbres en attendant la
marée favorable. Les talapoins passent à côté de nous,
allant quêter leur nourriture quotidienne. Partout s'éten-
dent les filets, et les pêcheurs lancent leur épervier. Des
buffles qui se baignent dans les eaux du fleuve nous re-
gardent passer avec des yeux effarés. Les pyramides de la
grande cité commencent à se découper sur l'azur du ciel, et
nous distinguons peu à peu la mâture des navires. Enfin,
après une course enchanteresse^ nous arrivons à Bang-Rok,
et le yacht royal vient nous déposer à la cale du consulat de
France.
La mission du commandant était accomplie, et le surlen-
demain^ nous regagnions le d'Assas qui reprenait immé-
diatement sa route pour Saigon.
COMMUNICATIONS
RÉCENTS PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES OBSERVÉS A l'ÎLE DOMINIQUE
(ANTILLES anglaises), PAR L. BERT*.
Roseau, 9 janvier 1880,
Je prends la liberté de porter à la connaissance de la
Société de Géographie les faits suivants qui se sont pro-
duits le dimanche, 4 janvier 1880, à onze heures du matin,
et qui ont amené la presque disparition d'un volcan et
Touverture de nouveaux cratères dans Tile de la Dominique
(Antilles anglaises). Je suis établi dans cette île, où je pos-
sède une manufacture assez importante d'acide citrique et
d'huiles essentielles.
II existe à l'île de la Dominique un volcan qui présente
le caractère intéressant d'être toujours en activité, son cra-
tère, rempli aux trois quarts d'eau bouillante sulfureuse,
forme un lac à niveau constant, dont la température, sur
les bords, peut être estimée à une moyenne de 75* centi-
grades. A une des extrémités de ce lac, l'ébullition se ma-
nifeste, toutes les trois, quatre ou cinq minutes, par une
colonne d'eau afifectant la forme conique, projetée violem-
ment à une hauteur de 90 à 100 pieds anglais (30 à 40 mè-
tres) en dégageant de fortes lueurs et des vapeurs sulfu-
reuses. Ce cratère, qui est situé à l'est de la chaîne de
montagnes qui traverse l'île dans toute sa longueur, fait
partie du district de la Grande-Soufrière. L'altitude n'a
jamais été mesurée exactement, niais doit être évaluée à
environ 3.000 pieds anglais (900 mètres).
Le dimanche 4 janvier 1880, à onze heures du matin, un
grondement sourd s'est fait entendre se répétant presque
toutes les deux minutes, mais par intermittences ; l'atmos-
phère s'est obscurcie comme pendant une éclipse de soleil^
1. Communication adressée à la Société dan9 sa séance du 6 février 1880.
70 RÉCENTS PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES
la pluie tombait par torrents et sans interruption. A. onze
heures deux minutes, j'ai aperçu un gros nuage noir se
dirigeant par lu vallée de Roseau sur la ville et prenant la
direction de la mer ; à onze heures trois minuteS) par une
violente rafale de vent, ce nuage, mêlé à la pluie, tonibait
sur la ville en forme de boue et de sable; un bruit lointain
continuait de se faire entendre ; cette pluie mélangée de
sâbie a duré jusqu'à ente heures dix minutes environ, puis
le temps est devenu plus clair ; le baromètre marquait en
ville 7B2"^", état à peu près normal, et le thermomètre 22»
centigrades, état normal» Je vous envoie une bouteille con-
tenant Teau do pluie, mélangée de sable, recueillie dans un
pluviomètre, vous pourrez juger de la quantité de matières
étrangères môlées à la pluie, par la quantité du dépôt;
vous trouverez en outre dans la caisse une enveloppe con-
tenant du sable recueilli après la pluie. Ce sable affecte la
forme des pouzzolanes, ou pyrites sulfureuses. Je dois
ajouter que pendant toute sa durée, le phénomène a été
accompagné d'une forte odeur sulfureuse. La pluie a con-
tinué par rafales jusqu au lendemain, après avoir repris son
aspect normal. L'émission de pluie et de sable a donc duré
environ huit minutes, et n'a été accompagnée d'aucune
secousse de tremblement de terre, comme on pouvait s'y
attendre, du moins de notre c6té« La pluie, charriant ce
nuage do sable, n'a atteint qu'une partie de l'île, soit la par-
tie qui se trouvait sous le vent du volcan; la largeur de l'é-
mission a atteint près de quatre kilomètres, sur une longueur
do près do dix kilomàires, soit du cratère au bord de la mer.
Jo tiens à relater un fait asseï curieux sur le peu de vitesse
qu'a acquis oo nuage charriant le sable, malgré la grande
violence du vent«
Le yadit do plaisance la Loiit\<i» de la Marliniqae, se
rendant & tto$cmu« capitale de llle de la Dominique, se trou-
vait le dimanolii> 4 janvier 188l.> à la mer, à environ ii milles
anglais 0^>»*X> rnMrw^) do la ville de ttoseau, 11 était cinq
OBâKlltÊS A l'île DOMINIQUE. 71
heures du soir, sa position était vis-à-vis de la ville, quand
le nuage s*est abattu sur lui, par une mer relativement
calme et a laissé sur son pont un résidu pareil à celui que
je vous envoie et que j'ai recueilli le lendemain sur le pont,
à l'arrivée du navire. Du côté du vent de llle, une forte
secousse de tremblement de terre s'est fait sentir, de onze
heures à midi, à Marigot, petit village situé sur Fautre ver-
sant de la chaîne de montagnes où se trouve situé le volcan.
Une rivière non navigable, la rivière de la Pointe-Mulâtre,
qui prend sa source sur les flancs du cratère, a eu son lit
entièrement rempli par un sable pareil' à celui que je viens
de mentionner. Ce sable ne tombait pas avec la pluie, mais
provenait naturellement des sources de la rivière. Aujour-
d'hui cette rivière est séchée et l'eau qui coule de ses an-
ciennes sources est d'un volume tout à fait insigniôant. La
rivière qui traverse la ville de Roseau a débordé et a charrié
pendant toute la journée des gables rouges pyriteux et des
sables gris pareils à ceux qui sont tombés sur la ville.
J'attribue cette pluie de sable à une éruption volcanique
provenant du cratère d'eau bouillante, mais je dois vous
donner la description de l'endroit où le fait s'est passé. La
contrée où se trouve le volcan est déserte, complètement
inhabitée, et située à des altitudes de 2.000 à 3.000 pieds
au maximum (600 à 900 mètres). Avant de parvenir au vol*^
oan, il faut traverser sur le sommet d'un des pics avoisi-
nants, une plaine d'environ 10 hectares, CQtoplètement com-
posée de sable pyriteux et d'où s'élèvent presque sans aucune
interruption deâ petites solfatares ou éruptions de sables de
5 à 6 pieds de haut, mais toujours changeant de place ; le
sable s'élève en l'air, puis retombe. Depuis dimanche, per-
sonne n'a pu aller voir ce qui s'était réellement passé. Les
hommes sont partis depuis hier et sont attendus aujourd'hui.
Vous trouverez dans la caisse que je vous envoie par
Royal-Mail trois bouteilles et quatre échantillons; une
bouteille et un paquet de sable tous sont dedtinés, uhe
72 RÉGENTS PHÉNOMÈNES YOLCANIQUES
autre bouteille et deux paquete de sable sont destinés à
l'Académie des Sciences, une autre bouteille et un paquet
de sable sont destinés à M. Gaston Tîssandier à qui je vous
prie de les faire parvenir de ma part, ainsi qu'au bureau de
TAcadémie des Sciences.
J'ai trouvé, par une analyse sommaire, du fer, du soufre
et du plomb, iiinsi que de la silice et de la magnésie.
Des nouvelles de l'endroit de l'éruption me parviennent
aujourd'hui. L'éruption a eu lieu simultanément dans la
plaine de Solfatares et dans le lac d'eau bouillante sulfu-
reuse. Le dimanche 4, à onze heures du matin, des flammes,
des roches et de Teau, ainsi que du sable, ont été projetés
violemment en l'air à une grande hauteur. Un c6té de la
montagne est tombé dans les ravines, et le feu a gagné les
bois de palmistes sauvages qui avoîsinent les hauteurs. Pen-
ant trois jours, disent les habitants les plus rapprochés du
eu d'éruption, la fumée les a empêchés de voir au loin, et
ce n'est que le troisième jour au soir qu'ils ont pu voir un
amas indescriptible de terrain haché et bouleversé. Quant à
approcher du lieu d'éruption pour voir si un nouveau cra-
tère s'était formé dans les Solfatares ou dans le lac, per-
sonne n'a encore pu approcher.
KAMEN DES POUSSIÈRES VOLCANIQUES TOMBÉES LE 4 JANVIER
1880, A LA DOMINIQUE, ET DE L'EAU QUI LES AGCOMPAGNAir ;
PAR M. DAUBRÉE^
L'échantillon de poussière recueilli par M. L. Bert, après
la pluie, est à grain fin, ayant en moyenne 0"^"^! dans
l'échantillon qui nous a été adressé. Cette sorte de sable
est formée, pour la plus grande partie, de grains pierreux.
Parmi les grains incolores, les uns manifestent^ sous le
microscope, les formes et les caractères optiques qui appar-
tiennent au labradorite, ainsi que les macles propres à cette
ii Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciemest &<" 11, iSSOt
OBSERVÉS A l'île DOMINIQUE. 73
espèce dé feldspath. D'autres ont les caractères du felds-
path sanidine. Certains cristaux feldspathiques sont comme
corrodés. Les grains verdâtres ont la forme du pyroxène. On
reconnaît aussi du gypse en cristaux isolés.
Même à rœil nu, on voit briller beaucoup de petits grains
à éclat métallique. Avec un grossissement convenable, on
reconnaît que tous ces grains consistent en cristaux cubi-
ques, parfaitement nets, parfois striés, sans facettes modi-
fiantes : ils consistent en pyrite. Leur dimension n'est que
de ~ à 5^ de millimètre. Au lieu d'être isolés, ces cristaux
sont parfois associés et agglutinent les grains pierreux, de
manière à montrer qu'ils leur sont postérieurs.
Çà et là on a reconnu quelques grains de galène.
Ce sable volcanique est imprégné de matières salines,
en partie déliquescentes et très rapides, qui ont attaqué le
papier qui Tenveloppait.
La poussière qui a été recueillie en mer^ à une distance
de 19 kilomètres du rivage, est de même nature que la par-
tie pierreuse de l'échantillon précédent, mais à un état tout
à fait impalpable ; elle contient aussi des parcelles huileuses
et scoriacées, comme la ponce.
D'après l'examen qui en a été fait au Bureau d'essai de
l'École des Mines, la poussière recueillie à sec, dont il a été
question d'abord, a donné les résultats ci-après :
Chlorure de potassium. . 1 .96
^ ,.,.,, ,, , Chlorure de sodium.... 0.63 , _ ^_
Partie soluble dans 1 eau { ^ « ^« > 3.57
Sulfate de chaux 0.28
Matières organiques .... 0. 70
^ ,. , . , . „ .j ^, I Sous-sulfate de fer...... 6.20
Partie soluble dans lacide chlo-1 ^ , , , « «« t « ^
. , . ., j ( Carbonate de chaux 3.60 } 9.60
phydrique étendu 1 , , , . « «^
( Carbonate de magnésie. 0.80
Partie soluble dans l'acide ni-l Pyrite de fer 5.30 )
trique « { Galène 0.65 j
Cuivre absence
Partie soluble dans les acides 80.30
Totah4é...«.«M 99M
74 RÉGENTS PHÉNOMÈNES YOLOANIQUES
Gomme on le voit, parrm les chlorureS) celui de potas^
sium prédomine beaucoup.
Quant à Veau recueillie dans le pluviomètre, elle est
chargée de poudre grossière, dans une proportion qui dé-
passe 20 pour 100. Los grains dépassent souvent Q^^l dans
notre échantillon.
En outre, d'après l'analyse du Bureau, d'essai, la même
eau contient, en dissolution^ les mêmes sels que la pous-
sière recueillie à sec, c'est-à-dire beaucoup de chlorure de
potassium, avec un peu de chlorure de sodium, une petite
quantité de sulfate de chaux et une forte proportion de ma-
tières organiques. La quantité de ces sels s'élève à 2 pour
100 du poids de Teau.
La poussière volcanique, dont il vient d'être question, est
particulièrement remarquable par les innombrables cristaux
de pyrite qui y sont disséminés.
Il y a tout lieu de croire que cette pyrite s'est formée
récemment dans les flaques d'eau chaude que recèle le
massif volcanique, sous l'influence des abondantes exhalai-
sons sulfureuses qui, d'après la note précédente, se mani-
festent sans cesse. L'éruption l'a projetée au dehors, avec
les matières pierreuses au milieu desquelles elle s'est déve-
loppée.
La pyrite dont il s'agit paraît donc avoir la même origine
que celle que M. Bunsen a reconnue en Islande. Elle en a
d'ailleurs l'aspect général, ainsi que j'ai pu m'en assurer sur
des échantillons dont je suis redevable à l'obligeance de
M. le professeur Johnstrup, de Copenhague. Comme dans
les fumerolles d'Islande, où se produit la pyrite, nous
remarquons ici que ce sulfure est associé à du sulfate de
chaux.
Nous avons donc ici un nouvel exemple de la formation
contemporaine de la pyrite à ajouter à ceux qu'on a anté-
rieurement signalés.
Jusqu'il présent» on n'a rencontré la pyrite, au milieu de
PRÉPARATieN DES VOYAGEURS AUX OBSERVATIONS, ETC. 75
déjections volcaniques, que dans un nombre de cas très
restreints, si on le compare à Tabondance de cette môme
espèce minérale dans les anciens dépôts.
La présence de la galène, associée ici à la pyrite, comme
un produit d'émanation volcanique, est également très
digne de remarctue.
PRÉPARATION DES VOYAGEURS AUX OBSERVATIONS ASTRONO*
iMIQUES ET GÉODÉSIQUES, PAR M. ANTOINE D'ABBADIE, MEMBRE
DE l'institut**
Lorqu'un voyageur revient d'une contrée peu ou point
connue jusqu'alors, le premier besoin du géographe est de
lui en demander la carte. On se figure ordinairement que,
pour faire cette carte, il suffît d'observer çà et là quelques
latitudes et au moins une longitude. Pour relier ensemble
ces divers points on se contente d'en relever la direction à
la boussole et de noter les temps de parcours ; mais cette
manière de préparer une carte ne donne que les lignes si-
nueuses ou brisées parcourues par le voyageur. 11 n'a point
étendu ses connaissances au delà de l'étroit espace qu'il a
foulé, car il l'agrandit rarement au moyen de tours d'hori-
zon pris à la boussole et qui rayonnent autour de chaque
station. Quand même on aurait pris ainsi l'habitude de re-
cueillir des tours d'horizon, l'usage de la boussole intro-
duit une grande incertitude dans ces observations. En effet
il est rare que les boussoles de voyage soient construites
sans défauts, et de plus ce genre d'instrument ne fournit
pas lui-même des moyens de le contrôler. Ce n'est pas
tout : dans l'intérieur de l'Afrique, où il reste tant de
travaux géographiques à accomplir, le minerai de fer
abonde, la déclinaison de l'aiguille aimantée peut ainsi va-
1. Communication adressée à la Société, dans sa séance du 6 février
1880.
76 PRÉPARATION DES VOYAGEURS
rier subitement de lieu en lieu, et Ton se prémunit rare-
ment d'un instrument destiné à toujours mesurer cette
déclinaison pour chaque lieu. Le cartographe est donc
obligé d'adopter par pure hypothèse une déclinaison
moyenne. Il ne tarde pas à découvrir que la combinaison
des azimuts magnétiques avec les temps de parcours n'a-
boutit pas aux points déterminés par leurs latitudes et lon-
gitudes. Finalement il est réduit à faire une cote mal
taillée et à introduire plusieurs suppositions dans le détail
de la carte. On ne communique pas ces suppositions au
public qui est forcé de juger une carte uniquement par le
travail de la gravure. On peut estimer qu'un relèvement
fait à la boussole n'est exact qu'à un degré et demi près.
En citant mon propre exemple, j'espère faire pardonner
ma condamnation de l'usage exclusif de la boussole. Dans
mon premier voyage en Ethiopie, je faisais scrupuleuse-
ment un relèvement magnétique à chaque détour du sen-
tier et j'envoyai tout mon travail au savant d'Avezac, notre
président d'alors, qui avait hâte de construire ma carte,
mais qui s'y est évertué en vain, car mes directions notées
ont pu rarement aboutir à s'accorder avec les temps de
marche.
Tout voyageur qui se respecte préférera donc l'usage du
théodolite ou instrument à deux cercles perpendiculaires.
Par son moyen on obtient cent fois plus d'exactitude qu'a-
vec la boussole dans la mesure des azimuts, c'est-à-dire
des angles horizontaux parallèles à l'horizon. De plus, le
théodolite ajoute à cet avantage celui de mesurer les angles
verticaux qui donnent les difiTérences de hauteur des mon-
tagnes éloignées, et par suite, leurs altitudes. Un ciel cou-
vert-,qui arrête les observations astronomiques n'empêche
pas d'observer les différences d'azimuts. Nous insistons sur
ce point, car cette méthode est si féconde que si au début
de son exploration on détermine les azimuts vrais de deux
points déjà connus, et si l'on parvient à s'orienter toujours
AUX OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 77
de proche en proche, il est possible de construire avec des
détails précieux, toute une carte sans le besoin d'y avoir
observé des longitudes ou môme des latitudes autrement
que pour contrôler l'exactitude du réseau topographique
qu'on aura fait par une chaîne liée d'azimuts. Ce réseau
s'appuyera sur une base mesurée par la vitesse du son, ou
mieux par la différence de deux latitudes déterminées près
du môme méridien. Allant toujours du connu à l'inconnu,
l'explorateur profitera souvent d'une base établie par ses
prédécesseurs et môme s'il est forcé de se passer de base,
sa carte pourra ôtre relativement très bonne, quoique pri-
vée d'échelle.
Toutes ces observations sont très faciles quand on a ap-
pris à les faire. Il est bien à regretter que plus d'un pionnier
doué de courage, d'ardeur et môme d'intelligence, ait usé
ses forces à parcourir des pays inconnus sans les avoir fait
mieux connaître au géographe. Peu d'ouvrages spéciaux
entrent dans des détails suffisants pour bien instruire un
novice : il s'y trouve arrêté souvent par les objections qu'il
se fait et dont il ne trouve pas la solution. Il lui faut donc
un professeur, et lorsqu'il veut s'instruire, il s'adresse à un
astronome, tout en ignorant que celui-ci peut rendre de
grands services dans un observatoire ûxe sans connaître
les détails des méthodes à préférer en voyage.
Ces considérations ont préoccupé le Bureau des Longi-
tudes et l'ont amené à fonder il y a deux ans, dans le parc
de Montsouris, une école spéciale destinée à montrer, non
seulement aux marins mais encore aux voyageurs parterre,
la théorie et la pratique des observations. Dans cette école'
les leçons sont publiques et gratuites. Elles ont été écoutées
par plusieurs personnes qui ont pu affirmer qu'elles avaient
travaillé dans l'Observatoire de Montsouris. Il ne s'ensui-
vait pas de là que leur instruction était suffisante : le Bureau
des Longitudes a donc résolu de faire subir un examen pra-
tique aux candidats qui le demanderaient, et d'accorder à
78 PRÉPARATION DES VOYAGEURS AUX OBSERVATIONS, ETC.
tous ceux qui s'en tireraient avec honneur le titre d'agréé
du Bureau des Longitudes. Noire Société de Géographie ne
sera donc plus exposée à encourager par ses dons des voya-
geurs encore inexpérimentés et qui prennent leur ardeur
pour de la capacité.
Bien qu'il soit toujours préférable de posséder les théo-
ries et de savoir calculer soi-même ses observations, un
voyageur trop pressé peut se borner à apprendre la pra-
tique. S'il suit très exactement les règles tracées, ses obser-
vations seront toujours fructueuses. Je ne me lasse pas de
citer à cet égard l'infortuné Lesaint, moxt au début de sod
exploration dans l'Afrique centrale. II est bien doux de
rendre hommage au courage malheureux, au dévouement
d'un martyr de la science et de redire qu'après trois se-
maines de pratique dans Paris, Lesaint a pu m'envoyer de
l'Egypte des observations destinées seulement à n'en pas
oublier les règles, mais qui étaient assez bien faites pour
mettre leur auteur au rang des explorateurs les plus exacts
et les plus consciencieux. Un missionnaire français, le
P. Taurin, nous a envoyé aussi des relèvements qui ont
permis de publier dans notre Bulletin la carte d'un district
jusqu'alors inconnu de l'Afrique intérieure. Ces deux
exemples peuvent servir à encourager tous ceux qui vou-
dront faire de la géographie sérieuse.
COMFTES RENDUS D'OUVRAGES
RAPPORT SUR LES APPAREILS D'HORLOGERIE GÉOGRAPHIQUE DE
MM. ǣSA9 PASCAL ET ST^TERT, Mit M, S* CQRTAMRfSRT.
Pendule universelle et géographique de M. le pasteur
César Pascal,
Cette pendule est destinée à montrer les heures de tous
les points du globe comparées h Theure de Paris. Les heu**
res se lisent entre deux cadrans, dont Tun donne les lieux
de rhémispbère oriental, et l'autre les lieux de l'hémisphère
occidental. C'est un appareil très ingénieux, qui atteste une
étude approfondie du mouvement de la Terre et des diffé^
rences horaires entre les divers points du globe.
Je dois cependant adresser deux critiques à cet intéres^
sant instrument.
D'abord, il faudrait qu'en le consultant on comprit tout
de suite et distinctement que toutes les heures du cadran
intérieur sont en avance et toutes les heures du cadran
extérieur en retard sur le méridien auquel est attaché l'ai-
guille, c'est-à-dire le méridien de Paris, Or, cette impor-
tante indication ne saute pas aux yeux ; il faut la découvrir
avec un peu d'attention et de recherche. Il suffirait qu'on
inscrivit en caractères très visibles : heure$ en avance sur
un cadran, heures en retard sur l'autre.
Ensuite, l'auteur a donné un fragment de mappemonde
qui, pour obéir à la manière dont il fait tourner son cadran,
offre une orientation bien extraordinaire ; on dirait que
l'Europe est h Test de l'Asie, que l'Amérique est à l'ouest
de l'Asie, et enfin toutes les contrées représentées sont à
l'inverse de leur disposition réelle. M. Pascal fera bien de
supprimer courageusement sa carte tout à fait inadmissible.
80 RAPPORT SUR LEg APPAREILS d'hORLOGERIE GEOGRAPHIQITE
Ces remarques n'empêchent pas de porter un jugement
très favorable sur ce mécanisme cosmographique. Il pourra
être perfectionné ; mais Tidée fondamentale est excellente.
Géochronomètres ou pendules synchr uniques,
par M. Steyert,
M. Steyert, de Lyon, a imaginé des pendules géographi-
ques qui n'ont pas moins d'intérêt que celle de M. César
Pascal, et qu'il a soumises de même à l'appréciation de la
Société de géographie. Il explique, dans une note manus-
crite qu'il a adressée à la Société, les motifs qui l'ont con-
duit à cette invention : « L'extension toujours croissante,
dit*il, des rapports internatioaaux et la rapidité des com-
munications rendent aujourd'hui sensibles pour tous les
différences horaires des lieux placés sous des méridiens
éloignés les uns des autres. C'est particulièrement sur le
parcours des chemins de fer que ces difiFérences deviennent
un embarras pour le voyageur, qui se trouve en présence
de l'heure officielle, de l'heure de sa' montre et, parfois
aussi, de l'heure du point oh il se rend Un appareil,
donnant, à première vue et sans calculs, l'heure comparée
des différents lieux du globe, serait aujourd'hui, non plus,
comme autrefois, un instrument scientifique, mais un objet
d'utilité générale. »
M. Steyert a pensé que le meilleur moyen de réunir la
notion des lieux et celle des heures était de combiner un
tracé graphique avec un cadran d'horloge, et de faire passer
las numérations horaires sur une carte géographque.
Trois appareils ont été imaginés dans ce but.
Le premier consiste à employer une carte construite sur
la projection de Mercator et sur laquelle on fait passer de
droite à gauche, suivant la marche apparente du soleil, une
série de lignes perpendiculaires qui reproduisent les méri-
diens et qui marquent les heures et les minutes. Si ces lignes
DE MM. CÉSAK PASCAL ET STEYERT. 81
sont mues par un mouvement d*horlogerié convenablement
réglé, leur marche donne siniultanément l'heure comparée
de tous les lieux marqués sur la carte.
Il n^est pas indispensable que la carte présente toute la
surface du globe; on peut se limiter à une simple région,
et, comme le fait remarquer l'auteur, la marine, les services
télégraphiques et les chemins de fer y trouveraient de
sérieux avantages. Dans les gares, il serait fort utile pour
les voyageurs de rencontrer de grandes cartes murales qui
leur indiqueraient à la fois et les lignes du parcours et
l'heure réelle de chaque lieu comparée (s'il s'agit d'une
carie de France) avec l'heure de Paris qui devrait être mar-
quée à part sur un cadran circulaire placé au-dessus de la
carte.
D'après un second système, M. Steyert remplace la carte
rectangulaire de Mercalor par une carte construite sur une
projection polaire boréale- Une série de lignes rayonnantes,
tracées sur un disque transparent et se mouvant dans le
môme sens que les aiguilles d'une pendule ordinaire, repré-
sentent à la fois les méridiens et les heures.
Cet appareil aie défaut de ne montrer qu'un hémisphère,
le plus important, il est vrai, celui où notre Europe est
placée; mais, si l'on veut voir en même temps l'hémisphère
austral, on peut le dessiner comme s'il était vu par trans-
parence. M. Steyert en a fait l'essai dans une carte qu'il a
envoyée à l'appui de sa notice.
Cette sorte d'appareil est particulièrement propre à la
curiosité scientifique plutôt qu'à un usage pratique. C'est
une horloge de vingt-quatre heures. Ce serait un bel instru-
ment de parloir dans les lycées, les collèges et les autres
établissements d'éducation.
Dans une troisième combinaison, M. Steyert a cherché à
appliquer le principe des géochronomètres aux pendules et
aux horloges ordinaires, qui, ne marquant que douze heu-
res sur leurs cadrans, ne semblaient pas d'abord pouvoir
soc DE CÉOGR, — JUILLET 1880. XX. — 6
82 RAPPORT SUR LES APPAREILS D'HORLOGERIB GÉOGRAPHIQUE,
admettre les viiigt^quatre heures que le globe terrestre
compte en réalité ; mais, par un ingénieux système de lignes
partant du méridien de chaque lieu et réfléchies sur ]e
pourtour du cadran horaire, l'auteur de l'appareil a vaincu
la difficulté. Les lignes partant de deux méridiens opposés
aboutissent au même point horaire. 11 faut remarquer seu-
lement que les heures semblables sont inverses quant au
jour et à la nuit; il faut aussi constater, d'après l'inspec-
tion de la carte, si les lieux dont on cherche l'heure sont à
l'est ou à l'ouest du lieu qu'on a choisi pour l'heure ini-
tiale. La petite aiguille marque naturellement les heures.
Un timbre mu par la grande aiguille marque les minutes
et porte les noms des lieux placés suivant leur dis-
tance.
On ne peut reprocher à cette combinaison qu'un peu de
complication résultant de la multiplicité des lignes qui
obéissent au mouvement de l'aiguille des heures.
Dans cet appareil, c'est le cadran géographique qui se
meut, entraîné par la petite aiguille, tandis que, dans les
deux précédents, ce sont les indications horaires qui se
meuvent sur la carie.
Nous ne pouvons que féliciter M. Steyert de ses ingé-
nieuses applications de l'horlogerie à la géographie ; et nous
pensons qu'elles seront accueillies avec reconnaissance non
seulement par le corps enseignant et le monde savant,
mais aussi par le monde des voyageurs et du commerce.
i
CORRESPONDANCES
APERÇU SUR LE KOULDU, EXTRAIT D UNE LETTRE DE
M. E. M. MULLER, AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL K
Tachkend, 26 septembre (8 octobre) 1879.
Ayant Tété dernier, en compagnie d'un collègue, visité
Serguiopol, Kouldja et le lac Issik-Koul, je puis vous assu-
rer, de visu, que la question de Kouldja est importante
pour les Russes. C'est en effet la seule partie de toute
cette vaste contrée qui soit fertile et qui ait tout ce qu'il
faut pour le rester.
L'incurie qui se remarque partout, faute d'habitants n'a
pas tellement affaibli le pays qu'il ne puisse très vite rede-
venir florissant.
La végétation est encore belle, et, sans les gelées de ces
trois dernières années, elle le serait encore plus. Les canaux
d'irrigation subsistent encore; les plus petits seuls se sont
comblés et ce qu'ils arrosaient dépérit.
Après l'immense steppe qu'il a fallu parcourir pour ar-
river jusque dans cette ancienne contrée chinoise, c'est
avec un indicible plaisir qu'on rencontre sur les bords des
rivières une fraîche et abondante végétation. En quittant
les solitudes de la steppe, on est tout joyeux de revoir aussi
des troupeaux de bœufs ou de chevaux paissant une herbe
qui doit être délicieuse, à en juger par le plaisir qu'on
éprouve à la regarder.
Lorsqu'il faut traverser une rivière, même dangereuse
par la force de son courant, on oublie tout péril pour aspi-
rer en quelque sorte son odeur : pour jouir de la vue des
1 . Cette lettre a été lue à la séance du 23 "^janvier 1880.
84 APERÇU SUR LE KOULDJA.
vagues formées par les gros cailloux qu'elle charrie de son
grondement ou de son murmure. On se retrouve bientôt sur
un terrain argileux et dur et une fois les pentes franchies la
route coupe souvent de larges ruisseaux vivifiants dont la
limpidité et les reflets ont un charme indéfinissable. Pen-
dant 35 kilomètres au moins, on se trouve comme dans un
grand parc; à droite et à gauche la verdure s'étend au
loin vers les montagnes , et tout près de nous des faisans
et des lièvres n'ont pas grand souci de se rendre invisibles.
Fréquemment on aperçoit de très grands espaces cou-
verts de ruines ; ces murs de terre n'ont point changé de
couleur depuis plus de douze ans qu'ils sont livrés sans soins
aux intempéries; bien construits, ils dessinent encore les
cours, les écuries et toutes les chambres de ces innombrables
demeures. Les traces noires des cheminées se dessinent net-
tement sur les pans de murailles, et la cendre qu'on aperçoit
à maint endroit dans Tâlre, fait croire à une catastrophe
récente. Le voyageur traverse assez souvent de grandes
places qu'à leur forme régulière il juge avoir dû être des
points de rassemblement; mais, à côté du souvenir de la
foule qui hantait ces lieux, la vue de petits tertres bien
reconnaissables réagit tristement sur la pensée. Ces signes
de deuil se rencontrent parfois entrés grand nombre etac-
centuent.pour ainsi dire, le silence qui règne dans celte né i
cropole.
Le lac Issik-Koul, long d'environ 180 kilomètres, est un
lac splendide : je n'ai malheureusement pu rester assez long-
temps à Karokol pour recueillir ce qu'on en dit, ni aller jeter
un coup d'œil sur les ruines qui se voient sous Teau, dans
une partie du lac.
VOYAGE A L'HIMALAYA. 85
VOYAGE A L'HIMALAYA, PAR M. MAURICE DÉCHY. LETTRE
AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL*.
Buda-Pest, 21 janvier 1880.
En quittant la frontière anglaise au nord du Bengale,
j'avais l'intention d'arriver à la chaîne principale de l'Hi-
malaya, par l'un des pays indépendants situés sur le versant
sud de l'Himalaya oriental; je voulais, en traversant le
Nepaul, le Sikkim ou le Bhoutan, essayer de pénétrer dans
le Tibet. Je réussis à obtenir la permission de voyager
dans le Sikkim indépendant. — Franchissant donc les
chaînes transversales de montagnes aux gorges érosionnées,
humides et basses, qui forment le relief de la partie oc-
cidentale du Sikkim, j'arrivai au pied du Kinchinchunga.
Malheureusement une fièvre maligne me prit une première
fois à une hauteur de 1524 mètres, à deux journées après le
dernier lieu habité dans le Sikkim, puis une seconde fois
à 4267 mètres, immédiatement sous la crête de l'Himalaya.
La quinine et ma constitution triomphèrent du mal, mais
ma santé se trouvait trop ébranlée pour me permettre de
continuer le voyage vers le nord. Mon but était de traverser
l'Himalaya par des cols très élevés, avec une suite peu nom-
breuse et des vivres pour six semaines, aûn d'éviter les gar-
diens qui empêchent de pénétrer au Tibet, par tous les
passages ordinairement fréquentés.
En m'en retournant, je résolus d'essayer de passer par
la chaîne de montagnes qui sépare le Sikkim du Népaul,
afin d'aboutir à la route de Singalelah, déjà essayée par
MM. de Schlagintweit, qui avaient dû rebrousser chemin,
chassés par des Népaulais. Quand je quittai Dargeeling, on
me déclara ce passage impossible. Je l'ai traversé cependant,
i. Luc à la séance du 6 février 1880»
86 VOYAGE À l'HIMALATA.
en souffrant du manque d'eau, par des cols très éleyés et
neigeux, qui m'ont ramené sur le Népaul.
J'étais accompagné d'un guide de montagne renommé en
Suisse et muni d'un baromètre à mercure, d'anéroïdes et
dTiypsomètres; j'ai fait une série d'observations de hauteurs
qui auront leur valeur pour l'orographie du Sikkim. A
.'aide du sextant et du compas prismatique, j'ai recueilli,
de plus, une série d'observations météorologiques d'un
grand intérêt sur la radiation diurne et nocturne, les
maxima et les minima de température, l'humidité, les
nuages et les vents dans les pays au nord des plaines de
rinde. J'ai préparé des oiseaux tués dans le Sikkim et j'ai
collectionné des plantes. En outre, muni d'un excellent ap-
pareil photographique, j*ai rapporté avec moi une série de
paysages bien réussis, que le dessin n'a pas encore repré-
sentes et qui sont inconnus aux Européens.
J'aurai le plaisir d'off^rir à la Société de Géographie de
Paris un exemplaire de ces vues, et je serais très heureux
qu'elle nppn^oiàl mes efforts dans cette entreprise toute
personnelle et tentée à mes frais.
Après avoir résumé les résultats de ce vopge, j'espère
me remelln^ en route pour Ttlrient, en essayant d'éviter les
vallées nmlsaines. Je prendrai la route montagneuse que j*ai
suivie au retour : elle est plus difficile, il est vrai, mais plus
saine pour TEuropéen.
ACTES DE LA SOCIÉTÉ
EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES *
' Séance du i juin 1880.
PRÉSIDENCE DE M. A. GRANDIDIER.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
La famille Noirel notifie la mort de M. Edouard Noirel, mem-
bre de la Société. — M. Eugène Cortambert s'excuse de ne pas
assister à la séance , présente un candidat, et envoie une note in-
titulée : De quelques points de renseignement de la géographie,
soumise au Conseil supérieur de Tlnstruction publique. — Le doc-
teur Ballay remercie la Société de l'avoir nommé membre à vie.
— MM. Savoye, Mazenod, A. de Lessert, remercient de leur ad-
mission. — M. Charles Robert, secrétaire général de la Société
Franklin, remercie la Société d'avoir mis à la disposition de la
Société Franklin, pour ses bibliothèques, un certain nombre
d'exemplaires de la notice de M. Jackson sur le professeur Nordens-
kiôld. — M. Patenôtre, chargé d'affaires de France en Chine, adresse
à la Société une collection des rapports de l'administration des
douanes chinoises. — Le comte de Marsy annonce la réunion du
Congrès archéologique de France, qui doit avoir lieu le 29 juin, à
Arras, et adresse une invitation pour ceux des membres de la So-
ciété de Géographie qui voudraient prendre part à ces travaux. —
M. Manès, secrétaire général de ia Société de Géographie com-
merciale de Bordeaux, annonce la formation, à la Rochelle, d'une
section de la Société de Bordeaux. — La Société géographique
italienne témoigne de la satisfaction profonde avec laquelle elle
a appris que le troisième Congrès international des sciences géo-
graphiques aurait lieu à Venise en 1881. Le président, Prince de
Téano et le secrétaire général, le professeur Dalla Vedova, vont se
rendre à Paris afin d'arrêter les dispositions nécessaires à Tor-
ganisation du Congrès. — M. Krantz, président de l'Association
française pour l'avancement des sciences, annonce que cette société
tiendra sa neuvième session à Reims du 12 au 19 août 1880;
il met une carte d'admission à la disposition de la personne qui
1. Rédigés par A. J* Tho«let.
88 PROCèS-VERBArX.
sera chargée de représenter la Société de Géographie. — MM. L. Re-
naut et A. Parnaland, directeurs de la compagnie franco-africaine,
remercient la Société de la réponse faite à leur demande, et an-
noncent qu'ils prendraient à leur charge les dépenses des savants
qu'elle croirait devoir attacher aux deux expéditions que la com-
pagnie prépare pour les premiers jours du mois d'octobre prochain.
— M. G. Wild fait savoir que le gou?ernement égyptien a fait met-
tre en liberté quatre-vingt-dix esclaves arrivés à Siout, et décline
toute responsabilité de la part du khédive dans le commerce de la
traite. — M. de Quatrefages donne connaissance d'une lettre qu'il a
reçue de M. Brau de Saint-Pol Lias, datée de Pantah-Pérak (Pointe
d'Atjeh), le 4 avril dernier, et dans laquelle ce dernier fournit
quelques détails sur l'assassinat de M. WaUon, voyageur français,
et de son compagnon. Le gouvernement hollandais envoie une ex-
pédition militaire pour châtier les coupables. — Le docteur Mon-
tano écrit de Davao (Mindanao), à la date du 10 avril dernier, pour
donner quelques renseignements sur la race des Bouli-Doupis,
qu'il a découverte. — M. Barbier, secrétaire général de la Sociélô
de Géographie de TEst, demande à la Société de Géographie de
Paris de désigner deux délégués pour faire partie du jury de l'ex-
position géographique organisée à Nancy. Il présente, en outre,
une carte manuscrite de l'Asie dont il est l'auteur.
M. Germond de Lavigne, à l'occasion d une note adressée par le
capitaine de Gontenson, raconte les pérégrinations des restes de
Christophe Colomb (renvoi au BuUelin)-
M. P. Mirabaud offre à la Société, pour sa collection de médailles
géographiques, deux médailles, l'une en aident, Taulre en bronze,
commémoratives du percement du tunnel du Saint-Gothard.
M. P. Soleîllet donne des détails sur son voyage dans l'Adrar.
Le baron Thénard rend compte des éludes chimiques auxquelles
il s'est livré sur une sève rapportée par M. P. Soleillet, et contenant
divers principes, dont l'un est analogue au caoutchouc
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts.
M. Vivien de Saint^Nartin offre le premier volume d'un ouvrage
intitulé : Documents inédits relatifs à Vkistoire de la Grèce au
JfoyfH Agr^ par G. N. Sathas (Benvoi au Bnlletin).
H est ensuite procédé à radraission des candidats inscrits sur le
tableau de présentation à la dernière séance. Sont, en conséquence,
admis t\ faire partie de la Société: MM. Albert Boniteau; — Baoul
Herlo&en ; — Gustave Vallat» professeur au lycée de Moulins; ^
Rolland, ingénieur au corps des raines^ — le docteur William Lib-
bcy; — Philippe de Clcnuont, docteur es sciences ; — de Maulde;
SÉANCE DU 18 JUIN 1880 89
— J. A. de Braam: — Henry, fabricant de meules artificielles.
Sont inscrits au tableau de présentation pour qu*il soit statué sur
leur admission à la prochaine séance : MM. Edmond Broc, ancien
négociant, présenté par MM. Platel et Henri de Poli ; — Boutin, se-
crétaire d'ambassade, présenté par MM. le comte Lair et le comte
de Marsy; — Antboine, ingénieur, directeur de la carte de France
dressée par le service vicinal, présenté par MM. Erhard etMaunoir;
— Armand Robin, négociant, présenté par MM. Dutfoy et le baron
Jean de Neuflize ; — Adrien Trasbot, ingénieur de la marine, pré-
senté par MM. Michel Lévy et Halinbourg; — le vicomte de Chabrol,
ancien député, présenté par MM. René Gaillié et Maunoir ; — Edouard
Max, ingénieur civil, présenté par MM. Lucien de Puydtet Maunoir;
— Charles Rabot, présenté par MM. Henri Choppin et Abel Lemer-
cier; — Maurice Dreyfous, éditeur, présenté par MM. Eugène Cor-
tambert et Paul Soleillet; — Greffier, conseiller à la Cour de cas-
sation, présenté par MM. Alfred Grandidier et Maunoir ; - Gras,
médecin de la marine, présenté par MM. Gatteyrias et Maunoir.
La séance est levée à dix heures et demie .
Séance duiS juin 1880
Présidence de M. A. Grandidier^.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
A propos du procès-verbal de la dernière séance, le D*' Harmand
présente une observation au sujet du caoutchouc rapporté de l'Adrar
par M. P. Soleillet. La question, dit-il, n'est pas nouvelle, et Ton
sait depuis longtemps qu'il existe au Sénégal plusieurs végétaux
qui peuvent fournir du caoutchouc : l'exposition permanente des
colonies en possède même une collection. La question se réduit à
savoir si l'exploitation de cette matière est possible industrielle-
ment, et si sur ce point, il convient de faire des réserves.
Le président annonce que la Commission centrale a désigné
comme délégués de la Société à la réunion des Sociétés françaises
de Géographie, à Nancy, et au Congrès de l'Association française
pour TAvancementdes Sciences, à Reims, MM. Duveyrier, Gauthiot,
J. Jackson et Maunoir. Ceux des membres qui voudraient profiter
des avantages réservés parla compagnie de chemin de fer pour cette
occasion sont invités à donner leurs noms au secrétaire général le
plus tôt possible.
1. Hédigé parle D' J. Harmand.
90 PROCÈS-VERBAUX.
Lecture est donnée de la eorrespondance.
Le commandant Palander remercie de sa nomination de membre
correspondant étranger. Il ajoute que le professeur Nordenskidld
et lui ont été particulièrement touchés de l'accueil qui leur a été
fait à Paris. — M. Drapeyron offre un tirage à part d'un travail
du colonel Venioukoff sur les découvertes géographiques russes
depuis le commencement du siècle.
M. Fournier, directeur de la construction des chemins de fer au
ministère des Travaux publics, adresse à la Société un exemplaire
des rapports provisoires des commissions envoyées par le Ministre
pour étudier la question du chemin de fer transaharien. Le savant
iogéuieur fait observer, dans sa lettre d'envoi, que malgré ce ca-
ractère provisoire, les documents envoyés n'en ont pas moins un
grand intérêt. Ils dénotent, en particulier pour la mission du co-
lonel Flatters, un esprit scientifique qui sera certainement apprécié
par la Société. — Le Ministre des Travaux publics adresse à la So-
ciété un exemplaire du rapport et des travaux graphiques dressés
par M. l'ingénieur Lemoine sur le service hydrométrique du bassin
de la Seine. — M. Barbier, secrétaire général de la Société de
Géographie de l'Est, insiste sur la nécessité, pour ceux des membres
qui voudront prendre part à la réunion de Nancy, de se faire inscrire
au secrétariat avant le S8 juin. — M. Lemuetfait don de nombreuses
photographies exposées dans la salle, (vues d'Espagne, d'Italie,
Sicile, Grèce, Maroc, Jersey, Guernesey, etc.). — Le Ministre de
Grèce remercie la Société de Tappui qu'elle a prêté à M. Potagos
et qui permettra à ce voyageur de publier au moins une relation
succincte de ses voyages. — Le comte Hugo, communique des ren-
seignements sur la célébration du 50* anniversaire de la prise d'Alger,
et une lettre du maréchal Rugeaud écrite en 1847 sur les colonies
militaires (supposée de la main du général Trochu). — Le gouver-
neur général du Canada adresse à la Société deux fascicules sur la
question du premier méridien unique, et demande un rapport sur
ce sujet. — La Société a reçu une autre lettre anonyme d'Egypte
sur la question de l'esclavage, et la libération des esclaves.
M. de Ujfalvy, sur le point de quitter Paris, adresse ses adieux à
la Société; il expose brièvement son itinéraire projeté. Passant
par Orenbourg, le voyageur compte séjourner à Tachkend jusqu'à
la fin de septembre, pour hiverner à Samarkand et dans le Tur-
kestan russe. — Au printemps de 1881, il remontera de la haute
vallée du Zérafchân (pays des Galtchas), visitera le Karatéghine,
le Darwâz, le Shongnân, Wakhân, le fiadakchân, le Turkestan afghan.
Le voyageur se propose de faire des fouilles suivies à Balkh, sur
SÉANCE DU 18 JUIN 1880. 91
remplacement de l'ancienne Bactra, et fera son possible, si les
circonstances le permettent, pour rentrer en Europe par la Perse
et le Caucase. M. de Ujfalvy est accompagné de M. Léon Bonvallot,
qui s'occupera de Tétude des oiseaux et des mammifères du Turke-
stan. —La Société, comme par le passé, sera tenuei au courant des
travaux de Texplorateur.
La parole est ensuite donnée à M. le professeur Paquier, pour
une communication sur l'Afghanistan, et les dernières découvertes
des Anglais dans cette région, notamment sur la partie méridionale,
qui constitue l'Afghanistan propre. M. Paquier, réunissant dans un
résumé les documents les plus récents, appelle particulièrement
l'attention sur la haute plaine de Pichin, qu'il regarde comme
le véritable nœud de la question afghane. (Renvoi au Bulletin.)
Le président remercie M. Paquier et donne la parole à M. Victor
Guérin, qui entretient la Société de l'île dé Rhodes, visitée par lui
en 185i, et sur laquelle il a publié un livre qu'il réédite aujour-
d'hui. — M. Guérin donne des détails sur la population, les parti-
cularités physiques et agricoles de File, et passe ensuite en revue
les localités intéressantes aux points de vue archéologique et histo-
rique. (Renvoi au Bulletin,)
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerta.
A ce propos, M. G. Réveil, qui fait don à la Société du livre inti-
tulé : Voyage au Cap des Aromates, qu'il vient de publier, annonce
à l'assemblée qu'il est sur le point de repartir pour le pays du So-
malis, et qu'il se propose de s'enfoncer dans l'intérieur de ce pays
le plus loin qu'il lui sera possible.
Il est ensuite procédé à l'admission des candidats inscrits sur le
tableau de présentation à la dernière séance. Sont, eu conséquence,
admis à faire partie de la Société :
MM. Edmond Broc, ancien négociant; — Boutin, secrétaire d'am-
bassade ; — Anthoine, ingénieur, directeur de la carte de France
dressée par le service vicinal ; — Armand Robin, négociant ; -^
Adrien Trasbot, ingénieur de la marine ; — le vicomte de Chabrol,
ancien député ; — Edouard Max, ingénieur civil; — Charles Rabot;
— Maurice Dreyfous, éditeur; — Greffier, conseiller à la Cour
de Cassation; — Gras, médecin de la marine.
Sont inscrits sur le tableau de présentation pour qu'il soit statué
sur leur admission à la prochaine séance : MM. Léon Odier, pré-
senté par MM. Robert et Paul Mirabaud; — Mohammed Fadil, ren-
tier» présenté par MM. Holinski et Maunoir; — Georges Mauban,
présenté par MM. Tardiveau et Maunoir; — Gustave Petitpierre-
Pellion, ingénieur-civil, présenté par MM. Edmond Fuchs et Trêve;
92 PROCÈS-VERBÀUX.
— de Sinétry, docteur en médecine, présenté par MM. Grandidier
et Hamy ; — Théodore Biais, négociant, présenté par MM. Alexis
Delaire et Maunoir; — Nivert, directeur d'assurances, présenté par
MM. le marquis de Gourcival et Maunoir.
La séance est levée à dix heures et demie.
Séance du ^juillet 1880.
PRÉSIDENCE DE M. A. GRANDIDIER *.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Lecture est donnée de la correspondance. — M. E. Gortambert
s'excuse de ne pouvoir assister à la séanee. — M. Latry offre à la
Société difiërents jeux géographiques destinés à instruire les enfants
en les amusant et sollicite les observations qui pourraient lui être
faites. — MM. Duvert et Fabre, de Lille, adressent à la Société une
notice sur € la demoiselle de Fontenaille >» roche célèbre de la
côte, qu*il importait de défendre contre les agents de destruction
et les injures de la mer. Une souscription organisée a permis de
rétayer du côté du S.-S.-E. mais les fonds sont épuisés, et il est
nécessaire de faire du côté du N.-O. des travaux de consolidation.
MM. Duvert et Fabre demandent l'appui de la Société de Géographie.
(Renvoi au bureau). — M. Davanne communique une lettre du
D"" Gollin, médecin-major à Mascara. Le D** Gollin donne la descrip-
tion intéressante de phénomènes multiples de mirage qu'il a été à
même d'observer à 60 kilomètres S. de Saïda, non loin des Ghotts
(renvoi au Bulletin). M. Gollin, qui est un très habile photographe,
ainsi que le prouvent quelques photographies d'inscriptions ro-
maines qu'il a jointes à sa lettre, se propose d'essayer de photogra-
phier le mirage, et croit que la tentative peut être couronnée de
succès. Le président annonce à la Société la présence de M. Fran-
çois Moreno, directeur du musée anthropologique de Buenos-Ayres
et dont le nom est bien connu de tous ceux qui s'occupent de
l'Amérique du Sud. Le secrétaire général donne quelques détails
sur les différentes explorations exécutées en Patagonie par M. Mo-
reno, sur les difficultés qu'il a rencontrées, et les dangers qu'il a
courus. (Renvoi au Bulletin.)
Le président signale également la présence de M. Pinart, de re-
tour de ses voyages au Mexique et en Galifornie.
M. Gauthiot annonce la nouvelle regrettiible de la mort de M.
1. Rédigé parleD' J. Harmand.
SÉANCE DU 2 JUILLET. 93
Coquelin, armateur au Havre, décédé à la Martinique à Tâge de
38 ans, dans le cours d*un voyage économique aux colonies fran-
çaises. M. Levasseur rend également hommage à la valeur de
M. Coquelin, et exprime tous les regrets que cette perte doit ex-
citer.
M. le secrétaire général annonce le départ, ce soir même, de
M. de Ujfalvy, et saisit cette occasion pour annoncer à la Société
que le Mécène scientifique, si connu par son inépuisable libéralité
M. Bischoffsheim, a fait les frais d'un aide supplémentaire pour l'ex-
pédition : c'est M. le D"" Capus, du Muséum, qui accompagnera M.
de Ujfalvy en qualité de botaniste et de géologue.
La Société applaudit chaleureusement à cette nouvelle générosité
de M. Bischoffsheim.
M. le colonel Laussedat expose les raisons du retard apporté a sa
conférence sur Tusage des baromètres anéroïdes. Cette étude sera
faite à la rentrée.
Le comte Meyners d'Eslrey, directeur des Annales de l'Extrême
Orient, donne des renseignements sur la partie de Sumatra où
M. Wallon est mort, et fournit des détails sur cette catastrophe,
et sur Je malheureux voyageur, qu'il a personnellement connu.
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts.
Il est ensuite procédé à ladmission des candidats inscrits sur le
tableau de présentation à la dernière séance. Sont, en conséquence,
admis à faire partie de la Société :
MM. Léon Odier; — Mohammed Fadil, rentier; — Georges Mau-
ban; — Gustave Petitpierre-Pellion, ingénieur civil; — de Sinétry,
docteur en médecine; — Théodore Biais, négociant; — Nivert, di-
recteur d'assurances.
Sont inscrits sur le tableau de présentation pour qu'il soit statué
sur leur admission à la prochaine séance : MM. Paul Muret, pré-
senté par MM. Albert et Paul Mirabaud; — Emmanuel Muret, avo-
cat à la Cour d'appel de Paris, présenté par MM. Genissieu et Paul
Mirabaud; ^- Alfred Molteni, constructeur d'instruments de préci-
sion, présenté par MM. Maunoir et L. Simonin; — Albert Massue,
auditeur à la Cour des comptes, présenté par MM. l'abbé Durand et
Daubrée; — Bischoffsheim, banquier, présenté par MM. Wyse et
Lachaud.
La séance est levée à neuf heures et demie.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
Séance afu 19 octobre 1879 (suite).
A. Daubrée. — Etudes synthétiques de géologie expérimentale. Première
partie. Paris, 1879. 1 vol. in-S*». Auteur.
Ce remarquable ouvrage contient l'application delà méthode expérimentale à l'histoire
des dépôts métallifères, à l'étude cies roches, à l'histoire des phénomènes volcaiii--
ques, à l'histoire des phénomènes de trituration et de transport, à celle des dé-
formations terrestres, a la déformation des fossiles, à certrains traits de la struc-
ture des montagnes, et à l'étude de la chaleur développée dans les roches pat les
actions mécaniques. — Nombreuses gravures et cartes.
J. Dupuis. — L*ouverture du Fleuve Rouge au commerce et les événements
du Tong-Kin, 1872-1873, journal de voyage et d'expédition. Paris, 1879.
1 vol. in-4. Société académique indo-chinoise.
Alphonse Wauters. — Wissant, Tancien Portus ïccius. Bruxelles, 1879
Broch. in-8^ Adteor
Aucun port de la Manche n'eut une célébrité aussi précoce et aussi durable... Au
temps des Morins, il a constitué le Portus ïccius, le port d'où l'on s'embarquait
de préférence pour l'Angleterre. Boulogne eut une importance secondaire avant
l'arrivée de Jules César.
Instructions to Rear-Admiral Daniel Ammen and civil engineer A. G. Me-
nocal, delegates on the part of the United States to the Interoceanic
Canal Congress, held at Paris, may 1879, and Reports of the proceedings
of the Congress. Washington, 1879. Broch. in-8°.
Amiral Daniel Ammen.
Chambre de commerce de Bordeaux. Canal de jonction du bassin de la
Garonne au bassin de la Loire. (Extrait de la séance du 13 août 1879.)
Bordeaux 1879. Broch. in-4^ Chambre de commerce de Bordeaux.
Charles Normand. — Les explorations en Afrique pendant le premier
trimestre de 1879. Rouen. Broch. gr. in-8". Auteur.
P. Sayorgnàn di Brazza. — L'esplorazione deU' Ogoué e di alcuni affluenti
del Congo. Roma, 1879. Broch. in-8". Auteur.
L. Delavaud. — Les Portugais dans l'Afrique centrale avant le xvii** siècle.
Rochefort, 1879. Broch. in-8^ AUtèur.
Gazeau de Vautibadlt. — Le Trans-Saharien. Paris, 1879. Broch. in-12.
Auteur.
Lucien de Puydt. — La vérité sur le canal interocéanique de Panama.
Paris, 1879. Broch, in-8. Auteur.
Alfred Evrard. — Note sur la résistance des trains à la traction sur les
petits chemins de service en usage dans les mines. Paris, 1879. Broch.
in-8**. Auteur.
Bases d'un plan d'études commerciales présentées au Congrès interna-
tional de géographie commerciale de Bruxelles, 1879, par la Société de
Géographie de Lisbonne. Lisbonne, 1879. Broch. in-8*.
Société de Géographie de Lisbonne.
G. Gley, — Rapport sur l'expédition polaire anglaise en 1875-1876, par
M. V.-A. Malte-Brun. Epinal, 1879. Broch. in-8". Auteur.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 95
Association lyonnaise des Amis des Sciences naturelles. Compte rendu de
Tannée 1878-79. Lyon, 1879. Brocli. in-8°.
Comte de Marsy. — Les congrès scientifiques. Paris, 1879. Broch. in-S"
Auteur.
DÉSIRÉ fiORDiER. — Les Societés savantes des départements au congrès de
la Sorbonne en 1879. Rapport à la Société des lettres, sciences et arts
de l'Aveyron. Rodez, 1879. Broch. in-12. Auteur.
A. Davanne. — La photographie, ses origines et ses applications. Paris,
1879. Broch. in-8*. Auteur.
Emile Cartailhac. — Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de
l'homme. Tome X, 1879, 4* et 5* livraisons. Toulouse. Broch. in-8.
Auteur.
Almanaeh du journal des voyages et des aventures de terre et de mer
pour 1880. Paris, 1879, in-4».
John J. Shillinglaw. — Historical records of port Philip : the fisrt Annals
of the colony of Victoria. Melbourne, 1879. Vol. in-8°. Auteur.
W. F. Versteeg. — Nieuwe atlas van Nedcrlandsch Oost-Indië. 1 vol. in-f».
Auteur.
Carte de France dressée au Dépôt des Fortifications, j—^j^. Feuille UI (en
deux types. Dépôt des Fortifications.
H. Kiepert.— - Ethnographical map of Epirus. Berlin. 1 feuille avec texte.
— Plan der antiken Wasserleitungen bei Jérusalem. .~t^. Berlin, 1878.
1 feuille.
— Reiseroute im Lande Moab, april 1877. Aufgen Hommen vom Baurath
C. Schick in Jérusalem, -rgo'innre Leipzig, 1879. 1 feuille.
— Prof. G. Hirschfeld's Archœologische Reiseroute im sudwestlichen Klei-
nasien, 1874.. nnrfTo'o- Berlin, 1879. 1 feuille.
— Iran, ôstliche Halfte enthaltend Afghanistan, Balutschistan und die
Ozbeghischen Khanate am Oxus. 3-oôo"-ô7ô"* Berlin» 1878, 1 feuille.
— Die Landschaft zwischen Kabul und dem Indus. gôo'Sïïô' Berlin, 1878.
1 feuille. Auteur.
Camrier. — Croquis de l'itinéraire suivi de la côte à TOuniamouczi.
Bruxelles, 1879. 1 feuille. Association internationale africaine.
H. KiEPERT. — Die neuen Grenzen auf der Balkan-Halbinsel nach den
Bestimmungen das Vertrags von Berlin vom 13 Juli 1878. snnrWôô-
Berlin, 1878. 1 feuille. Auteur.
Topographische Karte des Kônigreichs Sachsen in j^J'o,) • Herausgegeben
durch das Kdnigliche Finanz ministerium. Bearbeitet im lopographischen
Bureau des Kôniglichen Gencralstabes. VI Lieferung, no» 47, 133, 134,
141, 142, 143, 149, 150, 151, 154, 155, 156, accompagnées de notices.
Leipzig, 1879. Ministère des finances du royaume de Saxe.
Edmond Blanc. — Carte ancienne de l'arrondissement de Nice. ïtôtôo •
Nice, 1 feuille. Auteur.
Séance du 7 novembre 1879.
J. W. PowELL. — United States geographical and geological Survey of
the Rocky Mountain Région. Contributions to North American Ethno-
logy, vol. 1,111. Washington, 1877. 2 vol. in-4^
Documents recueillis pendant dix ans de séjour parmi les tribus indiennes; réunion
96 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
du vocabulaires de leur langpuc, variant de deux ou trois cents mots jusqu'à deux
ou troi') iniile. Les tribus réfugiées dans les Montagnes-Rocheuses proviennent de
la grande famille dos Nunas. Deux autres mémoires sont annexés a cet ouvrage :
l'un sur les peuplades do l'Alaska par M. W. H. Dali, l'autre sur les Indiens de
rOrégou par M. G. Gibbs. Cartes.
— Report on the Geology of tlio eastern portion of the Uinta Mountains
and a Région of coiintry adjacent thereto. With Atlas. Washington,
1878. 1 vol. in-i° et 1 liv. in-f .
— Report on the Lands of the arid Région of the United States, with a
more detailcd account of the Lands of Utah. Second édition. Washing-
ton, 1879. 1 vol. in-4^
— Preliminary Report on the Paleontology of the Rlack Hills, by R. P.
Whitfleld. Washington, 1877. Br. in-8". Department of the Interior,
Glauenge King. — United States Geological exploration of the fortieth
parallel. 1. Systcmatic Geology. Washington, 1878. 1 vol. in-4°.
ËNGiNEER Department U. S. Army.
Volumineux travail concernant les principales curiosités géologiques d'une rég'ion
inoxploréo du Far- West, avec des indications géographiques et des notes paleon-
tologiqucs. 26 belles planches photolithographiées et chromolithographies,
là cartes.
Report of the superintendant of the United states Coast Survey, Showingr
tho progrcss of the Survey during the vears 1874, 1875. Washington,
1877, 1878. 2 vol. in-4».
Annual Report of the Ghief of Engineers to the secretary of War fort the
ycar 1878. Part I, II, III. Washington, 1878. 3 vol. in-8«.
War Department.
F. V. Hayden. — First annual Report of the United States entomological
commission for the year 1877 relating to the Rocky Mountain locust
and the bcst methods of prcventiug its injuries and of guarding against
ils invasions, in pursuance of an appropriation made by Gongress for
Ihis purpose. Washington, 1878. 1 vol. in-8".
— Tonth annual Report of the United States Geological and Geographical
Survoy of the Territories, cmbraîng Colorado and parts of adjacent Ter-
rîtories, being a Report of progress of the exploration for the year 1876,
Washington, 1878. 1 vol. in-8\
— United States Geological Survey of the Territories. Birds of the Colo-
rado Valley a ropository of sciontifîc and popular information conccr-
* ning North American Ornithology, bv EUiott Goucs. Part first Washing-
ton, 1878. 1 vol, in-«*.
Go rapport tr^ i5lMidu de la commission d'exploration des parties encore inconnuos
dos fiuts-Cnî$« contient P^rmi les sujets intéressants : la eéolc^ie de la i Grand
r.xer Valloy » colle do la Sîorra Abajo, lc-« nùnos anoîenacs découvertes dans le
Colorado StKl-Ou.^st (nombreux dessius), la gôojraphie du San-Juan. Nombreuses
cartes ti vues to)M>gr9ipliiqnes .
(A suivre,)
Le Gérant rt^nsabley
G. Maunoir,
SeerHainfi (éiâral de k Cooiaùssàoii ceatrale.
TAMS, ~ IHM^IVCKIK ixiLC MARTINCT. RCK III6K0X. 2.
72 t/é^ loyjbeééié il» GniffràpAie:
,riuac^ iseo
rei i/np/^jjiè paf^SrAfUv/y.tz. ruty lhitfuMy-7nfitu/v /1tr*ir.
MÉMOIRES, NOTICES
LA RIVIÈRE DE SURINAM
PAR
6. P. H. ZmiIERlIAMlV
Capitaine d'infanterie de l*armëe Royale des Pays-Bas *.
La vaste région, comprise entre les fleuves gigantesques
l'Amazone et TOrinoque, est divisée en Guyane anglaise,
Guyane néerlandaise et Guyane française.
La partie de la Guyane qui appartient aux Pays-Bas porte
le nom de Surinam ; le Maroni la sépare de la Guyane fran-
çaise, le Gorentin de la Guyane anglaise; au nord elle est
arrosée par l'Océan Atlantique et au sud, où la démarcation
n'est pas encore établie, elle s'étend jusqu'aux pays monta-
gneux du Brésil.
Elle est située entre les deuxième et sixième degrés de
latitude septentrionale et fait partie par conséquent de la
zone torride, dont le climat est généralement connu. -
La surface est de plus de 2800 milles carrés dont, il y a
vingt ans, une dizaine seulement étaient exploités; elle n'est
habitée que par 60000 hommes, blancs, nègres et gens de
couleur, indiens, nègres marrons et immigrants.
Chauffé par le soleil tropical, entrecoupé de grandes
rivières navigables et de nombreux canaux naturels reliés
entre eux, fécondé par la fertilité extraordinaire du sol, ce
pays est un des plus beaux du monde.
La colonie de Surinam ne s'étend que sur le littoral; il
n'y a de montagnes que dans les pays plus élevés de Tin-
1. Voir la carte jointe à ce numéro.
SOC. DE GÉOGR. — AOUT 1880. XX. — 7
98 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
térieur; dans ces montagnes inconnues, au sein de ces forêts
inaccessibles, ne vivent que des nègres marrons et quelques
familles d'Indiens nomades dans des villages ou des camps
provisoires.
Un courant d'une direction occidentale constante longe
toute la côte de Surinam; on attribue à son action, jointe
aux vents qui le plus souvent soufflant de l'est et du nord-
est, les déchirures et les anfractuosiiés considérables de
quelques parties de la côte. . ^
Toute la côte est un pays d'alluvîon plat, couve^ d'arbres
et de broussailles peu élevés et inondé à chaque marée.
La fliluation basse du sol est cause que des bancs, qui ne
sont i Tiai dire qu'un prolongement de la côte, s'étendent
à plusieurs lieues en msr; leur sol est un terrain tmnij pro-
lignant des rivières»
La plage offre partent nn aspect monotone et triste* Des
tutiliers d^arbres morts, déracinés et déposés par le cou*
nmt, sont dispersés de tdns cMés ; de la oriqae de Warappe
jusqu'à l'omboiidniTe du Surinam, on ne voit pas trace de
culture; dans l'intérieur marécageux, à environ une lieue
de Branspen, on voit une vaste forêt d'arbres secs à moitié
oonsumés, tristes restes d'une forêt jadis dévorée par le
feui *
Le sol boufbeux où l'on enfonce jusqu'aux genoux^ est
habité par des millions de crabes et les faroussailles^ qui
recouvrent ces tristes côtes, fourmillent d^essaims innom-
brables de moustiques et d'autres moucherons piquants non
inoiiis incommodes*
Des multitudes d'oiseaux aquatiques trouvent Ici pendant
la marée basse une nourriture abondante.
Une quantité innombrable de rivières arrosent le pays
dans toutes les directions. Les principales de ces rivières
sont : le Maroni, le Surinam, le Gommewine, le Saramacca
et le Corentin.
La plus importante de ces rivières est le Surinam^ qui dé-
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 99
veloppe son cours sur uaie longueur de 23 milles géogra-
phiques, et dont la source se trouve probablement à une
altitude considérable dans les montagnes de Tumuc-Humac,
car jusqu^à ce jour personne, pas même les marrons, ne
sont parvenus k la découvrir.
Le fleuve est alimenté par un grand nombre de rivières
et criques qui pour la plupart y déversent Teau superflue
des bois et des marécages.
Les principales sont à droite :
1. La crique de Jonkernians ;
â. Le Gommewine, rivière très importante aux bords de
laquelle sont situées plusieurs plantations, et dans laquelle
beaucoup d'autres rivières se jettent ou se déversent;
3. La crique Paulus, en commuokation avec :
4. La crique de Suroaii» ;
5. La crique de Gaoraporay près de la Savane des Juifs;
6. La rivière ou crique de Sara*
A gauche elle reçoit :
1. Ibérique de Booms;
â. La crique ou le canal de Sommelsdyk, cfeusé sous lô
gouvernement de Sommelsdyk, et qui traverse le faubourg
Gombé, au nord de Paramaribo;
3« La criqifte de Dominé^ reliée par un canal i la erique
de Wanica et ainsi en communication avec le Saramacca;
4. Le Para, rivière importante et navigable qui, coulant
au nord> reçoit plusieurs o^iques, comme la Caroline, le
Goropine, le Tawaicoure ;
5. Les criques de Apowacca et de Siparipabo }
6. La crique Maréchal, rivière large et importante^ Il fiiut
ajouter à cette énumération un grand nombre de rivières
qui, ou bien ne portent pas de nom, ou bien sont de trop
peu d'importance pour que leur nom soit signalé ici.
La rivière du Surinam est très poissonneuse; la couleur
de l'eau est d'un jaune trouble, avec des bulles graisaeuses
d'une couleur brunâtre qui remontent souvent à la surface;
-* o i ^*J
100 LÀ RIVIÈRE DE SURINAM.
avec le reflux, cette couleur se distingue encore à une grande
distance de l'embouchure du fleuve.
Le niveau des marées est d*une grande importance au
Surinam parce que toute communication doit avoir lieu par
eau. Ladifl'érence de hauteur entre les niveaux de la marée
haute et celle de la marée basse est, en temps ordinaire, de
1°^70 à 2 mètres; à la grande marée elle est de 3 à 4^ mètres.
Dans les pays bas le flux, pendant la saison des pluies,
dure plus longtemps qu'à l'ordinaire. Lô flux se fait sen-
tir pendant la saison sèche jusqu'à la crique du Cèdre et
pendant la saison des pluies, jusqu'à la Coupure.
Le chenal, indiqué à Tembouchure par un vaisseau-phare
et par trois tonneaux, permet l'entrée à des vaisseaux d'un
tirant d'eau de 5"* à 5°o0; les vaisseaux d'un tirant plus fort
doivent attendre la grande marée.
Par sa largeur la rivière forme devant la ville une
rade belle et sûre où une centaine de vaisseaux peuvent
mouiller.
Le premier banc qu'on rencontre en amont de la ville est
situé au-dessus de la plantation abandonnée de Rac-à-Rac,
devant l'ancienne plantation de Groede Yrede; ce banc est
très escarpé et laisse une passe de 20 brasses de profon-
deur.
Pour des vaisseaux de ^"'âS à 3 mètres de tirant d'eau, la
rivière est navigable jusqu'à l'Espérance oîi un banc de
sable empêche la navigation.
Pour des barques à rames et des bacs, la rivière est ordi-
nairement navigable jusqu'à Broko Pondo où se trouve la
première chute; mais il est difflcile d'y ramer contre le
courant. Plus en amont, la rivière devient plus encaissée et
les passes y sont obstruées par des rochers et par des
écueils.
Les rives du Surinam, d'une fertilité extraordinaire, sont
divisées par leur nature même en terrains d'origine et en
terrains d'alluvion.
«
* « A i
••
* ♦ W b
LA RIVIÈRE DE SURINAM. iOl
Depuis la côte jusqu'à la Savane des Juifs, le sol est
formé d'alluvions ; ce terrain d'une grande fertilité a été, de
tout temps, exclusivement utilisé pour la culture.
Ces pays bas forment, tout le long de la côte, une zone de
largeur variable, s'étendant depuis le Maroni jusqu'au Co-
rentin ; une grande partie en est souvent inondée pendant la
marée haute et dans la saison des pluies, et on a dû faire des
digues pour arrêter Teau saumâtre des crues de la rivière.
Dans ce terrain se trouvent, à plusieurs endroits dans des
directions parallèles à la côte, des lits de sable et de co-
quilles, restes probables d'anciennes formations riveraines.
Le sol d'origine se montre à la Savane des Juifs; il n'est
composé là que de débris d'une formation granitique qu'on
trouve encore au pied de cette colline.
Plus haut jusqu'à Berg en Daal, sur les bords et dans la
rivière se trouvent plusieurs blocs de rocher ayant tous
conservé le caractère granitique.
Si Ton jette un regard sur la partie cultivée de ces rives
si fertiles, on remarquera, en se reportant à la carte ci-jointe
que la culture y est dans un état déplorable.
C'est à l'agriculture que la colonie de Surinam a dû tou-
jours son état prospère et florissant; la culture du sucre et
du café surtout, peut être considérée comme la base de
cette prospérité.
Les temps sont passés où nombre de plantations floris-
santes se pressaient sur ces rives et où, dans une année, la
colonie produisait 18 à 19 millions de kilogrammes de su-
cre et 8 millions de kilogrammes de café; l'exportation de
ce dernier produit, pendant Tannée passée, était descendue
à 325 kilogrammes.
Lorsque l'agriculture, cette force vitale de l'existence de
la colonie, tomba en décadence, la colonie elle-même alla
aussi en dépérissant et ne possède aujourd'hui qu'une exis-
tence languissante. La cause en est principalement dans le
manque d'hommes, et dans l'insuffisance de main d'œuvre.
102 LA RIVIÈRE DE SURINAM,
En comparant la culture d'aujourd'hui avec ce qu'elle
était, il y a trente ans, d*après les notices statistiques, on
découvre une différence considérable. Dans ce temps-là on
ne cultivait que du sucre et du café; toutes les terres cul-
tivées en café et beaucoup de terre cultivées en sacre sont
maintenant ou abandonnées, ou remplacées par des champs
de cacao dont le produit est plus lucratif.
Le grand avantage que la culture du cacao présente sur
celle du sucre est que l'entretien d*une plantation de cacao
ge fait h relativement peu de frais et sans ustensiles coûteux.
Cependant une plantation de sucre est plus lucrative, surtout
quand on peut disposer d'un capital et de laboureurs. Il
va sans dire que le prix élevé ou bas des produits sur les
marchés européens, est d'une influence prépondérante sur
la prospérité ou la décadence des plantations intéressées et
même de la colonie entière.
En général les petites plantations sont rarement lucra-
tives à cause des frais et du petit nombre d'ouvriers, pour
Tentretien nécessaire.
Le directeur est chef de la plantation; il est secondé par
des officiers ou surveillants, ses aides ; les laboureurs sont
des nègres, les esclaves affranchis qui ont été émancipés
en 1863, et des immigrants Chinois* Les habitations elles
fabriques sont toutes en bois ; la maison du directeur est or-
dinairement peinte en blanc et d'un style élégant, de sorte
que vue de la rivière, une plantation offre un aspect riant.
lia source du Surinam et son cours supérieur n'étant pas
encore connus^ c'est à son embouchure que nous commen-
cerons notre description.
Remontons la rivière en partant de Kembouchure.
L'extrême pointe du pays s'appelle Branspen; la bouche
du Surinam a ici une largeur d'environ une demi lieue.
Autrefois à Branspen se trouvait une redoute assez forte,
qui cependant depuis longtemps est abandonnée et ravagée
par la dépression de la côte. Cette contrée inhospitalière
LA RITIËRE DE SURINAM. 1Q3
n'est visitée que par des pêcheurs et des prisonniers de la
forteresse Nouvelle-Amsterdam, qui viennent ici couper du
bois.
Sn remontant la rivière^ Tœil se repose agréablement sur
des bords ornéa d'arbres de haute futaie, dont la végé^
tation luxuriante^ les arbrisseaux et broussailles touffus,
laissent à peine une ouverture au2^ nombreuses sinuosités
des petites rivières qui se jettent dans le fleuve.
La première petite rivière qu'on rencontre est la crique
de Jonkermans qui, ik uae lieue de distance de l'embou-
chure» à. droite^ se jette dans le Surinam, tandis qu'un peu
plus loin la belle plantation de Resolutle (la Résolution),
propriété de la c Société de Commerce des Pays-Bas »» avec
ses maisons,^ sea fabriques et ses cheminées, offre un site
pittoresque.
Un peu plus loin nous trouvons la Quarantaine, établis-
sement très nécessaire aux Indes Occidentales*
C'est au point méridional^ au confluent du Surinam et du
Commewine, qu'est située le fort NouvellerAoïsterdaKQt dont
les canons dominent les deux fleures.
Ce point quoique fort marécageux dut k sa situation fa^
vorable pour la défense, de devenir l'emplacement de ki
forteresse qu'on a conunencée en 1734 et achevée en 1747.
Le cours navigable du fleuve est tel que les vaisseaux
doivent passer sous le fort; le banc de bourbe qui Ten^
toure, empêche les bâ^timents et même les vaisseaux à fond
plat de s'approcher des remparts.
Le fort en forme de pentagone régulier est entouré de
larges fossés et de remparts en terre. La nature maréea*
geuse du sol est cause que tes remparts se sont considéra-
blement affaissés, de sorte qu'ils ont beaucoup perdu de
leur commandement.
Sur le terre-plein du fort se trouvent une bonne caserne,
une poudrière, un atelier de consUraclion, un arsenal, plu-
sieurs maisons d'officiers et une prison pour les forçats»
104 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
A cause de sa situation découverte, le fort a été toujours
considéré comme jouissant d'une grande salubrité.
Deux petites redoutes, celle,s de Purmerend et de Leide,
situées au côté opposé du fort, Tune sur la rive occidentale
du Surinam et l'autre sur la rive septentrionale du Gom-
mewine, sont actuellement tombées en ruine.
En s'éioignant du fort de la Nouvelle-Amsterdam, la ri-
vière court en demi-cercle vers le coude sur la droite duquel
se trouve la ville de Paramaribo.
Des maisons blanches, d*aspect pittoresque, appartenant
aux plantations et situées à Tombre de palmiers et d'arbres
fruitiers surgissent; à mesure qu'on s'approche, elles
perdent leur blancheur, deviennent jaunes, presque noires,
jusqu'à ce qu'elles disparaissent derrière nous, pour nous
saluer de loin, belles et blanches comme tout à l'heure.
Plus on s'approche de Paramaribo, le siège du gouverne-
ment néerlandais de la colonie, plus le fleuve a des rives
vivaces, et des eaux riantes.
A chaque moment l'aspect des bois majestueux est égayé
de maisons et de plantations, tandis que sur la rivière des
barques à rames et des bacs vont et viennent vers la ville.
Çà et là on voit glisser des petits canots élégants, con-
struits d'un tronc d'arbre creux, contenant souvent toute la
famille d'un Indien, avec ses meubles, ses ustensiles et
tout ce qu'il possède.
Près de la plantation Lust en Rust on a déjà une vue
charmante sur la ville de Paramaribo, le fort le Zeelandia
et la rade.
On passe à côté de plusieurs plantations, entre autres la
plantation de sucre Dordrecht, la plantation de cacao
Geyersvlijt et celle de bananes JagHust; auprès de cette
dernière s'élève l'observatoire d'où Ton signale, à Para-
maribo, l'entrée d'un vaisseau dans la rivière ou bien la nou-
velle que sur l'une ou l'autre des plantations ont éclaté des
désordres ou une révolte.
U RIVIÈRE DE SURINAM. 105
En poursuivant la route, tandis qu'au regard du specta-
teur le paysage déploie des beautés nouvelles et variées à
rinlini, on arrive à la rade de Paramaribo.
L'aspect de la ville est magnifique : voici d'abord la
forteresse de Zeelandia avec ses belles et riantes maisons
d'officiers et le réduit d'un style ancien et sombre, qui sert
de prison et sur lequel flotte le drapeau tricolore néerlan-
dais; puis apparaît la belle place du gouvernement, entourée
de palmiers.
On découvre d'abord Thôtel du gouverneur, à demi caché
derrière un bosquet, avec sa charmante allée à triple rangée
d'arbres de tamarins ; puis les autres édifices du gouverne-
ment; les maisons d'un aspect propre et aux couleurs vives
se succèdent le long de la rive; parmi celles-ci se distingue
l'église lulhérienne bâtie en briques. Au loin s'étend la forêt
haute et solitaire, derrière laquelle, sur la rive droite, une
colonne de fumée annonce de temps en temps la présence
de la plantation de Meerzorg. Tout ce tableau, animé par le
mouvement d'une population acti ve,ofirre un aspect ravissant.
Les blanches maisons, construites en bois, font un agréa-
ble effet par leurs formes régulières, leurs couleurs vives et
leurs grandes lignes; elles ne forment pas une masse com-
pacte, mais sont dispersées régulièrement à une grande dis-
tance au bord de l'eau. Les rues larges et les places spa-
cieuses donnent^ la ville beaucoup de fraîcheur; d'ailleurs
la plupart des maisons ont un jardin, ce qui fait que la ville,
eu égard à sa population qui s'évalue de 23 à 24 mille âmes,
a une étendue assez considérable.
Presque toutes les maisons de Paramaribo sont en bois,
même l'hôtel du gouverneur; les églises des Herrnhuttes,
des catholiques et les synagogues sont pour la plupart
bâties sur une petite muraille d'environ un mètre de hau-
teur; les maisons sont d'une couleur blanche ou gris perle,
les portes et les fenêtres sont peintes en vert. Seules, les
églises protestante et luthérienne, quelques maisons au
106 LA EIVIÈRE DE SURINAM.
bord de Teau^ le bureau des finances et la cour de justice
gur la place du gouvernement, sont construits en briques.
Lorsque, en IGOSfle gouverneur de Sommelsdyk arriva au
Surinam^ la ville n'était composée que de 27 maisons» dont
la plupart étaient des cabarets; plus tard la ville a été deui
{ois bombardée par les Français et trois fois^ la dernière
fois en 1832, presque entièrement incendiée» [de sorte qu'à
plusieurs endroits les traces de maisons qui ^existaient jadis
sont encore visibles.
La rivière ou plutôt la rade de Paramaribo n'est pas
moins remarquable; elle est couverte de vaisseaux dont
les diiférents pavillons indiquent la nationalité. Des bateaux
à rames vont et viennent» montés par des équipages uègres
qui, en s'accompagnant d'un chant monotone conduisent les
directeurs et les atoinistratetfrs k leurs plantations; de
temps en temps on rencontre un bac fortement chargé des
produits du pays et de petits canots semblent glisser à la
surface ; tout cek fourmille pèle-môle dans un mélange
bariolé*
En remontant, la rivière court avec beaucou]^ de détours
et de sinuosités vers le sud.
Presque vis«à-vis de la ville est située la plantation de
sucre de Meersorg, connue par le traité qui y fut conclu avec
Tamiral français Cassard.
Le 8 octobre 1712 celui-ci s'engagea dans la rivièrCi à la
tôke d'une flottille de 9 b&timents de guerre et 30 vaisseaux
plus petits, avec 3000 hommes de troupes de débarquement.
La résistance opposée par le fort de Zeelandia était telle,
que les vaisseaux furent forcés de se tenir à distance.
Les Fran<}ais mettant alors pied à terre, s'établirent sur
cette plantation d'oà ils jetèrent des bombes dans la ville,
et imposèrent un traité par lequel une contributioB si con-
sidérable fut réclamée, que longtemps après la colonie en
éprouva encore les charges.
À une lieue en amentale Paramaribo, le Surinam reçoit
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 101
la rivière du Para venant du sud-ouest, sur laquelle sont
situées deux plantations de sucre en décadence et plusieurs
exploitations de bois. Cette rivière est navigable pour des
barques à rames et des bacs, dans la saison sèche jusqu'à la
Prospérité et un peu au-dessus de Hanovre, et dans la sai-
son des pluies jusqu'à l'Indigo veld et l'Inquiétude.
yis-à-vis de la bouche du Para on voit la crique Paulus
où, à Texception d'une seule, toutes les plantations sont
abandonnées.
 une couple de lieues de Paramaribo sont situées de
belles plantations de sucre, de bananes et de cacao; les
maisons blanches et riantes; les moulins à sucre dressent
leurs hautes cheminées au dessus des allées àe palmiers,
de tamarins et d'autres arbres à fruit des tropiques; tout
auprès sont les terres cultivées de canne à sucre; les jeunes
cacaoyers cachent leur feuillage vert foncé sous l'ombrage
des feuilles du bananier et au fond des forêts obscures :
tout cela offre un panorama magnifique.
Plusieurs de ces plantations sont situées si près Tune
de TautrCj, que parfois tout le bois a disparu : on s'imagi-
nerait alors voyager dans une des plus riches contrées de la
mère-patrie, si les plantes tropicales et les nègres n'enle-
vaient cette illusion.
Le terrain d'alentour est encore bas et à plusieurs en-
droits môme au-dessous du niveau de 1^ rivière ; des digues
solides et des écluses seules sont capables, de contenir cet
élément impétueux.
Il est particulier qu'ici encore nos ancêtres se soient
établis sur un terrain où l'eau doit être coo^battue à Taide
de nombreux ouvrages hydrauliques; on dirait qu'ils aient
voulu retrouver les conditions de leur pays.
Nous nous approchons de la plantation de Waterland, à
présent en décadence, où les Anglais, en 1630, auraient bàU
le fort Rorarica.
Sur Tautre rive, un peu plus loin^ à l'endroit où jadis
108 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
étaient situées les plantations florissantes de Rorak en
Klaverblad, on voit une foule de huttes bizarrement mê-
lées qui^ peuplées d'habitants paresseux, font un triste
contraste avec les plantations que nous venons de passer;
c'-est la demeure de la population pacifiée d'un ancien
camp de marrons^ situé près de Rac*à-Rac sur la rive
droite de la crique de Surnaus.
Nous suivons une courbe très accusée et noys passons la
Coupure, canal naturel par lequel le Surinam commu-
nique avec le Para, et la plantation de sucre Groote-Cha-
tillon; cette plantation porte le nom du seigneur de
Cbatillon, ûls du gouverneur de Sommelsdyk massacré
dans Tallée des Tamarins, et qui, au commencement du
xviii° siècle planta ici le premier café.
Nous passons ensuite la plantation de sucre de Guinesche-
vriendschap, bâtie dans un vieux style, et la plantation
abandonnée de Kac-à-Rac (connue par l'expédition de
1862) et nous nous trouvons à présent sur ce qu'on appelle
le territoire juif.
Il y a un siècle, entre Rac-à-Rac et le poste Gelderland
étaient situées 45 plantations prospères de sucre et de café,
appartenant aux juifs riches qui avaient leur demeure sur
la Savane des Juifs, située plus haut.
Ces rives, jadis si richement cultivées, offrent à présent
un aspect triste.
Toutes ces plantations florissantes sont abandonnées,
leurs champs de canne à sucre et de caféiers, un jour
plantés et cultivés avec tant de soin, sont à présent un
désert impénétrable; les belles allées d'élégants palmiers et
de hauts tamarins qui conduisaient aux bâtiments des
plantations, s'élèvent tristes et solitaires au-dessus des
broussailles et des bosquets de cette végétation sauvage, et
les débarcadères où jadis des barques bien peintes et d'une
construction élégante arrivaient et partaient, sont aujour-
d'hui déserts et délaissés.
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 109
Nous nous approchons maintenant des scieries de bois
de la Simplicité et d'Overbrug. Quelques îlots, en partie
bas et revêtus de palmiers, en partie élevés et couverts de
bois, forment des groupes magnifiques sur la large nappe
d'eau, et par ci par là se montrent pittoresquement le
long des bords escarpés, de petits camps d'Indiens, dont
les huttes sont à demi cachées au milieu de bananiers et de
cotonniers.
Le nombre d'Indiens ou Peaux-rouges dans la colonie
diminue chaque année et se monte à présent à environ 800.
Divisés en deux tribus, les Arawacques et les Caraïbes,
ils demeurent ordinairement dans des camps ou des vil-
lages; leurs huttes sont composées d'un toit couvert de
feuilles de palmiers; les parois sont construites d'une
manière admirable et attachées par des lianes; pas un seul
clou n'est employé. La chasse et la pêche sont leur prin-
cipale occupation et pourvoient à leur entretien.
L'Indien, autrefois le maître absolu de l'Amérique, habite
à présent l'intérieur du pays, éloigné de la partie habitée
de la colonie. La civilisation européenne, ou plutôt le
genièvre de Sçhiedam et les misères qui en résultent, ont
été de puissants alliés dans les guerres d'autrefois et ont
réduit ce peuple à un abrutissement profond.
Il est triste que toute une peuplade soit condamnée à un
anéantissement complet et plus triste encore de penser
qu'elle ne laissera pas de trace de son existence; tandis
que tant de peuples d'autrefois se survivent pour ainsi dire
dans rhistoire ou dans des ruines magnifiques, l'Indien ne
laissera pas un seul monument; des chants ou des légendes
ne conserveront même pas son souvenir.
Nous voici arrivés au poste militaire de Gelderland;
outre une grande cour, un très beau jardin et beaucoup
d'arbres fruitiers des tropiques, on y touve la maison du
commandant, une caserne, un magasin, une boulangerie,
un corps de garde, un chantier, plusieurs autres maisons,
110 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
et ce beau sile se reflète d'une manière superbe dans le
fleuve limpide.
Geposte^ établi dans le temps des guerres continuelles
avec les marrons^ a été abandonné aussi depuis quelque
temps.
En montant la pente par un chemin sablonneux, on arrive
à une plaine étendue couverte de sable quartzeux d'un
blanc très vif et qui, depuis presque deux «iécles, porte le
nom de Savane des Juifs.
Tout autour de cette plaine ondoyante s'élèvent ces
arbres magnifiques abondants à Surinam et qui sont d'une
diversité infinie de forme et de stature, de couleur et
de feuillage; tantôt bienfaisants par leurs fruits, tantôt
fournissant des trésors en sucs précieux et eu gommes, en
résines et en huiles; tantôt offrant leur bois solide et subs-
tantiel pour la construction d'habitations et de vaisseaux,
ou comme combustible et pour l'usage domestique.
Cette savane, formant pour ainsi dire le sommet plat
d^une colline gigantesque au pied de laquelle coule le Su-
Hnatti^ est située si haut, que par-'dessus le« cimes des
arbres d'alentour on a un panorama ravissant.
Vers l'est et le sud-est se développe une immense plaine
de verdure dont les ondes compactes s'étendent jusqu'à
l'horizon, où elles se fondent dans une brume lucide. De
cette surface mouvante s'élève par ci par li^ comme une bsh
lise au milieu de cette immensité, une colline ou unecime.
De môme que les Pajs-Bas d*Europe, Surinam de l'autre
côté de rOoéan fut un jour le refuge hospitalier d'une
peuplade persécutée à cause de sa religion.
Après la découverte de l'Amérique, le Brésil ne tarda pas
à devenir l'asile^ ou plutôt le lieu d'exil des Israélites du-
rement opprimés en Espagne et en Portugal ; cependant
lorsque le Brésil passa sous la domination portugaise, les
Israélites^ persécutés de nouveau^ émigrèrent à Surinam et
fondèrent un village au bord de la rivière^ un peu plus haut
LÀ RIVIÈRE DE SURINAM. 111
que le lieu où est maintenant située la Savane des Juifs.
D'après ce qu'on trouve mentionné ce fut en 1644, sotis le
chef David Nassy, En 1685 ce village fut abandonné et
sous Samuel Kassy on en fonda un autre, ainsi qu'une sy-
nagogue en briques.
L'opulence et l'activité de ses habitans furent cause que
bientôt ce village commença à prospérer, il devint le
point de réunion^ le centre de la communauté judaïco-por-
tugaise; celle-ci formait un jour le tiers de la population
blanche de Surinam et en 1730 elle possédait 115 planta-
tions.
Les Israélites établis ici jouissaient de grands privilèges;
ils avaient leur propre administration de la justice, tant
dans les causes civiles que pour les affaires correctionnel-
les. Leur tribunal, siégant dans un des appartements de la
synagogue, pouvait en première instance condamne^ à une
amende montant jusqu'à 500 florins; pendant les grandes
fêtes solennelles ils étaient exempts de toute poursuite en
justice, etc.
Ce lieu, jadis si florissant, et si riche, ainsi que ses habi-
tants, a aujourd'hui entièrement disparu; il ne reste pas
même une trace de la ville. Des collines de sable indiquent
la place où jadis régnaient la vie et le mouvement; la syna-
gogue s'y élève seule, délabrée et en ruines, au milieu des
sépultures de ceux qui naguère célébraient leurs solennités
dans ses murs.
Vue à distance, l'église ressemble à un monceau de
pierresj à un grand tombeau; dans l'intérieur tout se trouve
encore dans le même état que lorsque le grand rabbin y
pronon^Ja sa dernière bénédiction; un tapis de velours
rouge tombant en lambeaux couvre la table du supé-"
rieur; d'antiques candélabres de cuivre sont suspendus aux
murs chancelants; les cellules sont désertes ainsi que Tan-^-
^.ienne salle de justice; froids, sombres et mornes sont
les bomdors Vermoulus dont les pas du visiteur réveillent
113 LÀ RIVIÈRE DE SURINAM.
les échos endormis; la vue de ce sanctuaire déchu serre le
cœur.
A côté de l'église se trouvent un grand nombre de ma-
gnifiques tombes en marbre blanc, qui témoignent de
l'opulence^ mais en môme temps de la somptuosité et de
la vanité des anciens habitants.
Jadis un chemin militaire allait de la Savane des Juifs à
Test.
Malgré une grande opposition ce chemin fut établi et
achevé en 1774 par le gouverneur Nepveu. Jusqu'à la mer
il formait une espèce de clôture militaire et était oc-
cupé par des troupes divisées entres les postes principaux
et inférieurs, tandis qu'à chaque quart de lieue élait placé
un piquet pour maintenir la communication. Les chaleurs
insupportables et les nombreuses privations dans les expé-
ditions, causant beaucoup de maladies, surtout parmi
les troupes nouvellement arrivées, ce cordon n'a pas été
maintenu longtemps.
Quittons enfin ce lieu où trop longtemps déjà nous nous
sommes arrêtés et continuons le voyage.
Peu à peu les bords de la rivière changent d'aspect. On
aperçoit toujours moins les Pays-Bas, les bords devien-
nent plus élevés, le paysage plus accidenté, les bois plus
épais : il y a plus de variété. Amortis par la végétation
touffue, les vents de mer perdent leur force; l'alternation
du flux et du reflux disparait de plus en plus ; l'eau devient
douce et potable : c'est ici que paraît se trouver la limite
des marées de l'Océan.
Passant Diligence nous approchons de la scierie en dé-
cadence d'Auka, jadis grande plantation de sucre, endroit
célèbre par la paix qui y fut conclue en 1761 avec les
marrons. Cette paix qui depuis ce temps-là n'a pas été rom-
pue, mit fin à une guerre bien longue, dont sont remplies
les pages de l'histoire de Surinam.
Yis-à-vis d'Auka se trouve une mauvaise cabane. Vers-
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 113
teling'Jacobs; c'était jadis une carrière exploitée par le
gouvernement,
Nous traversons des savanes étendues, couvertes de sable
quarlzeux à gros grains. Sur les bords, sont des huttes
désertes et des ruines des camps abandonnés par les Indiens.
Cet abandon provient souvent de la mort d'un person-
nage important de la tribu, parce que les indigènes croient
que l'esprit du défunt y erre ou qu'un autre esprit malin a
rendu le camp inhabitable.
Un peu au-dessus de Yorsteling Jacobs, sur la même
rive, on aperçoit l'ancienne plantation de Phedra.
A cette hauteur la nature du sol change visiblement ; le
diorite y forme de petites collines rondes qui, éloignées
l'une de Tautre de quelques centaines de pas, s'élèvent à
une hauteur de 12 à 75 mètres au-dessus du sol granitique.
La surface du diorite est tout effleurie, ce qui rend le sol
extrêmement fertile; par suite de cette môme efflorescence
il contient un grand nombre de rognons d'hématite. A
plusieurs lieues à la ronde, la surface est couverte de ce
minerai métallique ; on trouve probablement ici une ma-
tière qui permet de se procurer le fer d'une manière relati-
vement facile, car le charbon nécessaire ne coûterait que
la peine de l'extraction.
La rivière s'engage maintenant dans des méandres capri-
cieux. Des bancs de sable s'étendent au milieu du fleuve,
alternant avec des éciveils et des rapides.
Nous suivons la courbe près de Moreaet nous apercevons
sur l'autre rive une roche de mica, ainsi que la bouche de la
crique Maréchal, nom du capitaine anglais qui en 1630
aurait monté le Surinam jusqu'ici. Un peu plus haut se sont
établis en 1684 quelques adhérents de la secte des Laba-
distes, dans un lieu nommé par eux la Providence; ce/
établissement fut abandonné peu de temps après.
A mesure qu'on s'approche de Mœder's zorg, les bords de-
viennent plus élevés, les bois plus épais; le passage de l'eau
soc. DE GÉOGR. — AOUT 1880. XX. » 8
114 Là mVIÉRB DE SURINAM.
est de plus en plus obstrué par des bas-fouds et des roches»
tandis que les bords des deux côtés restent mornes ei soli-
taires. Pourtant le pays est très fertile et avee peu d'efforts
ilproduirait des fruits abondants.
Vis-à«vis se dresse, un rocher composé de quartz et de
feldspath et quantité de petites pierres de grenat; on y ren-
contre aussi le premier camp de nègres marrons.
Les nègres marrons établis sur la partie supérieure de
la rivière, et dont le nombre monte à environ 5000, sont
divisés en deux tribus, les Aucanes et les Saramacanes. Ce
sont originellement des esclaves échappés qui, par leurs in-
vasions et leurs pillages, ont été longtemps la terreur de la
colonie. Â la paix d'Auka ils furent admis et reconnus
comme alliés et depuis ce temps ils se sont établis sur ces
bords dans des sortes de camps où ils pourvoient à leur en-
tretien par l'agriculture, la cbasse et la pèche. Du produit du
bois qu'ils transportent en radeaux et vendent à Farama-
ribo, ils se proeurent des fusils, de la poudre, du plomb» et
d'autres choses nécessaires. Les forêts extrêmement riches
des pays hauts, leur fournissent une grande abondance de
bois précieux à débiter.
On ne saurait trop déplorer que, dans un pays où elles
pourraient tant contribuer à la prospérité, ces peuplades si
vigoureuses vivent dans la paresse et Tindolence, et ne
prennent la hache que quand la nécessité les y contraint.
Plus on monte ici le Surinam, plus ses bords deviennent
sombres et déserts, jusqu'à ce qu'enfin le Mont-Bleu et la
scierie voisine de Berg en Daal donnent aux rives un aspect
tout nouveau.
' Le Mont-Bleu est situé sur la rive gauche, à 5*5' de latitude
septentrionale, à 125 mètres de hauteur; il consiste princi-
palement en gabbronite, qui par un effet d'efflorescence se
transforme en diorite mêlé de minerai d'aimant, ensuite
en fer oligis te argileux, en silex rouge approchant du jaspe,
ou en hématite. Sur l'autre rive en face de la montagne,
J
LA. RmÉRE DE SURINAM. 445
on troave les mêmes produits ferrugineux de i'efflores-
cence.
Du sommet, les environs off^pent un panorama magni*
fique. Sur une grande distance on voit au sud-sud-ouest
une chaîne de hautes montagnes qui va de l'est à l'ouest,
et plus loin par un ciel serein se montrent des cimes plus
hautes encore, qui s'élèvent jusqu'aux nues.
Entre Berg en Daal et Victoria on a fait plusieurs fois des
recherches de minéraux précieux. En 1 742 la « Compagnie
minérale» obtint le privilège de faire ici des recherches de
minéraux, de pierres précieuses, etc., avec une cession de
terrain de dix lieues de circonférence. On trouva du felds-
path argilîforme, du minerai de fer, du plomb et quelques
traces d'or et d'argent, mais ces métaux s'y trouvaient en
trop petite quantité pour une exploitation lucrative. Cette
entreprise, qui au début promettait beaucoup de profits,
fut abandonnée six ans plus tard.
Les planteurs de Surinam furent satisfaits de cette dé-
convenue parce qu'ils étaient convaincus que la culture du
sucre, du café et du coton était beaucoup plus avantageuse
pour eux et pour la colonie.
En approchant de Victoria, les camps de marrons de-
viennent plus nombreux. La rivière encaissée dans ses bords
élevés a tout au plus 40 à 45 mètres de largeur. Le passage
difficile et dangereux à travers les écueils, les cataractes et
les bancs de sable, fait qu'au-dessus de Broko Pondo, la
rivière n'est navigable que pour de légères embarcations ou
des canots.
Environ deux lieues plus loin, l'importante rivière Sara
se jette dans le Surinam, qui est redevenu large, plein
d'écueils, dllots de bancs de sable. Cette rivière sur les
bords de laquelle on trouve du granit de belle qualité, est
habité par la tribu Aucane des nègres marrons.
Pendant quatre journées de voyage au-dessus de la ri-
vière Sara on trouve les camps de marrons Saramacanes.
118 A RIYJÈRE DE SURINAN.
Dans la saison sèche, le voyage se fait ici avec beaucoup
de difficultés à cause des écueiis^ des bas-fonds, etc. Quel-
quefois, dans la saison pluvieuse, la hauteur de l'eau dif-
fère d'environ 10 mètres avec celle de la saison sèche et le
courant est d'une rapidité formidable. Si de fortes pluies
tombent sur les pays hauts, Teau s'élève quelquefois de
3 mètres dans une nuit.
Nous ne remonterons pas la rivière au dessus de ce point;
la mauvaise volonté et la méfiance des marrons multiplient
les difficultés du voyage qui est impossible sans leur aide.
Il n'y. a que très peu d'Européens qui aiekit remonté la ri-
vière plus haut que le Sara. Là, dans une solitude inac-
cessible se tiennent cachés ces marrons paresseux et rusés
dont leschétives habitations se perdent insensiblement dans
les immenses forêts vierges.
Retournons un instant à Broko-Pondo, où récemment
l'industrie de Tor a donné de si importants résultats.
N'étant pas géologue je me borne à la communication de
quelques faits.
Il est de notoriété publique au Surinam, qu'autrefois beau-
coup de planteurs, par crainte de perdre leurs ouvriers, et
même quelques gouverneurs^ n'ont pas encouragé la re-
cherche de l'or. Les nègres marrons et les Indiens, qui
n'ignorent pas que l'or a du prix et que les blancs attachent
une grande valeur à la possession de ce métal, n'ont jamais
fait mention de leurs découvertes, de crainte d'être dépos-
sédés ou chassés.
Non seulement on a trouvé de Tor mais on en a même
exporté de Surinam, ce qui est démontré par une histoire
de Surinam, publiée en 1791 par quelques juifs lettrés.
M. Yan den Ende, ancien planteur de Surinam, homme
de beaucoup d'expériencCi & fait connaître dans sa brochure
(hid en JViViiro, publiée récemment, que lorsqu'en 1854
dans le Surinam supérieur, le marron Byman prenait pos-
session de l'autorité do Gramman (chef), l'un des capitaines
LA RIVIÈRE DE SURINAM. H 7
des marrons lui faisait la leçon suivante : « Ne cherchez
jamais de Tor, car si les blancs apprennent qu'il se trouve
de For chez nous, nous sommes perdus. »
Il y a environ deux ans, la présence de Tor ici a été
constatée de nouveau par les résultats des explorations qui
ont eu lieu pour le compte d'une société américaine et de
quelques particuliers. Parmi les minerais trouvés alors et
exposés plus tard dans le musée de Surinam, se trouvaient
des pépites d'une assez grande valeur.
A l'occasion de l'ouverture de la session des États Colo-
niaux au mois de mai 1876, le gouverneur de la Colonie a
dit en anglais ce qui suit : a L'industrie' de l'or promet
beaucoup dans l'avenir, de même que dans la Guyane Fran-
çaise. Il faudra du temps pour la développer; mais Tannée
dernière elle a fait un premier pas dans la bonne voie.
C'est un fait avéré que la région comprise entre les rivières
du Maroni et du Surinam offre des champs riches à l'exploi-
tation; déjà 34 concessions pour la recherche de métaux
précieux ont été accordées et ont procuré quelques pro-
fits à la colonie. »
Au mois de mai 1877 Son Excellence disait : ((L'industrie
de Tor surtout a exigé mes soins et a eu tout le succès qu'on
désirait. Le développement de cette industrie an Maroni et ai\
Surinam est d'une grande importance et fixe en effet un
point lumineux à l'horizon obscur de l'avenir du Surinam, i»
. Il y a quelques temps, la banque de Surinam a exposé à
Paramaribo une quantité de 1644 grammes d'or en frag-
ments, en grains et en poudre, représentant une valeur
d'environ 4 500 francs. Dix travailleurs avaient trouvé cet
or en 54 jours sur la rive droite du Surinam supérieur.
Dans la Gayenne voisine l'industrie de l'or a pris en ces
dernières années un grand essor; l'exportation de ce métal
en 1874 était, d'après les déclarations officielles aux
douanes, de 1432 kilogrammes, représentant une valeur de
4 millions de francs.
il8 LA RIYliRK DE SUROrAM.
Eq 1875 on y trouvait en moyenne 150 kilogramoics par
moia et dans les huits premieta mois de 1876 plus de i5
kilogrammes étaient exportés^.
En Gayenne on trouve l'or dans des veines de quarts et
dans des alluvions.
Il est difûcile de déterminer l'origine de ces alluvions,
mais la composition du sol, la variété et les espèces de
pierres et de roches qu'on ; trouve et Torigioe presque
commune de toutes les rivières de la Guyane, font présumer
que de violentes actions volcaniques, des élévations du sol
et les torrents puissants, ont détaché des montagnes de Tu-
tnuc-Humac et dispersé bien au delà des frontières de la
Guyane firançaise, les masses mêlées de roches et de pierres,
d'or et d'autres minéraux.
Le fait que sur la rive gauche du Maroni, c'esirà-dite sur
le territoire néerlandais même, quelques Français s'occu*
paimt Tannée passée avec succès de la recherche de l'or,
décida le gouverneur de Surinam à y envoyer une commis-
sion, afin de s'informer au juste de l'état des choses rolati'-
vement à l'industrie de Tor au Maroni.
Les recherches et les informations de cette commission
* ont démontré que le terrain situé sur la rive gauche du
Maroni est en effet un champ aurifère qui promet à l'ex-
ploitation une riche production. Presque partout où les
explorations ont eu lieu, on a jugé qu'il doit y avoir des
endroits où l'or s'est amassé en grandes quantités; même
avec les investigations superficielles auxquelles la Commis-
sion était obligée de se borner, on a trouvé encore en deux
endroits une quantité d'or généralement estimée plus que
suffisante pour l'exploitation (* à 5 sous par battée d'envi-
ron 10 kilogrammes de terre mêlée de pierres). Outre cela
les explications ont prouvé que la composition du sol, sur
1, Le 3 mars, sur le bateau à vapeur VeM^meU, fut exportée une
quantité de 166143 grammes <for. —
Moniteur et l4 €nyam frûncâi» ite tl mâr* 1877.
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 119
la rive gauche du Maroni, était tout à fait conforme à celle
du sol de Gayenne.
Pour ouvrir à l'industrie de Tor entre le Surinam et le
Maroni une plus courte communication que par mer, on a
Commencé en mars 1876 à tracer un chemin^ commençant
au-dessus de la chute de Broko Pondo dans là direction
du Maroni^ pour aboutir au-dessus des dangereuses cata*
pactes de Pedrosoengoe.
Ce chemin, qui actuellement est entièrement tracé, a
78 973 kilomètres de longueur et aboutit à la rive gauche
du Maroni par4<'35'26,7'' de latitude septentrionale et 54*29'
hit" de longitude occidentale.
L'établissement de ce chemin s'est fait par deux expédi-
tioniP. La première, composée de 17 hommes, traça 23 kilo-
mètres en 41 jours, la seconde, forte de 20 personnes traça
au mois de septembre les autres ^57 kilomètres. Les frais
de ces deux expéditions se montèrent à 20000 francs.
Au commencement, le chemin passe à travers des con-
trées montagneuses, riches en rivières; ces montagnes, es-
carpées du côté du Surinam et à pentes douces de l'autre
obté, contenaient toutes beaucoup de fer.
A 13 kilomètres de Broko Pondo, au milieu d'une contrée
sauvage, rocheuse et très montagneuse, le chemin franchit
une rivière, probablement la crique de Gottentri, qui passe
rapidement au-dessus et à travers des roches irrégulière*
ment entassées, et qui forme une dizaine de mètres plus bas
ùhe cascade de 3 à 4 mètres de hauteur*
La grande fertilité de ces contrées est attestée par la vé*'
gétation luxuriante qui couvre même les sommets les plus
hauts; beaucoup de magnifiques sortes de bois se trouvent
ici, comme le cèdre, Taratte, la bolletri, le bois d'acajou,
de fer, de lettre, de cassie^ et beaucoup d'autres ; tous sont
des arbres de grande dimension.
Plus loin, les ondulations du terrain éoht moins élevées
et l'on trouve de grandes quantités de quartz mêlé d'héma-
120 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
tite et de granit; ensuite il est prouvé qu'outre l'or, le
sol où passe le chemin contient aussi du cuivre, du fer,
du plomb, du bismuth et du platine. Le minerai de plomb,
en le fondant tout simplement donne 46 Vo àe plomb pur.
Le commencement du chemin conduisant au Maroni est
à 5®3'39,7'' de latitude septentrionale, le point le plus haut
de la rivière que Ton puisse atteindre avec des barques à
rames sans avoir besoin de les décharger; un peu plus
haut se trouve le premier rapide qu'on ne peut passer sans
décharger les vaisseaux et sans les hisser contre le courant;
la rivière n'y est navigable qu'avec de petites embarcations
et l'assistance des indigènes.
Les surfaces, très légèrement pointillées sur la carte, sont
des terres cédées par le gouvernement à des particuliers
pour la recherche de l'or et d'autres métaux ; la « Société
amslerdammoise pour la recherche de l'or au Surinam »
a loué 5000 hectares de ces terres.
Jusqu'au mois d'avril 1877, le gouvernement avait affirmé
dans les pays hauts de Surinam 292121 hectares de terre,
au prix de 20 centimes l'année par hectare, ce qui constitue
par conséquent un bénéfice d'environ 52 500 francs pour la
caisse coloniale.
Le 14 mai le gouverneur de Surinam communiquait aux
États Coloniaux, qu'en 1877 la valeur de l'exporlation d'or
par le mail français se montait à 630 000 francs, et depuis
le 1" janvier jusqu'au 4 mai 1878, à environ 275 000 francs.
La valeur de l'exportation vers la France via Gayenne ou
à destination de l'Angleterre via Damerara, était beaucoup
plus grande, tandis qu'une grande quantité d'or reste au
Surinam, parce que les Chinois placent leurs épargnes en
or brut.
Cependant il n'est pas possible de donner des notions
exactes et complètes sur la quantité d'or qu'on a trouvée
jusqu'à présent dans ces contrées, mais il est sûr qu'ici sont
enfouis des trésors, capables de faire prospérer le pays et
LA RIVIÈRE DE SURINAM. 121
qu'avec du temps et de la chance on est sûr de les découvrir :
c'est du temps surtout qu'il faut pour ces explorations.
Les contrées situées plus haut sur le fleuve offrent plus
de chances aux chercheurs, mais Texpérience montre qu'il
faut découvrir les lits primitifs des rivières, ce qui exige
une recherche plus systématique que celle qui a eu lieu
jusqu'à ce jour au Surinam.
Dans les terrains aurifères de l'Océanie on cherche sou-
vent durant des mois entiers pour trouver les précieux em-
placements qui valent exploitation, et une des sociétés de
Gayenne, dont la production en ce moment monte à une va-
leur d'environ 70000 francs d'or par mois, exploite le même
terrain où y ne société précédente était impuissante à trou-
ver une quantité d'or suffisante pour subvenir à ses frais.
Il va sans dire que l'industrie de l'or promet de devenir
pour le Surinam une source importante de prospérité;
aussi longtemps qu'il n'y aura pas vers Surinam une immi-
gration de bons laboureurs sur une grande échelle, elle ser-
vira mieux et plus vite que tout autre moyen à faire revivre
celte colonie et à améliorer ses finances. Il faut considérer
que dans tous les pays, qui produisent de l'or, le dévelop-
pement de ragriculture a suivi presque immédiatement
l'exploitation du précieux métal.
L'encouragement à l'exploitation de l'or aux bords du
Maroni, artère du pays et la réussite de cette industrie,
donneront à toute la colonie une nouvelle vie et auront
pour Surinam les mêmes résultats avantageux que pour la
Californie, l'Océanie, l'Afrique méridionale; elle attirera
une foule d'éléments laborieux qui y resteront et qui contri-
bueront au développement du pays, môme après que le mé-
tal précieux qui avait causé leur immigration sera épuisé.
Si les pays de l'intérieur de Surinam continuent à pro-
duire beaucoup d'or, le climat tropical empêchera qu'à la
longue l'exploitation ne se fasse par des Européens, mais
probablement il ne sera pas difficile d'attirer des Chinois
122 LA RIVIÈRE DE SURINAM.
OU d'autres travailleurs acclimatés^ qui plus tard s'établi-
ront dans le pays comme laboureurs et contribueront ain«
à suppléer au manque actuel d'ouvriers.
Car la main d'œuvre est le seul et grand besoin du Suri-
nam ; richement doté par la nature, il est dénué d*ouvrien
dont le travail seul est à même de le faire pro&ter de ces
dons.
Faute de travailleurs, que reste-t-il de toutes ces ri<
chesses^ de toutes ces plantation; florissantes d^autrefois?
Que de forêts attendent encore la hache et la pioche I Ëlle^
pourvoiraient largement aux besoins de milliers d'homine$
qui en Europe vivent actuellement dans la misère ou sou'
tenus par la bienfaisance publique. Que de pcairies sonl
encore en friche, où Ton pourrait augmenter le bétail et
améliorer la race bovine I Que d'avantages ne doit-on passe
promettre de toutes les rivières qui entrecoupent ee pays
fertile dont les produits pourraient être utilisés pour les
fabriques et l'industrie.
Espérons que le temps viendra bientôt où Timniigration
d'un grand nombre de bons laboureurs fera valoir toutes
ces richesses, améliorera le système défectueux d'agricul-
ture et exploitera ces forêts précieuses qui maintenaol
n'obéissent qu'aux lois de la nature. ^
Quiconque a de la sympathie pour cefte colonie néerlan-
daise a vu récemment avec plaisir la fondation à Amsterdain
de la « Société pour Surinam )», réunion de personnes qui
se proposent de travailler au développement des mtéréls
moraux et matériels de la colonie.
L'honneur et les intérêts de la Hollande sont engagés à U
prospérité du Surinam qui languit et dépérit sous les yeux de
la métropole; plus qu'aucune autre possession d*outre-nier,
cette colonie fait partie de la mère-patrie et a droit à la sym-
pathie du gouvernement et de la nation. Avec des vaisseaux
à vapeur on peut l'atteindre en deux à trois semaines» et
en reliant Paramaribo à Demerara, elle peut être mise en
LA RIVIKRE DE SURINAM. 123
rapports télégraphiques avec l'Europe . Surinam, qui pro-
i duit du sucre, du cacao, du coton, de la vanille, du lin, du
chanvre, des gommes, des teintures, de la colle de poisson,
de Tarrowroot, des huiles, du gingembre, de la soie, de l'in-
digo, de la cochenille, du tabac, toutes sortes de bois, est
en état de pourvoir largement de fous ces produits la mère-
patrie, et en outre de les exporter en grandes quantités vers
toutes les parties du monde; ce pays, dans Texploitation du-
quel les capitalistes européens trouveraient un placement
solide et lucratif pour leurs fonds, peut contenir des mil-
lions d'habitants; cependant des milliers d^hectares de terre
y sont encore en friche et la fertilité du sol, l'humidité et la
chaleur s'unissent pour donner avec peu d'efforts à la végé-
tation son plus grand développement.
ITINÉRAIRE
DANS LE TURKESTAN AFGHAN
PAR
Dans rautomne de 1878, les journaux ont beaucoup parlé
du voyage audacieux fait par le colonel russe Grodékoff
dans les parties septentrionales de TAfghanistan. Accompa-
gné seulement de trois serviteurs, et sans quitter runiforme
de Tétat-major russe, M. Grodékoff avait traversé, sans au-
cune mésaventure^ ces mêmes pays dans lesquels, en 1863.
Vambéry n*osait s'aventurer que travesti en derviche. Le
colonel avait même réussi à faire un levé presque complet de
sa route et à enrichir de renseignements précieux la géogra-
phie de ces contrées peu connues. Voyageant sans mission
officielle, bien qu*il eût pris un congé en règle, M. Gro-
dékoff fut reçu d'abord avec méfiance par les autorités af-
ghanes; mais bientôt tout s'arrangea pour le mieux, lorsque
rémîr Chir-Ali envova l'ordre de traiter le colonel russe en
anii« Notre voyageur put alors réaliser son projet de retour-
ner de Samarkand en Russie via Baikh, Hérat et MecheJ.
La relation du voyage de M. Grodékoff parait, par chapi-
ireS) dans un journal russe, Xorûl(^Vrémia (le Nouveau
Tomps\ et la publication n^'en est pas encore achevée. Mais
je possède la copie du journal topographique de l'intrépide
colonel, et je suis autorisé à puiser à cette source pour
la rédaction do la présente notice. Ayant aussi sous les
yeux ritlnérairo ou la copie des levés faits par le voyageur
et réilails en une échelle c\>n\vnable à Saint-Pétersbourg,
t . Ca^hmiuiiî.)!)^ à U S^vio(<^ |Mir Ms Yonio^kotf le lô mu^ 1880. — Voir
1^ «IMM <ihi xo^xvM^r^
ITLNÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN. 125
je puis arrimer qu'à plusieurs points de vue l'expédition de
M. Grodékoifest digne de l'attention des géographes. D'a-
bord, elle nous a donné des renseignements exacts sur cette
série d'oasis qui longe les versants septentrionaux de l'Indou-
Kouch occidental. Puis, elle nous a procuré des informa-
tions précieuses sur l'état de ces anciens petits khanats de
Balkh, d'Aktcha, de Sarypoul, de Maïméneh, etc., qui ont
été, de 1873 à 1875, conquis par les Afghans et qui tâchent
maintenant de s'affranchir de leur joug. Enfin, souvenons-
nous que ces localités vont certainement devenir un jour le
théâtre de la rencontre de la Russie et de l'Angleterre dont
les possessions en Asie se rapprochent de jour en jour.
C'est le 3 octobre 1878 que M. Grodékolf quitta Samar-
kand, accompagné de ses trois domestiques dont l'unJui ser-
vait d'interprète. Les quatre voyageurs n'avaient, pour
leur défense, qu'un fusil et un revolver avec cent douze
cartouches. La petite caravane traversa la Boukharie en
trois jours, el, le 12 octobre, elle se présenta à la frontière
afghane dans un village turcoman, Patta-Kissar, situé sur
la rive droite de l'Amou-daria, vis-à-vis le poste militaire
afghan du môme nom.
Une trentaine de cavaliers afghans et deux kibitkas (ten-
tes en feutre) arrivaient en môme temps à l'endroit du pas-
sage, sur la rive gauche du fleuve. C'était l'escorte de deux
cousins d'Abderrahman-Khan qui depuis longtemps déjà
étaient détenus prisonniers à Caboul, et qui maintenant de-
vaient être livrés au gouverneur russe de Samarkand, où
Abderrahman avait sa résidence. M. GrodékoiT, immédia-
tement après avoir traversé l'Amou-daria en bateau, se
trouvait donc en présence des autorités afghanes, dont la
plus importante était Vichigassi (chambellan) Chah-Sever-
Khan.
Ce fonctionnaire commença par s'opposer au voyage de
l'officier russe en le priant d'attendre quelques jours, jus-
qu'à ce qu'on eût reçu la réponse du loui-naïb ou gouver-
126 ITINÉRAIRE DAIfS LE TURKESTÀN AFGHAN.
neiir général du Turkestan afghan qui réside à Mazar-I-Ché-
rif. Mais M. Grodékoff conna.issait trop bien le caractère des
peuples asiatiques pour céder devant ces exigences, et posa
ITmÉRAïRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN. 127
; immédiatement son ultimatum : ou bien Yichigassi ne lui
permettra pas d'avancer, et alors il retournera sans retard
• sur la rive droite de TOxus, ou bien le fonctionnaire afghan
ne s'opposera pas au voyage et alors le colonel se mettra
de suite en route sur Mazar-I-Chérif. En tout cas, Il ne re-
stera pas à coucher sur le rivage marécageux de PAmou, au
risque d'attraper une fièvre. Llchigassi résista, mais finit
par céder, en pensant que le voyageur russe n'irait, en tout
1 cas, pas plus loin que Mazar-Ï-Chérif.
\ Une demi-heure après, on se mettait en route pour cette
ville, située à 77 kilomètres de Patta-Kissar.
On traversa d'abord les marécages couverts de joncs et
de broussailles qui longent l'Amou et qui, en cet endroit,
ont une largeur de trois à quatre kilomètres ; puis on entra
i dans la steppe sablonneuse qui s'étend sur 35 kilomètres
jusqu'aux ruines de la ville de Siagîrd. L'eau manque dans
' cette steppe dont les parties méridionales présentent des
\ dunes assez hautes recouvertes de saksaonl et de grêhenschik,
arbrisseaux d'un triste aspect.
Les ruines de Siagîrd occupent un espace de 12 kilomè-
tres, mais le village du môme nom n'^a plus qu'une cinquan-
taine de maisons. C'est dans cette ville qu'on s'arrêta
à coucher.
M. Grodékoff sut bfenlôt entrer en bonnes relations avec
rîchigassî. Celui-ci causait très volontiers; il racontait assez
bien des épisodes de la dernière guerre d'Orient qu'il con-
naissait d'après la feuille officielle publiée à Caboul. Il ai-
mait aussi à parler de l'histoire de Pierre le Grand. Le co-
lonel lui ayant demandé si l'ambassade anglaise sera admise
à Caboul, il répondit sans hésiter : « Jamais au monde 1 et
s'il y a guerre, nous aurons raison d'eux, comme plusieurs
fois déjà. » »
Les soldats de l'escorte étaient, par contre, assez hostiles
i aux voyageurs russes : le fanatisme religieux leur faisait
considérer ces nouveaux arrivés comme des impurs, des
1^ ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN.
kafrSj auxquels il n'était pas permis de boire et manger
dans la même Tabselle, ni de famer les mêmes narghilés
(calians) que les mahométans. Un soldat qoi montait la garde
auprès de la maison où couchait M. Grodékoff, disait^ tout
haut : tt Si je le pouYais, je couperais ce kafîr en morceaux, n
Les autres soldats s'entretenaient aussi pendant toute la
nuit, sur ce qu'il serait bien de pouvoir tuer le kafîr. a Quoi
qu'il arrivât ensuite, » disaient-ils, tt cet acte nous donnerait
la félicité du paradis. » Tel est le fanatisme religieux des
musulmans afghans.
Le lendemain, après une heure de marche, les voyageurs
aperçurent Mazar-I-Chérif avec le fort Tokhtapoul à l'ouest,
et le village de Goupimar à l'est de la ville. Les soldats dé-
gainèrent leurs sabres et se rangèrent en ordre. Trois cava-
liers défilaient en avant, suivis du trompette qui faisait son-
ner son clairon; puis venait l'ichigassi et le colonel russe
suivis d'abord de l'interprète, puis de l'escorte. Les soldats
chassaient les habitants et ne leur permettaient pas de sta-
tionner dans la rue au passage de l'étranger qu'ils avaient
l'air de traiter comme un prisonnier conduit devant le gou-
verneur général.
M. GrodékoiT fut logé ou plutôt enfermé dans la même
maison qui fut occupée, au mois d'août 1878, par Tamba^-
sade russe, « parce que cette maison était déjà rendue im-
pure par les kafirs. » Une garde montée jour et nuit l'em-
pêchait de sortir. Il fut même défendu à ses serviteurs
musulmans d'aller à la mosquée. Toute la nourriture pour
ses hommes était fournie par les Afghans.
Le 20 octobre, Tofficier russe l'ut informé que le loui-
naïb était prêt à le recevoir. Alors, entouré de soldats de
la milice, u Thôte de l'émir Ghir-Ali, » comme les Afghans
se plaisaient à le nommer, se rendit au palais situé à six
cents pas de sa maison. On traversa une roule sur laquelle,
grâce aux soins de la police, ne se trouvait pas un seul
passant, et on entra dans le vaste jardin qui entoure
ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN. 129
^a demeure du gourerneur. Des sentinelles étaient pos-
tées au croisement de toutes les routes du jardin, et une
compagnie des soldats de la garde était rangée en face du
palais.
Le loui-naïb Khoch-Dil-Khan est un des quatre gouver-
neurs généraux de l'Afghanistan. Il a à peine trente ans^
et la haute position qu'il occupe malgré sa jeunesse s'ex-
plique parce qu'il est marié avec la sœur de l'émir.
La réception fut cordiale, mais le loui-naïb déclara ou-
vertement qu'il ne pouvait pas permettre à M. Grodékoff
de continuer son voyage sans en avoir reçu l'ordre de Ca-
boul. Le colonel russe eut beau protester contre Pemprison-
nement qu'il subissait, il lui fut déclaré, qu'il ne pourrait
quitter Mazar-i-Chérif ni pour aller à Hérat,ni pour retour-
ner en Boukharie. Alors M. Grodékoff se leva pour partir,
mais le loui-naïb le retint par cette simple question : « Est-
ce que vous vous ennuyez avec moi ?» La conversation
s'engagea de nouveau, roulant surtout sur des questions con-
cernant l'armée, et le loui-naïb fit même faire à sa compa-
gnie de soldats les exercices militaires. Les soldats, habillés
en uniforme de drap rouge, casques en feutre, et armés de
fusils rayés qui ?e chargent par la bouche, firent des exer-
cices peu compliqués, ainsi que l'escrime avec le fusil, qu'ils
accomplissaient très élégamment. Aprèsquoi, M. Grodékoff
retourna dans sa maison, très édifié peut-être, mais peu
rassuré sur le succès de son voyage.
La réponse de l'émir se fit attendre pendant plusieurs
jours. Aussi notre voyageur méditait-il déjà, avec ses ser-
viteurs, un plan d'évasion pour se rendre à Samarkand.
Enfin, le l^'^ novembre, on vint lui annoncer que le précieux
papier était arrivé et qu'il pouvait partir.
L'émir ordonnait même de traiter M. Grodékoff coipme
un hôte des plus chers et de veiller à sa sécurité. Il prenait
à son compte tous les frais du voyage. Une escorte de qua-
rante cavaliers devait accompagner l'officier jusqu'à Maî-
80G. DE 6É0GR. — AOUT 1880. XX. — 9
190 irmÉRAIRB DANS LE TCfRITKSTAff AFGHAN.
méneb; an delà de cette vlBe, oft i! ponvait courir des dan-
gers de la part des Turkomans, l'escorte devait être de trois
cents hommes»
Sans perdre de temps, M. Grodékoff partit le môme jonr
dans raprès-roidi; mais, avant de le suivre dans son TOjage,
jetons tm coup d'œil rapide sur la partie du Turlrestari af«
ghan qu'il devait traverser.
Le Turkestan afghan est composé des khanats de Ba«
dakhchan, Komidouz, Baikh, Aktcba et Andkhol, disposés
de Test à Touest le long de rAmou-daria; — deskhanats de
Chibarkhan, Sarypoul etMaiméneh, situés au sud et au sud-
ouest d'Aktcha, — et de deux petites possessions ou prin-
cipautés, Darzab et Gourivan, qui se trouvent entre Maimé*
neh et Sarypoul. Le khanat d'Andkhot a seul conservé une
espèce d'indépendance intérieure, en récompense des ser-
vices rendus aux Afghans pendant hi conquête du khanat
voisin de Maiméneh.
Le khan d'Andkhoï reçoit de Caboul une somme de douze
mille roupies (30 000 francs) par an, et un régiment de ca-
valerie afghane stationne dans ce petit pays pour le défendre
contre les Turcomans.
Le khanat de Maiméneh, qui compte plus de iOO 000 ha-
bitants, fût conquis en 1875. Dix-huit mille hommes et vingt
pièces d'artillerie furent envoyés pour assiéger la capitale^
et, après un siège de six mois, l'armée afghane parvint à
s'en emparer, malgré les difficultés considérables qui pro*^
Venaient de la très forte position naturelle de la ville^ déjà
signalée par Yambéry. Les dix-huit mille défenseurs ftirent
^terminés.
Les khanats de Sarypoul et de Ghibai^han, alliés de Mai-
méneh, furent aussi conquis pendant cette guerre. Aktcha
et Balkh appartiennent aux Afghans depuis une trentaine
d'années, ainsi que les districts de Koundouz et de Khou-
loum; Dartab et Gourtivan, depuis 1870, et enfin Badakh-
chan depuis 1873.
ITIN6rAIRK dans TJB TORK89TAN AF6^HAN. 131
Ainsi nous voyons que la conquête de la partie sud-est du
Turkestan par les Afghans est en moyenne un événement
tout récent; il a apporté dans ces pays la paix et un certain
ordre, et il a mis fin aux brigandages des anciens khans;
mais la domination étrangère pèse lourdement sur les abo-
rigèneSy qui sont, pour k plupart^ det Ouzbecks et des Tad« .
jiks (à Badakhchan). Considérés par le» Afghans comme des
races efféminées, ceux-ei ne sont pas même admis dans
Tarmée, et tous les emplois supérieurs leur sont inacces-
sibles. Par contre, ils sont écrasés d'impôts, et le traitement
qu'ils subissent de la part des soldats afghans est révoltant.
Un soldat se permet, pour son seul plaisir, d'administrer
des coups de fouet auxpassants. Quant à remploi des coups
pour extorquer tout ee qui plaît aux conquérants, M. Gro"
dékoffne l'a que trop observé durant son voyage.
Les Ouabeks, désarmés et. faibles, 8<»iten apparence sou-
mis aux Afghans, mais ils attendent une amélioration de
leur sort de la part du khan de Boukhara et des Russes.
L'ancien gouverneur du Turkestan afghan, Abderrakbman-
khan, est populaire parmi eux; mais les Afghans, qui crai-
gnent son influence, torturent et pendent sans pitié tous
ceux qui osent prononcer le nom de ce rival de Ghir-Aii ^
Aussi les Ousbeks attendent41s leurs sauveurs de la rive
gauche de l'Amou-daria, et M. Grodékoff, comme le repré*
sentant de la Russie, eut maintes fois l'occasion de se per-*
suader de leurs sympathies pour ce grand pays destiné à
porter la civilisation et la justice dans toute l'Asie cen«
traie.
En sortant de Maear-i-Ghérif, notre voyageur suivit la
route qui se dirige vers l'ouest, au pied des collines qui ne
sont que des ramifications de la chaine du Paropamise ou
1, Tel éUit Véiat des choses en 1878, Nous sâvona maintenant qu'Ab*
dcrrakhman se trouVe déjà dans le Turkeslan afghan, parmi ses parti-
sans. Il paraît quMI travaille pour Taffranchisscment de rA%lianiàtân du
. iàtig anglais. Noie au côhnel Venioukoff.
132 ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN.
do rindou-koucb occidental. Cette route ne traverse pas
la ville de Balkh, mais elle passe à sept kilomètres plus au
sud.
L'ancienne Baktra, après avoir perdu la plupart de ses
habitants à la suite de plusieurs conquêtes dévastatrices,
n'est plus la capitale du pays, d'autant plus que ses habitants
furent, en 1872, presque exterminés par le choléra.
A 22 kilomètres de Mazar-i-Chérif, la route traverse^ par
un pont de pierre, la rivière de Balkh, qui, endiguée pour
les besoins de l'irrigation, atteint ici 30 mètres de largeur.
Les ruines de l'ancienne Baktra commencent sur la rive
gauche de la rivière et s'étendent à 5 kilomètres vers l'ouest
eti\ 10 kilomètres au nord. La route suit et franchit plusieurs
fois un grand canal d'irrigation, à travers des champs cul-
tivés qui s'étendent des deux côtés à perte de vue. On ren-
contre plusieurs villages et des kibilkas (tentes) d'Ouzbeks,
en partie agriculteurs sédentaires, en partie nomades.
Une scène qui se passa le deuxième jour du voyage ca-
raclérisû parfaitement les relations des Afghans avec les in-
digènes. M. Grodékoff avait reçu, comme nous Pavons dit,
une escorte dont les deux chefs, djemadar et adjudan, lui
témoignaient tout le respect possible. Leurs soldats rivali-
saient aussi pourplaire à l'hôte de leur souverain : ils ou-
blièrent môme tous les préjugés religieux qui les obligent
à traiter un étranger comme kalîr.
MalheurcusomoiU ils poussèrent le zèle beaucoup trop loin,
etlorsquoles voyageurs s'arrêtèrent pour coucher près du
mazarZ linal-Ohodiiio-lléimar, le djtMuadar alla chez lesTur-
comans voisins \un\v achotiMulu bois de chauffage et un mou-
ton jotMix-ci rolusi»rculdo\iMHlroruu et laulre sous prétexte
qu'ils on manquaiont oux inCuios. Le djemadar se mit alors
i\ battre los pauvros nomades, qui ripostèrent. Les femmes
turcomanos, arnu^os do hAltnis, maltraitèrent le djemadar»
et Tadjuilan onvoya sivs soldats au secours de celui-ci.
M. Qr<KKkoir dut intorvouir porsonnellement pour éviter
ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN. 133
une rixe sanglante. Il exigea le rappel immédiat du djema-
dar et des soldats, et promit d'écrire au loui-naïb pour lui
raconter la conduite de Tescorte. Pais il se rendit lui-
môme chez les Turcomans, et ceux-ci lui proposèrent im-
médiatement des poules, du riz, du lait, et même un peu de
bois; le tout gratuitement, malgré les insistances du voya-
geur russe, qui voulait payer argent comptant.
Il est évident qu^une telle manière de traiter les peuples
conquis ne contribue pas à établir la bonne renommée des
conquérants, et, à vrai dire, les Afghans sont détestés par
les Turcomans aussi bien que par les Ouzbeks et les Tadjiks.
Le 2 novembre, il fallut faire un trajet pour arriver à
Salmazar, village situé à 3 kilomètres au sud de la ville Chi-
barkhan. A 8 kilomètres à Touest du mazar se trouve le
village dfrSalman, composé d'une quarantaine de maisons
et situé au bord d'un ruisseau d'eau salée ; l'eau douce pour
l'irrigation est amenée par des canaux.
Toute la population du village sortit à la rencontre des
voyageurs en apportant des fruits, du pain et un mouton.
Après avoir traversé une petite rangée de collines, la route
suit un vallon dirigé vers Touest-sud -ouest et couvert de
bons pâturages dont profitent les Turcomans nomades :
l'absence d'eau rend l'agriculture impossible. Ce vallon des-
cend vers la grande vallée de Chibarkhan, arrosée parla
rivière Sarypoulet des ruisseaux latéraux. A part quelques
espaces livrés au sable, la vallée est couverte de champs sil-
lonnés par des canaux d'irrigation.
Après un trajet de 56 kilomètres, les voyageurs s'arrêtè-
rent au village de Salmazar, qui a quarante maisons et qui
est situé sur les deux rives du Sarypoul, à 3 kilomètres au
sud de la ville de Chibarkhan .
Les habitants de ce village, qui sont des Ouzbeks, vivent
dans des kibitkas (tentes) disposées au milieu de leurs
cours. Grâce à l'abondance de l'eau, ils cultivent de vastes
jardins.
134 ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTÀN AFGHAN.
Une grande tente avec un bon lit, un bon dîner et un thé,
préparés par ordre du gouYemeur de la ville, djernel (géné-
ral) Kadir-kban, attendaient M. Grodékoff. Son escorte fut
remplacée par une autre de la même force.
La route que le voyageur venait de traverser à par-
tir de Mazar«-i-Ghérif aurait été parfaitement bonne pour
les équipages, mais ces derniers sont encore inconnus dans
le pays. D'ailleurs le looi-naîb a déjà fait faire quatre arbas
(chars à deux roues), et il se propose d'en commander d'au-
tres; mais il se passera encore un certain temps avant qu'ils
deviennent d'un usage général.
Maintenant tout le monde voyage i cheval, et les marchan-
dises sont transportées sur des chameaux dont chacan peut
recevoir une charge de 100 kilogrammes.
De Ghibarkhan, M. Grodékoff devait se diriger vers Mai-
méneh, ville située à 126 kilomètres au sud-ouest de la pré-
cédente. Deux routes unissent ces deux villes: l*une y^ùl la
vallée, passe par Kheirabad et enfin longe la rivièrt San-
galak, et l'autre passe par la ville de Sarypoul et traverse
ensuite les montagnes. La première était la plus usitée tant
que les citernes existaient entre Ghibarkhan et Kheirabad ;
mais depuis qu'elles ont été détruites on passe par Sary-
poul. D'autre part, la traversée dans les montagnes est
maintenant devenue praticable, grâce aux travaux exécutés
par les Afghans lors de la conquête de Maiméneh. C'est
cette s^ondé route que suivit M. Grodékoff.
La traversée de 40 kilomètres entre Salmazar et Sarypoul
se fait en suivant la vallée de la rivière Sarypoul. Cette val-
lée est couverte de champs cultivés par les Ouzbeks, dont
es kibitkas sont très nombreuses sur les deux rives. Mais
les villages composés de maisons sont rares, et il n'y en a
qu'un a^sez grand, Seïd-abad, qui contient 100 maisons et
qui se trouve à 26 kilomètres au sud de Salmazar. Depuis
ce village la rivière Sarypoul coule entre des rives basses et
couvertes de joncs, qu'elle inonde au printemps; d'ailleun
/ irUliaAlRS dams tR TUaKfiSTAll AFâHàN. t35
k>ut0 cette yallée a une mauvaise réputation à oause des
fièvres.
La ville de Sarypoul, b&tie sur les deux bords de la rivière,
au milieu de vasies jardins, a environ 3000 habitants ouz-
beks. Toute cette population accourut voir le nouvel arrivé
et l'accueillit avec joie, en poussant des cris de^ salutations.
Des masses de curieux^ montés sur les murs qui entourent
la maison dans laquelle descendirent les voyageurs, atten-
daient la sortie de Tofficier russe, et le saluèrent de nouveau
par des cris, dès qu'il se montra pour un moment dans la
rue. Les Ouzbeks, dit M. GrodékoiF, attendent depuis long-
temps l'arrivée des Russes.
Le 4 novembre, nos voyageurs partirent de Sarypoul en
se dirigeant Tere le sud-ouest Ils entrèrent bientôt dans
une étroite vallée encaissée entre deux rangées de collines
et arrosée par le ruisseau Mirza-Aoulang. Us y suivirent la
route pratiquée il y a quatre ans par les Afghans et dont la
largeur est à peine sufBsante pour une seule voiture ou plu-
tôt une pièce d'artillerie. Après avoir passé quatre petits
villages, ils arrivèrent au village Fourgan-Tété (21 kilo*
mètres de Sarypoul), où la vallée se rétrécit et devient en-
caissée, sur une longueur de 1 3 kilomètres, entre des rochers.
L'entrée du défilé estdéfenduepar deux murailles en pierre,
de 3 mètres de hauteur, disposées à une distance de 1/2 kil.
l'une de l'autre ; la sortie est défendue par une petite redoute.
A 30 kilomètres de Sarypoul la route débouche du défilé
dans un vallon entouré de tous côtés par de hautes mon *
tagnes et couvert, môme à cette époque de l'année, d'une
riche verdure. Le village Mirza-Aoulang est situé sur l'es-
carpement des montagnes, à S kilomètres de la route. Ici
commence la montée sur les hauteurs qui forment le par*
tage des eaux du Sarypoul et du Sanglak, et qui doivent at-
teindre une grande hauteur. La montée et la descente ont
chacune une longueur de 4 kilomètres. Sur la pente occi*
dentale l'eau était getée«
136 ITmÉRAIBE DANS LE TDRKESTAN AFGHAN.
Une gorge élroite^ dont le fond n'est jamais atteint par
les rayons du soleil et qu'on peu(, dans un endroit, traverser
en faisant un saut d'une paroi à l'autre, se dirige vers l'ouest.
La route qui la suit est couverte d'immenses pierres, déta-
chées des parois, et à peu près impraticable dans la saison
des grandes eaux. A l'embouchure de cette gorge se trouve
un village, nommé Koutchi et éloigné de 60 kilomètres de
Sarypoul. Ce village, qui a 300 kibitkas et une cikidelle^
est très pauvre. Ses habitants marchent en guenilles, et il
est difficile d'y procurer des vivres pour les voyageurs
Les soldats afghans employèrent le bâton; cependant en
distribuant les coups à droite et à gauche ils ne réussirent
à trouver que quelques poignées de riz, pour lesquelles ils
payèrent en reçus qui seront acceptés comme acomptes
lors de la rentrée des impôts.
Le lendemain, en suivant toujours la môme vallée, M.
G rodékolT arriva au village Bel tchérag, situé à 35 kilomètres
du précédent. Ici la route s'engage de nouveau dans une
gorge étroite, à parois verticales, formée par la rivière Bel-r
tchérag, qui vient du midi et qui coule vers Touest. Le fond
de cette gorge (1/4 à iji kilomètre de largeur sur i2 kilo-
mètres de longueur) est tout couvert de jardins fruitiers.
Après le village de Derétché, la gorge s'élargit et la route
longe la rivière jusqu'à une distance de 8 kilomètres de
Maiméneh,où, la rivière tournant vers le nord, la route con-
tinue à traverser les montagnes en se dirigeant vers l'ouest.
Bientôt on arrive dans la vallée de Maîméneh, qui a de 5 à
10 kilomètres de largeur et se rétrécit évidemment vers le
sud.
Nous ne raconterons pas toutes les ruses employées par le
gouverneur de la ville de Maiméneh pour retenir M. Grodé-
koir en roule el pour le forcer à entrer dans la ville pendant
robscurité de la nuit» Un peu de persévérance de la part de
notre voyageur sufllt d'ailleui^ pour avoir raison de toutes
ces man^ ~'^" ""^^Weillanles et pour entrer dans Maiméneh
ITINÉRAIRE DANS LE TURKEStAN AFGHAN. 137
le 6 novembre. Cette ville est entourée d'une muraille de six
mètres de hauteur et d'un fossé. Une citadelle, avec les
murs de 8 1/2 mètres de hauteur, est bâtie sur une colline
artificielle, et une immense tour s'élève au milieu de la ci-
tadelle. Autrefois la ville avait près de 25 000 habitants ;
mais lorsqu'elle fut prise d'assaut par les Afghans, 18 000
de ses défenseurs furent, comme nous l'avons dit plus haut,
passés par les armes et le reste prit la fuite. Aujourd'hui elle
n'a guère plus de 2 500 habitants et beaucoup de ruines.
Les environs de Maiméneh subissent déjà quelquefois les
attaques des Turcomans. Quant à la route qui conduit de
cette ville à Hérat, par la vallée de la rivière Kaïssar, af-
fluent de Mourhâb, elle est si souvent attaquée par ces pil-
lards des steppes, qu'elle ne peut être pratiquée qu'avec
d'immenses difficultés. C'est pourquoi les caravanes préfè-
rent un autre chemin, plus difficile^ mais beaucoup plus sûr,
qui traverse des montagnes arides. M. Grodékoif a aussi
choisi ce dernier chemin. L'escorte qui lui fut donnée pour
le voyage consistait en 100 cavaliers du meilleur régiment
qui reçurent Tordre de le défjendre «comme leur drapeau».
La mort aurait donc attendu celui qui serait revenu vivant
après avoir laissé faire quelque tort au colonel russe.
De Maiméneh au village Tcharchambé, la route va vers
l'ouest. D'abord, elle traverse sur un espace de 20 kilomètres
un terrain coupé par une série de ravins parallèles et se di-
rigeant du nord au sud, puis, près du village Kaïssar, elle
s'engage dans la vallée de la rivière du même nom et des-
cend cette vallée jusqu'à Tcharchambé, situé à 33 kil. de
Kaïssar. Sur toute cette route on voit déjà les traces des in-
vasions des Turcomans. Des piquets de /soldats sont campés
à chsLque pharasang ( 6 kil. ) ; les villages sont bâtis d'une
manière spéciale, par quartiers séparés qui peuvent s'aider
l'un l'autre pendant la défense. Des tours s'élèvent sur les
montagnes. Dans les cimetières on trouve beaucoup d'in-
scriptions qui témoignent que parmi les morts il y en eut
138 inilÉBAIRB AAIIS LS TURKBSTAN AKHAK,
asseï de tués. Les villages qui se trouvaioftl dans les parties
supérieures de la vallée de Kaîssar sont surtout dévastés.
La moitié des champs y resteut iucultes, malgré les tou-
telles qui protégeât les cultivateurs. Personne n'ose sortir
désarmé.
Trois escadrons de cavalerie faisaient rescorte de M. Gro-
dékoff pendant le trajet jusqu'à Tcharchambé» le dernier vil-
lage vers Touest dans oettevalléejadis bien peuplée. Ce vil*
lage a 400 maisons, mais il est pauvre, grâce aux brigandages
des Tureomans. Ces brigandages ont donné naissance à un
métier remarquable : un icte» (ecclésiastique ) vole les en*
fimts de son village et des viUages voisins, les passe aux
brigands et n^ode ensuite leur rachat par les parants, en
prélevant naturellement un bénéfice sur chaque opéra-
tion.
La traversée entre Tcharchambé et la rivière Mourbàb fut
extrêmement difficile. Les voyageuis ne suivirent la route
que sur une dousaine de kilomètres, jusqu'aux ruines de la
forteresse de Takhta-Khotin. En cet endroit, abandonnant
la route, ils se dirigèrent vers le sud-ouest, sans aucun che*
min. Après dix heures de marche ils atteignirent le raisseau
Tagal-Kara-Djingal, qui se dirige vers le nord pour joindre
la rivière Kalssar« Puis ils suivirent ce ruisseau, en se diri-
geant vers le sud ; mais bientôt, reprenant la direction
sudouest, ils traversèrent sur un espace de S8 kilomètres
les ramifications des montagnes Kara^Djangal. Enfin ils
gravirent la pente très escarpée de ces montagnes et des-
cendirent sur la rivière Mourbàb par une pente encore plus
escarpée. La descente est même si rapide, qu'il est impos*
sible de rester à cheval» Les Afghans perdirent dans cette
traversée plusieurs bètes de somme.
La rivière Mourhàb, qui traverse ici un défilé, est large
d*environ 75 métros et charrie beaucoup d'eau ; on ne peut
la traverser qu*à certains gué$« Sur la rive gauche corn**
menée la protiaoe de Hérati et les invasionsdes Turkomans
ITUfÉRAIRE DAirS LE TURKE8TAN AFGHAlf. 181
ne se répandent pas plus loin, parce qae les Haiarés et les
Djemchidés ne laissent pas passer les brigands sur leurs
terres sans se venger sévèrement L'escorte fut donc réduite
à 40 hommes, et le reste retourna à Maiméneh ou se mit à
la recherche des bandes de Turcomans qui avaient réussi h
pénétrer dans le pays malgré des mesures de précaution.
Le ^% novembre, après avoir traversé la rivière Mourbàb
non loin des ruines de la forteresse de Bala-Mourhàb, M. Gro
dékoff marpha, non sans grande difûcuHé, le long d'une
gorge arrosée par un des affluents de ce fleuve. A la fln de la
journée lesvoyageurs arrivèrent dans le village Darabaoum,
très pauvre et peuplé de Firouzkouhis, d^origine persane. On
y trouva plusieurs malheureux appartenant à une caravane
qui suivait la grande route et avait été pillée la veille par
les Turcomans-Tékès. Toutes les marchandises et 30 pri*
sonniers étaient tombés dans les lûains des brigands ; cinq
personnes avaient été tuées, tandis que l'ennemi n'avait
eu que cinq tués et blessés. Il est évident que pour mettre
fin à ces brigandages les forces de l'Afghanistan, même réu*
nies à celles de la Perse, sont insuRlsantes.
La route entre Darabaoum et Kaleï-Naou est beaucoup
plus facile et moins dangereuse. Elle suit des vallées en-
tourées des collines ou des plateaux qui sont peuplés par
une tribu des Hazarès. Ce peuple, d'origine mongole, tire
son nom du mot hazar (mille), parce qu'il est arrivé dans
ce pays au nombre de iOOO familles. Il y en a maintenant
à peu près 4000 familles; qui s'occupent d'agriculture, de
jardinage et d'éducation des chevaux, qui y sont excellents.
Eux-mêmes forment une belle race qui sait tenir tète aux
Tékès, avec lesquels ils sont en guerre continuelle, en ail-
lant, eux aussi, piller les Turcomans de l'oase de Merv.Leur
khan est vassal de l'émir de TAfghanistan; mais il gou-
verne son peuple indépendamment des autorités afghanes,
La capitale des Hazarès, Kaleî-Naou, a deux citadelles et un
assez grand nombre de maisons en terre glaise; mais la plu-
HO ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN,
part des habitants demeurent sous les tentes en feutre (ki-
bitka). Le khan des Hazarès vint au devant de M. Grodé-
koff avec un milier de cavaliers, drapeau national en têle,
et il reçut rofficier russe avec Thospilalilé la plus cordiale.
Le lendemain, 14 novembre, Tinfatigable voyageur se
remit en route, escorté de 200 cavaliers. Il traversa pendant
la journée l'espace de 55 kilomètres qui sépare Kaleï-Naou
de Kouchk. Le sol y est ondulé et couvert d'une excellente
verdure, mais Teau manque. Kouchk est le nom d'un
groupe de petits villages situés sur les bords de la rivière
Kouch et peuplés par la tribu des Djemchides, d'origine
persane. Celte tribu, de 5000 familles, a le même genre de
vie que les Hazarès. Son khan, Hadoulla, est retenu comme
otage à Caboul, et c'est le iils du khan qui gouveji^ne le
peuple. Ici M. Grodékoff fut aussi reçu à dix kilomètres de
la résidence par le chef de la tribu, accompagné d'un millier
de cavaliers avec le drapeau national.
De Kouchk, la route se dirige vers le sud-ouest pour tra-
verser enfin la chaîne du Paropamise par le col Karrel-i-ba-
ba. La montée, facile d'abord, devient de plus en plus escar-
pée et pierreuse; la descente est aussi très difficile à cause
de sa rapidité. La neige couvre le col depuis le mois de dé-
cembre jusqu'à la fin d'avril, mais elle n'interrompt' pas Iç
passage. A onze kilomètres du col, la route s'engage dans
une gorge longue de 25 kil., après quoi elle débouche sur
la large vallée deHéri-roud, dans laquelle se trouve la ville
de Hérat. Mais avant d'arriver à celte ville le chemin passe
par le petit village persan de Chirmaz, qui est souvent atta-
qué par les Turcomans-Tékès, ce qui lui donne un carac-
tère très singulier. C'est plutôt une citadelle carrée, entou-
rée d'une muraille avec quatre tours, dont les habitations,
toutes de deux étages, sont disposées au pied du mur, en
laissant à l'intérieur une petite cour. Le bétail occupe le
rez-de-chaussée et les hommes l'étage supérieur. A 19 kilo-
mètres de ce village on entre dans la ville de Hérat, située
ITINÉRAIRE DANS LE TURKESTAN AFGHAN. 141
au nord de la rivière Héri-roud, à la distance de 3 pu 4 kilo-
mètres.
La description de Hérat n'est pas encore publiée par M. Gro-
dékoff; mais nous savons, d'après son journal manuscrit
et des informations puisées dans d'autres sources, que cette
ville s'est beaucoup améliorée depuis 1863, époque où elle
était visitée par Vambéry. L'administration de Yakoub-khan,
maintenant prisonnier des Anglais, était sage et pratique.
Aussi son nom est-il très populaire parmi les habitants de
Hérat et' même parmi les différentes peuplades du Paropa^
mise. La femme favorite deYakoub est uneDjemchidè, et elle
avait une influence considérable et salutaire sur le carac-
tère des rapports entre les conquérants afghans et les tri-
bus conquises.
En vrai officier d'état-major, M Grodékoff finit sa rela-
tion par quelques considérations stratégiques sur les voies
de communication dans le pays qu'il a visité. D'après lui,
la route entre Bala-Mourhâb et Hérat, à travers le Paropa-
mise, est très difficile pour les troupes. Or cette route est
bien celle qui mène de Merv à Hérat, et à laquelle on a
donné tant d'importance politique. Contrairement à l'opi-
nion de M. Rawlinson et à d'autres autorités, le colonel
russe conclut que Merv n'est nullement la clef de Hérat.
« Si les Anglais occupaient Hérat, dit M. Grodékoff, nous,
Russes, nous n'occuperions pas Merv, parce que de cette
manière nous n'aurions nullement équilibré les positions
mutuelles de deux armées. » Il y a cependant une autre
route qui mène de Merv dans la vallée de Héri-roud, vers
la forteresse turcomanc deSéraks, en passant par Koutchc-
goum, Ghatigly, Palizek el Kenderly ; elle n'a que 200 kilo-
mètres de longueur, mais elle présente trois traversées de
00 kilomètres absolument arides, sans herbes ni puits, de
sorte qu'elle ne pourrait ôtre non plus utilisée pour le pas-
sage (les troupes.
NOTICE SUR TAHITI
PAE
Le Cénéral RlS^IimT ^
Au mommi oà Tahiti deyient colonie française, on lira
sans doute a^ec intérM une notice sur cet archipel, rédigée
à la suite d'une mission accomplie de 1847 à i85i par le
capitaine d'état-nujor Ribourt, aujourd'hui généra].
Des faits rapportés dans cette notice, les uns ont one im-
portance rétrospeotime ; mis en regard de Tétat actuel des
choses, ils marquent le chemin parcouru. Les autres ont
conservé leur actualité. (Réd.)
II est nécessaire de commencer ce travail sur Tahiti
par quelques explications sur Torthographe que j'ai adoptée
pour les mots tahitiens. La langue de Tahiti s'est profondé-
ment modifiée depuis l'arrivée des Européens, et surtout
depuis rétablissement du christianisme. La langue sacrée,
celle que l'on employait pour chanter Thistoire des dieux q(
des hérosi est presque perdue aigourd'hui. Un petit nombre
de vieillards la comprennent encore, et bientôt elle aura dis*
paru. La langue vulgaire a adopté beaucoup de mots et de
constructions de phrases européens qui en ont altéré le
caractère* Cependant, telle qu'elle est aujourd'hui, plus on
étudie cette langue, plus on reconnaît qu'elle n'est pas si
pauvre que beaucoup de gens seraient peut-être disposés à
le croire. Ainsi, dans aucune langue, j'en suis persuadé^ les
idées matérielles ne possèdent un plus grand nombre de re-
présentations. Les idées abstraites, il est vrai^ n'en avaient
aucune autrefois. L'idiome de la Nouvelle-Zélande passe,
avec raison, je crois, pour le type primitif de la langue poly-
nésienne. Go n'est pas ici le lieu d'entrer dans de longues cou-
1. Voir le BnlUlin de juillet 1878, p. 18.
NOTTCE Srro TAHITI. 448
sidérations àcet égard : j'aurai occasion d'en parler ailleurs.
Je dirai seulement que sous l'influence du climat et de cer-
taines coutumes, ce tjpe s'est beaucoup modifié à Tahiti,
par la suppression de plusieurs consonnes, le K, !*£, le Nff,
par exemple, qui ont été remplacées par une accentuation
particulière. Les mots se sont trouvés ainsi composés d'un
grand nombre de voyelles, et la langue en général en a été
singulièrement adoucie. Mats il est résulté de là, dans Fécri-
ture, un grave inconvénient; le même mot s*est trouvé
avoir plusieurs significations qui se distinguent, dans la pro'
nonciation, par des accents auxquels l'indigène ne se
trompe jamais et qui rendent l'étude de la langue tahi-
tienne si difficile aux étrangers. Ce sont ces accents que
j'aurais voulu pouvoir indiquer toujours: le temps m*a
manqué pour cela. Mais j*ai cherché du moins à faire res»
sortir la plus remarquable de ces accentuations, celle qui
se rapproche le plus de notre prononciation européenne,
l'aspiration. Ainsi j*aî toujours écrit Tahiti et non Taiti,
parce que, pour la personne la moins exercée, il est évident
que dans la prononciation indigène il existe entre Va et Yi
une aspiration très prononcée*
Enfin j'ai cru devoir donner à l'te, dans l'orthographe
des mofs tahitiens, la prononciation de notre diphtongue
t)Uy et voici pourquoi : la langue tahitienne n'admet pas Vu
avec sa prononciation telle qu'elle existe dans notre langue.
Elle ne reconnaît pas non plus de diphtongues, et toutes les
voyelles s'y prononcent indistinctement» Il ne pouvait donc
y avoir d'inconvénients adonner à 1% en en prévenant d'a-
yance, une prononciation particulière, et il y en avait à
écrire les mots d'une langue de telle façon qu'ils ne pus*
sent être lus dans cette langue sans chance d'erreur f Cette
manière de prononcer l'ti n'est du reste pas nouvelle : elle
est employée, je crois, en Allemagne, en Italie, et par beau-
coup de gens en France dans la prononciation latine.
Si j'ai longuement insisté sur ces détails^ c'est qu'indé
144 NOTICE SUR TAHITI.
peadammeiit de l'importance qu'il peut y avoir, à moc
avis, à conserver à une langue ses caractères parUculîers,
on m'a accusé d'avoir adopté l'orthographe anglaise, de pré-
férence à la nôtre. C'est en effet là Torthographe des mis-
sionnaires aujourd'hui. Si les Anglais l'ont adoptée, ce
n'est pas qu'elle se rappproche davantage de leur propre
prononciation : elle en diffère beaucoup plus que de la nôtre ;
mais c'est qu'un séjour de soixante années à Tahiti la leur
a fait reconnaître bonne, et je ne vois aucun patriotisme
à revenir aux errements des Cook ou des Bougainville. J'ai
fiiit sur l'orthographe des noms tahitiens des recherches
loDgues et consciencieuses : l'orthographe que j'ai adoptée
n'est pas l'orthographe anglaise, c'est celle des Indiens eui-
mêmes, celle que les étymologies et la prononciation exi-
gent: c'est celle de toutes les personnes qui ont fait de la
langue tahitienne une étude un peu approfondie.
J'aurais voulu substituer aussi leur véritable nom à celui
des iles ou des groupes dont il est question ici, tel qu'il est
porté sur nos cartes. Je ne Tai pas osé, dans la crainte de
ne pas être toujours compris. Il serait cependant bien temps,
ce me semble, que les différents peuples s'entendissent, pour
donner sur les cartes à toutes les îles qui y sont souvent in-
diquées sous les noms les pics différents, le nom que ces
iles portent dans le pays même. C'est une rectification que
rétat de nos connaissances aujourd'hui rendrait facile, et
qui éviterait aux navigateurs visitant ces parages pour la
première fois un apprentissage qui n*est pas toujours sans
dangers. La langue géographique doit être une, et au mo-
ment où Ton cherche, dit-on, à faire adopter par le monde
sjivant tout ontior un m(^mo méridien de point de départ,
il me semble qu*il serait également utile d>mp1oyer partout le
même nom pour indiquer le même lieu; ce nom devrait être
celui qu*emploiont les naturels eux-mêmes, dût-on pen-
dant quelque temps le f;Ure suivre du nom qui a été
en usage jusqu'ici sur les cartes. Ne semble-t-il pas ridi'
IXOTIGB SUR TAHITI. 145
cule en effet, qu'on puisse parler d'un lieu aux habitants
de ce lieu inôme, sans être conâpris d'eux, à cause des noms
de convention dont on le désigne ?
Tahiti. Son gouvernement. — Tahiti est la plus grande et
la plus riche des îles de l'archipel de la Société. Avant l'é-
blissemenl des Français, il y a tout lieu de croire, quoi
qu'on ait dit pour prouver le contraire, que le groupe tout
entier obéissait à la même domination. Les Iles sous le Vent,
dont Huahine, Raiatea et Borabora sont les principales, ont
été reconnues indépendantes par une déclaration signée le
19 juin 1847 entre la France et l'Angleterre. Chacune de
ces îles est maintenant régie par un gouvernement et des
règlements particuliers. Seule de tout Tarchipel, la petite
île de Moorea ouEimeo, a suivi les destinées deTahiti, dont
elle n'estséparée que par un étroit canal. Les petits Ilots de
Teturoa, l'île de Matea, l'archipel de Tubuai, relèvent aussi
deTahiti. Enfin l'immense archipel des lies Basses ou Pau-
motu, qu'à différentes époques les anciens chefs de Tahiti
ont soumis à sa domination, reconnaissent encore aujour-
d'hui son gouvernement. Mais, pour un grand nombre de ces
îles, cette reconnaissance est fictive, et il y en a certainement,
dans la partie la plus orientale de l'archipel, qui, sans rela-
tions avec personne, ne soupçonnent peut-être même pas
l'existence de Tahiti* Toutes ces îles sont également soumises
au gouvernement du protectorat.
Tahiti, autrefois, était partagée en un certain nombre de
petits gouvernements, ayant pour chef un Arii ou roi plus
ou moins puissant, suivant l'étendue des terres soumises à
sa domination, ses alliances, et aussi suivant le pouvoirattri-
bué aux dieux dont les autels se trouvaient établis sur ses
domaines. De ces chefs, les uns étaient indépendants, les au-
tres étaient au contraire soumis à l'influence de leurs voisins,
selon laforce etla proximité. de ceux-ci ; quelquefois même ils
étaient leurs tributaires. Le chef d'un des petits États pouvait
être en même temps le chef d'un autre, même éloigné dusien,
soc. DE GÉOGR. ^ AOUT 18S0. XX. — 10
i46 NOTICE SVK TAHITh
et qu'il gouvernait alors par procuration. Souvent encore
il possédait, à titre de propriété particulière, des terres dans
d'autres divisions tout à fait indépendantes de son autorité.
EnOcéanie, aussi bien qu'en Europe, — rien n'est stable hé*
las I en ce monde, — Tambition des chefs, la superstition des
peuples, mettaient souvent les armes à la main des indigè-
nes : des guerres incessantes désolaient ce beau pays et
venaient modifier souvent chaque petit gouvernement. A la
faveur de ces troubles^ la famille des Pomaré était devenue
la plus puissante de Tile. Son chef commandait à plusieurs
des subdivisions les plus importantes : dans beaucoup d'au-
tres, il exerçait comme propriétaire une influence consi-
dérable. Entre les mains du grand'père de la reine actuelle
de Tahiti, cette autorité devint si étendue, que celui-ci réus-
sit à se faire reconnaître pour souverain (Arii Rahi) de
l'Ile entière. C'est l'histoire de toutes les monarchies. A par-
tir de ce moment Tahiti fut un petit royaume ; chacun des
États, tout en conservant ses anciennes limites, en fut une
subdivision, sous le nom de Mataeinaa eu district. Les
chefs, quelquefois encore assez puissants pour faire la
guerre à leur souverain, devinrent des délégués du roi, des
espèces de préfets gouvernant, pour le compte du roi, une
étendue déterminée du territoire, mais dont l'autorité ces-
sait quand le roi lui-même était présent.
Chaque chef était secondé dans son gouvernement ou
remplacé dans son absence par un certain nombre des per-
sonnes les plus influentes du district, sous le nom d'/afoat.
Les principaux propriétaires ou Hui Raatira, après eux,
constituaient une espèce de conseil auquel on avait recours
dans les circonstances difficiles.
Un ou plusieurs juges ou Haava^ suivant l'étendue du dis-
trict, étaient chargés de rendre la justice dans les affaires
correctionelles et de juger les procès de terre en premier
ressort, le plus souvent avec l'assistance de plusieurs des
Hui Raatira.
NOTICE SUR TAHITI. 141
Des agents subalternes ou Mutoi veillaient au bon ordre
et faisaient exécuter les jugements.
Les procès jugés en premier ressort dans chaque district
parles Haava ou juges, étaient portés en dernière instance de-
vant une cour suprême dite des Sept, ou Toohitu. C'était une
espèce d'aréopage, formé de toutes les lumières et de
toutes les vertus du pays. La considération dont jouissait
cette cour était immense : ses jugements étaient sans appeh
Elle évoquait devant elle aussi toutes les affaires capitales,
toutes celles qui intéressaient le roi ou la religion, ou qui
semblaient trop importantes pour être décidées par de
simples juges de district.
On nommait par élection à la plupart de ces emplois» mais
avec certaines restrictions. Ainsi le chef d'un district^ par
exemple/ne pouvait être choisi que parmi les membres de la
famille du chef mort ou dépossédé. Les Hui Raatira concou-
raient seuls aux élections ; le peuple n'y prenait aucune part.
Ce système de gouvernement, à Tétat de germe avant
rétablissement du christianisme, corrigé plus tard et dé-
veloppé sous l'influence des premiers missionnairesi est à
peu de choses près celui qui régit encore aujourd'hui Ta-
hiti, et qui a été reconnu par l'acte de protectorat»
La couronne est héréditaire par ordre de primogéniture,
sans distinction de sexe. Arii est le titre sous lequel est dé*
signé le chef du gouvernement. Ce nom a pourtant encore
été conservé par beaucoup d'autres personnes ; mais pour
elles c'est un titre purement honorifique, et qui ne sert
qu'à rappeler l'ancienneté de leur origine. C'est en quelque
sorte un titre de noblesse.
Les différentes divisions pu districts sont régis par des
chefs ou TavanUt mot adopté depuis l'arrivée des mission-
naires et dérivé du mot anglais Govemor. Autrefois chacun
des chefs avait,en outre, un nom particulier qui se transmet-
tait avec la charge, et qui était comme le titre de cette posi-
tion. Aujourd'hui encore cette coutume subsiste, et quoique
148 NOTICE SUR TAHITI.
les conquêtes aient souventinterrompu Tordre d'hérédité, les
anciens noms se sont conservés dans les nouvelles familles
des chefs. Ces chefs, proposés par les Hui Raalîra et choisis
parmi les membres de la famille du chef précédent, sont
nommés de concert par la reine et le gouverneur.
Les Hui Raatira proposent également dans chaque district
les juges ou Haava et les Mutoi. La reine, d'accord avec le
gouverneur, les nomme définitivement.
Chaque année, une assemblée composée de tous les chefs
et d'un certain nombre de délégués des Hui Raatira, pro-
portionnée à l'étendue du district, se réunit pour discuter
les lois, qui sont soumises ensuite à la sanction de la reine
et du gouverneur. Cette session s'ouvre au 1" mars et dure
environ un mois.
Tous les trois mois la cour des Toohitu se réunit pour
juger les affaires qui sont portées devant elle. Dans certains
cas elle peut être convoquée extraordinairement par la reine
et le gouverneur.
Divisions de Tahiti, — Tahiti se compose de deux grandes
presqu'îles : Tahiti proprement dit et Taiarapu. L'isthme
qui les réunit a été nommé Taravab par les Européens, du
nom d'une des terres qui s'y trouve.
L'île entière comprend aujourd'hui six grandes divisions;
renfermant chacune plusieurs districts* Ce sont : Porionuu.
— Teaharoa. — Te va i tai. — Te va i uta. — Te oropaa. —
Te fana ia hurai.
Tahiti proprement dit embrasse cinq de ces divisions,
Taiarapu n'en comprend qu'une seule, qui est Te va. i tai.
l'® Grande division : Porionuu. — Porionuu embrasse
tout l'espace compris entre Vaitiarea ou Papofai et Haaia-
manu. Il se divise en deux districts. Pare et Arue.
Pare commence à Vaitiarea et va jusqu'à Teruapuaa.
Arue prend à Teruapuaa et finit à Raaiamanu.
Ces deux districts obéissent à un seul chef, qui en celte
qualité porte le nom de Ariipaea,
NOTICE SUR TAHITI. 149
2° Grande division : T^eaharoa. — Teaharoa s'étend entre
Raaiamanu etVaioau. Il contient six districts. Quelquefois
on confond cette division avec Porionuu, qui se trouve alors
renfermer huit districts. Les districts de Teaharoa sont :
Mahina. — Haururu, — Te ue. — Te Mehiti. — ^ Ahuare.—
Taero.
1*" Mahina (Haapape) est situé entre Raaiamanu et Yaipi-
horo. Autrefois ce district avait deux chefs ou Arii dont les
noms éiaieni Paitia et Tutoia. Il n'y a plus qu'un chef au-
jourd'hui, qui est Tariirii. Il porte le nom de Paitia,
2« Haururu (Papenoo) s'étend depuis Vaipihoro jusqu'à
Arahoho. Gomme le district de Mahina, Haururu avait au-
trefois deux chefs dont les noms étaient Terii vanaa i te rai
et Atitioroi, Terii vanaa n'existe plus, et c'est Ori, fils de
Tali, qui est aujourd'hui Atitioroi ou Tepuai te rai indiffé-
remment.
3° Te ue.
4° Te Mehiti (Tiarei) sont deux districts qui de tous temps
ont été réunis sous le commandement de deux chefs du nom
de Manua et de Aru, Manua est le seul qui reste {aujourd'hui,
l.es limites de ces districts sont Arahoho d'une partetAnapu
de l'autre. Te ue se trouve enclavé dans Mehiti et a pour
limites Tetuana et Pipipi. Mehiti s'étend donc d'une part
de Arahoho à Tetuana et dé l'autre de Pipipi à Anapu.
5° Ahuare (Mahaena) est situé entre Anapu et Eaea. Ce
petit district reconnaissait autrefois quatre chefs dont les
noms étaient : Outu, Roura^ Punuarii et Moahio. Il n'en
existe plus qu'un aujourd'hui portant le nom de Roura.
6<» Taero (Hitiaa) commence à Eaea et se termine à Vaioau.
Il avait autrefois deux chefs dont les noms étaient Tumoe-
hania et Ter iitua. Un seul reste aujourd'hui, portant le titre
de Teriitua. C'est le dernier des fils de la reine, et le filleul
du prince de Joinville.
S** Grande division: Te va i tai (Taiarapu). — Avant
l'établissement du protectorat, Te va i tai ou Taiarapu com-
iSO NOTICE SUR TAHITI.
prenait quatre grandes divisions : Taiarapu proprement
dit. — Mataoae. — Paahitî. — Vairao.
Elles sont placées sous deux grands chefs portant en
cette qualité les noms de Terii na vahaoroa et Tetuanui
haamarurai. En dehors de ces divisions et bien que compris
entre elles^ se trouvait Anuh, qui n'était pas considéré
comme faisant partie du Te va i tai, parce qu^à toutes les
époques il avait su conserver son indépendance.
Faahiti était compris entre Yaioau et Yaimahauahana.
Après Faahiti venait Anuhi^ district indépendant, qui
allait de YaimahanahaBa à Pihaa.
Là commençait Taiarapu, qui s'étendait jusqu^à Taia-
riari.
Mataoae allait de Taiariari à Yavi.
Et enfin de Yavi à Tearia o te mao s'étendait Vairao.
Taiarapu proprement dit se subdivisait en sept dictricts :
Hiroroa. — Taere. — Atituana. — Hapai. — Taaroa tei tefaa.
— Hui. — Fareariî.
Plusieurs de ces districts se trouvaient composés de par-
ties ayant les mêmes noms, mais séparées entre elles par des
districts ou des fractions de districts voisins. Ces fractions,
séparées de la partie principale du district et portant son
nom, étaient le résultat de conquêtes faites par les chefs
des diiférents districts, et qui en avaient donné le nom aux
parties conquises. Il est bien difficile de trouver aujour-
d'hui les limites de ces anciennes subdivisions; les Indiens
eux-mêmes les ont oubliées et sont bien rarement d'accord
entre eux dans les indications qu'ils donnent.
Teieie était le nom du chef d'Hiroroa et de Taere. Têtu-
manua celui du chef des districts d'Atituana et de Hapai.
Tetuanuihaamarurai était le chef de Taaroa teî te faa. Les
districts de Hui et de Farearii obéissaient à plusieurs chefs
dont les noms étaient Teieie, Tematuanui, TaneuapotOj
Tematahiapo et Tettumuihaamarurai.
Aujourd'hui Te va i tai ou Taiarapu se divise en sept dis-
NOTICE sua TAHITI. 151
tricts : Faahiti. — Aauhi. -?- Tautirau — Teahupoo. *- Ma-
taoae. — Vairao. — Toahutu.
1^ Faahiti est compris entre Vaioau at Yaimahanabana.
Son chef prend le nom de Uoearu.
S"" Anuhi (Pueu) commence à Yaimahanabana et ya jus*»
qa'à Pihaa. Maraetata est le nom du chef.
S"" Tautira prend à Pihaa et va jusqu'à Rapae. Son chef
porte le nom de Teieie.
4"* Teahupoo s'étend entre Rapae etTaiariari. Le nom du
chef est Vehiatua*
&" Mataoae va depuis Taiariari jusqu'à Yavi. Son chef, qui
est en même temps celui de Toahutu, porte le nom de
Moe.
6* Vairao commence à Vavi et va jusqu'à Riri. Son chef
porte le nom de Teaha.
V Toahutu s'étend depuis Riri jusqu'à Te eria o te mao.
C'est une dépendance du district de Mataoae, dont il est
séparé par celui de Vairao.
4' Grande division : Te va iuta. — Le Te va iuta renferme
quatre districts : Hoo Matavana. — Mataiea. — Atimaono.
— Papara.
1<» Hoo Matavana (Papeari) commence à Te eria o te mao,
et va jusqu'à Vaitiotio. Autrefois, ce district avait deux
chefs : l'un qui portait le titre de Terii nui o Tahiti, l'autre
eelui ie Maheanuu. Il n'y a plus qu'un chef aujourd'hui,
Atiau Vahiné, chef en même temps de deux autres districts.
Pitomai est son représentant dans le district de Hoo Ma-
tavana, et en cette qualité porte le nom de Hfaheanuu.
2* Mataiea (Papeuriri et Mairipehe) s'étend depuis Vai-
tiotio jusqu'à Teataeputa« C'est Ravaai qui est son chef, et
qui en cette qualité porte le nom de Teihotm.
3* Atimaono va de Teataeputa à Vaiata. Le nom du chef
est Teriifaatau.
4* Enfin Papara commence à Vaiata et va jusqu'à Vainia-
nia. Son chef portait autrefois le nom de Terii rere i tooa
152 NOTICE SUR TAHITI.
rai. C'est celui que porte aujourd'hui le célèbre Tali, chef
de Papara.
5° Grande division : Te Oropaa. — Te Oropaa se compose
de deux districts désignés sous le nom de Mano et que
Ton distingue Tun de l'autre par un numéro d'ordre,
Mano tahi et Mano rua. Quelquefois on réunit le Tefana au
Te Oropaa, qui se trouve alors comprendre trois districts.
i" Mano rua (Paea) s'étend entre Yainiania et Vaiehuehu.
Son chef portait autrefois et porte encore aujourd'hui les
noms de Tevahituaipatea et de Tetoofa indifféremment. Ce-
pendant le premier de ces noms est plus particulièrement
réservé à la reîne^ quand elle visite le district.
2" Mano tahi (Punauia) commence à Vaiehuehu et va jus-
qu'à Fanatea. Son chef portait aussi et porte encore deux
noms, ceux de Tetuanui emaru a ite rai et de Pohuelea.
Mais la reine prend le nom de Tetuanui emaru a ite rai,
quand elle est dans le Mano tahi : le chef est alors Pohuetea.
6« Grande division : Te Fana ia hurai. — Te Fana ia hu-
rai (Faaa) qui ne renferme qu'un seul district, a pour li-
mites Fanatea d'une part, et de l'autre Papofai ou Vaitiarea.
Ce district avait autrefois un chef portant le nom de Terii
vaealua. Aujourd'hui le chef porte celui de Tepau. C'est un
des trois districts d'ALiau Vahiné.
J'ai indiqué pour limites aux différents districts les points,
bien connus des Indiens, où se termine chaque division ter-
ritoriale, entre le rivage et le pied des montagnes. C'étaient
les seules limites intéressantes à connaître, puisque la
plaine plus ou moins large qui entouré Tahiti est, à deux
ou trois exceptions près, la seule partie habitée de Tife. Ces
limites cependant se prolongent jusque sur les montagnes,
et enferment chaque district dans un polygone bien déter-
miné. Mais il serait très difficile, sinon tout à fait impossible,
de suivre exactement ces divisions à travers des bois impra-
ticables et des solitudes sans noms.
Divisions de Moorea. — Les divisions de Moorea sont
NOTICE SUR TAHITI. 153
difficiles à bien distinguer les unes des autres, et surtout à
limiter exactement. Presque toutes se composent de plu-
sieurs parties séparées, à des distances quelquefois consi-
dérables, résultats de conquêtes successives. Un petit nom-
bre dlndiens sait aujourd'hui^ au juste, à quel district
appartiennent ces divisions, là où elles commencent et là où
elles finissent. J'en ai consulté un grand nombre, de ceux
que leur âge surtout et leur position devaient me faire sup-
poser plus instruits de ces délimitations, qui se perdent
chaque jour davantage. Voici ce que j'ai pu conclure de
leurs renseignements :
Moorea se compose de deux grandes divisions, l'une au
nord et un peu à l'est, l'autre au sud et un peu à l'ouest,
qui obéissaient autrefois à deux grands chefs ou Arii : E ha
te io inia et E ha te io iraro.
Chaque division, son nom l'indique, devrait comprendre
quatre subdivisions. Celle du sud Te io inia, n'en renferme
que trois aujourd'hui. Deux d'entre elles ont été réunies,
pour faire le district d'Afareaitu. Tepauariiumarea était
autrefois Arii de Teio inia, et Panuateraitua, de Te io iraro.
Te io inia, au sud, est compris entre Manino et Paroa.
Te io iraro, au nord, est également compris entre Paroa et
Manino.
Les trois districts dont se compose Te io inia sont : Maa-
tea — Haumi — Afareaitu.
1» Maatea va de Paroa à Teruaaupoo. Autrefois il avait
deux chefs, Papauru et Tetuacaha, qui furent dépossédés par
Pomaré. Pee fut institué seul chef à leur place, et commande
encore aujourd'hui.
^ Haumi prend à Teruaaupoo et se termine à Matauau.
Le chef est Taero, qui portait autrefois le nom de Mairau.
3° Afareaitu, enfin, va de Matauau à Manino. Ce district
comprenait autrefois deux parties distinctes, et formait avec
Maatea et Haumi les quatre divisions de Te io inia. Il
obéissait à deux chefs: Tetuaiterai et Omaomao. Pomaré fit
154 IfOTICE SUR TAHITI.
Hapoia seul chef à leur place; il est chef encore aujourd'hui.
Gomme le Te io inia/le Te io iraro se compose de quatre
grandes divisions : Paiuma — Teaharoa — Varari — Faa-
toai ou Papetoai.
Varari et Faatoai forment chacun un district ; Paiuma en
comprend trois : Moruu — Haapiti — Teavaro.
Teaharoa, deux, qui sont Teaharoa et Atimaha.
Le chef de Varari est Mahine. Autrefois, il avait sous ses
ordres deux chefs de moindre importance, portant les noms
de Ptiariri et de Terahuaurat qui n'existent plus.
Le chef de Faatoai est Unauna. Son nom de chef aDjou^
d*hui est Tauraatua.
Le chef de Moruu se nomme Teautaia.
Haapiti et Teavaro obéissent à un même chef du nom de
Marama. C'est le troisième district d'Atiau Vahiné.
Le chef de Teaharoa porte le nom de Tauhiro.
Celui d' Atimaha est Tauirua.
Les parties dont se composent ces différents districts
sont disposées dans Tordre suivant, à partir de Manino.
La portion comprise entre Manino et Toaura appartient à
Haapiti : c'est elle qui constitue Teavaro.
De Toaura à Teapapa, c'est Teaharoa.
De Teapapa à Vaipipiha, Papetoai.
De Vaipipiha à Apuu, Teaharoa.
DeApuu h Utuotoi, Moruu.
DeUtuotoiàTeurutuiateau, Haapiti.
De Teurutuiateau à Teahuoteaë, Moruu.
De Teahuoteaë à Afaatete, Faaloai.
De Afaatete à Rupe, Moruu.
De Rupe à Taiamiaa, Haapiti.
DeTaiamiaa à Teruaporohiti, Varari.
De Teruaporohiti à Teurutea, Moruu.
De Teurutea à Tiamotu, Haapiti.
De Tiamotu à Vaimotae, Moruu.
De Vaimotae à Moanafao, Varari.
NOTICE SUR TAHITI. 155
De M oanafao à Teruarei, Moruu.
Enfin deTeruarei à Paroa^ Atimaha.
Noms de la Reine dans les différents districts. ^ En sa
qualité de chef de plusieurs districts de llle, le souverain
(Arii Rahi) de Tahiti avait^ dans chacun d'eux, un nom par-
ticulier qu'il a conservé encore aujourd*bm.Dans quelques-*
uns de ces districts, ce nom est en même temps celui du
chef : mais toutes les fois que le souverain chef et le chef
du district (Tavana) se trouvent ensemble, le nom rw4e au
souverain, et le chef en prend un particulier.
Dans quelques districts, qui avant la réduction de Ttle
entière à l'autorité de Poiçaré, avaient conservé leur indé-
pendance, le souverain n'a aucun nom aujourd'hui. Ce sont,
dans Tahiti, les districts de Te ue,Te Mehitî, de Ahuare, de
Taero et de Mataiea, et dans Taiarapu ceux de Anuhi, de
Toahutu et de Mataoae.
Les noms que la Reine, aujourd'hui Arii Rahi de Tahiti,
porte dans les différents districts, sont les suivants :
Dans Pare et Arue, Tunuieaaitetua.
Dans Mahina, Tiipa.
Dans Haururu, Tetupuaioterai ou Teriivanaaiterai.
Dans Te Fana, Teriivacatua.
Dans Mano tahi, Tetuanuiemaruailerai.
Dans Mano rua, Te vahitua î patea.
Dans Papara, Terii rere i tooa oterai.
Dans Hoo Malavana, Terii nui q Tahiti,
A Taiarapu, dans Vairao, Teahahuirifenua.
Dans Teahupoo, Terii navahaoroa.
Dans Tautira, Tetua nui haamaru rai.
Population. — La population de Tahiti a été estimée
de manières très diverses par les différents navigateurs
qui ont visité Pile. Gook la porte à plus de deux cent qua-
rante mille âmes; Forster, à cent vingt mille seulement. En
1797, un recensement approximatif fait par le missionnaire
Wilson compte seize mille individus de tout âge et de tout
156 NOTICE SUR TAHITI.
sexe, dans les deux presqu*iles. Il est vrai qu'à celle
époque il indique déjà un décroissement rapide dans la
population; mais, en supposant que de 1767, époque delà
découverle de Tahiti par Wallis, à 1797, la population ail
diminué de moitié, ce qui doil 6lre exagéré, on est bien
loin d'atteindre encore aux chiffres fabuleux de Gook et de
Forster. L'étendue de la partie habilable et l'appréciation
des produils de Tahiti, ne permettent pas d'ailleurs qu'on
s'arrête à ces estimations. A l'arrivée, si singulière pour
eux, de bâtimenls européens, les Tahitiens de chaque dis-
trict devaient, comme ils font encore aujourd'hui, se trans-
porter partout à leur suite; Forster et Gook ont donc pris
pour la . population d'un district ce qui était presque la
population entière de l'île.
Quand on parcourt l'intérieur de Tahiti, on trouve dans
plusieurs grandes vallées des traces d'habitations, des sé-
pultures, qui ont fait croire que la population, trop nom-
breuse pour vivre tout entière au bord de la mer, avait à
une époque reculée reflué vers l'intérieur. L'exemple de
ce qui s'est passé sous nos yeux dans les dernières guerres
semble indiquer que cette opinion est erronée. Dans les
luîtes nombreuses entre les différents chefs de Tahiti, le
parti vaincu, poursuivi par le vainqueur, dont il n'avait à
espérer aucun quartier, abandonnait ses champs et ses ha-
bitations pour se réfugier au fond des vallées, où il lui était
plus facile de se défendre et où l'ennemi se hasardait rare-
ment à le poursuivre. Là s'élevaient de nouvelles cases et de
nouvelles clôtures : h\ se construisaient des Maraes et s'en-
sevelissaient les morts, jusqu'au jour où un revirement de
fortune, où une paix presque toujours momentanée, per-
mettait à chacun de revoir son district. Le Tahitien aime
trop passionnément la mer et les jouissances qu'elle pro-
cure, ses produits entrent pour une part trop large dans
son existence, les vallées môme les plus considérables de
Tahiti offrent trop peu de ressources, pour que Ton ail jamais
NOTICE SUR TAHITI. 157
à rintérieur cherché autre chose qu'un refuge momentané.
Dans ces monuments des dissensions intestines de Tahiti,
le voyageur a cru voir les débris de populations éteintes,
quand il n'avait sous les yeux que la trace du déplacement
de ces populations.
Une coutume qui règne encore aujourd'hui peut servir
également à expliquer la présence de tombes, là même où
à aucune époque, les Indiens n'ont habité. La propriété des
terres est, àTahiti,une cause dlnlerminables procès; aucun
titre de propriété, aucun document écrit, n'indiquent la
limite des terres et leur véritable propriétaire. Aussi, bien
souvent une famille établie, du consentement ntême du
légitime possesseur, sur une terre qui ne lui appartient pas,
enhardie par uae longue possession, vient-elle^ après deux
ou trois générations, disputer le sol qu'elle habite au véri-
table propriétaire. Celui-ci est alors forcé d'en appeler à la
notoriété publique, aux souvenirs des anciens du pays,
pour établir ses droits au terrain dont on veut le dépouiller.
Et comme jamais, en aucun temps, les Indiens n'ont trafi-
qué enire eux de leurs terres, il cherche pour cela à établir
d'une manière évidente sa parenté avec un des anciens
propriétaires. Les questions de généalogie jouent donc un
rôle important chez les Indiens. Aussi chacun cache-t-il la
sienne avec grand soin, dans la crainte qu'un jour on ne
vienne à s'en faire une arme contre lui* Pour éviter toutes
ces discussions, chaque propriétaire, quand un de ses pa-
rents vient à mourir, le fait autant que possible enterrer
sur son terrain; c'est comme une prise de possession publi-
que, comme un titre qu'il se crée, en réponse aux objec-
tions qui pourraient s'élever un jour contre sa possession.
Telle est l'histoire d'un grand nombre des sépultures qu'on
rencontre dans les vallées ou sur les montagnes.
Enfin, dans les règlements mômes dei cette société trop
célèbre des Areois, je trouve une preuve de l'exagération
des estimations anciennes, relativement à la population de
158 Nonce sim Tahiti.
Tahiti. On sait que l'infanticide était une des règles de
cette société, et qu'aucune femme n'en pouvait faire partie
qu'à la condition de rester stérile ou d'étouffer à sa nais-
sance l'enfant dont elle devenait enceinte. Les prêtres ont
été les premiers législateurs chez tous les peuples de la
terre ; c'est au nom de Dieu qu'on a d'abord cherché à les
conduire. Derrière toutes les coutumes religieuses ancien-
nes, on trouve presque toujours un but politique, qui nous
apparaît longtemps après. Ainsi^ entre toutes les raisons
qui expliqueraient peut-être cette coutume barbare des
infanticides à Tahiti, l'une des plus importantes à mon avis,
est la nécessité pour les chefs de s'opposer, par tous les
moyens possibles, à l'accroissement de la population au
delà des limites passé lesquelles le sol n'aurait pu la nour-
rir. Or, si l'on admet, comme je crois avoir prouvé raison-
nable de le faire, que la population tahitienne s'est toujours
concentrée sur le rivage, il serait facile d'évaluer ce que la
plaine, si étroite en beaucoup d'endroits, peut produire des
fruits dont les Tahitiens se sont toujours nourris; il serait
facile également d'apprécier ce qui est nécessaire à la nour-
riture d'un seul homme. Quelque fertile qu'on suppose
qu'ait jamais été Tahiti, je ne crois pas qu'on puisse arri-
ver ainsi à des chiflVes très élevés de population.
Un recensement de la population a été fait au commen-
cement de 1848. Dans cette opération, l'administration
s'est entourée de toutes les précautions possibles; elle n'a
négligé aucun moyen d'obtenir les résultats les plus exacts.
D'après ce travail, la population (y compris les étrangers]
se trouve répartie de la manière suivante :
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Tout 9.969 iMbiUBts.
RUe esl partagée ainsi qxi*il suit, entre les diflérents dis-
tricts.
NOTICE SUR TAHITI.
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SOC. CE GÉOGR. — AOUT 1880.
\X. - 11
102 HOnCE SUR TAiriTf.
BÉsrxÉ.
PoptflatMm inéi$hae de Tahiti 80^2
yoj^tiUUou étrao^e 475
Total 8:-57
fLUt%t CÉHÉftAL DE lA POPULATiOV.
Population iadigène de Tahiti WBO
Population Indigène de Moorea 137!2
ToUl 9454 945i
Population étrangère de Tahiti i75
Population étrangère de Moorea 40
Total 515 515
Total général. . . 9969
La population militaire ne se trouve nécessairement pas
comprise dans la population étrangère.
Kn août 1829, le recensement de Tahiti, fait par les mis«
sionnaires anglais avec un grand soin, avait donné pour
résultat huit mille cinq cent soixante-huit individus, c'est-
•dire & presque exactement le même chiffre qu'en 1848. Si
maintenant on considère que plusieurs épidémies graves et
deux années de guerre avec la France ont dû faire un grand
nombre de victimes, il semble naturel de conclure que de
1820 & 1848 la population de Tahiti s'est accrue plutôt
qu'elle n*a diminué. A cette époque, il est vrai, le gouverne-
ment de Tahili était déjà concentré en des mains fermes :
ea guêtres qui divisèrent longtemps les principaux chefs
de Tahiti avaient cessé : à Tinfanticide, aux sacrifices hu-
mains, aux désordres de toutes sortes, le christianisme avait
t^Xi succéder son iniluence vivifiante. Antérieurement à cette
période, la population de Tahiti a donc pu être pins consi-
dérable qu'elle nVst aujoui'd'hui^ mais beaucoup moins
cependant qu'un no le suppose généralement. M. Lesson,
chirurgien à bord de la iloqmUe^ dans la relation de son
voyage» ne semble donc p^\s s'éloigner beaucoup de la vërité,
quand il suppose i^ Tahiti une population de 12 000 Ames
seulement.
NOTICE SUR TAHITI. 163
Importance de Tahiti. — Tahiti, placé presque au centre
de l'océan Pacifique, est un des anneaux les plus importants
de cette longue chaîne d'îles, qui semblent relier entre eux
les continents d'Asie, d'Amérique et d'Australie, Ses port3
vastes et nombreux offrent un abri sûr aux convois qui
viennent de tous les points du monde sillonner c«s mers.
Malheureusement, les bâtiments qui fréquentent ces pa-^
rages n'y trouvent encore que peu de ressources» l^a non*
cl^alance des habitants s'est opposée jusqu'ici au développe-"
ment de l'agriculture. Mais la fertijlté du sol, la facilité
avec laquelle les animaux domestique)» vivent et se multi-
plient^ tout fait espérer à Tahiti, dans un avenir peu éloi-*
gné, une importance commerciale considérable^ Déjà, de-
puis lapais, nnassez grand nombre décelons s'étaient Ax4s
à Tahiti, et le commerce semblait devoir prendre une exten-
sion rapide. Une circonstance Imprévue e^t venue x^uler
indéfiniment ce développement Les produits vrais ou exa-
gérés de la mine d'or découverte en Californie ont séduit
le plus grand nombre des Européens établis à Tahiti et i^"
patients de faire fortune. A notre départ, une émigration
considérable avait commencé depuis plusieurs moi« et me-
naçait de dépeupler Tahiti; eomo^e elle a iépaupH les
Sandwich et plusieurs contrées du littoral d'Amérique. X^s
maladies, la oiis^e^ les difficultés de l'exploitation, l'épui-
sement de la mine elle-même, iouie» ces ca^es de désen-
chantement que je prévoyais alors, et qui seoatblent s'être si
tristement réalisés déjà, mettront bien vite un terme & cette
épidémie. De nouveaux colons viendront s'établir à Tahiti»
ti demander h Tagriculture et au commerce une fortune
moins rapide peut-être, mais plus sûre,
Tahiti produit peu, et pourrait tout produire. Toutes les
plantes importées des différents continents se s(Hit natura-
lisées là d'une manière surprenante. En moins d'up siâcle»
jolies se sont développées sans cuHnxe, et reproduites «u
point de le disputer aujourd'hui aux végétaux indigènes. La
164 NOTICE SUR TAHITI.
fertilité du sol est extrême : d'innombrables ruisseaux en-
tretiennent partout dans la plaine une frdcheur délicieuse;
d'abondantes rosées rendent à la terre, pendant la nuit, ce
qu'ont pu lui enlever les ardeurs du soleil. Jusque sur leurs
sommets les plus élevés, les montagnes sont couvertes d'une
végétation luxuriante; les vallées en sont obstruées.
S'il était possible d'employer d'une manière utile tous
ces terrains incultes aujourd'hui, si une main intelligente
et expérimentée venait à tirer de ce sol fertile tout ce qu'il
peut produire, Tahiti qui fournit à peine aujourd'hui des
vivres à une population peu nombreuse, deviendrait une des
colonies les plus riches du monde. Il est bien peu des pro-
duits si recherchés des Antilles ou des Indes, qui, disposés
convenablement, suivant la nature du sol, l'exposition ou
la hauteur, ne réussissent parfaitement à Tahiti. Déjà le
coton, l'indigo, le tabac croissent sans culture; Bourbon et
les Antilles vont jusque-là chercher des plants nouveaux de
canne à sucre; le roucou, nouvellement importé, se multi-
plie rapidement. Le café, cultivé sur quelques points, donne
des produits que le Chili préfère à ceux du Brésil, et qui
l'emporteraient, je crois, sur nos cafés de Bourbon même et
de la Martinique. Mais pour cette transformation, des bras
sont nécessaires. Le Tahitien, insouciant et paresseux, ne
comprendra pas de bien longtemps la nécessité du travail.
La nature a pourvu abondamment à ses besoins, et l'avenir
l'inquiète peu : ce n'est pas lui qui viendra en aide à la ci-
vilisation de Tahiti. Nos colons militaires n'ont pas non plus
jusqu'ici produit des résultats remarquables. Presque tou-
jours étrangers à la culture des terres, impatients de faire
fortune, ils n'ont pas tardé pour la plupart à abandonner
leurs champs à demi défrichés, pour venir demander au
commerce, à Papeete, des bénéfices plus considérables.
Presque tous sont retombés bientôt à la charge du gouver-
nement. 11 faudrait à Tahiti, non pas des colons militaires,
non pas de ces industriels qui viennent de tous les pays,
NOTICE SUR TAHITI. 165
s'abattre là où il y a de Tagiotage à faire ou des dupes à
exploiter, qui n'apportent à ces peuples enfants que les vices
des nations civilisées, et nous attirent leur mépris et leur
haine, au lieu de nous mériter leur respect et leur affection ;
mais des hommes de bien, ayant déjà quelques moyens
d'existence, venant augmenter par des moyens honnêtes les
capitaux qu'ils apportent dans un but de spéculation : il
faudrait des ouvriers exercés, des agriculteurs habitués au
travail, amenant avec eux leur famille et bien disposés à
trouver dans Tahiti une nouvelle patrie. Entre les mains de
ces nouveaux colons, Tahiti prendrait bientôt une face nou-
velle. Au contact de ces familles, les familles tahiliennes se
moraliseraient peut-être. Le tableau de leur bien-être inté-
rieur ferait naître chez les Indiens le désir d*un bien-êtrt
pareil, et Tahiti régénéré pourrait être un jour cité entre
les colonies les plus riches et les plus heureuses.
Indépendamment de ce qu'elle pourrait produire elle-
même un jour au commerce, Tahiti serait encore un entre-
pôt naturel des productions de toutes les îles voisines, et
particulièrement de celles qui sont soumises au môme gou-
vernement. C'est là qu'un cabotage chaque jour plus actif
et plus étendu va chercher des perles, de la nacre, de Thuile
de coco, de Varrowroot, etc. Tahiti pourrait alors offrir en
échange, aux bâtiments qui viennent lui apporter les pro-
duits des différents continents, un fret de retour qui lu
manque encore aujourd'hui.
A un autre point de vue, Tahiti, par sa position, a encore
pour le commerce une grande importance. Depuis que le
pavillon français flotte sur ces terres, le commerce, qui dans
ses relations avec les peuples souvent barbares des mers du
sud avait à souffrir de l'éloignement des moyens de répres-
sion, peut aborder impunément aujourd'hui sur presque
toutes ces côtes. Les surprises de bâtiments, le massacre
des équipages, si fréquents autrefois, sont devenus presque
sans exemples. Tahiti vaut, non pas seulement au commerce
166 KOTICE SUR TAHITI.
de la France, mais à celui du monde entier, ce que vau-
draient quatre frégates de plus dans ces mers ; il pourrait
coûter à peine autant qu'une seule.
Sources d'importation. — Les sources diverses où puise
Tahiti, pour les besoins de sa population, sont en première
ligne le Chili et le Pérou; ils lui envoient non seulemeoi
leurs propres produits, mais aussi ceux des continents d'Eu«
rope et d'Amérique qui sont déposés dans ses entrepôts.
L'Australie ensuite, et particulièrement Sidney, apporte ses
farines, ses bois et des produits manufacturés d'Angleterre.
La Nouvelle-Zélande lui envoie ses bois, ses fruits et quel-
ques marchandises d'Angleterre. La France, l'Angleterre,
les États-Unis, envoient directement un petit nombre de
bâtiments. Les îles Sandwich y déversent le trop plein des
marchandises qui arrivent de Chine. Enfin toutes les iles
qui entourent Tahiti lui fournissent des vivres abondam-
ment, et la presque totalité des denrées qui constituent les
chargements de retour.
Remarques générales sur la navigation. — Je ne ter-
minerai pas au sujet de Tahiti, sans ajouter quelques re-
marques générales sur la navigation dans ces mers, qu'a
bien voulu me communiquer M. le pilote Henry^ homme
d'une grande expérience et d'un graftd savoiv.
Dans les mois de janvier, de février, de mars et d'avril, la
mer est généralement grosse, le long des c6tes ouest et nord
de Tahiti, et il règne des courants considérables, surtout
dans l'intérieur des baies et dans le voisinage des récifs. Les
vents soufflent alors plus particulièrement du nord-est, du
nord et du nord*ouest ou, quand ils changent par hasard
et soufflent d'un autre point du ciel, c'est toujours pour peu
de temps et ils reviennent bientôt au nord.
Pendant les mois de mai, de juin, de juillet et d'août, la
mer est grosse sur les côtes sud-ouest et sud et les vents
soufflent alors plus ordinairement du sud-est et de l'est.
Les mois de septembre, d'octobre de novembre, et une
NOTICE SUR TAHITI. 167
fyarlie de décembre sont de beaux mois, pendant lesquels
»otifflent de fraîches brises d'est, variables de l'est-nord-est
à rest-<sud-est.
La fin de décembre est généralement regardée comme le
commencement des mauvais temps et de la saison plu-
vieuse qui dure jusqu'à la fin de mars* Le mois de mars
est ordinairement accompagné de tonnerres et d'éclairs.
Par rapport à Papeete^ port principal de l'île, les vents
peuvent être considérés comme réguliers pendant toute
l'année, à l'exception des mois de janvier, de février et de
mars. Si les vents adonnent un peu vers le sud, il peut
arriver que la brise ne conduise pas jusqu'au port de Pa-
peete; mais elle conduira toujours jusqu'à une petite dis-
tance, à Taunoa, par exemple, quelquefois même jusqu'à la
pointe de Farcute, et enfin, dans quelques cas, jusqu'à la
passe elle-même. En même temps, on trouve entre les îles
de Tahiti et de Moorea un tourbillon de vents soufflant du
sud^ouest ou de l'ouest, produit par la rencontre des vents
qui viennent de chaque côté de l'île et par l'influence de
Moorea, et qui dans beaucoup de cas est très favorable aux
bàtimesits qui cherebent à entrer dans le port de Papeete.
Quand le vent do nord-est vient mourir à la passe et n'est
pas suffisant pour conduire les bâtiments jusque dans le
port, il peut arriver que la rencontre de la brise de mer et
du tourbillon dont je viens de parler, produise du calme
dans la passe, et rende rentrée dangereuse pour les navires.
Dans quelques cas, on peut arriver tout près de l'entrée
de la passe avec une forte brise d'est, et Taire seule du navire
le menant jusqu'à la rencontre du tourbillon qui souffle en
sens contraire, on peut, en orientant convenablement ses
voiles, en profiter et donner dans la passe.
Quand un navire venant de Test trouve les vents mau-'
vais pour entrer à Papeete, il doit mettre le cap sur Moo<
rea, piquer dans le vent jusqu'à ce qu'il relève Papeete au
sud-est et alors laisser arriver peu à peu jusqu'à. ce qu'il
168 NOTICE SUR TAHITI.
rencontre le courant de vents qai le conduira jusque dans
le I orty s'il n'est pas trop faible. Il esta remarquer que plus
les vents alises sont forts au large, plus le tourbillon de vents
est fort aussi.
Avec les vents d'est, on peut compter sur une forte brise
de terre. Avec les vents du nord ou de l'ouest^ on ne trouve
que peu ou point de brise de terre.
Le courant sort toujours à Papeete, et même quand il n'est
pas apparent à la surface, il a encore profondément une
action sensible sur les navires.
Les mois d'avril, mai, juin, juillet, août et septembre peu-
vent être regardés comme les plus favorables pour la navi-
gation de Tahiti à Yalparaiso. A l'exception des mois de
décembre, de janvier, de février et de mars, toutes les épo-
ques de Tannée sont indifférentes pour la navigation de
Yalparaiso à Tahiti.
Pour aller de Tahiti à la Nouvelle-Zélande ou à Sidney,
les mois les plus favorables sont ceux d'octobre, novembre,
décembre, janvier, février et mars.
De Sidney et de la Nouvelle-Zélande à Tahiti, ce sont les
mois d'avril, de mai, de juin, de juillet, d'août et deseptembre .
De Tahiti aux Sandwich, la meilleure époque de Tannée
est de mai à novembre. Des Sandwich à Tahiti, c'est de
décembre en avril.
M. Henry a fait de nombreuses observations sur les vents
dans les archipels voisins de Tahiti. Il a remarqué que depuis
vingt ans, ces vents sont très variables et très incertains'
Les vents alises ne sont plus si; réguliers maintenant; ils
sont souvent violents et accompagnés de grains. Dans ces
dernières années, on a éprouvé des orages terribles* dans les
parages de Tongatabu, des Samoa, des Fidji, et en tirant
vers Test, jusque vers les îles Harvey. Les mois de décembre,
de janvier, de février et de mars sont ceux où ces orages
sont le plus fréquents.
Paris, jain 1851.
COMMUNICATIONS
LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB, PAR LE CAPITAINE BARON
G. DE CONTENSON *.
Ce ne sera diminuer en rien le mérite des Livingstone, des
Stanley et de tous ceux qui ont exploré le centre inconnu
des anciens continents, de dire qu'ils doivent céder le pas
à Christophe Colomb ; alors que ses contemporains n'étaient
pas très sûrs que la terre fût ronde, alors que les navigateurs
ne perdaient guère de vue les côtes, cet homme dont le
nom est immortel ne craignit pas de se lancer dans l'im-
mensité de l'Océan avec la résolution de pousser droit de-
vant lui, jusqu'à ce qu'il abordât «aux rivages que lui mon-
trait son génie. Il devait être soutenu par une foi bien vive,
cet amiral décidé à épuiser, plutôt que de revenir en ar-
rière, toutes les ressources que portaient ses trois bateaux,
la Nina, la Pinta et la Santa-Maria, dont le plus gros ne
jaugeait pas 100 tonneaux.
On pourrait faire un tableau fantastique de cette petite
flotte à qui des horizons inconnus semblaient présager un
océan sans limites, qui hésite, et qu'entraîne en avant la
volonté puissante du grand capitaine dont l'œil prédestiné
entrevoit la terre par delà l'espace.
Certes, il a bien mérité de l'humanité celui qui a livré un
nouveau monde à l'activité et à la civilisatidfe de l'Europe;
mais nous ne saurions pas oublier, dans notre reconnais-
sance, le peuple et la grande reine qui lui en fournirent les
moyens.
L'Espagne est fière de l'hospitalité qu'elle offrit à Colomb,
et tout ce qui touche à celui qui reçut la fameuse devise
1. Communication adressée à la Société de Géographie dans sa séance
du 7 mai 1880.
170 LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB.
(I à Câslilla y Léon nuevo mondo dio Colon » y impres-
sionne vivement l'opinion publique. Aussi a-t-on reçu avec
émotion la nouvelle répandue en 1877, à grand renfort de
publicité, que l'on venait de découvrir dans la cathédrale de
Saint-Domingue les restes du premier amiral des Indes, que
ont le monde croyait reposer depuis 80 ans dans l'île de
Cuba, sous les voûtes de la cathédrale de la Havane.
Le gouvernement de Madrid chargea aussitôt, par un
décret royal en date du 23 octobre 1878, l'Académie Royale
d'Histoire de faire des recherches sur l'exactitude des pré-
tentions de l'ile de Saint-Domingue, et d'émettre son opi«
nion sous forme de rapport.
La savante confrérie a publié en 1879 le résultat de sea
travaux ; ils établissent que les restes du grand explorateur
dont l'Espagne est si glorieuse, existent à la Havane encore
à l'ombre du drapeau qui flottait aux mâts de la petite
escadre de 1492.
Le mémoire de FAcadémie d'Histoire commence par rela«
ter les pérégrinations qu'ont dû subir les cendres de Cbris^
tophe Colomb, avant d'arriver sur la terre où il avait mani-
festé le désir qu'elles reposassent un jour.
Puis elle fait le récit de la translation opérée en 1795, avec
les preuves qui permettent d'affirmer que l'on mit bien alors
la main sur les restes authentiques de Christophe Colomb;
enfin l'Académie combat les conclusions du factum de
révêque d'Orope, soutenu officiellement par le gouverne-
ment de Saint-Domingue, et en proclame la fausseté.
Nous laisserons de côté les questions de polémique et
nous suivrons seulement, à l'aide de la partie historique,
les restes du grand explorateur dans leurs différentes
étapes.
Christophe Colomb mourut à Valladolid, le 20 mai
1506.
On sait qu'après la mort d'Isabelle la Catholique, le seul
génie capable de comprendre son œuvre, l'amiral eut à se
LEg RESTKft^ Pfi CBIUSTCNPHE COLOMB. 171
pkiindre de là cour ; mais il ne faut pas s'exagérer ces griefs^
et croire qu'il mourut dans la misère.
Tous ses contemporains^ comme Tusage en est encore
très répandu dans les pays du midi, étaient affiliés à un
tiert^ovdre ou confrérie* Ces associations avaient pour but
l'assistance au moment de la mort et le soin des funérailles.
Christophe Colomb, qui appartenait à la confrérie de
Saint-François» mourut entre les bras des membres de
cette association et ses restes furent conduits par eux, après
une pompeuse cérémonie, au couvent des Franciscains, oii
ils furent ensevelis.
On ne sait pas précisément si une inscription fut alors gra-
vée sur la tombe ; Washington Irving dit cependant que Fer-
dinand le Catholique fît élever à Colomb un monument où
il fit graver les dewb \ers connus ;
Por Castilla y Léon
Nuevo mondo hallo Colofl.
(Par Castille et Léon un nouveau monde trouva Colomb,)
Mais le séjour du précieux dép6t dans cette sépulture
était tout à fait provisoire, et seulement pour attendre qu'on
pût le transporter au couvent de las Cuevas, hors des murs
de SéviUe.Les cendres de Colomb n'y devaient même rester
que jusqu'au jour où on les conduirait définitivement dans
le nouveau monde, selon les dernières volontés que Tamiral
avait exprimées aux siens.
La date précise du transfert à Séville ne peut être connue
exactement; plusieurs sont mises en avant. Cette date doit
être comprise entre les années 1507 et 1523, c'est-à-dire
dans la période qui suivit sa mort et celle dans laquelle fut
écrit le testament de Diego Colon, fils du «premier amiral »,
dans lequel il déclare que les restes de son père se trouvent
au monastère de ks Cuevas h Séville.
Martin Femandez Navarrete, s'appuyantsur un document
copié aux arcbires de Séville, adopte la date de 1513.
172 LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB.
Les annales du couvent de las Guevas relatent que le
cercueil renfermant les restes de Christophe Colomb fut
placé dans une chapelle que fit exécuter le prieur D. Diego
Luxan l'année suivante.
Mais, comme le fait observer l'Académie, au xvi« siècle
les choses, qui ne se faisaient pas vitepour les vivants, étaient
encore plus lentes pour les morts; il n'est pas probable
que les travaux aient été terminés dans le cours d'une
année. L'Académie serait donc disposée, sans l'affirmer
d'une façon positive, à se rallier à la date vraisemblable de
1513, donnée par Navarrete.
Passons à la seconde translation.
Un brevet royal daté du 2 juin 1537, de Séville, fait
mention d'une supplique adressée à l'empereur Charles V
par Dona Maria de Toledo, veuve du deuxième amiral des
Indes, et belle-fille de Christophe Colomb, dans laquelle elle
demande, au nom et comme tutrice et curatrice de D. Luis
Colon, son fils, que la chapelle principale de la cathédrale
de Saint-Domingue lui soit accordée pour y transporter,
conformément aux dernières volontés de l'amiral, ses osse-
ments déposés pour le moment dans le couvent de las
Cuevas.
L'empereur, en reconnaissance des services rendus,
accorde la faveur demandée « pour Christophe Colomb, son
» fils, petit-fils, et tous ses héritiers et descendance, pour
)) toujours et à perpétuité. »
Dans son testament, écrit un mois avant sa mort, Chris-
tophe Colomb avait formé le vœu qu'il fût érigé dans l'île
d'Espagne (Saint-Domingue), et si cela était possible dans la
ville de la Conception , une chapelle desservie par trois prêtres
yt qui diraient chaque jour trois messes, une en l'honneur de
({ la Sainte-Trinité, une en l'honneur deNotre-Dame et Tau-
(( tre pour le repos de l'âme de tous les fidèles défunts, pour
« celui de la mienne, de celle de mon père, de ma mère et
« de ma femme.... et, si cela se peut faire dans l'île d'Bspa-
LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB. 173
3> gne que Dieu me permit de découvrir miraculeusement
» je serais heureux que ce fût au lieu môme où j'invo-
» quais la Vierge, c'est-à-dîre dans la plaine appelée la Con-
» ception. »
Diego Colon, fils du premier amiral, ne put exécuter les
volontés de son père, mais par testament, il laissa à son fils
le soin de construire au point indiqué par celui-ci, non
plus une modeste chapelle, mais tout un couvent de reli-
gieuses claristes et d'y établir le panthéon de la famille.
Charles V fit encore mieux: il assigna le chœur de la cathé-
drale de Saint-Domingue.
Les annales du monastère de las Cuevas,à Séville, relatent
qu'en 1536 les restes de Christophe Colomb et de son fils
Diego furent remis à la famille pour être transportés à l'île
de Saint-Domingue,
Cette prise de possession et l'inhumation |qui suivit sup-
posent un transport immédiat; l'Académie serait donc por-
tée à croire que ces restes traversèrent TOcéan cette même
année. On ne sait pas positivement quel lieu les reçut
provisoirement, mais ils ne furent pas placés dans la
cathédrale avant quatre ans. En effet, bien que les des-
tructions successives des archives de la cathédrale de
Saint-Domingue ne permettent pas de fixer exactement la
date de cet événement, l'Académie assigne, d'après des
preuves péremptoires, les deux limites extrêmes de 1540
à 1559.
La première ordonnance royale de Charles V, datée du
2 juin 1537 et confirmée le 22 août, ne leva pas tous les
obstacles, car D. Luis, ou mieux sa mère Dona Maria de
Tolcdo, veuve de Diego, fils de Christophe, avait demandé,
dans sa supplique, que le chœur de la cathédrale fût mis
à sa disposition pour y placer les restes qui reposaient à
Séville; et malgré ces deux ordonnances royales le chapi-
tre soulevait sans doute des difficultés, puisque le souve-
rain dut expédier une nouvelle lettre ou provision à la date
174 LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB.
du 5 novembre 1540 pour briser les résistances de l'évêqoe.
du doyen et du chapitre de ladite cathédrale.
D'autre part, Barthélémy de Las Casas dit dans son His-
toire des Indes j dont la dédicace porte la date de 1559 : « On
)) transporta ses restes (de l'amiral Christophe Colomb) i
» las Cuevas de SévilIC; couvent de Chartreux, et de là à la
» cathédrale de Saint-Domingue, où ils reposent aujourd'hui
dans le chœur. »
C'est donc entre ces deux dates qu'il faut se renfermer, et
la précision des ordres de l'empereur fait incliner plutôt vers
les premières années de cet espace de dix neuf ans, c'est-à-
dire vers 1541, d'autant plus que D. Antonio Lopez Prieto,
dans un mémoire savamment rédigé, cite un passage d'une
« Histoire de l'île d'Espagne » dans laquelle D. Alonzo de
Fuenmayor, premier évoque de ce diocèse écrit, en se réfé-
rant à l'année 1549, que la sépulture oîi sont renfermés les
restes de Christophe Colomb est en grande vénération dans
la cathédrale de la capitale de l'île.
L'Académie est donc disposée à accepter cette dernière
date, d'autant plus qu'elle se trouve comprise dans les limi-
tes indiquées plus haut; mais le manuscrit cité par Lopez
Prieto se trouve à la Havane et comme elle n*a pu l'exami-
ner, elle ne peut se porter garante ni de son authenticité,
ni de ce qu'il affirme.
Cette prudence de la part du corps savant dont nous ana-
lysons en ce moment le travail donne une grande autorité
à ses conclusions et beaucoup de poids au résultat auquel
l'ont conduit ses récherches.
. On ne sait si, dans l'origine, il y eut une épitaphe ou in-
scription sur ce tombeau de Christophe Colomb; toujours
est-il qu'elle aura disparu, peut-être à la suite des incur-
sions des pirates qui ravagèrent souvent ces côtes.
Avec les restes du fondateur de la maison furent placés,
dans la cathédrale de Saint-Domingue^ ceux de D. Diego, son
fils^ et on peut affirmer également, quoique les preuves n'en
LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB. 175
aient pas un caractère tout à fait aussi officiel, ceux de
D. Barthélémy son frère, de D. Luis et D. Christophe , »
ses petits-fils.
Mais les événements de la Révolution française, — qui l'au-
rait cru? — devaient encore faire prendre la mer à la
dépouille du grand navigateur.
Par le traité de Bade, du 22 juillet 1795, l'Espagne avait
cédé à la France la partie de Tîle de Saint-Domingue que
lui avait laissée le traité de Ryswick de 1697.
XJn homme de cœur, Tamiral D. Gabriel d'Artizabal, com-
mandait alors l'escadre espagnole des Antilles. H conçut
la patriotique pensée de transporter les cendres de Chris-
tophe Colomb à la Havane, afin qu'elles ne cessassent pas
de reposer à Tombre du drapeau national.
On procéda à la levée du corps avec une grande pompe,
en présence de toutes les autorités civiles, ecclésiastiques, de
l'armée et de la marine, ainsi que de deux représentants du
duc de Veragua.
Le procès-verbal qui fut dressé alors s'exprime ainsi :
» On ouvrit une voûte qui se trouve dans le chœur du côté
j) de rÉvangile, sur le mur principal, et à hauteur des gra*
» insddu grand autel. Cette voûte mesurait une vare (0«»,82)
» de côté; on y trouva des planches de plomb de 55 centi-
» mètres environ qui indiquaient qu'il y avait existé une
)) caisse de ce métal. Ou trouva également des fragments
» d'os qui parurent appartenir au tibia ou à quelque autre
» partie du corps humain. Le tout fut recueilli dans une
)) assiette avec la terre qui, par sa couleur et les débris d'os
» qu'elle renfermait, fut reconnue appartenir aux restes de
» la personne qui avait été enterrée en ce lieu, et on le pla^a
» dans une caisse de plomb doré avec une serrure en
» fer, etc., etc. »
L'important dépôt fut amené en grande cérémonie, par
le brigantin le Uescubridor, à bord du vaisseau le San-
Lorenzo qui le transporta à la capitale de la grande Antille;
176 LES RESTES DE CHRISTOPHE COLOMB.
de là il fut conduit processionnellement à la cathédrale et
placé dans le chœur, du côté de l'Évangile, dans une niche
que Ton oraa d'un buste en marbre et d'une inscription
latine qui existe encore.
Ce seul fait accompli par l'amiral d'Artizabal mériterait à
son nom Thonneur de passer à la postérité, et il faut se
féliciter que cette mesure ait mis les cendres du plus illustre
des explorateurs à Tabri des outrages auxquels les eussent
exposées les troubles qui agitèrent par la suite l'île de Saint-
Domingue. Qui sait, en effet, si les nègres de Toussaint
Louverture ne les eussent pas jetées au vent, comme cela
fut sur le point d'avoir lieu à Mexico pour celles de Fer-
nand Certes, qui auraient disparu dans la sauvage destruc-
tion de la chapelle de l'hôpital de Jésus, si elles n'avaient.
é(é recueillies et cachées par le savant historien et ministre
Alaman?
L'Académie d'Bistoire de Madrid consacre la suite de son
mémoire à constater que, contrairement à ce qui était
avancé par les auteurs dominicains de la découverte suppo-
sée des restes de Christophe Colomb, en 1877, la tradition
avait conservé môme pendant le courant du siècle dernier
le souvenir de l'emplacement exact oîi reposaient les cen-
dres du premier amiral des Indes.
Nous bornant au point de vue historique, nous ne sui-
vrons pas D. Manuel Colmeiro, le consciencieux auteur du
rapport de l'Académie, dans la discussion des mobiles qui
poussèrent le gouvernement de Saint-Domingue à revendi-
quer la possession des restes de l'immortel Génois.
COMPTES RENDUS D'OUVRAGES
LA PROVINCE CHINOISE DU YÛN-NAN, PAR M. E. ROCHER ^
J'ai l'honneur de présenter à la Société de Géographie
l'ouvrage' nouvellement paru de M. Emile Hocher sur la pro-
vince chinoise du Yiin-nan.
Gomme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler, M. Rocher,
aujourd'hui membre de notre Société, a quitté l'arsenal
de Foti'tcheou pour aller, en septembre 1870, au Yiin-nan,
où il est resté trois années ; il faisait alors partie du per-
sonnel amené dans celle province par notre collègue M. Du-
puis pour créer et organiser à l'européenne un matériel de
guerre destiné à être employé par les autorités chinoises
dans leur lutte contre les rebelles mahomélans.
C'est pendant cette période que M. Rocher a pris les notes
qui lui ont servi à rédiger plus tard le livre qui nous occupe
et dont je vais donner un aperçu.
Les deux premiers chapitres sont consacrés à l'itinéraire
suivi par notre voyageur depuis le port do Han-Kow, sur le
Yang-tzu-Kiang*, ouvert par les traités au commerce euro-
péen, jusqu'à la capitale provincialedu Yiin-nan. C'est le jour-
nal de M. Rocher écrit jour par jour, dont le Bulletin de la
Société a déjà publié des extraits ^.11 décrit les localités par-
courues et les difficultés que présentait le transport d'un
matériel d'artillerie par cette route, aujourd'hui encore la
1. Compte rendu par M. L. Dunoyer de Segonzac, communiqué à la
Société dans sa séance du 21 mai 1880.
2. Comme M. Rocher, nous adoptons, pour les noms chinois, l'ortho-
graphe établie par Sir Thomas Wade, ministre plénipotentiaire d'Angle-
terre en Chine, dans son Tiu-erhH>hi ou cours de chinois, ouvrage bien
connu des sinologues. Nous dérogeons toutefois à cette règle pour les
localités habitées par des résidents européens, et dont les noms, depuis
longtemps vulgarisés, s'écrivent avec des orthographes différentes.
3. Voir Bulletin de la Société, no de décembre 1877, p. 602.
soc. DE GÉOCR. — AOUT 1880. XX. — 12
178 LA PROVINCE CHINOISE DU YUN-NAN.
principale voie de oommunication du Yûn-aaa avec le centre
de la Chine.
Les deux chapitres suivants donnent les itinéraires suivis
de Yiin-nan-fuàCh*êng-Ghianget àHsin-hsin. C'est pendant
ces voyages, et ceux qu'il fit plus tard à Meng*tz6, à Ta-
chuang et à Man-hao, — cette dernière localité située sur
le haut du cours due Pleuve Rouge, — que M. Rocher a pu
se rendre bien compte des ressources du pays qu*il décrit
en homme pratique, désireux de se renseigner sur les avan-
tages commerciaux qu*il peut offrir.
Le chapitre v du premier volume renferme un essai his-
torique sur la province du Tûn-nan d'après des documents
chinois, depuis 2000 ans, époque à laquelle leYûn-nan s'est
trouvé pour la premièrefois en rapport direct avec la Chine.
Trois noms attirent surtout l'attention dans ce court résumé
historique. Le premier est celui du lettré Chu Ko-Iiang,
général heureux et sage organisateur; il vécut au com-
mencement du III* siècle de notre ère. Le deuxième nom
est celui de Kolo-fêng qui monta sur le trône en 748; il
débarrassa son pays de la présence des Chinois, s*y établit
en maître et lui donna le nom de Taméng-Euo. En6n, le
troisième nom à citer, et qui rappelle pour le Yûn-nan
une période fortunée, est celui de Wu-san-Kuei. Ce célèbre
général était, vers 1644, au moment de la chute de la dy-
nastie des Ming, en garnison à Shan-haï>kuan, et il devint
plus tard Toiganisateur heureux et aimé des peuples de la
province du Yun-nan, dans laquelle il mourut. Sous le règne
de ce prince, qui avait été amené à se mettre en lutte avec
la dynastie tartare aujaurd'hui régnante, dont il avait d'abord
favorisé Tétablisseoient, Pindustrie des métaux, jusqu^ors
dans l'enfance, prit de grands développements.
Le chapitre i^ da second volume est consacré aux
aborigènes du Yûn-nan, qui portent les noms de Miao-tzû,
de Maihtiù, de Pa-i, de Lo-lo ou de I*jèn, et aux produits
du croisement de ces races avec les Chinois, les Lao-Uens et
LA PROVINCE CHINOISE DU YUN-KAN. 179
les Tbibétains, qui sont coanus sous les uoois de Min-chia,
I-chia, etc.
Yiennent ensuite cinq chapitres consacrés à la rébellion
musulmane et qui comblent une lacune importante dans
l'histoire moderne de la Chine. M. W.-F» Mayers dans le
Fraser' B Magazine de novembre 1872, et M. Dabry de Tbier-
sant dans diverses publications et dans un livre étendu, ont
fait jusqu'ici des recherches sur cette question; mais au-
cun auteur n'a pu encore porter dans ces études la préci-
sion dont M, Rocher fait preuve, grâce à l'avantage qu'il
avait d'être sur les lieux et en relations fréquentes avec
les. principaux acteurs de la lutte. 11 nous montre cette san*
glante tragédie dont il faut rechercher l'origine à Tannée
1855. dans un conflit survenu à propos de filons de mines
argentifères, contestés entre musulmans et Chinois; il nous
fait voir la faiblesse des autorités provinciales, incapables
d'arrêter ces troubles à leurs débuts, et laissant s'accomplir,
le 19 mai 1856» un massacre des musulmans qui achevait de
mettre aux prises les deux camps.
M» Rocher nous raconte en détail les événements princi-
paux de cetle guerre, les épisodes, les perfidies et les cri-
mes dont elle fut souillée. Elle ne fut terminée qu'après
seize années et après avoir épuisé les ressources et la popul-
ation du Yiin-nan.
Le chapitre vu du deuxième volume est consacré à la
métallurgie du Yûn-nan. Les connaissances mécaniques
de M. Rocher, sa position de créateur d'un petit arsenal lui
donnent une compétence spéciale dans ces questions. La
province de Yûnnian est, au point de vue des minerais, une
contrée des plus riches» On y trouve en abondance le fer et
le cuivre; l'étain ne s'y rencontre que dans une seule loca-
lité, à Kuo-chiu, près de Lui-an, mais il y est la source
d'une industrie prospère. L'or et l'argent se trouvent aussi
dans cette province en quantités notables; ils y sont, ainsi
que le mercure, un objet d'exploitation importante. Enfin
180 LA PROVINCE CHINOISE DU YON-NAN.
le Yiin-nan renferme d'autres produits moins importants,
tels que le saphir, la topaze, le rubis et d'autres pîerreN
précieuses* Des planches intercalées dans le texte de l'ou-
vrage font connaître les procédés d'exploitation des Chi-
nois. Une liste des mines exploitées est donnée pour chaque
département du Yûn-nan ; l'état de trouble de la province
n'a malheureusement pas permis d'établir avec quelque
certitude le rendement possible.
Le viii° et dernier chapitre du second volume intéresse
particulièrement la géographie : c'est une étude sur les
routes commerciales du Yùn-nan. Six voies de communi-
cation sont libres à présent pour le commerce du Yiin-nan
avec l'extérieur, mais une seule offre les avantages pratiques
voulus, c'est celle du Fleuve Rouge.
D'après M. Rocher, il faut quatre-vingts jours pour se
rendre de Han-Kow à Yiin-nan-fu par le Yang-lzû-chiang
et le lac Tung-t'ing. Les frais de transport à dos de mu-
let d'une charge de 60 kilogrammes sont de 65 francs; dans
ce chiffre ne figurent pas les droits de douanes intérieures,
ni ceux de transport par eau, qui sontélevés. Lesautres voies
de communication qui se dirigent vers le centre de la
Chine sont moins onéreuses, mais prennent beaucoup plus
de temps.
Dans l'ouest de la province se trouve La route de Ta-ll-fu
à BhamOy que les Anglais de l'Inde s'efforcent d'ouvrir. Le
trajet, qui dure de dix- huit à vingt jours d'une ville à l'autre,
est rendu des plus pénibles et des plus coûteux par les hautes
chaînes de montagnes que franchit la route; aussi les marchan-
dises qui viennent de l'ouest par cette route dépassent-elles
rarement Ta-li*fu ; leur transport coûterait 71 francs par iHÙ
kilogrammes jusqu'à Yûn-nan-fu, ce qui est excessif pour la
plupart des marchandises et rend cette voie peu avanU-
geuse.
Une cinquième route est celle qui met en communicaliou
le Yûa*nan avec Canton par le fleuve Hsi-Chiang. Elle de-
LA PROVINCE CHINOISE DU YUN-NAN. 181
mande quatre-vingt-dix jours aux produits pour les trans-
porter de Canton à Yiin-nan-fu. Les obtaeles de la rivière
et les nombreux pirates qui infestent ses bords auraient
vite fait abandonner cette voie dès que ia route du Fleuve
Rouge serait régulièrement pratiquée.
D'après M. Rocher il faut seulement trente-cinq joiirs,
dont dix de voyage par terre, pour se rendre, par la vallée
du Fleuve Rouge, de Ha-noï à Yûn-nan-fu. Ce-chiffre suffit
pour révéler les avantages qu'offre celte voie de communi-
cation et combien il est désirable qu'elle soit ouverte réel-
lement et puisse être mise à profit sans entraves.
L'ouvrage de M. Rocher, qui contient une carte du Yiin-
nan, se termine par des noies sur la peste en Chine qui
ont déjà fait l'objet d'une précédente communication à la
Société*.
Pour terminer cet exposé, je constate combien est oppor-
tune la publication d'un excellent livre destiné à porter la
lumière sur un des côtés de la question du Tonkin, dont le
gouvernement et nos pouvoirs publics s'occupent actuel-
lement ajuste titre.
1. Voir le Bulletin do la Société, no de décembre 1879, p. 504.
CORRESPONDANCES
la rivière sagalïud et les douli doupis (ile de bornêo),
par le d*^ montano, chargé de mission du ministère de
l'instruction publique ^
A bord du Pasigi près Davao (Mindanao), 9 avril 1880.
Nous sommes arrivés le 22 janvier à Elok Poora, situé à
l'extrémité nord de la côte occidentale du golfe de San-
dakan. Cette ville, ou plutôt ce petit village formé de quel-
ques cases^ est de création toute récente et administré par
un des résidents (gouverneur) de la « British Bornéo Com-
pany. » Celte compagnie anglaise vient d'acquérir des sul-
tans de Broenéi et de Soulou tout le territoire qui s'étend
de la baie Santa-Lucia (côte orientale de Bornéo) à la rivière
Bintoeloe sur la côte occidentale, un peu au nord de La-
boean» Il faut se féliciter de l'arrivée des Européens dans
ces régions, derniers repaires delà piraterie ; la compagnie,
dont les ressources sont puissantes, est bien organisée, et
on peut espérer que son influence contribuera efficacement
à l'abolition de l'esclavage, encore en pleine vigueur sur tous
les points des côtes qui reconnaissent ou reconnaissaient
plus ou moins l'autorité du sultan de Soulou.
La « British Bornéo Company » a aussi des résidents à
Tampasog et Papa, sur la côte nord ; mais n'ayan pas visité ces
points, je ne puis vous donner des détails que sur Ja baie de
Sandakan. Nous y avons reçu le meilleur accueil du rési-
dent, M. W. B. Pryer, qui s'est empressé de mettre une
case à notre disposition et qui a fait tout ce qui lui était
possible pour faciliter nos recherches ; elles ont été cepen-
dant bien difficiles, mais celte difficulté est seulement im-
putable aux circonstances; les environs d'Elok Poora sont
1« Communication due à Tobligeance de M. le Ministre de l'Instruction
publique.
LA RIVIÈRE SÂGALIUD ET LES BOULI DOUPIS. 18^
d*ailleurs peu favorisés sous le rapport de l'histoire naturelle*
Dès les premiers jours de notre arrivée, un heureux ha-
sard me fit rencontrer deux indigènes appartenant à la race
des Bouli Doupis, race non décrite et très remarquable par
ses caractères anthropologiques, qui diffèrent si essentielle-
ment de ceux des Malais et des Maures, ainsi que vous pour*
rez en juger par l'examen de nos observations et de nos
photographies. Je résolus d'aller étudier ces indigènes chez
eux, dans un de leurs villages situé sur la rivière Sagaliud,
qui débouche au fond du golfe de Sandakan.
Malgré l'intervention directe de M. W. B. Pryer, qui me
donna deux rameurs, le seul praw que je pus me procurer
était tellement petit que M. Rey et moi ne pouvions y aller
ensemble ; les ressources de la naissante Elok Poora sont
excessivement limitées. M. Rey resta donc à Elok Poora et,
je partis le 5 février avec mon domestique Tagal, indispen-
sable àlamanœuvre, etmon bagage, qui, bien que réduitaux
armes et instruments les plus indispensables, encombrait
singulièrement ma légère embarcation.
Le golfe de Sandakan est semé d'îles nombreuses et pré-
sente en plusieurs points des bas-fonds ; néanmoins les na-
vires d'un fort tonnage peuvent y naviguer sans difficulté ;
les côtes, profondément découpées, eurent de nombreux
mouillages, et, sur la côte ouest sont de nombreux points
où les navires peuvent accoster à quelques mètres du bord.
L'entrée du golfe est sans dangers; elle présente seulement
des courants de marée assez violents dus aux dimensions
restreintes de la passe. Mais en ce moment quelques praws
de Biadjaws et quelques rares schoonerfs de Laboen, de
Soulou et de Tawi-Tawi sillonnent seuls ces eaux que ne
troublent jamais les gros temps-
Toute la région du golfe de Sandakan paraît uniquement
constituée par du grès. La côte ouest est formée de collines
élevées, chargées de forêts et-, en quelques points, par des
falaises à pic dont les stratifications plongent de Test vers
LA RIVIÈRE SAGALIUD ET LES BOULI DOUPIS. 185
rôuest sons un angle d'environ 45**. La végétation, très
abondante, est surtout constituée par des FicuSj des Dipté-
rocarpées et par un très grand nombre i'upas. La côte,
beaucoup plus basse, est couverte de Cicadées, ùe Casuari-
nées et de rotangs ; la roche y est beaucoup moins compacte
ci a formé des plages d'un sable très fm.
Je suivis la côte ouest et je doublai la pointe occidentale
deTilc Hadji-Poulou. La végétation, couvrant des falaises éle-
vées, présentait parfois de larges terrasses du plus grand eifet;
en quelques points leur stratification est inclinée du nord
au sud. Mais les beaux paysages sont presque absolument
déserts ; quelques cases seulement dans le voisinage immé-
diat d'Elok Poora, et sur la côte sud, au fond du golfe, deux
petites agrégations d'émigrés de Soulou. Sur la côte de Tîle
Hadji, je passai devant Djalaman et Tiniban, misérables cases
que mes rameurs appelaient des villages ; leurs habitants,
Malais et Soulouans, me firent assez mauvaise «nine; cette
apparence d'hostilité, d'ailleurs sans aucune importance,
était uniquement due à la présence de mon domestique tagal.
Je passai la nuit mouillé près de Hadji et j'entrai le len-
demain dans la rivière Sagaliud. Son embouchure est large
mais obstruée par une barre au milieu de laquelle existe
un chenal d'une vingtaine de mètres de largeur, où à marée
basse il n'y a que l",50de fond ; mais on arrive rapidement
sur des fonds de 6 mètres. A l'embouchure, les rives sont
basses et recouverte de palétuviers qui sont remplacés parle
palmier wtjpa, et plus loin par la forêt analogue à celle qui
couvre la côte occidentale du golfe. Ma navigation fut d'a-
bord fort incertaine, parce qu'on n'avait pu m'indiquer qu'à
peu près la situation du village de Sagaliud, résidence des
Bouli Doupis. Le cours de la rivière étant excessivement
irrégulier, je m'engageai plusieurs fois dans des affluents
avant de trouver le cours vrai.
Sur les deux rives s'élevaient des murailles impénétrables
de végétation et sans aucun vestige d'être humain. Navi-
186 Là RlVl£]RS SAGAXJUD ET USS BOUU DOUPIS.
gaant ainsi un jour et demi daos la solitude la plus absolue
et au milieu d'un silence raremeot troublé par les cris des
singes et des oiseaux, j'arriTai à ce que les Bouli Doupis
appellent leur village, qui consiste simplement en une
dizaine de cases éparses sur la rive, au milieu d'un défricbe-
ment de deux ou trois hectares que la forêt envahit déjà de
toutes parts. Le dénuement de ces indigènes n'est égalé que
par leur paresse et le désir de gagner beaucoup d'argent
saos rien faire. Quelques présents et quelques piastres m'as-
surèrent la possession d'une espèce de grange. Je m'occu-
pai immédiatement de déterminer la longitude du village
de Sagaliud, que je trouvai à US" 0» 29" E. de Paris, et
que j'ai tout lieu de croire exacte si mon chronomètre n'a
pas été trop influencé parle trajet, trois observations m'ayant
donné des résflltats semblables àquelques secondesd'arc près.
J'entrepris ensuite de recueillir les observations anthro-
pologiques des Bouli Doupis. La question des portraits avait
été assez facilement résolue, mais il n'en fut pas de même
pour les mensurations. Les Bouli Doupis montrèrent une
répugnance manifeste à passer sous une toise, et ce ne fut
qu'à force de cigares et de miroirs que je pus vaincre les ré-
pugnances de quatre d'entre eux. Néanmoins ces quatre men-
surations jointes aux six photographies, présentent, je pense^
des éléments sufBsants pour la détermination de cette race
si intéressante.
Les Bouli Doupis, dont les traits presque européens pour
quelques-uns, altérés par des métissages évidents chez les
autres, sont dans tous les cas supérieurs à ceux des Malais et
des Soulouans qui les environnent, et ne paraissent pas leur
être inférieurs sous le rapport de la force physique et de
l'adresse ; commB ces derniers ils accomplissent facilement
de longs trajets à la rame ; ils sont adroits à la chasse et tuent
des rhinocéros et des éléphants avec de mauvais fusils char-
gés de lingots de plomb qui ne sont pas même de calibre. Les
maladies de la peau, notamment Tichthy ose, paraissent plus
LA RIVIÈRE SAGALIUD ET LES BOULI DOUPIS. t87
rares chez eux que chez les Malais ; l'épilepsie et la folie, si
fréquentes chez les races en voie d'extinction, paraissent
peu communes parmi eux; leurs enfants ont en général Tab-
domen moins développé que les enfants malais; sauf un cas
de myopie et un autre d*héméralopie, je n*ai rien noté de
particulier sur les 30 sujets que j'ai pu étudier directement
d'une façon plus ou moins complète. Les femmes ont une
vieillesse précoce, mais c'est là un fait constant chez toutes
les populations de ces pays-ci, et il est sans doute en rapport
avec l'influence exercée par le climat sur les fonctions de
la génération; la santé des Européens qui vivent ici depuis
quelque temps fournit en partie l'explication de ce phéno-
mène, influencé d'ailleurs par plusieurs autres causes. Néan-
moins il n'est pas douteux que la race des Bouli Doupis ne
soit en pleine décadence. Plusieurs de ces indigènes parlant
assez bien le malais, j'ai pu réunir quelques renseignements
sur leur condition passée et actuelle.
Les Bouli Doupis se croient originaires d'une île Kami-
guil à Test de Sandakan, qui n'est pas marquée sur la carte
no 2123, et dont Texistence me parait au moins douteuse.
Sur les collines de cette île croît un arbre spécial appelé»
Doupi (qui n'existe pas dans le golfe de Sandakan), et c'est
de là que vient leur nom û'Orang Bouli Doupi^ c'est-à-dire
hommes de la montagne du Doupi,.
Autrefois très nombreux*, ils étaient répandus sur les
1. C'est ce que parait confirmer Texistence de dénomioatioiis géogra-
phiques Bouli Doupis, là où ces derniers ont cessé de vivre depuis long-
temps ; ainsi Boulé Sinsim, à l*entrée du golfe de Sandakan, où il n*exi8te
aucune trace de Boulé Doupis. Personne n'a pu m*indiquer la «ignifica-
tion du mot sinsiin* Du reste, on se heurte fréquemment à des difScultés
pareilles. A Soulou, par exemple, il y a une montagne appelée Tuman
tangis; tout le monde (y compris lo pandita maure et l'Interprète du
gouvernement) m'assurait que Tuman tangis signifiait : la Montagne des
pleurs, ce qui est parfaitement erroné, montagne des pleura devant être
exprimé en soubuan par Bouquid tangis. Tout le monde était d'accord
pour affirmer que tuman ne signifiait rien. Ge n'est que plus tard, en
étudiant le bisaya, que j'ai vu que tuman était une de ces racines si
fréquentes dans les dialectes de l'archipel, destinées à exprimer la modah
188 LA RIVIÈRE SAGALIUD ET LES BOULI DOUPIS.
côtes; maintenant on ne les trouve plus qu'à Sagaliud
let sur quelques points des rivières Kinobalangau (est de
Sandakan) et à Labouk (à l'ouest de Sandakan). Ils sont
incapables de dire, môme à peu près, quel est leur nombre.
Les agents de la «Brilish Bornéo Company» l'évaluent à un
millier d'âmes, dispersées en petits groupes.
Il est probable qu'ils ont été refoulés dans l'intérieur par
les Malais, et qu'ils diminuent parce que leur paresse ne
trouve pas dans l'intérieur l'existence facile que ces races
dénuées de besoins se procurent au bord de la mer. Certes,
la terre ne leur manque pas ; ce sol fertile est tellement dé-
sert, que dans toute la région comprise entre les rivières
Sagaliud et Kinobatangan *, sur une largeur d'environ 60 ki-
lomètres, il n'y a pas une seule case. A part quelques armes
d'une qualité très inférieure, les Bouli Doupis ne possèdent
aucun instrument. C'est à peine s'ils récoltent un peu de riz
et quelques patates; ils[mourraient de faim, s'ils ne rencon-
traient quelques nids d'hirondelles et de la gutta-percba
qu'ils échangent, chez les Chinois établis sur la côte, contre
du riz et quelques étoffes.
L'incurable paresse des Bouli Doupis explique leur rapa-
cité et le tarif élevé auquel ils cotaient tous les services que
je leur demandais. Mais celte rapacité ne va pas jusqu'au
vol ; ce délit, ainsi que tous les autres, est à peu près
inconnu chez eux. Du reste, toute infraction grave ou légère
à leurs usages est uniformément punie de mort. La justice
est rendue sommairement et sans appel par leurs chefs, qui
portent le nom de Panghuia et dont la dignité est hérédi-
taire, suivant les prescriptions du Koran. Les Bouli Doupis
professent la même religion que les Soulouans, c'est-à-dire
un islamisme dont les pratiques sont excessivement simpli-
lité des verbes et substantifs. Tuman iangis signifiait : le Heu qui pro-
voque les pleurs t sens qui concorde parfaitement avec la légende de celle
montagne, telle que me l'a racontée le sultan de Soulou.
1. Voir carte n* 2123 de l'Hydrogr. française.
L.V IIIVIÉRE SAGALIUD ET LESDOULI DOUPIS. 189
fiées. Ils ont des prêtres ou pandits, dont Tinstruction doit
être à peu près nulle^ même en matière de religion, car ils
parlent peu ou point le malais, et il n'existe pas de traduc-
tion du Koran en langue bouli doupi. Ils admettent Tescla-
vage et seraient polygames si leurs ressources leur permet-
taient le luxe de plusieurs femmes; par leur douceur et leur
respect des Européens, ils diffèrent essentiellement des Sou-
louans, ainsi que par leur répugnance aux agressions vio-
lentes; quand ils commellent un homicide, c'est au moyen
du poison; ils passent pour assez habiles dans la prépa-
ration des breuvages toxiques, dont la base leur est am-
plement fournie par les plantes qui abondent dans leurs
forêts.
En somme, Tinfériorité des Bouli Doupis vis-à-vis des
Malais et des Soulouans tient beaucoup moins à leur intelli-
gence qu'à leur caractère. Il en est ainsi parmi les popula-
tions les plus civilisées ; mais je ne crois pas que la dé-
monstration de ce fait soit nulle part aussi évidente que
parmi les populations qui vivent, ou plutôt sont en train de
s'éteindre, au contact de la race malaise.
La langue des Bouli Doupis diffère beaucoup du malais
et aussi du soulouan, dialecte infîniment plus voisin du
bisaya que du malais. Beaucoup de termes malais sont
passés sans altération dans la langue bouli doupi, ce qui
est, si je ne me trompe, un indice du peu de parenté des
deux langues; ces termes sont surtout relatifs à l'astronomie,
à la géographie et au commerce. La numération cependant
est, ainsi que les pronoms, presque exactement soulouane.
Ce dernier dialecte me paraît aussi avoir influencé la syn-
taxe et la formation des verbes, qui dans tous les dialectes
des Philippines reposent sur des bases identiques et très com-
pliquées. Mais le fond de la langue et notamment les termes
qui désignent les plantes et les animaux de la région de
Sandakan, ne me paraissent pas pouvoir être rapportés à
des racines malaises ou soulouanes. Cela demande du reste
190 LA RIVIÈRE SilGÀLIUD ET LES BOUU DOUPIS.
un examen plus approfondi, auquel je pourrai me livrer plus
tard au moyen des vocabulaires soulouans et bouli doupis
que j*ai recueillis à Soulou et à Sagaliud.
Les environs du village de Sagaliud ne m^offrant pas les
facilités sur lesquelles je comptais pour les collections d'his-
toire naturelle, je résolus de remonter plus haut dans la
rivière; il me fallait pour cela un praw encore plus léger que
le mien. Je passai quelques jours sans pouvoir l'obtenir, je
ne sais trop pourquoi ; enfin, les moyens ordinaires surmon*
tèrent les scrupules des indigènes, et je pus entreprendre la
reconnaissance que je projetais.
Le cours supérieur de la rivière Sagaliud présente la végé-
tation et la solitude absolue déjà notées sur le cours infé-
rieur; son lit ne tarde pas à se resserrer et à être obstrué
par d'énormes troncs d'arbres entraînés par des crues;
comme je trouvais toujours de bonnes profondeurs, je m'obs-
tinais à avancer ; mais les obstacles devenant de plus en plus
fréquents, je dus, après une journée de navigation, revenir en
arrière ; malgré les écrasantes fatigues qu'ils avaient subies*
mes rameurs n'avaient pas manifesté la moindre impatience,
mais leurs forces s'étaient épuisées à traîner notre praw au-
dessus des digues naturelles que nous rencontrions à chaque
instant; d'un autre côté, il était impossible d'avancer par
terre au milieu de la forêt remplie de fourrés impénétrables;
je me résignai donc au retour, quoique cette partie du bassin
de la i:ivière Sagaliud me parût offrir des ressources abon-
dantes pour l'histoire naturelle; je rencontrai, notamment,
de nombreuses et récentes traces de rhinocéros et d'élé-
phants ; mais pour tirer parti de ces richesses il aurait fallu,
vu l'état des lieux, organiser une expédition dont la prépa-
ration et l'accomplissement eussent exigé au moins deux *
mois. Je revins donc au village de Sagaliud, où je repris mon
praw et mes bagages qui étaient absolument intacts; ils
contenaient cependant beaucoup d'objets excessivement
précieux pour les Bouli Doupis, et je connais assez mon
hk RIVIÈRE SA6ALIDD ET LES BOULI DOUPIS. 191
domestique tagal pour Aire certain qu'il n'arait exercé sur
eux qu'une surveillaace très intermittente.
£jn arrivant à Elok Poora j'appris qu'il ne fallait plus
compter sur le bateau que j'attendais pour revenir à Sou-
lou. Après quelques jours de privations assez pénibles, car
elles succédaient aux fatigues et aux privations que j'avais
subies dans mon excursion à Sagaliud, nous eûmes la satis-
faction aussi intense qu'imprévue de voir mouiller devant
Elok Poora le croiseur KergueleUj à bord duquel nous reçû-
mes l'accueil le plus courtois et le plus cordial. M. le com-
mandant Mathieu, capitaine de frégate, qui se dirigeait sur
Manille, eut l'obligeance de nous prendre à son bord et de
nous porter à Soulou ; le trajet, accompli avec une précision
et une rapidité remarquables dans ces mers semées d'écueîls
et dont les cartes sont très rudimentaires» fut charmant
pour noQs. Il y avait quatre mois et demi que nous étions
sans aucune nouvelle de la France, et nous nous trouvions
tout à coup sur un bateau français au milieu des compatriotes
les plus sympathiques : c'est là un des plaisirs les plus vifs
qu'il soit possible d'éprouver et dont nous remercions vive-
ment MM. les officiers du Kerguélmi qui nous montrèrent
d'ailleurs une obligeance à toute épreuve.
Nous sommes partis le 6 avril de Soulou pour Davao^ oîi
je compte arriver demain.
Je vous envoie la carte de la rivière Sagaliud (golfe de
Sandakân, Bornéo) que j'ai levée pendant mon excursion sur
eette rivière. J'y joins les calculs qui ont servi à l'établir afin
qu'on puisse les contrôler ^. J'ai réglé monchronomètre à
Elok Poora, point qui n'est pas marqué sur la carte du Dé-
pôt de la marine n° 2123, et qui doit être porté sur cette
carte à 5U6' 30" latitude nord et à 115<» 51' longitude est
de Paris.
1. J'ai fait mes calculs au moyen du Nautical Almanach n'ayant pas en
ce moment la Connaissance des Temps pour 1880.
OUVRAGES OFFERTS A LÀ SOCIÉTÉ
Séance du 7 novembre 1880 (suite).
— Bulletin of thc Uniled States Geological and Geographical Survey oi
the Terri tories. Vol. IV, number 4. — Vol. V, number 1. Washington,
1878, 1879. 2 broch. in-8^
— Catalogue of thc publications of the United States Geological and Geo-
graphical Survey of the Territories. Third édition, 1878. Washington.
1879. Broch. in-8*>. Department of the Intebioi.
G. H. Davis. — Astronomical and meteorological observations made, du-
ring the year 1875, at the United Slatcs Naval Observatory. Washing-
ton, 1878.'^1 vol. in-4".
Simon Newcohb. — Researches on the motion of the moon. Made sit ib^
United States Naval Observatory, Washington. Part, I. Réduction and
discussion of observations of the Moon before 1750. Washing^oa, 1878.
1 vol. in-^**. United States Naval Observa tobv.
Catalogue of Charts, plans and views published by the United States
Hydrographie Office, with a list of books sold to agents. Washington,
1879. 1 vol. in-S**. Htdrographic office United States Navt.
Annual Report of the board of régents of the Smithsonian Institution,
showing the opérations, expcnditurcs, and conditions of the Institution
fothe year 1877. Washington, 1878. 1 vol. in-8«.
Smithsonian miscellaneous collections. Vol. XllI, XIV, XV. WashiD^too,
1878. 3 vol. in-S". Smithsonian Institution.
Antonius Ceruti. — Slatuta communitatis Novariœ anho MGGLXXVII lati
coUegit et notis àuxit. Novariœ, 1879. 1 vol. in-i".
DiREZIONE DELLA BiBLIOTECA CIVICA Dl NOVARA-
Richard Napp. — The Argentine Republic wrilten in german, assisted bj
several fellow^-writers for the central Argentine commission on the
centenary exhibition at Philadelphia. Buenos Aires, 1876. 1 vol.
in.8«.
Encvclopédie gëiiënile sur cet Elat: histoire. géo(^raphic, climatologie, (^éolo^ie.
faune
commerce
tioo.
et flore, ressources minérales, produits du sol, agriculture, communicatioDs,
erce. constitutioa et administration, instruction publique, l'armée. Vémign-
BUREAU OF Navigation. — Hydrographic office. — List of lights of the
Atlantic coast of Europe, the Knglish Channel and North Sea, inclnding
Spain, Portugal, France, Belg^ium, and HoUand. Corrected to sept. ^
1879. Washington, 1879. Broch. in-8». Hydrographic OFFia.
(A suivre.)
Le gérant responsable^
C. Maunoir.
SecréUiirc ^néral de la Commission ceiilr<ilc.
TARIS. — > IMrniMKniE éMILB MARTINET. RUI IIIGNOM, S.
^«^
J
S'
c
9
MÉMOIRES, NOTICES
-•-^
VOYAGE EN SONORA
PAR
A. PIMARTI
Le 26 octobre 1878, nous quittons San-Francisco à bord
du steamer Newbern, par un temps brumeux et une mer
houleuse qui semblent nous annoncer un passage désagréa-
ble. L'installation à bord laisse beaucoup à désirer et le
nombre de passagers qui se pressent dans la petite cabine
oti la pluie nous force à nous réfugier tous, en rend l'air
vicié et insupportable.
Le troisième jour, dans la matinée, nous passons la lati-
tude de San-Diego — le temps commence à s'éclaircir; le
30, vers cinq heures, nous apercevons pour la première fois
les côtes de la Basse-Californie — c'est la pointe de San -
Lazaro : une loma rocheuse et dénudée s'avance dans la
mer qui vient s'y briser avec fureur.
La côte dont nous nous rapprochons se présente à nous
comme une longue ligne de rivages sablonneux ; çà et là
seulement apparaît quelque rocher dont les taches grisâtres
nous annoncent notre arrivée aux pays de Vorchilla. Vers
dix heures du soir, nous jetons l'ancre dans la baie de la
Magdalena. Celte baie, située sur la côte ouest de la Basse-
Californie, est devenue dans ces dernières années un point
commercial d'une certaine importance et je crois devoir
m'y arrêter quelques instants.
Son étendue du nord au sud est d'environ dix lieues sur deux
à trois de largeur; deux passages donnent entrée dans la
1. Voir la carte jointe à ce numéro.
soc. DE 6É0GR. — SEPTEMBRE 1880. * XX — 13
194 VOYAGE EK SONORA.
baie que ferme l'île basse et sablonneuse de Santa-Marga-
rila. Nous sommes à quelques encablures du rivage et la
petite ville de la Magdalena s'étage devant nous sur les
mamelons qui forment ici la côte. La montagne aride et
nue s'élève presque immédiatement derrière le village, et
au-delà se dresse un cône parfaitement régulier qui forme
un point de reconnaissance très caractéristique. La seule
végétation de ce pays consiste en quelques graminées, quel-
ques cactus rabougris et difiérentes espèces de lichen dont
le plus connu et le plus important est Torcbilla.
L'eau fait entièrement défaut, — la sécheresse de toute
cette contrée est terrible, — les pluies sont inconnues et
les quelques ruisseaux qui viennent apporter à la mer les
eaux de la fonte des neiges dans les montagnes ne coulent
qu'un mois ou deux par an. L'eau très saumâtre que l'on
emploie dans le village est apportée sur des barques d'une
distance de près de soixante-dix milles. L'Aiguade est située
au sud de la baie, dans le lit sablonneux d'un des petits
arroyos oti elle se conserve sous le sable la plus grande
partie de l'année. Une quinzaine de maisons et deux grands
magasins en bois constituent tout le village; la seule occu-
pation des habitants mexicains est la récolte de Torchilla,
qui se fait avec des embarcations le long de la côte. Le
bateau est approvisionné de vivres et d'eau pour le temps
nécessaire, car il ne faut pas compter trouver de quoi vivre
sur la côte. Au bout de quelques semaines, d'un mois, deux
mois peut-être, la récolte est achevée et le patron dispose
du résultat de son expédition. L'orchilla croît sur les rochers
de la côte et, suivant la longueur des filaments, elle a plus
ou moins de valeur. Elle se vend au port jusqu'à 150 piastres
îa tonne.
Une seule maison importante, celle de M. J. P. Haie,
s'occupe de ce commerce, et tous les ans elle expédie trois
ou quatre charges de navire en Europe.
Nous repartons le lendemain vers les trois heures et
VOTAGC EN 60N0IU. 1%
sortons de la baie par la même passe par laquelle nous
sommes rentrés ; l'île de Santa-Margarita, gtri sur sa face
intériemre est basse et sablonneuse, présente & sa face exté-
rieure un grand nombire de petits pics aigus et peu élevés
formant comme un chaos d'aiguilles ou de dents qui s'avau'-
cent dans la mer en pointes allongées, enserrant des Qords
innombrables.
Cette île, dont l'aspect me rappela une mâchoire de
requin, s'étend jusqu'au Cabo ToscOy promontoire terminé
par une falaise élevée, formée de roches rougeâtres très
particulières*
A partir de ce point, la terre paraît basse; de temps à
autre surgissent à notre gauche, à l'horiBon, quelques poin-
tes détachées qui paraissent autant d'îles isolées. La Sierra
est en effet ici peu ékvée. Ce n'est que vers la soirée de
ce même jour (31 octobre) que nous commençons à aper-
cevoir les formes arrondies de la Sierra de San-Lazaro qui
va en s'abaissant se terminer aux lomas ballonnées du cap
San-Lucas. Nous ne nous arrêtons qu'un instant, pour dé-
poser la malle, dans la petite baie formée à l'est du cap ;
à peine avons-nous passé que le courant violent du golfe de
Californie se fait fortement sentir et le pauvre Newbern roule
et tangue à cœur joie.
Le 2 novembre, dans la matinée, nousarrivons à Mazatlan.
Cetle ville est située sur la gauche d'une î)etite baie circu-
laire sur une presqu'île de sable qui réunît à la côte la
grande Farallone de Mazatlan. Nous mouillons loin de terre,
et commela chaleur est forte, je reste à bord. Le 3 novembre,
dès le lever du soleil, nous apercevons à nouveau la masse
chaotique du continent de la Basse-Californie — des mon-
tagnes noires, creusées, ravinées de tontes manières^ vien-
nent se briser sur la mer en immenses falaises. Çà et là une
anse au fond de laquelle l'œil fatigué aperçoit avec joie une
petite plage de sable et quelques maigres brins d'herbe.
Nous laissons à droite l'île de Gerralvo aussi désolée que
196 VOYAGE EN SONORA.
le continent — nous avançons vers le nord et la montagne
s'abaisse un peu ; ses flancs s'étagent en terrasses jusqu'à
la mer. Les dernières pluies ont produit leur effet sur cette
terre désolée, car çà et là nous pouvons apercevoir un point
vert. Vers les neuf heures, nous passons la pointe qui forme
l'entrée nord-ouest de la baie de la Paz, laissant à notre
droite l'île volcanique d'Espiritu-Santo. Les côtes de cette
île, comme toutes celles où nous venons de passer, sont
renommées pour leurs bancs d'huîtres perlières.
La ville de la Paz est située au fond de la baie du même
nom, bâtie dans une petite plaine qui s'étend entre la Sierra
de la côte et les contreforts de la Sierra Gigantea. Elle est
dans une véritable oasis pleine de verdure et d'arbres en
fleurs. La ville par elle-même est construite dans le style
mexicain : rues étroites et maisons d'adobe; mais la quan-
tité de papelotes (moulins à- pomper Teau) auxquels le
ays doit sa verdure, dénotent un esprit d'entreprise peu
connu dans ces régions.
La Paz contient à peu près quatre mille habitants, qui ne
vivent guère que du produit des mines del Triunfo, situées
à une trentaine de milles au sud.
Nous repartons le même soir et dans la nuit passons les
petites îles de San-Francisco et de San-José, puis, plus tard,
rîle de Carmen , si célèbre par ses sjlines.
Le 4, de très bonne heure, nous sommes en face de Mu-
lèje — nous traversons de nouveau le golfe et vers les onze
heures nous apercevons les silhouettes vaporeuses de la
sierra de Bacatète, vers l'embouchure du rio Yaqui.
Peu avant, dans la baie de Guaymas,la mer est décolorée,
présentant cette couleur rouge si commune dans ce golfe
et qui lui a fait donner le nom de Mar vermejo.
L'explication de ce phénomène est très simple, l'eau est
bourbeuse, et doit probablement cette couleur rouge aux
débris de la roche rouge et très friable des côtes, qu'elle
tient en dissolution.
VOYAGE EN SONORA. 197
L'entrée de la petite baie de Guaymas nous est cachée
jusqu'au dernier moment par une quantité de petites îles
rocheuses couvertes de « cerens » — tout d'un coup, en con-
tournant le derrière de ces îles, la baie se présente à nos
yeux et au fond, au pied de cerro de la vigia, s'étale la ville
de Guaymas.
Au point de vue pittoresque, elle n'oifre à peu près rien
d'intéressant — elle est sale, les maisons sont en ruines, tout
est dans un état d'abandon presque complet : l'église com-
mencée il y a quarante ans, et loin d'être achevée, tombe
déjà de vétusté et les zopilotes font leurs nids dans ses murs
d'adobe. La ville elle-même n'a guère qu'une cinquantaine
d'années d'existence; elle était connue autrefois sous le nom
de San-Fernando de Guaymas. La poblacion ancienne, oà
fut fondée la mission de San-José est située à sept milles
dans les terres; on la désigne généralement maintenant
sous le nom de a El-Ranviejo. »
Sur la droite de la ville, s'étend le cimetière où est
enterré le fameux aventurier français Raousset de Boul-
bon; dont les aventures et la fin tragique sont trop
connues pour que je vienne les répéter ici ; qu'il me suf-
fise de dire que sa tombe est dans un état complet d'a-
bandon.
Le nom de Guaymas nous suggère l'idée de nous infor-
mer de ce que sont devenus les Indiens qui portaient autre-
fois ce nom. D'après les recherches que j'ai faites, la tribu a
entièrement disparu; la seule famille à Guaymas qui des-
cende encore de ces Indiens, celle des « Palomares )),est
trop orgueilleuse pour vouloir avouer son origine. Il est
cependant un fait certain, c'est que les Indiens a: Guaymas»
appartenaient à la famille « Pima », famille qui s'étendait
même au moment de la conquête, jusqu'au rio Yaqui où
elle possédait le village d^ Belen, aujourd'hui occupé par
le^ Yaquis.
Guaymas est le port de Sonora et fait avec l'étranger et
198 VOTAOE EN SONORâ.
différents points de la c&te mexicaine aa commecce consi-
dérable. La Sonora est, en effets le grenier de toute la oùUd
mexicaine et elle exporte en quantité le blé et la larinepro-.
Tenant des différents districts de l'inlérieiir..
Le port de Guaymas peut espérer preitdire aous pen itsye
importance considérable. Une compagnie a eaeiEet fait les
derniers arrai^ements avec le gonvernemeiit mexicain pour
l'établissement d'une ligne ferrée qui, partant dn Fuesou
dans TArizona, trayerserait la Sonora et yiendrait aboutir au
port de Guaymas, donnant par cela môme un débouché
facile aux. richesses intérieures du pays. La grande impor-
4
tance de cette ligne ferrée Tiendrait surtout de ce qu'elle
mettrait en rellation Le port de Guaymas ayee le réseau des
chemins de fer américains,, et paonrafîl ââofsi y atticer une
grande partie du trafic de la Chine, du Japon et de l'Ans-
tralie.La disrtaoee, en effel| entre rAtlàniîque et lePaieiôqajB,
du golfe du Mexique au golfe de Californie, je suppose,
serait à peu près deux tiers plus courte q«e de New- York
à San -Francisco, et d'autre, part, la distaoce de Guaymas
aux ports de Chine, Japon, etc., seratl diminuée de près
d'un tiers de celle de San*Francisco.
De Guaymas partent aussi la plupart des expéditions qm
vont à la pêche des perles dans les différents points du
Golfe deCatifomie. Cette pêche a diminué beaucoup dans
ces dernières années et,, à rheure qu'il est, il reste tsrois ou
quatre barques pour faire le biAceo. Les « boceco » sont
presque tens indiens yaquis — ils signent un coatrai avec
le patron de rembarcation pour le temps de la pêche quii a
lieu en été quand la mer est calme. Cette période dure en-
Tiron trois mois -^ le bucero est nourri et retire un oiof
qnième du profit.
Les bancs d'huitr^ pevliôres sont bien épmisés eit les pau-
Tres bucaroe soint obligés maintenait d'aller à des pdrQ&n-
deurs très considérables et de rester longtemps sons Teau.
Il en est pen qui puissent résister, bien que quelctises-uns
VOYAGE EN SONÛBA. 199
d'entre eux arrivent à rester sous Teau jusqu'après de trois
nainutes.
Au moment où je me trouvais à Guaymas régnait une
épidémie de tonto — c'est, je crois, une forme peu vi-
rulente de la fièvre jaune ; les symptômes sont les mêmes
et les personnes du pays prétendent que celui qui a été
atteint du « tonto » est à l'abri de la fièvre jaune.
La maladie attaqua 95 p. 100 de la population, bien que
la mortalité fut insignifiante-
Le 12, au point du jour, nous prenons la diligence qui doit
nous conduire à Hermosillo. La roule traverse dans ce tra-
jet une contrée déserte, composée de collines roulantes
formant ça et là un cerro ou un pic de peu d'élévation. Le
sol est rougeâtre et il s'en élève une violente poussière dont
rod^eur toute spéciale a quelque chose d'astringent. Ça et là
un grand bouquet, des groupes de palo verde^ de « palo
hierro » dominées par les hautes colonnades des « pi-
tahayas ». Nous passons bientôt le petit rancho de Buenos
Ayres puis celui de la Noche-Buena, connus depuis l'affaire
Raousset deBoulhon.
Vers les dix heures, nous passons la a Gieneguilla », autre
rancho d'une certaine importance auprès duquel ont eu
lieu les premières escarmouches au temps de roccujxation
française.
Peu après avoir passé ce point, nous franchissonsle par-
tie la plus élevée de la route — devant nous s'élève les peti-
tes chaînes détachées qui bordent le rio de Sonora. Nous
traversons et retraversons maintes fois les lits desséchés des
arroyos qui, à la saison des pluies, viennent décharger
leurs eaux à la Gieneguilla.
Nous avons à franchir un col pour descendre dans la val-
lée d'Hermosillo — de loin le passage s'indique par deux
pics en forme de pyramides, se détachant sur l'azur clair
du ciel. Peu après avoir passé ce dernier point, noiis nous
arrêtons un instant au rancho de la Palma.
200 VOYAGE EN SONORA.
Ce rancho, qui était autrefois sur la route directe des
incursions des barbares Apaches et Seris, est bâti en forme
de quadiilatère avec « torrcons » ou tourelles aux angles
opposés.
La nuit nous surprend et ce n'est que vers les huit heures
que nous rentrons dans le Pueblo de Seris, traversant à
sec le lit du Sonora et arrivant enfin à Hermosillo, après une
journée de forte chaleur et de fatigue.
La ville d*Hermosillo, aujourd'hui ruinée, avait encore,
il y a quelque temps, une population d'environ huit mille
âmes; elle n'en compte même pas quatre mille aujourd'hui.
La ville est de fondation récente, devant son origine à la
mission del PitiCy fondée au siècle dernier. La mission fut
ensuite transformée en « Presidio » qui conserva le nom de
Pitic jusqu'en 1830, époque oti elle prit le nom actuel avec
la désignation de « villa ». En face, sur l'autre rive de la ri-
vière, est le Pueblo de Seris ou de San-Pedro de la Con-
quista.
Ce Pueblo fut fondé vers le commencement du siècle
comme mission de Seris, c'est-à-dire que le gouvernement
espagnol ayant réduit la plus grande partie de la tribu des
Seris, les amena à ce point pour essayer de les civiliser. —
Quelques détails sur ces Seris seront je, crois, ici de cir-
constance. Leur tribu habite toute celte région de la Sonora,
coinprise entre le rio de TAltar au nord, le rio de Bucurpe à
l'est et la route que nous avons suivie de Guaymas ici, au
sud. Ils vivaient surtout sur la côte et dans les îles de
Tiburon qui leur servaient, au besoin, de retraite.
L'intérieur du pays ne leur fournissant aucune nourri-
ture, ils ne visitaient ces régions que pour venir tomber
à l'improviste sur les Indiens agriculteurs qui habitaient
les vallées intérieures, puis ensuite sur les Espagnols qui
y fondaient leurs haciendas. Aujourd'hui très réduits en
nombre, ils comptent à peine quatre cents, ils vivent retirés
sur la grande île de Tiburon.
VOYAGE EN SONORA. 201
Le Seri appartient à une famille toute différente des
populations indiennes de la Sonora. 11 me paraît ôtre l'ha-
bitant primitif refoulé ensuite par les populations de la
famille Pima-Opata qui conquirent le pays à une époque
plus récente. Le Seri est grand, élancé, bien formé, diffé-
rant beaucoup en cela des autres populations sonoriennes
qui sont petites.
J*ai été frappé de la ressemblance que j'ai trouvée dans
leur langue avec celle de certaines populations californien-
nes, par exemple les Mutsun.
Revenons maintenant à Hermosillo: au sud-est de la
ville, et presque entouré par elle, estlecerrode la Campana
— c'est un cerro composé d'une roche blanchâtre et dure,
ressemblant à du marbre. Si l'on frappe avec une autre
pierre quelques-uns des gros blocs qui s'en sont détachés
et sont vpnus rouler à sa base, ceux-ci rendent un son
argentin et sonore qui a fait donner au cerro le nom de
colline de la cloche. Du sommet de ce cerro, la rue s'étend
au loin sur la plaine d'Hermosillo. A nos pieds, le lit à sec
du rio de Sonora, dont les eaux sont conduites par des ca-
naux d'irrigation aux différentes haciendas que nous aper-
cevons tout autour de la ville.
De Hermosillo, nous nous dirigeons vers Ures, la capitale
de l'Etat. La route nous fait suivre le rio de Sonora dont
les rives sont ici couvertes d'haciendas. Peu après avoir
quitté la ville, nous traversons le rio de Gucurpe qui vient
ici se joindre à celui de Sonora; de là le nom «del Pitic»
ou Pickin qui en Pimo veut dire: confluent de deux riviè-
res. Le pays que nous traversons entre Hermosillo et Ures
est la partie la plus riche de toute la Sonora. C'est ici l'ha-
cienda du Chino Gordo, avec ses immenses champs de blé
et de cannes, et ses moulins à farine et à sucre. C'est un
peu plus loin Topahue, puis San-José de Gracias, etc.
Jusqu'à San-Luis, la route que nous suivons est très
monotone.; à partir de ce point elle devient plus pittoresque,
202 VOYAGE £N SONO&A.
les montagnes se resserrent et viennent former un eau on
au fond duquel coule, en mugissant, La rivière que nous
traversons sans cesse, suivant que son lit passe à droile on
à gauche. Les murs de ce canon, qui s'élèvent en certain
points jusqu'à 600 ou 700 pieds^soatcouvertsde la végétation
si particulière à cette contrée de pitahayas et de cinltas» Ce
passage montagneux une fois franchi nous descendons^ da ns
la plaine de Ures où le rio perd à nouveau ses eaux em-
ployées pour l'irrigation des haciendas del Gavilan, Santa-
Rosa et de San-Rafae. Peu avant d'arriver à la capitale,
nous en avons la première vue. S'élevant au milieu des
arbres et ayant comme fond les montagnes de la Sierra
d'Aconchi, Taspect est agréable et riant, mais au fur et à
mesure que nous avançons l'illusion s'en va, Ures n'est
qu'un monceau de ruines — voilà ce qu'ont fait quarante
ans de révolutions. Aussitôt arrivés, noua allons présenter-
nos hommages au gouverneur de l'Etat, le général Vicente
Mariscal, qui me reçut avec une parfaite urbanité et se mit
entièrement à ma disposition pour les recherches que
j'avais à faire.
Mon séjour à Ures fut occupé à compulser les documents
des archives de l'Etat et à organiser mon expédition au
rio de Sonora et dans le nord de l'Etat. Pour cela, je me
procurais des chevaux et des guides ; l'un de ees derniers
était venu au Sonora avec le célèbre Raousset.
Ures, comme la plupart des poplacions de Sonora, doit
son origine à la mission de San-Miguel. On m'assure qu'il y
avait, à une époque encore peu éloignée, des archives inté-
ressantes, relatives aux missions; mais, il y a quelques an-
nées^ le curé ivrogne dTres ne trouva rien de mieux à faire,
dans un de ses jours de gaieté, que d'allumer un feu de
joie avec ces vieux papiers. Combien de documents intéres-
sants ont disparu ainsi, soit par incurie, soit durant les
révolutions» où tout papier, si imporUmt qu'il soit^ sert à
faire des carioucbes I
VOTÂOE BH SONIHiCA. 263
Le 4 décembre, nous Bouameltona en rooto pour krrio
de Sonora.
Partant d*UpeB lematkt,la jonroéa se* passe sans iacid'eni;.
Le terrain îai peu aecidenté^pDésentaoDittoujoiiErsGâtitâ' teinte
rougeâtre d'où Ures tire son nom qui, en Pimo, Teui dire
Mesa roB:ge. Nou& airrivona, à la- xmiky àl ona agglomération
de quelques maisons à l'entrée du grand eainon coimu
sous le nom de- Pueria del Sol. Un peu avant d^attoîndre ce
dernier point, nous rencontrons trois petits monticnles en
pierres sèches surmontés de croix — indices certaônâ du
passage des Apaches. Le lendemain, dès le point du jour,
nous continuonsr notre route, ceile-ei Qnïœ dans &e eanon
qu'elle suit pendant enyiroa six lieues, n'ayant en beaucoup
d'endroits pour passage que te lit même de la rivière q«i
heureusement, n'est pas tiras haute ea ce moment. A. peu
près à moitié chemin entire tes points eonnus sous les
noms^ de (c el Gbamingo » et de (c la Ghorreadera )>, nous
visitons dans la a caôada dei Âitar )» une peinture sur
roche que Ton me montre aivec une gcande euriosité et
que l'ouf prétend avoir été faite par les Indiens avant la
conquête. Il suffira de dire oe qxie représente ^cettet pein-
ture pour faire évanouùr estte idée. Elle a cependant son
imporisunce.
Peint, en effet, avec une couleur noire sur la face lism- de
la roche, dans une- cavité abritée sur l'un des GÔ4és par lui
petit torcent,r est un oâtef)soir avec croix, et une figure en
adoration. Autour de la figure priOieipale se trouve une
chaîne de figures partiellement effacées.. En visitant cette
peinture, je rencontre Les premiers a Pochoies. >
Le Pocbûterest un ari>re donnant un fruit ressemUantà
l'extérieur h celui du cacao, mm qui^ ouvert et sec, donne
uaeespècer âct cotot» dont les naturels se servaient autrefois
pour kà£& des tissus* grossiers.
Dans L'après«diMr du même jaor uousiarcivons aux a Loaù-
tas » — - le sentier ici sort du canon pour éviter im g£and
204 VOYAGE EN SONORA.
coude que fait ici la rivière ; cette partie de la route entre le
Lomitas et la Canada ancha étaitjusqu'àces derniers temps,
le refuge des bandes maraudeuses d'Apaches, et c'est avec
un certain serrement de cœur que les Mexicains fran-
chissent encore cette région.
Ce sont des buttes basses, ravinées et coupées en mille
endroits ; rien de plus facile que de s'y cacher pour y atten-
dre et y tuer les voyageurs. Le soir nous trouve au Puerti-
cito et le lendemain nous continuons notre route par
Suaqui et Babiacora.
Le pueblo de Babiacora est le premier où nous rencon-
trons quelque Opatas. Les habitants de ce pueblo, ainsi que
ceux d'Aconchi et Huepaca, appartiennent à la famille
Tehuimes. Les Opatas étaient autrefois l'une des nations
les plus importantes de toute la Sonora ; — ils s'étendaient
jusqu'aux sommets de la grande Sierra Madré où ils confi-
naient aux Tarahumares; ils étaient divisés en quatre fa-
milles principales, nommées respectivement :Téhues, Téhui-
mas, Jovas et Caguinachis. Les premiers, dont nous aurons
à nous occuper plus loin, habitaient les villages du rio
Gucurpe, à l'exception de Nacameri et Opodepe, puis la
vallée du rio de Sonora, Banamichi et Sinoquipe, ainsi
que les rives du rio de Matape. La seconde famille habite
principalement le rio de Sonora et les hautes eaux du Rio
Grande, ainsi que les deux pueblos de Nacameri et Opodepe
sur le rio de Gucurpe. Les Gaguinachis, ainsi que leur nom
l'indique (cagui-montagne) habitent les contreforts mon-
tagneux de la Sierra, dans le district de Saguaripa; les
Jovas sont intermédiaires entre les Tehuimas et les Gagui-
nachis. Les Opatas appartiennent à la famille mexicaine,
ils sont petits de taille, trapus, à la face plate et presque
ovale ; beaucoup d*enire eux conservent encore, à l'heure
qu il est, malgré le mélange du sang étranger, le nez carac-
téristique de la rac» indienne. Ils donnèrent beaucoup de
peine anz Espagnol'' au temps de la conquête et ce n'est
VOYAGE EN SONORA. 205
qu'en les détruisant que ceux-ci arrivèrent à conquérir le
pays et à établir les missions.
Je ne puis, malgré toutes mes recherches, rencontrer
qu'un vieillard de 80 ans qui connaisse parfaitement la lan-
gue Opata. De cette personne, Don Antonio Ruiz, j'obtiens
quelques documents intéressants, ainsi qu'une collection de
sermons dans cette langue. Au point de vue des coutumes
et traditions de ces Indiens, nous sommes forcés d'avoir
recours aux relations des missionnaires, bien maigres, dont
nous sommes obligés de nous contenter. Si, en effet, nous
nous enquerrons auprès d'un Indien Opata civilisé de ses
coutumes et traditions anciennes, il répondra infailliblement
l'éternel «quien sabe?» ajoutant «ahora somos calolicos »,
bien que ce soit un fait bien connu qu'un grand nombre
d'entre eux conserve encore à présent, non seulement leurs
traditions, mais jusqu'au culte de leurs idoles avec leurs
cérémonies d'autrefois.
Le 8, nous nous dirigeons vers Aconchi; ici nous visi-
tons dans l'église de l'ancienne mission de San-Pedro et
San-Pablo deux tableaux assez curieux, se faisant face sur
deux autels de côté. L'un représente une Assomption avec
deux volets qui, fermés, représentent à l'extérieur une cruci-
fixion. A l'intérieur et au haut de ces volets, se trouvent deux
cartouches représentant, l'un, l'arrivée des missionnaires
chez les Indiens, l'autre, le martyre de ces missionnaires. Pans
la première, le père est représenté comme étant sur la terre
ferme tenant une croix à la main et prêchant à un groupe
d'Indiens qui semblent èlre sur une île. Ces Indiens sont
vêtus de la robe courte de plumes et du plumet, ce qui
nous donne une idée de leur costume ancien. Dans le se-
cond est représenté, comme nous l'avons dit plus haut, le
martyre des missionnaires. Le tableau est d'un bon travail
et d'environ trois mètres de hauteur. Ceiui qui lui fait face
représente les sacrements ; chacun forme un cartouche où
l'Indien et le père sont toujours les peisonuages principaux.
306 VOYÀGffi £N SONOR/U
Les Indiens sont, comme dans le taMeaa précédent, vêtus
de leur costume national. Ces deux pièces daieut, je loreîs,
du tenaps de la^conqoète ; elles d&enl, par conséquent^ un
grand intérêt. Je rencontre ici un nombc^ d^ndîeiis cm peu
plus grand; la langue est encore vm. peu parlée parmi -eux,
bien que très mélangée. L'un d'entre eux cependant, Bo&
Pablo Balbastro, se charge de composer pour moi un yoca-
bulaire de la langue, telle qu'elle est parlée aujourd'hui.
En face du pueblo d'Âconchi, qui est situé sur la mesa
dominant le fleuve> s'élèvent les montagnes commes sous
le nom de Sierra d'Aconchi, où croissent en abc^dance
certaines essences de pins que l'on emploie beaucoup pour
les constructions, les bois de grande dimension étant fort
rares dans toutes ces régions. De l'autre >c6té du fleuve
existe aussi, me dit-on, une inscription indienne, mais la
description que l'on m'en donne me fait douter de son
authenticité, et comme il aurait fallu une journée tout
entière pour la visiter, je me décidai à la laisser mexplorée.
Le 11, nous partons pour Huepaca — sur notre roule
nous passons l'hadenda, « del Rincon » située sur l'empla-
cement de l'ancienne rancheria de Sonoira — ce mot de
Sonora a soulevé beaucoup de discussionâ : les auteurs an-
ciens prétendent que l'origine du mot est due au mot espa*
grol Senora et pour cela ils disent que dans le village qui
porta ensuite le nom et le donna à tout le pays, habitait une
certaine cacique de beaucoup de pouvoir, qui reçut bien les
conquérants espagnols. Ceux-ci, voyant l'importance de
cette cacique, crurent que son pouvoir s'étendait sur toutes
les populations du rio; aussi lui auraient-ils donné le titre
de Senora qui, suivant les auteurs, aurait été changé par
les Indiens en celui de Sonora. Je ne sais pas^ en vérité,
comment Ton va toujours chercher les origines d'un mot là
où il n'y a pas de chance de la trouver. Dans les livres de
la paroisse de l'ancienne mission de SaoKLorenzo de Huepaca
je trouve dès l'année 1651, mention de la rancheria de
VOYAGE EN SONORA. 20T
« Sûnorafzi » qui nous indique que le mot est, non pas
espagnol, maïs bien Opata, SoUy en effet, signifie : nne
source d'eau (ojo de agua) et si nous examinons l'empla-
cement de l'ancienne rancheria, nous verrons qu'il y a là
une source. Quant à la terminaison de tzi c'est une
désinence locale — Sonoratzi voudrait donc dire « l'endroit
où il y a une source » — de même que a Babiaeora »
{baviaktzi) veut dire « endroit où l'eau fait un coude » et
Banamitzi « endroit où s'élargit la rivière. »
Entre Aconchi et Huepaca, nous passons nombre de
ruines d'anciennes rancherias — toutes situées sur une pro-
jection de la mesa. En certains de ces endroits, comme par
exemple h TOjo de Agua, les eaux de l'arroyo qui passe au
pied ont mis à découvert des ollas contenant des osse-
ments.
En face du pueblo de Huepaca, sur un petit cerro de
forme arrondie, connu sous le nom de « cerro Prieto, »
existent des trincheras en pierre sèche. Nous aurons à
parler, nombre de fois de ce genre de ruines et j'en résen'e
la description détaillée pour plus tard. A Huepaca, il y a
encore un certain nombre d'Indiens sur lesquels je ferai les
mêmes observations que précédemment; l'un d'entre eux,
cependant, de qui j'obtins des renseignements de valeur,
est petit, corpulent; il a le nez aplati et est un peu pro-
gnathe. A partir de Huepaca, la vallée du rîo s'élargit, lais-
sant une quantité de terrains propres à la culture, mais qui
ne sont occupés que temporairement, pour fournir à la
subsistance des habitants de la vallée. Cette région serait
une des plus riches de Sonora, si elle possédait des chemins
pour transporter les marchandises au marché, — mais,
actuellement, tout doit être consommé sur place.
Banamichi est encore le reste d'une mission bâtie en
1656. — C'est un point d'une certaine importance. Ici, Ton
trouve quelques restes de Tehues.
Le 15décembre, nous allons faire visite au général Igna-
208 VOYAGE EN SONORA.
clo Pesqueira à son hacienda de « Las Delicias » . Pesqueira
est une figure historique de la Sonora, ayant pendant près
de trente ans gouverné le pays en maître contre le gouver-
nement fédéral et l'opposition à Tintérieur. C'est un homme
de près de soixante-dix ans aujourd'hui et qui, malgré les
révolutions qui troublent à chaque instant son pays natal
et les vœux d'une partie considérable de la population, pré-
fère jouir de ses dernières années qui lui restent à vivre en
exploitant en paix son hacienda et ses mines.
De Banamichi à Sinoquipe, le fleuve se rétrécit et zig-
zague entre les falaises couvertes de pitahayas. Un peu
avant d'arriver à Sinoquipe, nous laissons sur notre gauche
deux roches particulières s'élevant sur la mesa comme deux
immenses piliers. Peu après Sinoquipe, nous passons le
tren de Babieanora, où l'on travaille les minerais de la
mine du même nom située à trois lieues dans la montagne
et appartenant à des Français. Un peu plus haut, dans un
coude que forme la rivière, se trouve l'hacienda deTetuachi
et en face, de l'autre côté de la rivière et sur une falaise
élevée s'aperçoivent les ruines de l'ancien real de Nuestra
Senora de Aranzazu, bâti en 1735 et qui, pendant quelque
temps, servit de capitale à la province de Sonora.
D'ici jusqu'à Arispe, nous avons à franchir un autre canon
très étroit; nous sommes obligés presque tout le temps à
suivre le lit même de la rivière qui ne nous laisse passage
ni à droite ni à gauche.
Enfin le 18, à la nuit tombante, nous arrivons à Arispe,
l'ancienne capitale de Sonora. Quelles ruines! La ville, au-
trefois l'orgueil du Mexique pour la beauté de ses monu-
ments, est située sur le versant oriental d'une des collines
dont le rio de Sonora baigne les dernières pentes et où
s'étend ce qui était autrefois l'Alameda ou jardin de la ville
Sur la place principale s'élève l'église de l'Assomption, bâtie
en briques, de style jésuite, avec tours carrées.
Attenant à l'église, sont les restes de rancien palais de
VOYAGE EN SONORA. 209
l'Intendant, puis les casernes, etc. En 1832 encore, la ville
avait une population de 5 000 habitants — aujourd'hui à
peine y en a-t-il 1 000. Les Apaches ont fait ici leur œuvre,
et de cette ville inoportante, capitale de l'Intendance de
Sonora du temps des Espagnols, puis capitale de l'État de
1830 à 1835, il ne reste plus guère que les murs; les habi-
tants d'aujourd'hui n'y vivent que comme en un camp
volant, «'attendant encore chaque jour à voir leurs demeures
envahies par les bandes sauvages.
Un peu en dessus de la ville, les deux rivières de Baca-
nuchi et Bacuachi se réunissent pour former le rio de So-
nora, la première descendant du massif montagneux de
Santa-Cruz, l'autre des montagnes de la Cananea. Vers
l'est, et couvertes de neige, s'étendent les Sierras de la Pu-
rica, dans les contreforts orientaux desquels se trouvent
les reals de mines autrefois si célèbres, mais aujourd'hui
abandonnées, de Nacausari et San Juan de Sonora.
D'Arispe, nous continuons notre route vers Bacuachi, en
passant par Ghinapa, autrefois mission et pueblo, aban-
donné à la suite des invasions des Apaches et repeuplé seu-
lement il y a très peu de temps.
De Ghinapa, nous allons visiter le canon de Jiosauri.
Après avoir franchi environ cinq milles sur la rive droite
de la rivière, à travers une contrée ondulée, nous tournons
un petit promontoire de la mesa et devant nous s'élève, au
milieu des mesquites séculaires qui nous en rendent l'ac-
cès difficile, la falaise terminale de la mesa.
En face de nous est une première ouverture d'une ving-
taine de mètres de hauteur, donnant accès à un ravin aux
murs perpendiculaires et en certains endroits surplombants.
La roche est formée d'un calcaire blanchâtre assez tendre,
formant, en certains endroits, comme une demi voûte avec
arcades. Les murs, en ces endroits, sont couverts d'inscrip-
tions peintes sur la surface lisse de la roche, avec coulci.i.s
rouges, bleues, blanches et jaunes. Les inscriptions ^-jut
SOC. DE GÉOGR. — SEPTEMBRE 18^0 XX. — U
210 TOIAU 8M 8Q90U.
peu nombreuses dans ce premier ravin ; aossi, apffôs en
ayolr pris co]^, nous dîr^j^eoDSrnoos à nue centaine de
mètres environ Ters la ganehe oit se tronTe l'ouTerture da
second ravin, qoi s'est ouvert son chemin à la plaine en for-
mant on portail*
Ce p<»1ail anssitût passé» nous entrons dans le ravin — la
formation est ici la même que dans le précédent, mais les
arcades sont pins nombreuses et les inscriptions y sont en
grand nombre.
Le style de ces inscriptions est particulier et montre une
autre facture que celles que nous sommes habitués à ren-
contrer dans la Pimeria. Ce sont en efiet ici de véritaUes
peintures» où la couleur a certainement une signification;
dans la Pimeria, au contraire» les inscriptions sont ton-
jours d'une seule couleur, et généralement martelées sor
la roche. Outre cela» pour l'œH même non habitué aux
inscriptions indiennes, il est indubitable que nous avons à
faire là à une autre classe d'inscriptions. Celles-ci ressem-
blent à celles faites par les Gomanches» au Texas, etc.
Ce genre dloscription ne se rencontre pas, à ma con-
naissai^ce, à l'ouest de la grande chaîne de la Sierra. Notre
visite terminée» nous repreoons nos chevaux et, à quatre
heures du soir, nous arrivons à Baeuachi. C'est encore ici
un autre des presidios qui durent être abandonnés au temps
de l'invasion des Âpaches. A peu de distance du village se
trouvent des placers, et l'emplacement même de Bacancbi,
ainsi que toute la mesa environnante, est» m'assure-t-oD,
aurifère.
Le jour de Noël» malgré un temps couvert et froid, je me
décide à partir pour Fronteras; le commandant du Presi-
dio» à qui j'avais remis mes lettres, me donne une escorte^
car bien que le pays soit à présent relativement sûr, on ne
peut jamais se fier aux Indigos qui, d'un jour à l'autre,
peuvent recommmencer leur prouesses* Notre route se
dirige d'aborâ vers le nord-ouest, suivant la mesa» Peu
TOTAOE E» SOÏfORA. 211
de temps après notre départ, la plaîe commence à tomber
à torrents et nous rend difficile de trouTer la route. Arri-
vés an pied delà Serra, nous avons maintenant à franchir
un canon très redouté des M'exicains. Mes hommes met-
tent la cartouche au fusil ; j'en fais autant au mien, et je
jette en même temps un regard sur mes revolvers. Le sen-
tier est très étroit et les côtés de la route sont couverts de
chaparral. L*un de mes guides se fait un plaisir de me mon-
trer les endroits où telle et telle personne a été tuée — il
serait trop long de les mentionner ici, et, à vrai dire, nous
nous en inqpriétons fort peu. Le canon s'enfonce de plus en
plus dans la montagne, qui se couvre ici d'une forêt de
chênes et de cyprès, un peu plus loin de pins. Après deux
heures environ, nous arrivons dans un cirque connu sous
le nom de Mababr, entouré entièrement par la forêt. A notre
droite, s'élèvent les pinsneigeux de la Purica. Ici, nous nous
arrêtons un instant pour prendre haleine, et pendant que
mes chevaux se désaltèrent, je vais faire quelques pas dans
la forêt pour me délasser. Je m'aperçois bien vite que je ne
suis pas le seul occupant de ces lieux et qu'un petit ours
cherche à faiire connaissance avec moi. Deux balles logées
dans son corps le font fuir à toutes jambes et ne paraissent
pas avoir d'autre effet. Cet endroit est, paraît-il, connu
pour la quantité d*ours qui s'y trouvent ; le nom même de
Mababi veut, dire aiguade de l'ours. La Sierra une fois
franchie, nous rencontrons à nouveau la mesa qui s'étend
en pente douce vers la rivière de Batepito.
A la nuit tombante, nous arrivons à la rivière, et en face
de nous, sur la mesa élevée, est le village, autrefois impor-
tant, aajounfhuî en ruines, de Cuquiarachi. Nous poussons
un peu plus loin et allons passer la nuit à l'hacienda de la
Reforma.
A trois lieues de la Reforma, dans la direction au S!id-
sud-est, est le presidio de Fronteras, situé sur un promon-
toire de la mesa principale, bien que séparé de celle-ci par
212 VOYAGE EN SONORÂ.
une barranca. Une seule rue, bordée de maisons, qui suit
les sinuosités de la colline, est tout ce qui existe aujourd'hui
de l'ancienne forteresse espagnole. Un sentier en zig zag y
conduit de la base, où depuis quelques années s'est formé
un petit village. Sur la pointe extérieure du presidio,s'élèvent
les murs noircis de l'église de Santa-Rosa.
Ce point fut pendant longtemps le poste le plus avancé
des Espagnols en pays barbar e ; il formait, avec le presidio
de Janos et les autres presidios de l'ouest dont nous parle-
rons plus loin, la ligne frontière des conquêtes espagnoles.
Attaqué et détruit à plusieurs reprises, on changea le
presidio plusieurs fois, de Fronteras oh il se trouve ac-
tuellement et connu sous le nom de Santa-Rosa, à San-
Bernardine, à 30 lieues de distance vers le nord-nord-ouest
(San-Bernardino est aujourd'hui un rancho touchant à la
ligne frontière de la Sonora et d'Arizona). En 1848, à la
suite de la dernière grande invasion des Apaches, Fronte-
ras fut entièrement abandonné. Les quelques personnes qui
avaient résisté s'enfuirent de nuit vers Bacuachi, laissant
tout le pays entre les mains des barbares. On m'avait an-
noncé que derrière le cerro de Sombrerete, qui se lève de
l'autre côté du ruisseau, était une caverne à sépulture où
l'on me promettait une ample moisson, et où l'on me di-
sait qu'il y avait des inscriptions. Je me décidai à la visi-
ter, le 28 décembre, et, après six heures de chemin de mon-
tagne des plus fatiguants, nous atteignons la caverne située
dans un point presque inaccessible de la montagne et n'y
trouvons que quelques ossements d'enfant. L'endroit avait
certainement été habité, les cendres qui se trouvaient dans
l'mierieur en étant un indice certain ; mais nousn'y pûmes
pas aecouvrir autre chose. Au pied de la mesa à « l'ojo de
agua i> sont ies ruines d'un ancien village Opata, le terrain
étant couvert de morceaux de metates, etc. L'on m'assure
que le long du ruisseau de Batepito il y a quantité de ces
ruines.
VOYAGE EN SONORA. 213
A environ quatre lieues de Fronteras au Potrero, sur le
chemin de Guchuberachi, se trouve une grotte avec inscrip-
tions; à Guchuta, que nous avons laissé à notre droite
en venant de la Reforma, on a découvert, mis à jour par le
ruisseau qui porte le même nom, des ossements d'une es-
pèce d*Eiephas. Le peu de facilité de transport que j'avais
m*empêchait de rapporter quoique ce soit de ces osse-
ments.
Le 29 décembre, nous reprenons notre route pour lires,
où nous entrions le 2 janvier, ayant dû franchir la distance
entre ces deux points par une pluie torrentielle qui nous
randit la dernière partie du voyage, c'est-à-dire la traver-
sée du cajon d'Ures, très périlleuse, eu raison des fortes
eaux et du violent courant de la rivière.
Du2 au 13, nous fûmies retenus à lires par des pluies con-
tinuelles, et ce ne fut que le 14, malgré le mauvais temps
qu'il faisait encore, que je pus me mettre en route pour
l'excursion projetée dans la Pimeria. En quittant Ures et
après avoir traversés la rivière de Sonora, nous laissons sur
notre gauche l'ancienne mission del Pescado, antérieure à
lu fondation de San-Miguel de Ures. Notre roule nous con-
duit vers le nord-ouest; le pays traversé est composé d'une
série de montagnes et de collines divisées par des barran-
cas et des arroyos sablonneux qui ne présentent rien d'inté-
ressant. La pluie ne nous a pas quittés toute la journée, et
à six heures et demie du soir nous faisons notre rentrée à
San-Miguel de Horcasitas, ville aujourd'hui bien déchue.
Fondée comme presidio en 1741, San-Miguel fut pendant
quelque temps la résidence de l'alcade général de Sonora.
La ville est bâtie sur la rive gauche du rio de Gucurpe,
plus connu ici sous le nom de rio de San-Miguel. A une
lieue plus bas sur la rivière, se trouve la seule manufacture
de manias (étoffe de coton de qualité inférieure) qu*il y ait
en Sonora. Elle est connue sous le nom de Los Angeles et
occupe environ 500 ouvriers. Les révolutions, si communes
su yOYÀ€X EN SQNOEA.
dans ce pays, ont détruit ici, comme en beaucoup d'autre
points, les archives; j'avais espéré rencontrer des docu-
ments intéressants sur les missions de la Pimeria, oe point
ayant été considéré par les missionnaires franciscans comme
leur chef-lieu^ mais j'étais condamné encore à être
désappointé.
Le 16, nous continuons notre route pour Rayon. Peu
après avoir quitté San-Miguei nous laissons à noire
gauche les quelques murs encore debout de Tancienne
mission del Popuio.
Rayon, qui doit son origine à la mission de Nuestra
Seilora del Rosario de Nacameri, est le plus important de
tout le rio. Il est entouré, en effet, d'haciendas importantes
où Ton travaille la canne à sucre, et la Panache de Rayon
est considérée comme supérieure à toute autre. Sur la
place principale de Rayon est un fresne de taille extraordi-
naire Par un beau jour d'été, toute la population de Rayon
peut venir s'y mettre à i'ombre. Ces arbres sont assez rares
en Sonora, mais là où Ton les troiive, ils se développent gé-
néralement dans des proportions prodigieuses.
Le 18 nous trouve à Opodepe et le 19 à Tuape. Ce
dernier village est encore occupé entièrement par des
Indiens Tefaues, et au moment où nous arrivons, toute la
population est ivre à la suite de la fête de son patron.
Le 20, nous nous dirigeons sur Gucurpe. Avant d'arriver
à ce point, nous avons à franchir un canon très étroit. La
rivière s'est ici frayée un chemin à travers la mesa formée
de grès rouge très tendre et donnant mille formes bizarres
aax falaises de ses deux rives. Ce qu'il y a surtout d'inté-
ressant, c'est que ces falaises sont coupées par un grand
nombre de cavernes dont plusieurs sont encore iiabitéf^ par
les Indiens. Dans Tune d'entre elles, en particulier, ils ont
élevé sur le rebord extérieur ûa l'aori une muraille en
pierres sèches ne laissant qu'une ouverture irrégulière pour
entrée. A voir ces habitations, on se croirait parmi les
yOtJàOfi EN SONORÀ. 215
anciens habitants des cliff-kouses de Colorado. Le village
de Cucurpe est situé comme un pigeonnier (c'est là ce que
œ nom signifie), au somovet d'une haute colline rocheuse
sur les flancs de laquelle, regardant le sud, s'échelonnent
les maisons du Bonveau village* À peine un mille au-dessus
du village, les deux ruisseaux de Doiores et Saracachi se
joignent pour former le rio de Cucurpe.
Nous sommes ici sur le champ des premiers travau:s du
célèbre missionnaire bavarois, le père Eusèbe-François
Kûhn ou Kino, suivant la manière de parler des Espagnols.
Au mois de mars 1687, cet homme remarquable à beaucoup
d'égards pénétra pour la première fois parmi les populations
barbares de Pinceria. Le 18 du même mois, il s'arrêta aux
parages de Doiores oîi il fonda la première mission de
Nuestra-Seilora de los Doiores, située à & lieues de Cucurpe
sur le ruisseau du même nom qui déeoule des contreforts
de la Sierra-Âzui* Le père fût bien reQu des Pimos, et dès
ce moment commencèrent les voyages qui l'ont rendu si
célèbre. Il est constant, en efPet, qu'il découvrit tout le nord
de la Sonora et toute la région de l'Arizona au sud du rio
Crila, visitant la Casa-Grande et s'avançant jusqu'au rio Colo-
rado. Peu après la fondation de sa première mission, il en
forma une autre à 10 lieues vers jle nord, connue sous le
nom de San-Ignacio. Continuant son voyage, il fonda la
mission de San-José de Ymuris (nous parlerons plus loin
de ces deux dernières missions). Retournant vers sa première
missdon de Doiores, il fonda, au pied du versant nord de la
Sierra- Ami, dans le Yalle de Remédies, la mission du même
nom. De retour une autre fois à Doiores, il s occupa
uniquement de la conversion des Indiens, <«Eivoyanc sou
compagnon Agustin de Campos administrer les deux'
missions de San^Ignacio et San*José, et conservant pour lui
ceUes de Doiores et Remedios. Nous ne suivrons pas ici le
père Kino dans toutes ses pérégrinations à travers la
Pimerîa.; les itinéraires en étant publiés dans les Afanc&
216 VOYAGE EN SONOIU.
apostolicoSy mais le lîeii et la date àe sa mort n'étant
indiqués nulle part, il peut être de quelque intérêt de dire
ici que d'après les documents certains que j'ai en main
(livre de la paroisse de Santa-Magdalena, acte de décès du
père Kino), il mourut à la Magdalena, à l'âge de 70 ans, le
15 mars 1711, et fut enterré dans la chapelle de la mission.
Le 28 janvier, nous nous remettons en route pour la
Magdalena, et nous nous élevons petit à petit dans la direc-
tion ouest-nord-ouest, par une route serpentant jusqu'au
Puerto de la Magdalena, col élevé entre la Sierra del Âguage
et celle de la Madera.
Peu après avoir passé le Puerto et faisant face à la vallée
de San-Ignacio, s'élève sur la droite du chemin, un cerro
avec trincheras. Ces trincheras ou fortifications sont des
murs en pierres sèches élevés sur les parties accessibles du
cerro. Elles s'élèvent ainsi, concentriquement, défendant
les approches du sommet; dans certains endroits, Ton
remarque même des traces de plate-forme sur les rebords
desquelles s'élèvent les murs. Un chemin en zigzag suit
les contours les plus accessibles de la colline, la trinchera
étant ouverte pour lui donner passage. A chaque point où
celle-ci est traversée par le chemin, se trouve, des deux
côtés de celui-ci, comme un rebroussement intérieur de la
muraille qui servait à protéger ces entrées en cas d'attaque.
Ici, nous n'avons rencontré aucun vestige d'art plus avancé
de fortifications ; c'est bien ce qu'on peut trouver de plus
simple en ce genre. Le choix de la situation est pourtant
excellent, défendant l'entrée de la passe. Plus nous
avançons dans notre descente, plus nous rencontrons la
végétation particulière du désert. Nous avons quitté au
Puerto les dernières forêts de pins et de chênes et main-
tenant nous sommes au milieu de la même végétation que
nous avons rencontrée sur la route de Guaymas. A nos
pieds s'étend, comme un filet d'argent, la rivière de San-
Ignacio er, à une petite distance, sur notre droite, le dôme
VOYAGE EN SONORA. 217
de l'église de la Magdalena s'élève au milieu de groupes
d'arbres et de palmiers.
Après toute une journée de marche, nous arrivons à la
ville de Magdalena, dans laquelle nous entrons par une
longue avenue bordée d'alamos. L'on s'aperçoit ici de la
proximité de la ligne américaine, aux bugays, des voitures
couvertes, et au grand nombre d'Américains que l'on ren-
contre dans les rues ; enfin, arrivant de l'intérieur du pays
on y trouve au moins une vie comparative après la mort
perpétuelle des autres villes.
Nous avons vu précédemment comment s'établirent les
premières missions de San-Ignacio et d'Ymures ; la Magda-
lena fut peuplée comme Pueblo de visita, à la même époque
à peu près : d'un village d'Indiens Pimos, de peu d'impor-
tance, est sortie la ville de la Magdalena, qui contient envi-
ron deux mille habitants. Au centre de la ville se trouve,
comme dans toutes les villes mexicaines, la plaza qua-
drangulaire sur l'une des faces de laquelle s'élève l'église
nouvelle sous l'invocation de San-Francisco. C'est une
jolie bâtisse de style toscan, avec coupole, terminée en
1832. De l'ancienne capilla de la Mission, il ne reste plus
qu'une tour, les murs étant effondrés. Les rues sont paral-
lèles à la rivière, et, en chacune, une acequia d'eau courante
sur chacun des côtés. Ici, pas de maisons en ruines ; au
contraire, on bâtit de tous côtés et l'on répare les bâti-
ments, chose fort rare pour une population mexicaine.
L'église possède une image miraculeuse de San-Francisco
et tous les ans, au mois d'octobre, une grande foule de
pèlerins viennent y rc^ndre hommage de toutes les parties
de la Sonora et même d'Arizona et du Nouveau-Mexique.
J'avais appris que dans une chambre située derrière le
dôme de l'église se trouvait un nombre considérable de
vieux papiers. Le padre, malgré mes demandes réitérées de
m'y laisser fouiller, s'y refusait en me disant qu'il n'y avait
absolument rien. Je profitai donc d'un jour d'absence de
218 . VOTMn EN SOKCMUl.
ce dernier pour me procnrer une échelle et visiter cet
endroit avec le bon vouloir du sacristain. Ce qu'on m'avait
dît se trouva être exact el je découvris une quantité de
documents anciens dont f extrais les pièces les plus impor-
tantes.
Apr^s un séjour d'une semaine, noas nous rmettons en
route pour remonter le rio de San-Ignacio jusqu'à Santa*
Gruz. Les premières lieues nous font traverser des champs
en culture et des terrains en défriche; partout où Ton
peut irriguer, Ton travaille, et la vallée produit en quantité
considérable du blé et autres céréales. A deux lîeaes, nous
passons San-Ignacio, puis, plus loin, Terrenateoù, autrefois,
existait un presidio. Bn face de Terreuate est un moulin
important oii se moud toute la farine du district, aparté-
naiït à un français. A quelques pas du mouttu est un petit
monticule rocheux sur la face sud-ouest duquel existe une
excavation assez considérable eu forme de demi poire, et,
sur ]es parois intérieures de celle-ci se trouvent peintes, en
rouge et en noir, différentes inscriptions indiennes. Der-
rière le moulin, «'devant en pente rapide, est un cerro
aride et rocheux d'un millier de mètres de hauteur. A
environ deux tiers de sa hauteur, ce oerro présente une
falaise à pic ; pour arriver à ce point, il faut suivre une
espèce de crête qui coimnence au pied du moulin même et
est d'une ascension assez brusque. A partir de la falaise
sus-mentionnée, s'élève successivement une sfrie de ter«
rasses avec murs de rebords, Ayant servi de fortifications.
Nous comptons tretae de ces terrasses échelonnées succes-
sivement jusqu'au sommet. Celui-ci a été parfaitement
nivelé ; il a une superAoie d'environ cent mètres carrés et est
entouré par un mur de défense. Au centre de ee dernier
retranehemeint est un autre petit qnadrangle un peu suré-
levé du Teste et entouré égaletnent demurs. De ee point, on
domine toute ta vadlée et laeontréeenvinoanante. Noas trou-
vons duns Tencein^ie plusieurs restes >de metaites et dans une
des rocbes «si un iroa ooiisidérahle, fait 4e maÎBs <l'hoauii6,
aysoit dû serw de mortier.
U&e iradiiian ^néteod qu'il y a «dans ce cerro une mine
exirêmemenA riolie, exploitée aatrefoîs par las Jésuâties et
qu'ils auraient j^ouchée au moment de leur expulsion.
Beaucoup de recherdbes ont été laites pour la trouver;
mais, comme de jiistey sans lésoltat.
Quittant Ten«aate te âl, nous sutvoins pemdamt iin hon
moment la mesa dénudée, sur la rive droite de k mière. A
peu de distance du pueblo de Terrefiate, oaas passons la
petite a «con^^faoion de los Lianos ji /renommée oomme
repaire de briga&ds, puis un peu plus loin, la route qui va
vers le Tncson et le petit ruisseau de « l'Aigna zarca ». A la
jonction de ce dernier avec le rio de San^lgoacio, est bâtie,
sur une haute falaise, dominant la contrée environnante,
l'aocienne mission et pueblo de San-José de YimiHi&. Ayant
essayé ici de visiter un cimetière abandionné des anciens
Indiens, il m'arrîva mie petite aventure. J'avais déterré trois
crânes, sans aucun téanioio ^ je les portai, avec de :grandcs
pnécauiions, à la maison où j'étais descendu <et les cachai
avec soin pour éviter les effets de Ja superstition de ces
braves gens. Le lendemain matin, je fus, comme d'babitude,
à mes travaux. Pendant monabsoice, le bruit se répandit,
je ne sais comment, que je m'étais procuré des crânes et
les avais déposés dans la maison 4A j'étais^ un certain
nombre de bonnes vieilles béates vinrent, en vêtements de
deuil, des cierges à la main et chantant les cantiques des
morts. Après avoir cherché partout dans la maison, elles
finirent par trouver mes crânes et, les déposant avec toate
la délicaiesse dont elles étaient capables dans ane boîte,
elles les emportèrent en i»'ooessions chandelles en tète et
cantiques au vent, vers le dampo-fiamto, où elles les enter-
rôi^ent à aouveao. Pour ce joli exploit, ces braves femmes
ont, je croiSj obtenu quinae jours d'indulgence!
Me lâcher n'était pas ia peine et aurait pu m'attirer des
\
220 VOYAGE EN SONORA.
désagréments au milieu de cette population mexicaine, si
ignorante; je ne fis donc qu'en rire ; mais j'avais perdu la
seule opportunité qui m'avait été donnée de me procurer
des crânes Pimos. Ceci dit pour montrer avec combien
de difficultés nous avons à lutter dans de pareils pays.
Je ne m'arrêtai que peu à Ymuris et poussai ma route
vers Babasaque. A partir de ce point, nous entrons dans
un canon étroit où la rivière coule avec violence en formant
une multitude de petite cascades et de rapides. A une
distance de cinq milles dans l'intérieur de ce canon , et au
bord même du cbemin, se trouve une falaise couverte
d'inscriptions du genre de celle que j'ai* déjà décrites en
d'autres occasions devant la société, en parlant d'une
excursion au rio Gila, en amont de la falaise qui se trouve
à l'endroit le plus étroit.
Nous passons ensuite le cirque de Comaquito, petite val-
lée intérieure et circulaire communiquant vers le sud avec
le valle de Remedios dont nous avons parlé plus haut et où
le père Kîno avait établi une de ses premières missions.
Nous ne faisons que traverser Comaquito et, nous dirigeant
alors vers le nord, traversons un autre canon étendu
et le même soir allons passer la nuit au Vado Seco, dans la
grande vallée de Gocospera. Cette vallée, entourée de mon-
tagnes élevées, était, avant les dernières invasions des
Apaches, en pleine culture de rapport. De l'ouest à l'est, sa
dimension est d'environ quarante milles et en largeur va-
riant de huit à douze. Depuis quelque temps seulement,
quelques Mexicains y sont venus à nouveau s'établir pour
la culture et l'élève du bétail. Le 2 février, nous|nous met-
tons en route de très bonne heure pour Santa-Cruz. Nous
visitons d'abord l'ancienne mission de Gocospera, ruinée
par les Apaches. Cette mission, dont la façade présente deux
tours symétriques d'ordre bytantin, est située sur une émi*
nence dominant le petit arroyo del Krigona et qui vient ici
se perdre dans la vallée. Pendant plusieurs heures, nous sui-
VOYAGE EN SONORA. 221
vons le nord de la vallée, ayant devant nous le massif mon-
tagneux de la Llorona, sur lequel paraît être suspendu un
immense nuage de vapeur, tandis que toutes les montagnes
environnantes sont couvertes de neige. Ce massif de la
Llorona donne naissance à plusieurs rivières, les unes
allant former le rio de Sonora et les autres celui de San-
Ignacio. Ce point est le nœud de toute cette région.
S'étendant entre le valle de Cocospera et la vallée de Santa-
Cruz, est un puerto peu élevé où poussent en abondance les
chênes et une espèce de cyprès, toutes les montagnes étant
couvertes d'immenses forêts de différentes espèces de
pins.
Au ranoho de San-Lazaro, nous sommes sur le rio de
Santa-Gruz qui, prenant sa source un peu plus haut que le
presidio du même nom, entre sur le territoire américain à
Calabasas et vase perdre un peu au-delà deTucson. A par-
tir de San-Lazaro, nous remontons la rivière dont les rives
sont bien cultivées. Toute cette région a été repeuplée
seulement depuis peu, les Apaches ayant donné un peu de
répit aux nouveaux settlers. C'est en effet une région très
fertile, le terrain étant suffisant pour supporter sans irriga-
tion une population importante. Outre cela, nous sommes
ici près des districts miniers de la Patagonia, la sierra de
ce nom s' élevant abrupte et couverte de neige à environ
4 000 pieds au-dessus du niveau de la vallée, en face de San-
Lazaro. Le presidio de Santa- Cruz, qui a tellement souffert
des invasions des barbares, n*a pas encore pu se relever et
n'est encore qu'un tas de ruines. La position en a été chan-
gée à différentes reprises. Le premier, établi au milieu (iu
siècle dernier, se trouvait à peu de distance de l'endroit
aujourdui connu sous le nom de « Très Alamos », sur le rio
de San-Pedro en Arizona. Ce ne fut que vers la fin du siècle
dernier qu'il fut transféré dans sa situation actuelle où
existait alors la mission de Santa-Maria Suamka. Dans l'in-
tervalle, entre les contreforts de la Sierra delà Patagonia
332 TOnGE EN SOIffORA.
et delà LIorona, apparaît ver» te iMHrd-oiiest^à ane <fistance
d'à peu près i5 fieues, la Sierra de H<aac&uea, dans les fl»ies
de laf^oelle oaH é4é découvertes les riefaeS' mmes qui ont
donné lien à rétablissement du Camp ISaachiiea. Un peu
pins loin , vers Vesf, s*élève, paraArafciMttil â eeHe de ^Saat-
chuca, la Sîerra Penascosa, connue parles Anorérîeaîns sons
le nom de Tombstone. »
Après un cofirt séjour à Santa-Crua, pendaHt lequel
nous en visitâmes tes points tes plus natéressaots, nous
rentrons à îa Magdaîenaet, le 8 février, nouscom^mençons
notre voyage au rio Abajo.
Quittant la Magdalena, nous laissons bientôt les mon-
tagnes derrière nous, la contrée s'ad>aissc, la route suit
alors la plaine, couverte de mezquîtes, qui s'étend à perte
de vue. Çà et là, uneloma noirâtre avee les saguaros aux
formes bizarres. Peu après avoir passé San-Lorenzo, nous
traversons la rivière un peu avant d'arriver à Santa-Anna
et nous allons coucher à Santa-José del Claro. De ce point,
deux routes nous sont ouvertes pour aller à TAltar. L*une
suit la rivière en aval, c'est une route de voiture, mais
beaucoup plus longue ; l'autre est directe et passe par le
rancbo de TOcuca : c'est cette dernière que nous choisis-
sons. Quittant el Claro le 9 au point du jour, nous retra-
versons la rivière, en nous dirigant vers le nord-nord-ouest.
La plaine que nous traversons est très aride, montrant çà
et là quelques buissons rabougris de mesquites. Nous ren-
controns aussi la hedioudilla (larea mejicana) qui ne pousse
que dans les endroits les pius arides. Nous chevauchons
ainsi toute la journée et, vers les quatre heures, nous des-
cendons près dTun bassin intérieur couvert d'une forêt de
mesquites grgantes et circulaires, et celle-ci une fois traver-
sée, nous sommes au rancho de TOcuca. Le nom d'Ocuca
signifie « ossements sur le sol » et provient de ce que à
côté du rancho est un champ considérable où se trouvent
en abondance des fragments d'os humains, des tessons de
poteste, etc., prmiî^anl. r^mplâeeiaen d'uBâ graBjde r^oi-
eberiâ â'Iiidiens.» De rOt3U£u., nousi boos diFigeon& au
nord-^oœ&ty sur le Serro dd Carsâco. qui domine la
plaine qîi est ^iUtée la vUIe de L'Altar où nous arrivons
le iO au seâr. La viUe> de l'Altac e&l située dan» une pLaiue
s'étendaut vers Touesl, oik apparai^aesit. yaguemeut Les
contours da la Sierra del Chanate et del. Hunux. De l'autre
côté de la rivière qui baigne la ville, s'élève, le cerro de Gar-
nero. Autour de lapLaza e^itrale^^se âsessent les quelques
édifices du gouvernement aîusi que^se faisant vis-4-viSy, l'an-
cienne ehapelle saus style, datant dupresiddo, et lanouvelle
église en brique, comnaeneée il y a noflûl)re d'années» déjà
et qui preojdra encore bien, des années avant d'être acbe-
irée. Toutes les maisons, vers les parties extérieures de la
ville, ont des grands jardins d'oîi s'élèvent les jolis paoafibes
des datites ou dattiers. Cet arbre s'étend dan& toute la ré-
gion sablonneus&yà l'ouest de l'Altar et vers le nord jusque
près de la ligne américaine.
Le 14, nous fûmes témoins h. l'AItar dfune grande car-
rera ou course de chevaux. Un grand concours de popula-
tion, non-seulement de la viLie, mais, de tous les environs,
s'était réuni à un n^Ue de la viUe pour assister à ce spec-
tacle. On amène les chevaux que Ton promèiie à diverses
reprises devant la foule,, pour lui permettre de juger de
leurs qualités. Ces cbevaux sont au nombre de deux ; belles
bêtes, ma foi I Les paris sVngagent et les jockeys apparais-
sent. Nous sommes très étonnés de voir que ces jockeys
sont déjeunes enfants que L'on fait monter sur des chevaux
sans selle et que l'on attache solidement au moyen d'une
bande passant sous le ventre de UanimaL Le rôle du petit
jockey n'est autre chose que de diriger la bride du cheval.
De point en point, sur la piste, sont échelonnés des hommes
avec de longues branches flexibles (azoteadores). Un coup
de fusil retentit et lès chevaux, partent de toute leur vitesse,
pressés par la première escouade d'azoteadores qui les
%4 VOÏAGE EN SONORÀ.
frappent sans merci avec leurs branches. L'escouade suit
ainsi les deux chevaux jusqu'à l'escouade suivante, celle-ci
renouvelant la première et ainsi de suite forçant comme
cela les chevaux qui courent de toute leur vitesse. La course
dure 28 minutes et, pendant ce temps, les chevaux fran-
chissent une distance de neuf milles. Ce genre de course
étant nouveau pour moi, je me joignis pour un moment
à l'enthousiasme général.
En rentrant en ville, ce même jour, nous apprenons que
l'État s'est prononcé dans le sud et, le soir, un grand nombre
d'ivrognes courent les rues en criant : a Vive Sema! j^. Ce
dernier est à la tête des prononcés.
Le 16, malgré l'état peu tranquille du pays, je me mis
en route pour remonter le rio de l'A-ltar et visiter le massif
montagneux des Planchas de Plata. Le même jour nous
atteignons Oquitoa, petit village sur le rio de l'Altar, au
milieu d'une contrée bien cultivée en blé et en arbres frui-
tiers. Ici aussi se trouve un moulin à farine, mais de style
assez primitif. Le village se compose d'une seule rue au
pied des lomas; derrière, sur une loma plus élevée, est
l'ancienne église de la mission, bâtie en brique sans style
particulier. La façade présente de chaque côté de la porte
une double rangée de petites colonnettes dont quelques-
unes sont tombées. Les pères jésuites n'ayant pas à cette
époque du fer pour mettre à l'intérieur de ces colon netlej?,
employèrent à sa place des tringles de saguaro qui, pour
la plupart, existent encore, après deux cents ans d'exposi-
tion à l'air*. Il est bon de noter ici que le saguaro (cereus
giganteus) une fois mort dépouille en très peu de temps sa
chair ou pulpe qui s'envole au vent, ne laissant qu'un sque-
lette formé de tringles flexibles correspondant chacune
d'entre elles aux côtes de ce cactus à l'état vivant. Ces
tringles sont très employées dans ce pays pour la couver-
ture des maisons, à cause de leur extrême flexibilité et do
leur grande durabllité.
VOYAGE EN SONORA. 225
D'Oquitoa à El- Ali, la roule côtoyé la rivière en nous fai-
sant traverser de grandes forêts de mezquites séculaires. El-
Ati, autrefois mission et Pueblo important d'indigènes, ne
contient aujourd'hui que quelques Mexicains et un seul
Indien Pimo, dernier descendant des Indiens de cette ré-
gion — les Pimos véritables ont, en effet, disparu aujour-
d'hui de la Sonora. Les Pimos s'étendaient autrefois de-
puis les environs du rio Colorado, où ils confinaient avec les
Yumas et les Gocopahs, et où aujourd'hui encore nous ren-
controns, dans les déserts sablonneux de Pinacate, les Pa-
pagos arenenos, jusqu'au delà de Santa-Gruz dont nous
avons parlé plus haut et du rio de San Pedro dans l'Arizona.
Au nord, ils s'étendaient jusqu'au rio Gila, où nous les ren-
controns encore, et au sud ils ne dépassaient guère la
ligne du rio de San-Ignacio et de TAltar. Sur le rio de
San-Pedro vivaient les Sabaypures; les Papagos, qui vé-
ritablement ne sont autres que les Pimos, sont encore
très nombreux à l'ouest de TAltar et dans la vallée de
Santa-Gruz à leur reserac de San-Xavier dei Bac. Le pays
habité par les différentes populations dont nous venons de
parler était désigné sous le nom de Pimeria alta et les habi-
tants Pimas altos pour les distinguer des Pimas bajos qui
habitaient la partie sud-est de l'Arizona à partir de Naca-
meri (Rayon) et Ures.
Un peu plus haut que le village de El-Ati est un autre
grand moulin établi par un Français et où nous allâmes
passer la nuit. Ge moulin est situé au débouché de la vallée
supérieure du rio de l'Allar, qui produit une quantité con-
sidérable de céréales. La farine est transportée de ce point
au puerto de la Libertad et de là chargée à bord des goé-
lettes pour Guaymas ou Mazatlan.
Un peu plus loin que le moulin, la rivière traverse un
canon; à une demi-lieue, nous passons sur la droite de la
rivière les vues de la mission de Santa-Theresa, qui ne
consiste plus qu'en quelques murs d'adobc au milieu des-
«OC. DE GÉOGR. —• SEPTEMBRE 1880. XX. — 15
226 VOYAGE ER SONORA.
quels poussent la hédivudilla et autres broassailled. La
rivière qui, depuis que nous avons quitté l'AItar, coule
presque de Fest à Touest, change brusquement de direc-
tion, tournant vers le nord-est an peu avant d'armer à Tu-
butama; la vallée s'élargit aussi et laisse entre ses deux ver-
sants un grand espace occupé par les lahores et milpas«
Tubutama, qui doit aussi son existence à une mission dé-
diée à san Pedro et san Pablo, est un pueblo d'une cer-
taine importance par sa richesse agricole et sa popula-
tion. Il est situé sur une haute butte où Ton grimpe par
un sentier très raide et en zigzag. L'ancienne église de la
mission présente un cachet particulier ; sa forme c»t une
croix latine surmontée d'un dôme. Sa façade est sur Tun
des côté» adjacent à une tour à trois étages. Aux deux
bras de la croix sont deux chapelles principales avec autels
en bois sculptés et dorés, d'un travail très curieux. La
façade est de brique recouverte de stuc et très orne-
mentée. J'avais aussi espéré rencontrer ici des documents
anciens en langue Pimo, comme on me l'avait assuré; mais
mes recherches furent entièrement inutiles.
De Tubutama, nous nous dirigeons le jour suivant vers
ITiacienda de la Aurora où l'on m'annonçait qu'il existait
des trincheras. Situées, en effet, à un endroit de la rivière
très étroit et très encaissé, se trouvent les habitations de
l'hacienda. Immédiatement derrière la maison principale
commencent les pentes abruptes du Gerro de Juaneki. Sur
deux promontoires de ce cerro s'avançant vers la rivière,
existent des ruines de fortifications importantes. Sur le
premier promontoire le plus rappoché de l'hacienda se
trouvent les ruines dont ci-dessous le plan â flg. t.
Situés sur sa partie plane et la plus élevée, vers l'ouest
et Test, sont deux ravins profonds; vers le nord-est, une
descente rapide et rocheuse faisant face à la rivière. Vers
le sud, le promontoire tient au corps du cerro par un
dos d'âne protégé par un système de trincheras, ou petits
VOYAGE EN SONORA. 227
murs en pierres sèches, jetés avec un ordre parfait, afm
d'éviter toaie surprise. Les fortifications elles-mêmes sont
assez ruinées; il est difficile d'en tracer exactement les
contours. Vers le bord nord s'élève un premier mur en
pierres sèches, servant de rebord à une première terrasse
sur laquelle sont disposés des tas de pierres pour jeter sur
Tennemi et l'écraser dans sa montée. Un peu plu-s haut,
et séparée du premier par une distance de 12 mètres, est
une seconde muraille bordant une seconde terrasse. Vers
le centre de la surface plane supérieure et distant de
16 mètres de la seconde muraille, sont les restes de ce que
je crois avoir été une tour ou fortification circulaire. Si nous
nous dirigeons vers l'ouest, nous rencontrons, à environ
25 mètres, les ruines d'une autre fortification circulaire
jointe à la première par une muraille — cette dernière for-
tification se compose de trois quarts de cercle de 4 mètres
de diamètre intérieur, attenant à une allée bordée intérieu-
rement et extérieurement d'une muraille* Nous avons pu
tracer cette allée sur une distance de 8 mètres. Si mainte-
nant nous retournons à la fortification circulaire centrale,
et que nous nous dirigions vers l'est, nous rencontrerons
les traces d'une autre fortification circulaire et d'une autre
allée fortifiée ; celle-ci paraît avoir été aussi reliée à la for-
tification centrale principale par une muraille vers la face
nord ; — vers le sud, nous ne voyons qu'un mur enclavé de
la fortification centrale. Nous pûmes reconnaître le terrain
sur une distance d'environ 25 mètres au delà de cette der-
nière muraille, vers le chemin fortifié qui monte du dos
d'âne précédemment indiqué; à une distance d'environ
150 mètres, est une autre ruine en pierres sèches en forme
de demi-lune. Tout cet espace est aujourd'hui couvert
par des broussailles de mezquites, palo-verde, et palo de
hierro, qui en rendent l'exploration difficile. Ceci dit pour
la première fortification, nous allons donner une descrip-
tion de la seconde qui présente peut-être encore plus
itS
VOYAGE EN SONORA.
d'iniérct que la première. Située comme eelle-ci sur la face
supérieure plane d'un second promontoire, un peu plus
élevé que le premier, elle est réunie aussi au cerro par un
dos d'âne. Celui-ci est aussi protégé sur ses flancs par une
série irrégulière de trincheras ; — la fortification principale
consiste, suivant que nous pouvons le voir sur la figure ^, en
un enclos irrégulier formé vers le nord, Test et l'ouest, par
des falaises perpendiculaires, et vers le sud par une muraille
de 360 mètres de longueur, formée de pierres sèches. A
l'intérieur de cet enclos, à environ 60 mètres de la muraille
sud mentionnée, et sur une petite éminence, s'élève ce qui
me paraît être un corral (voir fig. 2, X), de 24 mèlres de
/y/
/y^
j:
côté. Ce corral a deux entrées aux côtés opposés, chacune
de ces entrées protégées par une demi-lune adjacente.
En Y et en Z de la même figure, se trouvent les ruines
VOYAGE EN SONORA. i229
de ce qui me parait avoir été deux autres fortifications cir-
culaires. La surface de cette fortification, comme la précé
dente, est couverte de broussailles. Nous pûmes cependant
y recueillir un nombre de fragments de pointes de flèches,
de tessons de poterie commune. Vers Textrémité nord
du cerro, est une formation géologique particulière. Sur la
face lisse de la falaise, est une roche ressortante, ayant la
forme d'une corbeille indienne, d'où vient le nom de
Juanike. Notre reconnaissance une fois terminée, nous re-
descendons à l'hacienda et nous nous remettons en route.
Nous traversons encore de grandes forêts de mezquites, de
frênes et d'alamos. Les dimensions de ces arbres permettent
de s'en servir comme bois de construction, et l'on vient les
chercher ici de TAltar. La forêt borde les deux rives ; au
sortir de celui-ci, nous avons à traverser une longue et
ennuyeuse savane avant d'arriver à Babocomori. Il y a
encore ici quelque chose à indiquer : c'est ce qu'on appelle
la muraille naturelle el paredon. C'est un petit promon-
toire rocheux et étroit, de formation basaltique, où, par un
jeu de la nature, on croirait voir des blocs immenses de
pierres superposés l'un à l'autre, comme un mur cyclopéen.
La soirée se faisait quand nous passâmes Babocomori, et
nous pressâmes nos chevaux pour arriver à el Sariqui, à
quatre milles plus loin.
El Sariqui, ou Saric, est bâti sur la rive gauche du ruis-
seau del Busanig, à peu de distance de son confluent avec
le rio d'el Aquimuri, formant ainsi le rio de l'Altar. El Saric
était, jusqu'au moment des invasions des Apaches, un point
populeux et fertile; mais tout dut se courber devant la fu-
reur des barbares et, jusqu'à ces derniers temps, l'emplace-
ment avait été abandonné. C'est là que Raousset de Boulbon
avait établi son quartier général, au moment où il voulait
exploiter les mines alors célèbres de l'Arizona. La maison
où il habita existe encore. Il y avait ici aussi une mission
importante et dédiée à Nuestra-Senora de Dolore«, dont les
230 VOYAGE EN SÛNORA.
ruines sont visibles sur un petit naonticule, à droite du village.
D*el Sariqui, nous dirigeons nos pas vers el Busanig^ situé
en amont, à deux lieues. Plus nous remontons, plus la
vallée du ruisseau s'élargit et finit par former un immense
cirque, où il prend sa source dans une ciencga. Sur les re-
borde de celle-ci, existent en abondance des terrains de
culture, et, dans ces derniers temps, nombre de rancheros
sont venus s'y établir. Du Busanig, nous comptions pousser
directement en marchant à Test, vers les a Planchas de
plala». — J'avais pris un guide, en effet, qui prétendait
connaître le chemin. — Il y était, disait-il, passé quelques
années auparavant, et n'aurait aucune difficulté à s'y re-
trouver.
Confiant en lui, nous nous mettons en rouie et chemi-
nons tantôt par la montagne, tantôt par les vallées; au
coucher du soleil, nous nous trouvons dans une vallée étroite
couverte d'herbes élevées, que le pied humain ne paraissait <
pas avoir souvent foulée. J'interroge mon guide à plusieurs
reprises, et il finit par m'avouer qu'il a perdu sa route,
Camper sans eau, après une journée chaude et fatigante,
est certainement peu agréable, et je me décide à pousser
quand même jusqu'à ce qu'au moins nous trouvions cette
chose si nécessaire en voyageant. Nous chemioâmes ainsi
en suivant le lit d'un arroyo sec, la nuit parfaitement ob-
scure, jusqu'à ce que, vers minuit, nous découvrons une
poche dans une roche, oîi il y avait de Peau. Nous fîmes
halte alors et attendîmes le jour, enroulés dans nos cou-
vertures. Le matin, à peine le soleil levé, nous entendons
des voix à peu de distance de nous. Sans savoir à qui nous
allions avoir à faire, nous préparons nos armes : nous ne
sommes pas peu satisfaits de voir arriver des vaqueros
qui nous expliquent notre position et nous indiquent \^
route à suivre. Nous partons donc, aussitôt après notre dé-
jeuner, et vers les dix heures nous avons rejoint le rio de
rAquimuri, à environ un mille à Test de l'Agua Galiente.
VOYÀfîË EN SOJNORA. 231
Là rivière est ici bordée de hauts peupliers et fortement
encaissée. A trois milles plus loin, nous avons le rancho del
Arizona. Arrêtons-nous ici quelques instants pour nous
rafraîcbir et dire en môme temps quelques mots au sujet
de cet endroit.
Vers la fin du xvn° siècle, les Espagnols avaient décou-
vert, un peu plus haut dans larivière, des masses d'argent
très considérables. Gomme l'endroit où se découvraient ces
richesses n'était pas propre à habiter, en raison de l'état
abrupt du terrain et de ia crainte continuelle des barbares,
ils se décidèrent à établir le real dans un endroit plat si-
tué entre deux séries de lomas peu élevées, d'oti lui vient le
nom même de Arizona. Ce nom s'étendit ensuite à la région
environnante, puis à tout le territoire au nord, jusqu'à in-
clure toute la région portant aujourd'hui le nom d'Arizona.
Aujourd'hui, il ne reste du réal ancien que quelques dé-
bris de murailles d'adobe.
Après nous être bien rafraîchis, nous remontons à cheval
et continuons notre marche pour les a planchas de plata »,
où je désirais arriver le soir même. La rivière se resserre
beaucoup entre deux rives montagneuses très élevées. Nous
suivons généralement le lit composé d'immenses galets, ce
qui rend notre avance très lente. Le chemin devient détes-
table, nos chevaux refusent d'avancer, et nous sommes
obligés, à chaque instant, de mettre pied à terre et de les
conduire par la bride. Le soir, le soleil se couchant à l'ho-
rizon, nous arrivons à la c congregacion des planchas,)) —
quelques maisons échelonnées çà et là parmi les roches
servent de refuge aux quelques mineurs qui y travaillent
aujourd'hui. L'aspect général est celui d'un massif monta-
gneux, ballonné dans les parties supérieures et raviné par
d'immenses crevasses qui viennent toutes rayonner vers le
ruisseau de l'Aquimuri et y déverser leurs eaux. Dans les
endroits protégés des vents du nord et ouest, poussent d'é-
paisses forêts de cyprès (abies juniperus), aussi quelques
232 VOYAGE EN SONORA.
chênes rabougris. Nous sommes ici sur le terrain historique
oîi se sont faites, dans les deux derniers siècles, les décou-
vertes de ces immenses masses d'argent natif, qui ont fait
donner à cette région le nom de « planchas de plata ».
L'auteur des Afanes apostolicas nous informe que, vers
la lin du xvii^ siècle, on trouva à cet endroit des masses
d'argent pesant jusqu'à 21 arrobes, et va jusqu'à affir-
mer qu'on rencontra une masse de 140 arrobes, qui,
dit-il, résista à tout effort pour la diviser. Ce n'est que
petit à petit que l'on arriva, par le feu, à la fondre par mor-
ceaux. Il ajoute encore qu'après cette opération, on retira
encore des calichis neuf autres arrobes (voir Afanes
apostolicos, partie II, p. 234). L'endroit où fut rencontrée
cette dernière et immense masse d'argent est sur le versant
occidental d'un des petits promontoires s'avançant dans le
principal canon qui vient déboucher au ruisseau de TAqui-
nuri, à gauche et à rentrée même de la congregacion.
Là, en effet, nous voyons des traces de travaux anciens
et une quantité considérable de ces calichis. On s'est remis
à sonder dernièrement les environs; on paraît avoir décou-
vert quelques bonnes mines, quoique la formation géolo-
gique ne semble pas garantir de veines bien étendues. Ce-
pendant, les trouvailles faites au temps des Espagnols nous
prouvent que des poches y existent, et à l'heure qu'il est,
l'on rencontre quelquefois, parmi les galets de la rivière,
des morceaux d'argent natif de poids variés. L'on me montra
entre autres un spécimen pouvant peser une vingtaine de
livres.
A quelque distance de la Congregacion des Planchas, sur
le versant occidental du Cerro Bianco, et à côté d'une fa-
laise rougeàtre que l'on m'indiqua, il existe une caverne
contenant quelques inscriptions qui , d'après ce que Ton
me dit, doivent ressembler à celles dont j'ai parlé à Jiau-
sari. Personne cependant ne voulut m'y guider, et je dus, à
contre-cœur, abandonner î'excmrsion.
I
VOYAGE EN SONORA. 233
On a construit, dernièrement, une route de charrettes des
Planchas de Plata à el Agaa Zarca, sur la route de la Mag-
dalena à Tucson. Cette route est due à un imprésario fran-
çais, qui a donné une partie de son temps pour le dévelop-
pement de ces mines. Le 23 février, nous reprenons noire
route de retour et allons dormir à TAgua Caliente.
Il nous reste à dire quelques mots ici de cette partie de
la rivière entre TAgua Caliente et el Sariqui, que nous ne
connaissions pas encore. La rivière coule sur cet espace
dans un étroit canon, et nous la longeons sans la perdre de
vue par les lamas qui Tabordent. Au pied de la descente de
la mesa, où se Ifrouvent les ruines de l'ancien pueblo et
mission d'Aquimuri, est une roche sur le bord du chemin,
connue sous le nom de « Cara pintada, » et présentant
quelques signes peints en rouge et en noir sur sa face lisse.
Un peu plus bas, à droite, et à peu de distance de l'endroit
où le rio se joint avec le rio del Busanig, est une autre roche
fort intéressante : c'est une masse basaltique, sur les trois
faces de laquelle sont des inscriptions en creux, usées par
le temps, et pouvant è peine se voir, à l'exception de celles
sur la face regardant le nord. Celle-ci porte, à la partie su-
périeure, l'empreinte d'une main, puis, au-dessous, deux
cercles attenant Tun à l'autre et enroulés concentriquement.
Au-dessous et au bas de la face est un groupe de quatre
petits cercles symétriquement disposés autour d'un point
central; sur la partie plane supérieure de la roche se
trouvent d'autres inscriptions lisibles et des petits trous
ronds disposés avec symétrie. Sur une autre roche super-
posée à la première, se trouvent aussi plusieurs autres
cercles; c'est le seul exemple de ce genre d'inscriptions
qu'il m'ait été donné de voir, outre les inscriptions connues
au nord du Mexique, étant, soit peintes, soit martelées
dans la roche.
De ce point jusqu'à el Altar, rien d'intéressant ne se pré-
sente, et nous rentrons à cette ville le 24.
234 VOYAGE EN SOriOBA.
Le28y nous dirigeons nos pas vers l'ouest avec rintention
de visiter la région sablonneuse qui s'étend jusqu'à Tem-
boucbure du Colorado, et de pénétrer jusqu'à la saline del
Pinacate. Quittant l'Altar par une journée très chaude,
nous faisons cinq lieues jusqu'au u Puertecito de Pitiquito »
un peu en amont duquel le rio de TAltar se joint à celui de
San-Ignacio, et, à partir de ce moment, se perd entièrement
dans le sable, pour apparaître à nouveau un peu avant d'ar-
river à Gaborca. Au Puertecito, nous descendons dans le lit
Lrès sablonneux de la rivière que nous avons à suivre pea*
dant près de deux milles, nos pauvres animaux s'enfonçaot
à chaque pas. Au pied des collines, à notre droite, au mi-
lieu de milpas verdoyantes, est situé Pitiquito (le mot de
Pitiquito est le même que le nom ancien d'Hermosillo-el
Pitic, qui, en pimo, veut dire : a confluent des deux ri-
vières, y> et nous venons de voir que la situation de ce point
garantit le nom qui lui a été donné; mais pour le désigner
du précédent, on l'appela Pitiquito, ou le Petit Pitic).
Passant Pitiquito sans nous y arrêter, nous traversons
des milpas qui bordent les deux côtés du chemin, puis
nous franchissons une forêt de mezquites ; au tournant de
la rivière, formé par un petit monticule volcanique, nous
voyons, surgissant tout d'un coup du milieu d'une mer ver-
doyante, se dresser devant nous les tours de la célèbre
église de Gaborca.
Gaborca est divisé en deux pueblos, l'un entourant l'an-
cienne mission, consiste en maisons que l'inondation de
1867 a laissées debout. Dans cette inondation, chose tout à
fait inattendue dans ce pays-ci, l'eau monta, me dit-on, jus-
qu'à trois varas sur la place, qui est elle-même à environ cinq
mètres au dessus du lit actuellement desséché de la rivière ;
l'autre pueblo est éloigné de la rivière d'environ un mille.
Une avenue bordée d'alamos y conduit du pueblo viejO'
Pour nous y rendre, nous avons à traverser le lit du rio
Viejo, dont nous aurons à nous occuper un peu plus loin.
VOYAGE EN SONORA. 235
Le pueblo nuevo est propret, les rues sont bordées
d'arbres, et toutes ses maisons blanchies à la chaux; le
vieux pueblo, au contraire, est resté en ruines. L'église
de la Mission est un édifice imposant, terminé seulement
vers le milieu de ce siècle ; elle est construite en forme de
croix, surmontée d'une coupole de dimensions hardies; la
façade présentant deux tours jumelles à deux étages, sur-
montées chacune d'un petit dôme. La partie de la façade
comprise entre les deux tourelles, couverte de colonnettes
de formes bizarres, et vers sa partie centrale, dans une
niche richement sculptée, est une statue de la Vierge, pa-
tronne de la mission. L'édifice est bâti entièrement en
briques, et fait honneur à ses architectes. Cette église est
absolument semblable à celle déjà décrite de la mission de
San-Xavier del Bac, à côté de Tucson. Attenant à l'église
est le a Gonvento » , habitation ancienne des missionnaires,
où nous trouvons à nous loger. Il y a ici un village impor-
tant de Papagos, et nous passons plusieurs jours à les étu-
dier. A une distance sud-ouest de Caborca, est un monti-
cule rocheux que les Papagos .désignent sous le nom de
a Kaux-Ka y> en raison de sa forme ronde. De ce mot indien
est dérivé le nom de pueblo. Ce cerro est fort intéressant ;
il est formé de masses de roches empilées les unes sur les
autres, présentant de temps en temps des surfaces planes
où se trouvent en grande abondance des inscriptions hiéro-
glyphiques. En beaucoup d'endroits, les hiéroglyphes plus
anciens ont été surchargés par d'autres peintres avec une
matière blanchâtre, qui oblitère ou défigure en partie les
signes primitifs; ceux-ci présentent surtout des arrange-
ments de lignes, de figures symétriques, etc. Les hiéro-
glyphes qui les ont surchargés sont grossiers et de date
récente, comme on peut s'en convaincre à première vue.
Je comparai volontiers ce cerro et ces inscriptions des
fameux painted rocks, à Oatman's Fiat, que j'ai déjà
décrit dans mon voyage en Arizona. Celui-ci présente ce-
i36 YOTAGE EX SOXORÂ.
pendant quelque chose de particulier : c'est une terrasse
au-dessus et autour de laquelle se trouTent les restes de
murailles en pierres sèches, ayant senrî de fortifications;
de même sur tous les points du cerro, où l'on pouvait se
protéger en cas d'attaque, nous rencontrons des restes de
trincheras.
Le même jour, nous allons visiter le rancho de « la Ca-
lera », à trois lieues plus bas, sur la rivière. Derrière les
cases du rancho est une colline abrupte, au pied de la-
quelle se trouve une mare fangeuse qui fournit l'eau né-
cessaire aux besoins du rancho. Sur la face sud de cette
colline s*est produit, flans les temps anciens, un éboulement
considérable de roches. A la partie supérieure de cet ébou-
lement, sont plusieurs roches à inscriptions présentant les
mêmes surcharges que nous avons notées au cerro de
Kaux-Ka.
La rivière, qui est généralement à sec au-delà de Caborca,
et ne présente qu'un lit de sable, aurait, dit-on, changé de
lit vers Tannée 1831.
Nous avons parlé plus haut du rio Viejo. C'est, paraît-
il, l'ancien lit de la rivière qui allait rejoindre le lit actuel
à peu de distance de l'endroit où il se jette dans le golfe de
Californie. Le cours en était encaissé, et il arrosait et fer-
tilisait les terres de la mission c del Bisanig >. Cette mission,
qui était très florissante par ses cultures et surtout par le
produit de ses arbres fruitiers ainsi que par une excellente
qualité de <( maguey », est aujourd'hui entièrement aban-
donnée, ses champs sont stériles, ses arbres fruitiers morts
surplace, et cela est dû au changement de cours de la ri-
vière.
Les Papagos ont, à ce sujet, une légende assez curieuse.
Il paraîtrait que les Indiens de la mission de Bisanig étaient
très adonnés à la manufacture de « mezcal », tiré du maguey,
et étaient constamment dans un état d'ivresse. Un jour, le
bon père Faustino Gonzalez, visitant le pueblo, rencontra
VOYAGE EN SONORA. 237
des Indiens dans une « borracheria » complète. Il se mit
alors en colère et les menaça de la colère divine en leur
disant que, s'ils continuaient ainsi dans la mauvaise voie, le
Seigneur leur retirerait Teau pour leur culture, et que le
maguey, qui croissait sur leurs terres, ne pourrait plus leur
fournir de liqueur. Les Indiens, paraît-il, se mirent h rire
do la prédiction dupadre; peu après, cependant, elle se
réalisa, à ce que dit la tradition, et aujourd'hui « el Bisanig»
n*est plus visité que |)ar quelques Papagos errants. El
Bisanig se trouve à environ dix lieues de Caborca, direc-
tion nord-nord-ouest. Si nous contiriuons dans la même
direction, infléchissant un peu plus vers le nord, nous ar-
riverons, à vingt lieues plus loin, à la saline de la Soledad,
située sur la côte du golfe de Californie, et à laquelle res-
sortent les Indiens, et en général toutes les populations du
r
pays, pour se procurer du sel.
Le 7, nous laissions derrière nous Caborca et la civilisation,
etentrions en pleine Papagueria. Le premier jour, nous nous
arrêtons à Taguage del Coyote. Nous avons suivi tout le
temps la plaine, tantôt sablonneuse et commençant à mon-
trer les efflorescences salines, tantôt portant un petit groupe
d'hediondias et de chapporal. Nous avons eu à notre droite
la sierra del Chanate, où l'on m'indique les anciens placers
de San-Hilario et de la Yasura, que travaillent encore au-
jourd'hui quelques Gambucinos.Anotre gauche, nous avons
côtoyé, pendant quelques instants, la sierra de Juarez, où se
trouve le camp minier du môme nom. Pour trouver deTeau
à notre campement, nous sommes obligés de creuser dans
un arroyo à sec, où, sous le sable, à huit pieds de profon-
deur, nous rencontrons Teau. Le lendemain nous repar-
tons au point du jour, et côtoyons toute la journée le petit
massif montagneux de Juarez. Nous nous arrêtons quelques
instants, au milieu de la journée, à Kosson, réunion de quel-
ques cases où Ton a foré un puits qui donne une eau abon-
dante et fraîche. Vers le nord-ouest, nous commençons à
238 VOYAGE EN SONORA.
apercevoir les aiguilles déchiquetées du Picacho de Cobabi.
Nous passons la nuit à Tijobabi, petite rancherîa de Papa-
gos, à côté d'une mare oîi ces Indiens nous reçoivent avec
des démonstrations peu amicales. Nous avons déjà franchi
vingt-six lieues depuis Caborca, et il ne nous reste plas que
quatre lieues pour arriver à Quitovaca, Ce point important
par ses placers avant la découverte de Tor en Californie,
est aujourd'hui presque abandonné par les Mexicains.
Les Indiens y ont toujours conservé leur résidence, et le
considèrent comme leur point central, où ils ressortent
tous les ans à l'époque de leurs fêtes. Les quelques cases
qui forment Quitovaca se trouvent situées sur deux petites
lomas, de chaque côté d'un petit ruisseau qui sort d'une fa-
laise à peu de distance à l'ouest. Cette eau sert, outre Tali-
mentation du village, à l'irrigation de quelques milpas, qui
contrastent singulièrement par leur verdure avec l'affreuse
aridité des alentours. Nous visitons ensuite, à deux lieues
vers le sud-est, les mines nouvellement découvertes de San-
Antonio, où une compagnie américaine vient d'établir des
appareils nécessaires au travail du minerai. Les minerais
sont riches, il est vrai, mais l'eau et le bois font pres-
que absolument défaut. Le bois de chauffage employé à
mon passage consistait en troncs verts de Saguaro, ce dont
les Indiens se plaignent beaucoup, le fruit du Saguaro étant
en effet presque leur unique nourriture durant les mois
chauds de l'été. Ils voient avec grand déplaisir les blancs
détruire ces plantes.
A San-Antonio, le général des Papâgos, Babotoa, me
donne comme guide un Papago grand et sec, la peau ridée
et desséchée comme celle d'une momie péruvienne. J'avais
fespéré pouvoir me rendre directement de San-Antonio à la
côte, et de là au volcan du Pinacate, mais tous me refu-
sèrent de m'accompagner, prétextant ne pas connaître le
chemin et exagérant le danger de périr de soif dans les
sables. Je me dirigeai donc avec mon guide vers Sonoita, où
VOTAGE EN SONORA. 239
l'on me promettait que je trouverais quelqu'un au eourant
des sables de la côte. Partant de San-Antonio, la route
nous fait remonter presque droit au nord en contournant le
massif du Gubabi.
Sonoitâ est situé à la sortie du petit rio, qui porte son
nom, de la grande Cienega, qui occupe la partie supérieure
de la vallée formant le val de Sonoita, ce dernier s' étendant v
de l'est à l'ouest entre la sierra de l'Ajo et le groupe de Gu-
babi. Les eaux qui traversent la vallée permettent d'irriguer
les terrains adjacents, aussi toutes les terres propres à
la culture, à côté de Sonoita, sont-elles ensemencées. Ce
point fut une des missions établies vers le commence-
ment du siècle dernier et le plus occidental atteint par
les missionnaires jésuites. La mission était sous Tinvo^
cation de san Marcelo et située sur une petite loma, et
sur la rive droite du petit rio. Durant le soulèvement des
Pimos, en 1752, ceux-ci mirent le feu à l'église et tuèrent
les missionnaires. L'emplacement et quelques murs de l'an-
cienne mission sont encore visibles, et les « Papagos n ont
encore leurs ranchcrias à côté de l'ancien endroit consacré.
Le guide que j'avais pensé trouver ici était absent, et, pour
ne pas me retarder, je continuai ma route le lendemain en
descendant le rio qui passe à Santo-Domingo, où un Alle-
mand qui, je ne sais pour quelle raison, est venu échouer
dans ce pays désolé, a établi un rancho et cultive ses terres
quand l'eau le lui permet. De là nous passons à Quif ovaquito;
ce point est tout à fait sur la frontière américaine, l'une
des maisons étant même sur le territoire d'Arizona. J*ai
rencontré enfin ici le guide qui m'avait été indiqué :
Mari, Papago des sables, qui consentit à me conduire jus-
qu'à la Salina del Pinacate. Il fallut attendre qu'il se pré-
parât, et ce n'est que le surlendemain que nous punies
continuer notre exploration. Au moment ou nous partions,
Tun de mes hommes vint m'avertir qu'il avait été pris de
fièvre durant la nuit, et ne pouvait aller plus loin ; cela
240 VOYAGE EN SONORÂ.
m'ennuyait beaucoup, car c'était mon meilleur arrière ; je
dus cependant le laisser et continuer sans lui.
Nous passons à une lieue « el Agua Dulce », le dernier
point oîi nous puissions avoir de Teau potable. L'eau que
nous allons avoir dorénavant est saumâtre et souvent môme
fétide. A une lieue plus bas, à « el Agua Salada 5>, nous
laissons l'ancienne route de Californie, et, descendant dans
le lit de la rivière de Sonoita, ici bien à sec, nous allons
camper, un peu avant la tombée de la nuit, à côté d'un mez-
quite. Mon guide me quitte pour quelques instants et re-
vient peu après avec de l'eau qu'il s'était procuré en creu-
sant dans le lit de la rivière.
L'objet principal de ma visite, à cette partie reculée de la
Sonora, était principalement de voir chez eux quelques-uns
des Indiens Papagos Arenenos, qui habitent encore les déserts
du Pinacate, et outre cela, de reconnaître le cerro ou vol-
can du Pinacate, ainsi que les salines qui s'étendent à sa
base, du côté du golfe. Quittant donc notre campement du
rio de Sonoita, nous nous dirigeons vers la pointe sud-est
du volcan* Ce ne sont qu'espaces immenses couverts de dé-
bris de lave et d'obsidienne ; çà et là une coulée de lave s'est
fait jour à travers la plaine, et nous pouvons la suivre au
loin jusqu'à ce qu'elle se perde dans les dunes qui bordent
la plage. La face orientale du massif volcanique est sillon-
née par d'immenses rides noires et surmontée par un cône
aussi de couleur noire ; échelonnés parmi les collines de la
base et s'avançant jusque dans la plaine, nous remarquons
un grand nombre de petits cônes volcaniques secondaires,
paraissant avoir eu chacun leur cercle particulier d'action;
ils sont, en effet, pour la plupart, entourés de champs de
lave d'origine plus récente que celle qui couvre les flancs
mêmes du volcan principal; le rio de Sonoita suit, à une
distance variant de trois à cinq lieues, la base du volcan, et
entre dans le golfe à l'endroit où se termine, en mamelons
bas, l'arrête se détachant vers le sud-est du massif du Pi-
VOYAGE EN SONORA. 241
nacate. A peu de distance de notre second campement du
l^ mars, est le Pozzo del Batamote, endroit où la tradition
prétend que les Espagnols avaient découvert des mines fort
riches, qu'ils furent obligés d'abandonner peu après, eu
égard à l'hostilité des Indiens. Il existe en effet, en cet en-
droit, une petite source d'eau fraîche à peu de distance de
laquelle sont les restes d'un arastra et de maisons d'a-
dobe.
De ce dernier campement, nous avons à franchir une im-
mense coulée de lave, qui, à l'endroit où nous la traversons,
n'a pas moins de trois lieues de large. Cette coulée est si-
tuée sur la partie sud du volcan, et descend des bords
écroulés du cratère principal. On se croirait être au milieu
d'une mer agitée, dont les hautes vagues auraient été ré-
duites^ par un phénomène inconnu, à leur état d'immobilité
et de solidité actuel. Au milieu de cette mer, se sont fait
jour quelques cônes secondaires, qui ont déversé, eux ausii,
leurs vomissements de lave sur la couche ancienne ; l'un
de ces cônes est encore en activité partielle. La bouche de
ce petit cratère est remplie de cendres sulfureuses et chau-
des; sur Tun des côtés est une caverne d'où s'échappent
en abondance des vapeurs très sulfureuses.
Je m'aventure jusque dans cette caverne, enfonçant jus-
qu'à mi-jambe à chaque pas que je fais. Au fond est une
petite ouverture, grande à peine pour y passer un homme
et d'où la vapeur s'échappe en sifflant. Ce qui m'étonna le
plus fut que sur une roche plate, située à peu près au milieu
de la caverne, je trouvai une quantité d'objets déposés par
les Indiens comme offrandes au génie du lieu; c'était des
flèches, des coquilles de différents genres,des têtes de cimar-
rones ou moulons de montagne. J'interrogeai mon guide
Mûri à cet égard, mais je n'en pus rien obtenir; il se tenait
comme pétrifié, tremblant de tous ses membres et n'osant
pas s'avancer dans la caverne plus loin que cette roche.
La grande coulée de lave une fois franchie, nous sommes
soc. DE GÉOGR. — SEPTEMBRE 1880. XX. — iG
242 VOYiaE EN SONOBA.
dans les sables, et c'est dans là ligne de dunes qui bordent
le golfe que nous allons camper. Nous n'avons point d*eau
en ce poiot et nous avons apporté dans une petite barrique
ce qui nous était nécessaire pour notre repas du soir et le
déjeuner du lendemain. Le lendemain, nous pensions con-
tinuer notre route à travers les dunes, mais quel ne fut
point mon désappointement en nous apercevant, le matin,
que mes mules avaient décampé durant la nuit. Nous avions
déjà déjeuné et fini notre eau quand mes hommes m'ap-
prirent cette désagréable nouvelle; nous passâmes toute la
journée à rechercher nos animaux, et c'est le soir seulement
que je pus me convaincre qu'ils avaient repris la route de
retour. Une seule mule nous restait qui me servit pour con-
tinuer mon voyage, mes hommes étant obligés d'aller à pied.
Le lendemain matin nous nous mettons en route avant le
lever du soleil et nous nous dirigeons à travers les dunes
de sable mouvant. Après cinq lieues de ce genre de voyage
nous arrivons à une petite aiguade d'eau saumâtre située au
centre d'une dépression de terrain formant un bassin
couvert d'efflorescences salines. Cette aiguade est connue
sous le nom de l'u Aguaje del Tule». Autour de cette
aiguade habitent les quelques misérables areneîïos de ce
désert. Nous nous reposons ici quelques instants, la
chaleur étant horrible vers le milieu de la journée. Dans
la soirée, nous continuons notre chemin vers Touest-nord-
ouest, et, après avoir traversé encore trois lieues et demie de
dunes, nous arrivons enfin à la « Salina del Pinaeate. » Cette
saline, dont on m'avaitdit monts et merveilles, est infiniment
moins importante que je ne l'avais cru : c'est une lagune sé-
parée d'une anse, communiquant avec le golfe de Californie
par une bande de sable. Le sel se forme surtout sur le côté
oriental de la lagune où le dépôt est rosé. La profondeur
en est, me dit-on, considérable. L'eau de la lagune est
extrêmement chargée de sel et il suffit d'y tremper la main
et de l'exposer ensuite pour quelques secondes aux rayons
VOYAGE EN SOKOBA. 243
du soleil, pour qu'elle se couvre d'une couche de sel II y a
ici aussi une petite aiguade d'eau saumàtre que je découvris
par hasard, mon guide n'en ayant pas fait mention. Le
lendemain nous nous mettions en route pour le retour.
Nous retrouvâmes nos mules à l'agua Salada où elles étaient
venues, et où un Mexicain, qui possède ici un petit rancbo,
les avait arrêtées au passa ge«
Avant d'aller plus loin, je dois mentionner ici que la sa-
line du Pinacate est exploitée exclusivement par les Papagos
de la Pimeria et de l'Arizona, chaque rancheria venant cha-
que année par caravane faire en cet endroit sa provision.
Je dois mentionner aussi que, d'après les observations que
je fis, je trouvai, pour la hauteur du volcan du Pinacate,
1656 mètres.
Rentré le 20 à Santo-Domingo, nous en repartpns le 21.
Remontant la vallée et la Cienega de Sonoita^ espérant arri-
ver ce môme jour au Pozzo de Mesilla. Le nouveau guide
que j'avais connaissait mal son chemin, nous fit errer toute
la journée, de sorte que nous nous décidâmes à aller à
l'Aguage de la Nariz, où nous arrivâmes à 10 heures du soir,
après 14 heures de selle, par une chaleur torride et sans
eau. A la Nariz, il y a généralement une rancheria papago,
mais comme il paraît que dernièrement une épidémie s'était
déclarée chez eux, ils ont transporté la rancheria au « paraje
de los Gamotes », à deux lieues au nord sur le territoire
d'Arizona.
De l'Aguage de la Nariz, nous nous dirigeons sur el Zoni ;
derrière l'emplacement de la rancheria, sur le versant inté-
rieur d'un monticule couvert de palo amarillo, s'élève une
série peu compliquée de trincheras ; c'est le point le plus occi.
dental où je les aie rencontrées. — El Plomo, où nous pas-
sons la nuit, est un real de mines important situé sur un
petit cours d'eau qui se perd dans les sables un peu plus bas,
mais qui donne assez d'eau cependant pour que l'on puisse
faire un peu de culture. A peu de distance» au nord del
2i4 VOYAGE EN SONORA.
Plomo, se trouve le cerro del Humo, où l'on a découvert
récemment des mines fort riches. Del Plomo, nous nous
dirigeons vers TAltar, où nous rentrons le 23, tard dans la
nuit. Nous apprenons que la révolution a triomphé et que
le général Mariscal est en fuite.
De l'Altar, nous nous rendons de nouveau à Hermosillo et
àUres, en passant par la « Cieneguila » . Cette dernière partie
démon voyage sera l'objet d'une notice spéciale, c'est pour-
quoi je ne m'y étendrai pas davantage aujourd'hui.
LES MONTS AOURÈS
NOTICE HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Pnr €. liATniJFFl!:.
L'Aourès est une ramification du grand Atlas qui s'étend
dans le Sud de la province de Gonstantine, des environs de
Batna jusqu'à ceux de Biskra où elle vient mourir.
La partie la plus importante représente, dans son ensem-
ble général, une ligne brisée dont le point extrême, au
Nord, est le Djebel Touggour, et qui va se terminer au con-
fluent de rOuâd El Arab et de l'Ouâd Meighâr.
Le mont Aourès détache plusieurs contreforts provoquant
la naissance de diverses vallées :
1° Vallée de l'Ouâd Abdi, entre les montagnes des Oulâd
Ziân et celles des Oulâd Dâoud.
2' Vallée de l'Ouâd El Abiod, entre les Oulâd Dâoud et
les montagnes de l'Ahmar Khaddou,
?.** Vallée de l'Ouâd Mestâoua, entre les montagnes des
Béni Melkhem et les contreforts du Djebel Harch.
4° Vallée de l'Ouâd El Arab, entre le Djebel Chechâr et
les contreforts des Bradjas.
Les points culminants sont le Djebel Mehmel, entre l'Ouâd
Tâga et le village de Bou-Zina et le pic du Ghelliya, chez
les Beni-Oudjâna.
Au point de vue géologique, il est composé de quartz
mélangé de mika, les assises inférieures étant des couches
de calcaire qui, par suite de bouleversements successifs
sont, d'horizontales qu'elles étaient à l'origine, devenues
verticales.
246 LES MONTS AOURÈS.
f Tel Procope le décrivait, tel est encore ce massif. Les
routes y sont difficiles, le pays sauvage. Mais lorsque, après
bien des efforfes^on a réussi à escalader les plateaux princi-
paux, le paysage change. On découvre des plaines magnifi-
ques, de nombreuses rivières^ de riants jardins. Partout les
cours d'eau sont, pour ainsi dire, canalisés et apportent
l'aisance sur tout leur parcours.
Les étés y sont chauds, les hivers souvent terribles. Sur
certains sommets, la neige séjourne à peu près toute l'an-
née. Mais, à ces hauteurs, l'air est sain et le climat salu-
bre.
Les tribus qui habitent l'Aourès sont nombreuses. ElJes
forment les Gaidats des Oulâd*Abdi, des Béni Bou Selîmân,
del'Ahmar Khaddhou, des Benî Oudjâna et du Djebel Che-
char.
Le voyageur Shaw a parfaitement défini le type de ces
montagnards. Leur teint est blanc et rouge. Beaucoup de
femmes ont les cheveux châtains. Quelques auteurs pré-
tendent que ces populations descendent des Vandales dont
elles ont d'ailleurs tout le caractère. D'un autre côté,Rému-
sat croit quelles tirent leur origine des Goths * qui envahi-
rent l'Occident au troisième et au quatrième siècles. Ce qui
pourrait annuler la première opinion, c'est que Justinien
bannit de l'Afrique tous les Vandales, sans en excepter les
femmes. La proscription fut-elle bien exécutée? Les archi-
ves du temps ne sont pas un témoignage suffisant pour s^
prononcer.
Toujours est-il que cette population est blanche, que ce
fait, aujourd'hui acquis, est un de ceux qui ont le plu:?
frappé les premiers officiers qui pénétrèrent dans la pro-
vince de Constantinc et que le docteur Guyon, médecin en
chef de notre armée, en 1837, était étonné à la vue à^i^^^'
1 . L'origine des h«hilants de PAotirès «st Berbère, avec iaunixtion ^<^
raines tribus arabes ; le sanji gonnanique n'a pu laisser chei eux de trace'
visibles. H. D.
LES MONTS AOURÈS. 247
femme de TAourès qui avait les yeux bleus, les cheveux
blonds, de très belles dents, la peau très fine et très blan-
che. La tête y est plus développée que celle de Tarabe de
la plaine. Elle est longue, la barbe et les cheveux soyeux.
Bruce qui, antérieurement, avait fait les mêmes remar-
ques, prétend avoir rencontré sur ces montagnes des indi-
gènes qui disaient descendre d'anciens chrétiens. Ils appar-
tenaient à une tribu nommée Neardi et portaient entre les
deux yeux une croix grecque faite avec de l'antimoine.
Qu'y a-t-il de vrai dans cette origine ? Peu de chose, très
probablement rien. Le voyageur, séduit par la vue de gens
qui, d'après lui, étaient « beaux comme des Anglais », s'est
peut-être laissé emporter par son admiration, car le catho-
licisme * n'a jamais dû avoir de prosélytes dans cette partie
du pays, du moins, nous n'en avons trouvé aucune trace
ancienne.
Cependant, sur les plateaux de l'Aourès, on trouve une
plaine qui porte le nom de Beled Neardi. Elle est située en
avant du village de Bou-Zina et a une étendue d'environ
six kilomètres. Nous n'en conclurons pas que là ait existé
la tribu à laquelle Bruce fait allusion, mais nous ne pou-
vons nous empêcher de noter le fait. Il est possible que
cette plaine ait tiré sa dénomination de celle de ses anciens
habitants. Néanmoins, selon nous, ces derniers et leurs des-
cendants actuels n'ont jamais penché, même un peu, ver?
la religion chrétienne.
Les anciens, Procope surtout, les ont représentés comme
niant toute idée religieuse. Le jugement est peut-être sé-
vère, mais il est vrai que leur austérité n'a jamais été aussi
rigide que celle de l'indigène de la plaine. Toutefois, Peys-
sonnel va loin lorsqu'il assure que les montagnards de l'A-
ourès se réunissent à certains jours auprès des fontaines
pour y troquer leurs femmes. Le libertinage y est certaine-
1. Je crois, au contraire, que le christianisme s'est propajçé ancienne-
ment dans TAourès. H . H .
•1
248 LES BfONTS AOURÈS.
ment répandu, mais pourquoi leur reprocher, à eux spécia-
lement, un défaut que, de son temps déjà, affichaient des
peuples plus civilisés que ceux de l'Afrique?
Chacune des tribus se divise en Dechera ou villages, cha-
cun de ceux-ci ayant pour chef des Cheikh autrefois nom-
més en assemblée générale, aujourd'hui investis par le
gouvernement Français. Auprès des cheikh, des Djemâa ou
réunions des plus notables habitants représentent, sous une
autre forme, nos conseils municipaux.
L'administration est, du reste, la môme que dans le reste
de l'Algérie. Les cheikh, échelon inférieur, obéissent au
caïd de la tribu. Ce caïd, seul, entre directement en rela-
tions avec l'autorité. Cet ordre hiérarchique a quelquefois
été transgressé et, dans ce cas, il ne peut rien en résulter de
bon. L'expérience Ta souvent prouvé et, en fin de compte,
le cheikh a toujours à pâtir de la latitude qui a pu lui être
donnée de régler lui-même les affaires de ses administrés
avec ses supérieurs français. Ne ferait-il que s'attirer la sus-
picion de son caïd, c'est déjà quelque chose, mais ce quel-
que chose ne s'arrête pas toujours là. Fait à noter, cepen-
dant, le caïd, dans les tribus de la montagne, est plus
écouté que dans celles de la plaine. Les intrigues sont
moins nombreuses, par suite plus rares aussi les coups de
tiHe qui se terminent- généralement par Tinsurrection. A
quoi attribuer cette différence? Peut-être, et c'est notre
conviction, ceci résulle-t-il de ce que le Kabyle, petit pro-
priétaire, s'occupe de son bien^ de sa maison, aime son sol;
voit peu d'étrangers, tandis que le nomade, aujourd'hui là,
demain ailleurs, a un caractère plus frivole, plus frondeur.
Ses pérégrinations l'enlèvent, croit-il, à l'action des lois et
il est tout heureux, au milieu de son oisiveté, de décharger
son esprit un peu moqueur sur son chef. Petit à petit, l'ai-
greur amène l'animosité et celle-ci bientôt l'insoumissioa
ou mieux la rébellion. Or le Kabyle sait qu'il n'a rien à
espérer le jour où, dans ces conditions, il descend dans la
LES MONTS AOURÈS. 249
plaine. C'est l'homme de la montagne. Là, seulement, il
peut tenir tête et, néanmoins, il a appris à ses dépens que,
depuis longtemps, ses rochers ne sont plus inexpugnables.
Le nomade, au contraire, a quelques chances de résister
dans la plaine. Il a des cavaliers, il a surtout le désert der-
rière lui. Il est dans de meilleures conditions pour faire de
temps en temps parler la poudre contre l'autorité qui le
régit. Voilà pourquoi les gens de TAourès, dans les der-
nières révoltes, ont su sagement s'abstenir.
La justice y est exclusivement indigène. Elle est rendue
par des cadis, avec appel au medjelès consultatif.
Le langage diffère de l'Arabe. C'est le Berbère-Chaouïa
divisé en divers dialectes. Le dictionnaire deVenture donne
une parfaite idée d'une des langues de la famille berbère,
tout en restant bien loin des savants travaux du général
Hanoteau sur la langue kabyle qui appartient à la môme
famille.
Tel est le pays qui fut, jadis, le rempart de la Numidie,
qui lui prodigua ses défenseurs, qui lui donna des ressour-
ces de toute nature. Il appartenait à la civilisation, repré-
sentée par les colonnes françaises, de briser la turbulence
d'une population qui, jusqu'aux temps modernes, était
restée elle-même. Son indépendance, elle l'avait défendue
contre tous les conquérants qui voulurent fouler son sol.
Elle tint en échec les Carthaginois et les Romains, les Van-
dales et les Turcs. Toujours elle se suffit à elle-même. Ses
rochers étaient des repaires inaccessibles sur lesquels elle
installait ses refuges ; ses vallées étaient et sont encore assez
riches pour la nourrir. Tous l'attaquèrent et aucun, môme
malgré des victoires, ne put l'assujettir.
Dès leiv° siècle, nous la voyons envoyer ses contingents à
Firmus dans sa lutte contre les Romains, prendre parti
contre Gildon et plus tard entraîner celui-ci dans la ré-
volte.
Mais c'est au vi" siècle que ces montagnards ont eu à subir
250 LES MONTS AOURÈS.
Tassaut le plus terrible^ Dans la période gréco-byzantine,
un lieutenant de Bélisaire, Salomon, fût chaîné de réduire
les monts Âourès. Les tribus qui les habitaient étaient sous
les ordres d'un chef nommé Jabdas qui, grâce à l'influence
qu'il avait sur tout le pays, avait réuni environ quarante
mille combattants. L'armée ennemie vint camper dans la
plaine de Baghaï, sur les bords de la rivière Abigas, aujour-
d'hui Ouâd Khammeur. Cette plaine était coupée par de
nombreux canaux permettant aux habitants de porter Feaa
là où ils voulaient en bouchant ou en ouvrant ces canaux.
C'est ce qu'ils firent dans cette occasion, et, en 533, une
partie du camp deSalomon fut submergée. Il réassit, cepen-
dant, à surmonter cette épreuve, reçut des renforts, culbuta
les Maures au combat de Babosis, au sud de Baghai, et au
pied de l'Aourès.II força Jabdas à s'enfermer dansZerbuIie,
mais, le siège paraissant devoir se prolonger, il tourna au
nord, vint ravager les environs de Tamugadis et la vallée
de rOuâd Rebâ. Ses approvisionnements assurés, il se pré-
senta de nouveau devant Zerbulie, s'en empara ainsi que de
toute la famille de son adversaire.
Le dernier épisode de cette guerre se passa sur un
point que Procope nomme le mont Burgaon. Les gens
de r Aourès le croyaient inaccessible. Mais ils furent tournés
par Théodore, un des généraux de Salomon, pendant
que celui-ci les attaquait de face. Ils furent délogés de tou-
tes leurs positions et se retirèrent dans une déroute inex-
primable.
Il est parfaitement possible de reconstituer sur place
rhistoire de cette époque mémorable. Zerbulie était entre
Tamugadis et Baghaï. Or, Tamugadis se trouve à droite de
la route de Batna à Khcnchcla et s'étend jusqu'aux pentes
de la montagne. Ses ruines atloslent encore son opulence
et son étendue. Baghaï osl à droite do la roule d'Aïn-Beïda,
au milieu d'une contrée tourmentée par les mouvements du
sol. Elle était située ;\ peu do distance du bordj de TOuâd
LES MONTS AOURÈS. 25i
Taouzient et sur le coude formé par un des détours de
rOuâd Baghaï. Zerbulie, construite entre ces deux rilles,
occupait donc remplacement actuellement couvert par les
ruines qui se trouvent sur le chemin conduisant de TOuad
Rbâ dans la vallée de FOuâd'Abdi-Babosis , où eut lieu le
premier engagement, était aux environs du bordj actuel de
Taouzient et il y existait un fortin dont les ruines sont fort
bien conservées.
La disposition de ces lieux explique comment Salomon,
maître de ces villes, put rayonner dans la vallée de TOuâd
Abdi, y construire des forts et couper aux secours la route
du désert.
D'^un autre côté, le mont Burgaon de Proeope nous sem-
ble être le Djebel Tafrînt actuel et la vallée dans laquelle le
combat a commencé n'est autre que celle formée par cette
dernière montagne et la pointe extrême de TAourès sur
Khenchola. C'est après cette victoire que fût créé le poste
de Tazouggart,
Salomon voulut asseoir solidement sa conquête. Il créa
des forteresses, construisît des acqueducs, des ponts, fit
tracer des routes. Il crut à la ruine complète de Tennemi,
Il se trompait. Jabdas s'était retiré dans le désert, laissant
an temps le soin de miner les forces de son vainqueur.
L'armée de ce dernier se fondit au milieu des plaisirs d'un
pays riant et fertile. L'indiscipline naquît au milieu de cette
abondance de toutes choses et bientôt le général vit lui-
même qu'il allait rester seul pour représenter l'antique
esprit militaire de son pays. Il dut songer à se retirer, ses
victoires furent inutiles et sa réputation vint se briser contre
ce but toujours cherché, jamais atteint : Tasservissement de
TAourès.
Du moins Salomon eut le bonheur de succomber avant
que sa renommée ne fût atteinte. Attaqué en 542 par des
forces supérieures, aux environs de Théveste, il perdit la vie
en luttant avec héroïsme contre les Mpolitaîns.
252 LES MONTS AOURÈS.
De tout ce beau passé il ne reste que des pierres éparses,
que des ruines que foulent maintenant les troupeaux. Ce
n'est que bien longtemps après que TAourès devait se décla-
rer vaincu. Peu à peu, les Maures rentrèrent dans leur pays.
Ils avaient lutté contre les invasions romaines, les inva-
sions vandales ; ils luttèrent contre celles des enfants de
Mahomet.
Ce dernier, dans ses vues ambitieuses, n'avait pas oublié
TAfrique. Ses successeurs devaient poursuivre sa tâche et,
en 688, Zoheïr ben Kaïs asservissait l'Aourès sous la domi -
nation arabe. Le jour des revers arriva cependant pour lui
et, de nouveau, la race berbère reprit sa liberté. Elle se
laissa, dès lors, guider par Kahéna, reine des Djeraoua.
En 690, cette nouvelle Jeanne d'Arc culbuta le général
arabe Hassan ben Naamân au combat de TOuâd Meskiana,
mais échoua, cinq ans plus tard, à TafFaire de Baghaï dans
laquelle elle périt glorieusement avec presque toute son
armée. Le nouveau vainqueur s'implanta dans le pays, s'y
installa solidement et, en 706, Mouça ben Noceïr, après
avoir conquis le Moghreb,put traverser impunément l'Aou-
rès. Le peuple berbère disparaissait de la scène par épuise-
ment, mais ce qui en restait n'était pas dompté. Pendant
que les Arabes poursuivaient leurs conquêtes, ce restant se
soulevait. Deux siècles de luttes s'écoulaient encore avec
des chances diverses pour les deux partis.
Au commencenient du x° siècle, un nouveau conquérant,
Abou Abed Allah, lieutenant du douzième Iman, Obeïd Al-
lah, de la secte des Ghiaïtes, enlevait Baghaï et Meskiana et
entraînait à sa suite, en Tunisie, tous les contingents de
l'Aourès. Gomme prix de son appui, le pays regagna son
indépendance.
L'invasion arabe reprit le dessus. Les Maures finirent par
se mêler aux usurpateurs et par s'allier avec eux. Le calme
revint et c'est à peine si les montagnards s'aperçurent des
révolutions incessantes qui agitaient le nord de l'Afrique.
LES MONTS AOURKS. 253
Les habitants de TAourès restèrent eux-mômes, c'est-à-dire
indépendants, pendant que Barberousse, que Duquesne,
que lord Exmouth venaient sur lescôlesBarbaresques mon-
trer les pavillons étrangers et y .«emer souvent les ruines de
la guerre.
L'armée française débarque à Sidi Ferruch. Quelques
montagnards viennent se joindre à Tarmée du bey d'Alger
et ceux qui échappent à la prise de cette ville peuvent aller
annoncer à leurs concitoyens que le nouveau conquérant
sera tenace dans le but qu'il poursuit. Bientôt Constantine
succombe. L'envahisseur se rapprochant d'elles, les tribus
de l'Aourès commencent à s'inquiéter. C'est au milieu d'elles
que l'ex-bey Ahmed se retire et c'est de leur pays qu'il va
chercher à fomenter la révolte au fur et à mesure de l'ap-
proche de notre armée^
Abd El Kader, à son tour, apprend à connaître l'infor-
tune. Il fuit, mais sans perdre l'espérance. Il envoie son
khalifa, Ahmed bel Hadj, dans la province de Constantine
et ce dernier essaie, pour défendre son maître dans la dé-
route, de soulever les habitants de la montagne comme il a
soulevé ceux de la plaine.
Ahmed Bey et Ahmed bel Hadj trouvant asile dans la mon-
tagne, c'était une raison suffisante pour amener de notre part
une occupation du pays'. Le colonel de Buttafoco venait de
s'établir à Bathna. Le duc d'Aumale avait pris Biskra et, au
retour, avait songé à faire une expédition dans l'Aourès. Les
pluies l'en avaient empêché. Ceci se passait en 1844.
Les tribus étaient vivement impressionnées par la certi-
tude de voir prochainement nos soldats visiter leur contrée.
Le colonel Lebrelon devait entrer dans l'Aourès. Les Ka-
byles lui évitèrent cette course en lui envoyant des chevaux
de soumission. Cette démarche, cependant, ne fut pas
dictée par des intentions franches, et le général Bedeau
fut chargé d'aller y mettre fin à des excitations séditieuses
qu'apportaient de« émissaires venus de l'ouest.
i5i LES MONTS ÀOURÈS.
Sa colonne partit le 1^' mai 1845 de Bâtna. Elle alla, le
même jour, camper à l'Ouâd Soutels. Elle comptait y
trouver les Oulad Zian ; ils manquèrent au rendez-vous*
Ils avaient déjà passé dans les rangs des insoumis. Le Ien«
demain, les troupes franchirent les hauteurs et vfnrent
camper sur la route de Médina, dans la plaine des Yabbous.
Poursuivant leur chemin, elles longèrent le Djebel Amroûs,
arrivèrent à la tête de TOuâd Cheraorra, au lieu dit Medjez
El Hamar et furent bientôt en vue du Djebel Achra. C'est
là qu'eut lieu l'engagement. Le soir, le général Bedeau éia«
blissait son camp à Médina. Dans la journée, les monlagnards
avaient été culbutés de toutes leurs positions. Les Oulâud
Abdi faisaient leur soumission, ea même temps que trois
des chefs des Oulad Daoud. Ahmed Bey avait assisté au
combat. Lorsqu'il vit la déroute, il quitta le pays. Quant au
khelifa Bel-Hâdj, il avait pris la direction du Djerîd.
Les contingents du sud et de Test n'avaient point parti-
cipé à cette affaire. Ils cherchèrent à surprendre le flanc
droit de la colonne et attendirent celle-ci au sud du Ghelia.
La rencontre eut lieu le 10 mai, les troupes du général
Bedeau, jointes à celle du général Levasseur, les battirent
aux environs de Mellagou.
Malgré leur soumission précédente, lesOuIâd Abdi avaient
envoyé des renforts aux rebelles du Ghelya. Ils apportèrent
ensuite la plus mauvaise volonté dans les réquisitions qui
leur furent demandées. Leur caïd, Mohammed Zeroual,
refusait de se rendre au camp français et laissait ses gens
se joindre aux rassemblements séditieux qui se tenaient au
village de Haidouça,et auxquels prenaient part les fractions
de Nara, de Menaa et des Beni-Ferah.
Pour en finir» la colonne se porta sur le Djebel Raz Drad,
entre le^ vallées de TOuÂd Abdi et des Oulad Daoud, puis, à
00 point, se divisa en deux. La première partie se dirigea,
en suivant la montagne, sur Haidooça, pendant que la se-
conde, par la vallée de rOu&d Abdi, se prolongeait le long
'
LES MONTS AOURÈS. 255
du Djebel Mahmel. Un engagement des plus violents eut
lieu aux environs de Haidouça qui fut incendié. Les villages
de El Abed et de Aïn Kadhi furent enlevés.
Les marabouts vinrent implorer l'Aman. Le chef de la
colonne avait menacé de couper toutes les moissons. Pour
éviter ce châtiment, les insurgés payèrent une amende de
40,000 francs. Descendant alors la vallée de TOuâd Abdi, le
général Bedeau se porta sur les villages de Menaa et de
Nara. Le premier avait été habité pendant un an par l'ex-
bey Ahmed. Quant au second, il servait de dépôt aux ap-
provisionnements du khelifa Bel Hadj. Les habitants se
soumirent ainsi que les Beni-Ferah et tous les montagnards
du Djebel-Fighagar. Quant aux Oulad Daoud, ils avaient
tenu tous les engagements qu'ils avaient pris le 3 mai.
En résumé, la colonne Bedeau avait coûté à l'Aourès une
contribution de 120,000 francs, sans compter que, pendant
un mois, les chevaux et mulets avaient été nourris par les
tribus. La fierté des insoumis avait reçu un coup terrible.
Elle n'était cependant pas abattue. Quant au bey Ahmed,
nous n'avions pu le faire livrer. Il trouvait encore, pour
nous échapper, assez de sympathies dans le fanatisme mu-
sulman.
Pendant quatre ans, le pays semble pacifié; au fond, il
est dans le même état. Le khalifa d'Ad El Qader a soin de
ne pas laisser s'éteindre la haine contre l'envahisseur. Une
agitation sourde se communique peu à peu de la montagne
dans la plaine. Bientôt une nouvelle insurrection plus ter-
rible que les premières éclate de tous les côtés et menace
de faire perdre le fruit de nos précédentes expéditions.
Le 17 septembre 1849, le marabout Sid Adb El Hafid
sort de Liâna et se porte sur Biskra. Le commandant de
Saint-Oermain va au devant de lui, l'attaque au passage de
rOuâd Seriâna et tombe mortellement frappé sans que ja-
mais on ait eu des données bien certaines sur la direction
d'où était partie la balle qui lui apportait la mort
256 LES MONTS AOURKS.
Presque en même temps, Ahmed Bel Hadj se dirigeait
sur Sidi Oqba pour enlever notre allié Ben Chenouf, ef,
dans les premiers jours d'octobre, le fanatique Ben Ziàn
proclamait la guerre sainte à Zàatcha. Il n'en fallait pas
tant pour entraîner les habitants de l'Aourès dans la révolte.
Us avaient envoyé des contingents à Abd El Afid dans Taf-
faire de Seriâna, ils lui en fournirent encore dans sa marche
surBiskra, qu'il renouvela vers la fin du même mois. Il
se jela sur nos convois et, entre El Ksour et El Kantara, li-
vrait au capitaine Bataille un combat qui Tobligeait à ré-
trograder sur Batna.
Le 26 novembre 1849 Zàatcha sucoraba. Le sort terrible
que subit celte ville rebelle n'amena pas les montagnards à
des idées meilleures. Lesdébris de ceux qui avaient cherche
à porter secours à Ben Ziân se rendirent à Nara, dans le
Djebel Lazreg, au milieu d'un pays tourmenté et dont la
topographie sera décrite plus tard. Pour le moment, il suffit
de faire connaître ce qu'était la ville en elle-même.
Les trois villages qui constituent Nara sont situés dans un
profond ravin dont les eaux se jettent dansTOuâd-Abdi, rive
gauche. Les villages les moins importants, celui desOulad
SidiAbd Allah etceluide Dâr Ben Labara, s'allongent à droite
et à gauche aux flancs du ravin. Entre eux, sur un rocher
formant îlot dans le ravin, à soixante mètres au-dessus du
thalweg, se groupent, serrées, les cent maisons de l'agglomé-
ration principale, nommée ThenîyetEl-Djema'a. Cette partie
était réputée inexpugnable.
Avant d'arriver aux villages élevés de plus de cinq cent
mètres au-dessus de l'Ouâd' Abdi, il fallait gravir des pentes
en gradin, dont les dernières sont de véritables escaliers
taillés dans le roc. Des tours construites en pierres et pla-
cées avec intelligence commandaient tous les abords du
ravin de Nara.
La colonne n'avait que trois sentiers àsuivrepour aborder
l'obstacle en partant de la vallée de l'Ouâd-Abdi. Le pre-
LES MONTS AOURÈS. 257
mier est le chemin que prennent les gens qui viennent du
haut de la vallée. C'est celui de gauche qui escalade les
mamelons rocailleux de la rive droite du ravin de Nara. Les
deux autres suivent les contreforts de la rive gauche de
rOuâd Nara. L'un longe le bord même de la rivière et
aboutit au village des Oulâd Sîdi Abd Allah. L'autre, plus à
droite, fait communiquer Menâ'a et Nara.
Les dispositions furent prises de fiiçon î\ ne pas laisser
aux gens de Nara et aux contingents de TOuâd El Abiod le
temps de présenter aux troupes une résistance désespérée.
Les insurgés avaient entassé leurs familles, leurs biens,
leurs troupeaux dans les villages de Taughanimt et de
Guelfen situés en arrière du Thenîyet-Zoughal, col qui du
bassin de TOuâd El Abiod conduit dans Djebel Lazreg et
renferme la tête de TOuâd Nara.
En présence de la situation des lieux, le général Ganrobert
décida que trois colonnes se porteraient sur les positions
de Nara et enlèveraient le village principal. En cas d'échec,
les troupes devaient se réunir vers le col, le franchir, tom-
ber sur Guelfen et Taughanimt, retraverser le Djebel
Lazreg et rentrer au camp par le village de Brihet. Au
préalable, des retranchements en pierres sèches furent élevés
ponr mettre à l'abri les bagages et les approvisionnements
pendant la pointe sur l'Ouâd El Abiod.
La première colonne (colonne Carbuccia) reçut l'ordre
de se jeter sur la gauche, de gravir les escarpements de la
grande chaîne, de passer loin de tout sentier frayé en tour-
nant les positions de Nara et en se saisissant, en cas de
besoin, du col que l'armée devait franchir si elle n'entrait
pas dans la ville. La deuxième colonne, sous les ordres du
commandant Bras-de-Fer, devait prendre le chemin qui
suit lefe pentes de la rive droite de l'Ouâd Nara. La troisième
colonne, commandant de Lavarande, reçut l'ordre de che-
miner sur les escarpements de la rive gauche.
Pour tromper l'ennemi, les troupes laissées au camp de-
soc. DE flÉOGR. — SEPTEMlîRE 1880. XX. -^ 17
258 LES MONTS AOURÈS.
vaient exécuter une fausse attaque sur les plateaux de
droite.
La première colonne marcha, à hauteur de la troisième,
droit sur Nara. Les positions qui couvraient cette dernière
furent successivement enlevées et les crêtes supérieures
abordées. Bientôt les troupes entraient dans la ville rebelle.
La retraite était coupée aux Berbères du côté du ravin,
pendant que la cavalerie les sabrait sur la rive gauche.
Tout ce qui fut arrêté dans les villages fut passé par les
armes; les maisons furent incendiées ou démolies parla
poudre et le pic à roc. Quelques heures après l'attaque, le
foyer des insurgés n'existait plus et les colonnes rentraient
au camp. Au nombre de nos morts, se trouvaient trois offi-
ciers tués dans le village central.
Les habitants de l'Aourès avaient lutté pour essayer de
conserver cette indépendance que les peuples anciens n'a-
vaient pu leur ravir ou qu'ils ne leur avaient enlevé que pour
peu de temps. Cette fois, ils avaient trouvé leurs maîtres. Le
châtiment fut terrible : Nara subit le sort de Zàatcha. Dé-
fense fût faite par le gouvernement de relever ses ruines.
Les femmes et les enfants qui survivaient (les hommes
étaient morts) durent chercher asile ailleurs et, pendant
de longues années, le ravin du Djebel El-Azreg ne conserva
plus que des décombres comme témoignage du grand
drame qui s'y était joué.
Peu à peu, les esprits se calmèrent. La leçon avait été
dure. Les montagnards ne l'oublièrent pas et, se remettant
au travail, réparèrent activement les maux qu'ils s'étaient
attirés.
Ahmed-Bey. qui avait fui dans l'Ahmar-Khaddou, était
fait prisonnier dans le village de Kbaïch. Quelques spahis
avaient suffl pour terminer la carrière d'aventure de cet
ancien souverain de Constantine. De toute sa splendeur
d'autrefois, il lui restait l'internement dans son ex-capitale,
où il repose maintenant dans la mosquée de Sidi Âbd Er
LES MONTS AOtinÈS. 259
Rhaman. Sa mère, El Haddj Rekia, dort du dernier som-
meil dans la mosquée des Sept Dormants, à M'gaoûs, dans
le Gaïdat des Oulâd Soultân.
Pendant quelques années, l'Aourès vit dans la tranquillité
la plus absolue. Les quelques petites dissensions intérieures
que l'on peut y relever sont de celles que l'on voit exister
constamment dans toutes les tribus. Ce sont des querelles
domestiques auxquelles la politique est absolument
étrangère.
Nous arrivons ainsi à l'année 1858; un fanatique, Si
Saddok, prêche la guerre sainte chez les Béni Brahim, dans
l'Ahmar Khaddou. Le général Desvaux le poursuit, le
13 janvier 1859, à Tibibjourin, culbute son goum, le U, à
El Ksar, et brûle sa Zaouia, pendant que les contingents qui
nous sont restés fidèles vont s'emparer de ses magasins
à Guelaa-Djedida. Le 20 janvier, Si Saddok, sa famille
et ses conseillers, en tout quatre-vingt-huit personnes sont
amenés au général, à El Ksar.
Depuis l'affaire de Si Saddok, les habitants de l'Ouad
Abdi ne se mêlèrent pas activement aux mouvements qui
eurent lieu en Algérie. En 1871, à la suite de la guerre
franco-prussienne, la révolte éclata dans la presque totalité
de la province de Conslantine. Sauf quelques désordres
insignifiants, ils s'abstinrent.
^ L'Aourès se tint tranquille, grâce aux deux chefs dont
l'autorité alors était aussi absolue que respectée par ces
populations de montagnards : Si Boû Diaf et Si M'hamed
ben Abbes.
Le pays était florissant. Peu de faits saillants s'étaient
durant ces dernières années passés dans le massif. En
1873, une fraction insoumise, les Ahl Rouff, avaient été
expulsés de leur village d'où ils étaient bannis depuis 1864,
mais oîi ils étaient revenus habiter, grâce aux pertur-
bations de l'année 1871. Le fait n'avai teu aucun écho parmi
les tribus voisines.
!260 LES MONTS AOURÈS.
Rien ne faisait prévoir le mouvement insurrectionnel do
1879. Les lignes qui précèdent étaient écrites lorsqu'il a
eu lieu et il ne nous appartient pas de l'apprécier au point
de vue des causes qui ont pu le déterminer. Il est à sup-
poser qu'il ne se reproduira pas et que des populations qui
sont restées si longtemps dévouées à la France au milieu
de l'agitation de leurs concitoyens rachèteront un moment
d'erreur en revenant à leur fidélité d'autrefois.
NOTICE GÉOGRAPHIQUE.
Tels sont les origines et les antécédents de cette région,
qui n'est guère connue que de ceux qui habitent la province
de Constantine et que parcourent rarement les étrangers.
Les touristes, en effet, affluent de plus en plus, chaque
année, dans l'oasis de Biskra. Ils commencent à apprendre
qu'il existe dans le sud un petit coin de terrain où ils trou-
vent les émotions du désert sans en éprouver les inconvé-
nients, des points de vue charmants, une ville presque fran-
çaise. Aucun d'eux, en franchissant la Méditerranée, ne
manque de venir visiter ce point éloigné.
Mais si tous, étrangers comme Français, connaissent cette
route longue, insipide qui, de Batna, les conduit, plus ou
moins rapidement, à Biskra, selon le bon plaisir des saisons
et les caprices de la rivière d'El Kantara,bien peu ont pris,
pour s'y rendre, la deuxième voie de communication, celle
de TAourès.
Nous allons l'étudier en partant de Batna. Nous revien-
drons à notre point de départ en traversant les montagnes
du Djebel Chercliar et celles de l'Aourès du Nord. Nous
aurons, de cette façon, rencontré h peu près toutes les
tribus qui habitent celte région.
C'est des mains do notre armé^ qu'est sortie Batna. llien
n'existait h cet endroit, au début de la conquête, lorsque ia
colonne Bullafoco arriva. Rlle s*installa h deux kilomètres,
LES MONTS AOURÈS 261
à peine, de la ville actuelle, sur une série de petits mame-
lons peu élevés, ayant devant elle le lit de TOuâd Batna,
derrière les montagnes des Oulâd Chelih. G*est là qu'elle
soutint des combats remarquables et toujours heureux
contre des tribus dont quelques-unes ont encore gardé leur
ancien caractère abrupte et indomptable, qu'elles ont montré
il chaque insurrection nouvelle, principalement pendant celle
de 1871. Une pyramide indique l'emplacement de l'ancien
camp, et une seconde, placée sous les murs mêmes de la
ville, perpétue et les souvenirs de l'occupation et les noms
des corps combattants.
En elle-même, Batna n'a rien qui séduise. Les rues sont
alignées au cordeau. Une partie entièrement française fait
suite aux premières maisons construites et qui toutes sont
enclavées dans ce qui est nommé, peut-être improprement,
le camp. Jadis, un jardin public existait sur la route de
Biskra. Il est tombé dans un état d'abandon tel qu'il peut
n'être cité que pour mémoire. Peu d'indigènes habitent
l'intérieur de la ville, dont un quartier est peuplé complè-
tement de Juifs. Sa position géographique, par rapport au
Sahara, a obligé à une occupation militaire solide. C'est de
là que partent les premier secours en cas d'alerte du côté
de Biskra. Aussi y a-t-il une garnison assez nombreuse.
En quittant la ville, nous laissons, sur la droite, une
mosquée élégante située à cent mètres d'un amas de ba-
raques portant le nom de Village Nègre et occupées princi-
lement par un certain nombre de filles du désert dont la
profession ne réclame pas le grand jour.Rien à signaler dans
cet asile du plaisir qui ne peut guère être compris que par
les coreligionaires de ses habitants.
Une maison d'assez bonne apparence, construite dans le
genre d'une ferme, borde la route, à peu près à hauteur de
la mosquée. C'est la demeure du caïd des Oulâd Daoud, Si
Boû Diâf.
Quelques habitations, bien clair-semées, se rencontre-it
262 LES MONTS AOURÈS.
encore, et, 10 kilomètres plus loin, on se trouve en face
d'immenses bâtiments entourés de murs élevés. À gauche, des
ruines romaines magnifiques, dans un état de conservation
extraordinaire. Des restes de temples, des portiques, des co-
lonnes debout, d'autres à terre et brisées,c'est Lambèze, Tan-
cienne Lambessa,Î9idis quartier général de la troisième région
romaine, célèbre à bien des titres. Là, les transportés de 1852
jetèrent les bases d'une ville qui ne put jamais devenir
qu'un village, mais un village charmant, entouré vers le sud
par des montagnes boisées, possédant de Teau en abondance
et un terrain dans lequel la vigne pousse admirablement.
La maison centrale est bâtie d'après les plans de celle de
Mazas. Les cellules sont disposées de façon à être surveil-
lées du centre du pourtour. Une espèce de ferme modèle
où travaillent un grand nombre de prisonniers a été créée à
deux kilomètres de là, à Markouna, et donne de très bons
résultats.
A partir de Lambèse, on est complètement en pays berbère
et arabe. La route qui, jusque-là, était digne de ce nom,
disparaît. On entre dans une forêt tantôt épaisse, tantôt à
l'état rudimentaire. Des ruines romaines toujours, moins
intéressantes, moins considérables que celles que nous ve-
nons de quitter. Néanmoins, leur étendue atteste l'ancienne
importance de la ville.
Bientôt le chemin devient sentier, les mouvements du
terrain s'accentuent, les taillis s'épaississent brusquement ;
après une descente de quelques instants, la forêt cesse et
fait place à un vallon entouré de hauteurs. On traverse un
ravin au sortir duquel on se trouve devant la maison du caïd
de l'Ouâd Abdi, Si Mahmet ben Abbâs. Elle est placée dans
un site admirable, avec un jardin qui, mieux entretenu, se-
rait magnifique. Cette demeure, mélange de style français
et de style mauresque, surprend par son élégance. En face
existe un moulin spacieux, mais qui tend à tomber en
«
ruines.
LES MONTS ÂOURÊS. 263
Quelque attrayant que puisse être le séjour à TOuâdTaga,
il ne faut pas trop s'y arrêter de peur de s'apercevoir bien-
tôt que la monotonie règne même au sein des meilleures
habitations indigènes. Vingt kilomètres séparent ce point
de Batna et on peut le considérer comme la première
étape.
Quelques kilomètres plus loin on laisse, sur la gauche,
la source de Aïn-Gafer, et, dix minutes après, celle-ci, on
rencontre, du môme côté, TOuâd-Goumri, qui roule ses
eaux limpides dans un lit encaissé, peu large et bordé par
de nombreux arbustes. Après avoir dépassé le point dit
Argoub mta' El-Baghâl {Colline des mulets), distant de
deux kilomètres de l'Aïn-Kafer, le terrain cesse de s'élever
et pendant trois quarts d'heure présente une descente des
plus difficiles. Il est pierreux, nu, le sentier étroit, sinueux.
On éprouve un véritable soulagement en trouvant la vallée
de rOuâd Bou-Zina, qui débute par la plaine de Néardi.
Elle a une largeur de quatre kilomètres. A droite, des col-
lines dénudées ; à gauche, de hautes montagnes rougeâtres,
à plans superposés et d'une aridité excessive. Ce n'est qu'a-
près avoir traversé ce terrain sur une étendue de cinq kilo-
mètres que l'on rencontre quelques arbres, et, en peu d'in-
stants, on arrive au village de Bou-Zina. Cinq heures de
cheval sont nécessaires pour franchir la distance qui le se -
pare de TOuâd-Taga, soit environ 25 kilomètres.
Deux tours défendent les approches de Bou-Zina. Les
maisons sont construites en amphithéâtre, sur une hauteur
de 15 mètres d'élévation et au pied de laquelle se trouve le
lit desséché d'un des affluents del'Ouâd Bou-Zina. Au sortir
du village coule cette dernière rivière, traversant de ma-
gnifiques jardins plantés de nombreux arbres fruitiers et
faisant marcher plusieurs moulins.
Là le touriste peut dresser sa tente, à moins qu'il ne pré-
fère essuyer encore une demi-heure de route et pousser .
jusqu'à Oumm Er-Rekha, l'une des demeures du caïd.
264 LES MONTS AOURÈS.
Pour arriver à co point, on ne cesse de suivre un élroil sen-
tier tracé à travers des hauteurs toujours arides. A moitié
chenfiin, à *Aïn El-Malah, quelques ruines romaines de peu
d'importance sont le seul attrait de cette partie du voyage.
Enfin le sol s'abaisse insensiblement et aboutit à une plaine
vaste et non dénuée d'intérêt. C'est là qu'est le bordj, con-
struction primitive, peu entretenue, caravansérail plutôt que
maison. Le terrain, traversé par l'Ouâd Bou-Zina, présente
un aspect ferrugineux. On y rencontre également du plaire
en abondance. Les collines de la rive gauche sont peu
boisées.
Jusqu'à présent on n'a guère rencontré, deTOuâd-Tagaà
Oumm Er-Rekha, où elles viennent mourir, que les hautes
montagnes du Mahmel et quelques plaines peu étendues ;
dans tous les cas, la nudité presque partout. Bou-Zina,
seule, a eu son cachet pittoresque avec ses maisons con-
struites pour la plupart sur les bords d'un abîme, ses jardins
délicieux, son rapide cours d'eau. Désormais on va entrer,
jusqu'à Biskra, au milieu d*un paysage enchanteur qui fera
oublier ce que, jusque-là, la route a pu avoir de peu
attrayant.
En quittant le bordj, on marche, presque aussitôt, dans
l e halfa que l'on trouve en grande quantité. A 3 kilomètres
du point de départ et sur la gauche, à peu près au sommet
d'un contre-fort du Djebel-Ichîdet, on aperçoit le village
de Oumm Er-Rekha. Le terrain continue à être ferrugineux
et présente quelques ruines romaines, des fûts de colonne,
entre autres ; quelques lopins de terre sont cultivés sur la
droite.
On passe, à El-Bîda, devant l'azîb d'Oumm Er-llekha.
Trois kilomètres plus loin, on entre, par une pente assez
raide et un sentier des plus primitifs, dans le village de
Ïâgoust-El-Fougâni. De la place, ou plutôt de ce qui porte
ce nom, on a un spectacle magnifique. Des jardins de toute
beauté s'étendent au pied de la hauteur; en face de soi,
LES MONTS AOURÈS. 265
les montagnes rougeâtres que Ton a déjà rencontrées.
La vallée se creuse, cède une partie d'elle-même à des
enclos cultivés, plantés d'arbres fruitiers, et, se relevant,
donne naissance à des collines pierreuses, riches en
albâtre à certains endroits. C'est au sommet de ces col-
lines que se trouve cette agglomération de gourbis sans
autre ouverture que la porte basse, qui sert d'entrée, sans
air et sans lumière, mais qui suffisent aux besoins d'un
peuple sobre etexempt des nécessités factices qu'a créées la
civilisation. Gomme tous les villages de la montagne, celui-
ci est en amphithéâtre ; les maisons se dominent et toutes
possèdent une terrasse qui, pendant les chaleurs de Tété,
sert de salle à manger le soir, de chambre de repos la
nuit.
Dix minutes après, on rencontre le village deTâgoust El-
Thâni. Là le marbre rouge domine, les maisons sont plus
nombreuses, la population plus dense.
. Ces deux points sont à peu près les seuls de l'Ouâd 'Abdi
qui, en 1871, pendant la révolte, cherchèrent à nous créer
des difficultés, promptement réprimées, du reste. Le carac-
tère des habitants est inculte et porté à faire parler la
poudre.
Sur la droite et à l'entrée des deux Tâgoust, des tours
servent de vigie et de postes avancés.
En sortant de Tâgoust El-Thâni {la deuxième Tâgoust)-
on traverse, pour la première fois, l'Ouâd Bou-Zina pour
entrer dans des défilés boisés formés à droite par le Djebel-
El-Roûs et à gauche par les dernières pentes du Djebel Tchi-
det. Le sentier monte péniblement, bordé par de profonds
ravins. On suit dès lors la rive droite de la rivière. Sept
affluents s'y jettent coulant parallèlement entre eux et per-
pendiculairement au Djebel El-Roûs. A 2 kilomètres de
Tâgoust El-Thâni, on pénètre dans le défilé nommé Tizi In-
Câlah, qui ne cesse que pour faire place à celui dit Tîzi
N' Ouaïradou, Le sentier monte de plus en plus. A gaucho,
266 LES MONTS ÂOURÈS.
des bois ; à droite, le ravin encaissé par de nouveaux bois.
Une heure après le départ du dernier village, on atteint le
point culminant des hauteurs, au ThenîyâtEl-Guemmi. La
descente comnaence et le chemin va rejoindre la nouvelle
route construite récemment par les indigènes et qui doit,
partant d^OummEr-Rekha, abréger la distance entre ce point
et rOuâd El-Abiod.
 partir de cette jonction, on entre dans une série d'al-
lées sinueuses, au milieu de jardins magnifiques et parfai-
tement entretenus. Au bout de dix minutes, on arrive au
confluent de TOuad Boû-Zîna et de TOuâd 'Abdi, les deux
rivières réunies formant désormais TOuâd 'Abdi.Ala tête de
cette dernière et sur la rive droite, un grand village dominé
par un haut minaret. C'est Menaa, le point principal de l'Ouad
Abdi, la ville de plaisir et aussi la ville sainte de cette partie
du pays. On peut dire ville déplaisir et ville sainte en môme
temps, car si, à ses heures, le Berbère comme l'Arabe res-
pecte sa religion et l'observe scrupuleusement, il ne craint,
à un moment donnée ni les chants des artistes indigènes, ni
les danses féminines. C'est surtout un des caractères sail-
lants de l'homme de FAourès et ce contraste s'observe à
Menaa plus que partout ailleurs.
L'origine de Menaa est fort ancienne. Le village est bâti
sur l'emplacement d'une colonie romaine qui existait au
temps de Marc-Aurèle. Les maisons, toujours en amphithéâ-
tre, sont groupées autour d'un mamelon assez élevé et isolé.
Au pied de celui-ci, de vastes bâtiments peu attrayants con*
stituent la demeure préférée du caïd. La beauté de l'endroit
consiste dans ses jardins, dans sa position à la rencontre
des deux rivières et au centre d'immenses forêts, dans la
mosquée qui sert de dernière demeure au Marabout vénéré.
C'est la première ville remarquable en venant du sud par
la montagne : aussi le commerce y est-il assez important.
Le caractère des habitants est paisible et facile. Depuis la
prise de Nara, ils se sont montrés des plus soumis» Us
LES MONTS AOURÈS. 267
n'ont pas ce fanatisme exagéré que montre l'Arabe de la
plaine. Ils ont un peu oublié la sévérité du Coran, et on doit
les en féliciter.
On a vu plus haut que Manaa formait l'extrémité de la
vallée de l'Ouâd 'Abdi. La rivière coule entre deux séries de
montagnes boisées, celles de la rive gauche dominant leurs
voisines de la rive droite. Le massif principal de gauche
porte le nom de Djebel El-Azrek, et a joué, dans la con-
quête, un rôle considérable. C'est dans un de ses contre-
forts, en eflTet, qu'était bâti le village de Nara, foyer de Tin-
surrection de 1850, pris d'assaut et rasé par le général
Canrobert.
Nara est à trois quarts-^d'heure de marche de Menaa.
De ce dernier point part une route qui, suivant d'abord la
rive gauche de l'Ouâd 'Abdi, tourne ensuite à droite pour
s'engager à travers la montagne boisée de Dra-Azlef, élevée
de 600 mètres environ au-dessus du lit de la rivière et n'of-
frant que des pentes excessivement abruptes. Arrivé au
sommet, on débouche sur un plateau de 300 mètres de lar-
geur sur 500 de longueur. En face de soi on a une chaîne
de montagnes, présentant deux mamelons séparés par un
ravin assez étroit et sur chacun d'eux un village. En arrière
de celte chaîne une seconde, bien plus élevée, portant le
Djebel-Nara. Elle forme également deux mamelons, celui
de gauche portant un village, celui de droite nommé Ras-
Teboûn.
Ces trois villages, dont l'ensemble représente assez bien
un triangle isocèle, constituaient Nara. En avant des deux
premiers et entre eux et le plateau dont il a été question plus
haut, existe un ravin de 80 mètres environ de largeur et au
fond duquel se trouvent de nombreux jardins qui s'étendent
jusqu'aux pieds du Ras-Teboûn.
L'excursion à Nara est des plus agréables et excessivement
facile depuis Menaa. De Menaa, la route conduisant au sud
directement, contourne le village et s'engage dans un col
268 LES MONTS AOURES.
en face duquel on trouve un groupe de maisons apparte-
nant aux Oulâd 'Amor ben 'Abd-AUah. Un kilomètre plus
loin, on rencontre un autre groupe portant le nom de De-
chera-Ourali, habité par la fraction des Touâba, étrangère
à rOuâd 'Abdi. Le terrain, couvert de romarins, est peu fer-
tile en halfa. Il se relève peu à peu, présente un aspect dé-
nudé et pierreux, donne naissance au col deTOuâd-Kerbech
du sommet duquel la vue plonge sur deux forêts de pal-
miers. Ce sont les premières qui se voient sur cette route,
on est en face des oasis d'Amoultân*. Douze kilomètres
les sépare de Menaa.
Le village supérieur est le plus considérable ; il porte le
nom de Amoultân EI-Foûgâniya et est habité par les Oulad
Abdeli. Cent maisons environ le composent. Les palmiers
sont en avant et mêlés à de nombreux arbres fruitiers,
grenadiers, abricotiers. Au-dessus des jardins, le sol s'élève
avec une tour, avant-garde obligée de tous ces villages.
Amoultân Edl-Thâniya est la résidence des Oulâd Mesa
Oùd Ben-Câlah. C'est plutôt un hameau aux maisons dé-
labrées et faisant triste figure en face de son voisin. L'Ouâd
Abdi coule sur le flanc gauche de l'un et l'autre. Les pal-
miers s^étendent encore sur une longueur de 1 500 mètres
environ, et la route n'a plus, désormais, rien de ce nom.
Tantôt elle longe la rivière, tantôt elle suit le lit. Celui-ci,
entouré, à gauche surtout, par des rochers escarpés, n'a
pas une largeur supérieure à 15 mètres. De temps en temps,
quelques arbustes, des lauriers roses, entre autres, viennent
projeter leur ombre au milieu de l'eau. Sur la rive droite,
un arbre surtout attire l'attention. Ses branches sont cou-
vertes de morceaux d'étoffes, de vêlements en lambeaux.
C'est un marabout. Chaque indigène, en passant, n'ou-
bliera pas d y ajouter un ex-voto du genre de ceux cites
plus haut.
1. Ou. probalilouiciit mieux, LamenWii. H. D.
LES MONTS AOURÈS. ^269
A 10 kilomètres d'Amoultân, on marche complètement
dans le lit de TOuâd 'Abdi, en passant devant Toasis de
Benî Souik, du caïdat des Oulâd Ziân. Les maisons sont peu
nombreuses, situées sur la rive gauche delà rivière, ainsi
que la majeure partie des jardins. Une seule rue traverse
le village. Mais le massif des plantations offre un coup
d'œil magnifique. Un ravin creusé par les eaux de TOuâd
Souik coupe i'Ouâd 'Abdi un peu au-dessous des habi-
tations.
Au bout de deux heures, après avoir constamment mar-
ché dans Teau, on quitte la rivière et on entre dans les
jardins de palmiers qui forment Tune des extrémités de
l'oasis de Djémora. On traverse une plaine de 100 mètres
de longueur, bordée à gauche par les hauteurs du Djebel
Zemmari, et à droite par celles abruptes des Benî Ferah :
on est alors dans le village. Il est triste, bâti au milieu des
marais, insalubre. Cependant l'aspect général de la vallée
continue à être riant.L'eau y est en abondance. Au nord de
l'oasis, une source jaillit à côté d'une petite mosquée et vient
déverser ses eaux dans TOuâd 'Abdi.
C'est à proximité de Djémora qu'un camp avait été créé
pour servir de garnison d'été aux troupes de Biskra. On peut
s'y rendre en une heure en gravissant un chemin assez dif-
ficile. Le camp est situé sur un petit plateau dénudé; il se
compose de quelques baraques et de quelques maisons plus
convenables destinées aux officiers. Le séjour de l'endroit
n'a rien d'agréable, si ce n'est sa proximité du village et des
riants jardins du même nom.
Les plantations du Djémora s'étendent dans une vallée
resserrée, sur une longueur de 3 kilomètres. Les produits en
sont médiocres et les dattes de mauvaise qualité. On ren-
contre,en continuantla route, la fraction des Oulâd Brâhâm,
dont la situation, tant au point de vue de la richesse qu'à
celui de la salubrité, n'est guère plus avantageuse que celle
des habitants du village précédent.
270 LES MONTS AOURÈS.
A partir de là, le col que Ton va suivre est de plus en plus
étroit. Il est formé sur la rive gauche de l'Ouâd 'Abdi par le
Djebel Zemmari^ sur la rive droite par le Djebel Mebn. On
constate l'absence de végétation. Après avoir longtemps
perdu de vue la rivière, on la retrouve au sortir du défilé
où on la coupe pour passer sur la rive gauche. Les lau-
riers roses recommencent à se montrer et, après avoir tra-
versé de nouveau TOuâd, à cet endroit large et profond, on
se trouve dans le village de Berânîs, composé d'une cin-
quantaine de maisons. On y remarque une grande propreté ;
Toasis est à 100 mètres de là. Deux heures et demie sépa-
rent ce point de Djémora.
Pendant 3 kilomètres, la route circule dans un chemin
pierreux qui coupe TOuâd 'Abdi au pied du Djebel Boû
Gbozàl, on longe ensuite la rive gauche de l'Ouàd-Biskra,
que Ton traverse un quart d'heure après. La route se res-
serre encore, formant un défilé entre les pentes du Boû Gho-
zâl et celles du Djebel Srah mta Chich, jusqu'à l'entrée de la
plaine de Biskra, marquée par les ruines de l'ancien bordj,
et l'on pénètre dans la ville par le fort Saint-Germain.
Inutile de s'arrêter sur l'ancienne Ad Piscinam des
Romains. La route, depuis Batna, a été décrite aussi minu-
tieusement que possible, et Biskra commence à être suffi-
samment connu pour qu'il ne soit pas besoin d'en décrire
les quartiers qui forment ses faubourgs, ses bains sulfureux,
ses belles plantations, son immense oasis, les ruines de son
ancienne citadelle, célèbre par le massacre de 1844, or-
donné par Si Ahmed bel Hadj et puni parle due d'Aumale.
Il reste à revenir au point de départ en longeant les
pentes extrêmes de TAoûrès et rentrant dans le massif
parl'est.
On quitte la ville en traversant l'Ouâd Biskra à côté des
nouvelles casernes, on débouche dans une vaste plaine au
sol pierreux, mais qui n'a rien de monotone, car la vue
s'étend de tous les côtés sur les nombreuses oasis qui se
LES MONTS AOURÈS. 271
trouvent en avant et sur la droite. Au bout de 7 kilomètres,
on arrive dans celle de Ghetma, excessivement coquette avec
ses jardins et ses rues parfaitement entretenues.
Trois quarts d'heure après, on recontre l'oasis de Sîdi
Khelîl, fort petite, et un peu plus loin celle de Seriâna, sur
la droite de la rivière du môme nom et qui rappelle la mort
du commandant de Saint-Germain, tué dans un combat
contre les contingents insurgés du marabout deLiana.
Sur la droite, on aperçoit Tehoûda, et, à côté, Sidi Okba,
ancienne résidence de Si-Ahmed-bel-Hâdj , lieutenant
d'Abd-^el-Kader.
La plaine continue à être sablonneuse ; la seule végéta-
tion consiste dans une plante rougeâtre nommée Zita*.
Après avoir traversé rOiiâd-Bouâb, continuation del'Ouâd
El Abiod, on aî'rive à Garta, à 24- kilomètres de Biskra. Les
jardins sont bien entretenus, Teau abondante, les maisons
bâties en partie sur une dérivation de la rivière.
Jusqu'à ce moment, des villages se sont trouvés sur la
route et ont pu offrir un gîte. En partant de Garta, il est
nécessaire de prendre ses dispositions pour camper une
nuit. En effet, la première oasis qui sera rencontrée, Zerî-
bet El Ouâd, est à 62 kilomètres de là. On peut aller faci-
lement le premier jour à Mançof (34 kilomètres de Garta
le second à Zerîbet (28 kilomètres de Mançof).
De Garta à Zerîbet El Ouâd, on marche constamment dans
une plaine unie, bordée à gauche par les sommets escarpés
des contreforts du Djebel Ahmar Khadhou, coupée par une
série de ravins profonds et souvent très larges qui, pendant
les pluies, se transforment en torrents, mais sont desséchés
le reste de l'année. Le premier que l'on rencontre est l'Ouâd
Boû Labès qui descend duDjebel Guercherihet va se perdre
dans le sud ; un peu plus loin, c'est l'Ouâd Khetan, pre-
nant sa source dans le même massif; l'Ouâd Khadrâ,
1. Limnastrum Guyonianum. .
/
272 LES 3fONTS AOURÈS
YcnaDt du Djebel Loûkb, arrosant la plaine de Ghanin, et
descendant du Djebel Gentlaoua, l'Ouâd Gbarin, traTers
également la plaine du même nom. Enfin TOuâd El Menal-
çof termine la série en arrosant les plaines de Eddouibi.i
et de Dhibia. Il vient du Djebel Rilis. Tous ces Ouâd sont
affluents de l'Ouâd Boû Labès (rive gauche).
Jusques-là,la route suivie porte le nom deTeriqFôqâniya,
Elle rencontre sur l'Ouâd Menaîçof, celle qui vient de Biskra,
pa:Sidi 'Oqbaet qui se nomme Terîq 'Abd Er-Rabmân. Dès
lors, toutes deux n'en forment plus qu'une seule vers le sud.
Un kilomètre plus loin, on atteint le Beled Mançof, sur la
rivière du même nom qui descend du Djebel Harch. Des
cultures en céréales existent en assez grand nombre à cet
endroit. C'est, du reste, le plus convenable pour terminer
l'étape.
En quittant Mançof, on laisse sur sa gauche, dans la plaine
de Mézira'a, les ruines romaines de Bardou, qui ne con-
sistent qu'en quelques pierres et dans des restants de for-
tifications. On traverse l'Ouâd Haguef, au lit large et profond,
avec une source située à droite du gué et très précieuse
lorsque la rivière est à sec. Viennent ensuite L. Marquef
El-Min'âd et * Abd Er-Fahniaja, insignifiantes dépressions
de terrain. L'aspect de la plaine est toujours le même, un
peu plus de végétation cependant, beaucoup de plantes de
qetaf. Après avoir traversé le lit de l'Ouâd Guechtân on dé-
bouche devant un amas de constructions arabes dominées
par un. village. C'est ZerîbetEl-Ouâd.
Zeribet El-Ouâd est une position importante. C'est un
point de passage des caravanes qui se dirigent vers les
Chott Sayal et El 'Adjîla. C'est la sentinelle avancée contre
les incursions provenant de la Tunisie. Aussi est-il néces-
saire de s'y arrêter quelques instants.
En avant, du côté de Biskra, une plaine à peine travaillée
par quelques mamelons de sable marquant, surtout, les
points de passage des ravins nombreux dont il a déjà élc
LES MONTS AOURÈS. 273
question. A gauche, les derniers escarpements du Djebel
Sefâ, à droite, dans un lit profondément abrupt, le cours
de rOuâd El Arab. L'oasis est sur les bords de la rivière,
triste comme la ville elle-même, pauvre comme ses habi-
tants. L'eau fait souvent défaut ; les puits creusés dans les
jardins tarissent, la datte s'en ressent et bientôt il faudra as-
similer Zerîbet El-Ouâd à quelques autres oasis du sud aussi
mal partagées. Les produits du sol ne suffiront plus à payer
l'impôt du palmier. La partie habitée se divise en deux : le
Bordj (maison de commandement) et la Dechera (village).
Depuis longtemps, une garnison a été tenue sur ce point.
Un amas de vieilles masures arabes constituait l'abri d'un
escadron de spahis qui, parfois, était renforcé d'une com-
pagnie d'infanterie- Les lézards, scorpions et insectes désa-
gréables du pays se promenaient à l'aise* et en maîtres sur
ces murs décrépis qui, en été, gardaient la nuit la chaleur
du jour, et qui, l'automne, étaient à peine une défense
contre des pluies torrentielles. Le temps aidant, ces vieux
souvenirs vont disparsdtre. Près de là, en effets un bordj
magnifique vient d'être construit, forteresse autant que
caserne. Ceux qui l'occuperont désormais ne peuvent que
s'en réjouir ; leur nouveau bien-être les aidera à passer les
quelques mois peu agréables de leur séjour forcé sur ce
point.
En avant du plateau un ravin forme défense naturelle
d'une série de maisons arabes constituant la dechera. Ces
maisons, reliées entre elles par la face extérieure, étaient
jadis dominées par le minaret d'une mosquée, minaret tel-
lement penché par la faute des architectes aussi bien que
par son antiquité, qu'il a fini par s'écrouler. Quatre portes
donnent accès dans le village qui, au fond, ne se compose
que d'une rue étroite et tortueuse.
De Zerîbet El-CTuâd, une route conduit directement h
Nafta, en Tunisie. Elle passe à El Feyd, en coupant TOuâd
Nâbah et TOuâd Deba'a, traverse ensuite TOuâd Roûmi et
soc. DK GÉOGR. — SEPTEMBRE 1880. XX. — 18
274 LES MONTS AOURÊS.
la plaine de Farfarîya, et atteint les puits d*El Ba'adja, pre-
mière étape. De là elle se dirige surJVtouïa Cha'anbij près de
rOuâd Gherbonia, en passant parNakhlat El Meuyoûb.Une
petite course amène à Perkân, charmante oasis qui dépend
du cercle de Tebessa. On s'engage alors dans des maœelons
de sable qui forment de Véritables montagnes. On laisse à
droite les magnifiques ruines romaines de Besseriâni, et on
arrive à Nafta par la plaine du Sahara?
En quittant Zerîbet El Ouâd, la route suit la plaine cl
traverse quelques belles cultures de céréales. On longe le
cours de TOuâd El Arab, et, une heure après le départ, on
passe en face de Bâdcs. Quelques pierres antiques sont Ici
seuls vestiges rappelant que là exista l'Ad Badias des Ro-
mains, le siège d'un évôché important, le point où venaient
aboutir de nombreuses voies de communication. Le village
est triste, privé d'eau, les habitants peu accommodants.
Devant soi, on aperçoit El Ksar, réunion de quelques mai-
sons situées sur un mamelon isolé. Absence de palmiers
des deux côtés.
Un quart d'heure après avoir dépassé Bâdès, on entre à
Liâna. L'oasis est assez agréable, le village insignifiant.
Toute son importance, purement religieuse, vient de ce
qu'il est la résidence du marabout Si Abd El Hafld, très en
honneur dans toute la plaine, et dont les attaches sont
nombreuses. Il a une zaouia dont le nombre d'élèves es<
assez grand.
Ge fut le père de ce marabout qui livra au commandant
de Saint-Germain le combat de Sériâna! Depuis cette ten-
tative de révolte, que Ton ne saurait reprocher à un peuple
lullant pour sou indépendance, la famille d'Abd El Hafid
est re>loo fidèle à notre cause. L'un des frères du marabout
de Liàna est installé à Nafta, et a toujours mis son influence
à notre service. Tu troisième est à la zaouia de Kheïrân
au*il dirige, mais sn i^pul^Uion est moindre que celle des
deux précédents.
LES MONTS AOURÈS. 275
Comme il a été dit plus haut, Liâna n'offre rien de re-
marquable. La mosquée et l*habitation de Si Abd El HaKd
tranchent seules sur Taspect pauvre des constructions du
restant du village .
 quelques kilomètres de Toasis on entre dans le lit de
rOuâd El Arab, profondément encaissé, d'un côté par
le Djebel Sefa, et de l'autre par les pentes du Koudiat Ta-
mazous. On traverse de magnifiques jardins pour entrer,
par un sentier étroit, dans le village de Khanga Sîdi Nâdji.
G*est la capitale du Djebel Ghechâr, résidence du caïd.
Rien de riant comme ce séjour: la dechera est adossée aux
escarpements du Djebel Tamazous, et s'étend en pentes
jusqu'aux bords de TOuâd, dont les rives sont bordées de
palmiers et de tamarix. Tout près, et au pied des maisons
se trouvent les vastes constructions qui composent le bordj
du caïd, et dont le style laisse loin derrière lui celui si élé-
mentaire de l'indigène. La mosquée est rattachée au bordj.
Elle est vaste et a un aspect grandiose.
Un marché important se tient à Khanga. Les habitants de
la plaine aussi bien que ceux de la montagne s'y donnent
rendez-vous. Quelques familles juives, installées dans le
village, se livrent au commerce de la bijouterie et ne man-
quent jamais de travail, car les femmes berbères ne dé-
daignent pas de se couvrir les bras et les jambes d'une
quantité de bracelets à faire reculer les plus élégantes eu-
ropéennes. Les armes s'y fabriquent aussi, et l'on y fait
quelque peu de poudre à feu, en cachette, bien entendu.
Tout en étant très religieux, les gens de Khanga Sidi
Nâdji n'en sont pas moins très belliqueux. Ils vivent en mau-
vaise intelligence avec ceux de Liâna. Les Çoff ne sont pas
les mêmes. Khanga est inféodé aux Ben Gâna, de Biskra, et
Liâna à la famille d'Alî Bey, ex-caïd de Tougourt. Dans
les temps d'agitation, la désunion se traduit par des coups
de fusil, auxquels prennent part, avec le plus grand plaisir^
les gens de Bâdès et d'El Ksar. Déjà depuis longtemps, le
i
276 LES MONTS AOURÉS.
village est également en mauvaises relations avec les Ne-
mômcha, et il a été souvent fusillé par eux du sommet du
Djebel Tamazous.
On quitte le village en prenant le lit de TOuad El Arab,
que Ton suit quelques instants pour s'çngager ensuite dans
un sentier sinueux à travers les rochers, et, au point cul-
minant, on aperçoit l'oasis et le bourg de Touiou Ahmed,
jadis, et peut-être encore maintenant, le village galant de
la région. Rien n'y est remarquable, du reste ; quelques
cases enfumées à gauche de la rivière. On suit de nouveau
cette dernière, et, une demi-heure après, on entre dans
Ouldja, surnommée la Jolie, peut-être à cause de ses riants
jardins, car le village en lui-même n'est ni mieux ni pire
que ses voisins.
A partir de là, la rivière change de nom : elle prend celui
d'Ouad ChabbaL\ Les contreforts du Djebel Chechâr s'é-
loignent un peu. Les ruines romaines augmentent dans la
vallée. On en trouve au second coude de la rivière, d'autres
un peu plus loin, au point où le cours d'eau présente un
arc de cercle dont la corde n'est autre qu'un mamelon sur
lequel est bâti Ghebla. L'oasis est au pied. Elle est vaste,
assez belle, mais marécageuse. Le village est misérable, les
maisons en partie démolies. En arrière se trouve un escar-
pement rocailleux , que Ton est obligé de gravir par un
sentier de chèvres, et qui fait place à son sommet au col de
Kheïran. Celui-ci aboutit au fond d'une vallée où se retrouve
la rivière qui, dès lors, se nomme Ouâd Meighâr. La végé-
tation est assez forte le long de la rive droite, et on re-
marque même quelques jardins et des palmiers. Enfin,
après avoir de nouveau traversé l'eau et gravi un coi de
quinze mètres environ de longueur, on arrive à Kheïran.
Ce point est pittoresque. Entouré de montagnes élevées,
il possède une série de jardins fort bien entretenus et si-
tués le long d'un cours d'eau. Le village est à droite, très
pauvre et bien ruiné. On n'y remarque guère qu'une mos-
LES MONTS AOURÉS. 277
quée et la zaouîa. C'est là qu'habite le Iroisième des frères
du marabout de Lîana.
On quitte Kheïran par un affreux sentier de montagne,
traversant un terrain aride et tourmenté. On laisse, à quel-
que distance et à droite, le lit de TOuâd Bou Merdja, affluent
de FOuâdMeighar. A trois kilomètres de Kheïran, on trouve
un plateau couvert de hautes touffes de halfa, et plus bas
une vallée étroite à l'entrée de laquelle on traverse TOuâd
Meighâr, qui a là une largeur de dix mètres. Un peu plus
loin, et après avoir longé la rive gauche, on repasse sur la
rive droite. La vallée commence à s'élargir, bordée par le
Djebel Touggour m'ta Bradja, et offre une étendue de plu-
sieurs lieues dans tous les sens. A droite du cours de la ri-
vière viennent finir les pentes du Djebel Chechâr.
Le terrain se dessine avec de légers mamelons, quelques
pâturages, et on arrive au coude formé par TOuâd Meighâr,
au lieu dit Meglôa* Terab, distant de Kheïran d'environ
trois heures, et le point le plus favorable pour camper. On
est sur le territoire des Béni Melloûl. La route, qui jusque-
là avait suivi la direction du sud-ouest au nord-est, prend
celle du nord à partir de Meglôa* Terâb, et après avoir tra-
versé deux fois la rivière, la seconde au milieu des tamarix et
autres plantes qui encombrent son lit, on arrive dans la plaine
deTamagra. Les cultures augmentent, le terrain est maréca-
geux, surtout aux alentours de la fontaine, que Ton atteint
un peu plus de trois heures après le départ et vers laquelle
on rencontre quelques arbres.
C'est à partir de ce point que l'on entre dans TAourès du
nord. On laisse sur la gauche les sources de TOuâd Meighâr,
dans le massif du Djebel Noughis, et on suit le col formé
d'un côté par le Djebel Bezaïz très boisé, et de l'autre par
le Djebel Dja'afa. Le terrain n'est pas aride. On y trouve des
pâturages en abondance et de nombreux douars. Partout
l'aspect est celui d'un gracieux paysage ; à droite les col-
lines s'effacent, et on a la vue du Djebel Tafrint, les rochers
278 LES MONTS AOURÈS.
de Tazouggarty la plaine des Nemêmcha, à gauche une série
de vallées perpendiculaires à la route et desquelles sortent
de petits ruisseaux. On longe le Djebel Zerzoud; quelques
pierres isolées restent comme vestiges du passage des Ro-
mains, Les montagnes s'élèvent en hauteur et toujours boi-
sées. C'est le Djebel Aouras que Ton côtoie. A sou extré-
mité nord, on voit devant soi un vaste plateau dominé par
un bordj de construction française, et, h [ses pieds, un vil-
lage naissant, mais déjà centre important de colonisation.
C'est Khenchela.
Il y a peu d'années, Khenchela se composait de ce bordj
et de la demeure du caïd. Aujourd'hui une centaine d'ha-
bitations ont été construites par desEuropéens, à 200 mètres
environ de la maison de commandement. Des casernes pour
la troupe, des bâtiments pour l'ambulance et la manuten-
tion, viennent compléter l'ensemble de ce point. La situa-
tion est des meilleures. L'eau est abondante, les bois consi*
dérables, et des débouchés existent sur fiatna, Biskra, Ain*
Beida et Tebessa.
Il est, par suite, certain que Khenchela deviendra le grand
point commercial de l'Aourès, les indigènes devant avoir
tout intérêt à y venir écouler leurs produits, que, jusqu'à
présent, ils avaient été obligés de conduire directement et
à travers des chemins à peine praticables sur les localités
dont il a été question plus haut.
Khenchela est tête de ligne sur Batna (80 kilom,), sur
Aïn Beida (48 kilom.), sur Biskra (160 kilom.). La route
conduisant à ce dernier point est celle qui a été décrite. Il
est vrai qu'elle ne peut guère servir comme ligne de transit
à cause de sa longueur et de son tracé, qui n'existe que
dans la montagne et encore à Tétat de sentier. Hais elle
est praticable, et si elle n'est pas employée depuis Bis-
kra, elle est suivie par les tribus avoisinant la vallée de
rOuad Méghâr, et c'est surtout pour cela qu'elle doit être
citée.
LES MONTS AOURÈS. 279
Enfin, il n^y a que 60 kilom. <le Khenchela à Tebessa par
Zoui, Gherîa et le col d'Aïn Lamba.
Au point de vue militaire, Khenchela joue vis-à-vis de
l'Aourès le même rôle que Batna et Biskra, C'est Tun des
sommets du triangle qui englobe ce massif et la tête de
l'une des principales vallées,
Il n'y a pas à revenir sur ce qui a été dit dans la partie
historique touchant les faits qui s'y passèrent dans l'anti-
quité. Les ruines romaines jonchent son sol. A quelques
mètres du bordj, on remarque encore les magnifiques ves-
tiges qui servent aujourd'hui de supports et de vasque à
une fontaine. A huit kilomètres de là, sur la droite, se
trouve Qeçar Baghaï, dont le nom revient si souvent dans
les guerres anciennes. Il est certain que Khenchela a été
un objectif d'abord, une base d'opérations ensuite pour les
Romains, qui, de Lambessa, s'avançaient progressivement
dans le pâté de montagnes sur lequel régnait Jabdas.
Avant de résumer l'ensemble de l'Aourès au point de
vue historique et au point de vue géographique, il reste à
dire quelques mots de la route qui, de Khenchela, ramène
à Batna, premier point de départ.
De Khenchela on se rend à Foum El Gueis. Le chemin ne
cesse de descendre sur une longueur de douze kilomètres.
Les hauteurs que Ton suit sont très boisées. On laisse, à
giucne, la route qui conduit à El Hamma, où se prouvent
pes sources d'eau chaude, à droite des séries de ruines ro-
m aines, à Kherob, Tesguerout, etc. A Foum El Gueis, un
rocher domine la rivière, qui coule à cet endroit avec une
largeur d'environ dix mètres et à travers de nombreuses
plantations.
De Foum El Gueis, on se rend à l'Ouàd Reba après avoir
traversé rOuâd Taouzient et laissé sur sa gauche le bordj
du caïd des Benî Ondjâna. La route n'offre pas d'intérêt.
Les montagnes de l'Aourès se dressent toujours du môme
côté en présentant le pic du Ghelîya.
280 LES MONTS ÂOURÈS.
On trouve à Rebâ un moulin parfaitement entretenu, de
belles cultures et les ruines de Sedra.
De là on se rend à Batna, après avoir traversé l'Ouâd Sou-
tels, laissé à gauche les ruines imposantes de Thamugadis,
fort bien conservées et s'étendant sur un espace considé-
rable ; on franchit TOuâd Chemora et on arrive bientôt à la
source de Hella Safer. Plus rien d'intéressant jusqu'à Batna,
distant de huit kilomètres du dernier point nommé.
Il résulte de cet aperçu géographique que trois vallées
ouvrent à travers TAourès des routes sur le Sahara :
1° La vallée de TOuâd Abdi ; c'est le chemin le plus cour^
le plus praticable, présentant partout des ressources do
toute espèce ;
2* La vallée de rOuâd,El Abiod, plus difficile et plus aride.
Quelques points seuls sont agréables, principalement les
villages des Oulad Idir, des Oulâd Abed, de Banian et de
Mechoûnach, Mais les sentiers sont mauvais, presque im-
praticables, si ce n'est de Mechoûnach à Biskra.
3° La vallée de l'Ouâd Meghâr, avec des sentiers encore
difficiles, mais néanmoins bien meilleurs que ceux de la se-
conde vallée. Dans tous les cas, des trois, elle est la plus
longue et débouche à près de 80 kilomètres de Biskra. Elle
ne peut être employée que pour les transactions avec la
Tunisie, du côté de Nafta.
Il est à remarquer que les Romains s'étaient parfaitement
rendu compte du pays. Les ruines qu'ils ont laissées at-
testent, en effet, qu'ils ont suivi les côtés d'un quadrilatère
dont les extrémités étaient Lambessa, Qeçar Baghaï, Badès
et Biskra. Les ruines, en effet, sont nombreuses:
i * De Batna à Khenchela ;
2» De Batna à Biskra par la vallée de l'Ouâd'Abdi;
3* De Badès à Khenchela par la vallée de l'Ouâd Meighâr.
Dans l'intérieur de ce quadrilatère , on peut dire qu'il
n'existe presque pas de traces de l'occupation, et les ruines,
si nombreuses dans les deux vallées citées plus haut, sont à
LES MONTS ÂOURÈS. 281
peu près nulles dans celles de TOuâd El Abiod.Les Romains
avaient donc reconnu l'impossibilité ou l'inutilité d'occuper
une vallée pauvre par elle-même, et dont les habitants de-
vaient être, comme ceux d'aujourd'hui, les Benî Boû Se-
limân, dans un état fort éloigné de la fortune.
Après avoir établi une base solide de Batna à Qeçar Bag-
haï par Lambessa et Thamugadis, ils ont choisi les deux
vallées qui leur offraient le plus de ressources, et, plus
tard, ils ont transporté leur nouvelle base sur la ligne Bis-
kra, jTchoûda, Bardou et Badès. C'est de là que leurs lé-
gions ont poussé vers le sud, ainsi que l'attestent, d'un
côté, les ruines placées sur TOuâd Itel, de l'autre celles de
Besseriâni. Nous parlerons dans un autre travail des faits
qui s'accomplirent dans ces dernières expéditions.
Camp de Sathonay, 1879.
CORRESPONDANCES
ASCENSIONS DE M. E. WHYMPER DANS LES ANDES. -^ I*BTT»E
DE M. C. WIENER, VICE-CONSUL DE FRANCE A GUAYAQUII*.
La Cocha, le U mai 1880.
Permettez-moi d'attirer votre attention sur un fait géo-
graphique considérable qui vient de se réaliser dans ce
pays. Jusqu'à ce jour on a mesuré les hauteurs des grands
pics de la Cordillère au théodolithe. On a tenté quelques
ascensions isolées, mais on n'a jamais osé, comme vient de
le faire M. Edouard Whymper, transporter des anéroïdes,
des baromètres Fortin, des hypsomètres, etc., d'un haut som-
met à un autre, déterminant ainsi d'une façon absolue les
plus grandes altitudes des Cordillères équatoriennes.
Les ascensions antérieures de M. Whymper en ont fait
un excursionniste très connu. Dès ses débuts, qui datent
de 1860, il a tenté Tascension des montagnes non explorées
encore : en 1862, le Pelvoux, et, en 1864, la Pointe des
Ecrins, en Dauphiné; plus tard l'Aiguille Verte, dans la
chaîne du Mont Blanc ; en 1865, il a atteint le pic du Cervin
entre la Suisse et l'Italie.
Mais ces entreprises hardies, il ne les a considérées que
comme une école ; pour lui ses voyages dans les Pyrénées,
les Vosges, la Forêt Noire, la Suède, la Norvège, le Groen-
land n'étaient qu'un entraînement.
Il s'est associé une série de guides montagnards, dontl'un
le suit depuis 19 ans, Jean-Antoine Carrel ; cet homme s'est,
pour ainsi dire, identifié avec son maître.
Après cette longue étude, cet apprentissage de vingt ans,
M. Whymper, se sentant maître, a résolu de demander aux
Andes les secrets qu'ils n'avaient confiés à personne, pas
même à Humboldt.
ASCENSIONS DE M. E. WHYMPER DANS LES ANDES. 283
Il a débarqué avec deux de ses guides, J. A. Garrel et
Louis Garrel, le 9 décembre 1879 à Guayaquil; il s'est rendu
de Bodegas à Quito à pied !
Sa première ascension dans TEquateur, celle qui mar-
quera à tout jamais dans les annales géographiques, est son
ascension du Ghimborazo. G*est un fait inouï par le cou-
rage, la force de volonté qu'il a fallu déployer pour le
réaliser.
Voici les détails de cette entreprise : M, Whymper est
parti de Guayaquil le 13 décembre; il est arrivé à Guaranda
le 17, le temps étant défavorable, le Ghimborazo ne sortit de
son voile de nuages que le 19.
M. Whymper, en entreprenant cette colossale ascension,
venait de la côte et ses poumons, de môme que ceux de ses
compagnons, n'étaient pas préparés aux grandes altitudes.
Il a eu la valeur de souffrir à une hauteur de 4877 mètres
où il avait établi son camp pendant une semaine entière.
Enfin les forces revinrent, et, le 3 janvier à cinq heures
du soir, il atteignit le sommet (6279 mètres). Il est resté
en tout avec ses hommes pendant 18 jours sur les ver-
sants du Ghimborazo.
Sur le sommet il a constaté un phénomène bien bizarre ;
malgré le froid intense, les neiges étaient molles. En rappe-
lant la parole connue de Humboldt, octogénaire, à Bayard-
Taylor : « Je pense encore que le Ghimborazo est la monta-
gne la plus grande du monde )> , on est forcé d'avouer que le
résultat de l'expédition de M. Whymper est un des triom-
phes scientifiques de l'humanité obtenu (en dehors de la va-
leur morale) par la force de résistance physique, ce qu'il est
bon de constater dans un siècle oîi, à ce qu'on prétend,
les forces physiques des races s'amoindrissent.
Je citerai rapidement les succès ultérieurement obtenus.
Il a fait l'ascension du volcan Gotopaxi ; il a campé là
volontairement à 5943 mètres, le plus haut campement
connu, par 20° Fahrenheit au-dessous de zéro, par un vent
«
284 ASCENSIONS DE M. E. WHYMPER DANS LES ANDES.
terrible et une grêle qui couvre le cône d'une couche épaisse
en quelque minutes, la chaleur du sol était telle qu^en quel-
ques minutes la grêle était fondue et que le caoutchouc de
la tente commençait à fondre. Pendant cette nuitM. Whym-
per est allé au bord du cratère et le lendemain il a pris les
angles avec le théodolithe.
Le 10 mars nous le trouvons sur l'Antisana, à 5713 mètres.
M. Whymper dit que c'était l'ascension la plus difficile
qu'il ait faite; de même que Boussingault, qui avait tenté
cette ascension, il fut aveuglé par les terribles réverbéra-
tions de la neige. Il put, lorsque les éternels brouillards de
ce pays, dit du soleil, se furent dissipés, tenter l'ascension.
Une immense crevasse le séparait du sommet, une agglomé-
ration de neige formait un pont naturel; il se risqua sur ce
pont et atteignit le sommet ! Que l'on songe à ce fait in-
croyable : porter des baromètres Fortin et faire à la hache
des escaliers dans la neige!
Le 4 avril, il atteint à 5867 mètres le sommet du Cayambe.
C'est la seule grande montagne située exactement sur la
ligne. Cette ascension, M. Whymper l'appelle facile; il a pu
s'élever par heure de 305 mètres. Arrivé au sommet, il n'a
rien vu, étant enveloppé de nuages.
Le 17 avril, il se trouve à 4963 mètres au sommet du
Sara^urcu. C'était l'ascension la plus désagréable de toutes
celles que M. Whymper a faites. Celte montagne se trouve
dans le point oîi les vents chauds de l'Amazone se croisent
avec les courants atmosphériques du nord et du nord-ouest*
Avant de pouvoir tenter son ascension, M. Whymper essuya
70 heures de pluies torrentielles.
Le terrain, me disaist-il, était comme une éponge ; et,
lassé par cette attente, M. Whymper fit ce qu'on n'avait ja-
mais osé imaginer, il fit son ascension par un brouillard qui
l'empêchait devoir le sommet du Sara-urcu, la boussole à
la main. Ses hommes avaient emporté des roseaux,' il les
faisait planter dans la neige comme des fiches ou jalons, à
ASCENSIONS DE M. E. WHYMPER DANS LES ANDES. 285
30 mètres 50 c. de distance les uns des autres. Un moment de
clarté leur permit de voir d'un coup d'oeil la route parcou-
rue marquée par une végétation en apparence très belle (les
roseaux) dans une région oîi loule végétation meurt. Sur
le Sara-urcu, il y a des glaciers, les eaux torrentielles se
déversent vers l'orient.
Le 24 avril, M. Whymper atteignit le sommet du Coloca-
chi, centre du terrible tremblement de terre de 1868, qui
coûta la vie à 50,000 Equatoriens. Il reconnut les coulées de
lave, mais il ne vit actuellement point de cratère. Son ascen-
sion de 5486 mètres fut rendue horriblement dangereuse
par une de ces tempêtes dont ces régions ont le secret.
Cependant rien n'arrête ce géant des montagnes. Il par-
tira de Quito, où il se repose depuis quelques jours, pour
THiniza, l'Altar et le Garihuairazo. Il songe, s'il en trouve
le temps, à tenter uiie seconde ascension duGhimborazo! Je
crois inutile de vous dire que cet homme extraordinaire a
souffert un vrai martyre. Les vis en métal de ses instruments
lui ont brûlé les mains dans les froids intenses des hauteurs.
Il est, pour ainsi dire, pendant sa dernière excursion dans
le nord, resté dans l'eau pendant 40 jours! Peu lui importe,
il va de l'avant. Inutile aussi de vous dire que bien des gens
d*ici qui ne sortent guère de chez eux l'attaquent et nient
ce qu'il a fait. Quant à moi, j'ai vu ses carnets d'observations,
on n'invente- pas cela. J'ai souvent causé avec lui. C'est un
homme dans toute l'acception du terme. J'ai vu ses mon-
tagnards, ce sont des géants. Or, cet ensemble de données
m'a imposé le devoir de vous informer de la merveilleuse
expédition de M. Whymper. Notre caractère national (et
c'est là un de ses beaux côtés) applaudit franchement, sans
envie, sans jalousie à tout ce qui est grand et beau, à tout ce
qui honore l'humanité. M. Whymper a dès aujourd'hui sa
place marquée parmi ceux qui contribuent à faire le portrait
ressemblant de notre mère, la Satumia Tellus.
Veuillez agréer, etc.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
Séance du 7 novembre 1879 {suite}.
Abstract of thé Reports of the Surveys, and of other Geographical opera^
lions inindia for 1877-78. London, 1879. Broch. in-8°. Indu Office.
Rapport annuel sur les parties peu connues de l'empire des Indes, embrassant Thy-
drographie, la géodésie, la cartographie, la géologie, l'archéologie, la météorolo-
gie, les explorations dans les pays limitrophes. Cette année la triangulation a été
continuée sur une étendue de 4C^ milles carrés.
Reports froni Her Majesty*8 Consuls on the manufactures ^ commerce, etc.
of their Consular districts. Part IV, 1879. London. 1 vol. in-8".
jAGÛtJES ÂRltOULD.
Âstronomisch-Geodâtische Arbeiten in Jahre 1878. Bestiramung der Lân-
gendifTerenzen Berlin-AUona-Helgoland, Altona-Bonn-Wilheimshaven,
Altona-Wilhelmshaven. Berlin, 1879. Broch. in-^*'.
Institut Royal géodésiooe de Berlin.
Production der Bergvrerke, Salinen und Hiitten im Preussischen Staate im
Jahre 1878. Berlin, 1879. Broch. in-4''. D' Hdyssen.
JoAQUiN EsGUERRA. — Diccionario Geografico de los £stados Unidos de
Colombia. Bogota, 1879. 1 vol. in-8^ Auteur.
D' Krikor Amruni. — Die Oekonomische lage der Armenier inderTiirkei.
Saint-Pétersbourg, 1879. Broch. in-8°. Auteur.
MiNisTERO d'Agricoltura, industria e commercio. — Bilanci provinciali
anno XVIII, 1879. Roma, 1879. Broch. gr. in-S".
MiNISTERO D'AGRICOLTURA, INDUSTRIA E COMMERCIO.
Jules Leclercq. — Un été en Amérique. Paris, 1877.1 vol. in-18. Auteur.
Notes d'un touriste bon observateur, qui sait voir ot raconter avec facilité ce qu'il a
a vu. On y trouve de bonnes descriotions des régions du Far- West, comme des
pays plus habités de la côte orientale, des portraits de la vie américaine et des
appréciations d'économie sociale.
U. DE Lamothe. — Cinq mois chez les Français d'Amérique. Voyage au
Canada et à la Rivière Rouge du Nord. Paris, 1879. 1 vol. in-18.
Auteur.
M*"" Ltbib Pascukoff. — En Orieot. Drames et paysages. Paris, 1880.
1 vol. in-18. Auteor.
G. Wild. — Von Kairo nach Massaua. Eine Erinnerung an Werner Mun-
zinger. Olten, 1879. 1 vol. in-i8. Auteur^
Emile Masqueray. — Note concernant les Aoulad-Daoud du Mont Aourès
(Aouràs). W'^i'V, 1«70. Broch. in-8'\ AUTEUR.
Histuii'u d'une tribu qui a joué un cerlaiu rôle à la dcruicrc insurpi'ctioii ; elle a été
obtenue en vivant au niiliou de ces peuplades reléguées dans les gorges les «loinJ
accessibles. — Croquis topographiques.
Le baron A. de Saint-Saud. — Excursions nouvelles dans les Pyrénées
françaises et espagnoles. De Gavarnie à Barcelone. — De l'Ara à la
Noguera Ribagorzana. Bordeaux, 1879. Broch. in-8°. AuiEUi.
I
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCiÊtÉ. 287
Victor Radlin. — Aperçu sur l'orographie, la géologie et 'hydrographie
de la France. Paris, 1879. Broch. in-8. Auteur.
Aperçu général et méthodique siu: l'orographie, la eéologîc, l'hydrographie de la
France. Bien que simple mot d'un dictionnaire méoical, la Franee est décrite avec
nn soin tout particulier.
E. CossoN, — Le règne végétal en Algérie. Considérations générales sur
l'Algérie, sur sa végétation spontanée et ses caltures. Paris, 1879. Broch.
in-8. Auteur.
8 En m'appuyaut çrincipalement, dit l'auteur, sur les données fournies par la sta-
tistique végétale. . . je crois avoir montré iMntérêt qu'il y a au point de vue de la
culture et de la colonisation, à ne pas attribuer à la colonie entière ce qui n'est
Yrai que pour une de ses régions. >
A. DUPONCHEL — Commission supérieure du chemin de fer Trans-Saha-
rien. Notes sur l'organisation du service fies études et la réglementa-
tion des chantiers de construction. Montpellier, 1879. Broch. in-8°.
Auteur.
i. Marcou. — Le Canal interocéanique et le Congrès international de
Paris» (Extrait de la Bibliothèque universelle et Revue suisse, septem-
bre 1879). Lausanne, 1879. Broch. in-8°. Auteur.
Daniel Colladon. — Contributions à l'étude de la grêle et des trombes
aspirantes. Genève, 1879. Broch. in-8°. Auteur.
Réuttton de n<>mbi'euscs observations faites dans des cireoAstaDces difl^^entet. d'a-
près lesquelles l'auteur forme une nouvelle théorie, qui donne une explication sa-
tisfaisante des phénomènes électriques.
Henri Truan. — Les Ecoles de commerce. 5° édition. Paris, 1879. Broch.
in-8*. Auteur.
"ÉnsÉE Reclus. — Nouvelle géographie universelle t la Terre et lés
Hommes. Livraisons 269, 270, 271. Paris, 1879. Gr. irt-8^. Auteur.
C* C. Vergez. — Notice sur la création et le développement des classes
d'apprentis et d'adultes de la Société Philomathique de Bordeaux.
Bordeaux, 1878. Broch. in-8°. Société Pbilomathique de Bordeaux.
Ministère de l'intérieur. - Carte de France à l'échelle de rôoSTo dres-
sée par le service vicinal. Paris, 20 premières feuilles.
Ministère de l'Intérieur.
A. DE Brutne. -— Kaart de Noordelijke Ijszee met reis routen der Willem.
Barents 1878 en 1879. Amsterdam, 1879. 1 feuille. Colonel Versteeg.
Sketch map of New South Wales, showing the localities of the principal
minerais. 1876. Sydney, 1 feuille.
C, Muret. *-• Relief du terrain traversé par le canal interocéanique à
niveau constant de la baie de Limon à la rade de Panama, d'après
MM. Wyse et Reclus. Wyse et Reclus.
A. Kleczkowskï. — La Turquie d'Asie et le protectorat de l'Angleterre.
Paris, 1879. Broch. in-8". Auteur.
D' Abilio César Borges. — Primeiro, segundo, terceiro livre de leitura
para uso da infanria Br.isilrir.i. Bruxellas, 1866, 1869, 1871. 3 vol. in-18.
— Resumo da grammaticu portuguczu para uso das cscolas. 7" ediçâo.
lîruxellas, 1877. 1 vol. in-i8.
— Desenho Hnear ou elementos de geometria pratica popular seguidos de
algumos noçôes de agrimensura, stereometria e architcctura para uso
das Qscolas. Bruxellas, 1878. 1 vol. in-18.
288 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
— CoUecçâo (le discursos proferidos no Gymnasio Bahiano. Paris, 1866,
1 vol. in-8°. AUTEUR.
G. Griser, F. Ahn. — Novo racthodo pratico e facil para o ensino da
lingua franceza. Traduzido do Inglez pelo D' Abilio Gesar Borges.
Antuerpia, 1879. 1 vol. in-18. D' Abiuo Gesar Borges.
Séance du 21 novembre 1879.
Francisco P. Moreno. — • Viaje à la Patagonia Austral emprendido bajo
los auspicios del Gobierno nacional 1876-1877. Torao primero. Buenos-
Aires, 1879. 1 vol. gr. in-8». Auteur.
Exécuté dans l'inlcrieur d'un pays entièrement neuf, ce voyage a eu pour ïésuUat
la découverte de plusieurs lacs. L'explorateur a remonté le fleuve Sanla-Crua,
relevé les lacs Argentine, Viedma, San Martin, qui sont au pied do la Cordillère
des Andes ; il a exploré aussi le Rio de Sheuen, qui se jette dans le Rio Chico.
Ce livre est le récit jour par jour de ses étapes. Carte.
D. Pelaco Alcala Galiano. — Mas consideraciones sobre Santa Gruz de
Mar Pequena. Madrid, 1879. Broch. in-8''. Auteub.
Sandford Fleming. — Papers on Titne-reckoning and ihc sélection of a
prime meridian to be common to ail nations. Toronto, 1879. Broch.
in-8*'. Auteur.
L'aateur considère : 1» les inconvénients inhérents à l'usage de plusieurs méridiens
surtout avec la rapidité des communications actuelles ; 2® les divisions naturelles et
conventionnelles au temps ; 3° les avantages de l'uniGcation d'un système cosuiopo-
litë; 4° los moyens pratiques d'arriver à cette unification sans apporter de pertur-
bation sérieuse aux coutumes locale^s existantes.
LuiGi Hugues. -- Ferdinando Magellano. Studio geografico. Gasale, 1879.
Broch. in-8°. Auteur.
Conseil fédéral Suisse. — Geologische Tabcllen und Durchschnitte iiher
don grossen Gotthardtunncl. Spczialbeilage zu den Berichten des
Schweizerischen Bundesrathcs iiber den Gang der Gotthardbahn-Unter«
nehmung. Bern, 1879. in f.
— Rapport mensuel N° 82 du Conseil fédéral Suisse sur l'état des travau.K
de la ligne du S* Gothard au 30 septembre 1879, in f.
Conseil fédéral Suisse.
Ërgebnisse der Beobachtungsstalionen an den deutschen Kiisten iiber die
pbysikalischen Eigenschaften der Ostsee und Nordsee und die ^ischcrei.
Heft VI, VU, 1879. Berlin, 1879. in-4'. Commission de la mer db Kiel.
A. Braconnier. — Description des terrains qui constituent la sol du dépar-
tement de Meurthe-et-Moselle, accompagnée d'une carte. Nancy, 1879.
1 vol. in-18. Société de Géographie de l'est.
Tout en conservant un caraclcro pratiqua, lo côté scientifîque de cet ouvrage n'a
pas été négligé. « 11 peut servir de répertoire des substances ntilos contenues dans
1c sol du département. » 11 contient suffisamment, de détails pour dispenser de
recourir ù des ouvrages spéciaux. Nombreuses gravures.
(A suivre,)
Le Gérant responsable^
G. Maunoir,
Secrétaire général de la Commission centrale.
PA1\IS. — lUpniNIîRIË EMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.
^>^
m-
^.
11, ^'^
290 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Ambrizette, KabiiKte, tandaiH», Ponta-négra, Loango. Ce
sont des rades foraines sur lesquelles il y a un peu de roulis
à cause de la houle du large qui prend en travers, mais dont
la tenue est bonne, et où, sauf le cas de raz de marée très
yiotents, il n'y a pas de danger.
Les terres, à Tattérissage, sont d'aspect variable : arri-
vant en pente douce jusqu'à la plage, elles sont difficiles à
apercevoir à une certaine distance, surtout en temps de
brume à raz d'eaû, phénomène fréquent pendant la saison
appelée Gassima. Les navires, à cette époque, sont obligés
de se guider à la sonde lorsque la longitude annonce la
terre. Cependant on peut signaler certaines hauteurs plus
ou moins accentuées qui rompent la ligne de Thorizon ;
telles sont, en premier lieu, celles de Kissembo et de Mous-
sera, que couronne, à plus de 200 mètres du niveau de la
mer, une fabuleuse pyramide naturelle de granit appelée
« Pilar )) par les Portugais, et qui, visible de fort loin au
large, fait partie des amers de la côte. Telles sont encore les
falaises blanchâtres, moins élevées, qui vont de Moussera à
Ambrizette; elles sont couronnées de bois sombres, luxu-
riants de végétation, ou de savanes verdoyantes au prin-
temps, c'est-à-dire en octobre et en novembre, et jaunes en
hiver, c'est-à-dire en mai, juin et juillet, suivant que les
pluies avancent, retardent ou durent plus ou moins de
temps.
Ces falaises, comme les suivantes que j'énumèrerai tout
en notant leurs particularités, sont Textrémité des contre-
forts de la grande chaîne qu'il faut traverser à une cinquan-
taine de lieues à l'intérieur, pour parvenir aux plateaux du
centre de l'Afrique australe.
En arrivant à Ambrizette, point commercial qui se trouve
par 7* 9' 3" latitude sud et 10° 35' 1 longitude est de Paris,
on voit des conglomérats en masses considérables défendre
Tes approches, border le cap qu'on trouve au sud de la baie
de Juma, et se perdre dans un prolongement sousrmarin.
LÀ GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 291
•
La continuation de la route vers le nord, à proximité
suffisante de la côte, fait voir des ondulations, de petites
falaises, des plages sablonneuses, des points occupés par
des factoreries qui s'empressent de mettre leur* pavillon
aussitôt que vous êtes signalé, Mokoulo, Kinsao, Mangue-
grande, Tombé, Cabeça de Cobra, Mangue-Péquéna. On
aperçoit aussi des falaises rougeâtres assez élevées, croupe
du plateau de Sonho, dont la teinte me paraît devoir être
attribuée à la présence du fer ; cette teinte est commune,
du reste, à toute la région qui s'étend jusqu'à peu de dis-
tance de la pointe Padrao. Celle-ci est appelée tantôt Matta
secca, à cause d'une forêt d'arbres morts d'un aspect gri-
sâtre qui en borde la base, et tantôt Padrao, en mémoire,
assurent certaines chroniques, d'une petite pyramide qu'y
aurait élevée Diegos Cam, en 1484, lorsqu'il découvrit le
Zaïre sous le règne de D. Jeâo II, roi de Portugal. Je n'ai
pu découvrir cette pyramide, et les noirs interrogés n'ont
pu rien me dire, qui infirmât absolument à ce sujet les
dites chroniques portugaises. Que le fait soit vrai ou faux,
je ne puis me défendre de quelqu'étonnement qu'on ait
pu débarquer sur ce point où la 'mer produit une barre
presque constamment infranchissable.
En contournant la pointe pour faire route vers l'est, en
longeant toujours la côte, couverte là de hauts arbres
verts, on dépasse la baie de la Tortue; elle est peu pro-
noncée, mais l'on peut y mouiller dans de bonnes conditions.
Vient ensuite une autre pointe sablonneuse, appelée
Shark Point ou Pointe du Requin.
C'est la pointe sud de l'entrée du Congo; en la doublant
d'une centaine de mètres, on entre dans l'eau douce du
fleuve qui surnage au-dessus des eaux salées de la mer. Au
nord de l'embouchure est Banane, centre de commerce,
placé sur la langue de sable dite Pointe Française, opposée
à Shark Point, et située par 6* 0' ly de latitude sud et
9*» 56' 30" de longitude est de Paris.
392 Lk GirnréE méridionale ikdépekdante.
De Banane à Kabinda, se succèdent des falaises rouges,
fin des plateaux de N'Goyo, la Pointe dn Yabo, appelée
aussi Pointe du Diable, où la houle est sourent énorme, et
des terces basses boisées jusqu'à la mer. Kabinda, réunion
de plusieurs villages, occupe le bord d'une riante baie do-
minée par de jolies collines couvertes de bois. C'est un des
endroits les plus pittoresques de la côte.
Après Kabinda les terres se montrent hautes, tombant
presqu'à pic dans l'Océan. On passe devant Foutila, Ma-
lemba. On arrive enfin à la baie peu profonde de Landana,
au nord de laquelle se jette la rivière que les Portugais
appellent Kaconoo, et qui est dénommée communément
Chiloango.
Une grande pointe rocheuse escarpée «blanchâtre, à l'abri
de laquelle sont construites les factoreries, marque le com-
mencement de la baie que couronnent, au nord, les mon-
tagnes de Ghinchoncho ; à l'est, mais au second plan, celles
de Chella; au sud-est, celles de Tenda et de N'iivoula.
La côte, à partir de là, devient plus plate ; les hauteurs
s'éloignent du rivage. Bientôt apparaît l'entrée du Massabe
ou Luisa-Loango, Winga et la baie profonde appelée, en
raison de l'aspect dû à sa végétation, Pointe-Noire, Ponta-
Negra, Black-Point ; elle est terminée par la Pointe Indienne
qui la sépare de Loango, station autrefois très importante.
On remarque alors de nouvelles hauteurs, tantôt de terre
rongeâtre ou foncée, tantôt rocheuses, et l'on atteint le
Kouilo, grand fleuve au delà duquel je n'ai point tenté de
s.5rieuses explorations.
Telle est l'esquisse rapide de la côte, c'est-à-dire des
abords du pays.
Sillonnée par de nombreuses petites embarcations, cotres,
goélettes ou palhabots et pirogues de pêcheurs, souveot
d'une construction curieuse, comme celles d'Ambrizette,
la] mer dans ces parages, offre fréquemment, pendant la
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 293
saison sèche, quelquefois aussi pendant la saison chaude ou
pluvieuse, un phénomène très remarquable, bien connu de
nos marins, sans doute, mais dont la description me parait
avoir ici sa place.
Je veux parler des raz de marée, désignés généralement
dans le pays sous le nom de Calemmes. Leur durée est de
trois, six et neuf jours, avec une accalmie après chaque
période ternaire. Le phénomène se produit plus générale-
ment aux époques des syzygies ou des quadratures, avec
des intensités très variables, et se manifeste par une grande
houle allongée qui vient du large.
Des tremblements de terre sous-marins, des tempêtes
lointaines, celles du cap de Bonne-Espérance, par exemple,
paraissent en être la cause. Le dénivellement est si fort à
quelques milles de terre, qu'étant à bord d'une pirogue on
peut perdre de vue les barres de perroquet d'un navire de
300 tonnes, éloigné de 400 mètres environ.
Cette houle, en approchant de la côte, se transforme en
vagues de plus en plus aiguës qui se succèdent très rapide-
ment; elles finissent par former comme une muraille liquide
qui finalement s'efTondre avec fracas et produit une com-
motion telle, que j'ai pu la ressentir, pour ma part, à plus de
six milles de distance du rivage.
Lorsque la calemme est intense, c'est un spectacle gran-
diose dont on est fort impressionné : la mer blanche d'é-
cume, qui gronde comme un tonnerre lointain sans interrup-
tion, ces murailles transparentes, courant les unes après
les autres pour se réduire en tourbillons bouillonnants, le
ciel de plomb, la brume des embruns qui donne à l'atmo-
sphère une couleur spéciale, tout ce tumulte, tout ce bou-
leversement ne laissent pas que d'émouvoir. Ajouterai-je
qu'en de pareils moments la barre est impraticable; mal-
heur aux embarcations restées trop près de la rive I Les
chaînes des ancres sont rapidement brisées, et le naufrage
est inévitable.
i9i LA GUmÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Dans ces circonstances il arrive souvent que le niveau
moyen de la mer se trouve exhaussé, et que l'eau passe
au-dessus des digues de sable de peu de hauteur; c'est ce
qui a lieu à Laudona et à Banane. Tantôt aussi la mer
ronge sensiblement la plage, tantôt elle lui rapporte des
sables.
J'ai indiqué quelles pouvaient être les causes du phéno-
mène, mais ces indications ne sont que des hypothèses. Le
rapprochement des observations recueillies journellement
au large sur les navires, de celles qui peuvent se faire à la
côte doit conduire à une explication qui intéresse la science^
et qui, en permettant de prévoir les calemmes, peut rendre
service à la navigation.
Puisque j'ai touché à la météorologie je dirai quelques
mots des. conditions générales climatériques de la côte du
Congo.
La température, à l'ombre, est généralement de 25^ à
35° centigrades, surtout à l'intérieur des- cases. Au soleil
ou pendant la nuit, à ciel libre, ies écarts deviennent très
considérables et peuvent être de 20^ à 60% suivant les vents
régnants, l'exposition et la saison.
Les variations barométriques se rapportent presque uni-
quement aux marées ; le baromètre n'est, effectivement, pas
influencé sensiblement par les orages, suivant ainsi la loi
de tous les pays intertropicaux.
n y a deux saisons principales : la saison des pluies et la
saison sèche. La première, qui commence vers septembre,
se continue jusqu'à la fin d'avril avec un temps d'arrôt vers
décembre ou janvier; l'autre dure du milieu de mai jusqu'en
août.
Pendant la saison pluvieuse qui est aussi, je l'ai déjànoté«
la saison chaude, les pluies sont souvent des pluies d'o-
rage qui peuvent se répéter jusqu'à trois fois dans la
même journée. Certaines années j'ai vu la pluie ne pas
cesser de tomber pendant la journée entière.
LA GTJTNfeE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 295
Pendant la saison sèche, appelée Gassima, comme nous
l'avons dît ci-dessus, le ciel est presque constamment cou-
vert, mais, s*îl ne pleut pas, il y a le malin ordinairement
beaucoup de rosée.
Ce sont là les règles générales ; mais, comme en Europe,
les saisons sont parfois retardées ou avancées ; parfois
même on ne peut en préciser ni le commencement ni la
fin; les dernières années de sécheresse complète qui, en
1875-1876, ont amené la famine, sont un exemple de ces
dérogations.
La saison pluvieuse est, pour les IÇuropéehs non accli-
mates, la plus dangereuse, par suite des émanations que
produit Teau tombant sur un sol brûlant, ou le soleil
frappant directement sur un sol humide .
Deux vents sont généralement réguliers, avec des inten-
sités difTérentes suivant les époques : le vent ou brise de
mer (viraçao) s'élevant de dix heures à une heure, durant
quelquefois tard, et ne parvenant, par exemple à N* Boma,
distant d'environ 70 milles dans les terres, que vers cinq
ou sept heures du soir; lèvent de terre (^É?ra^) qui ne
commence guère qu'au milieu de la nuit ; son intensité
est toujours moins grande que celle du premier et il tombe
le matin, de six heures à huit heures environ.
Au manient des tourmentes, le coup de vent souffle
presque toujours du nord-est; c'est de ce côté que viennent
les orages; ils sont rarement du nord. On les voit annoncés
à l'horizon par des nuages blancs, qui ne tardent pas à
grossir pour se fondre en un immense rideau d'un gris
assez foncé qui couvre la région orientale du ciel, et, mo' j.
tant rapidement, semble vouloir tout envelopper. Alor ^ g^
lève un vent vioieat do«t la direction varie de 3 à 4 r j^^rts
au plus et dont la courte durée est interrompue ^^^ une
pl«ie t<M*pentielle. Le dégagement d'électricité est quelaue
fois considérable
Si nouç pénétrons maintenant dans Tinter' j^^j. ^^^ p^^^
296 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
en remontant toujours du sud au nord, nous rencontrons
successivement les principaux cours d'eau dont les noms
suivent : Loge, Kissembo ou Doce, AmbrichCy Lelundo,
Congo ou Zaïre, Chiloango^ Massabe ou Luisa-Loango,
Kouilo ou Rio dos Montes.
La rivière Loge, cours d'eau sinueux qui se prolonge assez
avant dans 1 intérieur, forme la véritable limite nord des
possessions portugaises d'Angola.
Elle se jette dans la mer un peu au nord d'Ambriz,
arrose les plantations de canne à sucre de Kinkolo, sur sa
rive gaucbe, et alimente quelques lagunes souvent pesti*
lentielles.
La rivière de Kissembo, aussi appelée Doce, de moindre
importance, entre dans la mer au pied même do cap
escarpé, qui porte le même nom et au sommet duquel sont
construites des factoreries.
La rivière d'Ambrizette ou Ambriche et la rivière Le-
lundo débouchent, la première, à un kilomètre au nord
d'Ambrizette, au pied de Kinkouba, la seconde près de
Mokoulo. On n'est pas d'accord sur leur parcours, et il
serait possible que celle que Ton appelle Lelundo prît sa
source dans un lac situé aux environs de San Salvador.
L' Ambriche arrose, sur sa rive gaucbe, près de Kiozeu
et de Kimbélé, une vaste plaine côtoyant à l'opposé les
montagnes bleuâtres de Bamba.
Entre Kissembo et Ambrizette se trouve une arête de hau-
teurs, qui, s'abaissant vers la mer, se termine au « pilar »
dont j'ai déjà parlé. Une autre arête rattachée aux pla-
t^«iaux du Sonho, sépare la rivière Lelundo de l'estuaire du
Coi^o où nous arrivons.
Da^ns toute cette contrée la végétation est très forte sur
les versvVits des collines et des montagnes; les parties plates
seules on ^ 1^ aspect un peu aride, mais la moindre caltnre
qu'7 tenten.^ ^^ indigènes est fort productive.
L'entrée dc^ rivières que je viens de nonuner, comme
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 297
celle d'ailleurs de presque toutes les autres rivières de la
côte, est rendue très périlleuse par Texistence d'une barre ;
à Kinsembo, par exemple, les pirogues obligées de con-
tourner les roches amoncelées au pied du promontoire, et
par suite de se mettre en travers de la lame, sont toujours
exposées à chavirer. On peut voir au cimetière ou plutôt à
Tendroit où d'ordinaire se font les inhumations, bon nombre
de tombes de blancs morts dans ce passage, broyés sur
les pierres par le ressac. Le dernier est un Français, M. La-
garde, qui a péri en 1877.
A l'exception de l'Ambriche et du Loge, qui présentent
une certaine profondeur, ces rivières ne sont navigables
que pour les pirogues indigènes.
J'arrive de suite au fleuve-roi de la côte occidentale
d'Afrique, au Congo ou Zaïre.
Le Congo provoque un intérêt particulier, d'abord par
rimraensité de son unique bouche, qui n'a pas moins de
6 milles de largeur (11,200 mètres environ), de Shark-Point
à la pointe Française ou de Banane. Le Congo est remar-
quable ensuite par l'absence de barre et* même de flux ou
reflux, car le courant toujours violent, conserve toujours
aussi, sans grande variation de force, la même direction.
Enfin les eaux du Congo sont d'une couleur qui tranche
scQsiblement avec celle des eaux de la mer.
Ce serait sortir du cadre de cette notice que d'indiquer
la route à suivre, ou la manière d'entrer dans le fleuve, selon
que l'on veut aller à Banane ou à Porto da Lenha; mais je
ne puis passer sous silence un fait curieux rapporté par un
capitaine de navire.
Vers le milieu de son embouchure, le Congo a une pro-
fondeur de plus de 200 mètres (ce qui rend le mouillage
impossible), et. les navires ne peuvent plus, lorsque le vent
Trient à leur manquer, vaincre la force du courant qui les
entraîne alors à une énorme distance au large. On est • tenté
de chercher remède à ce danger en se basant sur la proba-
298 LA GUIVÉE MÉRIDIQICALE INMPGHDANTE*
bilîté de courants marins inférieurfi ei o^pposés aq courant
d'eau douce qui débouche du fleuve; on peut admettre^ ea
effet, qu'un corps de suffisante densité pour traverser les
couches légères d'eau douce et atteindre les couches salées
plus lourdes* s'y trouvera en quelque sorte arrêté.
Le capitaine qui m'a rapporté le fait couia uoe barrique
ferrée, remplie d'eau salée, au bout d'un long câble, et
cette manoeuvre lui permit de se maintenir en stagnatîoii
comme s'il se fût servi d'une ancre. J'expose simpleaieol
ce qui m'a été rapporté, mais je sui« disposé à croire que^
si la barrique ne s'est pas trouvée de surface ou de grosseur
suffisantes pour arrêter laoftarche rétrograde du navire, du
moins elle a dû certainement, en rencontrant des couches
denses, être un sérieux obstacle à une dérive trop violente.
Les deux pointes aiguës qui forment les deux montants
de la très large porte du Congo, sont d'inégale résistance :
la pointe du sud opposée directement à la direction des
eaux du grand bras ne se laisse point entanaër par le eou*
rant,bien qu'on ne puisse y constater de t;i'5u une formation
rocheuse : la pointe du nord, au contraire, bien moins
exposée à la violence des eaux, se trouve rongée aussi bien
du côté du large que du c6té de la crique; elle paraît ap-
pelée à disparaître.
Lorsqu'on est entré dans le fleuve propreyment dit, on
voit, à gauche, la crique de l'Emigration (ainsi appelée en
souvenir de l'époque où les nègres, bien traités, avaient le
droit de s'expatrier pour les colonies), et la crique des Pi*
rates, dont le nom rappelle des pillages de navires européens
commis par les naturels jusque dans ces dernières années.
A droite, la très grande baie de Diégos, avec de nombreux
bancs, s'enfonce fort avant dans les terres.
De tous côtés les rives sont bordées dlles couvertes de
palétuviers^ aux racines phénoniénales enchevêtrées de
lianes et au travers desquelles jierpente une multitude
d'arroyos et de petits brae.
LA fiUIKâS MÉRIDIOKÀU: VWÉPEJUWl^TE. 299
Au milieu de ce delta s'ouvre la voie réellement navi-.
gable, qui a de 3 à 4 milles de largeur : immense nappe
d'eau qui s'étend vers l'est h perte de vue, jusqu'à se
confondre avec l'horizon, oti, par l'effet du mirage, à
certaines heures, on aperçoit comme suspendus dans l'at*
mospbère, les arbres des iles de Ponta da Lenha, qui
ne sont pas à moins de 14 lieues terrestres de la Shark-
PoLnt.
En remontant le fleuve, on peut admirer la végétation gi-
gantesque et inextricable qui le borde et dont les grandes
clairières, accessibles par d'étroits sentiers, sont habités
par les Mousserongos, la race fière du Congo.
Cet aspect, avec quelques variantes, se maintient jus-
qu'aux approches de Ponto da Lenha, à 30 milles environ
de l'embouchure. On a passé alors devant les postes de
San Antonio, au fond de la baie de Diegos, devant la crique
de Tchimma-Bika, devant Kissango sur la rive gauche, et,
sur la rive droite, devant Malela.
Là commencent les vastes îles signalées dès rembouchure
par le mirage. Couvertes d'herbes hautes et serrées, pâtu-
rage ordinaire des hippopotames, elles renferment aussi
quelques bouquets d'arbres*
Le sol en est formé de terrains d'alluvion recouverts d'une
couche d'humus d'un pied ou deux d'épaisseur ; dans les
hautes eaux cette couche, maintenue par l'enchevêtrement
des racines et minée en dessous par les eaux basses de la
saison sèche, est soulevée et se détache en un seul bloc,
avec tous les végétaux qu'elle nourrit, formant ainsi des îles
flottantes de plus d'un kilomètre de long qui s'en vont, au
fil de l'eau, se désagréger, quelquefois seulement à pkis de
25 lieueâ en mer.
Si deux sortes de murailles de végétation ont empêché
d'abord de découvrir les sinuosités des rives pendant le
parcours, on peut iuaintenant apejrcevoir les premiàfes
hauteurs, et, au nord comme au sud, les sommets dénudés-
300 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
des montagnes apparaissent au loin, colorés d'une légère
teinte bleue.
On a laissé, sur la rive droite, Ponto da Lenha et les
bouches des arroyos qui mènent au Catala etàLoango; sur
la gauche, les bouches des arroyos qui conduisent au Chis-
siango et à Congo-Hiale. Quelques heures de route encore
et la nappe d'eau s'étend de plus en plus; il faut traverser
d'une rive à l'autre pour éviter certains hauts fonds, et l'on
a devant soi une masse rocheuse considérable coupée de bois
et de précipices : c'est la « pierre du fétiche », fort révérée
des indigènes qui n'ont jamais osé en gravir le sommet.
On la voit surgir au bord de l'eau, et de prime abord on la
croit isolée; mais on remarque bientôt, sur des plans plus
éloignés, d'autres sommets comme semés au milieu d'une
plaine très accidentée qu'arrosent seuls quelques torrents
formés par les pluies.
A peu près au même niveau, sur la rive droite, la mon-
tagne se rapproche, également nue et rocheuse ; elle pré-
sente des blocs énormes de dikes ou bancs étincelanls de
mica, que l'action des eaux pluviales a, sur certains points,
transformés en véritables murailles naturelles descendant
jusqu'à demi-hauteur perpendiculairement au thalweg gé-
néral. C'est le commencement de la contrée minéralogique.
A 40 mille marins (74 kilomètres) de Ponto da Lenha, à
vol d'oiseau bien entendu, car il est difficile de tenir
compte des détours auxquels on est constamment obligé,
pour éviter aussi bien les bancs que les courants trop
violents, se trouve N'Boma, comptoir important établi
sur la rive droite, au ras du niveau du fleuve et au delà
d'u 1 afdùent du Congo appelé rivière des Jacaréos ou Caï-
mms.
C'est de N'Boma qu'ontété envoyés par un de mes amis,
M. Diegos de Matàveïga, agent des factoreries de MM. Halton
et Gookson, les premiers secours à Stanley en détresse près
des rapides de Yellala.
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDEPENDANTE. 301
C'est là que finit l'estuaire du Congo, et le paysage change
une troisième fois.
En face de N'Boraa les îles sont déjà monlueuses. Au
promontoire de Zounga-Chesalla, tous les bras du fleuve se
réunissent en un seul, large d'environ 1860 mètres, et qui
coule entre de hautes montagnes arides descendant sur les
rives par des plans très inclinés. Le fleuve, dont la vitesse,
variable du reste suivant les saisons, est de 3 à 4 milles à
l'heure, a sur ce point un débit de 96,000 mètres cubes
à la seconde; sa profondeur est de 50 à 60 mètres. 11 gronde
comme un gigantesque torrent au milieu de ces passes
étroites bordées d'opulente végétation; les immenses mu-
railles qui le resserrent s'entr'ouvrent par places pour laisser
apercevoir de riants vallons. Le paysage est d'un aspect à la
fois pittoresque et grandiose.
Tel est le fleuve depuis N'Boma jusqu'aux cataractes ou
plutôt jusqu^aux rapides de Yellala, route sur laquelle on
rencontre, en passant, les comptoirs de Binda, de Nosoko et
de Noki, postes extrêmes du commerce européen, qui ne
sont plus à une grande distance de San-Salvador.
Le Congo ou Zaïre, car il est connu par les indigènes
sous ces deux noms, a été remonté jusqu'à peu de distance
des cataractes, pour la première fois, par un vapeur fran-
çais, le TomadOj dont le nom a été gravé sur un des
baobabs de la rive. Ce voyage ne s'est pas effectué sans un
certain danger à cause de la violence et des remous du
courant et aussi des roches que l'on rencontre quelquefois
au milieu même du fleuve.
Assurément il me resterait beaucoup à dire sur ce fleuve
si important et encore si peu exploré; mais j'ai voulu seu-
lement faire saisir l'aspect général de cette partie de soïi
cours que j'ai si souvent parcourue. Continuant maintenant
ma route vers le nord, je reprends la description rapide du
pays.
Les plateaux accidentés et souvent fertiles de l'N'Goyo,
302 LA GVTHÈE MËKIDlCmALE llfBÊPlSNDANTE.
arrosés par quelques filets d'eau vive et limpide, séparent
le Congo du Chiloango qui traverse le Eacongo.
Cette rivière s'avance assea dans le» terres; elle est très
utilisée par les indigènes pour le transport de leurs produits
et surtout de ceux do Mayumbo, contrée de Fintérieur d'où
viennent un grand nombre de caravanes.
Débouchant au nord de Landana^ eHe remonte un peu
au sud où elle dépasse le parallèle de Foutila. Sur sa rÎYe
droite s'étend une vaste plaine bordée de hauteurs dépen-
dant de celles de Chella et de Chincbofneho que nous avons
déjà indiqués; sa rive gauche est okomtueuse.
Le Chiloango a été parcouru jusqu'à Chiuma, pour la
première fois par te vapeur français Panny^ en 1872. A
ChiunaA, il y a plus de trois brasses d*eau. Les noirs pré-
tendent que cette rivière se bifurque aux environs de
Ghifidendo ou aux Sobas, et que la branche sud commu-
nique, à de certains moments, avec un affluent du Congo,
qui semble devoir être la rivière des Cîûmans. H est certain,
en tout cas, que les linguistères (courtiers) qui vont dans
le Mayumbo, viennent aussi bien à N'Boma sur le Zaïre
quç le long du Chiloango, à Ghiuma, à Chîmfima, Insono,
Tero, N'tetché et même à Landana.
Au delà de l'arête montagneuse située entre le bassin
du Chiloango et celui du Massabe, se trouve, au milieu
d'une contrée généralement assez accidentée, la lagune <ie
Chissambo, peu protonde mais trè* large et présentant la
forme d'une sorte de V. Cette lagune se déverse dans le
Massabe proprement dit ou LuisarLoango^ qui n'a guère
qu'un kilomètre de long, et qui reçoit, lui, une autre rivière,
celle de Bambolo venant du no^d ; ee dernier cours d'eau
très sinueux longe, sur la rive droite, une belle lagune
d'eau salée séparée seulement de la mer par une étroite
bande de terre. La rivière de Baiobolo traverse les lagunes
d'eau douce de Coïa et de Bambolo, très peuplées en bip-
papotâmes et en caïmans. On a supposé que eetle rivière
I
LÀ frOnfÉC MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. SOS
se rattachait an Kouilo, mais elle est si réduite aiu^ssiis
de Bambolo que je crois cette opinion erronée.
Il s'est produit en 1872, à l'emboucbure du Massabe, un
phénomène curieux relatif à la conformation générale des
embouchures de toutes les rivières de la côte ; je veux par-
ler de la persistance que les ^ux mettent à se déverser
dans l'Océan en se dirigeant vers le sud.
L'agent de la factorerie hollandaise établie à la plage
même imagma, pour faciliter l'embarquement des pro-
duits de l'intérieur, de percer les langues de sable qui
s'opposent à la continuation du cours dans le sens perpen-
diculaire à la ligne de la côte et que longe le fleuve pour
aller déboucher plus au sud. L'opération réussit, et les
eaux prirent quelque temps ce raccourci; mais bientôt, la
mer rongeant la plage emporta la factorerie, boucha le pas-
sage et rétablit les choses dans leur état primitif.
Du Massabe, après avoir franchi des plateaux misérables
arrosés par quelques ruisseaux limpides ou les eaux de
quelques bas-fonds marécageux, on atteint Ghinconguia
(Pointe-Noire) d'où l'on découvre à l'horizon, vers l'est, les
hauteurs qui abritent le Bambolo. On peut les gagner en
six heures, en traversant des plaines remplies des construc-
tions des salalés (fourmis blanches oui termites) affectant la
forme de gigantesques champignons que Michelet a qua-
lifiés du nom d'édifices titaniques.
Près de la mer,, en allant à Loango, on rencontre une la-
gome qui a pour déversoir ce que fou appelle la rivière de
Tapa-Kiosao. Le pays, sensiblement ondulé, est arrosé par
des ruisseaux d'eau vive qui se jettent dans une lagune au
fccid de la haie.
Enfin, après 4 h. 1/2 ou. 5 heures de marche, apparaît le
Kouilo, large et profond, avee sa barre toujours blanche
d'écume. C'est un fleuve assez considérable qu'on dit
s'étendre fort loin dans l'intérieur, et traverser, comme le
Longo, des portes étroites en formant de terribles rapides.
304 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
En 1871, la barre du Kouilo a élé pour la première fois
franchie par le vapeur français le Tornado dont nous avons
parlé à propos du Congo.
Savanes ou pampas, forêts ou bois et plaines sablonneuses
alternent sur le territoire qui vient d'être esquissé si som-
mairement et qui est quelquefois très tourmenté, quelque-
fois à peine ondulé.
Partout la terre est fertile. Sur les plateaux d'apparence
aride, se développent à la moindre culture, les plantes qui
réussissent dans les pays exotiques : le manioc, le maïs, les
arachides; dans les vallons où le sol est plus riche,croissent
facilement, sinon naturellement, une infinité de plantes et
de fleurs. Les plaines basses sont admirablement favorables à
la canne à sucre ; certaines contrées nourrissent, sans tra-
vail, le cotonnier et le cafetier, le tabac, et le palma-christi;
ce dernier si envahissant qu'il faut le détruire souvent
aux alentours des factoreries.
J'estime que les montagnes les plus élevées aux envi-
rons de San-Salvador, Noki et Yellala, peuvent avoir leurs
points culminants à 500 ou 600 mètres au-dessus du niveau
de la mer.
La contrée minéralogique traversée par le Congo parait
appartenir au système combrien.
Près de N'Boma on trouve des gneiss eo stratification
presque verticale. Au Loango et dans la région du Bemba,
en affleurements, des mines de carbonate, de cuivre et de
malachite en très beaux rognons. J'ai eu l'occasion de ren-
contrer de beaux échantillons de pyrites et d'oligiste.
Il reste encore beaucoup à découvrir, car il ne me parait
pas douteux que cette région ne soit très riche. Une tran-
chée peu profonde a produit une quanti lé considérable de
petits grenats, sans grande valeur, il est vrai, mais qoi
peuvent révéler la présence d'autres pierres plus précieuses :
des prospections suffisantes et mieux dirigées les feraient
probablement découvrir.
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 305
Composées d'essences les plus diverses, les forêts rap-
pellent, sur de certains points, celles de TAmérique. On y
remarque surtout le géant végétal appelé Baobab (Adan-
sonia digitata), qui atteint de 18 à 20 mètres de circonfé-
rence; le Bombax épineux ou fromager; diverses espèces Je
palmiers au milieu desquels domine VElaïs guineensis, le
plus productif actuellement des arbres de ces pays ; le pal-
mier nain, le Phoenix humilis, le palmier Mateba, le Raphia
vinifera. Au bord de Teau, vit le palétuvier aux racines
fantastiques soutenant, à quelques mètres au-dessus du
sol, un tronc proportionnellement grêle et peu élevé d'où
partent des branches innombrables, couvertes de feuilles
d'un vert assez sombre; de ces branches retombent jus-
qu'à l'eau des quantités d'autres racines adventices, chargées
d'appeler au sommet la nourriture que le véritable tronc ne
saurait laisser passer.
Les savanes, couvertes pendant la saison pluvieuse,
d'herbes serrées et dures qui atteignent jusqu'à sept pieds
de hauteur, présentent de loin l'aspect de verdoyants pâ-
turages parsemés de place en place de points noirs for-
més en général par quelques baobabs isolés, ou par des
touffes de palmiers. Elles sont à cette époque peuplées de
myriades d'animaux de toutes sortes. A la saison sèche, les
herbes jaunissent et les noirs les brûlent, afin de repousser
les fauves, les serpents et de détruire les insectes malfai-
sants. On est souvent pris en voyage au milieu de ces in-
cendies qui, la nuit, produisent un grand effet; mais le
danger n'est pas grand, car la ligne de feu peut être rapi-
dement traversée.
Tel est l'aperçu géographique général de celte contrée
que je viens d'habiter si longtemps. Sans doute il est bien
incomplet, mais il eût été impossible de décrire minutieu-
sement, dans le cadre que je me suis imposé, un territoire
qui n'a pas moins, je l'ai dit, de 120 lieues marines de lon-
gueur sur 50 environ de large.
soc. DE GÊOGR. — OCTOBRE 1880. XX. — 20
306 LA. GUiNÉE MÉRIDIOIïALG HO^ÉPEN^ANTE.
J'aborde maintenant la partie ethnographique de cette
notice. Ma position, le& nécessités mômesrde mon existence
noi'oDt fait connaître hien plua complètement ce côté du
sujet.
Les races qui peuplent cette portion de la. cète d'Afrique
paraissent appartenir à la famille Gaffre ou Bantou, et sont
sans ezc&ption de couleur noire. Elles ont la paume des
mains et la plante des pieds d'une teinte généralement
plus claire que celle du reste du corps.
Les yeux sont bruns et ouverts ; la bouche, de grandeur
moyenne, avec dea lèvres épaisses mais sans trop de dispro-
portion, est garnie de dents fort blanches. Le nez est gé-
néralement épaté; Toreille un peu grande; le front, très
bombé chez l'enfant, devient fuyant chez l'adulte. Le visage
est le plus souvent ovale, chez l'homme comme chez la
femme ; le système pileux se compose d'une sorte de laine
très épaisse, qui arrive à une assez grande longueur lors-
qu'on ne la coupe point; c'est Texception, car la mode et
aussi la nécessité de se débarrasser des parasites veulent
que les cheveux soient portés très courts ou même rasés,
tantôt complètement, tantôt suivant des dessins bizarres.
La barbe n'est pas commune à tous les hommes; certains
n'en ont pas du tout; en tout cas, elle n'apparaît générale-
ment qu'à un âge avancé, noire d'abord, jaune roussàtre
plus tard, blanche dans la dernière période de l'existence.
En même temps que la barbe, se développent sur les
jambes des touCTes de poils laineux dont la couleur subit les
mêmes transformations.
Le corps est en général bien pris et bien musclé ; les dif-
formités sont rares. Pendant la vieillesse des rides se for-
ment sur tout l'individu, aussi hien que sur sa figure.
L% taille moyenne n'est guère plus élevée que celle des
Européens*
 côté de ces caractères généraux, lorsqu'on a résidé on
rertuin temps dans le pays, on reconnaît facilement des
LA GUINÉE ÎTÉRIDTONALE INDÉPEITOANTE. 307
différences entre l'es peuplades, et Ton peut établir en quel-
que sorte quatre groupes : les Mouchicongos, à l'est, occu-
pent le Congo proprement dit et joignent la mer àKissembo;
les Monsserongos sur ?e littoral, d'Ambrizette au Zaïre,
dont ils habitent les îles et les rives jusqu'au delà de Pbn-
ta daLenha; les CaMndos, du Zaïre jusqu'au Chiloango, et
enfin les Loangos^^yinord jusqu'au Kouiïo ou à peu près.
Dans rintérieor, sur les confins de la contrée qui nous
occupe, nous signalerons les habitants du Mayumbo, ap-
pelés par les gens du littoral Bushemong, c'est-à-dire
nègres du Matto ou des bois. Puis les Mondongos, à la fi-
gure striée. Diverses races, venant quelquefois de fort loin,
peuvent également se distinguer lorsqu'elles amyent aux
factoreries avec les caravanes.
Les légendes rapportent qu'il exista autrefois un royaume
du Congo ayant pour capitale San Salvador et qui reconnut
la suzeraineté du Portugal ; ce royaume aurait été divisé
en marquisats tels que celui de Sonho; ses rois, monarques
grands et, puissants, auraient eu des armées considérables.
Je n'ai pu vérifier ces dires par les informations indi-
gènes; j'ai pu savoir seulement d'une part que San Salva-
dor avait été occupé quelque temps par les Portugais, qui
s'étafent vus forcés de l'abandonner; de l'autre, que le
Portugal se considère toujours comme suzerain du pays.
L'antoritédu roi et la Suprématie portugaise ne me semblent
pas, aujourd'hui, s'exercer bien activement.
La ville si florissante des légendes n'est plus qu'un amas
de huttes ou chimbèques. On y retrouve, il est vrai, les
raines d'uneiglise et les vestiges de quelques fortifications,
mais celles-ci ne paraissent pas avoir jamais eu l'importance
si grande que leur prêtent les historiens portugais.
On pourrait peut-être rapprocher des assertions de ces
derniers le fait suivant, qui permet cependant de croire
qu'elles ne sont pas absolument sans fondement. Ce fait,
dont j'ai été témoin, se rattache à la tendance à s'émanci-
308 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
per que manifeste la race esclave enrichie par le com-
merce avec les Européens. L'un des masouks (interprètes)
nommé Némès, d'Ambrizette^ ayant acquis une certaine
indépendance, possédant même des esclaves, avait cru pou-
voir se permettre de porter des colliers de corail, insigne
réservé aux princes. Vint à passer une sorte de représentant
du roi de San Salvador, qui le menaça de la colère de son
maître s'il n'enlevait aussitôt ses colliers. Le pauvre noir
ne fit aucune objection, devint humble et soumis et n'osa
plus jamais remettre son ornement.
Le pays est maintenant entre les mains plutôt de roi-
telets, de chefs de tribus, d'autocrates en miniature, comme
ceux de San Antonio, d'Ambrizette, de Kissembo, et autres
plus ou moins intelligents, plus ou moins énergiques, qu'il
n'est au pouvoir du grand roi légendaire dont l'autorité, à
San Salvador même, est assez mal assise. Une question de
succession en effet, entretenue, dit-on, par des menées
étrangères, y a jeté le sceptre dans des démêlés qui me-
nacent de s'éterniser.
De l'autre côté, sur la rive droite du Congo, la situation
politique est analogue. Là aussi put exister naguère un
royaume de N'Goyo qui s'étendait jusqu'à une ligne joignant
Ponta de Lenha à Cabinda. Aujourd'hui une infinité de
petits potentats, parmi lesquels le plus important paraît
être une femme, la princesse Mambouk de Moanda, se sont
partagé le territoire.
Plus au nord, s'étend assez loin dans l'intérieur, en tou-
chant la plage à Malemba et à Landana, le royaume consi-
dérable de Gacongo. Le roi en étant mort il y a quel-
ques années, le pouvoir allait, suivant la loi de la côte,
échoir à l'un de ses neveux (je reviendrai tout à l'heure sur
la question des successions), quand on s'aperçut qu'il man-
quait au cadavre des dents et quelques ongles. Au Cacongo
il est d'usage de n'enterrer les corps qu'au complet; les
dents que la - *" fait tomber sont précieusement con-
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 309
servées pour être inhumées en même temps que le corps.
Or une succession n'est ouverte qu'après l'enterrement du
mort et en attendant que les dents du roi soient retrou-
vées,son fils le manifoume d'Jimm gouverne ; les mauvaises
langues du pays prétendent qu'il est pour quelque chose
dans la disparition des molaires et des ongles paternels.
Son État est divisé en un certain nombre de provinces con-
fiées à Tadministration de gouverneurs ou Mambouks.
Outre ces provinces, il y a quatre fiefs : c'est la seule
expression qui me paraisse convenir ici. Ces fiefs appar-
tiennent à des membres de familles princières ayant le titre
de fiott de Ma (seigneur) comme le Ma-Tenda (seigneur de
Tenda) à Landana.
Au delà du Chiloango jusqu'à Mayumbo, on rencontre
peu de gouvernements définis; cependant il est possible de
signaler le Mancotche, le Malaongo son vassal, le Mani-
prata, le Mafouk Thomas, et près de Pointe noire, à Loango,
une sorte de roi qui ne paraît plus être bien puissant.
La délimitation des territoires sur lesquels ces chefs
peuvent étendre leur autorité est assez vague, et la plupart
des villages se gouvernent comme ils l'entendent. Ces titres
de rois sont donc plutôt honorifiques qu'effectifs.
Des recherches si longues et si patientes qu'elles fussent
ne permettraient sans doute pas de reconstituer l'histoire
de ces contrées, de découvrir leur véritable situation sociale
ou les principes de leur organisation politique.
En effet aucun document n'y aiderait ; il n'existe, dans le
pays, aucun signe destiné à reproduire la pensée, et il n'y a
pas trace qu'il en ait jamais existé ; on n'y rencontre aucun
monument, aucune ruine. Enfin la mémoire de l'indigène est
tellement nulle qu'on ne saurait y trouver la ressource de
traditions sérieuses. Ce n'est pas à l'indigène non plus qu'il
convient de s'adresser pour se rendre compte de la popula-
tion du pays. Aucun naturel, aucun chef même ne pourrait
dire le nombre d'âmes qui habitent les 20 ou 30 huttes de
j
310 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
son village; il connaît tous les habitants, mais oe saurait
parvenir à les compter. A cet égard la seule supputation qae
Ton puisse faire doit être basée sur le commerce. Si Tod
considère, en effet, que presque tous les transports se font à
dos d'homme, que le noir ne porte guère plus de 15 à
25 kilos en moyenne, et que c'est la plus petite partie de la
population mâle qui s'y emploie, on peut, en estimant le
poids des produits ainsi exportés évaluer approximative-
ment le nombre des habitants. On arrive ainsi à un chiffre
extrêmement élevé, chiifre qu'on a quelque raison d'adop-
ter, car les villages, en général il est vrai peu considérables,
sont en revanche très nombreux, surtout dans certaines
régions.
L'habitation indigène est la hutte vulgairement appelée
chimbek ou chinibèque; elle est formée de murailles con-
fectionnées en loangos (sorte de jonc qui est la tige du
papyrus) reliés ensemble par des liens de palmier rotang
et des lattes de branches de palmier bambou. Le toit est en
herbes sèches, ou en folioles dix Raphia vinifera. L'ensemble
occupe de sept à huit pieds de long, sur cinq ou six de large;
le faîte peut être élevé de six à sept pieds ; suivant les
villages ces constructions sont plus ou moins bien exé-
cutées.
Quelques chefs, dans les centres voisins des factoreries,
ont construit des baraques en planches recouvertes en
paille, selon le type employé longtemps par les Ekiropéens,
qui maintenant substituent à la paille le feutre goudronné,
blanchi à la chaux ou le zinc ondulé.
Le mobilier d'un nègre est bien peu de chose, et encore
varic-t-il suivant son rang et la contrée qu'il habite.
Il se compose le plus souvent d'un chimbamba^ sorte de
large banc en bambou servant de lit, d'une natte en «w-
tébaj représentant à la fois le matelas et les draps, d'un
pot ou deux pour l'eau et la cuisson des aliments, d'une
XA OniMÉE IfÉRIDIOHÂtE INDÉPENDANTE. 31 1
assiette, d'une cuillère, d'un couteau, enfin d'une ou plu-
sieurs bouteilles ou calebasses qui sont, sui^nt leur taille^
la caisse ou le porte-monnaie. Chez les riches la cuisine se
fait sur un trépied en fer, chez les autres on se contente
de trois pierres.
Le vêtement est aussi d'une simplicité excessive : l'indis-
pensable est le pagne, encore tàche-t-on de s'en servir le
moins possible. Les gens qui passent pour riches en ont
plusieurs en étoffes d'Europe, de couleur et de grandeur
variées ; Us ont aussi des chemises qui ont d'autant plus de
valeur qu'elles sont plus longues, parce que l'usage veut
qu'on les porte par-dessus les pagnes. Cette garde-robe est
complétée de vieux habits bourgeois ou d'uniforme, de bon-
nets de coton, rouges ou blancs et de vieux chapeaux. Les
bijoux sont des grains de corail longs, des bracelets de
cuivre, quelquefois d'argent, aux pieds et au3c bcas, ainsi
que des anneaux de fer ou des tresses de ficelle, suivant la.
fortune des propriétaires.
Les noirs de l'intérieur, chez lesquels n'arrivent que peu
de tissus importés, fabriquent, avec les fibres des bananiers,
une qualité d'étoffe assez fine qui sert à leur habiliement.
A Kabinda on fait des bonnets en fil d'aloès d'un travail
très fin et très curieux.
L'armement, sur le littoral, ne se compose plus guère
que du fusil à pierre et de sabres importés d'Europe. Les
modèles qu! avaient fait les campagnes du premier empire,
-et que le gouvernement français a vendus en 1867 ont
oTîtenu un succès extraordinaire et sont encore la qualité
la plus prisée. L'arc et les flèches détrônés ne se retrouvait
plus qu'assez loin dans l'intérieur; avec eux ont disparu les
boucliers et les javelots ou zagaies.
Comme armes de main, on rencontre quelques sabres,
également importés, ou de forts bâtons quadrangulaiTes
en bois très dur,, faisant l'office de casse-têtes ou de mas-
ques; toutefois, du Mayumbo et du centre viennent des
Kf ^
312 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
espèces de petits yatagans de formes très variées, fabriqués
par les indigènes eux-mêmes.
Le fusil se porte à Tépaule à l'envers de la mode euro-
péenne, c'est-à-dire que l'homme tient l'arme par le canon;
la batterie est entourée d'une chape en peau d'antilope pour
la préserver de la pluie, et la crosse, comme le bois, est par-
semée de clous de cuivre de tapissier formant certains
dessins qui font reconnaître le propriétaire.
Presque tous les noirs en possèdent et on commence à
estimer un prince par le nombre de fusils qu'il peut lever
en cas de guerre, comme aux temps féodaux les seigneurs
disposaient d'un plus ou moins grand nombre de lances : un
prince de cent fusils est un grand prince .
En parlant du commerce je reviendrai sur le fusil, qui,
en certains points, sert en quelque sorte d'unité monétaire.
Puisque j'ai indiqué la fabrication indigène de certains
yatagans, je dois dire que l'industrie métallurgique n^est
que fort peu de chose aux rives du Congo, mais encore est-
il à propos d'en dire quelques mots à cause de son origina-
lité.
Il va bien sans dire que les noirs ne fondent pas le fer; ils
l'achètent ou le volent dans les comptoirs et le transforment
en instruments à leur usage au moyen de la forge; la fonte
ne leur est d'aucune utilité.
C'est au moyen d'un soufflet formé de deux cylindres en
peau de cabri, munis de soupapes, et réunis par deux
tubes conduisant à la tuyère, que par un mouvement alter-
natif ils activent un feu de charbon de bois au milieu duquel
^st placée la pièce à forger ; un aide, qui soulève le premier
cylindre d'une main, tandis que de l'autre main il abaisse le -
second, produit ainsi un vent continu. L'enclume est n'im-
porte quelle surface plane; le marteau une masse de fer
non emmanchée que l'ouvrier tient simplement dans la
main.
Le fer employé est généralement celui qui provient des
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 313
cercles de barriques ou de balles, non utilisés dans les facto-
reries.
Les noirs arrivent avec le mêms système à fondre le cuivre
et à fabriquer divers objets, tels que les gros anneaux en
cuivre jaune, que les femmes portent souvent aux pieds et
qui pèsent jusqu'à 2 et 3 kilogrammes.
Il font le moulage trè3 habilement, avec du sable du pays.
Dans certaines localités, ils réunissent les pièces de monnaie
d'argent qu'ils peuvent se procurer, et fabriquent encore
des bracelets par le même procédé. Enfin ils font des clous,
et je ne saurais dire si c'est une aptitude spéciale de cette
race, mais lorsqu'on met entre leurs mains l'outillage
européen consacré au travail du fer, ils arrivent facilement
à en comprendre l'usage et à en tirer un assez bon parti :
aussi les forgerons et les mécaniciens employés sur les va-
peurs sont-ils souvent recrutés parmi les naturels.
La nourriture de l'indigène est des plus simples. Chez
lui, le noir est très sobre, il préfère manger peu et ne rien
faire, que se donner de la peine pour bien manger. La base
de Talimentation, le pain pour mieux dire, est le manioc,
qui exige peu deculture et produit beaucoup. On le mange
bouilli, cru, fermenté, en farine, et en pâte gluante, dont
les femmes forment des sortes de galettes, appelées cAi-
couangaSy d'une odeur repoussante. La préparation culi-
naire enlève à cette fécule sa partie vénéneuse. Viennent
ensuite le maïs, la banane de diverses espèces, la patate
douce (Convolvulus batatas)^ l'igname (Dioscorea alata),
rambrevade(Cy^tsw5Cad;ani), plusieurs espèces de haricots,
la canne à sucre, les tomates grosses comme des cerises,
l'ananas, l'aubergine, les citrouilles, les pastèques, enfin,
comme condiment essentiel, le piment, qui est employé à
très haute dose ; mais bien que ces dernières plantes
viennent à peu près seules, elles n'entrent que peu dans
l'alimentation. Nommons, en dernier lieu, l'arachide ou
pistache de terre.
314 LA GDTNÉE MÉRIDIONALE IUDÉPENBINTE.
Gomme animaux domestiques, la cuisine indigène a la
poule qui, abandonnée à elle-même autour des huttes, reste
étique et dépasse à peine la grosseur du pigeon, le canard
d*Inde, le cabri, le mouton à poil ras; mais ces derniers sont
des objets de gi:and luxe et assez peu communs. En général
les noirs préfèrent, au lieu de s'en -nourrir, les échanger
afvec les Européens pour du fa/îa, leur liqueur de prédilection.
Le poisson, au bord de la mer surtout, et un peu le long
des rivières, est un appoint considérable et fort recherché
à l'alimentation du noir; mais le mets favori s'appelle
moamba : on le prépare au moyen d'huile de palmier bien
fraîche, avec du poisson, de la poule ou du canard. Il faut
beaucoup d'huile et assez de piment vert pilé, pour qu'en
mangeant il soit presque impossible de respirer par suite
de la douleur cuisante que l'on ressent dans la bouche : ce
résultat est le « nec plus ultra ]». On accommode aussi le
poisson à Veau ordinaire, avec adjonction d'un peu de jus
de tomates ; mais, règle générale, il ne faut pas que le pi-
ment fasse défaut, car le plat serait réputé détestable.
La boisson est l'eau et le vin de palme, ou le tafia d'im-
portation européenne.
Le travail de la terre est généralement abandonné aux
femmes, ainsi que les soins des enfants et de Tîntérieur;
l'homme mange, boit, dort, fume, cause ou plus tôt ba-
varde dans son village ; somme toute, îl fait proportion-
nellement peu de chose.
Ses occupations importantes consistent, pour un petit
nombre seulement, dans la cueillette du iindin (fruit da
palmier), laquelle l'oblige à grimper au haut des arbres
et couper les grappes, ou dans la récolte du vin de palme
qui lui impose la même obligation. L'opération d'aller soit
poser, soit retirer les calebasses qui reçoivent la liqueur oa
sève des incisions faites au sommet du tronc, est assez
curieuse et même quelque peu périlleuse, car la chute en-
traînerait la mort
U. mSMÈK HÉRDIONALE 0®ÉPSSnDAKTfi. 3i5
L'âscensioa a lieu au moyen d'im cercle en liane, <l*en-
TÎron 1"^ 30 de diamètre, qui fait le tour du tronc de l'arbre
et sert d'appui auxreins de l'indiTidu ; celui-ci, s'arc-boutant
avec les pieds, monte par efforts fiiiccessi^ en tenant le
cejncle «des^deux mains et Tenlevant de quelques centimètres
à ehaque effort ; il arrive ainsi, par saccades, très rapide-
ment jusqu'à la cime.
L'huile de pahne est le suc confeim dans la pulpe du
fruit ou de la noix« On l'extrait au pilon dans une sorte de
mortier en bois ; l'écrasement de la noix dégage ensuite une
amande appelée comnota ou usuell^nent palme-nut et qui
produit à son tour une autre qualité d'buile.
Le vin de paime est, comme nous TaTons dit cî-<dessus, la
sève même du palmier ; c'est une liqueur très fermentes-
cible, assez agréable au goût, et qui peut griser rapidement.
ËUeest connue sous les noms d'arraci^a ou rock, et de malaff.
La pêche, qui rentre dans les attributions de l'homme,
se pratique de plusieurs façons: au filet, à l'hameçon et
au javelot.
La plus fructueuse est la première, et elle se fait à l'aide
d'immenses ûLets à poche très solides, fabriqués avec les
fibres de l'écorce du baobab. Coulé en demi-cercle à une
certaine distance du rivage, le filet attaché par ses extré-
mités à des eâbles est ensuite halé, et englobe ainsi tout
le poisson compris dans son périmètre; j'ai vu, de cette
manière, ramener plus de 200 kil.depoissonde toute espèce,
mais surtout d'une sorte de «ardines ou de harengs qui,
séchée au soleil, se conservait bien. On prend couramment
des espèces analogues à nos mulets, à nos merlans, à nos
maquereaux, àoios baiiines, puis aussi des raies, des soles,
de petits requiBS, des langoustes, etc.
La seconde manière de pécher consisitie à aller au large
dans tes pirogues, «pielquefois isolées, quelquefois accou-
plées ooaame à jlAnèrizette, jeter des iignespour pr^idre
surtout des oauiets, souvent de grande taille.
318 LA GUIKÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Dans les rivières, où il y a dénivellement par suite de la
marée, on barre à haate mer les petits arroyos à l'aide de
grillages en loangos^ et, à marée basse, il ne reste plus qu'à
prendre à la main les poissons restés presque à sec.
Enfin des noirs, dont la patience mérite certainement le
plus grand éloge, glissent en pirogue à travers les herbes
qui bordent les rives, et, lançant au hasard un javelot,
arrivent miraculeusement à piquer, après avoir répété
mille fois cet exercice, un malheureux poisson endormi.
La société indigène paraît se diviser en deux grandes
classes : les maîtres et les esclaves ; on peut dire que cette
grande division sociale est absolue et qu'elle date vraisem-
blablement des premiers âges de la race.
Dans la suite des temps bien des passages ont dû avoir
lieu d'une classe à l'autre, soit que le sort de la guerre ait
jeté des hommes libres dans l'esclavage, soit que des
affranchis, ou des individus supérieurs par l'intelligence ou
par l'énergie, aient pu parvenir à former des familles libres.
Aujourd'hui, à défaut de parchemins et de traditions, les
maîtres actuels jouissent de considération et de pouvoir,
par le simple fait de la notoriété publique.
La condition de l'esclave n'est généralement pas aussi
terrible qu'on a bien voulu le dire, même au dernier éche-
lon de la classe. L'esclave est astreint à peu de travail et il
peut assister avec voix consultative aux délibérations des
MocrounttSy sages du village ; il partage souvent la table
ou plutôt le manger de son maître, il en reçoit des cadeaux
lors de la levée de quelque impôt, et il goûte au tafia dis-
tribué lors des visites aux factoreries. Ce qui caractérise sa
situation, c'est le droit de vie et de mort que possède sur
lui son propriétaire; le droit encore qu'ace dernier de le
vendre ou de l'échanger quand bon lui semble ; enfin le
droit de le livrer pour être exécuté à sa place lorsque lui,
le maître, a encouru une condamnation à mort.
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 317
Le nombre des esclaves, dans chaque tribu, peut s'aug-
menter pour deux causes : les guerres et les procès.
Dans les guerres, les prisonniers, de quelque race qu'ils
soient, deviennent esclaves du vainqueur, ou bien ils sont
obligés, c'est un droit pour les princes, de payer leur rachat
en hommes à prix débattu. Dans les palavres ou procès, le
jugement stipule souvent que l'indemnité à payer à la par-
tie lésée le sera en esclaves, ou même, s'il s'agit de vol, que
le voleur deviendra la propriété du volé.
La traite des nègres s' approvisionnait surtout des escla-
ves de l'intérieur, soit de ceux qui provenaient de faits de
guerre ou de procès, soit de ceux dont les propriétaires
voulaient se défaire en échange de marchandises à leur
convenance. Pour les noirs, ce genre de commerce n'avait
rien que de très naturel puisque, suivant leur lois et cou-
tumes, ils ne considèrent l'esclave que comme une propriété.
Au point de vue du mariage, l«s noirs sont polygames.
Cependant leur polygamie difTère d'une manière notable
de ce qu'on désigne ainsi en Europe. Ils ont des femmes
légitimes auxquelles ils s'unissent suivant un cérémonial
particulier, et des femmes illégitimes, en quelque sorte
espèce de concubines reconnues. Les unes et les autres
s'achètent au moyen de marchandises et sont la propriété
de l'époux. Les premières, dont les enfants jouissent de
certains droits d'hérédité, sont astreintes à des obliga-
tions de fidélité que les autres ne contractent aucunement;
celles-ci sont le plus souvent exploitées au profit de la famille
ou de la communauté.
L'état de la femme légitime est assez pénible : elle a peu
de liberté et la charge de maints travaux d'intérieur ou des
champs. L'autre, suivant l'occasion ou l'opportunité, peut
améliorer sa situation ; ainsi le nombre de ses enfants,
esclaves comme elle, augmente la richesse du mari, dont
la satisfaction se traduit par un adoucissement du sort de la
mère.
318 Li. CSUnilB SÉRIDMINÂIB imMlPBIfBAin'E:
En dehors da mariage la conditîoa de la femme, pendant
toute son existence, mérite quelques détails. Fillette, elle
sait sa mère dans ses trayanx, Taide â porter ses fardeaux,
à bêcher la terre lorsqu'il 7 a plantation, et à faire la cuisine.
A.us»tôt parvenue à Tâge de puberté, c'est-à-dire, autant
qu'on paisse l'apprécier, vers 8 ou iS'ans, elle entre à la
Corn de Tinia ou maison de eouleur, ainsi nommée de
l'usage qui existe pour les femmes de s'y rendre à certains
moments de chaque lunaison pour se teindre en rouge. Là,
elle est livrée aux mafcrooesF^ aux mains desquelles elle reste
un temps plus ou moins long (en moyenne une lune), en»-
ployée sans doute à compléter son éducation de femme.
Dans cette retraite ^e doit prendre un parti, c'est-à-dire
décider si elle vent se marier.
De nombreuses influences interviennent généralement
pour déterminer sa décision. Parfois il arrive que, sans i»*é*
tendant ou plutôt sans acheteur, ou encore peut-être n'en
voulant pas accepter, elle reste complètement femme libre.
Dans ce cas die est la propriété du mari de sa mère, qui
la fait travailler pour son compte d'une façon quelconque
ou lui laisse presque entière libertéy en conservant toujours
bien entendu son droit sur les enfaoïts qui peuvent surve-
nir. A un âge plus avancé, la femme, même libre (et libre
ici doit s'entendre dans une très large acception) est sou-
vent recherchée en mariage à cause de son expérience^
surtout si elle a été employée- dans les factoreries earo-
péenes à titre de blanchisseuse ou autre, ou même seules
ment si elle a eu des relations avec des esclaves appartenaat
à des blancs.
Arrivée à la vieillesse, elle devient tout à fait misérable;
elle n'échappe à ce triste sort que si sa fécondité l'a fiSi
suffisamment apprécier, ou si elle a des enfonts en positioD
de lui venir en aide.
La vie de la femme de race noble ne diffère pas sensible-
ment de celle de la femme esclave, si les circonstances ne
LA GUINÉE MÉaiDlJaNiXE INSÉPENfiANTE. 31 &
la favorisent pas. Pour l'une comme pour rautre, la ques-
tion de la fécondité est de premier ordre, et le pouvoir
d'une pdncesse stérile sera bientôt méconnu, si elle n'a
pas assez d'intelligence et d'énergie pour conserver le pres-
tige de son rang.
Certaines princesses sont parvenues àse créer une situation
considérable : telle est celle de Moanda, qui porte le titre
de Mambotik; déjà, vieille^ elle a, sur le retour, épousé
un jeune cbef qui, remplissait près d'elle un rôle ana-
logue à celui de prince-consort. Je signalerai également la
reine d'Ambrizette qui jouit aussi d'une grande autorité.
Bien que je n'aie voulu dire que peu de mots de la
femme mariée, je ne puis passer sous silence les coutumes
relatives à. l'adultère. Ce délit n'est pas plus inconnu, au
Congo qu'ailleurs, mais il me paraît y être plus sévèrement
puni.
L'adultère peut être commis par toute femme mariée ;
cependant il existe une distinction à cet égard entre la
femme légitime et la femme illégitime.
La femme illégitime n'est considérée que comme la pro-
priété malérielle du mari ; elle n'a pris aucun engagement
de fidélité, et par suite ne peut trahir, à proprement par-
ler, la foi conjugale. Toutefois si le mari se croit lésé
dans son bien, il peut se plaindre et provoquer contre
cette femme des peines sévères,, mais lui seul, en tous
cas, a ce droit.
Pour la femme légitime, il en est autrement : la vindicte
publique peut la dénoncer et la frapper en dehors de Tac-
tion, malgré l'action du mari.
Pour la première, le mari, le maître pour mieux dire,
peut faire ce qu'il veut, la vendre, la louer ou se la réserver
absolument; le plus souvent il ne crie à l'adultère que
dans le cas où il a passé un marché dont le prix se fait
attendre. En général ce cas là finit par le règlement du prix
convenu.
320 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Mais quant à la seconde, si Taduitère est prouvé, il y va
de la vie pour la femme et pour le séducteur. Suivant
la région ou les tribus, on les enterre vifs, on les décapite
à l'aide de manchettes ou bien soit encore, comme à
Binda sur le Congo, on les précipite d'une sorte de roche
tarpéienne surun autre rocheroù j'ai pu voir des ossements
de supplicié. Parfois enfin on les cloue à des baobabs où
leurs crânes longtemps suspendus demeurent comme un
salutaire enseignement pour la postérité.
Chez nous, notons-le en passant, avant 89, l'adultère
était aussi puni de mort.
Un mot encore sur la femme noire ; une femme légitime
étant au bain aux regards des blancs ne doit pas se laisser
voir nue ; dans toute autre situation, au milieu d'un village
par exemple, particularité remarquable, le fait n'aurait pas
la même importance. En voyage, à l'approche des gués,
les porteurs de mon hamac ne manquaient pas de crier de
toutes leurs forces, et cela quelquefois à un kilomètre de
distance, à plusieurs reprises : Muîidelé H Kouisaî MundeU
H Kouisatt ce qui signifie : le blanc approche! le blanc
approche ! ! Cet avertissement donnait aux femmes qui pou-
vaient se baigner aux environs le temps de sortir de l'eau,
et de se couvrir au moins partiellement.
J'ai donné une idée de l'individualité de l'homme et de
la femme : je passe maintenant à l'ensemble de la famille,
à l'enfant, à l'héritage.
La famille ! le mot est-il bien approprié? peut-on quali-
fier ainsi les liens qui rattachent les uns aux autres les pa-
rents ou les alliés, les maîtres et les esclaves, lorsque l'affec-
tion ou tout autre sentiment n'y entre pour rien? lorsqu'en.
fin le mobile de rapprochement n'est autre que l'intérêt
ou Tinstinct animal qui fait vivre l'espèce humaine en
agglomération? Le père noir considère surtout ses enfants
d'après ce qu'il peut en tirer, de ce qu'ils peuvenllui rappor-
ter. Us ne sont jamais trop nombreux. Il les distingue en
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 321
enfants du yentre », c'est-à-dire de ses œuvres, « et enfants
de marchandise », c'est-à-dire des œuvres de ses esclaves
entre eux, ou enfants directement achetés, mais tons se
confondent dans la supputation de sa fortune ; de là des
familles, puisqu'il faut adopter le mot, mais des familles
infinies, que ne tient unies aucun lien d'affection.
Les onfants de u marchandise » reçoivent généralement de
leur premier propriétaire des sortes de noms patronymiques
indiquant la provenance, noms qu'ils conservent toujours
et qu'on retrouve çà et là disséminés, parfois à de grandes
distances.
L'affection même de la mère pour les enfants n'est pas
exactement la môme que parmi nos races européennes
et, à de rares exceptions, elle n'est comparable qu'à celle
de la chienne pour ses petits. La mère allaite son enfant>
et guide ses premiers pas ; aussitôt qu'il commence à
être à même de pourvoir à sa nourriture, c'est-à-dire de
ramasser du manioc ou de rendre quelque service, elle ne
s'en occupe presque plus.
La seule éducation que reçoive l'enfant est celle que peut
donner l'exemple ; or, avec les habitudes de fainéantise et
d'ivrognerie des adultes, on peut s'imaginer combien elle
est pitoyable.
Contrairement à nos lois, l'hérédité, assez illusoire quant
à la propriété, mais très importante quant au rang, s'établit
par les femmes. Ainsi, c'est le fils de la sœur du roi
qui est l'héritier de la couronne, du pouvoir ou de la
suprématie, et si le roi n'a pas de sœur, cas excessivement
rare, on doit remonter à la souche par des ascendants
féminins.
L'établissement de cette voie héréditaire fait que le noir
place la maternité au-dessus de la paternité; la trace maté*-
rielle est tout pour lui : l'indice n'est pas le mariage, il
est l'enfantement.
Bien que ce mode adopté pour les successions ne paraisse
soc. DE GÉOGR. — OCTOBRE 1880. XX. — 21
322 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
pas devoir laisser place à contestations, cependant bien des
difficultés surgissent encore.
Y a-t-il dans ces pays des croyances qui méritent le nom
de religion? Je ne crois pas qu'il contienne d'appliquer,
avec le sens absolu que nous lui donnons, cette définition à
Tensemble des innombrables superstitions sans coordina-
tion possible que Ton rencontre à chaque pas. Pourtant ii
parait y avoir une notion très vague, reléguée au dernier
plan, d'an être supérieur, d'une puissance occulte, qu'on
appelle généralement le zambi. Encore me senable-t-il qoe
cette notion si vague n'a point existé'de tout temps^ et
qu'elle est due seulement à ce que les indigènes de la côte
ont pu entendre dire aux blancs qui les ont fréquentés. Ce
zambi serait plutôt le nom générique attribué à toute con-
ception de génie, d'esprit, à toute conception métaphysique
enfin, à qui le noir prête quelque pouvoir sur le monde
matériel.
Tout d'abord chaque individu a ses superstitions person-
nelles ; l'un a vu dans une circonstance dangereuse, dans
une rixe, tel objet qui a frappé son imagination et auquel
il attribue certaines vertus ; pour l'autre, diverses coïnci-
dences lui ont donné lieu de reconnaître certain génie,
bienfaisant ou malfaisant, dont il croit voir la manifes-
tation matérielle sous la forme d'arbre, de roche, etc.,
telle est la pierre du fétiche sur la rive gauche du Congo,
près de N'Boma, que j'ai déjà signalée en esquissant le
cours du fleuve ; tels sont aussi des cailloux, des griffes de
tigre, voire des bouchons de carafes : ces objets devi^nent
des fétiches ou talismans.
Les plus petits sont logés dans des cavités, fermées à
Taide d'an morceau de miroir scellé et prmtiquées daos/e
dos ou dans le ventre de figurines d'êtres ou d'animaQ^
bizarres, ou simplement dans des calebasses. Si le féticbe
est portatif on le porte sur soi en voyage, vêtu alors, en
quelque sorte, d'une telle quantité de lambeaux d'étoffes
tk 6CINÊE MÉRIDIONALE 1?U^ÉPENDÂNTE.. 323
diverses, qu'il en résuite comnae un énorme plumeau sus-
pendu sous le bras ou sur la poitrine à l'aide d'une ban-
doulière passée à l'épaule ou au cou.
L'usage ireat aussi que l'on ne puisse prendre de taôa ou
de liqueur sans y faire participer le ou les fétiches qu'on a
sur soi ; il convient pour cela, à la première gorgée que
l'on boity de faire semblant de cracher sur chacun d'eux.
Ces talismans ne passent pas pour avoir seulement la
vertu de rendre heureux ou malheureux, de protéger contre
certains maléfices, mais aussi celle de guérir ou de préser-
ver de différentes maladies.
D'autres fétiches plus grands, logés dans des statues d'un
transport difficile, peuvent être assimilés aux anciens dieux
lares ; ils restent, ceux-là, dans le coin des chimbèques, où
on les orne de toutes sortes de vieux débris, de perles, de
verroteries, etc.
Enfin il y a les n'âoké^ fétiches assez importants pour
occuper une case spéciale et confiés alors à la garde de
sortes de prêtres appelés ganga zambiy qui sont réputés
avoir seuls le moyen de les faire parler.
Ces fétiches, qui sont de toutes tailles, de toutes formes,
passent soit pour savoir découvrir les coupables en cas de
crime, soit pour tenir entre leurs mains le sort des armes,
soit pour disposer de la pluie, soit enfin pour répondre à
toutes les demandes qui peuvent leur être adressées.
Ce serait une erreur que de les confondre avec les idoles
du pi^anisme ; aucun hommage ne leur est rendu, ils ne
sont l'objet d'aucun culte ; après les avoir consultés on'ne
s'occupe plus d'eux. Peut-être pourrait-on les comparer
aux augures, car le meilleur moyen, paraît-il, de se les
rendre favorables consiste à offrir des cadeaux plus ou
moins importants aux gangas ^ j'ai vu de ces CîonsuUations^
j'ai même dû y recourir à Toccasiou d'un vol, et voici, en
général, comment les choses se passent.
On commence par offrir au n'doké qu'on veut invoquer.
324 Là CUIKÉE ■ÊUDIOHIXK iJ>UÉflUII»AHTB-
par rintennédiaire da fétichear, oa plas simplement an
féticheor lai-mèmey car celai-ei n*j regarde pas de si près,
une oa plusieurs pièces de tissa et da tafia, accompagne-
ment inséparable, à la côte, de toate cérémonie et de toute
afiaire»
On est admis alors à planter an clon plas oo moins grand
dans la statae oa statoettCt pendant qae le ganga formule,
on que voas formulez vous-même votre demande ou tos
désirs.
Lorsque la question a trait à une maladie, c'est le ganga-
milongOy espèce de médecin, qui répond ; si la question est
d'ordre supérieur, c'est le ganga-zambi, véritable augure,
qui interprète la réponse du n'doké.
La cérémonie, dans ce dernier cas, a un caractère
étrange : le ganga, revêtu d'un costume spécial, tatoué de
façon particulière et bizarre, aussi effrayante que possible,
paraît être sons l'inspiration du n'doké.
Tour à tour il roule des yeux furibonds, se livre à des
contorsions violentes «u paraît abattu; enfin il prononce
sa sentence. Ce n'est plas même l'augure, c'est, sous une
forme grossière, la sybîUe antique et ses paroles, comme
des oracles, peuvent déterminer des meurtres ou des crimes,
car il est, la plupart du temps, influencé soit par ses prédi-
lections, soit parla perspective de quelque bénéfice quand
il est consulté par deux partis.
J'ai dit que j'avais dû recourir au n'doké, si plaisant que
cela paraisse. Je dois ajouter que celui qui a la vertu de
découvrir les voleurs, le mabiale mandembo, dont il y a
plusieurs exemplaires à la côte, est souvent fort utile aux
résidents européens.
Ce n'est pas assurément que le fétiche ait une réelle vertu,
mais, si l'on fait convoquer devant lui les noirs soupçonnés,
il est rare qu'au moment oti l'on plante le clou de rigueur,
le visage du coupable ne se décompose et ne le trahisse,
tant est grande la superstition dont ce fétiche est l'objet.
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 325
Quelquefois même le ganga, très physionomiste, devine
le coupable si calme qu'il affecte d'être, ou bien il soumet
les accusés à des épreuves telles que celles du couteau
rougi au feu qui, appliqué sur le mollet, ne brûle que le
coupable, ou celle de l'anneau plongé dans l'huile bouil-
lanle que les innocents peuvent seuls repêcher impuné-
ment.
C'est à ce dernier ordre d'idées que se rattache la terrible
exécution de la casca, mot portugais passé dans la langue
fiotl^ où il a remplacé le mot rCbôndou^ usité anciennement
et qui signifie écorce.
La casca est en effet Pécorce d'une variété de strychnos ;
pulvérisée, elle est préparée en breuvage doué d'une pro-
priété toxique au plus haut point.
Là, comme dans les autres cas, le ganga joue un rôle
important et tout aussi peu impartial, car le résultat favo-
rable appartient toujours sans contredit à ceux qui le
paient le mieux ou qui l'influencent le plus adroitement.
La casca s'administre à différentes doses et, pour plu-
sieurs motifs, à des accusés de crimes capitaux.
Si quelqu'un dans un village vient à mourir prématuré-
ment, subitement ou d'une maladie inconnue ou rare, le
fait paraît insolite à ces natures incultes. Pour elles, il faut
qu'une puissance surnaturelle ait été invoquée par quelque
ennemi du mort, qu'il lui ait «jeté un sort », selon l'expres-
sion vulgaire. Pour trouver cet ennemi, on s'adresse au
grand fétiche, et les gangas doivent arriver à la découverte
du coupable sous peine de perdre leur crédit.
Us se livrent alors à des incantations, recueillant pendant
ce temps tous les bruits qui se répandent, toutes les dénon-
ciations qu'on leur apporte fondées ou non, tout en ayant
garde, bien entendu, de ne pas perdre de vue, leur intérêt.
Ws, suffisamment édifiés, je ne dis point éclairés, ils dési-
!• Langue indigène.
1
326 LA GUINÉE MËRIDIOIfALE llfDÉPENDAMTE.
gnent un ou plusieurs individus qu'ils savent plus particu-
lièrement voués à la vindicte publiqua
Mais les gangas, dans ce cas-i&, ne prononcent pas de
condamnations à mort ; ils s'en remettent à une sorte de
jugement de Dieu oîi la casca décide.
S'agit-il d'accusations graves entre deux individus et de
rimpossibilité de découvrir de quel côté sont les torts, tous
deux doivent prendre la casca en commun; il va sans
dire, alors, que le survivant a raisou.
La casca enfin est aussi administrée d'office, et à dose
infaillible, à des criminels parfaitement reconnu?.
Cette écorce a des propriétés toxiques variables ; très
diurétique à petite dose, elle n'agit, assure-t-on, que sur la
vessie en produisant une abondante évacuation.
Le dosage est, par suite, l'art du ganga : il doit savoir
proportionner la dose au tempérament du patient qu'il veut
faire échapper à la mort.
Le spectacle d'une de ces exécutions est réellement
horrible.
Le patient, amené au poteau devant la population assem-
blée, prend le breuvage que lui tend le féticheur. Coupable
ou non, soit courage, soit bravade, soit résignation, soit
enfin parce qu'il a lieu d'espéi*er que la dose ne lui sera
pas mortelle, tout noir subit d'un air calme cette pre-
mière partie du supplice. Peu après apparaissent des trou-
bles généraux dans l'organisme, la peau change de couleur
et se contracte, le corps se convulsionne et la foule suit
avec anxiété cette marche de Tempoisonnement.
Enfin révacuation s'opère ou les souffrances apparentes
deviennent si vives, que l'issue du supplice n'est plus dou-
teuse. 11 arrive abrs que la foule sans attendre le coup de
gr&ce du ganga, se rue sur la victime en huilant comme une
troupe de fauves, et en un instant, le corps du malheureux
est haché, lacéré, mis en pièces.
Ainsi va la justice dans ces pays-là !
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 327
La Câsca n'est pas le seul mode d'exécution judiciaire ;
j'en ai nommé déjà quelques autres à propos de l'adultère,
notamment la décapitation et Tenterrement vif.
Je dois ajouter là section des doigts ou du poignet, et
l'empalement qui se fait non avec le pal des mahométans,
mais avec des pieux en bois très aigus et très gros.
Ce dernier supplice est surtout employé lorsqu'on veut
que la trace en subsiste longtemps, comme dans le cas où
une exécution doit sceller une convention.
Ainsi, à Landana, en 1870, après une guerre de quelque
durée entre des tribus, deux esclaves scellèrent de la sorte
une promesse de paix, qui n'en fut d'ailleurs pas mieux
tenue pour cela.
Dans toutes ces exécutions apparaît l'intervention des
fétiches et de toutes les pratiques superstitieuses avec leur
barbarie ; mais celle de la casca est la plus fréquente. Il
est à remarquer que c'est la femme qui montre, dans le
dernier acte, le plus de sauvagerie ; c'est elle qui s'acharne
le plus sur le cadavre du condamné, soit quelle ait plus de
foi dans la justice qui parait éclater, soit que ses instincts
cruels trouvent là une occasion de s'assouvir en toute
liberté. (A suivre).
DE PETROVSK A ASTRAKHAN
DErBT-FAATy LE TOLGÂ, LES KALMCCKS
Septembre 1878.
Arri?és à la rade, près de rembouchore da Yolga, dans
la mer Caspienne, les bateaax maritimes s'arrêtent. A cette
limite cesse lear service et commence celui des vapeurs.
Ce point est nommé Devet-Paat (neuf pieds), dénomina-
tion qui indique la profondeur de la rade en cet endroit
Devet-Faat est le point central pour le chai^ment et le
déchargement des barques fluviales qui entretiennent les
communications entre Astrakhan et la mer Caspienne. Il
règne beaucoup d'animation à Devet-Faat. Grand nombre
de bateaux s* y croisent, échangeant les cargaisons venant
de la Perse et du Caucase pour celles de l'intérieur de
Russie à destination de ces pays. Les barques sont remor-
quées par de petits navires à vapeur jusqu'à Astrakhan, où
es produits venant de la Perse sont débarqués à la douane
et ceux du Caucase au quai du Volga. De là, pour remonter
le fleuve, les marchandises sont transportées sur d'autres
barques plus grandes appartenant à différentes compagnies.
La compagnie dite o Mineure et Caucase », la première en
ligne, possède des bateaux pour le service des passagers,
des remorqueurs et des navires, système américain, pour
passagers et marchandises. La société « Volga», créée en
1843, a des remorqueurs et fait le service des passagers sur
le Volga. La compagnie a Samalet », entre Astrakhan, Tver
et Perm,sur la Hama, transporte des passagers et principa-
lement des colis légers. La « Droujna » a, sur la Caspienne,
DE PETROVSK A ASTRAKHAN. 329
des navires à voiles pour le transport du pétrole, deux petits
bateaux à vapeur allant en Perse, plusieurs barques et
remorqueurs, le tout pour marchandises. La compagnie
« Lébed » fait le service sur la mer Caspienne et le Volga
pour le transport des marchaudises. La société dite « Sys-
tème Américain », porte sur ses grands bateaux passagers
et marchandises jusqu'à Nijni Novgorod.
Outre les navires appartenant aux six Compagnies men-
tionnées, un grand nombre de bateaux remorqueurs, pro-
priété de divers armateurs, arrivent et partent journellement
de Devet-Faat chargés de poisson, sel, pétrole, farine, etc.
La concurrence entre ces différentes Compagnies et les ar-
mateurs est très grande.
Devet-Faat représente le point de transport entre l'Europe
et l'Asie. Là passent aussi les produits des pêcheries avoi-
sinantes dont l'extension est énorme, principalement en
harengs et poissons secs. Il se trouve à Devet-Faat plusieurs
barques sur lesquelles sont établies des maisons où résident
les employés des diverses Sociétés nommées ci-dessus et de
la douane. Ces barques forment unie petite ville flottante
entre la Caspienne et le Volga, souvent ballottée par les
vagues de ces eaux. L'arrêt du bateau à vapeur à Devet-
Faat est, pour celui qui ne peut se vanter d'être bon marin,
un moment de satisfaction. La conscience qu'il va naviguer
plus loin sans ressentir les tourments d'une traversée sur
mer lui apparaît comme une réconciliation avec les ondes.
Aussi est-ce gaîment qu'il emménage sur la barque spacieuse
où, sans être incommodé ni par le bruit de la machine à va-
peur, ni par les vagues de la mer, il va passer une partie du
jour et une nuit tranquille jusqu'à Astrakhan. L'arrivée à
Devet-Faat ne manque pas d'intérêt, tant par l'animation
qui y règne que par la nouveauté du spectacle que ce lieu
présente. Le nombre des navires dans la rade, près de
chacun desquels se traînent barques et remorqueurs, la
population de porlefaix, d'ouvriers occupés à charger et
3B0 DE PETIOTSK A ASTRÀKIIA5.
décharger de riin sur Taolre les innombrables colis de
marchandises, la diversité des types dont cette armée de
tra?ailleors se compose, forment un ensemble d'une origi-
nalité qu'on rencontrerait rarement ailleurs. Ici un ne voit
plus le costume guerrier du Caucasien coiffe du haut IajmkA
qui donne à sa physionomie Taspect farouche, cadrant avec
les armes dont il est porteur. La mise de la peuplade ici est
toute différente de celle de ses frères montagnards. La plu-
part portent une longue blouse en toile blanche, un cha-
peau de même couleur en feutre, à larges bords, en forme
de cône. D'autres ont pour coiffure un bonnet rond garni de
peau de mouton noir (nommé en Europe de Vastrakhan).
Quatre races surtout se distinguent parmi ces hom-
mes, ce sont : le Tatar, llndien tatar, le Kirghis et le Kal-
muck. Les Tatars sont, pour ainsi dire, les indigènes du
pays. Venus de Chine avec Gengis Khan au douâème siècle,
ils fondèrent le royaume du Kaptchak, entre le Dniester et
TEmba. Quoique passant pour être de la race mongole, le
Tatar ne ressemble pas au Ralmuck, dont l'origine est delà
même famille. Les Tatars font dériver leur nom d'un fleuve
voisin de la province du Mongol habitée par eux jadis. Le
plus grand nombre ici sont cultivateurs.
Les Tatars indiens, plus actifs qu'eux, sont peu nombreux.
Lorsque les Indiens eurent le commerce d'Astrakhan en
main, ils s'allièrent à des femmes tatares. De là le métis
indien4atar, dont le type se rapproche de l'Européen.
Les Kirghis, descendants des Turcomans, peuplent les
steppes de la rive gauche du Volga. Depuis le mois de
juin 1876^ les steppes des Kirghis font partie du gouverne-
ment d'Astrakhan. Avant cette époque, elles dépendaient
du gouvernement général d'Orenbourg. La peuplade Kir-
ghise s'élève au-delà de deux cent mille âmes, disséminées
sur un terrain mesurant sept millions de déciatines '; no-
1. Dédaiine ^x. 109, iô mètres carrés.
DE PETBOVSK À ASTRAKHAN. 331
made comme la kalmucke, cette peuplade ne lui ressemble
guère de caractère. Le Kirghis est plus avancé en civilisa-
tion queleKalmuck; vif, belliqueux, il offre de la résistance
là où le Kalmuck se soumet.
Les Kirghis on fait déjà un pas vers la demeure stable,
car, en hiver, un grand nombre d'entre eilx vivent dans de
petites maisons ou cabanes, nommées Zemlianka^ con-
struites en terre glaise. En été, ils s'abritent sous des
tentes {kihitka)^ de môme que les Kalmucks, et sont pas-
teurs comme eux. Les Tatars, les métis (indiens-tatars) et
les Kirghis sont mahométans de la secte sunite. Les Kal-
mucks (idolâtres) sont Lamaïtes; ils professent la religion
du Thibet. Leur chef ecclésiastique est nommé Dalaï-Lama;
leur clergé se divise en quatre classes, les Baktchi, Ghellem,
Ghetzul, Manghik. Ces noms correspondent à des grades
ecclésiastiques. Les Lamaïtes croient à la métempsycose. Le
clergé lamaïte est voué au célibat. Les Kalmucks nomment
leur temple Swm^ ou Ghouroul^ (lieu de prière). Le nombre
des Kalmucks s'élevait au-delà de cent seize mille dans le
gouvernement d*Astrakhan en 1876. Cette population est
sous la dépendance du ministère des biens de la couronne.
Elle occupe sept millions trente-deux mille quatre cents dé-
ciatines de terre. On compte deux hommes et deux femmes
par kibitka. Chaque tente paie une contribution de
sept roubles quatorze kopecks par an au propriétaire du
terrain sur lequel elle est établie, ce qui forme le revenu
de celui-ci. La population masculine des kalmucks est plus
nombreuse que la féminine. La statistique donne un surplus
d'à peu près douze mille. Les hommes vivent plus long-
temps que les femmes ; ils travaillent peu et celles-ci beau-
coup. Ceux qui sont employés aux travaux des Whathaya
(établissements de salaison) et aux Jromyssel (pêcheries de
1. Sumé est le temple construit de pierre ou bois. — Ghouroul est la
kibilkd où se fait le service religieux. Le premier sert pendant l'hiver;
Tété les objets du culte sont transportés sous les tentes.
332 DE PETROYSK A ASTRAKHAN.
poisson), meurent plus tôt, étant souvent exposés à Thu-
midilé et au mauvais temps. De taille moyemie, le teint
basané, les yeux foncés et de forme oblique, le nez
aplati, les pommettes saillantes, le front étroit, les dénis
blanches, de beaux cheveux noirs, tel est le type des
Kalmucks, qui se ressemblent tous entre eux. Ces nomades
quittent leurs quartiers d'hiver vers la fin du mois de fé-
vrier ou au commencement de mars, peuaprèsla fête du prin-
temps, nommée par eux Tzagann-Sar (lune du mois blanc).
Cette fête se célèbre par des jeux, des luttes, des courses à
cheval, auxquels les femmes prennent part. Fin août ou en
septembre, ils reviennent au lieu choisi pour la mauvaise
saison, où le bétail trouve sa nourriture. On évalue le
nombre de leurs troupeaux, chevaux et chameaux compris,
à environ un million huit mille neuf cents têtes. Dans
les steppes éloignées du Volga, oh Teau manque, les no-
mades creusent des puits d'une sagène et demie à trois
sagènesde profondeur*. En hiver, ils boivent la glace fondue
des étangs. Dans quelques steppes peuplées par les Kalmucks,
le gouvernement a tenté la plantation d'arbres fruitiers et
autres. Cet essai, fait de 1846 à 1862, ne répondit pas à
Tattente : une somme de cent trente mille roubles ' fut
employée à cet effet; la plupart des arbres périrent, ils ne
resta que ceux qui étaient acclimatés au pays.
Les Kalmucks sont originaires d'une province de la Mon-
golie, située au nord de la Chine et nommée Sungarie*.
Ce pays formait un État ayant un chef. Plus tard (1760),'
cette province fut annexée à la Chine. A la fin du quator-
zième siècle, trois branches de cette province formèrent
une alliance nommée Oyrat, dont leschefs portaient le nom
i. 1 sagène = 2m, 133.
2. 1 rouble = 4 francs.
3. Sungari signifie, en Mongol, côté gauche. Tributaire de la Chine,
cette province reçut ce nom parce qu*en temps de guerre les soldats ve-
nant de là formaient le flanc gauche de Tarmée chinoise.
DE PETROVSK A ASTRAKHAN. 333
de Taïcha. Les rapports de la ligue Oyrat avec les Russes
datent de 1618*. A. cette époque, le chef ayant mécontenté
les No^ones (nobles du pays), ceux-ci, d'accord entre eux,
s'adressèrent au gouvernement russe afin d'obtenir l'autori-
sation d'éraigrer dans le pays. Il leur fut permis de s'établir
dans les steppes au sud de la Sibérie, et ils devinrent par
là [sujets moscovites. A cette division de leur race, les
Kalmucks, dit-on, doivent leur nom, les Tatars ayant
nommé ceux qui avaient déserté le pays Kaltnaklis ou
Kalmak, ce qui, dans leur idiome, répond à séparés. De là
le nom deKalmuckouKalmyck donné aux Mongols habitant
les steppes delà Russie.
Dans la suite un des Taïcha, nommé Ghourluk, s'avança
avec une nombreuse population (50 000 kibitkas), aux
confins de la Russie d'Asie, aux bords des fleuves Obi,
Irtysch et Tabol, pour échapper aux poursuites de ceux de
sa race. Plus tard, ils avancèrent encore, pénétrant jusqu'au
sud de la Russie, dans les steppes, entre les bords de
rOural et de l'Emba, puis vinrent (1632) le long du Volga
et de l'Actouba dans les steppes adjacentes à ces cours d'eau.
Le gouvernement russe, mécontent d'abord de cette
prise de possession de terrain, comprit que ces bandes ser-
viraient de barrière contre d'autres invasions m6ngoles et
les laissa sur le territoire dont elles s'étaient emparées. Mais
la Russie fut trompée ; car, au lieu de former un rempart,
cette horde de sauvages dévasta elle-même le pays, et le
gouvernement fut forcé d'envoyer une armée contre elle.
En 1655, le Taïcha, fils de Ghourluk, envoya un ambassa-
deur à Moscou, promettant de respecter le pays, et la paix
fut conclue. En 1661, les Kalmucks fournirent des hommes
1. Ces trois branches mongoles portaient les noms deTchoros, Khaït,
Klochot. A elles se joignit une quatrième peuplade nommée Targhoo ut;
cette ligue de quatre, nommée Derbet Oyrat, était régie par des Taïcha
(chefs) principaux, qui en avaient sous leurs ordres d'autres nommes
Notone.
334 DE PETROVSK À ASTRAKHAN-
à Tarmée russe guerroyant avec les Tatars de la Griinée,
commandés par leur K)iaD.
En 1721, après la mort du Taïcba qui avait reçu» en 1690,
le titre de Khan, du chef suprême de Téglise Laïte, le Dalaî
Lama du Thibet, eurent lieu des querelles qui dégéné-
rèrent en guerre civile, plusieurs se disputant ce titre. Pour
y mettre lin, le gouvernement russe choisit depuis lors les
Khans Kalmucks. La liberté dont ils avaient joui jusqu'alors
en Russie y augmenta la population asiatique» mais les in-
trigues de ceuxquibriguaient le pouvoir eurent un effetcon-
traire. L'un d*eux répandit de faux bruits, avertissant la
bande que la Russie allait reprendre une partie du terrain
cédé, et que les Kalmucks, à Tinstar des Cosaques, seraient
contraints au service militaire. Ces rumeurs avaient pour
but de faire pariir un grand nombre de Kalmucks et^ avec
l'aide du clergé, celui qui les avait ébruitées voulut prendre
la place du Khan choisi par le gouvernement russe. 11 s'en
suivit qu'un grand nombre s'en retournèrent en Mongolie
(1771), dans la province d'où ils étaient venus, et qui,
depuis 1760, faisait partiede l'empire chinois. Les Kalmucks
ignoraient cette circonstance et croyaient revenir, dans un
état indépendant; mais très peu de ces malheureux revin-
rent à Sungari; la plupart moururent en route, les autres
s'établirent dans les cantons voisins. Il ne resta plus alors
en Russie qu'environ 13,000 kibitkas sur la rive droite
du Volga. Ce furent ceux qui n'avaient pu rejoindre les
fuyards, le Volga n'étant pas gelé cet hiver là et les bateaux
manquant. Après Témigration des Kalmucks, le gouverne-
ment russe abolit le titre de Khan, ne voulant plus de roite-
let des steppes.
Les terres qui avaient appartenu aux émigrés furent
partagées entre les Noïones (chefs) sur lesquels les Taïcba
avaient droit de vie et de mort. Ce titre aussi fot aboli el
avec lui fut affaibli le pouvoir des Kalmucks sur la lande. Pen
à peu d'autres prérogatives furent enlevées aux Mongob
DE PETROVSK À ASTRAKHAN. 335
établis en Russie ; ils tombèrent désormais dans un état de
dépendance complète. Actuellement les Kalmucks forment
des groupes liés entre eux par des alliances de famille
nommées Khotane.
Plusieurs Khotane forment un Aïmak ; plusieurs Aïmak
une Anghi; (tribu) un assemblage de plusieurs Ânghl
compose un ensemble nommé Oulaus. Toute la population
kalmucke en Russie est divisée en sept Oulaus*, dont cinq
appartiennent à la couronne et deux aux propriétaires
nommés Noïones^, dont la noblesse n'est pas reconnue.
Chaque Oulaus est administré par un employé russe
nommé curateur; lé chef des sept curateurs des Oulaus
porte le titre de grand curateur en chef du peuple Kalmuck.
Ce fonctionnaire habite Astrakhan et a le rang de général.
Chaque Oulaus choisit un délégué national ; ce représentant,
remplacé tous les trois ans, porte le nom de Badogtcheï; sa
charge est de sauvegarder les intérêts des Kalmucks dans
toute affaire de transaction commerciale.
Les Russes ont divisé la nation kalmucke en quatre classes :
D'abord les NoïoneSf propriétaires, qui reçoivent la con-
tribution des kibitkas sur leur territoire, revenu nommé
albane en idiome kalmuck.
Les Noïones sont considérés comme suzerains par ceux
qui habitent leur territoire^ ceux-ci se considérant en quel-
que sorte leurs vassaux. Ils ne peuvent se détacher de TOu-
laus qui leur appartient. L'État ne reconnaît pas les
Noïones comme nobles; ils ne gagnent ce titre qu'en
entrant au service du gouvernement.
La deuxième classe est celle des Zaizangs : ils représentent
1 . Oulaus est généralement employé par les Russes, mais les K^tlmucks
désignent ce nombre de famille sous le nom de Rouiouk. Ceux auxquels
rOulau» appartient portent le titre de Beignears;en russe, \& nom d'Où-
laus se traduit par propriétairet et il faut distinguer entre celui-ci et
l'autre, désigné par les indigènes sous le nom de Noine.
2. Descendants de ceux qui sont restés sur la rive droite da Volga.
336 DE PETROVSK A ASTRAKHAN.
la noblesse kalmucke pour ce peuple. Les Russes les consi-
dèrent comme bourgeois. Les Zaïzaogs forment deux caté-
gories : la première comprend les fils aînés qui reçoivent en
héritage un aïmak^. Dans la seconde catégorie sont classés
les cadets de famille qui ne possèdent pas d'aïmak. Le
droit d'ainesse est respecté parmi les Kalmucks.
La troisième classe est formée parle clergé, qui est tout
puissant.
La quatrième est celle du peuple.
Les Kalmucks font une division très originale de leurs clas-
ses : les Noïones^ les Zaïzangs et le clergé représentent pour
eux le sang bleu des Sanckes nobles. Ils sont nommés Os
blancs ', tandis que le peuple est connu sous la dénoniina-
tion d'Os noirs '. C'est une injure, de dire à une personne
de distinction, qu'il a des os noirs ou qu'il est Kalmuck noir.
Lorsqu'un prêtre est dégradé, il devient un noir. Le peuple
donne le titre de seigneur aux Noïones. A ses yeux, ils
n'ont pas perdu leur prestige. Il ne reste que deux Noïones
dans le gouvernement d'Astrakhan: le descendant des
Tumènes et celui des Tundous. L'Oulaus du premier est
nommé Khochaoud, celui de l'autre petit Derbet
Ainsi s'éteignent peu à peu les familles puissantes parmi
les Kalmucks. Le territoire cédé revient au gouvernement
qui reçoit Yalbane des cinq grands Oulaus qui n'ont plus
de seigneurs.
Pour celui qui s'achemine dans un pays qu'il ne connaît
pas et afin de ne pas y arriver ignorant totalement ce qu'il
va y rencontrer, il est utile de se familiariser autant que
possible aux nouveautés qui l'attendent. La vue des Kalmucks
à Devet-Faat explique donc cet aperçu de l'histoire des
Mongols qui peuplent les steppes du Volga.
1. Un aimak est un assemblage de familles payant la contribuliun
pour les kibitkas.
2. Os blanc, sagan jassane.
3. Os noir» gara jassane.
L£S
ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE
PAR
Il y a peu de temps, cent un coups de canon résonnant
dans les gorges des Alpes centrales annonçaient au monde
un grand événement : le Saint-Gothard venait d'être percé.
Partis les uns du nord, les autres du sud, les travailleurs
des deux galeries avaient pu se donner la main. Le monde
était doté d'une nouvelle grande route commerciale.
Est-ce bien le monde qu'il faut dire? Est-ce bien le
inonde tout entier qui profitera de cette voie nouvelle?
Hélas, non !
Dans l'état actuel de rivalité des peuples, ce qui avantage
l'un nuit le plus souvent à l'autre. Entre les nations, comme
entre les individus, règne la concurrence, ce grand ressort
des perfectionnements et des découvertes. L'Allemagne
profitera plus que nous du tunnel du Saint-Gothard. Mais,
dans cette grande a lutte pour la vie > qui, en somme, est
une lutte pour le progrès, il ne faut pas s'attarder à en
vouloir à ceux qui prennent l'avance, mieux vaut s'efforcer
de les imiter et de les rejoindre.
Quoi qu'il en soit, l'intérêt universel qui s'attache à ces
grands événements pacifiques où la science a joué le pre •
mier rôle et qui n'ont pas fait couler le sang montre qu'un
esprit nouveau anime le monde moderne et qu'on y sent
toute rimportance des questions qui se rattachent à celle
que je vais traiter.
Le sujet que j'aborde est aride et vaste; d'ailleurs , on ne
soc. DE GtOGR. — OCTOBRE 1880. XX - 22
338 LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE.
se procure que fort difficilement des renseignements suffi-
sants sur les routes commerciales du globe.
L'histoire, qui nous raconte avec tant de détails la vie de
certains hommes, les faits et gestes des rois ou fainéants ou
trop ambitieux, l'histoire, qui s'étend si longuement sur les
événements dramatiques ou hideux qui ensanglantent le
chemin de l'humanité, dit à peine un mot des relations
commerciales des peuples.
Et cependant, ne sont-ce pas les intérêts commerciaux
qui forment le vrai fonds de l'histoire ? N'est-ce pas par
eux que s'expliquent et s'excusent bien des luttes dont on
ne nous a décrit, dont, peut-être^ on n'a vu que le côté
extérieur?
De quelque façon que l'on classifie les facultés de
l'homme, à quelque rang que Ton place ses besoins maté-
riels, il est incontestable que ce sont eux qui exigent le
plus impérieusement satisfaction.
Se procurer le vivre, le vêtement, le couvert, — voilà les
trois impulsions initiales et persistantes qui agissent sur
l'homme. Qu'un peuple ne se fonde et ne grandisse que
lorsqu'il s'est élevé au-dessus de la satisfaction de c&s pre-
miers appétits, cela est possible, mais il n'aurait pas pu
nsdtre si ces appétits n'eussent d'abord été satisfaits*
Ce sont donc là les grands ressorts.
Quand on y regarde de près, malgré rinsuffisance des
renseignements, on en découvre le jeu sous la plupart des
événements de l'histoire. Les guerres de débouché que sus-
citent les intérêts coomierciaux ne sont ni simplement un
mot, ni un fait inconnu pour l'histoire moderne. Dans le
passé, les mêmes mobiles ont existé.
Les Romains combattent Garthage et la détruisent Ils
luttaient pour l'empire des mers, dit l'histoire^ — Au fond,
ce qu'ils voulaient, c'était être maîtres des miises d'argent
de l'Espagne, des ports de la Sicile et du commerce de
l'Afrique que Garthage avait accaparé-
LES ROUTBS GOHMERGIALBS DU «LOBE. 33^
A répoque des Croisades, l'un des mobiles de ces expé-
ditions, c'est que Venise ne veut pas qu'on lui ferme les
routes de l'Orient.
Les thé&trales expéditions d'Alexandre, c'isst la Grèce
qui veut mettre la main sur les richesses de l'Asie. — Peut-
être arrivera-t-on quelque jour à découvrir que la belle
Hélène est un mythe, que le rapt du beau Paris cache
quelque lutte de comptoir, et que la légendaire guerre de
Troie fut une guerre de débouchés.
Quelle histoire du monde, plus vivante et plus vraie que
celle qui nous a été enseignée jusqu'à ce jour, nous donne*
raient les historiens s'ils se plaçaient à ee point de vue !
Les efforts permanents des nations pour améliorer leur
bien-être y prendraient leur véritable place. Les dévelop-
pements de l'industrie humaine y recevraient leur impor-
tance réelle, et, sans qu'il y ait toujours contradiction entre
les deux choses, au lieu de nous décrire les routes foulées
par les conquérants, ils nous montreraient celles qu'a ou-
vertes la fécondante puissance du commerce.
On peut envisager sous trois points de vue distincts le
sujet qui fait l'objet de cette notice :
1» La situation des grandes routes commerciales et leurs
déplacements successifs.
2<> Vétat et la modification des moyens de transport;
3* La nature et la succession des marchandises trans«>
portées.
SITUATION ST DÉPLACEMENTS SUCCESSIFS DES ROUTES
GOMIIERCULES*
L^examen des déplacements successifs des routes com-
merciales amène à diviser le temps écoulé, depuis Tan 1000
avant Jésus jusqu'à nos jours, en périodes ainsi quil
suit: ^ .
340 LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE,
Durée,
lo Période Gréco-Romaine (— 1000 à — 200).... 800 ans.
2» — Romaine(— 200à +350) 550
3o — Des invasions (+ 350 à 800) 450
4» — Du moyen Age (800 — 1450) 650
50 __ Des grandes découvertes (1450 à 1600). 150
0° — Moderne 280
2880 ans.
r/esl dans les plaines de l'Asie occidentale, dans le bas-
sin du Tigre et de TEuphrate, le long des côtes découpées
du golfe Persique, que la civilisation à laquelle nous ap-
partenons a pris naissance.
C'est là que se sont fondées, sur les bords des grands
fleuves, les capitales d'empires puissants disparus aujour-
d'hui.
C'est là enfin, au fond oriental de la Méditerranée, à
deux pas de cette vallée asiatique où, depuis de longs siè-
cles, vivait l'Egypte, en face de la Grèce dont la civilisation
allait briller d'un si vif éclat, que Ton peut constater histo-
riquement les premières traces des grandes routes com-
merciales.
C'est Tyr qui en est le nœud et l'entrepôt. Brillant de
tout son éclat au temps du roi David (1000 avant J. G.),
écrasée une première fois par Nabuchodonosor en 57:2
avant J. G., ruinée enfin par Alexandre au profit d'Alexan-
drie d'Egypte qu'il venait de fonder (332 avant J. G.), Tyr,
pendant celte longue existence, appelait à elle les courants
de transport qui lui arrivaient des bords du golfe Persique
et du pied même des grandes chaînes de l'Asie, pour répan-
dre sur lés rives de la Méditerranée, — Grèce, Italie, Gaule,
Espagne, — les produits de l'Orient.
Ici, et dès Tabord, nous voyons se manifester un phéno-
mène qui se reproduit dans toute l'histoire du monde :
rémigration vers 1^3ccident•
C'est vers l'occident que les Phéniciens essaiment. Ils
fondent Garthage (860 avant J. G.) sur la' côte d'Afrique,
LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE. 3 il
au point où cette côte se relève pour fermer, en quelque
sorte, avec la Sicile et la pointe de l'Italie, la moitié orien-
tale de la Méditerranée.
C'est également vers l'occident que les Grecs se dirigent.
Après avoir couvert de colonies les côtes de l'Asie Mineure,
c'est en Italie, en Sicile qu'ils se portent.
Les Phocéens, colonie grecque de l'Asie Mineure, vien-
nent en Gaule fonder Marseille (600 avant J.G.), qui fut la
rivale de Cartbage.
Avec ce mouvement, le centre de gravité de la civilisa-
lion se déplace. Après la grande lutte entre Rome et Car-
thage (200 avant J. C.), c'est à l'occident de l'Italie, contre
l'Afrique romaine, l'Espagne et la Gaule qu'il passe et qu'i
s'asseoit.
Plus tard, après un long temps d'arrêt, c'est là que nous
verrons, au fond de l'Adriatique d'une part, de l'autre^ sur
les côtes du golfe du Lion et de la mer Ligurienne, se déve-
lopper Venise, Pise, Gênes, Marseille, Barcelone, Livourne,
tous ces grands ports appelant à eux le commerce du
monde.
Le mouvement ne s'arrête pas; la pousées continue.
L'océan Atlantique est là qui barre la marche ; il faut le
franchir.
C'est alors que commence ce grand drame, le plus im-
portant de l'histoire du monde, dans l'ordre des progrès
matériels, l'ère de la grande navigation et des grandes dé-*
couvertes.
Le résultat obtenu ; l'Atlantique devenu, pour les peu-
ples modernes, comme une sorte de Méditerranée agrandie,
le mouvement cesse-t-il? Non. Les côtes orientales de
l'Amérique se peuplent, une nation forte et puissante y
grandit. Le continent qui la popte est franchi, et la civilisa-
tion se trouve aujourd'hui devant l'immense océan Paci-
fique qu'il faut sillonner.
On peut partager, avons-nous dit. en plusieurs périodes
342 LES BOUTES COMIIBIICIALES DU GLOBE.
cette marche de notre ciTÎlisation s'étendaDt progressÎTe-
ment sar les continents.
Nous avons déjà dit quelques mots de la période gréeo-
phénicienne.
Là, c'est dans la Méditerranée que se concentre le mon-
vement commercial. Tyr sur la côte d*Asie, Garthage sur
celle d'Afrique, Gorînthe en Grèce, Gorcyre à l'entrée de
la mer Adriatique, en sont les organes principaux.
Pas de grands fleuves, sauf le Nil, lequel n'a jamais joué
de rôle commercial important, qui déversent leurs eaux
dans cette partie orientale de la Méditerranée.
Sauf pour les Grecs, peut*ôtre, qui commerçaient avec
les rives du Pont-Euxin et de la mer Gaspienne, ce seul à
peu près exclusivement des voies de terre, parcourues par
des caravanes, qui apportaient à Tyr ei à Garthage les pro-
duits de l'Asie et de l'Afrique.
On suit encore la trace de celles qui, par Babylone et
Palmyre, apportaient à Tyr les produits dont s'alimentait
le commerce de cette époque.
De l'Ethiopie venaient les esclaves, l'ivoire, les éeaiUes
de tortue, les parfums ; d'Arabie, l'eneens, les gommes, la
myrrhe et l'aloès ; de llndus et du Goromandel, les toiles et
cotonnades ; de l'Inde occidentale, le girofle , le poivre,
nvoire, les pertes, Tîndigo, le bois de teck , l'acier, la
mousseline éL la soie de Chine, alors p&a connue.
On ignore, il est vrai, b direction des courants qui abou-
tissaient à Garthage, de TAfrique proprement dite, mais on
connaît du moins la route que suivaient, à travers l'oasis
d'Ammon les grandes caravanes qui loi appmtaient les pro-
duits d'Arabie, principalement le sd.
On voit qu^il y eut, entre Torigine de la période histo-
rique et rahsorption du monde par les Romains, huit siè-
cles d'une prodigieuse activité commerdak.
Les Phéniciens possédaient la mer Rouge ; ils y avaient
des ports. De 11, ils lançaient leurs navires vers l'Arabie
LES ROXrrESI COMMEïtCîALES DU OlOBE, 343
Heureuse où ils prenaient l'encens, sur les iles de Bahrein
dans le golfe Persique, si renommées par la beauté de leurs
perles; ils allaient jusqu'à Tlndus.
L'activité était encore plus grande à Garthage. Plus de
deux siècles ayant les guerres Puniques, de hardis naviga*
leurs, sortant de la Méditerranée, avaient porté sur les côtes
occidentales de l'Afrique, bien au delà du golfe du Barien,
la gloire de Garthage.
L'Espagne, riche en mines d'argent, jouait alors pour les
Carthaginois le rôle que jouèrent plus tard, pour les Espa-
gnols, le Mexique et le Pérou.
Les expéditions d'Alexandre, tout en déplaçant certains
intérêts, n'avaient cependant pas profondément altéré cet
état de choses.
L'esprit grec était civilisateur et commerçant.
2« période (200 avant J. G. ~ 350 après J. G.). — II n'en
fut pas de même des Romains. En s'emparant des terri*-
toires, ils s'emparaient aussi des routes commerciales. En
outre, s'ils laissaient aux vaincus leurs dieux, ils leur pre-
naient leurs ricbesseSf G'était une absorption du monde au
profit d'une ville unique. A la population corrompue de la
Rome des empereurs^ il fallait à tout prix du pain et des
spectacles.
Néanmoins, les Romains surent profiter des progrès ac-
complis. — Garthage servait toujours au commerce avec
l'Afrique.
A l'Époque de Pompée, les produits de l'Inde et de la
Chine pénétraient dans la Méditerranée en remontant le
cours de Tlndus, traversant la Bactriane et se dirigeant
ensuite soit sur la Syrie, soit au fond du Pont-Euxin.
Un peu plus tard, à l'Époque des Gésars, c'est parle
golfe Persique, puis, soit par Tyr et Antioche, soit par la
mer Rouge, le canal des Ptolémées et le Nil, que se faisait
le négoce de TOrient.
Nous savons que les Romains avaient établi à travers le
344 tESI ROUTES GOMHERGIALES DU GLOBE.
monde de grandes routes militaires : c'étaient probable-
ment là des voies commerciales.
Toute cette magnifique organisation devait un moment
cesser dans le chaos des invasions barbares, et nous abor-
dons la troisième période, celle qui va de Tan 350 à Tan 800
après J. G.
Du milieu du quatrième siècle à la fin du sixième, ce fut,
sur le monde romaip, un débordement incessant de peu-
plades et de hordes à demi sauvages. Ces populations tra-
çaient par leur passage des routes commerciales. Mais ce
n'était plus ici les produits qui se déplaçaient, c'était les
consommateurs qui venaient à eux pour les consommer sur
place.
Il faudrait bien des recherches et un fil conducteur qui
nous manque, pour trouver quel fut à cette époque le fonc-
tionnement de l'outillage commercial du globe. Les ports
étaient saccagés. Marseille, qui avait rivalisé avecCarthage,
fut une première fois détruite par les barbares et devait
être ravagée plus tard par les Sarrasins.
De leur c^té, les Vandales saccageaient Garthage et la rui-
naient de fond en comble.
Pendant la quatrième période, qui s'étend de l'an 800 à
l'an 1450, l'Europe occidentale retrouva an peu de stabilité
sous la rude main de Gharlemagne, et le commerce reprit
quelque essor. Rouen, Lyon, Marseille en étaient les centre
principaux. ^
Pendant la période arabe le commerce dut aussi posséder
une remarquable activité, lorsque les Maures tenaient
en leur pouvoir TEspagne et toute la côte septentrionale
d'Afrique. Mais il existe à cet égard peu de renseignements
précis.
Ce n'est qu'en approchant des Croisades que Ton trouve
sur l'histoire du commerce quelques documents un peu
certains.
Dans la période de deux cenls ans qui va du comroen-
LES ROUTES GOMMERGIALES DU GLOBE. 345
cément da douzième à la fin du treizième siècle^. le mouve-
ment maritime de la Aléditerranée prit une activité consi-
dérable.
Venise, dont Tapparition dans le monde maritime date
du septième siècle ; Pise, déjà célèbre au neuvième et qui
avait, dès lors, des comptoirs sur les côtes nord de l'Afrique
et au Levant; Gênes enfin, dont le développement remonte
aux mêmes dates, toutes ces républiques commerciales,
remuantes et actives, reçurent une vive impulsion de ce
mouvement qui emportait sur l'Orient. toutes les popula-
tions chrétiennes de TOccident.
De nouvelles routes s'ouvrirent au commerce européen,
et de nouveaux comptoirs se fondèrent. L'esprit de décou-
vertes et d'entreprises lointaines s'éveilla de toutes parts.
Des voyageurs célèbres : Rubruquis, Garpini, le Vénitien
Marco-Polo, pénétraient dans l'Asie centrale et jusqu'en
Chine, où Marco-Polo, en 1280, assista à la première émis-
sion de papier monnaie dont parle notre histoire. Tous ces
pays étaient si peu connus que les récits de Marco-Polo
furent traités de fables.
Venise accroissait ses possessions de toutes parts dans
la Méditerranée. Elle s'emparait des îles de l'archipel grec
et des côtes du Bosphore. Elle accaparait le commerce
d'Alexandrie, et sur ses flottes nombreuses qui sillonnaient
en tous sens la Méditerranée, 35 000 marins, chiffre énorme
pour l'époque, portaient partout la terreur de son nom.
Pise était alors à l'apogée de sa grandeur que Gênes de-
vait bientôt surpasser (1284).
Marseille, moins libre dans ses allures, tantôt soumise
aux rois d'Arles, tantôt soumise aux comtes de Provence,
se développait lentement, et Barcelone rédigeait le premier
code de droit commercial qu'ait eu le monde.
Mais bientôt vinrent les Turcs. Maîtres de l'Asie Mineure,
puis de Gonstantinople (1453), ils fermaient au commerce
européen la routede l'orient. Bien plus, ils se précipitaient sur
346 LE9 ROUTBS C01IllBRCIAt.ES DTT aïOiS.
rOccident, si la bataille de Lépante (1517) ne les eût arrêtés.
Toutefois, on étouffait dans cette petite Méditerranée
trop étroite pour Tactivité dont elle était le théâtre. Il fallait
au commerce de nouveaux aliments; il fallait ouvrir de
nouvelles routes : on fraya celles de TOcéan.
(Test pendant la cinquième période (1450 à 1600) que
naquit la grande navigation, que les grandes découvertes se
succédèrent.
En 1492, Colomb aborde aux îles du continent américain
et fraye la route à Amène Vespuce et à tous les conqué-
rants qui marchèrent plus tard sur leurs traces.
En 1497, Vasco de Garaa avait doublé le cap de Bonne-
Espérance, et moins de dix ans après, le grand Albuquerque
avait pris Goa et fondé aux Indes la domhiation portugaise
(1506-1515).
Enfin Magellan, en 1520, en doublant le cap Horn et pé-
nétrant le premier par cette voie dans Tocéan Pacifique,
écrivait presque la dernière ligne de ce grand inventaire
des continents.
Cependant quelques parties du monde ne sont pas con-
nues. L'Afrique centrale et de grands espaces de Tinlérieur
des deux Amériques ne sont encore que peu ou point ex-
plorés. La Chine nous est fermée, le Japon s*ouvre à peine,
d'immenses régions d'Asie sont encore mal connues. Ce-
pendant que de progrès accomplis et quel essor y puise le
commerce !
Ce ne sont plus seulement quelques produits exception-
nels qui voyagent; ce. sont les productions de toutes les
zones qui se mêlent.
Je ne suivrai pas dans chacune de ses phases ce grand
mouvement d'expansion; cela serait aller trop loin.
Les faits maritimes et commerciaux se succèdent et se
multiplient. Les Hollandais d'abord, les Anglais un peu
plus tard, les Français ensuite, se mêlent au mouvement.
La politique coloniale se fonde.
LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE. 347
Voici enfin Ja sixième période, comprise entre 1600 et
1880. — A la fin du seizième siècle les Hollandais s'em-
parent des riches îles de la Sonde, qu'ils possèdent encore,
et, moins d'un demi-siècle après (1639), les Anglais met-
taient, à Madras, le pied sur la presqu'île du Gange oh ils
ont aujourd'hui un empire qui compte près de 200. mil-
lions d'habitants.
La France ne fut pas sans prendre part à ces mouvements.
En 1534, Jacques Cartier explorait la baie du Saint-Lau-
rent; l'un des lacs du bas Canada porte encore le nom de
Champlain, qui fonda Québec en 1608.
La Louisiane, explorée plus tard, en 1682, par Cavelier
de la Salle, a conservé le nom qu'il lui donna en l'honneur
de Louis XIY, mais ne possède plus les établissements qu'il
V fonda.
Enfin Taction française s'étendit aussi à l'Afrique, à Bour-
bon et dans la mer des Indes.
A partir des grandes découvertes espagnoles et portu-
gaises, c'est à travers les océans que se tracent les grandes
routes commerciales.
Les océans voient se vider aussi les querelles des peuples
pour la suprématie des mers et la possession des nœuds de
circulation à l'entrée des mers fermées.
N'ayant pas à décrire ces grandes luttes, nous abordons
plutôt la question par un côté plus pacifique.
LES ROUTES COMMERCIALES DANS LEURS RAPPORTS AVEC L'ÉTAT
ET LE PERFECTIONNEMENT DES MOYENS DB TRANSPORT
Les premières routes commerciales étaient uniquement
des routes de terre. De longues caravanes sillonnaient le
monde connu des anciens. Mais ces transports, fort dange-
reux, étaient lents et coûteux.
On devait chercher bientôt à les rendre plus rapides et
plus fixes. C'est sur les fleuves que l'on comptait. C'est de
348 LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE.
ces « chemins qui marchent » que se servit le commerce.
Ce sont les rivières aussi qui guidèrent l'homme dans le
choix de l'emplacement des grandes villes.
Mais l'homme n'est vraiment devenu maître des distan-
ces qu'en affrontant la mer.
La lutte incessante de l'homme contre cet élément mo-
bile et perûde a servi à développer son intelligence. Il a dû
chercher à remporter la victoire sur la mer et à perfection-
ner sans cesse ses moyens de défense contre elle.
Des premières galères à rames informes qui, dit-on, ser-
virent aux Argonautes, on passa rapidement aux grandes
trirèmes, puis aux premiers navires à voile.
Le succès des transformations successives encourageant les
hommes, ils parvinrent bientôt à faire les grands trois-mâts.
Enfin, lorsque vint la vapeur, on était prêt pour l'appli-
quer aux énormes maisons flottâmes qui sillonnent aujour-
d'hui les mers.
A ces différents états des moyens de transport, corres-
pondent les différentes routes suivies.
D'abord les caravanes, qui suivent les vallées le plus long-
temps possible, puis se jettent à travers les déserts, à travers
l'inconnu.
Plus tard elles suivent les fleuves sur des barques ou des
radeaux, et, pour venir au centre commercial de ce temps,
en Asie Mineure, elles se risquent à traverser de larges
espaces d'eau tranquille, le lac Aral, la mer Caspienne.
Enfin se crée le long des côtes une sorte de cabotage ; les
routes commerciales longent les terres.
Les unes partent de l'Indus et viennent aboutir au fond
de la mer Rouge ; les autres suivent toutes les côtes de la
Méditerranée.
Les moyens de transport changent et se perfectionnent
encore ; l'homme, se voyant plus fort, devient plus audacieux,
et les routes méditerranéennes se créent en tous sens.
Bientôt celte Méditerranée qui avait été si longtemps le
LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE. 349
berceau du commerce et de la civilisation européenne n'est
plus assez grande» Elle ne sufôt plus à la soif de richesses
des hardis aventuriers qui la parcourent.
Il faut chercher une autre mer à explorer. Colomb, le
premier, se précipite à travers l'Océan, et traverse la route.
Depuis, rOcéan ^ été pacouru en tous sens, et le com-
merce a su courir jusque dans l'océan Pacifique.
Mais l'homme ne se satisfait pas facilement. Si peu que
comptent les distances en mer, elles comptent cependant ;
c'est du temps, donc de l'argent perdu. Voilà l'un des mo-
biles qui ont conduit au percement des isthmes et qui ont
causé le succès de l'isthme de Suez.
Les derniers renseignements annonçaient un passage de
30(K)000 de tonneaux de jauge de navires chargés qui al-
laient alimenter le commerce de la mer des Indes. Ce chif-
fre correspond à plus de 4 millions de tonnes de poids
dont les 3/4 sont transportés par des navires anglais.
Mais ce passage ne suffit déjà plus. De même que la Mé-
diterranée autrefois, l'océan Atlantique est aujourd'hui trop
parcouru; mais l'océan Pacifique est là. [I est peu encom-
bré, et Ton veut y courir. Aussi le promoteur du percement
de l'isthme de Suez, M. de Lesseps, a-t-il compris comme
tout le monde, la nécessité du percement de l'isthme de
Panama, qui se fera fatalement lorsque se seront apaisées
les rivalités des peuples intéressés à posséder le passage.
Bien que les lignes à grande distance soient sur la mer,
il en est aussi sur terre que, grâce aux chemins de fer, on
peut parcourir d'un mouvement continu. Plusieurs ont
4 000 kilomètres, l'une même a 5 500 kilomètres de longueur.
CHEMINS DE FER EUROPÉENS. — LONGUEUR TOTALE : 64 000 KIL.
Du Nord au Sud :
Du Danemark au détroit de Gibraltar 4000 kilomètres.
Des bouches du Rhin aux bouches du Rhône 1600 »
Des bouches de TElbe à Brindisi 3600 »
De la Baltique à l'Adriatique * 1800 »
D'Ostcnde et d'Anvers à Brindisi 2500 »
350 LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE.
Do l'Est à l'Ouest :
De Paris à Saint-Pétersbourg 3600 kilomètres.
De Paris à Moscou et à l'Asie , . 5500 »
De Paris à Odessa 4O0O »
De Bordeaux à Conitantinople , 4200 »
Des îlesOrcadesà BrtndiM 4800 »
Mais les mêmes circonstances qui se sont produites pour
les voies maritimes, tendent à se manifester pour les voies
ferrées. Autrefois on doublait les caps^ on cherchait les cols
pour y faire passer les trains; aujourd'hui on coupe les
isthmes, on perce les grandes montagnes*
Enfin, malgré ces voies maritimes et ces voies ferrées^ on
trouve encore de grandes routes de terre : en Asie, l'une
de ces routes, longue de 4000 kilomètres, sert de passage
à une valeur de 80 millions de thés et de soieries; en
Afrique il en existe plusieurs moins longues et moins im-
portantes.
Mais le chemin de fer a déjà commencé à couvrir de ses
mailles Tlnde et la Perse ; dans sa marche, hélas ! trop lente,
il atteindra bientôt la Chine.
£n Afrique on trouve des voies ferrées au nord et au sud ;
celles de Test se feront bientôt. Les routes de caravane de-
vront disparaître.
Couches successives de produits attaqués par les trans^
ports à grande distance, — Anciennement on ne transpor-
tait que les produits de haut prix soit par leur rareté,
soit par raccumulation de travail humain qu'ils nécessi-
taient.
On peut citer : or, argent, pierres précieuses, perles,
ivoire, encens, gommes, sel, tissus riches, tapis, eoieries,
thé, épices*
Aujourd'hui on transporte encore tout cela, et en outre,
des produits de plus bas prix sont venus s'y joindre.
Hier on transportait des épices ; aujourd'hui on trans-
porte du blé.
LES ROUTES COMMERCIALES DU GLOBE. 351
Pour la France, la loi du mouvement commercial sous
ce rapport est nettement visible,
COMMERCE EXTtRnSUR.
VALEURS EN
1867
1876
1878
Tonnes
8.7«4.78i
7.965
12.508.030
9.546
13.136.487
9.200
Millions de francs
Valeur argent de la tonne.. .
907f
756f
700f
On voit que le prix de la tonne était, en 4816, de 17 pour
100 inférieur à ce qu'il était dix ans plus tôt.
Il est, en 1878, de 7 pour 100 inférieur à ce qu'il était
deux ans plus tôt.
Il résulte de cet abaissement qui n'est pas particulier à
la France que l'on doit diminuer les frais du transport.
Pour les marchandises de bas prix il y a deux moyens :
Économiser le temps, et, pour cela, prendre les chemins
les plus courts,' c'est-à-dire couper les isthmes et percer des
tunnels ;
Économiser les frais, et, pour cela, employer le plus long-
temps possible le véhicule le moins cher, la mer. (ïest ce
qui pousse à perfectionner les ports intérieurs, comme An-
vers, Hambourg, Londres, Rouen et Bordeaux.
Je serais heureux si cet exposé sommaire de la question
pouvait décider quelqu'un déplus compétent à écrire This-
toire com.nerciale du mo*ide.
RAPPORT
SUR LE DéVELOPPBMINT BT L'ÉTAT ACTCBL
DES COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES
APPARTENANT AU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PDBUftUE
Monsieur le Minisire,
La commission à laquelle vous avez confié, par arrêté en
date du 30 octobre dernier, Torganisation et la classement
des collections ethnographiques appartenant au Ministère de
l'Instruction publique s'est mise aussitôt à l'œuvre, et a
l'honneur de vous faire connaître le résultat de ses pre-
miers travaux.
L'enquête à laquelle se sont livrés les commissaires leur
a montré que les collections, rassemblées par les soins des
missionnaires scientifiques du gouvernement et des deux
conservateurs provisoires, sont, dès à présent, assez
riches, assez nombreuses, assez variées, pour former un
musée public, susceptible de rendre de véritables services
et qui prendrait, tout de suite, un rang très honorable entre
les établissements de même genre que possèdent la plupart
des grandes villes de TEurope.
I
Les services qu'est appeléàrendrelemusée spécial, dont le
création est sollicitée à Paris depuis près d'un siècle, sont
de divers ordres. En effet, les collections ethnographiques ne
sont point seulement utiles à la connaissance de Tanthro-
pologie considérée sous ses faces diverses, elles contri-
RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT, ETC. 353
buent en outre, dans une large mesure, aux progrès des
autres sciences naturelles, et sont appelées à fournir des
renseignements parfois fort précieux aux économistes, aux
commerçants, aux industriels, aux artistes, etc.
L'ethnographie, prise en elle-même, est une des branches
les plus importantes de la science de l'homme. Uétude de
t outes les manifestations matérielles de V activité humaine
lui appartient en effet tout entière, et si, dans les limites
, qu'on lui assigne aujourd'hui, Thomme lui-même reste en
dehors de son contrôle, elle a du moins à recueillir et à
coordonner les observations auxquelles prêtent les groupes
ethniques dans leur vie intime et dans leurs rapports réci-
proques. Alimentation et logis, habillements et parures,
armes de guerre et instruments des travaux de la paix,
chasse, pêche, cultures et industries; moyens de transports
et d'échanges, fêtes et cérémonies civiles et religieuses, jeux
de toute sorte, arts plus ou moins développés, tout ce qui,
dans Vexistence matérielle des individus^ des familles ou
des sociétés y présente quelque trait bien caractéristique ^
est du domaine de V ethnographie.
Les innombrables documents qu'une élude aussi vaste
vient chaque jour fournir ont, à la longue, formé tout un
ensemble d'une nature spéciale, toute une science nouvellCy
d'ordre secondaire sans doute, mais ayant sa vie propre,
son but bien défini, ses limites circonscrites, et possédant
déjà des résultats acquis d'une manière bien assurée.
Maintes sciences connexes utilisent ses renseignements et
l'anthropologie en particulier, dont elle est une dépendance,
vient lui demander chaque jour de précieuses indications.
Elle l'interroge plus particulièrement sur ces grandes queS-
tions'd'origine, qui passionnent à bon droit tant d'esprits
élevés, et l'ethnographie répond, tantôt en mettant en évi-
dence d'une manière irrésistible la doctrine du progrès
continu des sociétés, qu'attestent les âges de pierre, de
cuivre, etc., dont elle retrouve presque partout la trace,
soc. DE GÉOGR. — OCTOBRE 1880. XX. — 23
354 RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉTAT ACTUEL
tantôt en démontrant par la similitude des usages et du
genre de vie, les relations premières de peuples séparés
comme les Guaranis jdes Andes de leurs congénères, par
des intervalles énormes dans Tespace et dans le temps.
L'ethnologie^ ou anthropologie descriptive complète^ à
Faide des données ethnographiques, le tableau des carac-
tères différentiels dont Tanatomie lui a fourni la première
esquisse, et il fui arrîve souvent de se servir de quelque trait
ethnographique pour instituer des subdivisions nécessaires
entre des groupes secondaires de même type physique,
comme les Papouas.
La linguistique, la mythologie, comparée, la sociologie
utilisent, de semblable manière, les documents sur Fépigra-
phie, les superstitions, etc., sans Texamen desquels ces
branches de la science de l'homme demeureraient insuffi-
samment renseignées.
Il en sera de môme de toutes les autres sciences natu-
relles.
Dans le matériel funéraire qu'un ethnographe aura
recueilli le long des côtes du Pérou, un zoologiste, M. Al-
phonse Milne Edwards, retrouvera le type oublié du cobaye
primitif; un botaniste, à l'aide des mêmes fouilles, reconsti-
tuera l'histoire de plantes utiles aujourd'hui disparues;
un minéralogiste rencontrera, sous forme d'amulettes,
dans les collections du docteur Crevaux, la véritable pierre
des Amazones^ bien différente de la roche, à laquelle on
apphque aujourd'hui ce nom *.
Le médecnaa appris de l'ethnographe à connaître le
quinquina, le curare, etc. ; le chirurgien lui a emprunté
l'acupuncture, les moxas, etc. ; l'hygiéniste tient de lui les
données à Taide desquelles il étudie IMufluence des habi-
tudes et des mœurs sur la santé des nations.
i^ Tous ces faits sont empruntés à ]'hiitoire du Muséum provisoire
d*ethno^aphie de Pju*i».
DS9 GQyUL^TXOKS ETHJ)f4>aRAPHIQtfE$. 356
Le eoiftixiarQdQt lui doit» en. nenrbre incdlculable, lea avsi-
tières alimentaires, textiles, tinctoriales, aromatiqu«&^. eU«,
que les barbares connaissaijeut avaiit nQus> at dont Tetiluio-
graphe a Le premier révélé les propriétés et l'usage : maaûoe,
phormium, rocou^ caoutchonie, santal ^ ete \
Diverses industries perSecUimnées sont sorties de Ifexa^
men des procédés tout primitifs de quelques grossiers sau-
vages-2."
Les arts industriels varieront agréaUbenoentlears modèlesr,
en étudiant les objets de tonte natuirâ décorés par les peu-
ples exotiques. Enfin Tavt lui-même, ea.se faisant ethno-
graphique^ rencontrera, parfois d'beureuseâ inspirations.
Tel est, en quelques mots, le rôle de Tetinjographie ;. tek
sont les résultats que jieut procaDerlaformatioa d'un musée
consacré à cette brancke de la science de Thomme.
Il
Les administrateurs de rancien Jardin du roi en compre-
naient certainemenM'importance, lorsqu'ils installaient dans
une salle « voisine de ceUe des squelettes » cette collection
d'nstensiles indienSyde meubles de sauvages et d^autres objets
de même nature, où Jussieu a puisé les matériaux de ce
1. Le eommeDCS d'CNjKH'tation n^est pu» moinst intéresHé- aux progrès
de l'ethnograpliie <iue. le cfmuaevce dlùn^orUtiao. La coovaisAance Qxaette
des goûts et de^ mœurs du Japon, que représente largement à Leyde le
Musée Srrebold, eût certainement épargné, il y a quelques années, bien des
diéiioiflea eu pli» d'une gctiuie maison de Pturis. Ifieirenaore, faute de ren-
seignements précis sur les objets en usage chez les Soudaniens, au Bout-
non, etc., renseignements qii'on possède au. Musée ebhnographict.ue, de
Berlin, et qui nmis font complètement défîiut, nos négociants se voyaient
daiia nwQQwibiUté de profttBC df 8> sarvio&a fue l*)exfiédHion' Flatter s étïtit
disposée à leur rendra «ai iiWrockjisajii, dans ]fi ^udan, des pi;û4uUs dip.
fabrication française enharmoafe avec les besoins et les.goûts des natifs.
% Les ufteUefs deTrïpnran, de Ptiiiadfe!pHie, d&ns- lesquels on grave Te
v«rrQ, le oonûidiu»,, •i«,,.à Ifaidftd'an CDu»nt d'êfto cHaKgé de safele s<nts
une forte pression (360 livres par pouce cafré), na font en sonune qvCaiçt-
pliquer une vieille découverte cfes Kanaks de la Nouvelle-Calédonie.
356 RAPPORT. STJR LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉTAT ACTUEL
fameux mémoire de 1727 qui a fondé F archéologie pré-
historique.
Mû par des considérations d'un ordre aussi élevé, le Co-
mité d'instruction publique de la Convention faisait dépo-
ser, dès 1793, à la Bibliothèque nationale les morceaux
d'ethnographie confisqués chez les émigrés.
Ces objets, au nombre de plusieurs centaines, étaient
installés à proximité du Cabinet des Antiques, oùla meilleure
partie des pièces du Muséum d'histoire naturelle et quelques
autres enlevées de la bibliothèque Sainte-Geneviève venaient
bientôt les joindre (messidor an V). Ces diverses séries, réu-
nies aux antiquités de la Bibliothèque par Barthélémy et
Millin, devaient devenir le noyau d'un grand musée des-
tiné à a offrir, sous un même point de vue, ce qui peut in-
struire des mœurs et des usages des peuples éloignés par
les temps et par les lieux ».
Faute d'espace et d'argent, on dut provisoirement renon-
cer à réaliser ce projet grandiose. Lakanal, son principal
inspirateur, disparut de la scène politique. Les « ustensiles
indiens » et les « meubles de sauvages » furent enfermés à
l'écart, et si complètement oubliés, que lorsque, en 1826,
pressé par Férussac de faire jouir le public des collections
spéciales formées par les navigateurs français qui venaient
de faire le tour du monde, le duc de Doudeauville décida la
création au Louvre d'une annexe ethnographique, on omit
de comprendre dans Torganisation nouvelle les séries ras-
semblées trente ans auparavant par Lakanal, Barthélémy et
Millin.
li'annexe ethnographique, désignée sous le nom de Musée
Dauphin, reçut un certain nombre d'objets à titre prot^ùotre.
Le conservateur du musée naval, M. Zédé, ingénieur de la
marine, fut chargé de l'administrer «en attendant que l'im-
portance des acquisitions demandât un conservateur spécial » .
On donna des instructions aux voyageurs, on fit acheter par
un dessinateur du Louvre quelques pièces de choix, Férussac
DES COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES. 357
apporta sa petite collection. Néanmoins le Musée Dauphin
ne présentait encore, après deux années de tâtonnements,
qu'une ébauche de musée, lorqu'une ordonnance du 30
mars 1828, créant un département à la Bibliothèque du roi
pour la géographie, et stipulant que (( les objets provenant
des voyages scientifiques ordonnés par le ministre de l'inté-
rieur » seraient confiés au nouveau dépôt, vint fournir Toc-
casion de tenter quelque création plus sérieuse.
En ordonnant que les collections des voyageurs scienti-
fiques qui n'auraient pas de destination spéciale seraient
confiées à la Bibliothèque, le ministre avait principale-
ment en vue la conservation des documents spéciaux, tels
que journaux de voyages, dessins, plans, cartes, etc., rap-
portés par les envoyés de l'État, et trop souvent disséminés
ou perdus après leur retour. Les objets relatifs aux peuples
exotiques n'y devaient pas plus trouver place, semble-t-il,
que les pièces d'histoire naturelle ou d'archéologie.
Chargé du nouveau département, Jomard, qui dès 1818
avait repris pour son compte personnel, mais en les modi-
fiant considérablement, les idées du comité de la Conven-
tion, et qui voyait avec peine la situation accessoire faite
au Louvre à sa science favorite, entreprit de réunir à la
collection des cartes non seulement les représentations to-
pographiques en relief, mais aussi a les produits des arts et
de l'industrie des peuples sauvages », qu'il rattachait ainsi à
la géographie, et non plus à l'archéologie, comme dans le
projet primitif, auquel il se donnait bien garde d'ailleurs de
laire la moindre allusion ^ Après la révolution de 1830, il
adressa au nouveau gouvernement plusieurs rapports en
faveur de sa conception ethno-géographiquet Le dernier
de ces mémoires, présenté le 14 avril 1831 aii ministre des
Travaux publics, alors chargé de la direction des sciences
et des lettres, fut renvoyé à une commission présidée par
1. Tout cela se passait, il ne faut point Toublier, en 1828*
358 RAPPORT Stm LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉTAT ACTUEL
Guvier, qwi s'était déjà prononcé en favetrr des idées de
Jomard en 1848, et dont faisaient parfie A.bel Rémtisat,
Burnouf, Kératry, député, ÀcfeîBe Duparcfneft, conseiller
d'Était, et l'auteur ^e la proposition. En décembre suivant
la comfmission, après de mmnbreiïses réunions, vînt pro-
poser, «par l'organe ^*Abel Bémnsat, conformément an
projet de Jomard « d'établir à ï^aris un dépôt ethnogra-
phique, de le placer à la Bibliothèque royale, d'y réunir
tous 'les objets susceptibles d'^n faire partie et qui se trou-
vera dans d'autres établissements », enfin d'acquérir « d'a-
près la qtM)tité des -crédits dont le gonvemement pourrait
disposer » diverses collections exotiques.
Personne n'hésitait sur la première fle ces conclusions.
Le ministre Teconnaissart l'uiHilé de Rétablissement dont
des hommes comme Cuvier, Rémusat, Burnouf, Tloyer-Gol-
lenrd, etc., kii sign^atentTinlérèt. Mais la question de rem-
placement à attrilmer au nouvearu musée souleva des diffi-
euRés inextricables. Los conclusions de Rémusat en faveur
du déport des cartes, comfbattues dans la presse par Pérussac,
devant le ministre par Ghampollion-Figeac, qui tenaient
pour le Louvre, furent repoussées en avril 1833 parle Con-
servatoire de la IBiMiolh^que. Après avoir « pleinement et
unanimement adopté les vues de la commission sur rulîlité
d'un musée ethnographique dans le genre de ceux qui exis-
tent à Saint- Pétersbottrg,'à Berihi, à Weimar, à Gœttingue »
tes conservateurs dédarèrent qu'un tel musée devant être
imiqnek leurs yeux,tous les objets dissénnnés danè les divers
étabiissements de l^aris devaiat être, par conséquent, réu-
nis êan$ un seul tentre, le local qu'il lexige « doit &lve im-
mense, pouf suffire à tous ses accroissements successifs », et
tpie, par cemséquenft, I^tablissement nouveau ne pourra que
"nuire aux collections près desquelles on veut le placer « et
sera dans l'impossibilité de s'étendre comme il doit le
faire. »
Ils émettaient, en terminant, le vœfu « que te gouverne-
DES COLLECTIONS e;jhnographiques. 359
ment pût s'occuper sérieusement de former ce musée dans
un local où il pourrait prendre l'extension dont il est sus-
ceptible. »
Guvier, dont le rôle avait été prépondérant dans la com-
mission, n'était plus là pour répondre aux objections dje
Letronne et de ses collègues. Le rapport de Hémusat alla
s'égarer dans un carton du ministère*. Découragé par l'at-
titude hoslile du Conservatoire, le ministre renonça à
demander aux Chambres les -subsides nécessaires. Seul
Jomard ne désespéra pas.
Malgré le vote unanime de ses collègues de la biblio-
thèque contre ses propositions, malgré l'amoindrissement
momentané de sa situation par la suppression du dépar-
tement qu'il administrait, transformé en annexe du Cabinet
des Estampes, il adressait au ministère, vers la fin de 1833,
une nouvelle note contenant l'offre de ses collections per-
sonnelles, un projet de classement et des estimations d'es-
pace et de dépense.
Une ordonnance reconstitue le département des cartes
géographiques en 1839 : nouvelle tentative de Jomard
accueillie favorablement au ministère, repoussée à la
bibliothèque. 11 Tecommence ses démarches en 1846, le
ministre déclare les mesures proposées « convenables et
utiles )) r la bibliothèque proteste de nouveau, encombrée
qu'elle se trouve de toutes parts, avec un personnel déjà
insuffisant « pour les services de première nécessité».
La cause du musée est désormais perdue. "Pendant plus
de trente ans, l'annexe du musée naval rej)résentera seule à
Paris l'ethnographie toute entifere. Pendant j)lus de trente
ans, faute d'un local disponible, on laissera perdre ou ex-
porter les collections les plus précieuses ,pour l'étude des
peuples étrangers, el les établissements fondés au dcliors
1. Nû«8 ne leoonnamdBS'qne par un eiftraH^Aequélcine 4lsudtte« pH-
blié en 1836 ,par la Société de Géofrc^phie, .qui la'intéressaU vivement à ia
réalisation du projet (Btill. Soc. de Géogr. 2« sér., t. VI, p. 93).
360 RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉTAT ACTUEL
s'enrichiront à nos dépens et répandront, partout ailleurs
qu'en France, le goût et la connaissance d'une science des
plus utiles, que notre pays ignore encore presque complète-
ment aujourd'hui.
L'Angleterre accumulera dans les galeries du British
Muséum les séries les plus variées rapportées de toutes les
mers par d'innombrables voyageurs. La Compagnie des
Indes créera VIndia Muséum^ où quatorze mille pièces re-
présentent les possessions britanniques dans le sud-est de
l'Asie. Nombre de villes secondaires et de riches particu-
liers, comme Christy et Br^enchley, formeront des musées
spéciaux, quelquefois de premier ordre.
En Danemark, Copenhague, sous la puissante* impulsion
de Thomsen (1847), verra se remplir avec une incroyable
rapidité les 44 salles du Palais du Prince.
Les Hollandais se garderont bien d'oublier qu'ils furent
les premiers à organiser, au dix-septième siècle, ces cabi-
nets de curiosités indiennes, première forme des musées
ethnographiques. La Haye, Leyde, Amsterdam , Rotterdam,
acquerront des collections du plus haut intérêt pour l'étude
de l'extrême Orient : Japon, Malaisie, etc.
Stockholm a son musée royal d'ethnographie et le musée
d'ethnographie Scandinave, commencé en 1872 par le doc-
teur Hazelius. Pétersbourg a les collections de l'Académie
des sciences, qui datent des voyages de Mertens(1830), et le
Musée de la Société de Géographie ; Mo scou a son fameux
Musée slave, fondé par les Amis des sciences naturelles en
1866. Kazan commence un musée tartare.
Dresde a ouvert, il y a quelques mois, le cabinet spécial
que M. Meyer y a su créer en peu d'années. Leipzig doit
au zèle de M. Orbst le Muséum fur Yôlkerkunde, dont les
origines remontent seulement à 1873, et qui renferme déjà
d'admirables collections. Vienne réorganise ses musées
d'histoire naturelle; et l'ethnographie semble appelée à
jouer un rôle important dans le développement des galeries
DES COLLECTIONS ETHNPGRAPmQUES. 361
qui sont en construction. Berlin, enfin, montre avec or-
gueil dans le Musée Neuf les séries incomparables que
Humboldt, Schomburgk, Werne, von Kessel, MM. Nachti-
gal, Schweinfurth, Jagor, Bastian, vonSchleinitz, etc., ont
rapportées de leurs célèbres voyages *.
III
* Quoique le dernier venu entre tant d'établissements re-
marquables, quoique privé d'une grande partie des collec-
tions spéciales rapportées au gouvernement depuis la Res-
tauration et dispersées ou perdues aujourd'hui, le musée
ethnographique provisoire du ministère de l'Instruction
publique, emmagasiné dans les locaux qiH lui a attribué
l'arrêté du 24 novembre dernier, est, dès à présent, assez
considérable pour mériter d'appeler l'attention de tous les
hommes dont les études ou les intérêts touchent aux ques-
tions exotiques, et de tous ceux aussi qui se préoccupent en
France de la connaissance des pays étrangers et du dévelop-
pement de nos relations extérieures.
Des milliers d'objets sont, dès à présent, groupés dans le
premier étage du palais du Trocadéro. Le fonds dit des
émigrés dont il était question plus haut et les anciennes
collections du Jardin du Roi et de la bibliothèque Sainte-
1. Weimar, Gœttingue, Garlsruhe, Darmstadt, Neuwied, Manheim,
Francfort, WiesbadeD,etc.,etc., ont aussi des collections ethnographiques.
T^os villes de province ne sont pas inférieures à ce point de vue à celles
de TÂllemagne. Douai possède un Musée spécial, de premier ordre, fondé
par Jomard, dont Paris avait refusé les collections, et où se voient les
produits des voyages de Delegorgue, Dumontier, Serval, etc., et la grande
collection de M. S. Berthoud. Boulogne a fondé sa collection ethnogra-
phique à Taide d'un don important, reçu de Rosamel, qui commandait
Texpédition autour du monde delà Danaide, Le Havre a les collections de
Delessert, où figurent des pièces venant du voyage de d'Ëntrecasteaux. Caen
a celles de Dumont d'Urville. Lille, Orléans, Bordeaux, Toulouse, Lyon, et
d'autres villes encore ont aussi des séries plus ou moins riches, tantôt
exposées isolément, tantôt fusionnées, vu leur moindre importance, avec
le préhistorique .ou Tanthropologie.
S62 RAPPORT SBR LÎ: t)ÉYELOPPMtrN*r » X'ïltAT ACTUEL
G^wievîfeve, seuls témcjfitis des Toyages de La Condamine, de
Boogamville, etc., qui aient échappé à la destrucflion, nous
omt été remis par Tadministration delà Bibliothèque natio-
nale. Nous ayons reçu du môme ëtafblissement un petîl
nombre d'objets provenant de la grande commission
d'Egypte. Nous avons pu extraire de l'ancien musée algérien
les séries fort précieuses qui y représentaient l'ethnographie
arabe et kabyle, et dont nul autre établissement similaire
en lEurope ne pourrait montrer aujourd'hui la dixième
partie. La bibliothèque de l'Arsenal nous a offert |a petite
collection fort curieuse réunie au dix-huitième siècle par
le marquis de Prony. Le muséum d'histoire naturelle nous
a remis la plupart des pièces qu'il avait reçues depuis 1833%
ainsi qu'un grand nombre de moulages dont Vcetie institii-
Lion possède les creux. Enfin le Musée àes Antiquités
nationales a .-mis à notre disposition les objets qu'il pos-
sède et qui ne sont pas nécessaires aux con^paraisops sur
lesquelles s'appuie l'archéologie préhistorique.
Nous n'avons presque rien relrou^ des collections re-
cueillies sous l'Empire par les missionnaires de l'ÉLat, et
notamment par «eux qui out accompagné l'expédition fran-
çaise au Mexique. Mais un arrangement cobcIu avec JVI. Pi-
narty il y a «deux ans et demi, ayant assuré au gouverne-
ment la propriété d'un lot important d'antiquités, etc.,
(acquis par «e voyftffeur «d'un de nos ^mciens résidents à
Mexico, les pertes faites de ce côté ont pu être en partie
r^arées.
Le« naisisions 8cvenltifiq«tes, •entreprises depuis la pnrîK
avalent, en revanche, accumulé dans les m^asins du mini-
stère de v^itables mantagnes 4e caisses èe .touie f^pove*
niMuce, 4etd le eontenu, irié et classé f»ar tes eevisefytfimrs
1. -Le \'i maî183fB,TadminfStratton âe cet ^atittssément avait, sur une
âenaandc du ministre, dépest^ cTftre les mains du conservateur du Musée
naval trente*deux lots d'objets, comprenant 85 pièces entrées depuis Teii-
voi fait à Millin et à Barthélémy en Tan T.
BES COLIECTIONS OTHNÔGRA^ftlOUBS. 36S
provisoires, formerait tout un Muisée. Vous avez pu voir,
Monsieur ie fioSnistre , dans Texpositron qui a eu lieu au
Palais de riwdustrie en janvier et février 1ST8, une partie
de ces sëiies. L'Asie y était Teprésentée par des envois nom-
breux et variés de MM. î>elaporte, Harmand, de Ujfalvy,
Lansberg, La •Satvitïière ; l'Afrique, par tes panneaux de
MM. Marche et Yerneau ; rAmérique du nord par les col-
lections de M. Phrart, rAmétrque <dti sud par celles de
MM. Crevaux, Wiener, André, de Ce^sac; ÎX)céanie enfin,
par les ol^ets de MM. Raffray et Baflieu.
Depuis cette exposition, les envois des missions onl con-
tinué à •arriver de plus en p'his nombreux et importants.
Certains désormais que les pièces, Tecucfîlîîes au prix de tant
tfe fatigues et deiiépenses,'seraie'Bt soigneusement conser-
vées et montrées au puMie, nos voyageurs ont redoublé
ffdforts.
^'e^ ainsi que "M. Pinart a recueilli pour le nouvel éta-
blissement dans les archipels Fidji, des AmSs, de la Société,
une incomparable série d'objets de toute espèce que rem-
placent, de plus en plus,chaque jour, chez les naturels, des
produits européens.
M. Charnay-a rapporté d'Australie tout un matériel acquis
de tribus sauva-ges dont l^anéantissement est proche. M. Ca-
hun a enrichi notre dépôt de plusieurs pièces inédites du
pays des Atisariés, dh il a récemment pénétré. MM.Ver-
nean et Soleîllet nous ont remis un certain nombre de
clioees rares des €an»ries et du Soudan occidental. M. Cre-
*vatix, dont la lîoïlection ne ccrmpTemtît en 1*878 qu'une
soixantaine de numéros, a rempli tonte une salle des do-
cuments les pltrs «wieux sur les Indiens de la haute Guyane
♦c?t du haut Amaxone. M. fier a déposé au Trocadéro les
résultats de fouilles henreuses dans les ruines de Tiagua-
naco. M. de *Cessac «enfin, ramène en te moment de Çali-
fomre pTnsîeuTS miHîers de pièces d'ethnographie indienne.
En mlSme temps que les collections des voyageurs de
364 RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT ET L ÉTAT ACTUEL
TElat augmentent dans ces proportions, les dons affluent
d'une manière inattendue entre les mains des conservateurs.
A la suite de l'Exposition universelle, un certain nombre de
commissions étrangères avaient cédé tout ou partie des
pièces exposées par leurs gouvernements. Ainsi que le Jour-
nal officiel du 19 octobre 1878 l'apprenait au pays, vingt-
sept États, parmi lesquels TÉgypte, la Chine, le Japon et
plusieurs colonies anglaises se signalaient tout particuliè-
rement, s'étaient ainsi constitués les collaborateurs de
l'œuvre que le ministère de l'Instruction publique avait
reprise avec tant de bonheur.
A ces dons d'origine officielle sont venus s'en joindre un
bon nombre d'autres émanés d'institutions scientifiques, de
groupes coloniaux ou de particuliers. L'Académie indo-chi-
noise, par exemple, s'est défait à notre profit des documents
que M. Yossion lui avait rapportés de Birmanie. Le conseil
du Sénégal a voté une somme destinée à réunir pour le nou-
veau musée parisien les choses les plus caractéristiques
de l'ethnographie coloniale. Un premier envoi est déjà
parvenu à destination. M. Merle, de Bordeaux, vient d'en-
voyer quatre caisses d'objets variés de même provenance,
d'autant plus intéressants, qu'ils remontent plus haut dans
le passé de cette ancienne et honorable maison. M. Goldt-
hammer nous a libéralement enrichis de bien des pièces
curieuses du Maroc et des côtes occidentales d'Afrique.
MM. Bishoffsheim, Djiedjienski^ Folliet, Mir, Boucart, Rey,
Quesnel, Harmsen et d'autres encore, Français et étrangers,'
figurent dans l'inventaire en cours d'exécution pour des dons
plus ou moins importants.
N'oublions pas, en terminant cette énumération rapide, le
legs généreux de M. Léonce Angrand, à l'occasion duquel
le musée provisoire a été constitué.
Vous le voyez, Monsieur le ministre, les collections dont
vous nous avez confié l'organisation et le classement sont
riches, nombreuses et variées, et nous sommes en droit de
DES COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES. 365
penser que les services que le musée est appelé à rendre
et sur la nature desquels nous insistions en commençant ce
rapport, seront de prime abord considérables.
La question d'espace, qui avait entravé l'essor des pre-
mières collections confinées dans d'étroits locaux, au Louvre
et à la Bibliothèque, a été résolue par votre arrêté du 24 no-
vembre dernier, qui assure aux collections ethnographiques
leur libre développement dans les salles du premier et du se-
cond étages du palais du Trocadéro.
Il reste à aborder Tétude du budget du nouvel établis-
sement.
Les dépenses nécessaires pour assurer son installation ma-
térielle et son fonctionnement régulier ont été évaluées h
diverses reprises, et vous avez entre les mains. Monsieur le
ministre, les renseignements les plus complets sur la ma-
tière. Nous espérons que les représentants du pays, auxquels
TOUS voudrez bien demander un crédit spécial en faveur du
musée d'ethnographie, désireux d'encourager deseCTorts qui
ont pour but de développer dans notre pays une science des
plus utiles et des moins répandues, n'hésiteront pas à vous
fournir les moyens de donner un caractère définitif au mu-
sée provisoire et de réaliser ainsi l'accomplissement d'une
œuvre scientifique dont Lakanal, Cuvier, Rémusat et tant
d'autres bons esprits out successivement réclamé l'exécu*
tion 1.
1. Ce rapport, adopté par la Commission du Musée d*ethnographie,
composée de MM. Tamiral Paris, président; Broca, Charton, Maunoir,
Milne-Edwards, G. Perin, de Quatrefages, membres; Hamy, Landrin,
membres adjoints, a été présenté à M. le ministre de l'Instruction pu-
blique le 26 janvier 1880.
COMPTES lANDU» D^OOTRACSS
DËSGRIPTICm 6É06RiU)iUQn£, HSSTOftIQUB ET MKHl9iiOiaQir&
DS là £AI«ESTIN£, BASSE GikU£BB
PAK M. TICTOR GUÉRIN *.
Nous devions déjà à M. G^itênn Fa puMieatîos d^e cinq
yolume& consacrés, iefiFireisr premiers à F^cplof atîon- de la
Judée, et les deux autres à celle de la Samarie ; les unième
et septième, qui vent fiaire l'objet 4^ ee compté leadi», se
rapporteiyt à la basse Galilée. D'autres ^tudferoot }& Ime de
notre confrère a» peiat de Y«ie' de l^eségèse et dé la géo^
graphie sacrée. Moi, je ranalyserai seoi» le rappoiit de ht
géographie historique du moyen âge-, m'-attaebant spéciale-
ment, et je dirai même prcfsque exclusivement, à mettre en
relief et à compléter dans une certadae mesure Tétude des
localités, qui ontjooé un rôle au temps^des colonies latines
de Syrie ; et qae nous trouvons décrites avec tant de seia
dans l'œuvre du conseiencieux voyageur ^uî, depuis visgt-
cinq ans, s'est voué à ^exploration de la P'dlestine,
M. Guérin commence par une étode très détaillée de la
ville de Nazareth el dte» ses environs. Noes j trotrvonfl une
description plçine d'intérêt des fouilles exécutées au som^
met du mont Thabor par les pères Franciscains, qui ve-
naient de déblayer les restes de la célèbre abbaye de S'aint-
Sauveur, dû«t le plaa tout eatier ae retrouve indiqué par
les fondations mises »« jour.
En même temps le monastère grec de Saint-Élîe, qui
s'élevait à côté du couvent latin, était exploré de la même
façon et restauré par les Russes.
Voilà donc deux édifices visités et décrits par Phocas,
1. Compte rendu par M. £. G. Rey.
DESCEIPXION GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE, ETC. 361
Théodoricus et tant d'autres pèlerins du douzième siècle,
q^ui sont rendus à nos études.
Puis passant par Fouleh, M. Guériu y visite les ruines du
Château de la Fève, « Castrum Fabe » , élev4 par les Texiv-
pliers. C'est un grand quadrilatère flanqué, de toura barre
longues aux angles, etmesurant environ 100 mètres delong
sur une largeur de 70 environ.
Notre voyageur visite ensuite,, sur les pentes du Petit
Hermon,.les villages de Jezraïn (le Gérin des Croisades), de
Endour, de Naïm, d'En' Naura„de Malouf,.de Kefra, etc...
dans lesquels nous retroavons les noms de casaux, relevant
au douzième siècle de la. principauté du Galilée..
Il décrit égalemeut les ruiner de la forteresse nommée
aujourd'hui Kaukab el Haoua.
[J'ajouterai h ce qpe dit M.. Guérin q^ue ce château, après
avoir formé Tua des grands fiefs de cette même princi-
pauté, fut cédé en 1168 aux Hospitaliers de Saint-Jean parc
Yvon. Yelos, son dernier seigneur. Ce cbâleaui était alors
nommé Coquet ou Belvoir.] Ses ruines, comme celles da
château de la Fève,, sont de forme rectangulaire» ayant ài
chaque coin des tours carrées. Au centre de cette forte-
resse, des arraseme&ts> d'une, construction barre longue
semblent indiqi^er l'e^mpUcement du»donjon«
Dans une seconde course, notre confrère parcourt la ré*
gion s'étendant au N. E. de Nazareth, visitant ReinehetKe-
ferkena, [qui au treizième siècle était, nommé Casai Robert.
C'était une grosse bourgade, administrée par un vii^omle et
possédant cour de bourgeoisie. Le revenu annuel dû c^ ca^ai
était alors de quatre mille besants sarrazins]..
Touran, Sadjéra, Hattïn et les ruines d'ArbeJ, sont en-
suite traversés par M. Guérin, qui vient s'arrêter i Tibé-
riade, en passant par IfOuad al Hammam>oi:i il retrouvet
les cavernes fortifiées signalées par Thistorien Josè^e.; et
que j'avais visitées moi-même en 1859..
Deux courses sont employées à l'étude de la rive occi-
368 DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE
dentale du lâc de Génésareth. Puis, s'engageant dans le
Ghor, ou vallée du Jourdain, notre savant confrère^ après
avoir traversé le fleuve au pont de Hedjama, parcourt sur
sa rive orientale les ruines de Pella, nommée aujourd'hui
Toubakat el Faïly où les restes d'une vaste basilique et de
divers autres édifices attirèrent son attention. Puis, remon-
tant au nord et traversant le Scheriat el Mandhour (le Hie-
romax), M. Guérin se trouve bientôt à Om Keïs, nom mo-
derne de Tantique Gadara, la métropole de la Pérée.
Deux théâtres, avec une vaste nécropole, sont tout ce qui
reste des splendides monuments qui décoraient la ville an-
tique. L'itinéraire de M. Guérin le conduit ensuite sur la
rive orientale du lac de Tibériade, qu'il est le premier à
explorer d'une manière approfondie.
Les ruines d'Hippos, Fik (l'antique Afeka), El Mase qu'il
identifie avec Gamala, celles de Gergesa, sont tour à tour le
théâtre de ses recherches. Enfin, passant par Douken, Me-
sadieh et El Aradji , il atteint le Jourdain à El Tell, la Belh-
salda Julias de l'antiquité. [Au temps des croisades ce vil-
lage est plusieurs fois mentionné sous le nom deThil.]
Ayant repassé le Jourdain, notre voyageur vient visiter,
non- loin du pont des fils de Jacob, le Kasr el Athara, vaste
forteresse élevée en 1178 par le roi Beaudoin lY, pour la
défense du passage du Jourdain. [Ce château était alors
nommé le Chastellet.]
C'est un grand ouvrage cafré avec saillants barre longs
aux angles.
Voilà donc trois châteaux élevés par les Francs dans le
courant du douzième siècle : c elui de la Fève, celui de Bel-
voir, et le Chastellet» qui, comme plans, sont identiques à
ceux de la Blanche Garde et de Gibdlet, confirmant ainsi
la prévision que j'émettais il y a dix ans en décrivant ces
deux dernières forteresses, que les plus anciens édifices
militaires élevés par les Francs en Syrie afil^ctaient presque
tous, comme plan, la forme carrée.
j
DE LA PALESTINE, BASSE GALILÉE. 369
En parcourant la région située entre Nazareth et le golfe
du Carmel, M. Guérin suit la route qui, au moyen âge, re-
liait Acre à Nazareth, en passant par Recordane, aujour-
d'hui Tell Kourdaneh. 11 y trouve, sur le ruisseau du même
nom, un pont jeté par les Croisés et que défendait une
tour, dont la porte munie d'un mâchicoulis est encore re-
connaissable. Non loin de là, à Chef A* Amer, qui, au temps
de l'occupation latine, était nommé le Saphran, M. Guérin
observe les restes d'une église élevée au dix-septième siècle,
et qui, placée sous le vocable de Saint-Jean, était en grande
vénération parmi les Francs de Syrie. Ces ruines ont été
récemment restaurées par les religieuses de Nazareth.
Une course dirigée au nord-est d'Acre conduisit M. Gué-
rin dans d'autres localités que nous trouvons fréquem-
ment citées dans les actes du treizième siècle.
Dans son second volume, notre voyageur identifie un
certain nombre de ces villages, situés au nord d'Acre, avec
des casaux du moyen âge. Ces identifications étant, pour la
plupart, les mêmes que j'ai données dans la carte d'état-
major des commandants Mieulet et Derrien, à laquelle elles
paraissent empruntées, je profiterai de cette occasion pour
rectifier une erreur commise par moi à cette époque, et,
que M. Guérin a répétée en identifiant les Kharbet Kabreh
avec le casai de Cabra. On doit voir, je crois, dans les ruines
de Kabreh celles du Quiebre, casai donné, en octobre 12(>3,
par le roi Henry de Chypre à Jean d'Ibelin, seigneur de Ba-
rut- Quant au casai de Cabra, qui relevait du fief de Saint-
Georges, et fut vendu, en 1220, à Tordre Teutonique,
il faut rechercher ses ruines dans les Kharbet Kabrah au
sud de El Baneh.
Auprès du Ras el Mefscherkeh, il trouva les ruines d'un
petit château nommé Kharbet Menaouat, dans lequel je
crois reconnaître le site du fief du Manuet des assises de
Jérusalem. De là, il visita à Maalia et à Kalaat Djeddin, les
restes des châteaux du Roi et du Gedin. Ces deux forte-
soc. DE 6É0GR. — OCTOBRE 1880. XX. — M
370 LES COITFÉRENCES DU VOYAGEUR SERPA PINTO.
resses formaient au moyen âge des baronies latines, et pas-
sèrent à Tordre teutonique. Près de là, il se rendit à El
Baïneh, où se voient les ruines de l'église et de l'abbaye de
Saint-Gcorges de Labaene, qu'il décrit longuement. D'au-
tres localités, telles que Sadjour et Medjel Karoum, dans
lesquelles nous retrouvons les fiefs du Saor et de Mer^jel-
colop, furent ensuite le théâtre de ses recherches.
Pour Tyr, notre confrère a résumé, en une inléressaate
étude, tout ce qu'en ont dit ses devanciers, et il reprend la
thèse de M. de Bertou au sujet des restes visibles, par un
temps calme, des jetées du port Égyptien, dont l'existence
parait contestable à M. Renan. M. Guérin affirme de la
façon la plus positive avoir pu distinguer très nettement ces
restes, grâce au calme et à la limpidité de la mer, au mo-
ment de sa visite à Tyr.
Il étudie ensuite la région située entre Tyr et Safed, où il
observe plusieurs synagogues ruinées, notamment à Kefer
Beraxn et à Kadès. De là, il se rendit à Banias, et nous lui
devons la première description détaillée de la forteresse
médiévale nommée Sabeibe, dominant cette ville, et qui,
au douzième siècle, formait un fief possédé, comme Beliaos,
par les seigneurs du Toron.
Parcourant ensuite la vallée supérieure du Jourdain^ où il
visite Uasbeya et Racbeya, M. Guérin eifectue de cette der-
nière ville rascension du DjebeUescb-Scheik (le GraBd-
Hermon), puis passant par le Merdj-el-Aïoun^ le Kalaat-
escbhSchekif (Beaufof t) et Saïda, il atteignit B^routh, <A se
termina son voyagCé
Les GOfr^ÉR&NGtB fit L'iTlKéRAIKE DU VOTAOStR SEUfA l^rtlTO^
Je suis chargé de présenter à la Société, de la part de
son auteur M. Manuel Ferreira Ribeiro, le savant, remar-
quable et impartial ouvrage qui porte ce titre.
1 . Ab conferencias e o itinerariê do vigjûHte Serpa Pmio. •*• librairie
LES CONFÉRENCES DtJ VOYACEtR ÔËftt MNTO, 811
Plusieurs membres de la Société de Géographie de Lis-
bonne se sont donné le but patriotique de faire rôVitre tes
fastes glorieux de leur pères en Afrique. M* Luciâtiô Oor-
deiro, secrétaire de la Société, a commencé cette série de
publications savantes par son Hydrographia daAfrica, bro-
chure traduite en français, dans laquelle il a cîté un cer^
taîn nombre de textes des anciens auteurs portugais qui
rendent évidentes les découvertes et les relations suivies
des voyageurs de cette nation dans l'Afrique intérieure.
M. Manuel Ferreira Ribeiro a continué ce mouvement
d'études en publiant d'abord, en 1879, tout l'ouvrage inti-
tulé : A provincia de San Thomé e suas dependenciaSy etc.
Le voyage du major Serpa Pinto est venu lui donner une
plus grande impulsion, et la relation du voyageur a soulevé
des attaques violentes parmi ses compatriotes. C'est alors
que M. Ribeiro a publié Touvrage qu'il offre à la Société.
C'est un ouvrage d'érudition, véritable jugement dans lequel
il fait comparaître et parler devant le tribunal de la science
impartiale les témoins de tous les temps. Là sont confron-
tés et comparés les textes anciens entre eux et avec les récits
des voyageurs et des auteurs modernes*
Esquissons brièvement le contenu du livre.
L'auteur commence par des considérations générales et des
explications préliminaires au sujet du voyage de M. Serpa
Pinto. Il en signale les lacunes et indique les erreurs de ce
voyageur. H prouve que la traversée de l'Afrique â été faite
plusieurs fois par les voyageurs portugais dans un but Com-
mercial et non scientifique. C'est pourquoi un grand nom-
bre d'entre eux sont restés inconnus à l'Europe.
Il ajoute les conseils et les informations donnés par La-
cerda en 1797 ; par José da Assompçao en 1795 ; par Graça
en 1856 et les renseignements de Ladislas Magyar.
académique. Lisbonne 1880, 1 vol. in-4^. — Analyse présentée à la So-
ciété dans sa séance du !21 mai 1880» par Tabbé Durand.
372 LES CONFÉRENCES DU VOYAGEUR SERPA PINTO.
Âpres ces considérations, Fauteur aborde sa première
partie, qui renferme :
1° Une critique savante du récit de M. Serpa Pinto et des
relations qui en ont été faites. Celle critique est appuyée par
des extraits tirés de nombreux auteurs et voyageurs et
par les articles publiés dans les difiTéreuts journaux de Lis-
bonne, par MM. Carlos de Mello, Luciano Gordeiro, Jorge
deMendoça;
â"" Une critique et un examen des faits avec preuves et dé-
monstration à l'appui ;
3* Les documents, — les Routiers anciens et modernes de
la route de la côte occidentale à la côte orientale d'Afrique.
Cette partie de l'ouvrage de M. Ribeiro renferme un trésor
véritable pour la science géographique. C'est la collection
des textQS des auteurs portugais et du récit de leurs voyages,
depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours. Elle nous met à
même de suivre pendant plus de trois siècles les voyageurs
de nationalité portugaise dans la région des grands lacs,
sur les bords du Nil, du Niger, du Zaïre, du Limpopo et
du Zambèse, de pénétrer avec eux jusqu'au centre de
TAfrique dans le pays de Anzicos, qui n'étaient autres que
les peuples anthropophages du bassin du Zaïre. Ces auteurs
nous font connaître les mœurs et les religions des peuples
visités alors; en lisant leurs textes on croirait lire Living-
stone et tous les voyageurs modernes qui racontent les
mêmes faits.
Aux documents anciens, M. Ribeiro ajoute les travaux
modernes, tels que le Mémoire que j'ai publié sur les voya-
ges des Portugais à travers TAfrique et qu'il m'a fait l'hon-
neur de traduire en langue portugaise, les articles du P. Bro-
ker, et ceux de M« Delavaud sur Davity, géographe français
du dix-sepli^me siècle»
La deuxi^mo partie se divise également en trois sections :
t** L'analpe de^ articles des joanuiox étrangers sur les
contenances du n^jor Serjpa Pinto :
LES CONFÉRENCES DU VOYAGEUR SERPÂ PINTO. 373
2* L'examen et la critique de ces divers articles ;
3^ Le mouvement colonial renaissant en Portugal et ses
résultats ;
4® Les critiques et les controverses des différents jour-
naux portugais au sujet de M. Serpa Pinto.
Cet ouvrage, fait avec un soin remarquable, procède
d'un esprit sérieux; juste et patriotique. Il a été composé
par un savant de la bonne école, qui a séjourné pen-
dant vingt années dans les colonies portugaises des deux
côtes d'Afrique. Il présente toutes les garanties que Ton doit
rechercher dans l'étude de la vérité, et prouve jusqu'à l'évi-
dence qu'à partir du milieu du quinzième siècle les Portugais
ont mieux connu toutes les régions de l'Afrique intérieure
que nous ne les connaissons aujourd'hui. Nous devons donc
remercier M. Ribeiro d'avoir écrit cet ouvrage, qui doit
marquer dans la science géographique.
ACTES DE U SOCIÉTÉ
EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES'
*aM««Mi««M«*~«i4
Séance du 16 juUUt 1880.
PRÉSIDENCE DE M. À. GRANDIDIER
Le procès-Terbal de la dernière séance est lu et adopté.
liO Président fait savoir à rassemblée que la Chambre des
députas vient d'accorder IQOÛOO francs à WH, Savorg^nan de
Braxza et le docteur Ballay, pour leur permettre d'aller explorer la
région du Congo en partant de FOgôoué.
Le Président se fait Tinterprète des sentiments de reconnais-
sance de la Société pour M. G. Perin, qui a donné tine nouvelle
preuve de son dévouement aux intérêts scientifiques du pays, en
soutenant devant l'Assemblée la demande de crédit du ministère
de rinstruction publique.
Lecture est donnée de la correspondance.
Le ministère des Affaires étrangères adresse un extrait de lettre
de M. Ch. Wiener, vice-consul de France à Guyaquil. M. Wiener
a étudié le trajet d'une nouvelle route de Quito à Guyaquil, qui
abrégerait la distance à parcourir. M. Wiener écrit aussi de la
Cocha (24 mai 1880) pour donner des détails sur les récentes
ascensions des Cordillères équatoriennes par M. Edward Whymper.
iicnvoi au Bulletin),
Par suite à la correspondance, M. Soleillet résume une lettre
qu'il vient de recevoir de Saint -Louis (Sénégal), relative au pil-
lage de l'expédition du capitaine Galiéni ; il annonce son départ
pour le Sénégal le 20 courant.
M. de Quatrefages communique à l'Assemblée une lettre de
M. StràUch, secrétaire général de l'Association africaine, don-
nant des nouvelles récentes de la station de Karéma, et de
MM. Popelin, Cambier, Carter, le D"^ Van den Heuvel. Tout allait
bien, e^ la station de Karéma a déjà pu prendre de très grands
services.
1. Rédigés par le docteur Ha^nand.
SÉANCE DU 6 AOUT 1880.^ 375
La parole est ensuite donnée à M. de Lamotte, qui expose les
recherches auxquelles il s'est livré dans la vallée du Nil, pour
y étudier les changements de niveau séculaires du grand
fleuve. M. de Lamotte pense qu*au moyen de barrages, il serait
possible de forcer les eaux à se déverser sur des terrains arides
aujourd'hui perdus, qu'on rendrait ainsi à la culture et à la vie.
MM. Harmand, Ballay et Soleillet ne sauraient s'associer à l'idée
émise par M. de Lamotle, qu'un pays chaud est d'autant plus mal-
sain pour les blancs qu'il est plus sec; cette théorie leur semble
en contradiction formelle avec tous les faits observés depuis dos
siècles sur la terre entière.
M. Guérin offre le VII* volume de son ouvrage sur la Palestine
(Galilée supérieure) et la réédition de son livre sur Tîle de Rhodes.
Mademoiselle Kleinhans offre un travail sur renseignement de
la géographie en France.
Il est ensuite procédé à l'admission des candidats inscrits à la
dernière séance sur le tableau de présentation. Sont, en consé-
quence, admis à faire partie de la Société : MM. Paul Muret; —
Emmanuel Muret, avocat à la Cour d'appel de Paris; — Alfred
Molteni, constructeur d'instruments de précision; — AlbertMassue,
auditeur à la Cour des comptes ; — Bischoffsheim, banquier.
Sont inscrits sur le tableau de présentation pour qu'il soit statué
sur leur admission à la prochaine séance : MM. J, P. Barnel, li-
braire-éditeur, présenté par MM. Gabriel Gravier et Paul Soleillet;
— V. Gauvenet Dijon, colonel en retraite, propriétaire, -présenté
par MM. Drouyn de Lhuys et James Jackson.
La séance est levée à 10 heures.
Séance du 6 août 1880.
PRÉSIDENCE DE M. A. GHANDIDIER.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Le Président annonce à l'assemblée la présence de MM. Brîto
Capello et Robert Ivens, officiers de la marine portugaise, qui ont
entrepris, avec M. Serpa Pinto, ce grand voyage en Afrique dont
une partie nous est déjà connue, Tandis que leur compagnon
traversait audacieusement l'Afrique, ces deux courageux explorateurs
ont parcouru toute une région de l'ouest dont Ja carte est entière-
ment modifiée par leurs travaux. Nous nous félicitons de pouvoir
saluer en eux, ajoute le Président, les représentantsjde cçttQ renais-
376 PROCÈS-VERBAUX.
sance géographique du Portugal, à laquelle nous avons déjà été si
heureux d'applaudir. La Société va avoir le plaisir d'entendre l*au
d'eux lui faire le récit de ces belles explorations.
Lecture est donnée de la correspondance.
M. E. Cortambert s'excuse de ne pas assister à la séance. —
M. James Bonabeau remercie de son admission au nombre des
membres de la Société. — Le ministre de l'Instruction publique
remercie la Société des prix qu'elle a donnés au concours général
et adresse au Président une invitation pour assister à la séance
de distribution des prix. — Le ministre de la Guerra remercie la
Société du prix qu'elle a donné au lycée de la Flèche, et fait
savoir qu'il a été attribué à l'élève Lartigue (Marie-Jean-Joseph)
né à Brest, le i novembre 1862. — Le ministre de l'Instruc-
tion publique adresse le tome IV des œuvres de La Place. —
Le lieutenant Lux, de l'arniée autrichienne, adresse à la société un
exemplaire de sa relation de voyage intitulé : c Von Loanda nach
Kimbundu. » — M. de Mot fait don d'un exemplaire de sa carte
de la province de Buenos- Ayres en quatre feuilles. — La c Sociedad
Colombina Onubense > adresse une carte d'entrée pour les fêtes
qui seront données à Huelva, les 2 et 3 août, à la mémoire de
Christophe Colomb. — La Société de géographie de Tokio (Japon)
demande l'échange avec la publication de la Société de Paris. —
Le directeur de l'observatoire de Chapultepec adresse unedemande
semblable. — M. de Mofras envoie divers ouvrages sur l'Amérique
centrale et méridionale, plus dix-sept plaquettes intitulées : Étv4es
diplomatiqties et littéraires. — La compagnie Paris-Lyon-Méditer-
ranée envoie, pour être distribués aux membres, trois cents exem-
plaires d'un petit livret Chaix pour la ligne que dessert la Compagnie.
— M. Dalstrôm adresse à la Société trois brochures avec une notice
manuscrite sur son projet de canal entre la mer Noire et la mer
Baltique. — M. de Garay accuse réception de la lettre qui lui a
été adressée au sujet de M. Désiré Charnay, et promet son concours
le plus dévoué à l'œuvre entreprise par ce voyageur au Mexique et
auYucatan.
Le Secrétaire général donne en outre l'analyse d'une lettre de
M. Léopold Hugo, qui offre à la Société un dessin autographe de
Humboldt. C'est un Schéma exécuté à Guyaquil, des Andes équalo-
riennes, escaladées récemment par M. Whymper. Cette pièce pro-
vient du baron Gérard, et est absolument authentique. Des remer-
ciements seront adressés à M. le comte Hugo.
Le docteur Harmand combat certaines théories anthropologiques
et linguistiques de M. Romanet de Caillaud, concernant les rapports
SÉANCE DU 6 AOUT 1880. 377
de race et de langue entre les Annamites et les sauvages du Tong-
King. (Renvoi au Bulletin.)
L'abbé Durand communique une lettre du P. Duparquet. Ce
sont les itinéraires de son voyage de Walwich bay à Omaruru, et
d'Qmaruru à TOwampo. Le P. Duparquet, le premier des Fran-
çais qui ait pénétré dans celte région, rectifie quelques erreurs
sur l'état de ces pays. De nombreuses populations pastorales les
habitent. Dans le massif des montagnes de Kaoko, le P. Dupar-
quet a rencontré des colonies récentes de Boërs, fuyant la domi-
nation anglaise. Le P. Duparquet va être suivi par M. Dufour, notre
collègue. — M. Robert Ivens présente un résumé des explorations
accomplies par M. Brito Capello et par lui ; il donne des détails
sur les moeurs et l'ethnographie des populations qu'ils ont visitées,
la faune, la météorologie et le magnétisme terrestre de ces régions.
(Renvoi au Bulletin,)
Le Président remercie MM. Ivens et Brito Capello d'avoir bien
voulu donner à la Société un aperçu des beaux voyages qu'ils ont
si vaillamment menés à bonne fin, au plus grand bénéfice des
sciences géographiques. Les applaudissements unanimes de l'as-
semblée leur prouvent toute la part que la Société de Géographie
prend à leur succès.
Le Secrétaire général rappelle que la réunion des Sociétés fran-
çaises de Géographie s'est ouverte la veille à Nancy et que
M. Barbier, principal organisateur du Congrès, a réussi d'une
façon très heureuse à mener à bien cette entreprise. Il annonce
en outre le départ pour Santa-Fé-de-Bogota du docteur Crevaux,
médecin de la marine. M. Crevaux, accompagné de M. Lejanne,
pharmacien de la marine, et de son fidèle noir Apatou, continuera
ses explorations des affluents du haut Amazone, notamment du Rio-
Négro.
Le Secrétaire général signale la présence dans l'assemblée de
M.Mizon, enseigne de vaisseau, qui va se rendre à la côte occiden-
tale d'Afrique, pour y occuper la station fondée par l'Association
internationale africaine. Le choix de l'emplacement de la station
a dû être fixé par M. Savorgnan de Brazza.
La parole est ensuite donnée au docteur Bayol, médecin de
la marine, pour raconter les incidents qui ont signalé le voyage de
la mission du capitaine Galliéni au Niger. M. Bayol expose le trajet
suivi par la mission, parle des diverses populations rencontrées,
fait le récit du combat de Dio et de l'arrivée à Bamako. Il retrace
ensuite son voyage de retour, insistant sur la richesse aurifère du
pays de Bouré et de Koumakana. (Renvoi au Btilletin),
378 PROCÈS-VERBAUX.
M. Bayol annonce en terminant que, d'après une dépêche arrivée
aujourdiini même, la mission aurait atteint Se^ou Sikoro dans de
bonnes conditions.
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts. Il convient
de signaler, dans le nombre, le livre de H. Romanet du Gaillaad,
offert au nom de Tauteur par M. J. Dupuis, et intitulé : Bistoire
de Vintervention française an Tong-King, de i87î à i874.
H. Toumafbnd offre les deux premières feuilles d*une carte de
l'Afrique publiée i^d.? Y Exploration, La carte coniplète comprendra
soixante feuilles.
II est procédé à l'admission des candidats inscrits à la dernière
séance sur le tableau de présentation. Sont, en conséquence, admis
à faire partie de la Société : MM. F.-P. Barnel, libraire-éditeur;
V. Gauvenet-Djjon, colonel en retraite, propriétaire.
Sont inscrits sur le tableau de présentation pour qu*il soit statué
sur leur admission à la prochaine séance : MM. René Roy, lieute-
nant au 117" régiment d'infanterie, présenté par MM. le général
Loysel et de Quatrefages ; — Jean Marie Bayol, médecin de pre-
mière classe de la marine, présenté par MM. le docteur Ballay et
Maunoîr.
Conformément à l'usage établi pour la séance qui précède les
vacances, il est procédé séance tenante à l'admission des candidats
inscrits au tableau de présentation à cette séance. Sont, en consé-
quence, admis à faire partie de la Société; MM. René Roy, lieute-
nant au 117" régiment d'infanterie; — Jean Marie Bayol, médecin
de première classe de la marine.
La séaace est levée à 10 heures.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
••••■••••'■••-•i
Séance du 21 novembre 1879 (suite).
V** E. Melchior de Vogdé. — Histoires erientalea. Paris, 1880. 1 vol.
în-18. AUTKUR.
Jules Gros. — Un volcan dans les glaces , aventnres «ftme expédition
scientifique au Pôle Nord. Paris, 1879. 1 vol. in-18. Dreyfous, éditeur.
ELISÉE Reclus. — Nouvelle géographie universelle : la terre et les hommes.
Livraisons 272 et 273. Paris, 1879, gr. in-8». Auteur.
Jus. — Les Oasis de l'Oued Rir* en 1856 et 1879, suivies du résumé des
travaux de sondages exécutés dans le département de Conslantine
de 1878 à 1879. Constantine, 1879. Broch. in-8». Auteur.
De 1856 jusqu'à ce jour, il a été exécuté dans le département de Consfanlino : 167
recheroiiet d'nu jaillissantei, 980 n^cberches d'etts ascenda^tM, Ia profoJideur
totale forée représentait une longueur de 19 kilomètres.
Ca. Petit-Fils. — Ascension du Fusiyaoïa (Japon). Paris, 1879. Broch.
^l-8^ Auteur.
Avcensioa pleine de péripéli^» d'uQc des plus liaute« montagnes à la cime nei-
geuse (3,180 niètres). Visite du cratère. — Photographies exécutées par l'auteur.
Heruart. — Sur le baromètre absolu de MM. Hans et Hermary. (Associa-
tion française pour Tavancement des sciences. Congrès de Paris 1878).
Paris. Broch. in-8°. Ch. Charpentier.
B. Wartmann. — Rapport du Président de la Société de physique et
d'histoire naturelle de Genève pour la période du 1" juillet 1877 au
31 décembre 1878. AUTltr».
Amiral Paris. — Notice sur la vie et les travaux de M. Dortet de Tessan.
Paris, 1879. Broch. in-4. Auteur.
MiNiSTERo d'Agrigoltura, industria e cohhergio. -^ Annali di statistîca.
Série 2^, vol. 8, 1879. Roma, 1879. 1 vol. în-8«.
MiNISTERO D*AGRIG0LTURA, INBUSTRIA E COMHERCIO.
E. Knipping. — Stanford*s library map of Japan, principally compiled
from Japanese documents. rTï»~ïôô' London, 1879. 6 feuilles,
Staoford's large gcale map of Afghanistan showing the New British fron-
tière according to the treaty of Gandamak. London, 1879. 1 feuille.
Edward Stanford.
War Dbpartiusnt* *-- Maps iUustrating the military opérations of the
Atlante Campaign 1864. New- York, 1874-1877. 5 feuiUes. — MiliUry
map sbowing the marches of the United States forces under Gommand
of Maj. Geni. w. t. Sherman, during the years 1863, 1864, 1865.
380 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
S Louis, 1865. 1 feuille. — Batllefîeld in front of Franklin, Tennessee,
november 30 th 1864. New-York, 1874. 1 feuille. — Map of the battle-
field of Chatanooga, 1864. New-York, 1875. 1 feuille. — Map illustra-
ting the military opérations in front of Atlanta August 26 th 1864. New-
York, 1875. 1 feuille. — Topographical map of the approaches and
defences of Knoxville, Tennessee during Dec. Jan. and Feb. 1863-1864.
New-York. 1 feuille. Wab Departmeht.
H. KiEPERT. — Erdglobus. Berlin, 1879. Autkcb.
Edmond OuTRET. — Avenir financier de la Tunisie. Paris, 1879. Broch. in-4*.
~ Le Venezuela. Paris, 1879. Broch in 4^ Auteur.
Séance du 5 décembre 1879.
F. DE Saulgt. — Recueil de documents relatifs à Thistoire des monnaies
frappées par les rois de France depais Philippe II jusqu*à François V*.
Tome premier. Paris, 1879. 1 vol. in-4o.
Charles Schefer. — Relation de l'ambassade au Kbarezm de Riza Qoaly
Khan, traduite et annotée. Paris, 1879. 1 vol. gr. in-8<».
Emile Picot. — Chronique de Moldavie depuis le milieu du xiv* siècle
jusqu'à l'an 1594 par Grégoire Urechi, texte roumain avec traduction
française, notes historiques, tableaux généalogiques, glossaire et table.
Fascicule II, Paris, 1879. Gr. in-8*.
V. CoLUN DE Planct. — Recherches archéologiques et historiques sur
Pékin et ses environs» par M. le docteur E. Bretschneider. Traduction
française. Paris, 1879. Gr. in-8».
Ministère de l'instructior publique.
Edward Whtmper. ~ The ascent of the Matterhorn. London, 1880. 1 vol.
in-8o Auteur.
^l'uus VON Haast. — Geology of the provinces of canterbury and West-
landy New Zealand. Christchurch, 1879. 1 vol. in-8*. Auteur.
William Libbey and W. W. M. Dosald. — Topographie, hypsométric and
météorologie report of the Princeton scientific expédition 1877. New
York, 1879. Broch. in-8». A. Guyot.
Reports from Her M^jesty's consuls on the manufactures, commerce, etc. ,
of their coasular districts. Part V. 1879, London. 1 vol. ia-S».
Commercial reports by Her Majesty's consuls in China 1878. London,
1879. ! voL in-8».
Reports by Her Majesty's secretaries of embassy and légation on the ma-
nufactures, commerce, etc., of the eounlries in whicht they réside. Part
V, 1879, London. Broeh. in-^. Jacques Arsocld.
IK Theodor Wolf. ~ Eia Besueh der Galapagos-Insel. Heidelberg, 1879.
Broch in 8» Acrcté.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 381
Annali di statislica. Série 2a. 3 vol. 9, 1879. Roma, 1879. in-8o.
MimSTERO D*AGRICOLTURA, INDUSTRIE E COHHERGIO.
ELISÉE Reclus. — Nouvelle Géographie universelle : la terre et les
hommes. Livraisons 274 et 275. Paris, 1879. Gr. in-8^. Auteur.
J. Bornecque. — La géographie militaire à l'Exposition universelle de
Paris. Paris, 1880. Broch. in-8^ J. Dumaine.
J. DU Fief. — Congrès international de Géographie commerciale, deuxième
session tenue à Bruxelles du 27 septembre au 1" octobre 1879. Rap-
port présenté à la Société belge de Géographie. Bruxelles, 1879. Broch.
in-8°. Auteur.
Réfutation d'une brochure grecque intitulée : L'Epire et la question
grecque, par un Valaque épirote. Constantinople, 1879. Bro<îh. in-8".
A. Kippis. — A narrative of the voyages round the world, performed by
captain James Cook. London and Glasgow, 1820, 2 vol in-24.
F. P. Chauviteau.
Baubrée. — Discours prononcé à la séance publique annuelle des cinq
Académies le samedi 25 octobre 1879, Paris. Broch in-4". Auteur.
Séance du 9 janvier 1880
*
G. Wiener. — Pérou et Bolivie. Récit de voyage suivi d'études archéolo-
giques et ethnographiques et de notes sur l'écriture et les langues des
populations indiennes. Paris, 1880. 1 vol. in-4o. Auteur.
G. Tissaitdier. — Les Martyrs de la science. Paris, 1 vol. gr. in-8".
Auteur.
Parmi ces martyrs sont de nombreux cxplorateurst qui ont trouve la mort sur-
tout en Afrique. L'amour de la nature et lo dévouement à la science ont fait
des victimes trop souvent ignorées. Biographie abrégée do 130 savants morts dans
le malheur.
Y. Largeau. — Le pays de Rirha Ouargla. Voyage à Rhadamès. P«ris,
1879. 1 vol.in-12. Auteur.
L'explorateur, familiarisé avec la langue et les mœurs arabes, était parti avec l'in-
tention d'aller à In-çala ; mais il fut déjoué dans ses projets par l'hostilité des
Sahariens, qui lui ordonnèrent de rebrousser chemin. Ayant passé un été à Ouar-
gla, pour attendre le moment favorable au départ, il initie le lecteur à la vie de
l'oasis, où il a supporté des chaleurs de + SS** c.
W. DE FoNViEiLLE. — Néridah. Paris 1879. 2 voL in-12.
R. Harthann. — Les peuples de l'Afrique. Paris, 1880, 1 vol. in-8».
Auteur.
Esquisse du caractère physique, des mœurs et des /coutumes des peuples de
l'Afrique. L'auteur ne considère pas ces nations « comme formant, ctnnologi-
.quement parlant, un ensemble dont les membres, s'enchaînent par des tran-
sitions infiniment nombreuses. » Il y trouve « une grande souche de la famille
humaine diversement démembrée.
382 OUYEAGES OFFERTS Â LA SOGI£t£.
£u6te Reclus. — Nouvelle Géographie universelle : la terre et les
hommes. Livraisons 276, 277,278, 279, 280. Paris, 1879 et 1880. Gr. in-8«.
Aoim.
Ë. Aguirre. — Geologia de la Sierra Baya, conferencia du 2â juin 1879<
Buenos Aîre. 1879. Broch. in*8*.
Â. BoDiNAis. — Guadeloupe physique, politique, économique, précédée
d^une notice historique. Paris, 1880. Broch. ln-lf . Aimoà.
A. i» Vomor. ~- Netiee d*aa vojage dam U Japon» Saint-Péters-
bourg, 1878. Broch. in-8°.
The itdian trea^. (KiLtr. da la Financial ané ateraantU iîasaUa). Ut*
bonne, liTV. Broah. Itt-4ft.
H. DvfiftifeL. ^ Coup (l*oKil B«r l'orographie dea Mattifii de la Bfe^ et de
la Grande Ruiné. Broch. atee one carie. in*^« 4dteur.
M. Jametel. — L'Epigraphie chinoise au Tibet. Pékiog et Paris, 1880.
Broch. in-8«. Avnsa.
Première partie d'un ouvrage ayant pour but de faire connaître les pitacipaux
travaux littéraires chinois, où on peut trouver des renseignements précieux sur les
régions inconnues du Tibet ot des documents historiques.
£. Gartailhag. — Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de
rhomme. Toulouse, 1879. Broch. in-8''.
HoaaBMUOi.». -^ K^^ition polaire suédoise de 1878, Passage du N'ord-
E«t« Upsala, 1879. Broch. in'8'.
M. J. FERREittA. — A provineia da Bahia. Aponlamotitos. Xio do laneifo,
1875. Broch. in-8''.
Le oomtb de MARai. -^ La chemin de fer de TAlférie au Soudan. An-
vers, 1879. BrOch. in-9*. AOteub.
MmisiiEE M L*A«ai««»iJRS Bf w coxHEBCE. ^ Exposition universelle
ittlarnationale de 1880. 8 broch. in-8^
Ministère de l'agriculture et du commerce.
H. W. HowaAYB. —Tha CruHe oT the Fleranee, Washington, 18?9. 1 vol.
în-12. AVTEUR.
D' PoGGE et d' BABtB. -- KoMidUcha Hâlfte des Congo-Becheng. Bertin,
1879. 1 feuiUe.
Hugo Reck. — Mapa topographico de la Altiplanicie cenli'al de Bolivia^
TralMjado en h>s ftnos 1899 para el froyetéa do caitaHiarion y ierreaarril
a le coêta del Ocdaao Paciûco. Santiago de Chile, 1879. 1 feoil.
OnciNA HiDROGRAFiCA. — Gostas del Poraoïiirol^iMvia GàUaa I Puerto
Ghancay 1/150000. Lima, 1879. 1 f. Baron d'Ayril.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 383
MU.«XÈ«« DBS TEAV^cx PCBUCS. - Carte, des chemins de fer d. l'Ai-
gérie. Échelle 1/1350 000. 1880. 1 »^^^^ ^ xiUVABX Pwucs.
Séance du 43 janvier 1880.
».«M>ft dA U eammission mUitaire sur
,g«,^B M Ll "T^'.RÎg^chin-S' Paris. 1879.
A jon. l'Inde et à CejUa. Brocburc .io-t6 Pari»,
E. COTTBAO. — Promenade dan» 1 Inde ei a i*j Adteob-
*ti«î«-im. Broch. in-®*, I-yo"- *•*"•
MîsBÎssipi. Brodi. in-»*» I-T^"- ***'•
- - -,:«. et Dar «île. réfulatioii de certain» pat
Analyse des Aéo^eries j",,'yg£S^i. cliSfer de Ui*-
préhistorique de Stockholm, en 1874. Brocl._ .^,„ t,3eé.
pIu.t«ac. - Le Chemin de ^r i^-^-en. étnde. ^^^^^_^
proposés. Broch. in^- ConsUnlme. 1879. ^^ ^^^ ^ «-rf f«
et TAménquc ccntrate- >oiu»« luwmie*.
%": V. Mie et «r apaisons, ''-*'«"• ^j,. ,„, Afri^.,
U«6-14n. tradnit par te eommandair J. !»«■»• j^„^,,
B S«TH !«-«. - »«««'^ "^ P'"'''" forl878 and ^^^^^^
Tookei. 1879. T-S^^iTuSirS^Î^^Î'-
WWTA.UU - Ataun-k fcr 188». »««»' ,^tv> Al.»*"-'-!'-
f^-«DU> rendu de» •^«•'^ ''*,'*
884 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
G. TOMÉ. — Geografta del présente e dcU'avenire. 1 broch. in-8". To-
rina et Roma, 1880. Auteur.
Les pays habités, oavisa^és sous leurs principaux caractères ethnogr;}phiqaes, sont
soumis à une comparaison d'où l'auteur d<kluit les transformations qui pourront
en résulter au point de vue politique et celui de l'affinité des nationalités.
Ofigina central meteorolojiga. — Anuario de Santiago de Ghile, corres-
pondance de 1873 à 1874. Broch. in-S». Santiago, 1879. Baron d* Avril.
Archivia di Statistica, fasc. III. Broch. in-8o. Roma, 1879.
MiNISTERO D'AGRICOLTURA, INDUSTRIA E] COlllfERCIG.
Bureau des longitudes. — Annuaire pour Tannée 1880 avec notices
scientifiques. Volume in-18. Paris, 1880. Bureau des longitudes.
F. V. Hayden. — Bulletin of the United Status geological and geographi-
cal survey. Vol. V., n©» 2, 3. Washington, 1879. Auteur.
Ministère de l'instruction publique. — Annales du bureau central
météorologique de France pour Tannée 1878. Paris, 1879. Broch. in-4o.
Ministère de l'instruction publique.
Capitaine Niox. — Géographie militaire, Grandes Mpes, Suisse et Italie
avec deux cartes. Paris, 1880, fasc. II. Broch. in-1?. Auteur.
B. de Chancourtois. — Transcription des noms géographiques en lettres
de l'alphabet latin (Extrait des comptes rendus du Congrès international
des sciences géogr.). Paris, 1878. Broch. in-8o.
B. DE Chancourtois. — Conférence sur l'Unification des travaux géogra-
phiques, septembre 1878. Paris, 1879, Broch. in-S». Auteur.
Ludovic Drapeyron. — Plan de réforme de Tenseignement géographique
en France (Extraitde la Revue de Géographie 1880). Paris. Broch. in-8®.
Auteur.
Une excursion en Belgique à l'occasion du Congrès international de géo-
graphie commerciale de Bruxelles. Paris, 1880. Broch. in-8o. Auteur.
Dépôt de la guerre. —Carte de Bastia au 1/80000. Paris, 1879. 1 feuille.
DÉPÔT DE LA guerre.
Oficina Hidrografica. — Carte du Canales occidentales de Patagonia
isla Wellington, canal Wide Piano del abra Antrim, Échelle i/50 000.
Santiago de Chile, 1879. 1 feuille. Oficina Hidrografica.
(A suivre.)
Le gérant responsable,
C. Maunoir.
Secrétaire général de la Commission centrale
PARIS. — IMPRIMERIE EMILE MARTINET, RUB MIONON, S.
/îu//*iJ*^t </p Ut Socitflt' cLo' Gét^r'€yL
9 ? <^r iKstetu /V^ieUcn <ie Rwis.
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Suite dej^me-
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P^r il H rmA
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T»
Abrénations
pourUsPactorles
A.— Ai^hiire .
T. - /raiifa^re .
H>— Boltcuidaise. .
P. _ fiortiugaire .
U.- Jmérieaine^.
^^uniteje'pan%fiÊbnsei%^
MÉMOIRES, NOTICES
VOYAGE
AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE
Par BI. COIIiliARDl
Missionnaire protestant
Un explorateur bien connu disait un jour qu'il préférerait
traverser le continent de l'Afrique et affronter de nouveaux
dangers dans ces régions lointaines, plutôt que d'avoir à
parler en public.
Bien.que je n'aie pas la prétention de me comparer à lui,
je partage, je l'avoue, son sentiment à ce sujet. Pris à l'im-
prévu et au milieu d'occupations absorbantes, c'est avec une
hésitation extrême, et une grande défiance de moi-même
que j'ai accepté Thonneur de parler ce soir devant la So-
ciété de géographie. Il me suffira d'ajouter, pour m'assurer
son indulgence, que depuis vingt-trois ans que j'ai quittté
la France, je n'ai jamais eu une seule fois occasion de
parler ma langue maternelle en public.
Dans le cours de ma carrière de missionnaire, il m'est
échu en partage de voyager beaucoup dans l'Afrique aus
traie. J'espérais pourtant être appelé plus tard à une vie
plus sédentaire, consacrée à l'affermissement d'une œuvre
localisée, quand de nouvelles perspectives s'ouvrirent d'une
manière inattendue, et je devins voyageur malgré moi. Voici
en deux mots l'historique de ces circonstances.
L'Église protestante de France, dont je suis l'un des mis-
sionnaires et représentants, a sa mission principale au pays
1. Communication adressée à la Société dans sa séance générale du
16 avril 1880. — Voir la carte jointe à ce numéro.
soc. DE GÉ06R. — NOVEMBRE 1880. XX. 25
386 VOYAGE AU PATS DES BANTAIS ET AU ZAMBÈSE.
des Bassoutos. Ce pays est situé entre les 27* et 30* paral-
lèles ; et 26* et 30* méridiens ; il est enclavé entre la colonie
du Gap de Bonne-Espérance au sud, celle de Natal à l'est, et
l'État libre d'Orange au nord.
Nos premiers missionnaires, MM. Casalis et Arbonsset^qui
y arrivèrent vers l'année 1833, furent aussi les premiers à
Texplorer. Ils découvrirent les sources de l'Orange, du Ga-
lédon,de TÉlan et de la Touguéla, et c'est d'eux que la pile
gigantesque qui donne naissance à ces cours d'eau a reçu
le nom, qu'elle conserve encore, de Mont aux Sources.
Le christianisme et la civilisation ont fait depuis lors
parmi les Bassoutos des progrès remarquables. Leur belle
langue a été réduite à l'écriture et fixée, les saintes Écri-
tures ont été traduites, et les fondements d'une littérature
indigène ont été posés. Un journal mensuel publié dans le
pays et dans la langue des Bassoutos, est si répandu qu'il
couvre ses frais avec bénéfice; nos écoles primaires et nos
écoles normales déjeunes gens et déjeunes filles se sont dé-
veloppées et bon nombre de nos maîtres d'école, pour obte-
nir leur brevet, passent les examens anglais requis par le
gouvernement de la colonie du Cap. Des stations mères,
sous les soins de missionnaires européens, occupent les prin*
cipaux centres du pays; autour d'elles et dirigés par des
indigènes chrétiens et éclairés, s'élèvent des établissements
secondaires qui couvrent tout le pays de leur réseau. C'est
ainsi que le christianisme pénètre dans les masses^ et que
la civilisation opère des transformations qu'il serait inté-
ressant d'étudier. C'est \h surtout ce qui a valu à ce petit
peuple tant de notoriété auprès du public anglais,
De bonne heure nos missionnaires ont pris à tftohe d*ins-
pirer aux Bassoutos chrétiens le désir de donner gratuite-
ment à d'autres ce qu'ils avaient eux-mêmes reçu gratuit-
tement. Aussi en 1873 deux d'entre eux furent-ils envoyés
au nord du Transvaal parmi les Magwambas. L'un de ces
deux uègres chrétiens conçut un jour l'idée d'eutreprendre
T0TA6E ATJ PATS DES BANTAIS ET AU ZAMBftSE. 387
un long voyage au nord du Limpopo pour visiter certaines
tribus dont il avait entendu parler. C'étaient les tribus des
Banyais, de la même famille que celles que Livingstoné
avait rencontrées sur la rive droite du Zambèse. L'accueil
que cet intrépide indigène reçut, le rapport qu'il m'en fît à
son retour, et plusieurs autres circonstances qu'il est inutile
d'énumérer ici nous décidèrent à fonder une mission nou-
velle dans ces contrées lointaines.
Après un premier échec, une nouvelle expédition fut orga-
nisée, et j'acceptai l'appel que mes collègues m'adressèrent
avec instances de là diriger. Je n'eus que quelques semaines
pour l'organiser et pour compléter tous nos préparatifs. Je
me pliai à toutes les exigences des circonstances; mais
qu'on le comprenne bien, accompagner nos missionnaires
bassoutos jusqu'au pays des Banyais, les y installer, puis
revenir, tel était mon mandat. On pensait que notre absence
ne durerait pas plus de douze mois. Un certain pressenti-
ment'me porta à faire mes arrangements pour deux ans.
Je ne m'étais guère trompé, puisque nos voyages durèrent
deux ans et quatre mois.
Notre expédition, à laquelle s'adjoignirent plusieurs jeunes
hommes de différentes tribus, se composait de 26 personnes,
hommes, femmes et enfants. Nous avions trois chariots traî-
nés chacun par seize bœufs, et huit ânes. Avec de tels équi-
pages, on le comprend, la vitesse n'est guère possible. Chaque
rivière, chaquç ravin, chaque montée tant soit peu escarpée,
vous donne d'avance le cauchemar. Je n'imposerai pas à
l'assistance la fatigue et l'ennui de nous suivre dans nos la-
borieuses périgrinations. Esquissons (Jonc notre itinéraire à
grands traits.
Partis de Léribé, au pays des Bassoutos, le 15 avril 1877,
nous traversons la rivière de Calédon, celle de l'Élan et
nous arrêtons un moment à Harrismith, une bourgade de
l'État Libre. De là, tirant vers le nord à travers un immense
plateau dénudé et désert, nous franchissons la rivière Vaal
388 . VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE.
et pénétrons dans leTransvaal naguère encore république
hollandaise. Nous entrons à Pretoria, la capitale. La ville
est en fête, toute pavoisée; le canon gronde. C'est que
le gouvernement britannique a pris possession ^du pays, et
que son représentant va solennellement prêter serment de
fidélité à la reine. Sir Théophile Shepstone est une ancienne
connaissance. Il nous accueille avec bienveillance, et nous
emportons ses meilleurs vœux et ceux de son état-major.
Tirant au nord-est, nous longeons un des affluents du Le-
pellé, lequel porte aussi le nom de rivière Élan. Ces parages
sont hantés par les bêtes sauvages ; nous avançons donc avec
précaution. Chaque soir nous fortifions notre bivouac d'une
palissade de branches et d'épines et d'une ceinture de feux
que nous entretenons toute la nuit. Nous cherchons alors
quelques heures de sommeil malgré les coups de fusil de
ceux qui font la garde et les aboiements nerveux de nos
chiens. Touchant à la belle rivière Lepellé, l'un des tribu-
aires du Limpopo, nous tirons droit au nord et passons les
mines d'or d'Erstelling, à Marabastadt. Ces mines avaient
fait tant de bruit et tourné la tête à tant de monde, que je
m'attendais à y trouver une grande ville. Dans une plaine
immense, aride, balayée par un vent glacial, nous ne pûmes
découvrir qu'un méchant hameau d'une douzaine de mai-
sons. C'est ainsi que la distance enchante la vue.
Plus loin, toujours vers le nord, nous traversons de nom-
breux villages de Bapelis, une branche de la grande famille
des Bechuanas, nous échangeons les civilités d'usage avec les
diff'érents chefs qui sont sur notre passage, et nous arrivons
enfin à Goedegedacht. C'est un des établissements euro-
péens, un des postes les plus avancés des missions protes-
tantes de l'Afrique australe, au pied du Zoutpansberg. Cette
belle chaîne de montagnes, vue du chemin que nous sui-
vons, s'élève abruptement de la plaine comme un formi-
dable rempart que n'ont encore franchi ni le christianisme
ni la civilisation.
VOYAGE AU PAYS DES BÂNYÀlS ET AU ZAMBÈSE. 389
De son sommet tabulaire, jetons un instant un regard sur
le pays qui déroule son panorama à nos pieds. Nous savons
ce que nous laissons derrière; mais devant nous, c'est Tin-
connu. Là, du Limpopo au Zambèse, du pays des Matébélés
aux côtes de Sofala, s'étend une région qui n*a pas encore
été sérieusement explorée. L'intrépide explorateur alle-
mand, feu Charles Mauch, et Baines, le voyageur anglais si
courageux et si persévérant, sont, à ma connaissance, les
seuls qui en aient visité certains par'ages.
C'est là, à Test de la Sabia, que ces deux voyageurs pla-
cent rOphir de la Bible. Je n'entrerai point ici dans la dis-
cussion d'un sujet aussi intéressant et pour l'étude appro-
fondie duquel certaines données manquent encore. Je ferai
pourtant remarquer que le caractère général du pays est
éminemment aurifère. Les naturels le savent bien; aussi
surveillent-ils d'un œil soupçonneux les quelques Anglais
qui réussissent à s'acheter le droit d'y chasser l'éléphant et
la girafe.
Les mines d'or de Tati, en même temps que celles
d'Eerstelling et de Leydenburg qui sont encore exploitées,
furent découvertes il y a douze ans, et la fièvre qui saisit
les colonies du sud de l'Afrique fut telle, que bientôt sur
les bords de la Shashi s'éleva une petite ville de' toile et de
cabanes en pisé, avec un écho du tintamarre et de l'agita-
tion fébrile de TEurope. Aujourd'hui les cabanes ont dis-
paru, les machines gisent mutilées sur le sable de la rivière
et le silence de la mort règne partout. C'est que ces mines
d'or ne sont qu'un filon étroit, incrusté dans une roche
dure, compacte, et qui s'enfonce à de grandes profon-
deurs. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'en exploitant
ces mines, on a trouvé des galeries de quelque ancienneté.
Mentionnons aussi certaines ruines qui couronnent les hau-
teurs avoisinantes et que l'on trouve çà et là dans toute la
contrée. Celles que j'ai moi-même visitées ne sont pas dans
des conditions de solidité telles qu'on puisse les faire re-*
392 VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE.
mieux. Profitons donc des trois mois que nous passons
chez lui pour jeter un coup d'œil sur le pays. L'aspect en
est ravissant : ce ne sontquedesforêts immenses oil dominent
les mimosas, le mopdine{Bautrinia), des arbres enfin au feuil-
lage le plus varié, et des arbustes aux fleurs les plus riches.
Du sein de ces bois s'élèvent comme tout autant de géants
les figuiers et les baobabs. Ce sont aussi des montagnes de
granit, des vallons étroits que les moindres pluies changent
en marais pestilentiels, mais que revêt la végétation la plus
luxuriante. Ce magnifique pays se trouve resserré entre deiix
nations qui se le disputent comme une réserve de chasse
à esclaves, celle des Zoulous d'Oumzila à Test, et celle des
Matébilis de Moselekatsi, également des Zoulous d'origine,
à l'ouest. C'est là que ces hordes barbares vont faire leurs
razzias périodiques, piller le bétail et les grains, massa-
crer les hommes, et emmener les femmes et les enfants en
captivité. De là la précaution de ces infortunés Banyais de
percher leurs huttes sur les rochers de montagnes inacces-
sibles. C'est là qu'ils essaient de se soustraire à la férocité
de leurs oppresseurs et traînent leur misérable exis-
tence.
Ces tribus appartiennent à la grande famille des Makha-
lakas, laquelle paraît s'étendre jusqu'à la région des grands
lacs. Le temps ne nous permet pas aujourd'hui d'entrer
dans des détails sur leurs mœurs. Chez eux, jamais tail-
leurs ne feront fortune ; à peine y trouve-t-on la feuille tra-
ditionnelle de figuier. Malgré la mollesse et la paresse qui
sont communes, à peu d'exceptions près, à toutes les tribus
africaines, les Banyais se livrent avec quelque succès à la
culture du sorgho, du riz, du maïs, de certaines arachides,
et travaillent un peu le fer et le bois. Aucun lien social ne
les unit les uns aux autres; le village n'est qu'un refuge
commun contre l'ennemi de tous, et où l'autorité du chef,
pjirement nominale, est souvent contestée.
Nous ne tardâmes pas à découvrir que ces malheureux
_J
VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÉSE. 393
subissaient Tautorité du roi des Matébilis sans la recon-
naître. C'est donc de Lobengoula que je devais obtenir l'au-
torisation de m'élablir dans le pays. A mes messages et à
mes présents, il répondit quelques semaines plus tard par
une armée qui nous emmena prisonniers. — On nous fit
voyager pendant trois semaines à marches forcées à travers
une contrée couverte de forêts, de rivières, de montagnes, où
jamais voiture n'avait encore passé. On épiait avec soupçon
nos moindres faits et gestes : cueillir une fleur, c'était
faire la topographie de leur pays pour nous en emparer ;
contempler les astres, c'était chasser les nuages et causer la
disette; se baigner au ruisseau voisin, c'était ;ïianquer en-
vers le potentat devant qui nous allions comparaître, car
Tusage veut que, comme gage d'une obéissance empressée,
on se présente devant lui couvert de transpiration et de la
poussière du chemin. Tout le long de la i route des messa-
gers se croisaient pour annoncer nos progrès, ou pour nous
transmettre des ordres. A notre arrivée près de la capitale
le roi nous signifia de nous arrêter à quelque distance.
Bientôt sortit du village une singulière procession que con-
duisaient un docteur-devin et un chef subalterne. Notre
escorte se mit immédiatement en rang, et le médecin se
mit à l'asperger copieusement, au moyen d'une queue de
bœuf, d'une certaine médecine verdâtre et gluante. Nous
contemplions encore cette cérémonie étrange que nous-
mêmes étions déjà entourés et la subissions bon gré mal gré.
On ne nous demanda pas notre avis, et on ne nous donna
aucune explication. Mais nous comprîmes que cette purifi- .
cation était de rigueur avant d'être admis à voir la face de
sa majesté Lobengoula. Yous découperai-je en deux mots
sa silhouette? Un homme dans la force de l'âge, très obèse,
à la voix féminine, aux yeux ternes et toujours mobiles; un
mouvement nerveux agite le coin de sa bouche très ca-
ractéristique. Lobengoula a pour tout vêtement une espèce
de jupon fait de bandelettes de peau de singe, et pour
304 VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBfiSE.
tout ornement est la petite couronne nationale de cuir sur
son front ^- la marque de sa virilité. Tel est le digne fils
de Moselekatsi, la terreur de toute la contrée«Ge tyran^qui
a droit de vie et de mort sur tous ses sujets, n'a pourtant
pas le pouvoir d'arrêter le vol chez lui» Il a le monopole de
tout, de la médecinci du commerce comme aussi de la re»
ligion. Farouche et ombrageux^ superstitieux et orueli en
peu de mots voilà Lobengoula.
Après trois mois de détention, il nous refusa pérémptoi»
rement Tautorisation que nous sollicitions d'aller nous éta^
«
blir chez les Banyais ; il ne nous rendit la liberté que pour
nous renvoyer forcément au pays des Bassoutos d'oti nous
étions partis. •<• Tristes et abattus sans être découragés,
et soufErant de la maladie qui sévissait parmi nous, nous
voyageâmes péniblement ; ce ne fut qu'un mois plus tard
que nous atteignîmes la ville de Shoshong.
Shoshong a 20000 habitants environ; c'est l'entrepôt de
tout le commerce d'ivoire» de plumes et de fourrures da
pays des Matébélés, du Zambôse et du lac Ngami» Si l'on
peut se fier aux calculs que des marchands de l'endroit ont
faits, il faut croire qu'en certaines années l'ivoire emmaga-
siné à Shoshong représentait des milliers d'éléphants« Je
n'ose pas donner les chiffres. L'on comprend toutefois que
ce commerce tende à s'épuiser, et que l'on puisse prévoir
le temps assesi rapproché où l'éléphant aura complètement
disparu de ces parages*
Les habitants de Bhoshong, les Bamangouatos, appar-
tiennent à la famille des Betchuanas. Leur chef, du nom de
Kama^ est un homme remarquable h tous égards* Il a em-
brassé le christianisme depuis de longues annéeSi et l'ho-
nore par une conduite privée irréprochable et par une
administration pleine de justice, d'habileté et de sagesse.
Il s'est acquis l'estime de tous les voyageurs qui l'ont
connu, et de tous les marchands européens qui se sont fixés
chez lui pour le commerce de l'itoire.
VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBËSE. 395
Mais passons. Une fois à Shoshong je ne pus me résigner
à continuer à battre ainsi en retraite^ et après mûres ré**
flexions je rés^oLus de repartir vers le nord en faisant un
angle avec la route que nous venions de suivre, et de pous-«
ser jusqu'au Zambèse» Ce voyage de vingt^cinq jours nous
en prit quarante grâce à nos guides qui réussirent plus
d'une fois à nous égarer. Noua traversions ou longions
plutôt le désert de Khalahari. On Ta déjà souvent décrit^ et
pourtant il y a quelque chose de saisissant dans l'aspect de
ces plaines sablonneuses et arides que borne seul Tbori*^
zon, de ces lacs salins et d'un jour qui laissent leurs lits
desséchés scintillant au soleil; pays plat, si plat que telle
rivière y coule indifféremment de l'ouest à l'est ou de l'est à
l'ouest, solitudes affreuses où l'on ne peut s'aventurer qu'à
certaines saisons de Tannée sous peine d'y périr de soif.
Aucune trace de vie ne s'y montre sinon çà et là quelque
antilope, quelque autruche effarée; parfois c'est quelque
bushman, vrai fils de la nature qui ne vit que du produit
de son arc et de ses flèches^ de racines et de fruits sau^
vages, et s'abrite la nuit, sous quelques branches entrela^
oées. C'est bien là le désert classique tel que je l'avais rôvé
dauB mon enfance.
Cependant un ennemi, un ennemi formidable que nous
avions pu éviter jusque-là, nous barra le chemin et nous
interdisit les abords du Zambèse. Cet ennemi, c'est une
mouche, c'est la Tsétsé, dont la piqûre est mortelle pour
les bœuf^ et les chevaux. Force nous fut donc de renvoyer
nos attelages dans des parages plus sûrs.
Notre campement une fois établi et plus ou moins bien
palissade sur un coteau de sable, au milieu de forêts hantées
par les bêtes féroces, nous nous mîmes en devoir d'explorer
nos nouveaux domaines. Rien ne peut donner une idée de
la beauté de cette partie du Zambèse. Là, le fleuve ma^
jestueux coule limpide et à pleins bords ; les crocodiles
errent en troupes sur ses ondes, les hippopotames prennent
396 VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE.
leurs ébats dans ses abîmes, et les forêts vierges se mirent
dans le cristal de ses eaux. Chaque détour du sentier, cha-
que petite éminence, vous met en présence de nouveaux
panoramas tous plus ravissants, plus enchanteurs les uns
que les autres. C'est ainsi que six jours de marche nous
amenèrent en présence du spectacle le plus grandiose que
l'Afrique puisse offrir. Des nuages de vapeur qui apparaissent
à travers le rideau de feuillage, et les détonations inces-
santes qui frappent les oreilles, ne préparent nullement le
voyageur à la surprise qui l'attend. On se glisse à travers les
fourrés, puis ce cours d'eau si majestueux, qui atteint une
largeur de près d'un mille, et que vous venez de voir cou-
lant si limpide, le voici qui, mugissant, écumant, tonnant
et bouillonnant, se précipite dans un gouûre. Ce sombre
abîme à parois perpendiculaires, a plus de 100 mètres de
profondeur, et c'est à peine si, quand le vent chasse la va-
peur, il est possible de discerner au fond les flots verts
et blancs qui, cherchant précipitamment une issue par
l'étroite fissure qui fait angle droit avec la première, s'en
vont porter leur lugubre mugissement au loin. C'est, comme
on l'a dit, « le beau horrible », je dirai le « beau terrible ».
Est-il étonnant que les pauvres créatures qui vivent dans
les environs croient qu'une divinité malfaisante y a établi
sa résidence? Aussi les voit-on se livrer à toutes sortes d'in-
cantations, et se dépouiller de quelque ornement qu'ils
jettent dans l'abîme comme offrande; puis ils s'éloignent
rassurés et satisfaits. « A mesure, disent-ils, que nous nous
approchions de Mosi-oa-Thounya (les cataractes de Vic-
toria), nous l'entendions rugir plus fort de fureur, et main-
tenant plus nous nous éloignons plus aussi elle s'apaise. »
Un fait qui nous a fort étonnés, c'est que toutes les tribus
riveraines du Zambèse, bien qu'ayant des dialectes diffé-
rents, parlent parfaitement la langue des Bassoutos, la langue
du pays d'où nous étions partis, et s'en servent entre elles
comme de moyeji de communication.
VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE. 397
Ce phénomène s'explique ainsi. Il y a environ 50 ans, un
chef émigra du pays des Bassoutos à la tête d'une troupe de
guerriers, et soumit toutes ces tribus du Zambèse. Pendant
que Mosélékatsi répandait partout la terreur de son nom,
et réussissait en détruisant les vaincus à entourer son pays
d'un désert, Sebetoane, le chef des Makololos, s'attachait
par un gouvernement paternel, les ennemis dont il était
vainqueur, et finissait par les incorporer à sa nation.
Malheureusement ses successeurs ne marchèrent pas sur
ses traces, et des révolutions ont amené la destruction des
Makololos. Mais toujours est-il qu'encore aujourd'hui, le
nom de Sebetoane n'est prononcé parles habitants du Zam-
bèse qu'avec la plus grande vénération.
Ces tribus nous accueillirent bien différemment que n'a-
vaient fait les Banyais ou les Matabélés. Tout étrangers que
nous étions, nous avions un passe-port et une lettre de re-
commandation, la meilleure que nous pussions avoir. Nous
étions en pays classique, car nous marchions sur les traces
de Livingstone. Je Tavais connu, le grand explorateur et
le grand missionnaire, maintenant j'apprenais à connaître
l'homme. Il suffit de dire que pendant que tel voyageur
donne son nom aux fleuves et aux montagnes, et le grave
sur les troncs des arbres et les parois des rochers, lui, Li-
vingstone, ne voulait qu'on se souvînt de lui que par ce
qu'il avait fait, et c'est dans le cœur même des enfants de
l'Afrique qu'il gravait son nom en caractères indélébiles !
C'était là notre passe-port.
Notre séjour dans les parages du Zambèse ne fut pas de
longue durée. Je ne pus qu'échanger des m.essages avec le
roi qui se montra très favorable et nous pressa de venir un
peu plus tard nous établir chez lui. Malheureusement c'é-
taient des temps de troubles politiques et une affreuse guerre
civile éclata ; d'un autre côté, nos provisions étaient com-
plètement épuisées, la saison des pluies approchait et nous
n'avions pas d'abri; puis la maladie et la mort avaient
398 VOYAGE AU PAYS BES 6ANTAIS ET kV ZAMBËSE.
fait invasion dans notre campement, de sorte que force
noua fut de retourner au pays des Bassoutos. Tous les ans,
la vallée des Barotsis est submergée lors de la crue des
eaux. Les marécages qui en résultent à la retraite des eaux,
donnent naissance à des fièvres paludéennes si meurtrières
que je n'aurais pas pu prendre sur moi d'y entreprendre
une mission sans m'ètre tout d'abord bien entendu avec
ceux de qui j'avais reçu mon mandat.
Ainsi revenant sur nos pas à travers le désert, nous lais-
sons nos compagnons de voyage, nos missionnaires indigènes
dans une tribu du Limpopo, que nous considérons comme
une pierre d'attente. Quelques jalons suffiront pour indi-
quer notre route de retour : Pretoria au Transvaal, Kîm-
berley aux mines de diamants, Blœmfonteiu, la capitale de
rÉtat Libre, puis à travers le Lessouto, nous arrivons enfin
à Léribé, notre point de départ.
Me sera-t-il permis, en terminant, ce récit de rappeler
quelques souvenirs ? Le nom de Seshel^e m'en rappelle de
bien divers. Pendant une de mes absences de cette ville,
un incendie avait éclaté et tous les bagages que j'y avais
laissés, vêtements, collections, etc., tout fut détruit, rien
n'échappa. Mais voici un autre souvenir bien plus doulou-
reux que celui-là. Pour porter aussi l'Évangile au loin, Pun
de mes compagnons de voyage avait quitté sa femme et ses
enfants et accepté avec reconnaissance l'humble poste de
conducteur. Il était doué d'une vive intelligence, et son cœur
était rempli d'enthousiasme pour le succès de notre expé-
dition.
Chaque semaine il se faisait montrer sur la carte le che-
min que nous avions parcouru, ce Mais nous avons fini la
carte, dit-îl un jour, où allons-nous maintenant? * Où aller,
en efPet, quand on a fini la carte?... Cet homme si chrétien,
ce serviteur si dévoué, cet ami si fidèle, ce conseiller si sûr,
lui aussi était arrivé au bout. Il tomba malade et quelques
Jours après il succombait. Mais, avant de rendre le dernier
VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÈSE. 399
soupir, il disait, ce martyr de la propagation de la foi chré-
tienne, en montrant du doigt l'endroit où allait se creuser
son tombeau : « Ce sera un jalon pour montrer à mes com-
patriotes chrétiens et à leurs missionnaires, la route des
Barotsis. »
Voici un autre souvenir qui intéressera la Société. Un
soir, après une marche de plusieurs heures, j'arrivai au cré-
puscule sur les bords duZambèse. J'y rencontre un étranger
dans la force de Tâge, de petite taille, mais bruni par le soleil
des tropiques, épuisé par de longues fatigues, de grandes
privations et par les fièvres; il est tout seul avec quelques
domestiques, son escorte Ta abandonné. S'il y a dans l'ap-
parence de cet étranger je ne sais quel air de souffrance ou
quelle fugitive mélancolie qui vous attire, il y a aussi chez
lui une de ces rares et vives intelligences qui s'illuminent au
moindre contact et lancent des éclairs. Cet étranger,
c'est le chef de l'expédition scientifique portugaise, c'est
le major Serpa Pinto. Notre rencontre avait quelque
chose de providentiel. Nous lui offrîmes l'hospitalité : une
place à notre table frugale, une place dans la voiture de
jour et sous la tente de nuit ; c'était peu de chose, c'était
l'hospitalité d'un voyageur, mais elle était cordiale, et je
m'estime heureux d'avoir eu le privilège de l'offrir à cet
enfant si distingué du Portugal, au nom du protestantisme
de la France.
Depuis notre retour en Europe, le major Serpa Pinto
a été l'objet de nombreux soupçons et de vives attaques.
Comme tous les hommes éminents, il a rencontré des en-
vieux et des ennemis. Ses magnifiques travaux lui assure-
ront une place dans le monde scientifique et il n'a besoin
de personne pour le défendre. Quant à moi, je tiens à lui
rendre publiquement l'hommage qui lui est dû : nous avons
en toute circonstance, pendant notre vie en commun de
trois mois, trouvé en lui un parfait gentilhomme. Son urba-
nité; sa conversation si spirituelle et si instructive pendant
400 VOYAGE AU PAYS DES BANYAIS ET AU ZAMBÉSE.
que nous cheminions ensemble dans le désert, n'ont pas
peu ajouté au privilège que nous avons eu de lui oifrir Thos-
pitalité.
En terminant ce récit bien incomplet de notre voyage, je
dois ajouter qu'il s'est accompli dans des circonstances tout
à fait exceptionnelles. J'ai déjà dit que c'était un voyage es-
sentiellement missionnaire, et que nous n'avions eu que peu
de semaines pour nous y préparer, cela dans un pays où
l'on n'a pas abondance de magasins dans le voisinage. Ce
fait explique bien des lacunes dans l'accomplissement de
notre tâche. Mais, à propos des difficultés immenses que les
porteurs indigènes créent, dit-on, constamment aux explo-
rateurs les mieux qualifiés, je me permettrai de rappeler que
notre voyage s'est fait avec le concours d'indigènes chrétiens
qui avaient autant que moi à cœur le succès de notre entre-
prise. Je dois ici rendre entière et sincère justice à leur
courage intrépide, à leur persévérance, à la fermeté qu'ils
ont montrée dans les circonstances les plus critiques, comme
aussi dans les privations les plus grandes. Leur dévouement,
leur fidélité et leur afTection en ont fait pour nous des amis
plutôt que des serviteurs.
Enfin, et si ce voyage a réussi, ne dois-je peut-être pas
Tattribuer, en partie du moins, à la présence d'une autre
personne ! Un rayon de soleil aux jours de l'épreuve, un
conseiller dans la difficulté, partageant nos fatigues sans
murmures, affrontant nos privations et nos dangers sans
ostentation, calme et résolue, se dépensant pour tous en
s*oubliant elle-même, toujours prête à prodiguer les atten-
tions tendres et délicates d'un cœur qui s'ouvre à toutes les
émotions, et dont une femme seule est capable. Cette
femme, vrai type de la femme chrétienne, toujours à son
poste quand le devoir l'appelle, et toujours à sa place quand
il faut faire du bien, cette femme, c'est celle du mission-
naire qui vient d'avoir l'honneur de vous parler.
LA
GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE
CONGO, KACONGO, n'GOYO, LOANGO
1870-1877
Par CHABLEii DE BOIJWBi: ^
Tirons le rideau sur ce tableau de mœurs barbares et
passons en quelque sorte du code criminel à la procédure
des délits tels que vols, coups et blessures n'ayant pas occa-
sionné la mort, différends et litiges auxquels donnent lieu
les circonstances de la vie en commun, questions de pro-
priété, de partage, de suprématie, etc.
On a recours alors à des réunions appelées palavres ; ce
sont, en réalité, des conseils réunis pour juger un procès.
Certes, là, comme en tout, c'est le plus riche et le mieux
posé qui a souvent gain de cause ; mais un bon avocat, et il
y a beaucoup de noirs bons avocats, peut néanmoins faire
pencher la balance de son côté.
Lorsque surgit une question de ce genre, les intéressés
convoquent, si toutefois ils en ont le moyen, le ou les chefs
soit du village, soit de la tribu, les notables en général,
devant ceux avec qui ils ont un différend ; ces derniers
sont, de la sorte, à peu près ce que sont nos prévenus ;
les plaignants exposent leurs griefs et demandent une
réparation, qui peut consister non seulement en resti-
tutions, mais aussi en indemnités plus ou moins considéra-
bles. Ces espèces de réquisitoires sont souvent longs et
diffus, car les noirs sont très verbeux, se plaisent à se ré-
péter et recherchent souvent un appui pour leurs démon-
1. Voir le Bulletin d'octobre 1880, p. 289.
soc. DE ftÉlGR. — NOVEMBRE 1880. XX — 26
402 LA GUINÉE MÉRIDIOI^ALE INDÉPENDANTE.
strations dans des faits très anciens, quelquefois même plus
ou moins exacts. Les membres du conseil se tiennent d'or-
dinaire accroupis par terre et en cercle, chacun se lève
successivement, vient se placer au milieu, et donne son
opinion en se tournant presque toujours vers le notable ou
le chef qui préside l'assemblée et à qui, après réplique
et discussion complètes, appartient le prononcé du juge-
ment.
Ces scènes, malgré la véhémence des orateurs, se passent
en somme avec assez d'ordre et de tranquillité. Celui qui
est déclaré avoir tort, s'il n'est pas toujours satisfait, se
sou/net la plupart du temps de bonne grâce. En cas de
vol, je l'ai dit, le voleur devient l'esclave du volé ; aussi,
fréquemment, lorsqu'il voit la partie perdue, le coupable,
s*évade-t-il pour aller chercher asile et protection dans une
autre tribu. Quand un voleur appartient à un chef, îl arrive
quelquefois que celui-ci ou le renie ou le cache jusqu'à ce
que l'affaire ait été oubliée; parfois il le livre ou bien encore
il paye sa valeur. En certains cas les parties sont renvoyées
dos à dos ; d'autres fois, la procédure n'aboutissant pas, il
faut s'en remettre à la casca
Après ces généralités, il me paraît à propos de raconter
la plus importante des palavres que j'ai vues : il s'agît d'un
acte de piraterie dont j'avais été victime.
Je me trouvais à Landana quand une pirogue me fut
prise par les indigènes de Téro, village situé sur le Chi-
loango à quelques lieues de son embouchure"; elle contenait
un chargement d'une valeur d'environ sept mille francs en
tissus, tafia, goudron,coaltar, chaux, etc., destiné tant à l'é-
change qu'aux besoins de la factorerie de Chiuma, qu'on
rencontre, plus avant dans l'intérieur, sur la même rivière.
A Téro, le cours d'eau tourne, en se rétrécissant, entre
deux rives bordées de hauts palétuviers baignant dans l'eau
leurs fantastiques racines entrelacées de lianes. C'est un
défilé facile à garder ; on atteint le village en atterrissant
LA GUINÉE MÉRIDIÛNAI^E INDÉPENDANTE. 403
près d'une factorerie abandonnée, et en traversant un espace
découvert envahi par de hautes herbes ; aux alentours est
une forêt, plus loin sont des marécages.
Le chef ou prince de Téro, non^mé Boungo-Bondo, avait
arrêté rembarcation, l'avait gardée, ainsi que les marchan-
dises, et avait renvoyé sans explication l'équipage, qui était
allé h Chiuma ; l'un des hommes seulement était aussitôt
revenu me prévenir; il racontait que le canot s'était trouvé
tout à coup entouré par une dizaine de pirogues sorties du
dédale des racinçs, et que les huit hommes qui la montaient
n'avaient pu songçr ni k l9^ résistance, ni à la fuite.
Faisant aussitôt armer une pirogue de voyage, je partis
en reconnaissance, accompagné de douze hommes et de
celui qui avait assisté h la prise. Arrivé sur les lieux, après
m'être bien rendu compte de la situation et de la façon
dont les choses s'étaient passéea, après m^être bien convaincu
de l'impossibilité d'usor de la force pour recouvrer mes mar-
chandises avec le personnel et Içs moyens dont je, disposais,
je doublai Téro et continuai jusqu'à Ghiuma. Mon but était
de me concerter avec Idiondo, prince et lingwter (interprète)
de la factorerie, homme influent qui nous avait souvent été
utile dans des circonstances analogues, Le lendemain à sept
heures je redescendais la rivière avec lui, et abordant à
Téro, je faisais peu après appeler Boungo-Bondo, qui
ne tarda pas à arriver avec une nombreuse escorte armée,
r^ou^ princes place dans un baraquement abandonné,
assis vis«à,^vis l'un de l'autre sur des escabeaux. Deux
hommes de sa troupe, le fusil chargé, se mirent à mes côtés ;
sea conseillers et les autres se rangèrent derrière lui ; quant
à ma suitei elle s'accroupit derrière moi, sans armes, sui-
vant Vordre que j'avais donné ; je n'avais, personnellement,
que mon revolver dissimulé sous une large ceinture delaine
rouge ; enfin, Idiondo se tenait debout entre nous deux pour
servir d'interprète.
Après avoir obtenu Taveu du fait, je demandai à Boungo-t
404 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Bondo quel pouvait en avoir été le motif, et je résume ici
notre dialogue :
— Pourquoi as-tu pris mon canot et mes marchandises?
t'ai-je offensé? t'ai-je volé? ai-je pris même à d'autres
noirs quoi que ce fût qui leur appartînt? viens-je ici
pour piller ou être pillé? ne suis-je pas de ceux qui vous
*
apportent des tissus, de la poudre, le.taGa que vous aimez
tant? enfin crois-tu qu'il soit possible de continuer à faire
du commerce avec toi et tes semblables, si votre caprice,
votre mauvaise foi et votre malhonnêteté nous exposent à
être ainsi volé? Est-ce moi qui dois apprendre à un fiott
quelle est la loi de son pays ? ignores-tu qu'elle veut que
tout voleur devienne l'esclave de celui qui est volé? tu re-
connais que tu m'as pris mon canot, tu ne m'as pas encore
dit pourquoi ; il faut me l'expliquer, autrement j'userai des
droits que me donnent tes lois.
— Tout ce que tu viens de dire est vrai, répondit-il ; mais
je n'ai pas, en réalité, volé tes marchandises, je n'en ai pas
disposé, je les ai intactes ; je les ai saisies seulement en ga-
rantie parce que le Ma-Congo (l'un des princes de la rivière
«nu-dessus de Ghiuma), à l'instigation d'un de tes agents, a
arrêté un de mes canots chargé de produits; que, par con-
séquent, tu dois me rendre ce qui m'a été pris en me don-
nant, en outre, comme indemnité, une vestitnre (habille-
ment complet consistant en pagne, ceinture, chemise et
bonnet), un collier de corail, une caisse de vingt-quatre
fusils, deux barils de poudre, un baril de tafia. C'est à ces
conditions que je rendrai tes marchandises.
— Je n'ai nulle connaissance, répliquai-je, du fait que tu
signales, et je n'ai pas^ quant à présent, l'intention d'en
discuter avec toi la vérité : ce ne serait, du reste, pas con-
firme à vos usages. De deux choses l'une: ou le fait que tu
avances est vrai, et alors, selon tes lois, tu devais provoquer
une palavre, qui aurait déterminé ce qui pouvait t'être dû ; ou
il est faux, et dans ce cas je n'ai pas besoin de te dire do
LÀ GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 405
quoi tu peux être passible : tu le sais très bien. Ainsi de
toute façon tu as tort, que m'importe que tu aies des diffé-
rends avec le Ma-Congo? que m'importe leur origine ? Si tu
as à te plaindre de moi ou des miens, faisons palavre. Tu
ne dois pas oublier que le vol que tu viens de commettre
suffit déjà pour te donner le mauvais rôle en cette affaire,
et que^ au cas où il y aurait procès ,tu perdrais plus que ta
liberté. J'ai pensé à tout cela, moi; aussi tout d'abord suis-
je venu sans armes te demander de me restituer ce qui
m'appartient, car je veux croire que tu as été mal conseillé,
et l'offrir d'en appeler, comme je viens de le dire, à une
fondation (palavre) dans laquelle on décidera qui a raison.
Si ce n'est pas moi, je payerai ; si c'est moi, tu n'en seras pas
quitte à bon marché, puisqu'on ne pourra pas arguer de la
violence de mon procédé pour user de représailles. Je n'ai,
jusqu'à présent, dénoncé le fait à personne; ton suzerain le
Mankotche n'en est pas avisé; il est donc temps encore,
réfléchis, il me faut mes marchandises et mon canot;
autrement malheur à toi, ta vie ne pèsera pas le poids du
vent!
Tel est le sens des paroles échangées entre Boungo-Bondo
et moi, traduites au fur et à mesure par Idiondo soit en fiott
soit en portugais.
Au cours de cette discussion les gens de sa suite ne man-
quèrent pas de manifester le mécontentement qu'ils ressen-
taient en présence d'arguments qui, visiblement, inquié-
taient beaucoup leur chef ; les miens, au contraire,
paraissaient croire à une solution favorable.
Boungo-Bondo me demanda la permission de se retirer
pour (( boire de l'eau », expression usitée qui veut dire
chez les noirs qu'on veut s'isoler à l'effet de réfléchir ou de
se concerter avec d'autres. Il revint peu après me déclarer
que j'avais bien certainement raison, mais qu'il lui était im-
possible pour le moment de me rendre autre chose qu'un
baril de coaltar et deux barils de chaux, offre réellement dé-
406 LA ÔUINÊË MÉRIDIONALE ÏNÛÉPENDANTE.
rîsoire; évidemment Boungo-Bondo subissait Tinfluênce de
la population du village, qui comptait avoir sa bonne paft du
butin, mais ce n'était pas mon compte, et la moindre tran-
saction aurait détruit la valeur de mes réclamations. Je re-
fusai et Bs encore une fois valoir mon droit, qui était reconnu;
n'admettant pas de demi-mesure, je déclarai que je voulais
tout ou rien.
Il était tard ; tous ces pourparlers et le teïïlps de les inter-
préter avaient absorbé beaucoup d'heures, j'invitai Boungo-
Bondo à aller réfléchir de nouveau, et je profitai de ce
moment de répit pour manger quelques sardines accompa-
gnées de biscuit qui avaient été apportées à tout hasard.
À la reprise de la séance, Boungo-Bondo m^annonça qu'il
consentait à me rendre, en plus, une pipe (120 galons ou
470 litres environ) de ta&a ; je n^acceptai pas plus que la
première fois, et, après lui avoir signifié de nouveau mon
ultimatum en lui rappelant ce à quoi il s'exposait, je le
quittai. Il m^accompagna jusqu'au canot.
De retour à Landana, j'avisai les agents des autres facto-
reries, leur montrant le danger, égal pour tous^ qui pour-
rait résulter de l'impunité. Nous envoyâmes, de concert,
au Mantkotcbe deux pièces de mouchoirs avec un galon de
tafia, et une bouteille de genièvre, en demandant justice.
Notre requête fut bien accueillie: le Mankotche fit ré-
pondre quMl se rendrait aux factoreries pour y juger le
procès dès le surlendemain.
C4omme une inondation rendait presque inhabitable la
factorerie française de Ghiuma, on choisit au même point
une factorerie portugaise gérée par M. Margarida.
A rheure dite, le Mankotche, homme de petite taille, un
peu gros, l'œil vif, arrive vêtu d'un vieil habit bleu de roi,
encore assez frais et qui, vraisemblablement, avait appar-
tenu à quelque laquais européen. Une chemise à fleurs, de
grandes dimensions, dépassait les basques de l'habit et
retombait par-dessus un pagne fait de mouchoirs de Madras.
LÀ GUINËË MÉniDiONÂLE iMDÊl^EîfDANTE. 407
Il portait aux bras des bracelets de ficelle et de cuivre, à ses
chevilles des anneaux d'argent ; il avait pour coiflure un
de ces bonnets en fil d'aloès très fin qu'on febrique surtout à
Cabinda, et qui sont considérés comme un insigne. 11 tenait
à la main un long bâton orné de clous de enivre et d'amu-
lettes ; ses pieds étaient nus. Une suite de soixante à quatre-
vingts individus l'accompagnait, composée principalement
de ses chevaliers seigneurs ou /Idrt/jfo^ avec leurs domestiques
ou suivants . Il amenait aussi son maniaque, sorte de ministre
de la guerre, à la fois général en chef et bonrreau, grand
gaillard de belle prestance vêtu d'une chemise de calicot à
ramages, d'un pagne de cotonnade, et coiffé d'un bonnet
analogue à celui du prince, mais plus simple; il était armé
d'un sabre de cavalerie, modèle français de 1822. Son ganga
ïembi de première classe, ses moulèques ou domestiques,
enfin divers noirs, venus là dans l'espoir de quelque régalade
de malaff (eau-de-vie ou tafia) complétaient l'escorte du
Mankotche.
Boungo-Bondo, assigné, arriva bientôt avec cinquante à
soixante hommes en armes.
Une salle de la factorerie avait été choisie pour la réu-
nion. Le Mankotche se plaça à une extrémité, les agents
des maisons européennes, convoqués, se rangèrent et s'as-
sirent le long de la muraille du côté droit, lesfidalgos de
l'autre, les mankaques s'accroupirent en cercle aux pieds
du prince et le public resta aux abords. Nos lingqisters,
ainsi que ceux du Mankotche, revêtus de leurs plus beaux
costumes, se tenaient debout près d'une table au milieu de
la salle.
Ce fut le doyen de ces derniers qui ouvrit la séance,
sur Tautorisation du prince auquel il alla la demander un
genou en terre, en battant doucement des mains en signe de
soumission .
L'exposé de ce qui s*était passé, exposé très allongé par
de nombreuses redites, dura jusqu'à llieure du repas, c'est-
408 LÀ GUINÉE MERIDIONALE INDÉPENDANTE.
à-dire jusqu'à 4 heures à peu près, et fut suivi d'un temps
d'arrêt.
A la reprise, Tun des seigneurs de la suite du Mankotche
eut la parole pour retracer tout aussi longuement une es-
pèce d'historique des coutumes de la rivière Ghiloango,
historique souvent interrompu par des mouvements d'ap-
probation ou par quelques observations d'un auditeur qui
trouvait bon de placer son mot.
Cette journée, pendant laquelle la loi du pays devait être
clairement développée et commentée, et les faits dûment
expliqués, ne fut qu'oiseuse et remplie d'un verbiage fati-
gant : sunt verba et voces, prœtereaque nihiL
La nuit nous surprit, sans que l'accusé eût comparu, sans
qu'on fût plus avancé qu'au début, et, la séance levée, les
gens du Mankotche furent répartis dans les diverses facto-
reries, qui durent leur fournir des abris, des aliments et des
boissons.
L'audience recommença le lendemain matin à 7 heures,
et l'on entra dans la discussion. Il devint de plus en plus
difficile de maintenir les orateurs sur le véritable terrain de
l'affaire. Quoi qu'il en soit, d'après nos indications répétées,
nos linguisters parvinrent à faire reconnaître le principe de
notre droit.
On procéda alors à l'audition des témoins. Le premier
entendu fut le Ma-Congo. Quoique d'abord un peu impres-
sionné par la solennité du débat, il ne tarda pas à se re-
mettre et à charger Boungo-Bondo, en disant que s'il avait
pris le canot de ce dernier, c'était pour des motifs anciens
et particuliers, que les blancs étaient complètement étran-
gers à la chose, et que Boungo-Bondo devait bien le savoir.
Boungo-Bondo écoutait du dehors, avec la plus grande im-
passibilité.
Une suite d'autres témoins parlèrent successivement pour
et contre, interrogés qu'ils étaient aussi bien par les linguis-
ters du Mankotche que par les nôtres.
LÀ GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 400
Gbaque fois que quelque point semblait suffisamment
éclairci, Tauditoire entonnait une sorte de chanson mono-
tone, rappelant celle de nos lampions, et au bruit de la-
quelle les mankaques, sortant de leur attitude impassible
exécutaient, en tenant leurs sabres, des pas excentriques
mêlés de mille contorsions. Ils regardaient la queue de leur
pagne à la manière de nos élégantes qui jettent en arrière
un coup d'œil sur leur traîne ondulée, et leur physionomie
se montrait tour à tour riante ou effrayante. Chacune de
ces étranges interruptions, ponctuant les phases du procès
depuis son ouverture, ne durait pas moins de deux à Irois
minutes.
La journée, comme la précédente, ne suffit pas à Tin-
slruction complète du litige; ce fut le troisième jour seule-
ment que le mankotche fit comparaître Boungo-Bondo,
jusque-là relégué sur les confins de l'assistance. Il lui permit
alors, après un nouvel et court résumé des faits, de pré-
senter sa défense à genoux. Boungo-Bondo, avec beaucoup
de faconde, répéta ce qu'il m'avait dit à Téro ; il y mit même
une certaine éloquence, et répondit avec beaucoup d'éner-
gie à mon linguister qui dut l'arrêter à plusieurs reprises
pour rectifier ses assertions. Se sentant serré de si près,
il eut des mouvements oratoires véritablement très beaux.
Sa plaidoirie terminée, le Mankotche fit rappeler le Ma-
Congo, à l'effet de les entendre contradictoirement, et
celui-ci maintint froidement, avec fermeté, îout ce qu'il
avait dit.
De ce moment Boungo-Bondo comprit que sa cause était
perdue, il devint furieux, à tel point qu'on dût d'abord le
contenir, puis l'expulser de la salle.
A la suite de cette scène orageuse et fort émouvante,
après une courte conférence avec ses fidalgos,le Mankotche
déclara la cause entendue, annonçant que j'avais « gagné
raison », et qu'en conséquence, mes marchandises m'allaient
être rendues immédiatement, ainsi que le canot.
410 LR GUINÉE HÉntDIONÀLE INDÉPENDARTE.
Il demanda alors un mouchoir, le déchira en deux, se
leva et vint à moi qui étais assis à peu de distance à droite ;
mettant un genou en terre, il me noua la moitié de ce mou-
choir autour du cou ; en même temps il me faisait connaître
qu*il me remettait ainsi le signe de droit de vie et de mort
sur Boungo-Bondo, me priant toutefois, en grâce, de ne pas
faire justice en sa présence. Je n'eus garde de ne pas accéder
à sa prière, j'avais obtenu mes marchandises ; j'étais informÉ,
d'ailleurs, que les trois ou quatre cents noirs attirés autour
de la factorerie par le procès, et qu'avaient surexcités les
partisans de Boungo-Bondo profiteraient du moindre trouble
pour nous faire un mauvais parti; nous n'étions pas, moi et
mes gens, suffisamment armés, notre situation topogra-
phique était défavorable, je ne m'occupai donc point du
voleur, qui disparut aussitôt de Chiuma et dont je n'ai plus
entendu parler depuis.
Cette palavre ne fut pourtant pas couronnée de succès
sans quelques frais. Selon les coutumes de la côte du Congo,
j'ai dû donner en cadeau au Mankotche une chemise, un
bonnet de velours, une ceinture de drap rouge, douze
yards de velours noir de coton, cinq galons de tafia ; en
outre j'ai dû faire à chacun des seigneurs, un cadeau pro-
portionné à son rang. Je ne parle pas de ^entretien de toute
la suite, après les audiences, en riz, chiconangues, poisson
sec, chevreaux et boisson. Le total de ces allocations fut
assez considérable, bien que minime en comparaison des
résultats obtenus.
Si je me suis un peu étendu sur cet incident de mon
séjour à la côte, c'est qu*il m*a paru de nature à édifier sur
les mœurs du Congo; j'ajouterai quelques mots au sujet des
divertissements des noirs.
Naissance, mariage, mort, sont l'occasion de fêtes qui ont
entre elles un rapport commun : elles se manifestent tou-
jours, par des journées et des nuits entières passées à danser
LA OUINJË nÉRtÛIÔMALE iNDËPENDAMTE. 411
et à boire, avec accompagnement de chanls nasillards, de
bruit de tambour et qiielquefoîs de coups de fusil*
Ces danses, — j*en excepte celle des mankaques pendant
les palavres, parce qu'elles ont un caractère absolument par-
ticulier, — consistent en mouvements ou contorsions de la
partie supérieure du corps, souvent lascifs jusqu^à l'indé-
cence, tandis que la partie inférieure, contrairement à ce
qui se passe en Europe, demeure immobile. Les indigènes
paraissent trouver dans ce genre de danse un plaisir sans
égal ; ils s*y livrent avec frénésie et y trouvent une véritable
ivresse.
Les coutumes observées dans les enterrements varient
un peu, suivant le pays, la classe et le rang du défunt. A
Cabinda, par exemple, le mort s'il est de quelque impor-
tance, n'est enterré que longtemps après son décès ; à San
Antonio, il ne Test guère que deux mois après. En général,
dans ce cas, ïe corps est tassé tant bien que mal dans une
caisse à fusil d'importation européenne, puis roulé dans une
série de pièces d'étoffe au point d'en faire une masse qui
cube plusieurs mètres. Cet enroulement se fklt en plusieurs
fois et chaque fois est l'occasion de danses, de libations et
de contributions levées non seulement sur les indigènes,
mais aussi sur les résidents blancs du voisinage.
Dans certaines régions, le mort ne saurait être inhumé
sans avoir au complet ses ongles et ses dents ; à Ambrizette
oîi la chaussure est interdite aux vivants, on a Thabitude de
mettre des souliers ou des chaussettes aux morts.
Ces hommages suprêmes sont dus à la croyance dans la
survivance de l'esprit de vîe et à sa puissance surnaturelle
sur le monde qu'il a quitté. On peut y voir une Vague notion
âe l'immortalité de l'âme, que les gangas, dans Tintérôt de
leur casuel, se gardent bien de contredire.
Pour les naissances et les mariages les réjouissances sont
plus courtes et l'objet de moins de libations. La cause en
est à l'absence de toute contribution pour en faire les frais
412 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
qui, incombant alors entièremenl aux plus directement in-
téressés, sont nécessairement proportionnés à leurs moyens.
Les chants des noirs, au cours de ces fêles, sont généra-
lement d'un rhytme très doux. La langue, d'ailleurs, le
fiott, n'est point gutturale, ainsi que le démontre l'abon-
dance des voyelles dans les exemples suiyants,que je donne
en transcrivant exactement en français la prononciation
indigène.
Que dis-tu? Kousili touba? — Où vas-tu? Kousili
kouanda ? — Père, tatè, — Mère, mamè. — Homme,6atata.
— Femme, batcheute. — Pain, djimbolo, — Poule, n'zousou.
— Nourriture, bilia. — Bon, m*bolt. — Mauvais, m'bi. —
Feu, baz ou touya. — Apporte, loila. — Va, n'doco. —
Viens, onisa. — Va-t-en (avec mépris), votoula ou katouba.
Je citerai la phrase prononcée par tous les assistants
pour marquer la fin d'une palavre : 5 bôbô, a piuf à bb'blf à
pià I Comme l'indique l'accentuation, à la répétition toutes
les voyelles sont brèves.
Je citerai enfin les trois premiers vers d'une chanson que
les femmes entonnent fréquemment au retour du maître au
chimbèque :
Ta te moudcke Le père est arrivé!
Tekelek tate mazia ! Donnez de l'eau au père !
Badanz bich moamba ! Le canard est prêt pour la nioamba !
Dans cette chanson le ton est très aspiré et marque l'é-
motion que doit éprouver le chanteur.
Avant les mots Vm et Vn indiquent l'aspiration de la con-
sonne initiale qui suit; ainsi on ne doit dire ni 60 ma ni
enboma^ mais il faut articuler faiblement l'n, et observer un
tout petit temps avant de prononcer borna. Le plus souvent
les voyelles finales a et 0 sont muettes.
Un mot encore sur cette langue qui, je l'ai dit, n'a pas
d'écriture ; les noirs semblent ne la posséder qu'à regret.
J'ai entendu, en effet, certains d'entre eux dire avec un air
LA. GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 413
particulier qu'ils enviaient la sagesse du gorille de savoir se
taire pour n'être point obligés de travailler.
En résumé, les mœurs du Congo, comparées à celles du
Dahomey et de beaucoup d'autres contrées africaines, sont
généralement douces. Ici pas de sacrifices humains, pas
d'anthropophages, à moins qu'on ne pénètre assez loin au
nord-est ou fort au sud; la barbarie avec son horreur ne se
révèle que dans la dernière phase des exécutions dont j'ai
parlé, et lors de certaines exaspérations populaires, lesquel-
les ne peuvent être maîtrisées nulle part, pas môme parmi
les races blanches. Celles-ci, malgré leur civilisation, se
sont souvent souillées d'atrocités que ces peuplades sau-
vages n'auraient pas imaginées.
Leurs guerres, il faut le dire, n'ont pas la férocité des
nôtres; là, pas d'armes aussi meurtrières, pas d'hécatombes
gigantesques ; une guerre de huit jours est une grande
guerre; elle est réputée terrible lorsqu'il y a eu deux ou
trois morls. Il est vrai que les armées ne sont pas considé-
rables, et que le système de combattre ou la stratégie en
usage prête peu à des massacres. Ainsi à Binda, pendant
que je m'y trouvais, à la suite de difficultés survenues entre
le prince de Binda et l'un de ses voisins, la guerre ayant été
déclarée, chacun mit sur pied le nombre d'hommes dont il
put disposer, réunit tous les alliés possibles et entra en
campagne. L'objectif de chacune des armées était des villa-
ges à prendre, piller et brûler. Or les bandes sortaient de
leurs positions le matin de 7 à 8 heures, cherchant autant à
se surprendre les unes les autres, qu'à éviter les surprises,
et suivant une tactique qui se rapproche de notre déploie-
ment en tirailleurs ; lorsqu'il y avait rencontre, la prudence
des deux côtés devenait extrême, chacun s'efforçant de dé-
couvrir un ennemi isolé pour tirer sur lui, à l'abri d'une
roche ou d'un arbre, un coup de fusil plus ou moins ajusté;
on se repliait ensuite au plus vite, en se dissimulant de son
mieux pour éviter la riposte, et recharger son arme. Le
444 l'A GUINÉ6 MÉUIDIONALC: INDÉPENDANTE.
succès de la bataille était généralement dû plutôt aux dis-
positions plus ou moins hardies d'un des deux partis, qu'aux
pertes éprouvées. Un on-dit quelconque, tel par exempte que
ravis d'un renfort reçu par Tennemi ou d'une défection dans
ses rang8> déterminait un mouvement en arrière ou en avant \
à 4 heures du soir, quelle qu'eût été la journée, des coups de
trompe annonçaient une suspension des hostilités^ il en
était de môme au lever du soleil pour la reprise. Cette situa-
tion,en se prolongeant, nous devenait préjudiciable par suite
de la cessation des affaires ; le prince de Binda, dont notre
factorerie dépendait, ' paraissait assez démoralisé, il avait
quelques blessés et les femmes abandonnaient le village;
nous nous résolûmes donc, pour en finir, i( envoyer nos
croumans en reconnaissance avec ordre de faire siffler
quelques balles aux oreilles de l'ennemi : l'effet fut magi^^
que, le soir même un parlementaire vint nous assurer qu'on
respecterait le comptoir et le village de Binda, La prince,
fort de notre appui, ne tarda pas à obtenir un traité de paix
peu désavantageux.
Cette guerre a passé, dans le pays, pour une grande guerre,
Parfois cependant la lutte est plus sérieuse ; lorsqu'elle est
provoquée des pensées de vengeance ou de représailles
contre les réisidents européens, et qu'aucun intérêt com*
mercial n'est engagé, comme cela était à Binda» il faut plus
que le bruit des balles pour en obtenir la fin. Je citerai les
différentes guerres qui eurent lieu à Landana et h N'Livoula
où les noirs furent battus par nousj au Massabé où ils
furent victorieux, et le combat de la Fannyt vapeur français
poursuivi dans les passes du Cbiloango. J'aurai l'occasion
plus bas de revenir sur les événements de Landana, mais
dès à présent je dois rappeler l'affaire de la Fanny^ sans
entrer toutefois dans le détail des faits qui en furent
cause.
Le vapeur redescendait de la factorerie de Chiumai quand
LA. GUIIiÉE HÊaiDIONil^E INI^ÉPEîIDÀNTE;. 415
il fut attaqué, aux environs d'Insono, par des noirs très nom-
breux courant parmi les palétuviers qui les abritaient ; des
deux rives partit une fusillade très nourrie, H y avait h
bord quatre agents blancs, vingt indigènes, avec une assez
grande quantité de marchandises et des moutons. Le per^
sonnel répondit vigoureusement avec ses fusils et deux pe-
tites pièces d'artillerie, mais sans eifet au moins apparent,
car la poursuite dur9, aussi vive, pendant trois heures^ Près
d'un point appelé Tenda, les noirs avaient disposé un bar*
rage en cordes de lianes que, par bonheur, le vapeur put
rompre, non sans avoir fait une embardée qui le jeta sur
les palétuviers contre lesquels il broya des pirogues amar-»
rées à son bord ; le combat ne cessa qu'à la hauteur d'un
endroit nommé N'tetche : les voiles, bien que serrées,
étaient déchiquetées par les balles, les pavois percés de
millQ trous, les moutons tués ou mutilés, 12 noirs blessés
dont quelques-uns très grièvement; les blancs seuls avaient
échappé comme par miracle.
Il a été impossible de savoir si, parmi les assaillants, beau*»
coup avaient été blessés : on n'en vit qu'un tomber du
haut du palétuvier oti il s'était embusqué. À peine pouvait-"
on distinguer l'ennemi au milieu des lianes et des herbes ^
il fallait tirer en quelque sorte au juger et guidé seulement
par la fumée du coup de feu.
Les blancs brûlèrent dans ce combat plus de 700 carton*
ches Snider, 20 à 25 boîtes à mitraille; quant aux coups d^
fusil de l'équipage noir on ne saurait les compter*
Dépités de n'avoir pu prendre le vapeur, les bandes indi-
gènes coupèrent au court immédiatemeat après N'tetche,
pour aller attaquer la mission catholique établie k L^ndana
aux avant*po8tes des factoreries ; ils pensaient sans doute la
trouver sans défense, mais rudement accueillis, ils battirent
en retraite au plus vite.
C'est (me des affaires les plus meurtrières dont j'aie eu
connaissance au Congo,
416 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
Cette partie de la côte d'Afrique est restée en quelque sorte
vierge d'explorations sérieuses; la science n'est parvenue à en
posséder que des notions géographiques et ethnographiques
très incomplètes et très vagues ; elle les doit moins à des
recherches spéciales, qu'à des révélations du commerce
qui, sans en avoir conscience peut-être, a seul jusqu'ici
soulevé un coin du voile derrière lequel ces contrées sont
encore cachées aux regards. Aujourd'hui encore, c'est au
commerce, si conforme aux mœurs, aux goûls, à l'aptitude
de ces pays, qu'il convient, selon moi, de demander des
moyens de pénétrer dans l'intérieur, de l'étudier et de le
connaître. Ce fut lui, d'ailleurs, qui présida aux premières
relations européennes avec la côte, sous une forme qui nous
paraît sans doute barbare, mais qui trouvait sa sanction dans
les coutumes du nègre. J'ai nommé la traite, et je n'éton-
nerai peut-être tout le monde en disant que l'abolition de
ce trafic cause un vif mécontentement parmi les noirs; peu
s'en est fallu que, par suite, toutes relations ne fussent
interrompues : c'était un commerce si facile que le com-
merce de la chair humaine l et celui qu'on allait lui substi-
tuer était relativement si pénible ! l'esclave s'élève tout
seul, se transporte tout seul au point de traite. Quelle
différence avec les marchandises, qu'il allait falloir récolter
et transporter! L'énergie, l'audace même de certains Euro-
péens vint cependant heureusement à bout de celte répu-
gnance.
Ce serait une grande erreur de se figurer que l'établisse-
ment d'un comptoir dans ces parages, où semble ne devoir
exister ni douanes, ni impôts, sôit chose facile. Au temps
de la traite même, on ne pouvait construire les baracons
où devait s*entasser, dans l'attente d'un négrier, la denrée
des marchands d'esclaves, sans avoir débattu au préalable
certaines redevances avec les princes ou chefs dont dé-
pendait le territoire. Les mêmes usages existent mainte-
nant : rintérèt du commerçant européen, la nécessité
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 417
d'assurer la sécurité de son comptoir les a perpétués. Mais
le mode de perception et la valeur des redevances ou impôts,
le nombre de rois, seigneurs, gangas, dont on sera tribu-
taire sont choses variables et pourtant indispensables à
connaître avec exactitude. Quel nouveau venu pourra savoir
à Favance le rendement du poste qu'il veut fonder, le nombre
des propriétaires avec lesquels il doit traiter de la conces-
sion? L'avenir de son entreprise dépend cependant des con-
ditions qu'il se sera engagé à supporter, et Ton comprend
aisément de quelle importance peut lui être une connais-
sance précise ou tout au moins suffisante du pays. Suivant
les endroits, les coutumes (ou redevances) se règlent, soit
annuellement, soit mensuellement, soit encore par charge-
ment de navire, et varient de quelques centaines à quel-
ques milliers de francs. Généralement débattues en pa-
lavres, elles sont consignées sur des papiers appelés
tnoucandas.
Il est, je crois, peu de pays oîi l'engagement écrit ait une
plus grande valeur, jouisse de plus de crédit et soit plus
respecté qu'il ne l'est dans ce pays où nulle écriture n'existe
et n'a existé, où aucun noir ne sait lire. Ce fait, très à la
louange des Européens, est dû à l'exactitude qu'ils ont tou-
jours apportée à faire honneur à leur signature.
La moucanda s'emploie non seulement pour régler des
concessions, mais aussi lors de contrats passés avec des
serviteurs, ou pour effectuer des payements. Dans ce der-
nier cas, assez fréquent, on remet une moucanda au noir
avec qui l'on a traité, et cette pièce circule, comme un
billet à ordre, de village en village pour revenir un jour à
l'Européen qui l'a souscrite.
A la côte, où le commerce est tout d'échange, on ne
connaît pas la monnaie fiduciaire : pour y suppléer et sim-
plifier autant que possible les opérations, on a imaginé des
unités représentatives d'échange dont l'usage est adopté
dans le langage commercial.
soc. DE GÉOGR. — NOVEMBRE 1880. XX. — 27
418 LA GUIliÉ£ JftÉRIDIGNAIiE «JD^nRIttANTE .
Ainsi à Ambrizette, pour rachat vde.rîvarœ, celte «nité
représentative est le fusil : roffreiloRCsfr'âKpBiine en «taàt
de fusils », ce quisous-enleoil un |)ia]i;eiiQt6iit-clfeciaé partie
réellement en fusils, partie eabarilsdse peudneet'en pièces
de tissu, dans la proportion, par compensation, du double
des fusils offerts; exemple : 'pour 30 fusils le blanc ne
donnera réellement (}ue : 1"* 10 llusils. avec JOfk^uquets* de ba-
guettes de laiton, en toutSO artieJes; 2** 601)arils de pt)udre
représentés par 20 barils en léalké^et M pièces de tissu;
3° 60 pièces de tissu représentées par 30 fèèces réelles et
30 lots de boudaguistes, ou objets de peu de valeur, telles
que cercles de balles, bouteilles vides, etc.
C'est dans Testimation de l'oifre 4)tte.peut.se distinguer
rinteltigence du blanc. En effet, l'exemple ci'^dessus est
celui d'un payement tel que^enoir peut l'exiger, mois il est
possible qu'il préfère être. payé >d'une façon plus avanta-
geuse pour le blanc, ainsi qu'il demande moins de fusils en
réalité, moins de barils de .pondre, plus de pièces de tissu
. et de boudaguistes : dans ce casJe blanc aura intérêt à lui
faire, en fusils, une offre plus considérable; pour apprécier
cet intérêt il faut savoir qu'un fusil à pierre qui «vaut parfois
12 francs, valeur d'Europe, est représeaté par 2 pièces de
tissu valant cbacune .2 .à 3 francs, qu'il y a par conséquent
bénéfice à les lui substituer après marché conclu en fusils.
Les linguistcrs, habilement cosuluits, aident dans un mar-
ché, soit qu'ils éclairent l'agent .européen^soit qu'ilsinflueB-
cent le choix du noir.
A Ambrizette le fusil. ne s'offre qu'en échange d'ivoire;
pour les arachides l'unité représentative est la pièce ée
tissu ou le nielle de matars (soi^te ..de verroterie de
Bohême).
li n'existe aucun système fixe denaesope: chaque compteir
a ses jauges propres, sa façon à lui de oaiesuner; les uns
pèsent, les autres cubent. Chacun •s'ingénie à.iroaver et em-
ploie le mode qui paraît le mieux convenir à ses clients.
LA aXJmÈE MÉRmrONAtE mDÉPENDATïTE. 419
Le noir a, par excellence, rinslinct du négoce ; il discute
ses prix avec une grande habileté. Il faut le voIt, très ferfne
et en apparence indifférent, soutenir que son sac "de coco-
notes ou d'arachides vaut son pesant d*or; à tme offre de
25 fusils, il répond tranquillement par uifte demande de 50.
Quand on trrrive à s'entendre, quand il est convaincu quSl
ne peut obtenir davantage, s'il laisse sa marchandise, il
cherche encore à se Taire donner quelque objet à titre de
dédommagement; parfois aussi il fait mine delà remporter,
ou même il va la vendre à un taux inférieur dans quelque
autre maison souvent fort éloignée. Pensant inspirer ainsi à
la maison avec 'laquelle il préférerait traiter, la crainte de
ne plus faire d'affaires, il espère la forcer à augmenter ses
prix. Il lui coûte peu de faire 15 ou 20 lieues qui lui rap-
porteront une bouteille de tafia de plus ; pour lui, à qui
suffit ce que la nature a pris soin de mettre à sa portée, la
marche comme le temps n'est rien, mais une bouteille de
tafia est beaucoup.
C'est, à bien prendre, moins peut-être un marchand
qu'un insatiable mendiant, désirant tout ce qu'il voit, tout
ce que vous avez ; il n'est humiliation qu'il ne supporte
pour Tobtenir, engagement qu'il ne propose, promesses
qu'il ne fasse; cédez sur un point, il en aborde aussitôt uti
autre; accordez-lui la bouteille supplémentaire qu'il con-
voite, il en demande une seconde; devant un refus énergi-
que, il déclare qu'il se contentera de la moitié ; s'il l'obtient,
il quête encore quelques verres pour conserver, dit-il, im bon
souvenir de vous.
Parfois, dans les factoreries, on est obligé d'employer la
force pour expulser ces obstinés, et je puis affirmer qtre,
dans ce genre de négoce, il faut au blanc une énergie et
une patience à toute épreuve.
Les produits qu'on tire de la côte occidentale d'Affrqtrô
se limitent actuélletnent aux coconôtes, aux arachides, à
l'huile de 'palme, au caoutchouc, à l'ivoire, auca'fé, iiTor-
420 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
seille; on peut y joindre, en moindre quantité, de la cire,
de la gomme copal, du minerai de cuivre et de Técorce
de baobab, très employée pour les câbles et le papier.
Ces produits ne se rencontrent pas sur les mêmes points;
ainsi, Thuile de palme ne se récolte en quantilj§ suffisante
pour en faire commerce qu'au nord du Congo et jusqu'au
Kouilo où déjà elle n'a plus la même consistance.
Les arachides sont, au contraire, un produit spécial à la
rive méridionale du fleuve, sur laquelle on en trouve en
abondance dans les bonnes années.
N'Boma, dont nous avons indiqué la situation sur les bords
du Zaïre, réunit l'huile de palme et les arachides, et il s'y
joint la cocoa mit ou amanJe de palme qu'on trouve
aussi particulièrement dans le nord, comme l'huile du
môme nom.
L'ivoire est en grande quantité, surtout à Ambrizette,
Kissembo et Ambriz; au nord il n'arrive que par petits lots,
dans les parages de Massabe et de Pointe-Noire.
Le caoutchouc de bonne qualité, coupé en petits mor-
ceaux, est assez abondant vers Kissembo et Ambriz : sur
un espace de 50 lieues marines environ, c'est-à-dire de Kis-
sembo au Massabe, il n'est pas exploité, et, de ce dernier
point jusqu'au Gabon, celui que les noirs apportent n'est
plus en morceaux mais en boules et d'une qualité très in-
férieure à celle du sud.
Kissembo, Ambrizetle et Ambriz surtout reçoivent le
café. L'orseille, sorte de lichen, est particulière à Ambri-
zette. Lécorce de baobab, le minerai de cuivre s'exploitent
dans le sud ; enfin le copal, d'un commerce irrégulier et
peu important^ est commun à peu près à tous les points de
la cftte.
Les difi'éronls produits naturels font l'objet d'un trafic
considérable actuellement aux mains d'une vingtaine de
maisons plus ou moins importantes appartenant à diverses
nations. Six d'entre elles, deux françaises, une hollandaise.
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 421
une anglaise et deux portugaises possèdent de nombreux
comptoirs, tant sur le littoral qu'à Tixitérieur; les autres, la
plupart formées par de petites sociétés portugaises ou
américaines, n'occupent chacune qu'un, deux ou trois
postes relativement insignifiants.
Les marchandises d'importation se tirent presque exclu-
sivement d' Angleterre ; l'énumération détaillée en serait un
peu longue, je l'abrège :
Tissus légers : Riscades, cheks, coton Guinée, mou-
choirs, indiennes, draps laine rouge et bleue, velours de
colon, etc.
Liquides : Eau-de-vie, genièvre, liqueurs de qualité infé-
rieure.
Faïences : Assiettes, cuvettes, pots à eau, etc.
Verrerie : Carafes, bouteilles, dames-jeannes, verres à
boire, etc.
Coutellerie : Machettes, couteaux de table, poignards, etc.
Armes à feu : Fusils et mousquetons à pierre.
Poudre : En barils de différentes dimensions.
Bijouterie : Corail et anneaux d'argent.
Confection : Chemises, vieux habits militaires et cos-
tumes.
Quincaillerie : Cadenas, serrures, baguettes de laiton.
Coiffure : Chàpediux de feutre et de paille, bonnets de
coton rouges ou rayé^.
Sel : Fin ou gros, selon les localités.
Bimbeloterie : Articles dits de Paris, variés à l'infini.
Verroterie : Almandrilles, pipîotis et matars. Ces déno-
minations méritent d'être expliquées :
Les almandrilles sont de petites olives de porcelaine avec
dessins de couleur; les pipiotis sont des cylindres de porce-
laine recouverts d'un émail brun ; enfin les matars sont des
morceaux de tubes de verre bleu à facettes. Ces diverses ver-
roteries sont toutes percées dans leur longueur; elles s'em-
ploient comme ornements : le matar toutefois sert de
monnaie dans certaines localités, par exemple à Ambrizeite»
pour l'achat des vivres ; ainsi uue poule se vend mille ma-
tars, etc. Pour faciliter le comptage des matars ils sont gé-
néralement enfilés par série de cenl.
Tel est Tapcrçu sommaire des marchandises d'impor-
tation.
Lorsque les amandes, l'huile de palme» les arachides don-
nent de bonnes récoltes, le commerce de ces denrées, joint
à celui des autres i)roduils, amène dans une saison à la
côte près de quarauœ navires de 400 à 500 tonneaux char-
geant environ 15 à 18 mille tonnes pour les différents ports
d'Europe : Marseille, le Havre, Liverpool, Rotterdam, Ham-
bourg, entrepôts principaux des denrées africaines.
Ce chiffre, évidemment, n'est pas le même pour chaque
année, et différentes causes peuvent le modifier; la séche-
resse est l'une des principales, mais d'autres productions
plus abondantes peuvent alors relever les affaires : ainsi,
dans les dernières années, au sud, le caoutchouc, d'une, ré-
colte plus facile que celle des arachides, et d'un rapport plus
considérable en raison de sa valeur et de son abondance, a
paru séduire les noirs au point de faire craindra que
les arachides; et, au nord, les produits du palmier, ne
fussent mis de côté.
La relation entre la production du pays et le^ besoûofi.du
commerce règle naturellement, comaie sur tous les mar-
chés, les cours de rechange.
11 u'existe aucune bête de somme ou de trait dans la co&-
trée; pour les marchandiîôs, aussi bien que pour les Yoya*
geurs, les seuls moyens^de transport sont Thomma. (i^our la
Yoie de terre, les pirogues, pour la voie d^eau.
Le sol des seoliers toujours étroits, creusé en sorte de V
par l'habitude c^^ont les noirs de marcher en posant les
pieds successivement sur une même ligue sans. déviation»,
est presque impra^ticiible aux blan;:s; ceux-ci font leurs
LA. . GUlKÉffil MÉRtBWWftEE iNBÉÏWKDAKTTr: 423 '
voyag^^daitt un bJBcnaci appelé tipoï, snspeirdrt par des a'-
guilleadfiToire aw de bow,, suivant la richesse du^voyageur,
aux exirémitéâ d^un long baiwhou'(ott branctne de palmier
rotanig) for tl léger,. dont é^ux noirs poptenrt lés bouts alter-
nativeflAenfc sur les épao^^^et sar la tète.
L& Gkiihoangd^ Ie9«rrvièr9s du Massatie, le Konilo, sans
parlée dm GongO'^ parooopci par plusieurs' vapeurs; sont sil-
IcuQQés, à'irépo9ii&'deS"affa4Te8> par de nombreuses pirogues
chaifigées de. produits destinés aux facto reriBS riveraines.
Mokoul, Amt^rfsetite, Mouss-era, à certains moments,
soAt eoieonibréM' dé carai^anes quelquefois considérables
ayant des araofaidës,> de l'ivoire, du caoutchouc, du café.
NŒonsfiiy.Nesseuea,. Noki, reçoivent'à. lafôis des produits
par eâU!e(<pap terrev.
Les- pirogu^îs- de voyage- cofïvewaMemfent armées, ayant
quelquefois 12 à 14 pagayeurs, font, sur le Chilôango, par
exemple,, de 5>ài6'mîUes«à Thlewre; taBfdis-que le transport
eBL hamac, avec die bons portewrs, ne s'exécute qu'à'
raison de 3 à 4 milles *, la vitesse varie selon la nature- et là
longueur de la roole à parcourir.
Qn p«ut être 'étonné deila-résistamoeties' noirs à ce genre
diafaitigue, car ib^soutiennentsans' arrêt 5^ à'6 heures de nage
et 10 heures de marché*.
Une lignede vapeurs anghais partant' de Liverpool-dèss^îrl
Biintne; unelipie porttpgaise; qui part^ de^Lâs^boime pour
l'Angola et: le Benguélai toucHe à'Ambrix; ce sont ces ba-
teaux qui enlèvent la presq^ie* tbtâlilé dès prod'uits
riches-: ivoire,, cscoivlietrouc; café; les' marchandises en-
combrantes :.coaoar nul»,- arathidèysont* transportées par les
nftvir«9Siài;\i«nleeit'
^a doift^ difie! (|fjaiqiie»inot& des dëotlEtives d^èxplèralibn
dirigées vef» œs. pwagesi.P&ndàn^Jroon» séjoiip, jîai» été té^-
ni0i-ni.d«i ceUcB-dea AiJbmandb* d^iû- {&&>. volés avuien% été
pEépiftf)é6«paD'k.dKi(rtBUV R{S6iianv EJffies^fupcfnt confiaiics par-
424 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
les docteurs Giissfeldt, Falkenstein, Peschuel et autres, avec
qui j'ai eu, à Landana, des rapports dont j'ai gardé les
meilleurs souvenirs. Ils avaient l'intention de pénétrer dans
l'intérieur, surtout par le Kouilo. Si ce projet avorta, la
cause me paraît en avoir été autant dans la fourberie de
certains résidents que dans la répugnance très intéressée
des indigènes du littoral à laisser des blancs s'avancer dans
les terres ; ceux-ci, pensent-ils, pourraient indiquer le che-
min à suivre pour exploiter directement les richesses dont
les noirs se considèrent comme les courtiers privilégiés.
Les frères Grandy, également partis d'Ambriz, échouèrent
aux environs de San Salvador, par suite de l'opposition qu'ils
rencontrèrent de la part des indigènes, et, dit-on, de diffé-
rends qui surgirent entre eux : leur expédition, bien orga-
nisée, était composée de noirs d'escorte tirés de la Guinée
septentrionale.
A côté de ces tentatives dont le but était purement scien-
tifique, se placent les expéditions militaires provoquées par
des représailles à exercer contre les indigènes.
C'est le caractère de celle du commodore Herwet, com-
mandant la station anglaise du Cap : il s'agissait d'inspirer
aux noirs une crainte salutaire du pavillon anglais qu'ils
avaient violé, à l'occasion de l'échouage dans le Congo de
la Géraldine; ils l'avaient insulté aussi, en la personne du
consul anglais, à Loanda, le capitaine Hopkins^ qui avait
voulu leur faire des remontrances au sujet de leur acte de
piraterie dans cette circonstance.
L'ignorance des choses du pays rendit celte tentative inu-
tile. Voici d'ailleurs le récit de ce qui s'est passé :
La Géraldine, à destination d'une^ maison anglaise de
Ponta de Lenha, s'étant échouée par le travers de Malela,
avait été abandonnée par l'équipage à la garde de quatre
croumans (noirs de la côte de Crou) en vue, je veux le sup-
poser, d'un sauvetage ultérieur s'il était possible. Les indi-
gènes, suivant leurs coutumes, considérant alors le navire
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 4:25
comme épave, en massacrèrent les quatre gardiens qui
avaient tenté, dit-on, de résister. Les croiseurs anglais, qui
s'éloignent peu de la bouche du Zaïre, apprirent le fail,
et le consul de Loanda crut devoir se fendre à Porto
da Lenha pour demander réparation, mais il dut se retirer
devant un accueil des moins flatteurs.
Quelques mois après apparaissait à rentrée du Congo
Tescadre du Cap, composée de 6 navires ; VActif^ fré-
gate portant le pavillon du commodore Herwet, le Foam,
le Signett, etc., amenant un nombre considérable de cha-
loupes canonnières.
Notification fut faite aux diverses maisons résidentes de
la déclaration de guerre, qui, bien entendu, ne put être
transmise à aucune autorité indigène, et, plusieurs jours
après, les opérations commencèrent. La frégate remontant
le fleuve aussi haut que le lui permettait son tirant d'eau,
mouilla à Tîle aux Bœufs; les avisos s'avancèrent jusqu'à
Porto da Lenha, et même au delà, tandis que les canon-
nières parcouraient les innombrables bras du fleuve. Mais
il fut impossible de rencontrer l'ennemi en face ; on dut se
contenter de brûler quelques huttes de paille abandonnées
ainsi que des pirogues et de bombarder des forêts inextri-
cables qu'on se figurait occupées ; les populations des îles
s'étaient en partie repliées au loin, quelques-unes vers la
Pierre du Fétiche, suivant en cela l'exemple d'un des plus
importants d'entre leurs chefs, Manoël Vacca, que je
nomme en passant. Autrefois, grand chef de la piraterie au
Congo, il avait été fait prisonnier; livré aux Anglais, il avait
été interné par eux à Sainte-Hélène et libéré depuis peu ;
mais si bien traité qu'il eut pu être pendant sa captivité, il
avait gardé aux Anglais une haine profonde, en même temps
qu'il avait appris comment il devait agir contre eux une fois
rentré parmi ses compatriotes.
.L'expédition du commodore Herwet, sans connaissance
suffisante du pays, de la position des villages à bombarder.
426 LA GUIilÊe iteUMCMIALE imÉssmASTE.
des étroits sentiers qui poavAÎent y conduire, DefiottBcniK-
ver des guides iadigèneât ; d'aulrfe pari lesr résides*» anma»
qui auraient pu. lui êAre de quelque utiiité, sacfaanl hieii
qu'eu prêtant leur concours à une ca»pagoe sans^lende-*-
mau, ils se. trouveraient,. an départ^del'eseadcet^.àâx merci
du ressentiment des neùirriâ; sereerenDèvenb.forcômeot
dans la phis stricte neutralité: certains mêoie^ ledirai^le!
se rangèrent, au food^ du; côté de» nègres, coniraiiicuai qoiik
étaient, de l'inutilité absolue de l'entreprife, on aorniserfort
nuisible aux int^êlscomiaerciMia daas'les OMdiliQmott
elle avait lieu.
Pour obtenir un;efiet moral daa» ces* pays^, il fiaHit:agir
trèa rapidement et par sorpriee^; il. faite fairerdes prison-*
niers^ faire, au besoin^ de» eoœmpk» pouirterrifior/.oin blo-
quer, et occuper pendant, len^empsi Autcemenlaveo la fii^-
cîlité qu^oB4 lespepulaHicwft de se^q^lacee aTenienrmifice;
bagage, il leurcoûte fort.pea deise^érober poartneienir dàe?
qu oa esUparXi* Gonnaent compter sur l'aij^pui.desréaidentsi
qui, à raètue d'appréeier' cet éèait.de cboac^^. savent. lef^pflnr.
d'efficacité des défiionstratione à.caiftps de OBOeir^ équiva-
lant^ pour les noirs^ à»descâiips'decano»)à:.peudre'?;
Assurémeitty l'affaiire de kb GércMin». eAti pw.se; reper-
des! réoboua^B aui moyeu d'uA' pale^vre/. qui e4t eoûÈé cbec
peutrêlre, mais eàt^ évité oePtliinemeDt.le'pilla^!dttbâtitBeUt'
et le raassaere des^ cpotunana ; j^; disr « cher », . pancer qu'èsk"
eôle lË:droèt d2épa^neesiLd'uD)usAge»ab$oki. lie; temps n'est
pas si éloigné.'OÙ.ce'dl?oit était eniYigueurobd2i>neiH&4.eÉrâi.
nous reconnaissoB6'la barbacie de oel6e; covtuime^; avomttft
que. le canon est! un > tristeii arguis«nit poun la fateerdiftr*
p{u*âitrei
Le; fait, suivant praisva comJbôeni ndL fut/ le: réèuUat de:
l'espédiUon dlngéepur^letoommimideait Her^Mek A.qp^elqpier
temps de là, au mouillage même- destOBoiseHrftiaAglkiSfà'.
la» pointe SharJv,. uae grande: gol^tor amérûminer m«kiu|»aut
à gouverner? se. miil an. pleto^ lefri Moufisei^eiigoes riv«raiBe>
LA GJ[J2NÉ£L MÉRimONAJ«£ INDÉPENDANTE. 427
râbordërent» jetèreat à reaaleoapitaixie,^,qui put s&sauver
par miracle, expédièrent l-équipagadaiiSr. le oarmt et piU
lèreut le najf^ke absolumeut comme, si^uoe. rèpressioa, de.
pareils aotes^ae se. fût; jamais produite.
Je citerai encore une expédition .militaire,. &otrepriaey
celle-ci, par la marine française. On y verra. l'imppFlaiice< du
mode d'opératlonsr contoe les noirs^ qpand il faut en vieniir
à un.e manifestation* Kexpédiiiûnr conduite pâr>ramiral Hi-
bourt plus énergiqaement et. avec une politique mieux;
adaptée aux. exigences du pays a obknu.un résultai trësn
positif qui démontre la valeur de& moyens. Qm^jé^
C'était à la' suite de l'attaque dont nous avons, pacié^. du.,
navire Fanny, La frégat&la Vénus et le.Diamant, comman4a»L '
Guntaloub,. coopéiraieat:à»ceUe expédition : en tnois^jours)
débarq^ieoieat avec ai^tillarie,^ occupation mililairet de Lan-»*
daua et environs, boa^cdementd^Ghkomlio d'où, les noirs^
n'avaient pas eu le temps de se retirer, marche surTenda^
blocus commerçai, . concussion imposée d'un plus grand
territoir,e. à. la nûssicin françaisa de LaQdanii< et signature
d'un traité de.paix,garânti par des.otage&^. Depuis lors^ les
indigène des envifKXo^r de^ LaHsdaaa.ootfle plus'gfand.reiar
p^ctp^unle i^¥iUan françfiiâ^.
C'est ainsi tjulil fajutiagix; lorsqu'on. net vaiitpasrou qu'on
ne.peut pas og^uperJe pj^ys. .
J.ene.m'appesanjdrai^pa^ suTt cev fait da gMefra^iouiiàfla
louange de noi^officiers de marine et en. par^lioiilieir dollar
nûraLqui, le pLraaûer- depuis^ cent ans^ de^ui» Barnard
de Marigiiy, a vohIu, sérieusement montra' au» peufle»
de la côle dÂiVique q^ noire pavillon s«i. se. faira ros*--
pectei*.
J.'ai nommé lu. missioxi dt Landana-. :.c'est.dcÀ le» liM..der
dire un mot d'uaétahUasaoï&ot fondé da»ft.un;^inlérètfciMr
lisateur. par des-roompairiote^ daa»^ ces^ parages loinlaàai»^ :
lamission^str3OusJa.direcUo0.dfi.R. Cli« Duparquet, deila-
coo^é^Uoa.cUu SaiotrËH'i'Âk et du. Sacré-C^ui- de MâJ'ia/.
428 LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
vice-préfet apostolique du Congo, et du R. P. Carrie, qui,
pendant de longues années, avait étudié lu côte de Loanda
au Gabon. Ils m'ont paru entrer dans la meilleure voie à
suivre pour civiliser les indigènes, si vraiment c'est une
tâche réalisable.
La mission a choisi, près de Landana, un vallon fertile assez
étendu qui lui a été concédé par leMalenda au moyen d'un
traité, dans lequel je suis intervenu, et que celui-ci a signé
de sa croix, à la mode de nos anciens chevaliers, en se por-
tant fort pour tous les droits, impôts ou coutumes qui
pourraient être invoqués par d'autres princes. Malgré cette
garantie du Matenda, les Pères ne durent qu'à leur attitude
énergique et à notre appui, de faire reconnaître par tous
les noirs la validité de la concession. Il fallut quelque
temps et toute l'influence, l'autorité même que j'étais par-
venu à prendre dans le pays, pour obtenir cette reconnais-
sance.
Ce ne fut pas, dès l'origine, leur seule tribulation.
Il fut très difficile de faire comprendre aux indigènes le
but que la mission se proposait; quelques-uns parurent
bien entendre qu'il s'agissait d'apprendre aux enfants et
même aux adultes à lire les moucandas, mais n'y trouvant
pas un grand intérêt, ils s'imaginèrent que ce n'était que la
satisfaction d'une manie, et peu de temps après ils vinrent
réclamer le payement du temps passé par les enfants à l'éta-
blissement. Disons que si un blanc soigne un noir malade
et le guérit, le malade sollicitera un cadeau, et que s'il
meurt, sa famille réclamera une indemnité : dans cet ordre
d'idées la soi-disant manie d'apprendre à lire aux enfants
devait être pour les indigènes une source de profit, et du
moment que le prix du temps leur était refusé, les inten-
tions des missionnaires leur devenaient suspectes; la su-
perstition s'en mêla. Cette année précisément menaçait
d'être d'une profonde sécheresse; l'accusation d'être les
détenteurs de la pluie, suggérée, j'en suis à peu près sûr,
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANT|i:. 429
par des résidents portugais inquiets de la prépondérance
que pourrait nous valoir rétablissement de la mission, ne
tarda pas à être portée contre les Pères; c'était fort grave.
Le fanatisme pouvait ôtre surexcité et devenir difficile à
contenir; on ne parlait déjà de rien moins que de brûler la
maison et massacrer les missionnaires. Cependant on se
borna à les sommer de partir : le Matenda devait venir en
personne exiger leur départ; au jour déterminé, fort heu-
reusement , il tomba une telle pluie que les chemins
devinrent presque impraticables, et que les appréhen-
sions des noirs s'évanouirent : la mission, comme par mi-
racle, fut sauvée.
Je reviens à la méthode qu'elle emploie pour arriver à
tirer quelque chose de ces natures brutes, et qui, je le
répète, me paraît la meilleure. Sans aborder de front, pour
les combattre, des superstitions fort enracinées, les Pères
ont cherché à se poser plutôt en instructeurs qu'en caté-
chistes; ils avaient pensé tout d'abord à racheter des
esclaves afin de les établir sur leur territoire dans des ca-
banes, s'engageant à pourvoir à tous leurs besoins et à leur
concéder des terrains de culture facile, ne leur réclamimt
autre chose qu'un peu de travail et un peu de conduite. En
dépit de cetle libéralité, tous ces afiranchis avaient fui en peu
de temps, quelques-uns même en dérobant divers objets. Les
missionnaires ne se découragèrent pas : ces hommes qui,
dans toutes les circonstances critiques où il m'a été donné
de les voir, ont montré un dévouement et une abnégation
au-dessus de tout éloge, virent une dernière chance de suc-
cès dans le rachat des enfanls et cette méthode leur réussit.
Aujourd'hui la mission, dont les con-slructions se compo-
sent d'une jolie chapelle, d'un presbytère, d'un petit bâtiment
pour les classes avec des dépendances, occupe un vaste ter-
rain où l'on trouve de splendides plantations de manioc,
arachides, etc. Toutes les plantes interlropicales y sont
cultivées, et l'on cherche à acclimater toutes les autres. La
480 LA euri^ÉE nîÉRîercmAtE indépendante.
mission serrible ainsi, par Vexemple, ouvrir des voies à l'ave-
nir de ces contrées.'BHe élè\'e environ 120 onfanls indigènes
qui partagent leur temps entre Vétude et les travaux agri-
coles ; tous ces enfants parlent français 'et qnelques-uns
d'entre eux possèdent dé]h les connaissances de Tinstru'ction
primaire. Il est intéressant de voir ces bambins servir ou
chanter à la messe du dimanche- comme ceux de nos vil-
lages, ou encore raanœtivrer comme des isôFdats pour ense-
mencer un champ d'arachides. Avec 'eux la mission a pu
planter, l'an passé, 30,000 pieds de manioc.
Je ne d oute donc pas que, servis' par de tels procédés, les
missionnaires, qui ont déjà parcouru avec un zèle infatigable
et qui étudient les territoires de Loango, N'goyo et Sonho,
ne parvienrent avec le temps et ties moyens suffisants à
exercer une influence civilisatrice et salutaire sur ces popu-
lations païennes et demi-sauvages.
Dans ce qui précède, dans cet aperçu rapide et sommaire
qui effleure un vaste sujet, je n'ai pas pu dire tout ce que
je sais du pays, tout ce que j'ai vu, obsenȎ ; j'ai craint de
tomber dans des longueurs. 'Je terminerai maintenant par
des considérations, générales qui sont le résultat d'impres-
sions personnelles : sujettes, assurément, à controverse,
elles ont été mûries toutefois par l'étude que permet tm
long séjour.
N'est-il pas extraordinaire que des races, dont l'origine
paraît remonter à la nîème date qiie twites les aulres,^cn
soient restées à l'état primitif? Si chez elles, -re qui n'est
pas prouvé, quelques tendances progressives se sont mani-
festées à un moment donné, — ces tendances n'ont pas
tardé 'à être étoiifl'ées ?
Est-ce au -climat, -est-ce à la faculté de troQTer,presqtie
sans travail, l'îiidispensable à la vie que ce' fait doit-être at-
tribué? Eàt-ceau défaut d'organisation politique?
Au climat? -Mais les îndous, les Péruviens, les Mexicains
LA^GCIKÉE irfelDIONAI.E INDèPBWDATNTE. 431
.n'ont-ils pas eu leur civilisation? A la facrlité de la vie'?
Mais k terre, en Amérique, au'x Indes, produisait autant
jqu -en Afrique, pe«it-ètpe môme dava^rifeaige. Au m»anque d*or-
iganisation politique? Pourquoi laie s^en sont-ils pas créé mie
comme lies autres ? '
PouT moi, la situation tient là la constitution propre de
rindividu, aai tempérament de sa race. Chez le noir point
d'initiative, absence complète de la conception mélaphy-
si^opie, défaut âbflolu'd'iéées abstraites; la partie cervicate
qui mi ie siège de ees fonctions intellectuelles doit être
étroite, paralysée i ou ^atrophiée; la couïpréhension est
Inerte; partant nulle impression du beau, de ce qui est
grand ;^nul amour, nulle passion «utre qu^ l'instinct bes-
tial; nulle distinction du bien et du mal, si ce n'est celle
qui lui est imposéepar la crainte du châtiment, et encore!
AsfSôuvir ses appétits^rossiers,. pour lui tout est là! Il ne
ressent aucune satisfaction d'avoir fait le bien, aucun
remords d'avoir fait le mal.
Ses jouissancses ronsistent surtout, ainsi* que je l'ai déjà
dit, à boire, manger et dormir; le sentiment môme de la
propriété en lui n'est développé qu'à la façon dont il l'est
chez l'enfant en bas âge qui, sans raisonner la valeur de ce
qu'il possède, y attache un grand prix et qui, d'un autre
côté, ne se fait pas scrupule de s'approprier ce qui ne lui
appartient pas, si l'idée lui en vient. Il y a cette différence,
^ue le noir .est, je le crains, un enfant incorrigible.
Le noir ie montre impassible devant nos machines, nos
grands vapeurs. Je ne pense pas que ce soit par fierté
comme: les;Arâi)es,!et^dit*0!n,' tes Indiens : ilne faut attribuer
^ette. impassibilité qu'au manque- d'intelligence; au fond, le
nègre Jifisse nend aucun compte de oe qu'il voit. A l'appui
de ce quej'amnce, voici* d«ux 'faits :'à Ambrizette, m'étant
rendu à bord de la frégate .lajj0i0H«>i6,i portant le pavillon de
L'amiral Bourgois, les noirs de Téquipage de ma pirogue,
confiés à siQ tquartier-maître qui l^eicrr fit visiter le navire.
432 LA GUIKÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE.
furent bien plus occupés du biscuit et des verres de tafia
qu'il leur offrit, que des dimensions, de raménagcment et
de Tarmement du bâtiment. Un autre jour, j'eus Toccasion
de faire voir à quelques indigènes la photographie d'un de
mes amis porteur d'une forte barbe et qu'ils avaient connu :
ils me dirent, après Tavoir retourné en tous sens, que
j'avais en N'poutou (Europe) une très jolie femme!
D'ordinaire, quand on leur montre un objet quelconque,
ils commencent par regarder et observer leur interlocuteur
beaucoup plus que l'objet; ils cherchent ainsi à surprendre
son propre sentiment, qu'ils traduisent, n'ayant pas d'opi-
nion personnelle, comme ces gens qui admirent un tableau
sur la foi des on-dit. Au reste il faut leur rendre justice
par l'aveu qu'ils font : « Ce qui est chose de blanc, disent-
ilp, n'est pas chose de noir. » Il est même impossible de
leur faire croire qu'il pourrait en être autrement ; supersti-
tion, incapacité, entêtement, tout s'en mêle. C'est ainsi
qu'ils n'ont jamais pu faire de puits dans leurs villages en
temps de sécheresse, bien qu'ils aient beaucoup à souffrir
du manque d'eau, à cette époque, et aient vu comment on
y remédiait dans nos factoreries.
Quelques-uns envoient leurs enfants apprendre la langue
des blancs dans les comptoirs, où ils servent comme mou-
lègues. Kst-ce une tendance à se rapprocher de l'Européen ?
Est-ce quelque désir de progresser? N'est-ce pas plutôt
pour apprendre nos usages, dans le but de connaître nos ri-
chesses, de nous espionner, et peut-être de préparer des
vols?
Cependant divers princes actuels d'une certaine impor-
tance ont passé par ce stage de la domesticité, et ce n'a
pas été le moindre litre à une certaine considération chez
eux. Ainsi le mumbouk de Chiuma a été cuisinier, le ntani-
fum D'jinn a été simple moulèque.
Certains autres fils de famille ont fait le voyage de
France ou de Hollande, tel que le iils du mafouk Thomas
LA GUINÉE MÉRIDIONALE INDÉPENDANTE. 433
de Ponta Negra qui est venu à Paris, où il avait appris à
parler français et à s'habiller fort bien à l'européenne.
Malheureusement, avec le retour au pays, le naturel re-
prend vite le dessus ; il ne reste bientôt que certain vernis
sous lequel se cachent des faussetés résultant d'une édu-
cation incomplète; celle-ci n'a laissé comme traces que les
notions nécessaires pour distinguer ce qui est vraiment mal.
Revenu au chimbèque natal, le noir, livré à tous ses instincts
sans crainte d'aucune répression imminente, met à leur
service ce qu'il a appris.
Telle est la règle générale; elle n'est pas sans elceptions ;
je citerai, par exemple, à la factorerie hollandaise de Mas-
sabe, un indigène du pays même, appelé. Tiabo ; employé
comme agent subalterne, il remplit ses fonctions non seu-
lement avec honnêteté, mais encore avec intelligence; dans
diverses palavres, il a eu à défendre,, même contre ses
parents, les intérêts de la factorerie et il l'a fait énergique-
ment. ACabinda, encore, on peut citer le capitaine Ghinio-
collo, et enfin Marcoël Puna, colonel honoraire de l'armée
portugaise, qui a été créé baron de Cabinda par le roi de
Portugal.
Ces exceptions que je suis heureux de pouvoir signaler,
sont trop rareji pour infirmer le jugement ci-dessus.
Au début de cette rapide étude je m'étais imposé un
cadre restreint, ce n'est pas un livre que j'ai eu la préten-
tion d'écrire.
Je me suis efforcé seulement de donner une idée exacte
quoique sommaire de cette contrée encore trop inconnue,
méconnue, pourrais-je même dire. Je l'ai esquissée au triple
point de vue pittoresque, ethnographique et commercial.
Douée d'un climat relativement clément, habitée par des
peuplades aux mœurs douces, portées au commerce, riche
par ses propres productions dont l'exploitation est faci-
litée par de nombreuses voies navigables, traversée par
l'immense fleuve qui descend du cœur môme de l'Afrique,
soc. DE GÉ06R. — NOVEMBRE 1880. XX. — 28
434 LÀ GUINÉE MÉRIDIONALE INDËPENBÂNTS.
la Guinée méridioaale indépendante appelle, au point de
vue colonial, le plus vif intérêt.
Je m'estimerai heureux si je suis parvenu à le démontrer.
LËGENBE ALPiBABÉTIQUE DE DiaTANGES EN HEURES DE KAACHE A PIED.
Ambriz
Ambrizette
Id.
Bambolo
•
Banane
Cabeça de Cobra
Id.
Cabenda
Caïa
Chissambo
Kinzao
Kinsembo
Landana.
Id.
Id.
Loango
Mangue-Grande
Id.
Mangue-Pequena
Id.
Tombé
à Kinsembo 2 heures.
à Moculo 6 —
à Massera S —
à Pointe-Noire 6 1/2 —
(Punta-Nera).
à Cabenda 18 —
à Mas8ima«Dombô.. . A ifè —
à Tombé., 3 —
à Banane 18 —
à Pointe-Noire 6 —
à Massabi 3 *--
à Kimponsa 1 3/4 —
à Nossera 3 —
à Cabenda 7 —
& Chiuma. 5 à 14 -— selon les saisons.
à Pointe-Noire 12 —
à Kouilo 4 1/2 —
à Kinsao 1 —
à Massima-Dombe .4 —
à St-Antonino 4 —
à Chissambo 1 1/2 —
à Mangue-Pequena . 11/2 —
COHNES RENDUS D'OUVRAGES
CAVELIER DE LA SALLE ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI
d'après l'ouvrage DE M. PIERRE MARGRY *•
L'histoire coloniale de la Francç, malheureusement trop
peu connue t)armî nous, présente le plus vif intérêt non
seulement à cause du récit des événements qui parfois eu-
rent rétrangeté et l'iûiprévu d'un véritable roman, mais
surtout parce qu'elle met en lumière un des cAtés les plus
particuliers du caractère français. Peut-être nos compa-
triotes, une fois quHls ont secoué de leurs pieds la poussière
du sol natal, abandonnent-ils certains de leurs défauts pour
laisser grandir certaines de leurs qualités, ou réciproque-
ment, peut-être existe-t-il certaines facultés essentiellement
françaises qui, par suite des institutions de la métropole, si
changeantes suivant le temps, ont besoin, pour se manifester,
d'une atmosphère différente de celle de la mère-patrie ? Il
est un fait indiscutable, c'est que le Français hors de France
est très différent du Français en France. Quelle que soit la
solution donnée par le penseur à ces problèmes de l'histoire
que la critique moderne tend de plus en plus à rendre une
science exacte, il n'en reste pas moins vrai que cette solu-
tion doit s'appuyer avant tout sur la connaissance des docu-
ments originaux. Ainsi la colonisation française au Canada
au dix-septième siècle, les efforts des colons pour le dévelop-
pement de leur pays d'adoption, le^mode d'organisation et
d'administration, les compétitions, les luttes ou vertes ou ca-
chées, les espérances, les haines et les dévouements, tout cet
ensemble si complexe se comprend à la lecture de l'ouvrage
1. Compte rendu par M- J« Thoulet, communiqué à la Société dans sa
séance du 19 mars 1880. — « Le ^^ volume intitulé: Le voyage de Pierre
Lemoyne d*Herville et rétablissement des Français aux côtes du Golfe du
Mexique » par&Hra inceuamment — Voir la earte jointe à ce numéro.
436 GAVELIER DE LA SALLE
intitulé : « Mémoires et documents pour servir à l'histoire
des origines françaises des pays d'outre-mer ; découvertes
et établissements des Français dans l'ouest et dans le sud
de l'Amérique septentrionale. » Cette œuvre de longues
recherches est due au savant archiviste du ministère de la
marine, M. Pierre Margry, qui dans les trois volumes déjà
publiés s'est principalement attaché à faire connaître les
premières explorations des Français sur les grands lacs et la
découverte des vallées de l'Ohio et du Mississipi.
Il est peu de lectures qui offrent plus d'attrait que celle
de documents originaux. Dans les lettres écrites sous le
coup des événements, tantôt près d'un feu de bivouac au
fond des sombres forêts de l'Amérique du Nord, tantôt au
milieu du silence et dans le recueillement du cabinet, on
' sent revivre, après deux siècles, ces héros comme Cavalier de
la Salle, ces ministres comme Colbert et Seignelay ou même
ceshommes obscurs qui tous ont joué un rôle dans l'histoire
de notre pays et qui tous, à un degré plus ou moins grand,
sont responsables de ce que nous sommes aujourd'hui,
nous, leurs petits-fils et les héritiers de leurs œuvres. Mais
pour entrevoir les difficultés de ces entreprises lointaines
analogues à celle dont ce recueil présente le récit, pour
comprendre l'œuvre des premiers découvreurs, pour se faire
une idée de la force d'âme et de corps nécessaire à l'achè-
vement de leur tâche et s'imaginer les épreuves sans nom-
bre endurées par eux, il faut avoir parcouru les contrées
encore désertes des bords du lac Supérieur ou l'ouest du
Canada. Tout y accable le voyageur; en été il trouve d'im*
menses marécages d'où sortent des myriades de moustiques
qui le tourmentent sans trêve ; il rencontre de vastes prai-
ries dont le sol mouvant recouvre parfois des gouffres oii il
risque de se perdre sans retour; plus de sommeil, plus de
repos; comme nourriture les produitis incertains de la
chasse et de la pêche, le plus souvent des baies sauvages
en hiver le firoid rigoureux avec tontes ses horreurs.
ET LA. DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 437
C'est avec de pareils souvenirs dans la mémoire qu'il faut
lire pièce à pièce le recueil publié par M. Margry, on peut
alors apprécier le résultat d'une persévérance de plus de
trente années consacrées à arracher à l'oubli des documents
dispersés et cachés jusqu'ici; les uns étaient à Paris dans les
collections de nos bibliothèques ou de nos archives, les
autres à Yecsailles, d'autres à Rouen ou au Canada, ceux-ci
couraient les marchés d'autographes, ceux-là étaient chez
un libraire qui les ignorait ou dans le grenier d'une maison
de campagne, sous le balai d'un homme de peine qui, heu-
reusement, intelligent autant que dévoué, se mettait à les
lire et en parlait à ses maîtres.
Mais les érudits qui, pour juger l'importance de ce qu'a
trouvé M. Margry, voudront en faire la comparaison avec
les faits connus en 1842, époque à laquelle il a commencé
ses recherches, n'auront qu'à examiner la compilation de
M. Gilmary Shea qui, ayant réuni quelques papiers sur le
Père Marquette, y a joint un extrait de tous les livres qui
avaient jusque-là servi à l'histoire de la découverte du
Mississipi^. Ces livres sont remplacés aujourd'hui par des
documents originaux et authentiques, dus à la plume des
acteurs de ces fameuses explorations, et l'éloge de la publi-
cation qu'en a faite M. Margry vient naturellement lorsque
l'on voit le second volume rempli des lettres de Gavelier de
la Salle, le personnage le plus important, et dont le biogra-
phe, M. Jared Sparks, en 1844, disait qu'on ne possédait
pas une seule ligne.
En publiant ces pièces originales, M. Margry les a dispo-
sées par groupes qui forment pour ainsi dire autant de cha-
pitres et il a placé en tête de chacun d'eux un sommaire
permettant de suivre l'enchaînement des événements dont
1. The discovery and * exploration of the Mississippi Valley, with the
original narratives of Marquette, Allouez Membre, Hennepin and Ânastase
Douay, by John Gilmary Shea, with a fac-similé of the newly discovered
map of Marquette. Mew-'York, 1852«
488 CAVfiUSR DE l*k SALLE
il a donné d'ailleurs une idée générale par une introduc-
tion ; il s'est alors effacé pour laisser pardtre et parler
les hommes qui ont ouvert à la civilisation le sol sur lequel
sont ai;gourd'hid les nombreux Etats de TUnion américaine.
En dissimulant sa personnalité, il n'a pas seulement marqué
son respect pour des héros qui ont sacrifié leur vie à la
patrie» mais il a mouiré autant de sagesse que d'abnégation.
En 1862»M«Margry avait déjà publié dans le Journal géné-
ral de rinstruction publique une série d'articles intitulés
a les Normands dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi »
qui ont servi depuis à ceux qui ont écrit sur ce sujet; plus
tard^enl866, s'élevant au-dessus de mesquines satisfactions
d'amour^propre^ il déclarait devant la commission des an-
tiquités de la Seine-Inférieure qu'il n'écrirait rien sur la
découverte du Mississipi avant d'avoir fait connaître les
documents qui y sont relatifs.
L'historien dont l'ouvrage nous occupe en ce moment a
tenu sa promesse; à son exemple» nous allons laisser parler
les faits et indiquer à grands traits ce que contiennent les
trois volumes.
D'après un acte découvert par M. Margry» Cavelier de la
Salle naquit k Rouen en 1643, quoique le Père Hennepin ait
laissé croire qu'il était né i Paris. On n'a pas de détails sur
sa première jeunesse et sa vie ne commence guère qu'en
1666| alors qu'âgé de 33 ans, il débarqua pour là première
fois au Canada. Immédiatement il se mettait à l'œuvre, car
la même année, il fondait dans l'île de Montréal et au delà
de toutes les habitations françaises, le village de Saiut-Sul-
pice. II apprit d'abord la langue des Algonquins dontles rap^
poils avec les Canadiens étaient fréquents; il exécuta ensuite
dans le nord quelques explorations sur lesquelles on tnao-
que d'informations. Grâce à la netteté de son esprit, il ne
tarda pas à comprendre combien étaient vains et sans
xitilité pratique ces voyages pleins de dangers à travers
d'immenses solitudes glacées, condamnées à rester éternd*
ET LA DÉCOUVERTE l>U AIISSISSIPI. 439
lement rebelles à toute civilisation. De la Salle pensa à
diriger ses recherches du côté du sud-ouest et conçut le des-
sein de visiter ces pays qu'on savait vaguement être arrosés
par de grands fleuves ;ii supposait qu'à l'ouest, quelques-uns
de ces cours d'eau pourraient ouvrir une communication
avec l'océan Pacifique et donner ainsi, par rintérieur des
terresi le passage à la Chine» cherché depuis si longtemps.
Le projet du jeune Rouennais fit grand bruit dans la Nou-
velle-France, etle gouverneur, M, de Courcelles, non content
de l'autoriser, l'appuya de tout son crédit en unissant cette
entreprise à celle de l'abbé DoUier de Casson, qu'accom-
pagnait l'abbé de Gallinée. La tâche était difficile, la réussite
douteuse et Ton n'était certain que des dangers à courir au
milieu des Iroquois dont on devait traverser le territoire*
Ces peuplades comprenaient la réunion, sous un nom com-
mun, des Agniez, des Onnéioutes, des Onontaguez, des
Goiogouens et des Sonnontouans, Les Iroquois pouvaient
mettre sur pied environ deux mille guerriers, ils sortaient
d'une guerre avec les Français et peu s'en fallut qu'un
événement ne la renouvelât et n'arrêtât l'entreprise dès son
début.
Dans la première moitié 'de l'année 1669, trois Canadiens
avaient massacré pour les voler six sauvages Onnéioutes et
trois soldats avaient tué un Iroquois de Sonnontouan. De la
Salle, pour maintenir la paix avec les cinq nations, agit avec
autant de promptitude que d'habileté et le 5 juillet 1669, la
veille même de son départ, il n'hésita pas à dénoncer offi-
ciellement les trois Canadiens sur le témoignage de l'un
d'euXi Quant aux soldats, ils étaient passés par les armes en
présence de plusiem*8 Indiens appartenant à la tribu du mort.
€ Jugez s'il aurait fait bon pour nous dans ce pays, écrit
l'abbé de Gallinée, si nous fussions partis de Montréal
avant qu'on eust exécuté ces criminels. » Ainsi, dès le
début, on reconnaît chez le découvreur, cette énergie pru-
dente,, si oaractériatique de tous les actes de sa vie.
440 CAVELIER DE LA SALLE
M. de la Salie avait eu d'abord à s'assurer les moyens
matériels d'accomplir son entreprise. Il y consacra bra-
vement ses ressources personnelles ; le roi n'eut pas à faire
la moindre avance. En janvier et en février 1669, il cédait
sa seigneurie de Saint-Sulpice moyennant 1080 livres et ven-
dait d'autres propriétés au Sault Saint-Louis pour un total
de 3460 livres. Dans toute sa carrière, et quoique aux prises
avec d'effroyables difficultés pécuniaires, ce désintéresse-
ment ne se démentit pas«
Des deux Sulpicïens qui devaient se joindre à lui, l'abbé
£réhan de Gallinée, diacre du diocèse de Rennes, possédait
une teinture de mathématiques et comme il était capable
de dresser une carte, en cas d'accident il pouvait retrouver
le chemin du retour à travers les bois. Notre récit s'appuie
principalement sur la relation qu'il écrivit de ce voyage, le
style en est simple et cependant, dès les premiers mots, on
ne peut s'empêcher d'y constater une aigreur mal déguisée
contre Cavelier de la Salle. Les deux Sulpiciens avaient le
projet de se rendre à la mission de Missilimakinak fondée par
les Jésuites au Sault Sainte-Marie et de s'y mettre à la dispo-
sition de ces religieux pour y catéchiser les sauvages. De la
Salle depuis plus longtemps au Canada et mieux au courant
des agissements des membres de la société de Jésus dans le
pays, prévint MM. DoUier et de Gallinée que leur concours
ne serait certainement pas accepté; ces avis, dont la suite
des événements prouva toute l'exactitude, ne détournèrent
pas les Sulpiciens de leur dessein, et après le retour, M. de
Gallinée, malgré son esprit de justice et d'honnêteté, ne put
s'empêcher dans son récit de marquer, à son insu, le res«
sentiment qu'il éprouvait encore contre De la Salle, d'avoir
eu trop raison contre lui.
On quitta Montréal le 6 juillet 1669. L'expédition se
composait de Cavelier de la Salle, des deux Sulpiciens, du
chirurgien Jean Rouxel de la Rousselière, d'un Hollandais
qui parlait fort mal le français, mais assez versé dans la
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSlPI. 441
cor^'*^^^ssaiice delà langue iroquoise et qui devait servir d*in-
ier"^^^^®, enfin de seize autres hommes, c'est-à-dire de
\it»^6^ ^t une personnes montées dans sept canots d'écorce,
On franchit d'abord île Sault Saint-Louis, au-dessus de
M€3Xitréal, on traversa le lac Saint-François et, en suivant
labours le Saint-Laurent, on atteignit le lac Ontario le
2 août où l'on côtoya le bord méridional jusqu'à la rivière
Karontagouat. M. de Gallinée trouva pour latitude 43* 12',
et comme cet endroit était le plus rapproché du grand vil-
lage de Sonnontouan, on s'y arrêta. Les Sonnontouans, la
plus nombreuse des tribus iroquoises, possédaient alors
«jnatre villages, deux de 150 cabanes chacun et deux de
^0 cabanes, le tout fournissant 1000 à 1200 hommes en état
de porter les armes.
Les sauvages accourus en grand nombre firent bon
accueil aux voyageurs et leur offrirent du maïs, des citrouil-
les ainsi que de a: ces meures de haye et de ces bluets » qui
maintenant encore sont si goûtés sur les tables américaines.
Le lendemain, 12 août, on se partagea en deux bandes,
Tune composée de onze hommes sous la direction de Tabbé
Gavelier, demeura au bord du lac pour garder les canots,
tandis que de la Salle, l'abbé de Gallinée et huit hommes
partaient pour le grand village de Sonnontouan à6 lieues de
l'Ontario, afin de s'y procurer quelque esclave originaire
des nations riveraines de l'Ohio et pouvant servir de guide.
L'assemblée eut lieu le 13 août, les Indiens promirent de
fournir le guide aussitôt que leurs guerriers seraient de re-
tour du voyage de traite qu'ils étaient justement en train de
faire avec leurs esclaves chez les Hollandais. Il suffisait donc
de prendre patience pendant une huitaine de jours. M. de la
Salle et ses compagnons employèrent ces loisirs forcés à s'ap-
provisionner de maïs et ils allèrent même examiner non loin
de là une source de pétrole ; on supposerait volontiers,
après une étude attentive du récit do M. de Gallinée, que
cette source, la première dont il soit fait mention aux États-
•
442 CAVELIBR DB Là SÂUiE
Unis, est celle de Cuba, Alleghauy Go, décrite en 1833| par le
proL Silliman, d'une façon concordant parfaitement avec la
description du missionnaire.
Au retour d'une partie des Indiens, des objections furent
soulevées. On représenta aux Français que TOhio était à
70 lieues de distance environ, que le trajet devant s'acoom-
p\iT par terre et en suivant les cours d'eaui il était impos-
sible d'emporter des bagages et qu'il fallait de toute néces-
sité changer de route et faire le détour par le lac Èrié^ car,
dans cette direction, il suffisait d'un portage de trois jours
pour atteindre TOhio ; on évitait ainsi de traverser le terri*-
toire. des Toaguenha et des Antastoez, tribus extrêmement
dangereuses. Si Ton persistait à s'avancer directement parle
sud, les Sonnontouans fourniraient un guide puisqu'ils s'y
étaient engagés, mais n'accompagneraient point les Fran-
çais dans la crainte, s'il arrivait un malheur, qu'on ne les en
rendît responsables.
Plusieurs jours se passèrent en incertitudes. Ces sombres
peintures agissaient vivement sur l'esprit des hommes et
particulièremeni sur l'interprète hollandais ; il y avait à
craindre des désertions; en outre, l'hiver approchait et dès
les premières gelées, la navigation allait être arrêtée. La
situation était difficile, quand un Indien iroquois, d'une
autre tribu, rencontré par hasard, se fit fort, si on vendt
jusqu'à son village situé au fond du lac Ontario, de procurer
un guide pour se rendre au sud par la voie du lac Èrié.Les
Français profitèrent de cette ofi*re et l'on quitta définittve*
ment Sonnontouan sous la conduite de l'Indien»
On se réunit d'abord à l'abbé Dollier, puis on continua i
côtoyer le bord sud de l'Ontario; on franchit la civière
Niagara au-dessous des chutes qui ne furent point aperçues,
et cinq jours après, on s'arrêtait à peu de distance du vil-
lage de Guanastogué Tinaoutaoua. C'est là que M. de la Salle
tomba malade d'une grosse fièvre qui, au dire de M. de
6allinée,le détermina à revenir i Montréal. LeSolpidense
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 443
montre très sobce de détails à propos de cette séparation ;
il est probable que le dissentiment auquel nous avons déjà
fait allusion se manifesta alors avec plus de vivacité et que
devant la résolution bien arrêtée des deux ecclésiastiques
de se rendre auprès des Jésuites de Missilimakinak, au
nord du lao Huron, de la Salle qui, de son côté» persistait
dans soDL dessein de marcber vers TObio , prit le parti de se
séparer.
Les Indiens de Ûuanastogué furent très bienveillants et
le 24 septembre^ les Sulpiciena entraient dans le village.
Us y trouvèrent un Français, Louis Jolllet, arrivé de la
veille du lac Supérieur, où il avait été envoyé par M. de
Gouroelles afin de découvrir l'emplacement d'une mine de
cuivre dont on avait reconnu de fort beaux échantillons
entre les mains des sauvages* Jolliet, pressé par le temps,
n'avait pas réussi dans ses recherches, et comme il avait
été forcé de couper à travers bois, il avait abandonné son
canot et l'avait caché au bord de l'Érié en un point qu'il dé-
signa aux Français ; il les autorisa à en disposer.
Les abbés de Gallinée et DoUier quittèrent Tinaoutaoua
le 1*' octobre et s'embarquèrent sur le lac Ërié ; mais sur-
pris par les grands froids, ils hivernèrent non loin de l'île
Long-Point. Us construisirent une cabane , s'approvision^
nèrent de venaison et vécurent assez confortablement pen-
dant cinq mois et dix-sept jours. Ils en repartirent le
26 mars 1670, et après bien des péripéties décrites dans le
journal du voyage, au prix des fatigues inouïes d'une mar->
che à travers la boue et la neige, ils franchirent le lac Saint*
Clair, traversèrent le lac Huron et arrivèrent le 25 mai 1670
à Sainte*Marie du Sault, mission des Jésuites h£y}itée alors
par les Pères d'Âblon et Marquette. Les Sulpiciens se mirent
aussitôt h la disposition de ceux-ci, pour catéchiser les
indigènes, mais il est aisé de voir, malgré le silence gardé
par M» de Gallinée, que l'accueil manqua de cordialité, puis-
qm deux jours après on quittait la missi<met on se dirigeait
44-1 GAYELIER DE LA. SALLE
vers le Canada. La route se fit parla rivière Française, le lac
Nipissing et la rivière des Outaouacs ou Ottawa. Le 18 juin
1670, les deux prêtres étaient à Montréal.
On possède tous les documents qui permettent de suivre
La Salle dans son voyage. M. de Gallinée se tait ; toutefois,
on sait, grâce à un passage du « récit d'un ami de Tabbé de
Gallinée», gui, selon M.Margry, doit être l'abbé Renaudot,
que La Salle, après avoir quitté ses compagnons, suivît de
Test à l'ouest une rivière qui passe à Onontagué et coule à
six ou sept lieues au-dessous du lac Érié ; il parvint jus-
qu'au 280 ou 283® degré de longitude et au 41® de latitude,
dans un pays marécageux qui l'obligea à voyagerpar terre.
Néanmoins il se rapprochait sans cesse du Mississipi lors-
que, la même nuit, tous ses hommes se mutinèrent et re-
vinrent soit à la Nouvelle-Hollande, soit à la Nouvelle-
Angleterre. Le découvreur dut refaire tout seul quatre cents
lieues de pays, vivant de chasse, d'herbes et de ce que lui
donnaient les sauvages rencontrés par hasard.
Le résultat pratique de ce voyage, tant du côté desSulpi-
ciens que du côté M. de la Salle, avait été la connaissance
plus complète des régions au sud du lac Érié et du cours
supérieur de TOhio, et en octobre 1669, la prise for--
melle de possession des terres du lac Érié au nom du roi de
France. Cet acte fut affiché au pied d'une croix attestant que
lesSulpiciens avaient été les premiers Européens ayant hi-
verné en cet endroit. Mais ce qu'il importe de constater,
au point de vue de la critique historique, c'est la présence
du Père Marquette, missionnaire jésuite, au lieu où abor-
dent les Sulpiciens. Par là, en effet, le missionnaire se
trouve averti de l'ambition qu'a un autre ordre religieux,
d'explorer le pays, et en même temps, des projets de Gavelier
delà Salle. On peut en dire autapt à propos de la rencontre
que Louis Jolliet fait des voyageurs. Or le Père Marquette
et Louis Jolliet s'uniront deux ans plus tard pour la décou-
verte d'un fleuve qui va à l'ouest, et Jolliet saura alors que
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 445
de la Salle a découvert TOhio, car sur des cartes de lui,
comme l'affirme M. Margry dans ses articles du Journal de
l'Instruction publique, et comme le répète rhistorien amé-
ricain, M. Francis Parkman, Jolliet dessine le cours de ce
fleuve aboutissant au Mississipi, et y écrit ces mots: a Che-
min suivi par M. de la Salle pour aller dans le Mexique. »
Ces mots servent à nous éclairer sur le premier voyage de
Cavelier de la Salle. Nous recevons encore une autre lumière
sur ce point de quelques lignes trouvées dans le récit du
jeune Nicolas de la Salle, compagnon du découvreur en
1682^. (( Le lendemain, dit le jeune homme, fils d'un com-
missaire général de la marine, on rencontra à gauche l'em-
bouchure de la rivière Saint-Louis ou Ouabache, ou bien de
Ghucagoa. Cette rivière, qui vient du pays des Iroquois, avait
fait croire qu'en la suivant on pourrait trouver un passage
vers la Chine.» Ces lignes paraissent donc faire allusion au
voyage de M. de la Salle, qui avait dû arriver jusque-là. On
se le rappelle, en effet, trouver le passage à la Chine était
le but du découvreur, et le nom en demeura, par dérision, -
à son ancienne seigneurie de Saint-Sulpice, d^oùil était parti.
Malheureusement, nous en sommes réduits à des proba-
bilités, et le seul document qui eût pu nous éclairer, c'est-
à-dire la grande carte de la Louisiane, de la collection
d'Anville, et qui doit être une copie d'une carte de M. de la
Salle, n'a pas toute la clarté désirable. Dans cette carte, on
voit l'indication d'une rivière qui souslenomd'Ohio, Moso-
pelea ou Olighin-Sépou, coule parallèlement au bord méri-
dional du lac Érié, passe au village indien de Kentaren-
tonga, placé presque directement au sud de Niagara et, se
ramifiant ensuite plusieurs fois, à Tune de ses sources dans
le lac Tiocro, non loin d'Onontagué. Du côté opposé, cette
môme rivière se jette dans le fleuve Saint-Louis, lequel se
jette à son tour dans le fleuve Mississipi ouColbert.En cher-
i. T. I, p. 551.
446 CAVEIIER DB LA SALLE
chant à identifier avec les cartes modernes, on éprouve de
grandes difficultés. Le fleuve Saint^Louis est évidemment
rOhio actuel et rAlleghany^ mais Taateur de la carte des
entreprises de M. de la Salle a confondu en un môme bassin ce
qui en réalité appartient à deux ou trois bassins différents,
celui de TOhio, celui des affluents de la Susquehanna et
celui des cours d'eau se déversant dans le lac Ontario. Du
reste, la confusion se comprend d'autant mieux cpie ces
cours d*eausont extrêmement Tapproohés les uns des autres
et qu'il est souvent impossible, dans un pays nouveau, de
distinguer un portage entre deux rivières différentes d'un
portage entre deux courbes d'une même rivière, surtout
lorsque celle-ci présente de grandes sinuosités. La bande
de terrain parallèle à la direction sud «ouest et nord*est,
jalonnée par les lacs Érié et Ontario et le Saint- Laurent, est
très basse et ne se relève que vers les montagnes AUeghany;
il en résulte que les bassins sont mal délimités. Cette re*
marque expliquera peut-être bien des confusions appa-
rentes.
Le second voyage de Cavelier de la Salle ne se trouve
décrit que dans le « récit d'un ami de M. de Gallinée». Nous
donnerons en entier le passage dont M. Margry s'est servi
en 1862 pour réclamer les titres de M. de la Salie à la
priorité de la découverte du Mississipi.
Après avoir raconté le premier voyage du découvreur
avant .et après sa séparation d'avec les abbés Dollier et de
Gallinée, Fauteur continue en ces termes :
« A quelque temps de là, il fit une seconde tentative sur
» la même rivière » (qui va de l'est à l'ouest et passe à
Onontagué puis & six ou sept lieues au-dessous du lac Érié)
» qu'il quitta au-dessous du lac Érié, faisant un portage de
» six ou sept lieues pour s'embarquer sur ce lac, qu'il tra-
» versa vers le nord, remonta la rivière qui produit ce lac,
)> passa le lac d'Eau-Salée, entra dans la Mer-Douce, don-
» bla la pointe de terre qui sépare cette mer en deux, et
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 441
» descendant du nord au sud^ laissant à Touest la baye des
» Puants (Green-Bay), reconnut une baye incomparablement
> plus large, au fond de laquelle, vers l'ouest^ il trouva uh
» très beau havre, et au fond de ce havre, un fleuve qui va
» de Test à Touest. Il suivit ce fleuve, et étant parvenu jus-
j> qu'environ le 280« degré de longitude et le 39» de latitude,
» trouva un autre fleuve qui, se joignant au pren^ier, cou-
» lait du nord-ouest au sud-est. Il suivit ce fleuve jus-
> qu'au 36* degré de latitude où il trouva à propos de s'ai^-
» rôter, se contentant de l'espérance presque certaine de
» pouvoir passer un jour, en suivant le cours de ce fleuve,
» jusqu'au golfe de Mexique, et n'osant pas, avec le peu de
» monde qu'il avait, hasarder une entreprise dans le cours
» de laquelle il aurait pu rencontrer quelque obstacle invîn-
» cible aux forces qu'il avait. »
Ce passage est appuyé par une lettre de Madeleine Cave-
lier, dame Leforestier, nièce de Cavelier de La Salle, qui, à
la date du 21 janvier 1756, envoyait une liasse de papiers et
de cartes devant servir à prouver qu* « en 1675, M. de
» La Salle avet déjà fait deux voyages. »
Selon M. Margry, le marquis de la Galissonnière, an-
cien gouverneur du Canada, qui était commissaire du roi
dans la discussion des limites à propos de l'Ohio, reconnut
que Cavelier de La Salle avait découvert ce fleuve, dont les
Anglo-Américains disputaient la possession aux Français.
Quant au Mississipi, il n'avait pas à en parler, puisque la
priorité de sa découverte n'était réclamée que par l'histoire
et par la famille de M. de la Salle. « Il y avet, dit Madeleine
» Cavelier, une carte que je vous envoyé, par laquelle il est
»fait mention de l'androit auquel M. de La Salle aborda
» près le fleuve Missipi (Mississipi), un autre androit qu'il
B nomme Cobret (Colbert), en un autre il prans possession
» de ce pays au nom du roy etfait planter une croix, un autre
» androit qu'il nomme Frontenac, le fleuve Saint-Lorans, à
» un autre androit*. • j>
448 CÀVELIER DE LÀ SALLE
L'endroit où aborde Gavelier de La Salle près du Missis-
sipiyfait sans doute allusiou au terme du premier voyage;
quant au nom du fleuve Colbert donné par M. delà Salle au
Mississipi même, il semble indiquer le cours du second
voyage. Le mémoire de l'ami de l'abbé de Gallînée paraît
donc mériter créance sur ce point comme sur la découverte
deTOhio ; il éclaire le passage d'une lettre écrite de Québec
par Jean Talon au roi, le 2 novembre 1 671 et où l'intendant
de la Nouvelle-France, annonce que a le sieur de La Salle
» n'est pas encore de retour de son voyage du costé du sud
> de ce pays »• Mais il en était revenu en 1673, après la dé-
couverte du Mississipi, Or, cette même année 1673, Louis
JoUiet, que les abbés Dollier et de Gallinée avaient rencon-
tré à son retour des mines de cuivre du lac Supérieur, était
envoyé par l'intendant Talon à la découverte du MississipL
Il était accompagné du Père Marquette.Le voyage de Jolliet
se termina par un accident : au mois d'août 1674, en vue de
Montréal, sa barque cbavira et il perdit tous ses papiers.
Néanmoins il put fournir de mémoire le détail de son explo-
ratioi). Parti de la baie des Puants, il avait marché soixante
lieues à l'ouest sur une rivière, fait un portage d'une demi-
lieue, s'était embarqué avec six hommes sur la rivière Ouïs-
consing, avait parcouru quarante lieues au sud-ouest et était
entré dans le Mississipi le 25 juin 1673 par 42 degrés et demi
de latitude. Il avait alors descendu le fleuve jusqu'au 33"
degré de latitude et était revenu sur ses pas «dans la crainte
de rencontrer les Espagnols. Jolliet avait reconnu que la
mer où débouche le Mississipi ne pouvait être celle qui
baigne la Virginie, ni la mer Vermeille, et était certaine^
ment celle de la Floride ou golfe du Mexique. La relation
de ce voyage ayant été écrite par le Père Marquette en 1681
avant la descente de M. de la Salle à l'embouchure du Mis-
sissipi, on comprend que les Jésuites à cause d'un de leurs
confrères et les Canadiens parce que Jolliet est natif du Cana-
da, croient devoir soutenir la priorité de ce dernier voyage.
ET LÀ DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 449
Cependant il n'en e3t pas moins évident que La Salle a dé-
couvert le premier ce fleuve par le Téatiki et la rivière des
Illinois^ tandis que Jolliet etle Père Marquette Tabordaient
par la rivière des Renards. Ils ont devancé de la Salle de
trois degrés dans la descente du fleuve dont il était réservé
à celui-ci de découvrir Tembouchure. Comme le remarque
M. Margry dans le Journal de Vlnstruction publique^ si de
la Salle avait voulu se vanter de choses qu*il n'avait point
faites, pourquoi se serait-il contenté de dire qu'il avait
descendu le fleuve jusqu'au 36® degré et aurait-il laissé au
Père Marquette et à Jolliet l'honneur de l'avoir dépassé de
trois degrés. Le comte de Frontenac, plus éclairé sur les
faits en 1677 qu'en 1674, déclarait que Jolliet n'avait voyagé
qu'après La Salle. Il est inutile d'insister davantage pour
faire reconnaître que les découvertes de M. delà Salle n'ont
pas été inspirées par les succès de Jolliet comme on l'a
prétendu, tandis que le contraire pourrait être affirmé.
Revenu de sa seconde expédition, Cavelier de la Salle
suspendit pour quelque temps ses découvertes; maintenant
qu'une pratique suffisante lui avait donné l'expérience de
cette dure existence des bois et de tout ce qu'elle exige non
seulement de force et de courage, mais encore de ressources
matérielles sans l'aide desquelles aucun homme n'est ca-
pable d'affronter avec profit tant de difficultés, il sembla se
recueillir, et avant de commencer une tentative qu'il com-
prenait devoir éire décisive, il voulut se donner à l'avance
toutes les chances de succès. Après une visite en France,
où le roi lui accorda les terres de Frontenac, il resta au
Canada. C'est pendant ce séjour que commença ostensible-
ment entre le découvreur et les membres de la Compagnie
de Jésus comme avec les marchands de la colonie une lutte
qui allait avoir une influence capitale sur les divers évé-
nements de la vie de M. de la Salle et même sur sa mort. A
ce titre, il convient d'en entreprendr<î le récit succinct en
suivant avec précaution dans ses ma'ndres assertions, les
soc. DE GÉOGR. — NOVEMBRE 1880. XX. » 29
450 câveuer de la salle
documents originaux si nombreux que donne M. Margry au
sujet de cette grave question. Décrivons d'abord les débuts
des Jésuites au Canada.
Le 25 mai 1615, quatre RécoUets quittaient la France
pour se rendre au Canada; ils avaient mission du pape
Paul y, et étaient munis de lettres patentes du roi ; aussitôt
débarqués, ils célébraient la première messe dite à la Nou-
velle-France, en un endroit appelé la Rivière des Prairies,
et la seconde à Québec, le 25 juin 1654. Ils catéchisèrent les
Indiens et fondèrent plusieurs missions; en juin 1620, ils
entreprenaient la construction de leur couvent de N.-D.
des Anges à Québec. D'après un traité fait avec le roi, ils
étaient nourris par les marchands qui les passaient gratuite-
nient dans leurs vaisseaux, et du reste, s'entretenaient avec
les aumônes envoyées par leur maison de Paris. Jusqu'en
1625, les Récollets exercèrent seuls le ministère sacré ; mais
à cette époque, soit que leurs fatigues fussent devenues trop
lourdes, soit qu'ils eussent été entraînés par le zèle de l'un
des leurs, le P. Irénée le Piat,ils demandèrent qu*il leur fût
adjoint des Jésuites pour les aider. Peut-être quelques
Jésuites étaient-ils déjà au Canada antérieurement à 1625,
car un mémoire daté de 1637,. en cite deux qui accompa-
gnaient les Récollets dès 1616. En tous cas, ttur arrivée of-
ficielle date de 1625. Comme personne ne voulut les rece*
voir, ils demandèrent l'hospitalité aux Récollets qui la leur
accordèrent dans leur couvent de Québec.
Cet état dura jusqu^en 1629. Les Anglais ayant opéré
une descente dans le pays, firent prisonniers les Récollets
et les Jésuites et les transportèrent en Angleterre d'où
ceux-ci regagnèrent la France par Calais. Aussitôt la paix
conclue, les Jésuites se hâtèrent de retourner au Canada à
rinsu des Récollets ; ils se logèrent dans leur couvent et par-
vinrent à les écarter de la colonie jusqu'en 1669. A cette
époque, Colbert voulant diminuer l'influence des Jésuites
dont s'étaient plaints plusieurs gouverneurs et Fintendant
1
ET LA BÉGOtlVEH'rE DU MISSISSIPL 451
Talon, songea à faire revenir en Canada les Récollets en assez
grand nombre pour faire un contres-poids à romnipotence ^
des membres de la Compagnie de Jésus. Mais l'évêque de
Québec, entièrement à la dévotion de ces derniers^ fit subir
aux Blécollets une véritable persécution, les obligeant à
remplir leurs fonctions religieuses dans l'intérieur de leur
maison et leur défendant d'exercer leur ministère sacré dans
les missions y quels que fussent les besoins et les réclama-
tions des habitants. A vrai dire, il ne s'agissait ici que d'une
question de jalousie entre deux ordres religieux, mais elle
pouvait prendre à l'occasion le caractère d'une concurrence
commerciale. Les Jésuites, sous les noms d'hommes liés à
eux^ s'occupaient de la vente de l'eau-de-vie et de la traite
des pelleteries avec les Indiens ; ils faisaient de gros béné-
fices et n'entendaient ni partager ces avantages, ni avoir des
témoins de leurs opérations. Pour employer la pittoresque
expression dont M. de Frontenac se servait dans une lettre
à Golbert, les Jésuites <c songeaient autant à la conversion du
9 castor qu'à celle des âmes ». A cet effet, tout poste établi
près de leurs missions leur déplaisait et ils ne pouvaient ad-
mettre d'être devancés dans Tintérieur des terres. A ce double
titre, Cavelier de la Salle ayant avec lui, comme mission-
naires, des Récollets et des Sulpiciens, devenait leur en-
nemi. La rivalité qui ne fait qu'apparaître vaguement dans
les voyages de JoUiet et du P. Marquette, accomplis après
cent de M. de la Salle, s'accentue de 1675 à 1677 au mo-
ment de l'établissement de ce dernier sur le lac Ontario.
En 1671, M. de Courcelles, gouverneur du Canada, s'était
rendu sur ce lac et avait essayé de mettre fin à la guerre,
si préjudiciable aux intérêts français, que se faisaient les
Iroqnois et les Outaouas, ces deux races éternellement en-
nemies. En 1673, son successeur, Louis deBuade, comte de
Frontenac, recommença le même voyage, mais cette fois, le
gouverneur avait songé à frapper Tesprit des Indiens par la
vue d'une expédition pénétrant au cœur d'un pays réputé
I
452 CAYELIER DE LA SALLE
inabordaBle, et à empêcher ainsi les Iroqnois de suivre les
conseils des Hollandais qui les poussaient à attaquer les
Français. Il s'était fait précéder par M. delà Salle, chargé de
convier les Indiens à une conférence. Le projet réussit ; les
Iroquois se montrèrent extrêmement conciliants, et l'on en
profita pour s'établir solidement dans le pays par la cons-
truction d'un fort assurant les communications entre le Bas-
Canada, les grands lacs et par eux les pays de l'Ouest et du
Sud. On y mettait la première main le 13 îuilietl673 et peu
de jours après, le fort Frontenac était achevé et en état de
protéger la petite garnison qu'on y laissait. De la Salle n'as-
sista pas aux conférences; il était resté au village de Techi-
roguen d'où il ne tardait pas à écrire au gouverneur pour le
renseigner sur l'effet produit par sa visite ; cependant, en
apprenant que les Hollandais s'étaient emparés de New*York,
étaient venus à Boston et méditaient une marche sur
Québec, il se hâta de revenir afin d'en communiquer la
nouvelle.
L'expédition de M. de Frontenac au lac Ontario porta ses
fruits; convaincus par les paroles honnêtes et fermes du
gouverneur, les Iroquois résistèrent aux suggestions des
Hollandais; une ambassade envoyée par eux à Montréal
amena huit enfants pour y être élevés et servir d'otages, en
outre ils arrêtèrent les incursions des Indiens Loups de Ta-
racton sur le territoire des Outaouas sujets de la France et
cessèrent de porter aux Hollandais les pelleteries du Nord.
L'érection du fort Frontenac était pour beaucoup dans ce
nouvel état de choses, car tout en prenant ses précautions, le
gouverneur avait su trouver le moyen si difficile de se faire
aimer sans cesser d'être craint. Pendant une année, il avait
entretenu le fort à ses frais, mais ne pouvant continuer une
pareille dépense et ne voulant pas en charger les finances
royales déjà bien obérées, il avait remis le soin de l'occuper
et de l'entretenir à MM. Bazire et Leber, moyennant certains
avantages. Mais Gavelie r de la Salle, alors en France, avai
:i
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 453
offert au roi de prendre à son compte l'entretien du fort
Frontenac, d'y maintenir une garnison, de payer tous les
frais occasionnés à M. de Frontenac et se montant à
10 000 livres environ, d'accorder des concessions à ceux qui
consentiraient à s'y établir ainsi que diverses autres charges
moyennant la seigneurie dudit fort et quatre lieues de pays
dans ses environs. De la Salle savait la portée de ses enga-
gements, car dans sa requête, il reconnaît avoir déjà com-
mandé le fort pendant quelque temps. Ces offres furent
acceptées par lettres patentes datées du 13 mai 1675. Il
s'occupa aussitôt de recueillir l'argent qui lui était néces-
saire et, retournant au Canada en octobre 1675, il rem-
boursait les 10 000 livres dépensées par M. de Frontenac et
prêtait serment entre les mains du gouverneur. Il se rendait
ensuite au fort qu'il fit démolir parce que sa construction
en bois laissait à désirer, et reconstruire en solide maçon-
nerie.
Cet établissement, le seul qui en dehors de la colonie ne
fut pas accordé comme mission aux jésuites, constituait
pour eux une véritable concurrence à cause du voisinage de
leurs missions chez les Iroquois. Dès ce moment, ils en-
trèrent en lutte ouverte avec de la Salle; d'ailleurs celui-ci
avait confié la direction spirituelle du fort aux Récollets, ce
qui fournissait un second motif de jalousie. Ils trouvèrent
des alliés. Leber et Bazire vivement blessés d'être évincés
de la traite du fort Frontenac, avaient d'abord cherché les
moyens de s'attirer de la Salle, mais n'y réussissant pas, ils
songèrent à ressaisir leurs avantages en le devançant dans
la possession d'un poste plus reculé que le sien. Ils s'unirent
àcet effet aux jésuites qui ayant appris que M. de la Salle avait
dessein de solliciter la concession du lac Érié et du lac des
Illinois, se hâtèrent de la demander pour Jolliet et pour
Leber. En môme temps, ils firent grand bruit du voyage de
Jolliet « quoique postérieur à celui de La Salle », dit M. de
Frontenac, et s'efforcèrent de faire rétablir les congés ou droit
454 CÂVELIER DB LA HALLE ET LA DÊGOUVBRTE BV MISSISSIPI.
exclusif du commerce, pour les remettrcr à Bazire et à quel-
ques autres de leurs amis. Tous ces faits résultent du rapport
officiel adressé en 1677 par M. de Frontenac à Golbert.
Le roi refusa à Jolliet la permission de s'établir chez les Illi-
nois ; quant à M. de la Salle, pour déjouer cette conspiration,
il quitta le Canada le H novembre 1677 et revint en France.
11 représenta à Colbert qu'en deux années il avait entière-
ment rebâti le fort Frontenac, défriché mille à douze cents
arpents de terre, construit quatre barques pontées pour la
navigation du lac et fondé deux villages, l'un de douze fa-
milles ft*ançaises, l'autre de cent familles indiennes, et il
demanda l'autorisation de créer deux nouveaux établisse-
ments, l'un à l'entrée du lac Ërié, l'autre à la sortie du lac
des Illinois, afin de continuer ses découvertes vers le golfe
du Mexique. Il importe de remarquer que la position de la
Salle était en ce moment des plus prospères, car la traite
qui se faisait pour lui, lui rapportait une vingtaine de mille
francs de revenu annuel et qu'en abandonnant tous ces
avantages laborieusement acquis, en offrant de reprendre
sa vie d'aventures, de fatigues et de dangers, il montrait
avec quelle ténacité il tenait à accomplir cette œuvre de la
découverte complète du Mississipi qu'il avait faite sienne,
qu'il avait préparée et dont il risquait de perdre pour ainsi
dire tout l'honneur : « 11 n'avait, dit-il, d'autre attachement
à la vie qu'il menait que celui de l'honneur dont il croyait
ces sortes d'entreprises d'autant plus dignes qu'elles pré-
sentaient plus de périls et de peine. » La permission sol-
licitée lui fut accordée le 12 mai 1678, avec le privilège,
pour l'aider dans ses dépenses, de la traite des pelleteries
dans les pays qu'il découvrirait.
(A suivre,)
RAPPORTS SUR L'EXPIiORATION DE U TURCOMAWE. 455
RAPPORTS SUR L'eXPX.0HAT10N I»E Ik TtJSGOMAKIE MÉRIDIONALE^
présentés par j.-g. petroussévitch. — 1 yol. tiflis, 1880
(en russe) *.
La Turcomanie méridionale, c'est-à-dire le pays qui
s'étend entre la mer Caspienne et Toasis de Merv, présente
maintenant un intérêt spécial à cause des expéditions mili-
taires que le gouvernement russe y entreprend contre les
Turcomans-Tékés. M. Petroussévitch a parcouru ce pays
dans plusieurs directions et il en a donné une description
détaillée. Son premier rapport est consacré aux populations
nomade et sédentaire qui vivent dans la contrée limitée
au nord par l'ancien lit de FOxus (Ouzboï) et au sud par
la province de Khorassan. C'est un article plein d'intérêt
scientifique, oîi l'auteur corrige et complète les renseigne-
ments donnés par Bode, Burnés et Vambéry. Les détails
sur l'état de l'agriculture chez les Turcomans et sur l'irri-
gation dçs terres cultivées sont surtout curieux. Nous
voyons, par exemple, 5350 familles turcomanes au travail
de leurs champs le long d'une seule rivière, le Cheuz-bochi
dont le nom nous était à peine connu ; les bords de quel-
ques autres rivières dont les sources se trouvent dans les
montages Képépetdagh. offrent le même spectacle. Le nom-
bre total des Turcomans-Tékés est,selon M. Petroussévitch,
de 30.000 familles.
Le second rapport du même auteur concerne la partie
nord-est du Khorassan. C'est une description des districts
de Dérogteuze, de Kélat, de Boudjnourd et de Séraks, Elle
est plus riche en détails que les relations des voyageurs an-
glais Burnes, Baker, Mac-Gregor, etc., Enfin, le mémoire
sur les routes qui existent entre les bords de la mer Cas-
pienne et Toasis de Merv est plein d'intérêt au point de vue
stratégique et commercial. L'ouvrage est accompagné d'une
carte du Khorassan et de la Turcomanie méridionale.
1. Compte rendu par le colonel Veoioukoff.
CORRESPONDANCES
ROUTES DANS l'iNTEBIEUR DE LA RÉPUBLIQUE DE L'ÉQUATEUB.
LETTRE DE M. CH. WIENER * , VICE-CONSUL DE FRANCE A
GUAYAQUIL.
Quito, 13 mai 1880.
Lorsqu'on jette un regard sur la carte de l'Equateur,
on est surpris de voir que le port de Quito se trouve au
sud-sud-ouest et non pas à l'ouest de cette cité. En effet,
en ligne droite de Quito à l'entrée du Guayas, on compte
85 lieues, tandis qu'à l'ouest il n'y a que 185 kilomètres.
Je ne saurais expliquer ce contre-sens que par des habi-
tudes séculaires qui ont pris naissance à un moment où la
constitution géographique du continent américain n'était
pas connue, et où le commerce du vieux et du nouveau
monde, vu les extrêmes difficultés de la navigation, était
assez peu considérable pour ne pas faire ressortir les néces-
sités de routes plus directes.
Les habitants de Quito soutiennent que la route de Quito
à Guayaquil est en somme encore la plus commode pour
atteindre le littoral.
Les données que j'ai pu recueillir à Quito m'ont permis
de douter de la validité de cet avis, j'ai voulu voir par moi-
même ; c'est ainsi que j'ai entrepris une excursion vers
l'ouest avant de me rendre dans l'orient de la République.
J'ai pu faire ce voyage, qui a duré du 5 au 26 avril, dans
d'excellentes conditions. M. le baron Gabriel de Gunzburg,
jeune Russe qui a été élevé en France et qui parcourt l'Amé-
rique méridionale en amateur, s'est joint à moi ; il a sup-
1. Communication du Ministère des Affaires étrangères adressée à b
Société dans sa séance du 16 juiflet 1880.
ROTITES BANS LA RÉPUBLIQUE DE L'EQUATEUR. 457
porté ses frais personnels afin de ne pas grever mon budget,
et, pendant tout le temps de Texpédition, il m'a soutenu
dans mes études avec tant de savoir-faire et de dévouement,
que j'ai pu lever avec assez d'exactitude l'itinéraire par-
couru»
Les renseignements que j'ai l'honneur de vous soumettre
sont complètement en faveur de ma thèse. Le temps m'a
manqué pour recopier le carnet d'observations, mais j'espère
que le modèle des feuillets, dont j'ai rempli une cinquan-
taine depuis Quito jusqu'à San Miguel pour la partie la plus
tortueuse de la route^ permettra de juger de la scrupuleuse
sincérité de mon avis.
J'ai avancé continuellement et malgré des difficultés
inouïes du terrain, avec la chaîne d'arpenteur et la bous*
sole. Les positions géographiques entièrement inconnues
sont fixées au sextant (avec horizon artificiel);
Les altitudes et les pentes moyennes à l'aide de trois ba*
romètres anéroïdes et trois thermomètres pour les correc-
tions;
Les pentes réelles à la boussole nivelante.
Je n'exagère en aucune façon en assurant que jamais on
n'a fait en ces régions des observations complètes. Notre
carnet, j'ose Tespérer, remplira une lacune qu'il importait
de combler.
Permettez-moi de passer à la description rapide de la
route en question.
On peut passer de Quito à Lloa; de là, on atteint un haut
plateau entrecoupé de quebradas (abîmes) si profonds, si
abrupts et si larges que le passage en est excessivement
laborieux. Quant à la pente tournée du côté du Rio San
Lorenzo (rive droite), elle tombe à près d'une hauteur d'en-
viron 1 600 mètres, et à moins d'énormes travaux d'art, elle
est intransitable.
Pour ces raisons, une route en ligne droite de Quito au
point appelé le Mirador, qui se trouve à trois lieues à l'ouest
de U ville de Quito, est impraticable, et j'ai dû faîi>e, au
sortir de Quito, un détour en me rendant par la grande
route jusqu'à Tambillo, et de ce village jusqu'à 29 kilo*
noètres et demi ; là» je me suis tourné vers l'ouest, laissant
le village d'Âloag à main gauche, et traversant sur le ver-
sant ii^rd dit «aont Goraion, le baut plateau de la CSordil-
làre. Là aussi, le versant est abrupt, mais sur le sentier
actoellemént exîstatnt, la descente jusqu'au point appelé la
Maquina (environ 1 SOO mètres) peut s'effectuer en trois
heures. A partir de cet endroit, par un sentier peu ondulé,
j'ai suivi la rive du Sim Lerenzo, que plus loin on appelle le
Rio Pilaton, jusqu'au Rio Toachi; àl'euest de ce fleuve une
colline abrupte se trouve sur la route. Du versant est de
cette colline jusqu'au Mirador, le terrain est plat; et du
Mirador on peut atteindre sans rencontrer d'accident de
terrain, en suivant la ligne de la division des eaux entre
Esmeraldas et Guayaquil, les bords du Pacifique.
Le croquis général de la contrée, le lever de l'itinéraire,
les coupes transversales, la ligne barométrique, etc., que
j'aurai l'honneur de transmettre au Ministère, aerviront de
commentaire à cette dœcription.
Quant aux matériaux pour rétablissement d'une route, le
pays que l'on traverse les contient en abondance.
J'ai fait creuser douze puits qui m'ont permis de consta-
ter l'existence de comtes de gravier à des profondeurs va-
riant de 030 à 1™10. Le sable se trouve généralement sous
une mince couche de terre végétale.
Dans la région de San Nicolas, le chemin, sur environ
13 kilomètres, serait à couper dans la roche vive. Ces ro«
ches (basaltes assez décomposés, grès, schistes ardoisiers,
conglomérats basaltiques) peuvent être (brisées avec de la
poudre, et cèdent jusqu'à 1*50 de profondeur sous l'effet
de la pioche. J'ai recueilli des spécimens des différentes
roches que l'on rencontre sur la route.
Le nombre des torrents est considérable, mais ils ne smit
U DÀVARA&AND. 459
pas larges, et la rapidité du Tersant toamé vers le nord em*
pêche les fortes croes.
On peut donc établir des ponts en bois.
Tous les versants, à partir du 43* kilomètre (depuisQuito),
sont boisés, et les troncs d*an mètre de diamètre sur 60 mè-
tres de hauteur abondent. Aucun pont n'aurait à dépasser
20 mètres de longueur. Four préserver ces ponts de Tin-
fhienoe du climat pluvieux, on pourrait les abriter sous des
hangars, couverts de feuilles de palmiers, formant des toits
imperméables.
En terminant cet aperçu, il est utile d'ajouter que la ré-
gion de Bahia, où aboutirait la route, située sur le Paci"»
fique^ jouissant de brisesdu sud-ouest qui régnent sur cette
partie de la côte, n'a pas le climat étouffant et horriblement
malsain de Guayaquil qui se trouve à 70 kilométras du
Pacifique.
A un autre point de vue encore cette route est intéres-
santé et importante. EUle traverse des terrains d'une grande
richesse propres à être utilisés pour la culture du café, de
la canne à sucre et du cacao.
A partir du point appelé San Florencio, la canne à sucre
mûrit en vingt mois ; au Tanti, en douze mois ; à partir de
San Miguel, elle mûrirait probablement en huit ou neuf mois .
Ll DÀMARALAND. — RÉSUMÉ 1>B DEUX LETTRES DU
P. DUPARQUET A L'ABBÉ DURAND ^
Dans la première lettre écrite à Omarourou, en date du
7 mars 1879, le missionnaire rectifie une assertion qu'il a
faite dans son précédent mémoire sur les populations du
Damaraland. Au rapport des chasseurs du Kaoko, tous les
Cimbebas du Kaoko ou Kaoko-Damaras n'ont pas émigré
au nord du Gounéne, pour échapper aux Namaquas. Il en
i. Communiqué à la société dans sa séance du 6 août 1880.
460 un DilUARAUND.
est resté un grand nombre dans les montagnes du Kaoko
ainsi que dans les îles et sur la rive droite du fleuve.
Ces montagnes sont belles et leurs terrasses couvertes de
gras pâturages arrosés par de nombreux ruisseaux.
Jusqu'ici les Gimbebas étaient hostiles aux Européens,
mais ils commencent à se montrer plus sociables. Les chas-
seurs ont dépeuplé de gibier le pays qui s'étend entre
rOrange et TOkavango ; maintenant ils sont obligés de re-
monter sur les rives de ce cours d'eai^ et du Gounéne. Ils
ont noué des relations amicales avec eux. Ils poussent éga-
lement leurs expéditions jusque dans la vallée du Zam-
bèse; mais son insalubrité les force de venir passer la
saison pluvieuse depuis le mois de juin jusqu'au mois de
novembre, sur les montagnes du Damara.
Pendant cette saison, le Gounéne, l'Okavango et la Chobé
communiqueraient ensemble, car, depuis le pied des mon-
tagnes du Kaoko et le pays d'Ovampo, le territoire ne se
compose que d'une vaste plaine basse et plate, alors inondée.
Les cartes géographiques resserrent trop le territoire des
Ovampos; il s'étend jusqu'aux bords de l'Okavango d'un
côté, et les tribus de ce peuple occupent le pays situé au
nord du Libébé.
Le chef de celle des Yanganas ayant tué un chasseur
américain, les boërs d'abord et les autres chasseurs ensuite
lui ont infligé un sévère châtiment. Ils ont brûlé son village,
puis les approvisionnements renfermés dans les silos, et la
tribu s'est enfuie.
La seconde lettre est datée du 27 janvier 1880. — Pen-
dant le cours de l'année* dernière le P. Duparquet a fait un
long voyage dans l'Ovampo, entre le Gounéne et FOka-
vango. On est resté plus de six mois sans avoir de ses nou-
velles et nous commencions à éprouver des inquiétudes
sérieuses sur son sort, lorsqu'il m'a envoyé cette première
lettre qui doit précéder son journal de voyage.
Il se borne à annoncer cette nouvelle lettre et à ajouter
LE DAHARALÂND. 461
que, dans ce voyage, il a poussé jusqu'à 16**30' de latitude
australe.
Il y joint les renseignenaents suivants qu'il a reçus des
chasseurs.
M. Harrisson, chasseur irlandais, a remonté le Gouuéne
jusqu'au pays des Ambouellas, situé par 15" de latitude est,
dans sa vallée supérieure. Le pays à travers lequel le fleuve
coule ne se compose plus d'une plaine basse comme dans
rOvampo, mais il est accidenté et montueux.
Dans celte contrée la culture du manioc remplace celle
du sorgho. En poursuivant sa route à Test, de l'autre côté
du -fleuve. M. Harrisson a traversé six cours d'eau, et est
arrivé sur les bords d'un affluent de l'Okavango encore plus
considérable que cette rivière.
Ce pays est accidenté, et renferme des arbres (Je la fa-
mille des Protéacées qui croissent dans le Transvaal et sur-
tout dans les lieux salubres.
M. Wills, après avoir traversé TOkavango un peu plus
au sud que M. Harrisson, a marché vers Test, y a rencontré
un grand affluent de cette rivière qu'il appelle Bancara, du
nom d'une tribu qui habite ces rives. Le P. Duparquet pense
que c'est le Couito de M. Brochado. Au mois de mars 1879
il l'a traversé et en a suivi les bords orientaux jusqu'à sa
jonction avec l'Okavango, qui se trouve à trente milles au
nord de Libébé un peu au-dessus du confluent; cette dernière
rivière avait trois milles de largeur.
M. Wills pense qu'au sud de Libébé elle se perd au milieu
d'une vaste plaine marécageuse couverte de plantes aquati-
ques. Elle en sortirait par plusieurs branches : la Tonka,
regardée comme la principale seraif sa continuation, et la
Tamounaclé, qui rejoindrait le Zambèse.
Sur les rives de l'Okavango, le chasseur a rencontré des
grands arbres aux fruits délicieux semblables à des abricots.
Les éléphants en sont très friands ; ils viennent les secouer
pour en manger les fruits.
462 VOYAGE AU SOtJDAN OCCIDENTAL,
M. Wills vient de repartir pour ce pays.
D'autres voyageurs ont exploré la vallée du Counéne qui
s'étend entre l'Ovampo et le Kaoko. Elle est habitée par
des tribus très nombreuses adonnées à Tagriculture. Sa
fertilité est aussi grande que celle de l'Ovampo. Le Gounéne
traverse une partie du Eaoko^ à travers un déflié très étroit
et se précipite dans son bassin supérieur par une cataracte
de 20 ihètres de hauteur. A partir de ce point ses eaux cou-
lent dans plusieurs canaux entre les montagnes jusqu'à six
journées de la mer.
Une colonie de boêrs partie du Transvaal depuis plusieurs
années a traversé le désert Kalahari pour venir se fixer sur
les admirables et salubres terrasses du Kaoko . Leur princi^
pal centre est à six journées du Counéne et à trois de
rOvampo. Ils ont exploré, ainsi que plusieurs chasseurs,
tout le pays qui s'étend entre leurs montagnes et la mer*
Grâce aux renseignements qu'il a reçus de ceux-ci, leP.Da-
parquet espère pouvoir envoyer bientôt une carte du Raoko
et de l'Ovampo.
De nouvelles expéditions doivent partir prochainement
pour la vallée du Zambèse.
En terminant sa lettre, le P. Duparquet annonce l'arrivée
à Omarourou de M. Dufour, membre de la Société de Géo-
graphie. Il est convaincu que les travaux de ce voyageur
donneront des résultats sérieux.
VOYAGE AU SOUDAN OCCIDENTAL. — LBTTBES D9
D' LeNZ a m. DuVETRiElt.
Foumm El-Hosàn, 13 avril 1880.
Voilà cinq mois presque complets que je suis parti de
Paris, et pendant ce temps j'ai fait des voyages asseï éten*
''\s, qui ne seront pas sans résultats pour la géograpllie :
YOTIGB Âtt SOUBÂJN OCCIDENTAL. 463
d'abord une excursion de Tanger à Tétouanet dans le pays
montueuî d*Andjira; ensuite un voyage de Tanger à Pas,
de là par Meknasa à Rabat et à Marr^ech (Maroc). De
Marrakech je franchis la chaîne de l'Atlas, entre Imi-n-
Tyanout et Emnisla (Bouïbawen), et je m'arrêtai quelque
temps à Taroudant) dans TOuâd Soûs. Je continuai mon
voyage en passant par le territoire dangereux des Howara
pour arriver chez Sidi Hosseïn, fils de Sidi Hechâm, d'où
j'ai finalement pénétré chez la tribu arabe des Maribda,
dont le cheïkh, Ali, m'atrès bien accueilli. L'endroit d'où
je vous écris, appelé Foumm El-Hosàn par les Arabes/ et
Agadir Aït Selâm par les Berbères, est situé à quelques
lieues au nord de l'Ouâd Dhra'a, sur TOuàd Temenet^ au
sud-ouest d'Akka, patrie de Mardochée, avec les parents
duquel je me suis abouché à Jlegh (Sidi Hechâm).
Maintenant il s'agit de continuer le voyage vers Timbouk«^
tou et) si le cheïkh Ali ne me trompe pas^ il va organiser
une petite caravane; car lui-môme fait le commerce avec
cette ville. A la fin d'avril, je partirai par la route de Ten-
doùf (tribu des Tazerkanl) % et si tout va de soi^ à la fin
de mai je puis être à Timbouktou»
De là j'essayerai d'arriver à Saint-Louis du Sénégal; réus-
sirai^je? Je n'en sais certes rien; c'est une tentative comme
on en a fait tant d'autres. En tout cas^ que la chance me
favorise ou non, je vous prie de demander à la Société de
Géographie de Paris qu'elle écrive au gouvernement du
Sénégal pour lui annoncer qu'un voyageur arrivera
peut-être de ces c6tés^ et pour lui demander de lui être
secourable.
Arawàn, 20 juin 1880,
Le 10 juin je suis arrivé heureusement à Arawan et j'y
ai été bien reçu par le chérif et par la population. Demain
1. Probablement mieux Tàjakànt.
464 LETTRE DE M. LOUIS BERTe
je poursuivrai le voyage vers Ticnbouktou, qui est à six
marches d'Arawân. De là j'essayerai de gagner les forts
français sur le Sénégal.
De Saint-Louis je reviendrai en Europe par Mogador. Je
pense être à Paris au mois d'octobre. Les résultats géogra*
phigues, etc.. sont très intéressants.
LETTRE DE M. LOUIS BERT AU PRÉSIDENT DE LA
COMMISSION CENTRALE ^
Roseaux (Ile de la Doinini<iae), S6 avril 1880.
Par le courrier de ce jour, je vous envoie une caisse que
je vous prierai de présenter en mon nom à la Société, conte-
nant: (( un poisson armé », « cinq grenouilles » communé-
ment appelées ici « crapauds » et qui sont employées dans
l'alimentation du pays, et € la vessie du poisson armé ». —
Dans la caisse vous trouverez une pierre qui provient de
l'éruption volcanique du 4 janvier. — A ce propos, je dois
vous annoncer que le lac d'eau bouillante a disparu et est
à sec. En son lieu et place, dans le lit proprement dit, il
existe une sorte de source d'eau bouillante dont l'eau coule
noirâtre et continuellement; les bords du lac forment
aujourd'hui une sorte de vaste cône presque à pic. Formée
de feldspath, de matières sulfureuses et de pyrites, la source
chaude continue de couler et sort du lit de l'ancien lac par
une brèche naturelle pour rejoindre une autre rivière. Une
douzaine de petites solfatares et de geysers se sont formés
dans les vallées avoisinantes ; l'aspect entier du district
sulfureux a changé ; sous peu, je ferai mon possible pour
aller jusque-là et vous envoyer des vues photographiques
3ur verre, que je vous prierai de faire mettre sur papier (car
ici je ne peux pas transporter les clichés sur papier).
1. Communiquée à la Société dans sa séance du 21 mai 1880.
Veuillez me faire connaître^ si vous déi^irez pour la Société
de Géographie des échantillons de soufré naturel cristallisé^
fonds de mer, poissons ou animaux^ plantes sèches, fougè-^
res ou autres, en un mot me désigner ce dont vous auriez
besoin pour les collections de la Société*
NOTE RELATIVE A L ANTHROPOLOGIE DU TONG-KING,
PAR LE DOCTEUR J. HARMAND K
Paris, le 2 août 1880.
Dans le dernier fii^/teïm de la Société, M. Romanet du
Caillaud, continuant l'étude très intéressante qu'il a entre-
prise sur le Tong-king, parle des populations sauvages de
cette région, et avance certaines opinions qui semblent peu
conformes à la réalité.
« C'est, (dit-il à propos des Mu'o'ngs), l'ancienne race
» aborigène, d'où est sortie la race annamite ; mais elle n'a
» pas été, comme celle-ci, modifiée par l'influence du sang
)) chinois et par la civilisation du Céleste empire. »
M. Romanet du Caillaud, quelques lignes plus bas, ajoute :
« Les M u'o'ngs se distinguent encore des Annamites par un
)) teint plus blanc, une taille plus haute, un caractère plus
» simple et plus franc. »
Il y a dans ces deux paragraphes, des erreurs, qui tien-
nent à ce que, d'abord M. du Caillaud n'a pas vu les choses
par lui-même, pui§ à ce qu'il a établi sa laborieuse compila-
tion sur des documents fournis par des missionnaires, qui
ne sont nullement naturalistes et ne se doutent guère de
toutes les données indispensables pour élucider les problè-
mes d'anthropologie.
Il est impossible d'admettre des analogies aussi étroites
entre les sauvages et les Annamites. Nous n'avons pas mal-
heureusement jusqu'ici, les chiffres et les mesures néces-
1. Lue à la Société dans sa séance du 6 août 1880.
soc. DE GÉOGR. — NOVEMBRE 1880. XX. — 30
466 NOTE RBLATIVE A L'ANTHROPOLOGIE BU TONO-KINO.
saires pour discuter la question d'une façon vraiment scien-
tifique. Mais les quelques types que j'ai pu observer pendant
mon séjour au Tong-kiag me permettent cependant de
penser que les sauvages du Ninh-binh se rapprochent
beaucoup des tribus du massif d'Attopeu et du S6-bang«
hieng, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à une race extrême*
ment différente des Annamites.
On s^accorde généralement à regarder ces derniers comme
dérivant d'une souche dont le berceau remonte beaucoup
plus haut vers le nord, en un centre qui a servi de point de
départauxtrois grandes familles indo-chinoises : les Birmans,
les Thays et les Annamites ; car il n'est pas douteux que ces
trois races n'aient les plus grandes affinités.
Quant à la question de savoir quelles modifications les
infusions de sang chinois ont imprimé au type annamite,
elle n'est pas encore aussi simple à résoudre que le pense
M. Roraanet du Gaillaud. A mon avis, le sang malais a joué
ici un rôle bien autrement important. Du reste, si les Anna-
mites avaient divergé du type sauvage par la superposition
du type chinois, ils seraient devenus plus grands, et à la fois
plus blancs que les sauvages ; or, c'est précisément le
contraire qui s'observe.
Je ne sais, en effet, sur quelles observations l'auteur s'ap*
puie pour dire que les Mu'o'ngs sont plus blancs que les
Annamites ; c'est contraire à toutes les idées reçues.
Je me permettrai de combattre encore une affirmation très
nette de l'auteur, qui dit en propres termes : « l'idiome des
)) M u'o'ngs est un patois similaire de la langue annamite ;
» toutefois, ils le prononcent d'une manière si étrange,
» qu'il est absolument inintelligible pour les Annamites, n
Que M. Romanet du Gaillaud prenne des informations
plus complètes, — il est probable qu'il en trouverait au
séminaire des Missions étrangères, — et il verra qu'il a été
certainement induit en erreur. Quelques sauvages peu-
vent, il est vrai, parler un patois annamite •— bien qu'une
NOTE REXiTIVE A L'ANTHROPOLOGIE DU TONG-KING. 467
langue pareille ne comporte guère de patois, — mais
ce sont ceux-là seulement qui sont depuis longtemps en
contact avec les envahisseurs. Quant aux autres, leur langue
doit différer radicalement du langage monosyllabique et .
variO'tonû des Annamites. Je vais du reste, de mon côté,
faire en sorte de trancher la question par des documents
plus précis.
Poursuivailt ma leotura, je ïdèverai encore, page 303,
la phrase suivante : « La race mu*o*ng forme une petite
» nation de trois à quatre cent mille hommes. »
Je n'ai rien à dire sur le chiffre; ici, toutes les hypo-
thèses sont permises ; mais j*estime que le terme nation^
appliqué à des tribus qui n*ont entre elles qu'un lien excès-,
sivement faible, est impropre. *-- Ce n'est pas toutefois une
discussion de grammaire que je soulève ici. J'ai en vue
une conséquence politique infiniment pius sérieuse : les
Mu'o'ngs, extrêmement divisés, morcelés à l'infini, sont
incapables aujourd'hui de se constituer en nation, et par
conséquent de former un tout capable d'inspirer aux con^
quérants la moindre crainte.
Enfin, pourquoi M. du Gaillaud confond-il des branches
de la science aussi différentes que le sont Tanthropologie^
l'ethnographie et l'histoire ?
Toutes ces réserves faites, c'est un plaisir pour moi de
i^connaitre l'utilité du travail très étudié de M. Romanet du
Gaillaud, et je le remercie notamment d'avoir eu la bonne
pensée de résumer l'histoire des insurrections tong-kinoises
récentes, sur lesquelles nous n'avions que des idées très
vagues*
ACtES ht t SbCIËtÉ
EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
Séance du 45 octobre 1880.
PRÉSIDENCE DE M. A. GRANDIDIER.
Le procès^ verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Lecture est donnée de la correspondance.
MM. Greffier, Roy, Antoine, Dijon et Molteni remercient de leur
nomination comme membres de la Société. — M. Tabbé Desgodins
adresse ses remerciements à la Société pour le prix Logerot qui Jui
a été décerné en récompense de ses travaux au Tibet. A l'heure
actuelle, Tabbé Desgodins achève de composer deux dictionnaires :
l'un tibétain-latin-français, l'autre latin-français-libétain. — La
Compagnie générale des allumettes chimiques remercie la Société
d'avoir prêté son concours pour réaliser l'application de cartes géo-
graphiques sur l'une des faces des boîtes d'allumettes du type le
plus répandu. — Le Ministre de la Marine et des Colonies adresse à
la Société diverses cartes et instructions nautiques,' compléments des
publications hydrographiques déjà offertes. — M. le contre-amiral
Mouchez, directeur de l'Observatoire, envoie à la Société les der-
niers volumes des Annales de l'Observatoire. — M. le consul général
de France à Leipzig offre à la Société, par l'intermédiaire du Minis-
tère des Affaires étrangères, les 3* et 4® livraisons de l'Atlas publié
par les soins du docteur Andrée. — M. Dumaine, libraire éditeur,
fait don à la Société d'un ouvrage de statistique sur les forces mili-
taires de la Russie par le capitaine Weil. — M. Miguel Vicente
de Abreu promet à la Société divers opuscules sur les Indes portu-
gaises et demande à être admis au nombre des membres correspon-
dants. — La Société de géographie de Lisbonne informe la Société
que, par décret du 12 août, la Commission permanente de Géographie
près Je Ministère de la Marine et des colonies, s'est fondue dans la
Société de géographie de Lisbonne. La bibliothèque et les archives
dépendront désormais de cette dernière Société. — La Société de
1. Rédigés par le docteur Harmand*
SÉANCE DU 15 OCTOBRE 1880. 469
géographie commerciale de Porto fait part de sa fondation, qui a
eu lieu le 10 juin 1880, tricentenaire de Camoëns. — L'Institut
géographique international fondé à Berne (en 1880) adresse une cir-
culaire faisant connaître le but de sa fondation. — M. Trépagne,
maire de Forges-1 es-Bains (Seine-et-Oise), informe la Société qu'il
S'occupe de répandre l'enseignement de la géographie dans son canton ,
principalement au moyen du musée horticole qu'il a fondé en 1877,
àLimours. — M. le vice-recteur de l'Académie de Paris remercie
la Société des prix qu'elle a décernés aux lauréats du concours gé-
néral. Les élèves couronnés sont : l'élève Fèvrii, du collège Rollin,
l*"' prix de géographie en mathématiques élémentaires, et l'élève
Grand, du lycée Charlemagne, 1*"^ prix de géographie en rhétorique
— M. Ragozine de Moscou fait hommage à la Société du pre mie
des neuf volumes qu'il compte faire paraître sur le Volga. — Le contre,
amiral Brossard de Corbigny, commandant en chef de la division
navale du Pacifique, demande à la Société de lui fournir les instruc-
tions qu'elle jugera convenables. — M. Ledoulx, consul de France
à Zanzibar, adresse au Président, par l'intermédiaire du Ministère
des Affaires étrangères, deux rapports sur les résultats de l'explo-
ration du voyageur Thomson, qui vient d'arriver à Zanzibar, et
sur la mort de MM. Carter et Cadenhead (renvoi au Bulletin). —
M. le consul général de la République du Salvador à Paris, adresse
à la Société un mémoire de M. Goodyear sur les éruptions volcani-
ques survenues, en 1879 et 1880, dans la région d'Ilopango, dépar-
tement de San-Salvador.
La parole est donné au docteur Harmand pour communiquer à la
Société les nouvelles qu'il a reçues du docteur Neïs, médecin de la
marine en Cochinchine. Le docteur Neïs, chargé par M. Lemyre
de Villers, gouverneur de la colonie, d'une exploration chez les Mois
(sauvages) du nord-est de la Cochinchine, a rapporté un nombre con-
sidérable de mensurations de ces peuplades aussi intéressantes que
peu connues. Le docteur Neïs se propose de continuer ses études et
de pousser plus loin ses recherches, dont les résultats seront com-
muniqués à la Société.
M. E. Cortambert, comme président de la commission de l'ortho-
graphe géographique, expose l'état des travaux de cette commission
et dit que pendant plusieurs mois M. l'abbé Durand et lui se sont
activement occupés de leur tâche, à laquelle le général Parmentier
malade, et M. deUjfalvy, absents de Paris ont été empêchés de prendre
part. Dans quelque temps, la liste de tous les noms dont l'ortho-
graphe paraît devoir être améliorée sera soumise à la Société. Parmi
les auteurs qui se sont occupés de l'orthographe géographique^
470 PROCÊS-VERBAUX.
M. Gortambert cite M. Henry Mager, qui vient de publier un travail
relatif à la prononciation des noms géographiques. La partie qui
concerne l'Europe est excellente, mais celle qui a pour objet l'Orient
lui parait moins parfaite. M. Gortambert dépose cet ouvrage sur le
bureau. •
M. Duveyrier donne lecture de plusieurs passages de deux lettres
adressées d*Aden par M. Révoil à M. Maunoir et à lui-même. Ge
voyageur annonce qu'il a trouvé partout le plus aimable accueil, les
autorités anglaises se sont montrées pleines de bienveillance à
son égard. Le résident politique, capitaine Hunter, qui écrit en ce
moment, avec l'aide des missionnaires et du Père Taurin, une
grammaire Somalie, et une étude sur les races, a été assez bon
pour communiquer à M. Hévoil les placards qui pourront lui être
fort utiles.
M. Révoil partit le dimanche 1 1 septembre pour Meraya chez les
Medjourtines après avoir dédoublé ses bagages et provisions, de
façon à constituer une réserve en cas d'accident, et en même temps
ne pas avoir un matériel trop volumineux. Quelques courriers l'ont
précédé, et l'un d'eux a dû lui faire préparer une hutte pour sa
première station. Il a enrôlé quatre Somalis sur lesquels il croit
pouvoir compter. L'un d'eux est son ancien domestique Ali Farah.
Parmi les trois autres figure un jeune Scribe de douze ans, qui écrit
fort bien l'arabe.
M. Révoil compte rester à Meraya deux mois, pour y récolter des
spécimens de la flore et de la faune des montagnes du littoral. Il
gagnera ensuite Karkar pour y passer la saison des pluies, car au
dire des naturels il ne faut pas songer à gagner les Dolbohantes ou
Ouyadines à cette époque. Le Nogal, d'habitude peu fourni d'eau,
déborde, et les inondations, formant un immense lac et des marais
malsains, chassent sur les hauteurs tous les nomades avec leurs
troupeaux.
Le Secrétaire général donne des nouvelles de M. de UjCsdvy qui
lui écrit d'Omsk (2i septembre), où il était depuis la veille. Les
communications postales ayant complètement cessé entre Orenbourg
et Tachkend, la mission a été forcée de prendre la route de Sibérie
pour se rendre dans le Turkestan. Les voyageurs comptent se rendre
à Tachkend par Semipalatinsk, Sergopol et Tchemkendi et pourront
y être à la fin du mois. G'est là qu'ils arrêteront leurs projets pour
l'hiver prochain. La mission, composée de M. de Ujfalvy, de M. Bon-
valot (zoologie et topographie), et de M. Gapus (botanique, géologie
et paléontologie), est très bien outillée, et les voyageurs espèrent
être à même de rendre de sérieux services à la science française.
SÉANCE DU 15 OCTOBRE 1880. 471
Le Secrétaire général donne quelques extraits d'une lettre de
H. Charles Huber, qui était arrivé au Djauf et allait s'engager dans'
la traversée du Nefoûd, pour gagner le Djebel Chammar, et de là,
revenir à Djeddah pour repartir ensuite vers le sud-est.
Le Secrétaire général communique ensuite des renseignements
qui lui sont fournis par M. Kractzer, consul de France, à Saint-
Jean-de-Terre-Neuve, sur M. Pavy, débarqué au cap Alexandre, dans
le Smith Sound avec deux ans de vivres. 11 a obtenu du gouverne-
ment anglais la permission d'user des provisions du capitaine
Nares. M. Pavy écrira de Disko et plus tard de Port Foulke.
M. Kractzer tiendra la Société au courant des projets et des décou-
vertes de M. Pavy.
M. Gaulbiot a reçu des nouvelles de M. Marche, datées de Ma-
nille. Le voyageur se trouvait en bonne santé à Manille au moment
du tremblement de terre, et plusieurs journaux espagnols louent
hautement le dévouement dont M. Marche a fait preuve dans cea
circonstances douloureuses.
Le Secrétaire général apprend à la Société que M. Grevaux ac-
compagné de M. Lejanne, du marin Purban et du noir Apatou
devait débarquer le 26 août à Savauilla, près de l'embouchure du
fleuve Magdalena, qu'il remontera en vapeur à huit ou neuf jours. De
là, en trois jours de marche, il gagnera Bogota. Les habitants inter-
rogés ne savent absolument rien sur le Uaupôs qui est la continua-
tion directe du Rio Negro, le plus grand affluent de l'Amazone.
Un Anglais, A. R. Wallace, a tenté deux fois l'exploration de
cette grande rivière, mais a été obligé de se retirer devant les
nombreuses chutes qui interceptent son cours. Son équipage a été
bien vite épuisé en luttant contre le courant. < Tenter l'exploration
de cette rivière en la remontant, serait, dit le D'^ Grevaux, s'ex-
poser à un insuccès certain. Il faudrait sept mois pour aller de
Manaos aux Andes, puisque le Rio Negro ne mesure pas moins de
sept cents lieues. Il faut que j'attaque le taureau par les cornes.
Nous allons nous jeter vers les sources de la rivière et le courant
nous portera vers l'Amazone. Ge procédé très simple est exposé à
un grand écueil. Qui me dit que je serai dans les eaux du Uaupès?
Quel ne serait pas mon désappointement, si après quinze jours de
descente, je me trouvais nez à nez avec un affreux Ouitoto du
Yapura, ou bien si j'atteignais la ville d'Aûgostura dans TOréno-
que...Si nous tombons juste, notre voyage sera rapide, vertigineux;
il nous faudra moins de trois mois pour traverser toute l'Amérique
équatoriale. »
Le Président annonce à l'assemblée la présence du D' Rey, ar-
472 PROCÉS-VERBAUX .
rivé récemment deson voyage enMalaisie. La Société aura bientôtle
plaisir d'entendre le D"^ Rey lui faire le récit de ses explorations.
Le colonel Perrier annonce à la Société le départ tout récent de la
mission qui doit explorer la région comprise entre le haut Sé-
négal et le Niger. Placée sous le commandement du chef d'esca-
dron Desbordes, de Tartillerie de marine, elle a pour but d'étudier
le terrain que doit traverser la voie ferrée. Elle comprend une
brigade topographique placée' sous les ordres du conunandant
Derrien ; une troupe de sept cents hommes est chargée d'assurer la
sécurité de la colonise et de construire les fortins, sortes de postes-
comptoirs qui doivent jalonner la route.
Les travaux commenceront à Bafoulabé au confluent du Bakhoy
et du Ba-ûng. On déterminera les positions géographiques et les
altitudes des sommets, cols, plateaux, ainsi que la conGguratîon des
vallées, leur largeur, leur profondeur, etc. En un mot, on réunira
de précieux éléments géographiques.
M. J. Jackson dépose sur le bureau le rapport des délégués de la
Société aux congrès de Nancy et de Reims.
Le comte Me.yners d'Estrey fait une intéressante communica-
tion sur le voyage du D*" Bock à Bornéo. Parti de Jangaroung, à la
côte est de cette île, le courageux naturaliste a pénétré d'abord
dans le nord en suivant le cours du Mahakkan, jusqu'à Mouara
Kaman, et ensuite le Klintjon jusqu'à Longwai. Sur tout ce par-
cours, il rencontra peu d'habitants. Au-dessus de Longwai, près des
frontières du Brounei, il visita pour la première fois la tribu des
Orang-Poonan ou Olo-otto, sauvages vivant dans les forêts sans
même se construire de cases pour abri. Un fait étrange signalé
chez cette peuplade, est le teint particulièrement clair des femmes,
celui des hommes étant très foncé; le D'' Bock vit même des
femmes blondes comme des Européennes.
Après avoir exploré le nord du Koutée, le voyageur s'est dirigé
vers le sud, en suivant d'abord les affluents du Mahakkan, jus-
qu'à peu de distance de leurs sources, pour descendre ensuite le
bras du Barito, et gagner enfin Bandjer-Masing où il arriva le
31 décembre de Tannée dernière. Il est donc le premier explora-
teur qui ait fait la traversée de Bornéo, de la côte est à la côte
sud. Les résultats de son voyage sont très satisfaisants, surtout
en ce qui concerne l'ethnographie des Dayaks.
Le D** Ballay annonce que M. Savorgnan de Brazza, après
aYoir construit et aménagé une station à Mashogo, au confluent de
a rivière Passa et de rOgôoué, y a laissé deux Européens et s'est
DÛS en route pour le Congo* il était, au 14 juillet, à la ligoe de
SÉANCE DU 15 OCTOBRE 1880. 473
séparation des bassins du Congo et de rOgôoué. Le D' Ballay va
partir dans quelques jours pour rejoindre M. de Brazza. M. Mizon,
enseigne de vaisseau, chargé par l'Association internationale afri-
caine de diriger la station de Mashogo, partaveclui pour remonter
rOgôoué ; sept cent cinquante hommes engagés p^r M. de Brazza
les attendent au bas du fleuve. Ils doivent remonter jusqu'à FAlima,
et s'embarquer sur cette dernière rivière pour gagner le Congo.
Le Président, à la suite de cette communication, vivement ap-
plaudie par toute l'assemblée, s'exprime en ce*s termes : « Je n'ai
pas à appeler l'attention de la Société sur l'importance du voyage
que vont entreprendre M. de Brazza, et le D' Ballay et sur la mis-
sion que va remplir l'enseigne de vaisseau Mizon. Ce voyage ou-
vrira à la science et à la civilisation Tune des régions de l'Afrique
les plus intéressantes, d'autant plus intéressante pour nous qu'elle
est limitrophe d'une de nos colonies. Le passé de M. Ballay, dont
les succès antérieurs sont présents à la mémoire de tous, nous
répond de l'avenir ; nous souhaitons vivement qu'il réussisse dans
son entreprise.
> Bien que la mission confiée à M. Mizon par la section française
de l'Association internationale africaine, ne doive pas le conduire
aussi loin, la tâche n'en est pas moins fort belle et fort utile
puisque c'est sur lui que nous comptons pour avoir la connaissance
complètedu bassin del'Ogôoué, tant au point de vue géographique et
économique qu'au point de vue de l'histoire naturelle. Nous lui
souhaitons aussi le succès que mérite son dévouement à la science.
9 Soyez sûr. Monsieur Ballay, que la Société de Géographie vous
suivra dans vos explorations avec le plus vif intérêt, et dites bien
à votre digne compagnon, M. Savorgnan de Brazza, qui vous at-
tend là-bas sur le seuil de l'inconnu, que nos vœux ne cessent de
l'accompagner. >
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts.
Sont inscrits sur le tableau de présentation pour qu'il soit statué
sur leur admission à la prochaine séance : MM. Eugène Plazoiles,
ingénieur civil, entrepreneur du chemin de fer de Porto Alègre à
Uruguayana (Brésil), présenté par MM. Maunoir et Thoulet ; —
Michel Lelong, capitaine d'artillerie ; Ernest Liédot, sous-chef du
contentieux au chemin de fer d'Orléans, présenté par MM. le gé-
néral Poizat et le commandant Gibouin ; — le vicomte Maurice
d'Âuxais, secrétaire titulaire de la Direction de l'Intérieur à Saigon,
présenté par MM. le vicomte A. Benoist d'Azy et Maunoir; — Alban
Fournier, docteur en médecine; Charles Austin, présentés par
MM. Maunoir et James Jackson ; — Emile Désiré Kractzer, consul
474 PROCËS^YERBàUX.
de France à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, présenté par MM. Maunoir
et Meurand; — Jean Bertot, architecte, présenté par MM. Léoa
Gallet et Léon Poirier ; — le baron Godefroy de Villebois, présenté
par MM. Grandidier et Maunoir; — Léon Philos, présenté par
MM. Duyeyrier et Tardiveau; — le docteui* Le Prieur, médecin
major de h^ classe au il^ régiment de chasseurs à cheval, pré-
senté par MM. le vice amiral de La Roncière-le- Noury et Maunoir;
— Léon Vuaflarti agent de change, présenté par MM. Maunoir et
Lucien Dufour ; — T. Auge, armateur^ présenté par MM. le doc-
teur Ballay et Maunoir ; — Jean-Marie Orcel, capitaine au !22* ré-
giment d'artillerie, présenté par MM. le général Poizat et le com-
mandant Gibouin ; — Charles Gachet, présenté par MM. le colonel
Chanoine et Maunoir.
Laséance est levée à 10 h. 1/4.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
Sianet «t» 6 févritr 1880.
HîBROGRAPillE OFFICE U. S. •— List of lights oftho North, Baltic, and whUe
scas, inclnding Deninark, Prussia, Russia, Sweden and Norway, eorrectcd
to dec. iS, 1879. Washington, 1879. Broch. in-8o.
A. G. Menogal. ->" Inter-Oceanie canal projects. 1879. Broch. in-8*.
James Jackson.
J. B. Paqcier.— Histoire de Tunité politique et territoriale delà France.
Paris, 1879-1880. 3 vol. ln.8o. ACTecr.
Ëlte comprend ^ensemble de conférences ftiites à Versailles. L'auteur considère
celte unité comme tmnfiUte* U décrit depuis «m orig^iiie jusqu'au milieu du
z* siècle : 1° à quelle époque a commencé cette formation de l'unitd politique
et territoriale ; 9* quelles causes l'ont préparée ; 3<> quels obstacles se sont long-
temps opposés à ta réalisation de cette grande ouvre.
ELISÉE Reclus. — Nouvelle Géographie universelle, la Terre et les
hommes. Livraisons 283 et 284. Paris, 1880. Gr. in-8^ Adteur.
A. E. NordenskiÔld. — Sur la possibilité de la navigation commerciale
dans la mer glaciale de Sibérie. Stockholm, 1879. Broch. in-8«*
Auteur,
Mnn STÈRE DES TRAVAUX PUBLICS. — Chemins de fer français d'intérêt
. général. Recettes de Texploitation pendant les trois premiers trimestres
des années 1879 et 1878. Paris, 1880. 1 feuille in-4».
Ministère des travaux publics.
Vœux exprimés par la chambre de commerce de Bordeaux de 1872 ^
1879 au sujet des tarifs douaniers, des traités de commerce, du com-
merce [extérieur de la France et de la marine marchande. Bordeaux,
1880. 1 voL in4o. Chambre de commerce de Bordeaux,
A. Robert de Goderville. — Rapport à la Société centrale d'agriculture
de la Seine-Inférieure sur la question des traités de douanes. Rouen,
1879, Broch. in4».
Société centrale d'agriculture db la Seine-inférieure.
Annuaire de l'Observatoire de Montsouris pour l'an 1880. Paris, 1 vol. in-
24. Observatoire DE Montsouris.
Marine Survey department of Calcutta. — Bay of Bengal seaface of
the soonderbuns. Mutlah river to the Chittagong coast. Calcutta, 1879.
1 feuille. Marine Survey department of Calcutta.
Séance du 20 février 1880.
D. Augustin de la Cavada. -*- Historia geografica, geologica, y estadistica
de Filipinas. Manila, 1876. 2 vol. in-8^ Auteur.
Description étendue de ce groupe d'Iles «ous le rapport géographique, météorolo-
gique, statistique et commercial. Cartes.
476 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
Censo de poblacion del arzobispado de Manila perteneciente al ano de 1877.
Manila, 1878. in-f . L. Dudemaine, Consul de France.
Edward P. Lull, Frederick Collins. — Reports of explorations and
surveys for the location of intcroceanic ship-canals through the Isthmn
of Panama, and by the valley of the river Napipi, by U. S. Naval ex-
péditions, 1875. Washington, 1879. 1 vol. in-4». Lient. F. Coluns
Ministère des travaux publics. — Chemins de fer français d*intérè
général. Documents statistiques relatifs à Tannée 1876. Paris, 1879.
Vol. in-4o. Ministère des travaux pdbucs.
Rapports du Conseil suisse aux gouvernements des États qui oot participé
à la subvention de la ligne du Saint-uothard sur la marche de cette
entreprise dens la période du 1" octobre 1878 au 30 septembre 1879.
Berne, 1879. Gr. in-4».
Rapport mensuel n<* 85 du Conseil fédéral suisse sur Tétat des travaux de
la ligne du Saint-Gothard au 31 décembre 1879. Berne, 1880. Gr.
in-io. Conseil fédéral suisse.
ROBIDÉ van der Aa. — Reizen naar nederlandsch Nieuw-Guinea in de
jahren 1871, 1872, 1875-1876, door de heeren P. Van der Crab en
J. E. Teysmann, J. G. Coorengel en A. J. Langeveldt van Uemert en
P. Swaan., Sgravenhage, 1879. 1 vol. in-8o.
Institut géographique et statistique des Indes néerlandaises.
Ramon Lista. — La Patagonia austral, complemento del « Yiaje al pais de
los Tehuelches. » Buenos Aires, 1879. Broch. in-8''. Auteur.
Étude d'ensemble sur le pays, les habitants actuelâ et antérieurs ; continuation d'une
relation d'un voyage de l'auteur au pays des Tehuelches. Il s'intéresse principa-
lement aux richesses minières qui sont assez abondantes.
Tableau synoptique de la statistique et de la géographie du Chili, 1878-1879.
Santiago de Chile, 1879. Broch. in-8«.
Henry Yiile. — An essay introductory to capt. Gill's journey entitled
« The river of Golden Sand. » London, 1880. Broch. in-8». AutedR-
Le savant colonel Yulc résume les découvertes récentes dans les hauts plateaux
de la Chine, où le Kin-sha, « rivière au sable d'or », prend sa source. Il fait
l'hydrof^raphie des fleuves voisins. Il considère le voyage du capitaine Gille
comme un des plus importants dans la Chine occidentale.
Annual report of the curator of the muséum of comparative zoôlogy at
Harvard collège, to the président and fellows of Harvard collège for
1878-1879. Cambridge, 1879. Broch. in-8». Alexander Agassiz.
Df J. G. Rein. — Der Nakasendo in Japan. Nach eigenen Beobachtungen
und Studien in Anschiuss an die Jtincrar-Aufnahmc von Ë. Knipping.
(Ërganzungsheftn'' 59 zu « Petcrmann's Mittheilungen. ») Gotha, 1880.
Broch. in-8°. JusTUS Perthes.
Louis Vossion. — Études sur llndo-Chine, Birmanie et Tong-Kin.
Paris, 1880. Broch. in-8<*. Auteur.
Exposition des événements qui ont précédé la situation actuelle, du rôle nouveau
que cette situation crée a l'Angleterret et la conduite qu'elle semblo imposer
à la Franoe.
6. àAtlTÉRÉÀt!. — L'Abysslnlô et les intérêts français dans le centre de
l'Afrique. Paris, 1879. Bi-och. irt-4*. Auteur.
< L'Abys&inié peut devenir ane Inde nouvelle * poui* là France. La richesse de son
sol peut être pour le commerce une source avantageuse de proGts, Création d*uiie
Société pour l'exploiter.
Prosper Bouniceau. — De Paris au Cap ou le chemin de fer Transsaha-
rien. Paris, 1880. Broch. in-8*. Auteur.
Association internationale africaine. N" 2. Journal et notes de voyage
de la première expédition, 1879. Bruxelles. Broch. in-8^
Association internationale africaine.
Cette livraison contient : le rapport sur la marche de M. Carabier de Tabora à
Karema, où il va fonder une station hospitalière, et une lettre concernant les
difficultés qu'il éprouve dans cette installation.
Le comte de Marsy. — Une excursion à Saint-Antoine de Viennois.
Arras, 1878. Broch. in-S". Auteur.
Ministero d'agricoltura, industria e commercio. — Bilanci communaïi.
Anno XVI, 1878. Roma, 1879. 1 vol. in-4". — Annali di statistica.
Série 2a. vol. 10, 1879. Roma, 1 vol. in-8^
Ministero d*agricoltura, industria e commercio.
Ergebnisse der Beobachtungsstationen an den deutschen Kiisten ûber die
pfaysikalischen Ëigenschaften'der Ostsee und Nordsee und die Fischerei.
Jahrgang 1879 Hefte Vill, IX. Berlin, 1879. in-4*.
Commission de la mer de Kiel.
Elisée Reclus. — Nouvelle Géographie; la terre et les hommes. Livrai-
sons, 285, 286. Paris, 1888. Gr. in-8o. Auteur.
La Géographie aux Congrès de TAssociation française pour TAvancement
des Sciences, à Lille, 1874, Nantes 1875, Clermont-Ferrand 1876, Paris,
1878. 4 Broch. in-8o. James Jackson.
Spécimens d*un passage de la Bible traduit en 134 langues, par les soms
de la Société biblique britannique et étrangère. Londres, 1872. Broch.
in-8o. James Jackson.
L. Lan. — Plan topographique de la commune de Marseille et des com-
munes environnantes. Ii20,000*. Paris, 1879. 4 feuilles.
Société de Géographie de Marseille.
Société archéologique de Constantine. — Plans des bains dePompéia-
nus à Oued-Atménia, à 42 kilomètres de Constantine. 5 feuilles.
Société archéologique de Constantine*
Carte inédite du Mississipi, œuvre de l'explorateur Louis Joliet (1674)
publiée par M. Gabriel Gravier. Rouen, 1 feuille. Ludovic Drapetron.
Atlas général composé de 34 cartes colorées et gravées sur cuivre. Gotha,
1879. 1 vol. in-4o. James Jackson.
Petit Atlas départemental de la France contenant 102 cartes coloriées.
3e édition. Paris, in-8^ James Jackson.
Chemin de fer trans saharien, tracé par l'Oued Mya. 1 feuille. — Profils
des tracés par TOued Mya et l'Oued Lua. 1 feuille. Paris.
478 ocrynAGEs offerts a la socifrË.
Séance du 5 mars 1880.
Publications du dépôt des cartes et plans »b l4 marins.
J. Reyertégat. — - Notice météorologique sur les mers comprises entre
la Chine et le Japon. Paris, 1879. In-4o.
Renseignements nautiques sur quelques tles éparses de Tooéan Indien
sud. Paris, 1879. 1 vol. in-8^.
Contre-amiral Mouches, *— Instruotions nautiques sur les côtes de l'Al-
gérie. Paris, 1S79. 1 vel. in-8«.
Paul Gave. » Patagonie. Détroit do Magellan et canaux latérauv. Cap
Horn et Terre de Feu. Instruction. Paris, 1889. 1 vol. in-8*.
Gh. Ph. de Kerhallet et a. Le Gras. — Instructions nautiques sur les
tles du Cap Vert. Paris, 1879. Broch. in*8«.
Océan Pacifique Sud. Nouvelles Hébrides, îles Banks et Archipel de Saota
Crus. Paris, 1879. Broch. in-8^
Océan Pacifique Sud. Les îles Salomon. Paris, 1879. Broch. in*8*.
Océan Pacifique Sud. Iles WalUs. Paris 1879. Brooh. in-8^
lies Philippines. Renseignements sur les iles de Manille à Ilo-llo, à Zebu
et à Samboagon. Paris, 1879. Broch. in-8''.
Gaussin. -* Annuaire des courants de marée de la Maaciie pour l'aa 1880.
Paris. 1880. 1 vol. in-16».
Annuaire des marées de la basse Gochinchine et du Tong-Kin pour
l'an 1880. Paris, 1879. Broch. in-12o.
Cartes. — N»» 3622, 3629, 3658, 3661, 3662, 3664, 3669, 3676, 3678,
3687 à 3689,' 3692 à 3691, 3696, 3699 à 3710, 3712, 37U à 3716, 3718,
3721, 3724, 3727. Dépôt des cartes et plans de la marine*
J. £. NoURSE. —- Narrative of the second Artic expédition made by Charles
F. Hall : his voyage to Repuise Bay, sledge journeys to the straits of
Fury and Hecla and to King William's land, and résidence among the
Eskimos during the ycars 1864-69. Washington, 1879. 1 vol. in«4«.
Auteor.
Réunion des documents ëpars laissés par l'explorateur et achetés par le Con-
grès des Etats-Unis. Ils commencent à l'expédition de Franklin (1845). U
premier voyage de Hall eut lieu de 1860 à 186i; il en a fait le récit dans ses
Arctic researches; au second voyage il résida parmi les Esquimaux, de juin 186Î
à septembre 1860 ; le troisième est le vovage du Polari» oè il a succombé à h
maladie. Bel ouvrage» avec cartes et nombreuses gravures. ,
J. Wour H, I. LuKseH, D» J. Kottstorfer. — Bericht an die Kdniglich
Ungarische Seehehdrde in Fiume uber die am Bord der Dampfyacht
• Dell « und des Dampfbootes > Nautilus » im Zeitraume von 1874 bis
1877 durchgefUhrien physikalischen Untersuchungen ira Adriatisobeo
Meere. Fiume, 1875-1878, 4 Broch. in-8».
Physikalische Untersuchungen in der Adria dargestelU in vier Berichten
an die Kôniglich-ungarische Seebehôrde zu Fiume. Wien, 1878. Broch.
in-8«. i, LucMCE.
Rapport trimestriel n° 29 du Conseil fédéral suisse aux gouyerneaaeatf des
États qui ont participé à la subvention de la ligne du Saint*Goihard nr
OUVRAfiES OITERTS ▲ hk SOCifiTÉ.. 419
U. marcha <le cette entreprise dans la période du l®*^ octo];(re au 31 dé-
cembre 1879. Berne, 1880. In-fo.
Rapport mensuel n*" 86 du Conseil fédéral suisse $ur l'état def travaux d«
la ligne du Saint-Gothard au 31 janvier 1880. Berne, 1880. In-f».
Conseil itédéral suisse.
Fàuch«r DR Saint-Maurice. ^ Promenades dans le gpolf\9 Saint-Laurent.
Québec, 1879. 1 vol. in-16*. AUTÇUR.
fimbarcRié ^ bor4 4'ua qayir^ allant raviUiiller loi pluures du folf^ Vattteur décril
les péripéties de sa croisière, lès souvenirs qui 9e rattachent aux îles nombreuses,
et présente des considérations sur cette nature sauvage et pittoresque*
Alfred R. Wallacb. — Stanford*s compendium of Oeography and Travel.
Australaaia. iondon 1879, i vol. in-8<>. Acheté.
Les documents nouveaux qui sont fournis de tou« cdtés suf cette partie du monde,
avaient besoin d'être coordonnés dans un nouvel ouvrage de fond. On y trouve
pour
de rôcéan~ Pacifique et l'histoire des îles, même lei plus insigni^aQtes. Cartes
et gravures.
H. W. BATES. — Stanford*s compendium of Geography and Travel. Central
America, the West Indies and South America. London,1878. 1 vol. in*8^
Acheté.
Commercial Reports by Her Majesty*8 Consuls iu Japan« 1878. London.
1879. 1 vol. in-8^
Papers relating to Her Majesty*s colonial possessions. Reports ^or 1876,
1877 and 1878. London, 1879. 1 vol, ia-8"'. Jacques Arnould.
£. Ayuonier. — Dictionnaire Khmêr-Français. Saigon, 1878. 1 vol in-8%
Les mots ont été classés pour les consonnes en suivant Tordre le plus rationnel,
celui que présente l'alphabet indigène. La base de transcription est la même
Sue celle choisie pour le sanscrit, avec addition de quelques combinaisons. Ce
ictionoaire « forme un tableau suffisamment complet et détaillé de la langue
usuelle ». Il est Tœuvre d'un professeur qui a été aussi élève.
Ëtat de la Gochinchine française pendant Tannée 1878. Saigon^ 1879;
Broch, in-4*.
Gochinchine française. Excursions et reconnaissances. n° 1^ 1879^
Saigon, 1880. 1 vol. in-8^ Gouvernement de la Gochinchine.
Réunion de mémoires sur dififérents sujets intéressant notre colonie. Ce fascicule
contient entre autres : un mémoire sur le Ga-mau, Texploitatidn des plumes, une
exploration dans le Rach-gia, à Gautfao et Loug-xuyen, Tapprofondissement du
canal de Vint-té, etc.
Sabin Berthelot. — Antiquités canariennes ou annotations sur Torigine
des peuples qui occupèrent les îles Fortunées, depuis les premiers
temps jusqu'à Tépoque de leur conquête. Paris, 1879. 1 vol. tn-4°.
Auteur,
Siyets traités : 1° Origine et rapport entre les populations libyques-numidiques et
les anciens habitants des Fortunées; 2° l'invasion des Ibères et des Basques,
Celtes et Berbères ; S** inscriptions lapidaires et leur transcription ; 4° antiquités
Canariennes aux époques préhistoriques et mégalithiques.
Ahédée Tardieu. — Géographie de Strabon. Traduction nouvelle. Tome
troisième.. Paris, 1880. 1 vol. in-lô". Auteur.
Vivien de Saint-Martin. — Dictionnaire de géographie universelle. 12'
et 13^ fkscicules. Paris, 1880. In-4°i Hachette» éditeur.
ËusÉË RfiCLUé. >-« Nouvelle Géographie uûiverselte ; la Vétte et les hoitiiàés.
Livraisons, 287 à 290. Paris, 1880. Gr. in-So. AtJTEtm.
Jules Leclergq. ^ Le Tyrol et le pays des Dolomites. Paris, 1880. i voli
in-12*. Auteur.
Les Alpes Dolomitiques doivent leur nom au géologue Dolomieu» qui, le premier, ob-
serva leur slructure. Cette région peu connue est une des plus pittoresques
des AJpes ; « la nature s'y révèle dans son inépuisable fécondité, dans ses ca-
priées les plus étranges. »
B' Louis GOHPANTO. — Histoire naturelle, du département des Pyrénées-
Orientales. Perpignan, 1861-1864. 3 vol. in-8«.
Cette monographie embrasse la description des vallées, le règne animal, le rcgnd
végétal, et la géologie. Il est le fruit de quarante ans d'études sur les lieux, et
de la réunion de documents fournis par de nombreux collaborateurs, c Notre
but principal, dit l'auteur, est de dévoiler les richesses variées d'un département
peu connu parce qu'il est isolé dans un coin de la France. »
— Exposé du projet d'expositijon des Pyrénées-Orientales à l'Exposition
universelle de 1878. Compte rendu des dépenses faites pour son exécu-
tion. Perpignan, 1878. Broch. in- 8©.
— Quelques mots sur la station thermale de Molitg-les-Bains (Pyrénées-
Orientales). Perpignan, 1878. Broch. in-8''.
— Simple mot sur les eaux minérales du département des Pyi'énécs-
Orientales et sur l'urgente nécessité d'iine nouvelle analyse. Lettre à
M. le docteur Paul Massot. Perpignan, 1877. Broch. in-lô». Auteur.
Ministero d'agricoltura, iNDUSTRiA E COMMERCIO Di iTALiA. — Annali di
statistica. Série 2a, vol. 11, 1880. Roma, 1 vol. in-8*.
MlNISTERO D'AGRICOLTURA, INDUSTRIA E COMMERCIO BI ItALIA.
EMILE Gartailhac. — Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de
l'homme. 2* série. Tome X, 1879. Feuilles 31 à 35. Toulouse. In-8o.
Auteur.
G. Ripley et Ch. A. Dana, editors. — The new American Gyclopaedia. A
popular dictionary of gênerai knowledge. New- York, 1860-1863. 16 vol.
in-8". ' Ch. Maunoir.
Delesse. — Carte agronomique du département de Selne-et-Marne. 1864-
1878. 1/500 000* Paris. 2 feuilles. Auteur.
Pyrénées-Orientales. Carte hydro minéro-thermale. Photographie. 1 feuille.
D*" Louis Companyo.
Taschen-Atlas iiber aile Theile der Erde nach dem nuesten Zustande, in
24 Karten. Nach Stieler's Hand-Atlas verkleinert. Gotha, 1880. 1 vol.
in-24o. James Jackson.
Le comte Louis de Turenne. ^— Quatorze mois dans l'Amérique du Nord.
Paris. 1879. 2 vol. in-16«. Auteur.
D' Joseph Chavanne. — Central-Asien. 1/5, 000,000e. Wien, 1880.
1 feuille. AUTEUR.
Le Gérant responsable^
C. Maunoir,
Secrétaii*c général de la Commission centrale.
PARIS. — IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2
JntUeiiti dtf fa SociÂ
Sco^màrm/âSÛ
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MÉMOIRES, NOTICXiS
NOTICE
SUR
LA RÉGION DE L'OUED DRAA
Par H. de CASTRIES
Scbdou, le 15 juillet 1879.
Nous aurions voulu ne pas commencer cette notice par
une considération personnelle, mais, comprenant tout ce
quUl y a d'imparfait dans ce modeste travail, nous ne
croyons pas pouvoir le présenter sans expliquer la place
qu'il devait occuper dans une étude plus importante dont
nous avions conçu le plan à Sebdou et qu'un déplacement
inopiné nous a obligé à interrompre au moins momentané-
ment.
Le Sud marocain et le Sahara occidental, tel eût été le
titre de notre étude ; ce double titre était le seul convenable
pour la description de deux régions qu'il est impossible de
séparer l'une de l'autre.
Ce travail, dont nous n'avons pu que réunir les élé-
ments, devait comprendre tout le pays qui s'étend de l'est à
l'ouest, entre l'Oued Saourà et l'Atlantique, et du nord au
sud, entre le grand Atlas et le parallèle d'Ouadan.
Il se serait composé des six parties suivantes :
1" Partie. — Région située entre l'Oued Saoura et le Tafi-
lala, à laquelle, en l'absence de toute autre dénomination
1. Voir la carte jointe à ce numéro.
soc. DE GÉOGRv — DÉCEMBRE 1880. XX. — 31
498 NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAÂ.
géographique S on peut donner l6 nom de Zegdou (les
confédérés).
Le mot zegdoUy qui n'est pas dans le kamous, désigne, en
Algérie, toute troupe de guerriers appartenant à des tribus
différentes. Les populations dti Sud-Ouest, d'humeur re-
muante et belliqueuse, étant presque toujours en campagne,
ce mot a fini par prendre, dans cette région, la signifi-
cation restreinte de Gontiàgents armés : des Doui Menia,
des Ouled Djerir, des Béni Guil, etc. A ce titre, il nous a
paru pouvoir s'appliquer convcntiminelleni^nt à la région
qui nous occupe.
Cette convention n'est pas d'ailleurs plus rigoureuse que
celle qui a fait donner longtemps à une partie de l'Europe
centrale le nom de Confédération germanique.
2"^ Partie. — Tafilala, comprenant, outre le Tafllala pro-
prement dit» les petits états de..OuadZiz,,Guers» El Kbanek
Medagbera et Er Reteb.
Cette [partie,. ainsi que la précédente, a été étudiée par le
regretté général Dastugue, alors lieutenant-colonel, quiavait
publié, en 1861, une belle carte de ces régions et en faisait
espérer une description ^ aussi détaillée que possible.
3° Partie. — Oued Draâ et districts circonvoisins, tels
que : Eerkla, Todgha, Ousikisi,.Aït-Saoun, Dades, Seddrat,
Askoura^ Ouarzazat, etc.
C'est cette région. dont nous tentons aujourd'hui la des-
cription. En l'état présent, elle sera très incompjète, et
nous ne la regardons que comme une ébauche, comme
une reconnaissance préalable du terrain, destinée à cir-
1. Le nom de Reraber (pluriel de Berber), qae les indigènes de TAIgérie
donnent aux tribus (}ai campent aux environt de l'OneA tiuireéda TOiied
Draâ, ne s^appUque pas d'una façon détermina à uA^foupa da pop^ulations.
Kous l'avons rejeté à cause de son sens trop vague et aussi parce qi^*ii a
le grand tort de faire supposer une division ethnographique qui n*exisle
nullement.
1. Quelques mots au sujet de Taftlelt, etc. (Extrait du Bulletin de la So-
ciété de Géographie^ avril 1867, paga.337.)
NOTICE SUR LA. RÉÛION DE U'OUED DRAÂ. 499
conscrire le champ de nos informations et à donner plus de
coordination aux recherches ultérieures.
4' Partie, — Oued Sous. Grâce à des informations nom-
breuses et par suite de Tattrait tout particulier qu'elle nous
offrait^, nous avons approfondi Télude de cette contrée, la
plus riche du Maroc, le jardin de l'Afrique centrale, «un des
plus beaux pays du monde », dit Graberg de Hemsô.
S'il nous est donné de combler certaines lacunes, nous
pourrons, dans un bref délai, entreprendre la rédaction de
ce travail.
5* Partie. — Entre Draâ et Sous, Cette contrée est celle
dont la géographie est le moins fix&e. Sur la foi de voya-
geurs mal renseignés, les erreurs le« plus grandes ont été
accréditées relativement à sa géographie physique et poli-
tique« C'est ainsi qu'il est presque impossible de dire au*
jourd'hui d'une façon précise si 1 -appeUation d'Oued Noun
s'applique à une région, à une ville ou simplement à un
cours d'eau.
M. Renou * divise peut-être trop catégoriquement cette
région en deux Etats : le Sidî Hichâm et l'Oued Noun,
Nos informations ne nous peirmettent-. pas encore d'a-
border la description détaillée de cette contrée, mais nous
sommes déjà en mesure d'avancer que les divisions poli-
tiques, d'ailleurs si mal déôuies dans l'intéi'iear de l'em-
pire chériften, n'existent plus dans le pays qui nous
occupe.
Au Nord, un santon, grâce k son caractère religieux, au
Sud un chef plus entreprenant ont réussi à acquérir sur les
populations indigènes une influence relative. Peu à peu la
tribu la plus rapprochée de la résidence de chacun de c^s
personnages a, elle-même, obtenu une certaine hégémonie
sur les peuplades plus éloignées; son nom ou celui d'une
i. Description de Tempire du Maroc, par E. Renou, membre de la com-
mission scientifique de l'Algérie. Tome Vlil, de Tèxploration scientiltque
dé l'Algérie, p. 378.
500 NOTICE SUR LA RÉGlOlf DE L'OUED IMIAJL
de ses bourgades a prévalu pour désigner la zone très
circonscrite où s'étendait cette suprématie.
Telle est Torigine de Tazeroualt et de FOoed !(oim.
Tazeroualt correspond à l'Etat de Sidi Hichim, aaqnri
M. Renou fait allusion. Cette dénomination s'apfdîqiie en
propre au petit cirque que forme, à sa partie supérieorey la
Yallée de l'Oued el Ghâs et qui renferme la bourgade de
lUgh et le tombeau (Koubba) de Sidi Abmed-Oo-Moiisn *.
i. L'Oued el Ghis est leWholgrass de Davidson, le Onalghar de \i
tare et le Oued OuelKâs de M. Delaporte. Beaucoup dlndigèoes appcDeafi
encore aujourd'hui cetle rÎTière Ouelghââ. Cette déaominatîoa Ticieue a
sans doute été répandue par des Berbères ignorants qui ont ré«m le
qualificatif Oued, en syncopant le dal par euphonie, au mot el fîhis. Os
ont fiût ensuite préeéder cette appellation du mot berbère Âssif (rirîère»
et le cours d*eau a été appelé Assif Ouelghâs. Depuis, des indigènes
naissant l'arabe, mais ignorant le mot originel el Ghâs, ont été
désigner cette rivière par le nom de Oued Ouelghâs, sons lequel IL De*
laporte nous l'a fait connaître.
L'Oued el Ghâs, lt)ued Massa et TOued Iligh, contrairement aux
elusions de M. Reoou, ne sont que les noms différents d'une seule et
rivière.
11 n*est pas inutile de £ûre remarquer à ce sujet que l'expression iUaga
bi (se rencontrer avec), dont se servent la plupart des indigènes dans la
description d'un cours d'eau, est amphibologique et désigne aussi souvent
le changement de nom d'une même rivière que la rencontre de cette ri>
vière avec un affluent. Ces! ainsi qu'en décrivant le long cours duChélif,
dont rOued Sebgague (situé dans le Djebel Amour) forme le bassin supé-
rieur, nu indigène dira : l'Oued Sebgague se rementre avec rOned el
Baidha; l'Oued el Bafdha, avec l'Oued Thouil ; l'Oued Thouil, avec l'ùutd
Mekhaoula; l'Oued Mekhaoula, avec l'Oued Tagguin, etc., etc. La raisoa
de ces nombreuses appellations qui font le désespoir des explorateurs
échappe à l'individu habitué aux ririères coulant à pleins bords. Elle se
comprend en Afrique, où les eaux s'échelonnent dans le thalweg principal
à de lointains intervalles. La source d'amont a souvent de la peine à
joindre sa voisine d'aval. Les indigènes, qui suivent cette marche des eaux
dans les lits presque toujours desséchés de leurs rivières, décomposent ces
dernières en autant de cours d'eau qu'il y a de sources importantes sur
le thalweg principal et donnent à chacun de ces tronçons, qu'ils assimi-
lent à une ririère distincte, un nom différent. On conçoit alors l'emploi
de l'expression illaga ki pour indiquer que les eaux issues de ces diverses
sources arrivent à se joindre.
Utte fottsse interprétation de ce verbe arabe a été la cause de nom*
brtttiw méprîMs géogr^hiques.
NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAA. 501
Sidi Ahmed-Ou-Moussa, dont le descendant actuel, Sidi-
el-Haoussin-Ou-Mouley Hichâm, réside à Iligh, est le fonda-
teur de la suprématie de Tazeroualt, ainsi que de Tordre
religieux qui porte son nom et qui fournit de baladins toute
l'Afrique septentrionale.
Le pays de TOued Noun, situé au sud de Tazeroualt, est
appelé aussi, du nom du personnage qui est arrivé à y
dominer, Hakoum Abid-Allah'Ou-Salem(Etat de Abid-AUah-
Ou-Salem). Les représentants actuels de cette dynastie sont
deux frères, Mhammed Ould Beïrouk, et El Habib Ould
Beïrouk, qui se sont partagé le pouvoir. Ils résident à
Aouguelmin.
Tazeroualt et l'Oued Noun n'ont jamais dépendu, en réa-
lité, du Maroc. Cependant, d'après l'auteur du Roudh-el-
Kartas, le souverain Almohade Abdel Moumen (1 159 av. J.-G.)
étendit son autorité sur ces contrées ; le puissant émir
ordonna même d'arpenter son vaste royaume et fit mesu-
rer une base partant de Barka et allant aboutir à l'Oued
Noun.
6'' Partie. — La sixième partie, à laquelle conviendrait
plus spécialement le nom de Sahara occidental, eût em-
brassé le littoral saharien depuis l'Oued Draâ jusqu'au pa-
rallèle de Ouadan.
Les renseignements que nous avons recueillis jusqu'à ce
jour nous autorisent à affirmer qu'il n'y a pas témérité à
tenter l'étude de cette dernière partie *.
1. Les tribus et les cours d*eau que nous avons fait figurer dans cette
région, sur la carte d'assemblage, ne proviennent que des renseignements
de nos informateurs. N*ayant pu faire une critique suffisante de la carte
du Sahara central, publiée par le ministère de la guerre (1862), nous
n'avons voulu y faire aucun emprunt.
Les embouchures de TOued £ch Ghibika, de Seguiet el Uamra, de TOued
Draâ et de l'Oued Asaka, sujet de tant de controverses géographiques,
ont été reconnues, l'année dernière, par M. Fernandez Duro, officier de
la marine espagnole. Nous n'avons pu nous procurer la carte côtière
dressée par ce voyageur.
502 NOTICE SUR LA RÉGION DE l'OUED DRAÂ.
Les informateurs, plus rares peut-être pour cette région
que pour les cinq autres, ne font pas cependant absolument
défaut. Avec quelque patience, on peut arriver à trouver
non-seulement dans toute TAIgérie, mais même dans un
rayon assez restreint, des indigènes appartenant aux prin-
cipales tribus du littoral saharien.
Les Tadjakan fournissent aux tribus sahariennes un cer*-
tain nombre de derres (instituteurs). Les Ould Delim, les
FouIIan, les Sissendi, les Trarza, les MôUat, les 'Kenkat,
etc., envoient chaque année quelques-uns des leurs dans
le Draâ et le Sous ; la plupart de ces derniers, après un
séjour plus ou moins prolongé dans ces provinces, pai^edt
avec les bandes de travailleurs qiii arrivent en Algérie à
répoque de la moisson.
Cet exposé un peu long, pour lequel nous réclamons
l'indulgence, fera peut-être pardonner, en faveur du but
que nous avions 1;eUté d'atteindre, ce qu'il y a d'imparfait
dans 'l'aperçu que nous donnons aujourdTiuî de l*Oued
Draâ.
Ohêtha^auitmmzigkt.'^iOhelhaesile ^ierme par lequel
on 'désigne le dialecte ibei^bère parfê au Maroc. Ge mot e^t
arabe, mais il a prévalu même parmi les populations em-
ployant ce dialecte, sur la dénominationâe^lamazîjrM, tirée
du'V0oidtRi)akeide leur 'langue.
Une transformation «mlogue pourrait se produire en
Europe si les peuples germaniques, oubliant le mot
tt JDfiutaGh », adoptaîfiDt k d&nomînationfffanQakie ^ « alle-
mand 9» çourdésigner leur langue.
L'Oued Draâ est la première région» en ^'avançant de
Figuig vers Touest, où le chelha soit d-un emploi général.
Les Zegdou, à l'exception des populations des Ksours. n'en-
tendent que l'arabe. Quant au Tafilala, qui a été longtemps
1. Le mot « allemand », quoique n'étant pas d'origine «française, a
droit de cité dam notre dictionnaire.
NOTICE SÛR L^A flÉdlON «flE l'oUÈB DKAA 5W|
le sîèged'une cour chériflenne, là tefigue du Prophète y eàt
parléfe presque excltiilvemem.
Au-delà du Tâfilala, dans les directions nord, nord-Oue»l^
et Ouest, le chelha se suWtîtUè h l'sfwbe, qui ne «reparaît
plus que de loin en loin dfiMis les pays de pl)aine,'ôt ftUx wi-
viirons des grandes Tilles,
'Lacotlnabsanee du chélba seftàt saus'ndl doute uu pïé-
ciéuï auxiliaire pour la géogfaphte de ces contrées, les
lîeuK empfuhtatnt presque toujtn/w^lettts'uoms au vocabu-
laire de k langue chelha.
Malheureusement le chelha, comme les autres dialectes
berbères, 'n^eiàt pas ûté par Técriiure. Non seuletnent il n'a
pas d^orlhographe, ce qui n'est qu-un médiocre ineonvé-
iïîérlt, 'uistfs 'Il n'a môme pas de prononciation. 'Les sons
éhangeiit d'une vallée à une autre, et, Qommb le dit le
capitaine 'Hauoteau ^ ils oût-tous une iticro^ïibte temâânce à
se subiitifuefr les uus aut autre».
Cette phonétique bizarre n'est pas une des moindres dif^
fi^ïultés du levé par renseignements d'une région habitée
pkr des Ghalouh ^. Les informateurs sont rarement asses
éélairés pour counaltre à la fois les deux prononciadiotts
d'un même nom de lieu, et ils vous amènent, par le fait de
leur ignorance, à mentionner deux localités différentes là
où il n'en existe qu'une.
•La plaee nous manque dans cette courte notice pour
exposer tes *prîticîpales permut^rtions des sotîs dans le dia-
lecte chélha. On se fera une idée de ces sub^titutiotis en
Usettit leS'pag^'O^ le capitaine Hanoteau énumàre ces va-
riantes pourles ahilôf^eis des Touareg et des Zouaoua.
Le chelha a de nonïbreuses ressemblances avec ces deux
dialeotes el, Bëtif «quelques mots, originaires peut-être du
-t. ^9!li de gilittimilire kabyle par A, H«inoteau, eapitaine du génie,
p. 13. •-- -L-miWtff 'tteéet otîvra%é trè» estimé esl ai^urd'hui gértérah
3. Cfiefduh \6«t m tmaûvt pmipa berbdre qni hstbUe le >Maroc; son
dialecte, comme on l'a vu, s'appelle le chelh»
504 NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAÂ.
Guenaouia S les principales différences que Ton constate
entre ces trois dialectes ne viennent que de modifications
phonétiques '.
Nous ajouterons, en terminant ces considérations, que
notre procédé, pour la transcription des mots chelha en
caractères français, a consisté à reproduire le plus exacte-
ment possible les sons prononcés devant nous par les indi-
gènes, sans nous préoccuper du peu d'unité qui devait
résulter d'une telle méthode. On ne sera donc pas surpris
de voir le même mot écrit, suivant la région, de façons très
différentes (Id, Ida, Iddi. — AU, Ouaït) '.
Pour arriver à ce but, nous écrivions les noms chelha en
caractères français, sous la dictée de Tinformateur, tandis
qu'un thaleb les écrivait lui-môme en caractères arabes.
Nous collationnions ensuite les deux listes, en présence de
l'informateur, qui, en cas de désaccord, non dans l'ortho*
graphe, mais dans les sons que nous reproduisions, se pro*
i. Il ne faut pas confondre le gtienaouto, qui est la langue des nègres (de
Guenaouia vient notre mot de Guinée), avec le génois. Cette erreur a été
commise par M. Amédée Jaubert. Le savant orientaliste, traduisant Edrici,
dit au sujet de la ville de Azkaï : « La ville s'appelle Azoukaî en langue ber-
bère et Gocadam en génois » (^aV^V) ^' Rcnou qui n'a pas remarqué
cette erreur, s*é(onne, à bon droit, de voir intervenir le génois en
pareille occurrence. « 11 est difficile de croire, dit-il, que Edrici ait pu
recevoir des notions bien précises de la part des Génois sur Tintérieur
du désert. > (Renou, Noi. géogr. sur V Afrique septentrumale. Exploration
de V Afrique septentrionale y sciences historiques et géographiques^ t. II,
p. 298.)
2. C'est ainsi que Ikhkham, maison, en zouaoua (dérivé sans doute du
mot arabe KhimUf tente), se prononce en chelha Igheram, Ex., Igheram
Melloulen, (bourg de Dades), maison blanche, correspond au terme géo-
graphique employé par tous pays : Dar el Beïda. Casa bianca ou casa blanca).
G'estainsi encore que Ighf {tète) se prononce en chelha /fty/*. ^,yIkhfAman
(bourg des Ait Oubial), tête des eaux, correspond au mot arabe Has el Ma.
3. Nous nous proposons, pour remédier à cet inconvénient, de rédiger
un index alphabétique de tous les noms de lieux contenus dans ces con-
trées. Sur cet index figureront, entre autres renseignements, les diverses
prononciations de chaque nom.
NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAâ. 505
nonçait pour nous ou pour le thaleb, ou uous soumettait
tous deux à une nouvelle épreuve ^
La vallée de TOued Draâ forme un des grands plans qui
déterminent le relief de l'Afrique septentrionale. Elle est le
talus ouest du Sahara central comme la vallée de TOued
Djedi en est le talus est.
La symétrie de ces deux fleuves est complète. Tous deux
prennent leur source sur le versant sud du grand Atlas ^ et
coulent vers le Sahara pendant la première partie de leur
cours. Puis, la déclivité du terrain diminuant vers le sud,
et s'accentuant à l'ouest pour la vallée de l'Oued Draâ, et à
l'est pour celle de l'Oued Djedi, les eaux ont brusquement
changé de direction, celles de l'Oued Draâ ont été à l'Atlan-
tique, celles de l'Oued Djedi ont gagné la Tripolitaine.
Les deux plans inclinés du Djedi et du Draâ supportent
la région des bassins sahariens proprement dits qui sont,
en allant de l'est à l'ouest, ceux de l'Oued Zergoun, de l'Oued
Seggeur, de l'Oued el Gharbi, de l'Oued en Namous et de
i. Nous devons avouer, quoiqu'il en coûte à notre modestie, que dans
ce concours l'avantage restait le plus souvent de notre côté. Certains sons
berbères, celui du ch allemand et celui du j français, familiers aux Euro-
péens, sont inconnus des Sémites. En outre, le thaleb, à Toreille savante, ne
peut se résigner à violer Tbarmonieuse économie d'une phonétique qu'il
s'est donné tant de peine à apprendre. Il lui répugne de prononcer une
consonne redoublée sans l'accompagner d'une voyelle (un chedda et un
djezm /), ce qui paraît si simple à notre appareil vocal grossier et à notre
ouïe peu délicate.
Quelques mots où deux voyelles différentes semblent affecter la même
consonne ne sont pas, pour lui, susceptibles d'une prononciation et d'une
transcription arabes. Ex.,Timligguït (nom d'un affluent de l'Assif Marghen).
Notre thaleb, après beaucoup d'hésitation, consentait à transcrire ce
mot de la façon suivante : /vft\^j sîins vouloir essayer de le prononcer,
tandis qu'à première audition nous l'écrivions nous-mcme /j^jjijjj et
le prononcions d'après la transcription française reproduite ci-dessus.
2. L'Oued Djedi prend sa source dans le massif du Djebel Amour, à C ki-
lomètres au nord du ksar d'El Ghicha ; il s'appelle Oued Mzi dans la pre-
mière partie de son cours*
506 NOTICE SUR LA RÉClOTr DE l'oùED DRAI.
rOued Saoura. Ces yallées ou plutôt ces gouttières^ qui
riden ta peine le sol, vont se perdre dans rintérieur des terres.
Elles correspondent au sud de la province d'Oran oti les
hauts plateaux sont le mieint accusés. La région qu'elles
occupent, comparée aux bassins de POued Draft et de TOued
Djedi, est elle-même, malgré sa légère indlinaison vers le
Sud, une sorte de terrasse.
Les eaux de l'Oued Draâ, arrêtées dam leor direction ver»
le Sud par le défaut de pente, ont longtemps séjourné dans
les parties basses du sol, avant de prendre leur cotrrs vers
l'Ouest. Puis, dissolvailt peu à peu les obstacles qtli les em^
péchaient de s'étaler, elles ont fini par atteindre la faible
déclivité qui les entraîne à l'Atlantique.
Le vaste bassin dDd Debialat, situé au coude de TOued
Draâ, témoigne de ce travail et rappelle le 'Gbott Melghir,
la dépression symétrique de TOued Djedi.
Deux ramificatiotis principales descendant, rune, dti Tiaii*
n-Guelaoui, l'autre des montagties des ATt Stergbâd, fer-
ment les têtes de l'Oued Draâ et se réunissent en Y à la
gorge de Sagherou, où elles ^mètient cbaonne un volume
d'eau considérable. Au sortir du défilé, ces eatlx sofit cap-
tées par une série de beu*rages et circulent dans les méan*
dres de milliers de canaux dont quelquei^uns sont assez
larges. pour ne pouvoir être franchis.
L'affluent qui forme l'une des têtes de l'Oued Draâ est
appelé parfois Oued Dades, du nom d'un des 'phts impob*
tants districts qu'il traverse. Nous adopterons ce nom potu*
ptu« de simplification, bien que rigoureusement cette rivière
soit désignée dans tes diverses parties de son cotrtt par le
nom de» districts qu'elle baigne.
Sur un cours de quarante lieues environ, l'Oued Dadeis,
auquel nos plus belles rivières d'Algérie ne sauraient être
comparées, a ses deux rives bordées sans interruption de
villages et de jardins. On marche pendant quatre jours, eo
allant des Ait Merghad aux Ait Bou Délai, & travers tttie
NOTICE SUR LA RÉGION DE L*OUED DRAÂ. 507
forêt d'oliviers et d'autres arbres fruitiers qui dérobent à la
vue les hameaux disséminés dans leur verdure et laissent ù
peine place à quelques gros bourgs.
Les districts * traversés par l'Oued Dades dqpuis sa source
sont :
AU Merghad. — Les AïtHerghad sont une tribu nomade
qui campe entre Todgha etFerkla, et sur les bords de l'Oued
Ghéris,
Ils possèdent quelques villages sur le cours supérieur de
rOued Dades et y ont leurs magasins.
Nous citerons celui de Ait Tifkirt (les enfants de la pau-
vresse). — Tifkirt est une forme berbère du mot arabe
Fekira.
Semrir, — Contient quelques villages où ensilotent les
Aït Atta.
Ousikis. — Les AïtîouTCniefen et les Aït léfoul (fraction
de la tribu des Aït Atta) ensilotent à Tigheramt et à Akdim,
villages de Ousikis.
A'itSaoun. — District très peuplé, nonibreux villages. Les
Aït Saoun appartiennent à la grande famille des Seddrat,
qu'on retrouve au-dessous de Dades. II en existe une autre
fraction dans le Khoumous de Mezguitha ^ (Oued Draâ). Les
Aït Saoun paient pour la forme quelques oboles au sultan
par l'intermédiaire du kaïd des Demnata.
Dades. — C'est le plus considérable des districts tra-
versés par la branche orientale de l'Oued Draâ. Population,
12,000 âmes. Terrain trèsfertile. La légende attribue aux habi-
tants de Dades une vertu spéciale pourlaguérison des maladies
d'yeux. Cette grâce leur a été autrefois octroyée par Mouley
i. Les indigènes donnent aux groupes dé tiUages de ce» contrées les
noms de Adhem (os) et Khoumous (cinquième). Nous avons employé ce der-
nier terme concurremment aYec celui de district, dont le sens vague con-
vient à ces divisions territoriales mal définies.
1 Mezguitha, Mezguida et Tiraezgtiida sont de» jfbrmes berbères du mot
arabe Momiied, d*où vient également noire mot « mosquée » par rinter-
médiaire de l'espagnol mesquita.
508 NOTICE SUR LA. RÉGION DE L'oDED DRAÂ.
Edris. Chaque année, les nombreux oculistes de Dades se
répandent dans le Maroc et dans l'Algérie pour y exercer
leur art. Nous en avons vu qui étaient munis de diplômes. •
Dades est un district indépendant qui s'administre au
moyen d'une Djemad renouvelée tous les ans. Le grand
esprit de corps de cette population la rend redoutable aux
Ait Atta, qui hésitent à l'attaquer.
Les indigènes de Dades paient l'impôt à la manière de
ceux des Aït Saoun.
On remarque parmi les villages de Dades :
Aslillou, 700 habitants, occupé par les Ait Atta.
Tilit. Les Juifs sont autorisés à y résider. Des bâtiments
sont affectés au casernement du makhzen marocain.
Imzough, 50 habitants. Toutes les caravanes allant de
Tafilala à Merrakech font étape à Imzough.
Tarmoucht, 70 habitants. Forage des canons de fusils.
Aït Amar ou Aissa, 50 habitants, occupé par les Aït Atta.
Fabrication de la poudre.
lattachen (les palanquins), 40 habitants, occupé par les
Aït Atta, voleurs audacieux.
Aït Bou Herrou (les enfants de l'homme aux chats), 30 ha-
bitants.
Aït el Thaleb, 50 habitants. Habité par des mulâtres.
Igheram Melloulen (Maison blanche), 70 habitants.
Seddrat. — Ce district se subdivise en trois groupes qui
sont, en descendant la rivière :
1° Arba Mia, renfermant les villages de Aït Ali Ou Zou-
lit, Azlag, Zaouïet Timgharghart, etc., etc.
2° Aït Yahia, dans lequel on remarque Tirijiout, au con-
fluent de l'Oued Amgouna et de l'Oued Dades.
3° Ichehaham. Les Ichehaham sont des voleurs de grands
chemins. Abrités derrière le mamelon de Tichichet (petite
corne, diminutif du mot chelha Ich)y ils attendent les ca-
ravanes, qu'ils dévalisent au passage.
TaghzouU — Réunion de quelques villages appartenant
NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAÂ. 509
à la grande tribu des Meghran, qu'on retrouve au-dessus de
Askoura.
• Imassin.
Tamesraout. — Appartient aux Meghran.
Asaka. — Les Chelouh prononcent Asacha, avec le son
du ch allemand.
Askoura. — District important, n'arrivant pas jusque sur
rOued Dades. Quelques indigènes rattachent cependant à
Askoura la zaouïa de Sidi Fliha *. Nous croyons plutôt que
celte dernière, ainsi que tous les autres couvents de la région,
n'a rien de commun avec les districts qui Tenvironnent.
Ait Bon Délai.
La branche occidentale de TOued Draâ descend des pentes
deTizi-n-Guelaoui, que gravit en lacet la route de Merrakech
(Maroc). Cette rivière, dans son cours supérieur, est désignée
sous le nom d'Asif Marghen (en arabe, Oued et Mol ah, la
rivière salée) et, dans sa partie inférieure, par celui de
Ouarzazat, du nom du district qu'elle traverse en amont de
la gorge du Djebel Sagherou.
L'Asif Marghen est moins populeux et son aspect est
moins enchanteur que celui de TOued Dades. Il serpente à
travers deux landes désertes : celle de Tamraghet, entre
Talouat* et Aïl Zineb, et celle de Afella Ifri, entre ce dernier
district et celui de Tamast.
L'Asif Marghen traverse les districts de :
Talouat, — Très populeux. Fait partie du commande-
ment des (îuelaoua, dont le caïd, nommé Ould Tebibith,
réside daA une kasba adossée aux dernières pentes du
1. Les zaouïa, très nombreuses dans TOucd Draâ, sont, pour la plupart,
indépendantes : ce sont des établissements religieux dans lesquels les
tholba viennent étudier. Elles n*ont rien de commun avec celles que l'on
rencontre sur TOucd Guir et TOued Saoura. Ces dernières se rattachent
toutes à des ordres religieux (Kerzaz, Kenadsa, etc.) et ne sont que les suc-
cursales de la grande zaouïa où réside le général de l'ordre.
2. On n*appuie pas sur le premier a de Talouat et ron prononce pres-
que Telouat.
510 NOTICE SUR LA RÉGION DE l'OUED DRAÂ.
Tizi-n-Guelaoui et entourée de quelques constructions. Point
de repère très connu dans la contrée, c'est aussi l'un des
gîtes d'étapes des indigènes se rendant du Tafiiala à Mer-
rakech. Il est désigné sur la carte par la dénomination de
« Dar el kaïd » que lui donnent les voyageurs.
Le kaïdat des Guelaoua, comme celui des Demnata, que
nous avons eu occasion de citer à propos des Ait Saoun,
est l'une de ces divisions administratives mal définies telles
qu'il en -existe au Maroc* Nous citerons comme exemple, dans
une zone plus rapprochée de l'Algérie, le kaïdat de Aïoun
Sidi Mellouk.
Les chefs qui sont investis de ces commandements ont
sous leur dépendance quelques fractions ou quelques
bourgs très éloignés, tandis que d'autres, plus rapprochés, en
vertu de privilèges, du droit du plus fort ou pour toute autre
raison, ne reconnaissent d'autorité que celle de Tempereur,
et cette dernière purement pour la forme.
Le sultan semble flatté de ces actes de subordination,
qui témoignent de la faiblesse de son empire, et Tune de ses
ambitions paraît être de mériter, comme Louis le Gros, le
surnom de Père des communes.
Ould Tebibith ne commande sur l'Assif Marghen que jus-
qu'à Tasaïout des Aït Zineb.
Parmi les nombreux villages deTalouat nous citerons :
Aguerdhan ou Adouz *, célèbre par les vipères à corne que
l'on rencontre dans son voisinage. Quatre ou cinq indigè-
nes périssent chaque année, victimes de la morsure de ces
reptiles venimeux. ^
Au-dessous de Talouat,la route de Merrakech au Tafiiala,
appelée Timidrakht, coupe et recoupe la rivière en plus de
cinquante gués et, comme le disent pittoresquement les
naturels, le voyageur ne chausse plus ses sandales jusqu'à
Tasaïout.
1 . Sur la route de Talouat au Sous. Cette route débouche sur FOucd
Sous, dans le pays de Ouzîouen.
NOTICE SUR LA, RÉaiON DE L'OUED DRAÂ. 5H
AU Zineb. — District populeux. — L'Asif Marghen reçoit
à gauche TOued lounilen, qui dé^jouche à Tasaïout (400
âmes), et à droite TOued Timligguït, qui conflue à Tikirt
(150 âmes), résidence du kaïd des Aït Zineb.
L'Oued Timligguït arrose, depuis sa source^ les districts
de Tidili, TizguitNouzalim (forêt d'oignons), Imini et.Aït
Touaia.
TamasL — Population, 1,700 âmes. TifToultoux, résidence
du kaïd de Tamast, appelé Amghar Mohammed (Chikh Mo-
hammed).
Ouarzazat, — Population, 5,700 hahitants. Les gens de
Dades prononcent Ouardasat.
Yillages importants : Tabount etTaouriret, où Ton fabri-
que des fusils; Ghalil.. Réunion de deux bourgs ^ et d'une
zaouïa*
L'jOued Ouarzazat reçoit, à droite, au dessus de son con-
fluent avec rOued Dades, une rivière importante sur laquelle
on trouve Fint, groupe de trois villages.
Iddi Ouahchen (Les fils du Chacal), — District renfer-
mant entre autres villages :
Tâslit ImatérQuin,par où pai^e la route du Draâ à Sous et
à Thatha.
Asaka, où la rivière se bifurqua en. deux branches, l'Oued
Taznakht et l'Âsif Azougmarzi.
Le premier de ces xîours d'eau arrose le district de Taz-
nakht^ et est longé par la route du Sous, qui sort du cirque
formé par les montagnes au €ol de Amgha.
Le deuxième traverse les Aït Ouasifen et ouvre le che-
min de Thatha.
L'Oued Draâ s'échappe de la gorge du Sagherou, dans la
direction Sud-Est, en prolongeant sensiblement l'Oued Ouar-
zazat. Par suite de cette disposition, les routes qui relient
1. Taznakht et Aït Ouasifen font partie d*une même tribu, les Aït Amer.
Le chef de Taznakht s'appelle Chikh Zanéfi.
512 NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAÂ.
rOued Dades à TOued Draâ ne suivent pas le cours du pre-
mier de ces cours d'eau, ce qui les détournerait beaucoup
de leur direction, mais coupent directement à travers le
Djebel Sagherou.
Ces chemins sont au nombre de six :
1° Trik Sidi Fliha, allant de la zaouïa de ce nom à Tisgui
(Mezguitha).
2° Trik Idili. — De Imassin à Imessaï (Mezguitha) par
Akkan el Medfâ.
3° Trik Tizzart. — De Tirijiout (Seddrat, Ait Yahia) à
Tinghil (Mezguitha) par Anouffouï et Teîat en Tazart.
4*» Trik Tidekkit. — De Imzough (Dades) à Afra et à Tam-
lougalt (Mezguitha) par Asefthar, Timedghas et Taldjmout.
5° Trik Timeghcht. — De Imzough à Bou Zergan (Ter-
nata) par Timeghcht, Taoudacht, En Nekob et Igoulman.
go rjij.-]^ Taghassa. — De Tiselii (Dades) à Tamegrout
(Fezouatha) par Taoudielt, Taghassa, Tizi-an-Gourgou,
Ouaïnansit etTazarin.
On peut ajouter à Ténumération de ces routes celle de
Taouriret-an-Yala (Todgha) à Tamegrout (Fezouatha) qui
se réunit dans le district de Tazarin ^ à celle issue de Tiselii
(Dades).
L'Oued Draâ proprement dit, nous n'osons dire la pro-
vince de rOued Draâ, ce nom s'appliquant mal aux popula-
tions presques indépendantes qui Thabitent, comprend les
nombreux villages échelonnés depuis la gorge de Sagherou
jusqu'au coude de Ed Debiaïat. Il se subdivise en six cir-
conscriptions ou khoumous qui sont, en allant du Nord au
Sud : Mezguitha, Tinzoulin, Ternata, Fezouatha, Lektaoua,
El Mehamid.
1. Les districts de Tazarin, de Ferkla, de Todgha, d*Imither et d'Ara-
gouna sont indiqués sur le croquis. Ils n*ont pas été étudiés dans celle
notice, qui ne comprend que l'Oued-Draâ et ses deux aflluents principaux
(Oued Dades et Assif Marghen). Nous attendons une nouvelle série de
renseignements pour réparer ces omissions et décrire d'une façon détaillée
le bassin entier de TOued Draâ.
NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRÀÂ. 513
Ces divisions sont quelquefois naturelles^ c'est-à-dire
qu'elles correspondent à des étranglements de la rivière,
resserrée par des chaînes transversales.
Ternata, Fezouatha, Lektaoua, et El Mehamid sont ainsi
délimités.
La rive gauche du fleuve, moins rapprochée des monta-
gnes que la rive droite, est plus peuplée que cette der-
nière.
Mezguitka. — Le khoumous de Mezguitha est le moins
bien défini de TOued Draâ. Certains Draoua * le décompo-
sent en deux :
Mezguitha et Ouled Adjri-ou-Araben. Pour augmenter
la confusion, plusieurs villages de Mezguïtha sont habités
par des Seddrat. Les indigènes, qui n'ont aucune idée de
ce que peut être une circonscription et qui, comme tous
les Orientaux, ne connaissent que la division par famille,
vous soutiennent de bonne foi que telle dechera (village)
n'est pas de Mezguïtha, mais des Seddrat, la dechera en
question se trouvât-elle au ceatre môme de Mezguïtha. '
Les Ouled Âdjri, dont quelques-uns veulent faire un khou-
mous à part, possèdent des villages disséminés au milieu de
ceux de Mezguïtha et ne sauraient, pour cette raison, entrer
dans une division géographique.
Afra, Tounroumart et Tamlougalt . sont des groupes de
bourgades analogues à celui de Figuig.
Tinzoulin, — Le khoumous de Tinzoulin (quelques indi-
gènes prononcent Tounzoulin) est le plus petit de l'Oued
Draâ après celui de El Mehamid.
Nous citerons parmi les villages de Tinzoulin :
El Haddan. — Saïdat el Beraber. — Zaouïet Am-
dagh, etc.
Ternata, -^ La circonscription de Ternata est la plus im-
portante et la plus peuplée de l'Oued Draâ. Elle est habitée
1« Habitants de l'Oued Draâ.
SfC. DE GÉOGR. — BÉCEMBRE 1860. XX. — ti
pnf ^li0U« fhiHlHëd l^tdtes : 1^ J^mXfÉk, mtt la tiV€ gMctie, et
Les contingents d« iPeïftàfà t*en»6#l têlfe a«X Aîl Atte,
tandi^s ifaè i^ ântrêx» fra>c1?iMi^ #e 'KufsK'ôttflfi, i!fe%^attha/
Fezouatha, etc., sont obligées de s'allier entre dt'él! powr
r«!!|^^M¥!9se^ ies i>!¥(Mitsfm» dte m^ imtê^ ^infèes^.
ije iLb^^mti^^ 4è' TêrMlt ésf liftMfé )%tt ^d ^3»1k tmtt-
tagne de Zagoura, qui le sépare de celui de Fezouatbll. Va
l^ÊVIïftftt à Afïi«^ftHI, lé bar 's«F^ktt1f éë fVsffd^MAhâ ; te
piton situé à l'ouest du col est connu sous lé IMM M ^>8fii
el €MiËfl6<»b (Ifei tnè^ ïiQ pilô^), kitcrt)«q^ q«t s'ëtéHtf 8 l'est
«si éf>pe)ée pw^ ô^fyp^^ioft Qeuh èd Dèli^ <)àf mètid â Tlifét^}.
Feisèmtl^. -^ Là (^élébnMi ^ Fê«}«i«ECftft li^e!^ ailt^G
^)VM oéXté ^ T^i^ti^m^ \ là: tfflè par ^it^emsé» Mfc irési^
4mè^ <dtt: ^Mf ée l^oràre tfes lfft«is^^, «ilé s^ittlé ef Véfté^
Aïit miêiA, Mo.
L'dHl^ ^9 Ntts^irk m, Hh H^âiietdïmt, des Nânin^ffcm^
<i«W¥rt d« Na^teev, ï-êtw fotT*â*èW> fe*f ttfelu4 ^1 cott|rté le
^m d'à?dept(*à #â«s fe Sfid itt^rocaift. Tazetwialt f»e Itïi feit
è r^îmesfe t}ii'uti« ftiible «oticurt^ftfce ; Es-^SàfettJi*, à fe«t, ^
reconnaît son humble vassal, ^ttoit(TO, «rt ^TM»d*^ pacte
lAidMiS n étttfM^ge <6fta(^ «àWéè ^lï bi»<!jfi^ ^ p«rf«stfHt San-
ton des Nassiria.
1 . Les Ouleil' Mouley es 8thw)l, fi#lii <k>naé 8lik«fftU4ft'de i« €<Mifir<fric
fondée par Sidi bon Âbd er Rahmanes Saheli,qui sont aussi appelésOuled
Sidi bon Abd er Rahman ; \euf'inMik fTiIncîparfe e^ à Es SalifeYi, l^ourg
situé à envirofti f 10 IriiWfr^e^ès nnK^d^c^ft âd tr flIf'tAM (TMlàflt) ; iHr m for-
ment pas^n opdrc religieuse, ^-IsfiepbssèdefhtAttcuncrègle^OtNMlls, 0lker,
Serr); ce sont de simples marabouts. Leur chef prend le titre de Gliikh El
Mechaikh (le chef des chefs). En vertu d'une convention passée par leur
Mcdtrè Siti bevi AM 6f flah^an, 1«'5( MM^IPOtfft ^e ftfootey «S ^^^NM ont
droit chaque amnée à une partie rtes oifiTraftées recueitiles ^r \eê motméétn
des divers ordres religieux du Sud. Kn souvenir de ce pacte, quand ils se
présentent dans les zaouïa, ils emploient, pour réclamer ce tribut, la for-
mule : (( Aathina khedma djeddna (donnefiint)ti$ h. pâit d^ t1t)tf9'ft¥(nil). >
TIGE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRÀÂ. 515
-^
' '^ "fiMs à tort Tordre des Nassiria aveo la Gon-
V ^^ ^Q^ens de fusirls^. Les MekaWia ne sont
' ^%5/ %^ ''s n'ont ni règle, ni formulaire. Ils
«r, ^^^ 'V tireurs à la cible rappelant, en
^v, '^^ ^ ^<V ' dans plusieurs villes euro-
> %^ ^^ <y>. ^^ n fusil fait- partie de cette
^'•^ ''/j 'V. ,^ ndant une origine
^'^';y •"-; ! '^A, "^ , Sidi Mohammed
'V ^' . célèbre mapabout de
'^ "• ^ '*'«,• ^eux frères étaient servie
"^ ->.
X,
'^ '^/^ ^nacun une igrâce particulière*
'h jgle religieuse de son ordre (Diker
^*ace toute temporelle : la justesse du tir (Ër
.fiekahlîa maroôains cuftivenl bien plus qùé leurs
irères d^Algërie Te don précieux qu'ils ont reçu du
Auaître. L*épreuve de Guillaume Tell est pour eux un jeu :
après mille contorsions et mille simagrées, on les voit ist-
teindre à 80 mètres un œuf placé entre les chevilles d^un
patient.
Les Mekablia ne jouissent pas cependant d^e la considéra-
tion religieuse qui entoure les Nassiria et sont traités par
ces derniers comme dé véritables frètes lais.
1. Les règles de ces ordres religieux, ces précieux mystères (S'élit) ()ui
procurent Wà d^âVstliiiaifes sp>iK*itoe>ls aiik4tlfti<és, temonteitt^totH^ d*a|krès la
croyance ai'aè&, au ^prepli^e Hlaliomet etoat été saoeesftWemeiitiraaftnises à
trdvers les générations à des disciples d'élite. Un Serr, pour être authenti(|ue,
doit avoir sa filiation établie jusqiTà Màhomél. On dît pàf eitéthplè : Le
dort des Nft«Kiria remonte à S^di éll <G4^tot{A, ^ui ra^a<itT*ei^ en iodîilftiuni-
Ofttttonde Sidi..... quil'avak reçu en communication de ëidi..^.. qui Tiivait
reçu en communication de Sidi lequel le tenait de l'Envoyé de Dieu
(Mahomet), sur lui le salut et la bénédiction ! — La càfactérhti'qftie dé fohlre
rehgimic etroz lexwwariwaits ««44e 'Senv^'esl ^ t«i 4isy«i^» le iKtiouan
du Marabout.
516 NOTICE SUR LA RÉGION Xm L'OUÉD DRÂÂ.
Le chef des Mekahlia réside habituellement à Merrakech
et prend le titre de Ghikh er Remaïa par opposition au
hef des Nassiria, qui est appelé Ghikh cl Ouasila.
La maison-mère de Tamegrout a de nombreuses suc-
cursales dans tout le Sud marocain. La plus célèbre est la
grande zaouïa de Irazan *, située sur l'Oued Sous (pays des
Arghen). Cette zaouïa a à sa tête le chérif Sidi el Hassaïn ou
Tameggoujejt, très en faveur à la cour impériale. Il perçoit
à son profit l'impôt des trois grandes fractions : Arghen,
Ouled Yahia et El Menaba (Sous,)
L'Algérie ne renferme que peu d'affiliés à l'ordre des
Nassiria. Depuis insurrection de 1864, des familles de La-
ghouat et des Thrafi, émigrées dans le Sud-Ouest, sont
entrées danà l'ordre et c'est dans le but de visiter ces nou-
veaux adeptes que le frère du chef des Nassiria a sollicité, au
mois de mai dernier, l'autorisation de venir en Algérie.
Lektaoua. — Ce khoumous est séparé de celui de Fezoua-
tha par une chaîne montagneuse. Un chemin sur la rive
droite de l'Oued Draâ franchit la chdne au col de Anou-
gam et relie Oued Brahim (Fezouatha) à En Nesserat
(Lektaoua). Sur la rive gauche, un autre col fait commu-
niquer Zaouïet Sidi el Abd et Iguenaouan (Lektaoua). On
peut arriver à ce dernier village par un sentier longeant la
rivière et passant près des ruines de l'ancienne forteresse
appelée Dadda Atta (aïeul des Atta). La légende attribue la
construction de ce bordj à l'ancêtre de la tribu des Aït
Atta.
Les ksours les plus importants de Lektaoua sont :
Béni Sbiha (2 000 âmes). — Béni Haïoun (800 âmes). —
Béni Semguin. — En Nesserat (Inesserat).
Entre Lektaoua et El Mehamid^ il existe une longue région
déserte que traversent trois chemins réunissant les deux
circonscriptions.
1. Cinq cents tholba y font leurs études ; ils sont nourris aux frais de la
zaouïa.
NOTICE SUR LÀ RÉGION DE L'OUED DRÂÂ. 517
Ces chemins sont :
Sur la rive droite de l'Oued Draâ : Trik ben Selman et
Trik el Ardjam, aboutissant tous deux au ksar des Oued
Edris (El Mehamid). ,
Sur la rive gauche, Trik Tidri, joignant Tiraf (Lektaoua
à Oued Mehaïa (El Mehamid).
El Mehamid. — El Mehamid, la dernière circonscriptio
de rOued, Draâ, s'appelle aussi Mehamid el Ghozlan (Meha-
mid des gazelles) pour se distinguer d'un autre Mehamid,
oasis. située à l'ouest de l'Oued Draâ, dans le pays de Zguirt
ou Zguitt.
Les ksours les plus importants de El Mehamid sont :
Oued £dris. Oued Ahmed.
Au-delà de El Mehamid, l'Oued Draâ accentue son coude
vers l'Ouest et arrive dans la dépression de Ed Debiaïat, où
il étale ses eaux. On est dans une autre région, dans le
pays des Aârib, qui possèdent le ksar et la petite oasis de
Z^r, par oîi passent les caravanes du Soudan.
L'Oued Draâ ne reconnaît que de nom Tautorité du sul-
tan. Parfois quelques Mkhazeni descendent dans les villages
qui leur sont spécialement aifecjtés, perçoivent à la hâte un
impôt insignifiant dont les juifs font tous les frais, et re-
partent après avoir signalé leur passage par ces vilenies
dont les Mkhazeni impériaux semblent avoir la spécialité.
Les habitants de l'Oued Draâ sont enclins au vol et la
sécurité ne s'obtient chez eux qu'à prix d'argent. Celui qui
veut circuler librement dans ce long dédale de villages doit
payer chèrement la protection d'un marabout ou d'un no-
table*. Cette sauvegarde est quelquefois nécessaire dans
•
1. Ce tribut, qui est pour les imarabouts une précieuse source de revenus,
existe dans tout l'empire du Maroc et est appelé Zethalha. Cette protection,
qui ne pourrait être achetée par un voyageur européen qu'à des prix très
élevés, est, à notre avis, non-seulement la meilleure garantie, mais runi>
que moyen pour visiter ces contrées.
On n'a pas oublié quel appui tira M. Duveyrier, pendant son séjour dans
le Sahara, de la recommandation du puissant chef des Tedjadjna.
518 NOTICE SUR LA KÉGIOW DE l'ouED WUl.
l'intérieur d'une môme fraction pour aller cTime iechera
dans une autre. Cette exploitation de l'homme par le vol
est suspendue dans certains ksours les jotirs èe maroM.
Soucieux des intérêts commerciaux de leur village, les
plus hardis voleurs ne ramasseraient pas, ces jours-là^ one
datte à terre.
Le bassin de Ed Debfaïat est coitfvé par les AMI^ ed se
couvre de moissons superbes lorsque les orties de POued
Draâ sont assez fortes pour firriguer. Celle dépression eel
donc loin d*Ôtre ce que Fappelle M. Renou*^ r <eUn grand hte
d'eau douce qui renferme des poissons et sur lequel kfi ha-
bitants naviguent. i>
Au-delà de Ed Debiaïat, l'Oued Braâ poursuit son eears
vers l'Ouest; son lit, très large, appeW B! Mâder, est labouré
par les Aârib et les Ida ou Belal.
Nous n'avons plus, pour terminer cette notîee, qu'à faire
connaître en quelques lignes les populations nomades q«i
campent entre le Tafilala et FOued Draâ. Ce& popnlatioB»
sont représentées par les Aiît Atta% tribtr pillarde éon* le
nom seul plonge dans Pépou vante les plus bardis ksoupiens:
Les Aït Atta ne dépassent pas fOued Draâ, el c'est à tort que
M. Renou a voulu voir dans le terme de Thatha (nom €k*«Q
pays situé au sud du Sous) une corruption de leur nom. La
zone de leurs campements s'étend entre l'Oued Draâ, l'Oneë
Dades, TOued Todgha et le Tafilala '. Ils se sont emparés
dans cette région d'un grand nombre de villages que les
indigènes distinguent par le qualificatif Attaouî (qni iqppar-
i, Peacript. géogr., p. 380.
2. Les principales fraction» des Âït Atta sont : Alt Bou Knifen. — Alt
Bou Daoud. — Alt Aissa ou Brahim. — Ait Isfoul Hattouchan, appelé
aussi Aït el Farsi. — Aït Yabia ou Moussa. — Ait Khabbeeh. — Ait euah-
Km. — Aït Kharcïi. — Aït Jezzou. — Ait Ouczzin. -^ Ait Bon cl Hai». —
Ait Cb&ib. — Izakhenniouan. — AitM essaoud. — Ait Ounir. — AB SetiUou.-^
Aït Bon Hâlen. — Ait Bou Djidjou. — Aït Ouazik. — ATt Moughedjedin-
Messoufa. — Ouazliguen. — Ait Alouan. — Ilemkan. — Ait KhetiAi. — A%
Mouttet. — Ait Ounebgui. — Iguenaouan .
3. Les Ait Kbabbech seuls campent à Test du Tafilala.
NOTICE SUR LA RÉGION DE L'OUED DRAÂ.
519
tient aux Ait Atta). Les babitOAts <ia ces villages conquis
sont devenus les khemmcs ^ de leurs vainqueurs. Souvent
l0 ksar a pria, à U suite de cette oceQpatU>ii, le nom de U
fraction qui s'en était rendue maîtresse. C'est pour cette
raison que ptaiaiefirs bourga partent xtos^ non» identiques.
Le brigandage et les déprédations exercées par les Aït
Atta sur les Ûraoua sont pour cet belles contrées un véri-
table fléau. La terrible pression dans laquelle le nomade a
partout et toujours tenu le cultivateur sédentaire suffit à
ruiner le sol le plus riche. Déjà dans le Sahara elle a été la
cw»o de ia disparition de oombreiiises oê^i. U A'apparlieaiit
qu'à «tft penple civmsé de faire o^ssep c«é inique vas$elage.
1. Métayers.
NOTES GÉOLOGIQUES
SUR LA HAUTE GUYANE FRANÇAISE
d'après les explorations du h^ GREVAUX
Par €B. wmM^JkËN
Maître de conférences à la Sorbome.
Nos connaissances géologiques sur la partie septentrio-
nale de TAmérique du Sud, limitées à des explorations
plus ou moins rapides, faites, à part celles déjà anciennes
de Humboldt et d'Alcide d'Orbigny, par des voyageurs étran-
gers à la géologie, sont encore bien incomplètes. On sait
seulement que tes schistes cristallins et les roches érup-
tives anciennes du groupe du granité sont très développées
dans le Nord-Est, et que tout l'espace limité au Nord par
rOrénoque, au Sud par l'Amazone, est émergé depuis le
trias.
Les Guyanes appartiennent à cette grande île ancienne.
La Guyane anglaise, depuis les travaux de Ch. Brown, du
Rév. Tate, et surtout depuis l'établissement d'un Geologi-
cal Survey dans le pays, est maintenant bien connue; on
a quelques notions suffisamment précises sur les posses-
sions hollandaises ; seule, la Guyane française était restée
jusqu'à présent pour ainsi dire inexplorée au point de vue
géologique, les voyageurs qui l'avaient abordée ne s'étant
guère écartés de la côte^ et le seul travail géologique à men-
tionner, celui de Hardouin, ne traite que des riches gi-
sements aurifères qui ont valu à cette région favorisée le
nom et les légendes de YEldorado.
Les deux voyages de M. Grevaux au travers de ces régions,
que nul n'avait encore visitées, en même temps qu'ils nous
ont appooté des renseignements géographiques précieux,
NOTES GÉOLOGIQUES SUR LA HAUTE GUYANE FRANÇAISE. 521
sont encore venus combler en partie cette lacune regret-
table. Malgré les difficultés de la route, l'heureux voyageur
a pu, en effet, rapporter une collection de roches recueillies
avec soin sur les rives des fleuves qu'il explorait et don-
ner sur les conditions de gisement de chaque échantillon
des renseignements suffisamment précis pour qu'on puisse
établir, dès à présent, une première esquisse de la consti-
tution géologique de la région traversée.
Les roehes recueillies par M. Grevaux sur le parcours du
Maroni et du Yari, ainsi que dans la petite chaîne des Tu-
ngiuc-Humac, qui sépare ces deux cours d'eau, sont d'ori-
gine sédimentaire ou d'origine éruptive.
Les roches sédimentaires, qui prédominent dans le cours
supérieur du Maroni et dans le Yari, ont toutes une physio-
nomie ancienne ; ce sont des gneiss, des schistes, des guart-
zites. D'après les observations du D' Grevaux, elles doivent
se distribuer en deux groupes directement superposés, mais
en discordance, qui se succèdent ainsi par ordre d'ancien-
neté :
(
20
Gneiss.
Schistes satinés mâclifères.
Micaschistes.
Quartzites
Schistes ferrugineux.
Les roches du premier système, principalement les gneiss,
se déploient depuis l'embouchure du Maroni jusque dans
la partie moyenne de son cours ; elles se montrent forte-
ment plissées et contournées, fréquemment traversées par
des enclaves granitiques.
Celles du second système affleurent par grandes masses,
dans le cours supérieur du même fleuve et dans ses affluents,
tels que lltany; elles se retrouvent sur le revers opposé
des monts Tumûc-Humac, dans les encaissements du Yari;
là, les schistes ferrugineux, très développés, s'accompagnent
de poudingues et de conglomérats, et sont traversés un
5Bt MXÎBS: ffibttiOilQVn
gnoid nombre d» fois par d'énormeft ilofis dfr qiitrta blanD
laîtettx, ainsi que par des roches éfuiilires divecaos.
Malgré ses recherches atlentivea» M. GrevMX a'a pu
reconnaître dans aucune des couches puissantes et si
étendues de e<e système eehteleux la moindre traee â#
ocnpe organwé fo«^ile; l^ur Age absol» ne pmA Aire ftsA
d'une fiiçM posiUw^ il ne nae eeipMe cependaiii pa» que es
caracTtère négatif soit à iiii sent aufâsanl pour ifw^oii doive
les daeser parmi tes t^vatas aïol^iieft^ lee diecovéafiiees ob-
servée^ et leurs eeraptèrea péèr^rapUqoee si diffîtrenta
motivent sufâsamment leur aéparatiooa avoine du système
des gneiss et des schîsteafltieaeéçsiar lesipiekseitesvepeseîit^
qui seuls détient appartenir à répeqoe aseique des $€hi»tes
cristatHns.
6nai»H et Mi€û9€iiisi£$. -^ i^esgneies du Maroni affectent
des eolorations^ elaires, qui varient du blafie a» grisâlre; ila
sont en généra) irèe ialdspatbiqitfset Wgement erislalKaés;
L'oligoclase, enbea«ixerislattK lameHeai, à cUvagee sMée et
miroitants, s'y montre plus fréquent que Torthose, qui se
présente laiteux et sans éclat. L^^i^tz, relativement peu
abondant et sous im étal grenu, s^solepirfbis en petites cou-
ches distinctes qui alternent avec les bandes feldspathiques. Le
mica est en général mal oriQpté. La striyctnre gneissique est
ainsi peu prononcée, et la roche, à première vue, se distin-
guerait mal d*un granité si l'état partîcuHer du quartz et
son faible développement n^appelaient Inattention.
L*étude microscopique de ces roches n*a}otrte rîen h
leur composition mînéralogique élémentaire, déduite ainsi
d'un simple examen à Tœil nu ; elle nK>ntre seulement te
quartz rempli d'inclusions liquides, et par places quelques
lamelles de mica blanc épigénisantle mica noir.Lesphène et
le zicron n'y sont pas rares. Tous appartiennent au type an-
cien de la puissante formation gneissique, au^n^m^txde
la Saxe, dont les caractères sont d*une si constante uni-
formité sur tous les points du globe. L'amphibole y fait
SUR LA fikfyn mTTMm prançaise. 58ft
al>solttment défeui, et rien dans les ceîteclions #a D' €pe-
vanx ne vient indiquer dans la région, !a présence des ei-
polins et des amphrbolites qui forment te cortège habituée
des gneiss amphiboliques placés à la partie supérieure de^
cette ptrfssante formatien ancienne.
Au contact des n^^ntbreux filons de granulite qoi les tra»«
versent, ces gneiss ont subi des nded^fieations importaMet,
qui se laissent déjà facilement reoemïaitFe à t^œil bu. G^est
atnsi qtfon y remarque une phn grmde abondance de
qnartz, en même temps cpi*an développement degrés cri»*
taux de microcHne, glanduteux et orientés. Dans ce» der-
nières conditions, le mica blanc prédomine et s'accompagne
de sillimanile.
Les schistes satinés mdcHfères, qui font suite aux gqeiss,
sont compacts et difficitement cKvables ; lewp textwe est
mrcrocristalline, leur coloration violaeée et leur éclat
jsoyeux. Avec du mica noir et d» qnartz, en y distingue, au
microscope, du fer oxydnîé fpâqueiximeiit altéré, entouré
d'hématite, quelques prismes d'acticote avec une multltode
de petits erîstanx de chiastolfte. Gie sont N^ des reelHMP pro-
fondément modifiées; elles semblent peu développées et. se
présentent en alternance avec des mioasobistes q«i iiiissent
par prédominer en «"étalant sur de vaste» swrlbces, notam-
ment dans la partie moyenne d« flenve, awx alentoups du
sant Aouara.
Quart zites et Schistes ferrugineux. — <5es dernières
roches n'ont rien de spécial, et sont très pauvres en mi-
néraux accidentels. La silice qi» imprègne les qnartziles
est à rétat calcédonîeux. On les voit traversés par de nom-
breux filons de quartz blanc laifenx aurifère; il devient
donc vraisemblable d*attribuer au démantèlement de ces
roches Tabondance de l'or dans les alluvions de la région*.
1, fies aUuviQ&p «uôC^rcMt irèa 4éviQlo{)péea ¥6rs V^ntkMicbwe du Ma-
roni, se recueillent eucore dans de petites anses le long du cours supé-
rieur du fleuve, où M. Crevaux a pu constater leur richesse.
524 NOTES GÉOLOGIQUES
Les roches éruptives qui se voient au travers des précé-
dentes sont beaucoup plus intéressantes; elles se rap-
portent à deux types distincts : au granité franc et à la
granulite.
Indépendamment de ces roches anciennes, les collaptions
du docteur Grevaux renferment des fragments de ponce et de
trachyte. C'est la première constatation que nous ayons de
Teidstence de roches trachytiques dans cette région.
Granités, — Les granités francs sont localisés pour ainsi
dire aux embouchures du Maroni ; ils percent franchement
les gneiss et ne dépassent pas leur région. Tous sont à
grains fins et composés d'une multitude de cristaux feld-
spathiques lamelleux, d'un blanc éclatant, parsemés de pe-
tites paillettes micacées distribués régulièrement. Le quartz
y est peu abondant et peu distinct.
L'analyse microscopique révèle pour ces roches la com-
position suivante, assez uniforme :
Eléments anciens, en débris; mica noir, oligoclase, or-
those.
Éléments de seconde consolidation : orthose, microcline
et quartz.
Granulites. — Les granulites se rencontrent surtout dans
les monts Tumuc-Humac; elles forment presque à elles
seules ce petit massif montagneux et se voient encore sur les
deux versants de la chaîne, au travers des micaschistes
dans le Maroni, et du système quartzo-schisteux, dans le
cours supérieur du Yari.
Le docteur Crevaux les signale dans les berges de ces deux
fleuves, comme disposées en larges dykes transversaux,
généralement orientés du nord-est au sud-ouest.
Ces roches dures,plus résistantes que les roches schisteuses
qui les encaissent, restent souvent en saillie sur les rives,
à la manière de murailles gigantesques, et constituent au
travers du cours d'eau, dans les parties très encaissées,
une série de barrages naturels, véritables digues de retenue,
SUR LA HAUTE GUYANE FRANÇAISE. 525
qui le divisent en autant de bassins superposés, ' reliés
entre eux par des rapides ou par des sauts.
C'est à Ce régime tout à fait spécial que ces fleuves à
pente rapide doivent de conserver leurs eaux pendant la
sécheresse, et deviennent par suite navigables.
Les courants sont faibles dans les bassins; le passage
des sauts présente seul de sérieuses difficultés.
Les granulites des Tumuc-Humac sont à grains fins,
généralement peu colorées, blanches ou jaunâtres; elles
contiennent de nombreux cristaux de quartz bipyramidés,
granuleux et comme craquelés, distribués sans ordre au
milieu de lamelles feldspathiques, d'un blanc laiteux^ fré-
quemment kaolinisées. Le mica noir est souvent abondant,
en petites paiHettes hexagonales, peu brillantes, à reflets
bronzés, ou bien en minces hachurés associées à du mica
blanc.
Au microscope, la structure générale de la roche se
montre franchement granulitîque. Le mica hoir, le quartz,
Torthose et l'oligoclase en constituent les éléments anciens;
ils se montrent en débris cimentés par un mélange de
microcline et de quartz, dont les cristaux agrégés en
mosaïque sont comme traversés en tous sens par des la-
melles de mica blanc extrêmement ténues. Les éléments
feldspathiques anciens semblent nuageux, très altérés,
et le mica blanc s'est encore infiltré entre leurs plans de cli-
vage. Le quartz ancien est abondant; il se présente avec des
contours cristallins hexagonaux bien déterminés, enchâssé
le plus souvent dans les sections d'oligoclase, qui con-
tiennent également, en inclusions, des lamelles monocli-
niques attribuables à l'orthose. On le trouve aussi à Tétat
de cristaux isolés, d'assez grandes dimensions, remplis
de pores à gaz et d'inclusions à bulle mobile. Le quartz
récent, franchement granulitîque, avec des formes irrégu-
lières et complètement exempt d'inclusions, est par cela
même bien distinct.
936 NOTfiS «ÉdLO«iQiJES
Ges graiMiriiiles ^résduieiit ées passages à deux reclies qui
semblent uniquM»eiit qbarkeufiesi^ ^ak qui coiH^prefiaeBt
«û îéâitté un mélange de qûai^t^ gmn«iiitk|tie ti 4e «itoro-
dif»ê> avec quelquQB ânes iattelles de fnicà MaiKs. Le Baj^po-
cline, peu abonidaiit, s'y prés^orté en p^ôtîtès «eotteos^ Wès
aUdUgécs^ brisées le plue s^vetit ^t it^clées ée filenliets
siliceux, dont la proâ^etkm se railaùiie é^té&ÊMmaêà 4 eeHe
4n qaatls grantiHtiqae eirtiponnaAl. U li'y a ^1» là de eifUc-
lUfe pi^^gliatoâLiie^ à pi^prMieiit p^nrkr^ ht reehe^ eâi des
^iiatSj Be trente réduite à ^ses élé«ieii4)8 d«s see^Wide een-
solidàtion^
Uâ ét5hàntîltoii ^ Yé(Pil»M6 f^f^n >(^uariz et lâiea)
d'u^ gris ïHmé) contenant^ aveede là tet^àiàlme^ des peUtes
i!iiâ«i5ei6 ^RiieUèMes de woMip»!») et dels miaules é'exfde
'â*ê$ain, vteill indiqmr la pré^eoee dans ee même f&assif
des granulites métallifères si connues des Gornonailles
H de 1^ Saxe. G^ gèeisen pairah riche en Bitn^aux acci-
dèftlels^ à l'Ifivetose é^ roches préeédeiiiee^ r^ ïi'&i €oo-
litBt)fii«^t pfô;« Outre ^sfs^it tpn f>nè été |»récéd^ianie»t eiCés
^t qui s(f^ distiiKifcs à l^^cei^ nn, Taffifsttyse Tnycgegoey»qtte pét-
înet d'y recoflftÉrfire de grandes aigniiles «de ratile^ en inohi-
sions d^âH's iB quaft/z^ «^ f aputbé ety i^ plaoes «n j^oes,
"Aé^ CdstâH»^ #s sphèsEe aooll&fiiés «t tovfjeàtrës, qUt se
^iistinguWi dîlieitoiflenfl tfcfs petite pmmes de ièèes»6érite
#s%HbMs tiVÊL set^fioÉnETt en veinute iiia^ (lâr toute ia
roche.
ifftmt«M99 in Mar^m. et 4u Yari* *^ Mm le ¥ari et Je
Maroniy les ipraaMMfttes^ qui lormelit a«i travers 4es eefaistes
ees larges ènelaves iransvépseles dont |'«i (pafrté, sont îdcM*
tiquer à celles éç$s TaduuC'HùGaâC ; eltos iH'ésenient seu-
lefiikient dans leur strueiure quelques différencies qui tiennent
è leur étr.t fik^nnieii. Celles du Yari,notai»BaieiitySont et»-
ttèremeiit euri^^^ues ^ saoeharoïdes. Une valriétéy par soke
<de T'edelitaticm du tinea et jnHr4e»t de l-éifreaftent dtt q^tatt^,
est devenue schisteuse. Un seul échanlMeii) provéomé du
SUR lia fiAUTE fiCm^Ri: FRAllÇftflSB^ $27
hani Msroni, semMe faire ex<3«ptii)n à cettie irègle^ et se
signale par un beau développement de Toligoclase en ms-
Wnix tniroitants, à clivages $trié», qui (^Qmren^i à cette k'dche
^h as)»6Ct {rorpfeyriqAie ass^ ^rcynoRc^^ Eil4>e «si en o«tU^
plus micacée que lies tMrécédentw t?t c«Mi6ivl dB i'6pMiQi40.Oe
minéral, très abondant, est en cristaux granuleux jau-
nâtres, d'assez grandes dimensions, disposés en agrégats
diversement orientés autour du mica noir, qui se présentent
avec les caractères de Taugile : aspect rugueux, couleurs
de polarisation brillantes, absence de polychroïsme, et ne
peuvent s'en distinguer que par la forme des clivages et la
direction des extinctions.
Cette analogie entre des roches recueillies dans des gise-
ments si différents et si distants les uns des autres mérite
d'être signalée; elle semble indiquer que les granulites,
qui jouent dans la haute Guyane un rôle dominant, sont
d'une venue unique; leur épanchement en masse dans le
Tumuc-IIumac et leur injection dans les fractures du sol
au travers de la région drainée par les deux fleuves doivent
ainsi se rattacher à une soûle et même phase éruptive.
Sanidinite (trachyte) à augite. — M. Grevaux n'a pas
donné d'indications sur le gisement du trachyte qu'il a
recueilli dans le cours moyen du Maroni. C'est une roche
blanche et friable, d'aspect ponceux, parsemée de petites
taches jaunâtres qui tiennent une oxydation de ses élé*
ments ferrugineux.
En lames minces, elle se montre bien transparente et
constituée uniquement par la réunion d'une multitude de
lamelles monocliniques de sanidine, empilées les unes au-
dessus des autres, enchevêtrées à la manière d'un feutrage
serré ou d'autres fois plus espacées el manifestement orien-
tées. La roche en ces points devient fluidable et présente
alors des traces d'une matière amorphe complètement
transparente qui s'isole en petites traînées sinueuses. Du fer
oxydulé et des prismes aiguillés d'augite sont les seuls
528 NOTES GÉOLOGIQUES SUR LÀ HAUTE GUYANE FRANÇAISE.
éléments qu'on puisse distinguer au travers de ce magma
cristallin.
Elle s'accompagne de conglomérats ponceux et forme,
dans le point oh elle a été observée, au travers des schistes
anciens, un monticule arrondi, peu élevé.
COMMUNICATIONS
LA QUESTION DES SOURCES DU DfllOLI-BA (NIGER) *
Déterminer la vraie source d'un grand fleuve qui naît
dans une région encore à peine connue n'est pas chose fa-
cile. C'est le cas pour les sources du Dhiôli-Ba (Kwàra ou
Niger), dont nous sommes loin de connaître le bassin d'une
manière satisfaisante. Nous sommes ici en présence d'un
cas particulier. Le bassin du Dhiôli-Ba se divise en deux
parties soumises à des régimes météorologiques opposés.
Au nord, le tiers environ de ce bassin est situé dans le Sahara
et, à l'époque contemporaine, il n'alimente plus en aucune
façon (apparente du moins) le cours d'eau principal. Les
vallées qui , descendant des plateaux du Ahaggar et du
Tasîli dans le pays des Touareg du nord, vont aboutir à
la rive nord-est du Dhiôli-Ba, sur le territoire des ne-
gres Haousa, sont aujourd'hui absolument sèches dans
leur partie moyenne. Nous pouvons donc hardiment laisser
de côté celte moitié fossile du bassin du Dhiôli-Ba, pour ne
considérer que sa moitié vivante, celle qui est comprise
entre TAdamàwa, à l'est, et les montagnes du Kouranko et
du Kono, à l'ouest. De ce côté, nous avons le Dhiôli-Ba
(ou Kwâra); de l'autre le Bénoué, qui, réunis près de Lo-
kodja, vont se jeter dans l'océan Atlantique. Des deux
grands cours d'eau qui viennent d'être nommés, le Dhiôli-
Ba (ou Kwâra) est incontestablement le plus long; par
conséquent, on peut connaître la source du fleuve, alors
que la source du Bénoué resterait encore inconnue.
Le problème étant ainsi posé, voyons où en est aujour-
d'hui la solution.
1. Communication adressée à la Société de Géographie dans sa séance
du 19 novembre 18S0, par H. Duveyrier.
soc. DE GÉ06R. — DÉCEMBRE 1880. XX.— 33
530 LÀ QUESTION DES SOURCES DU DHIOLI-BA.
Jusqu'au moment où MM. Josué Zweifel et Marius Mous-
tier ont publié les résuHftés de tettr voyage d'exploration
à la source du Dhiôli-Ba, oa admettait que cette source
était située par 9° 25' de latitude nord et l^ 5' de longi-
tude ou^ 4^ Ba^ &ua UM aiOttte§D«.appalé& liama. C'est
à l'une des trop nombreuses victimes des explorations
en Afrique, au major anglais Alexandre Gordon Laing, que
nous devons ces premières données. "Fandis qu'il était
dftns le Souttmanla (ou Soulimana), en 18%, le major Lain^
Visa ce mont Loma à deux reprises : du haut du mont
Ronkodougoré^ situé au sud de la ville de Falaba, et de la
source de k rivière SéK (ou ftokellé). Le triangle formé par
ces d€ux visées à la boussole finit, par un sommet très aigu,^
à Ht' kilomètres de Falaba; par conséquent, étant données
la nature de l'instrument et la forme niême du triangle,
construit avec les visées auxquelles il a servi, la position
du mont Loma du commandant Laing ne pouvait être ac-
ceptée qu^à titre de renseignement géographique très pro-
visoire, parce qu*îl est vague et incertain. Rappelons-nous
aussi (^ue ce sont des naturels du pays qui, répondant aux
plressantes questions du brave et honnête officier anglais,
lui ont signalé cette montagne, qu'ils appelèrent Loma,
comme renfermant la source du grand fleuve de leur patrie.
Le major Laing livra au célèbre colonel Sabine ses obser-
vations, complétées par les renseignements des nçiturels^ et
là position &a niont Lomit que nous venons de rappeler
vfadt donner une première satisfaction à la fièvre d'investi-
gation des géog^raphes.
Mais la rivière qui naît dans ce prétendu mont Loma est'^
elle bien le premier et plus lointain des ruisseaux qui, grossi
par l'apport successif d'affluents, devient lQDbi6}i-Ba? Un
autre ruisseau dans le sud- ouest ou dans le sud-est; petit
cours d'eau inconnu aux gens du Soulimania, pouvait bien
^ÇWtunJQmr.lft rÇïftrtftCQr, Q9ÇV»? fWfttisMftli WftW»!^
plus longue* •• Ce doute que pMfism^u'mwl^ Umixàk, mais
LA (HiBSlMM KEft Stt04l0fift BU UmOLh^BÂ, bS^
qui^ était venu à l'eisprii de phi6ieur& géographôs, le voilà,
enfin éclaivei pour la première foi&.
A i36 kilomètfe» dan^ te sod^ouesi du moat Lo<na du
r»ajor Laing^ et à. Sld: kiloi»ètpe& seuten^eni âans l'est de
Ffiee-ïowR, obeMieu de« possessioas^ angteûsea de Serra*
Leone, MM. Zweifèl eiUfeiMlier oq4> vu le TleaibirKoundou^
ou montagne Tête ie^ la (oivière) femHi Cette rivière, plus
longue Qif^Q la FaHko, ptsendte nom deDhîMi^Ba, apfès sa
réunion avec elle. Suivant MM. 2}weîfel et Moustief) elle naiè
par 8^ 36' de latiitude noré, et ^ W delongitode CMiestde
Paris, dans un des sommets d'une chaiae'de niontagnes(}ui
porte le nom de boao», comme celle dont nous venons de
parler. H est possible^ d'aîMeurs^ que la chaîne de Loma se
continua dans le nord^est, avec quelques interruptions, jus*
qu'au sommet* de Loma visé par le major Laing; il est éga*
lei&ent possible^ comme cela s'eaft va fréquemment dans
d'autres pays, que ce iWH» de la. chaîne soit un substantif
de la langue indigène signifiant montagne^ sommet^ ou
chatne de montagnes^ et que nous le trouvions appliqué ici,
par excellence, au principal trait orographique de toute une
région.
îl faut féliciter hautement MM. i^eifel et Moustier de
leur principale découverte, celle du Tembi-Koundou, c'est-
à-dire de la source la plus lointaine connue du Dhiôli-Ba;
nous n'hésitons pas à dire que cette découverte est un fait
considérable dans l'histoire des progrès de la géographie de
celte année. Peut-être môme cp fait conservera*t-il tou-
jours son importance. C'est ce que nous apprendra l'ex-
ploration complète des pays de Môsi, de Kong, de Bouré
et deKissi, de toute la partie sud du vaste triangle dont le
cours du Dhiôli-Ba dessine les deux plus grands côtés,
entre sa source et son embouchure, et dans lequel seuls
René Gaillié, Henri Barth et Benjamin Andersen ont à peine
pénétré. Ici coulent le Ba-Khoï, la Sarano, etc., toutes
tributaires du Dhiôli-Ba, et qui paraissent naître sur un
532 LA QUESTION DES SOURCES DU DIHOLI-BA.
plateau oû^ appliquant à une chaîne le nom d'un grand
marché, nos cartes indiquent une chaîne de montagnes de
Kong. Ajoutons que l'existence môme d'une longue chaîne
continue de montagnes de l'ouest à l'esti donnée par toutes
les anciennes cartes et par beaucoup de nouvelles, est en-
core à prouver; on sait où commence la chaîne du côté de
l'ouest, on sait encore qu'elle continue à l'est, jusqu'au
10® degré de longitude ouest de Paris. De là au point où
M. Bonnat a vu des montagnes dans le nord de Salaga, nous
en sommes réduits à supposer que le soulèvement se pour-
suit sans interruption.
Malgré l'insuffisance de nos informations sur l'intérieur
de la région qui nous occupe, les inductions qu'on peut
tirer du journal de Caillié, entre Timbo et Timbouktou,
du journal de Barth, entre Saï et Timbouktou, et l'examen
des dépositions des indigènes recueillies par ce dernier
voyageur, détruisent presque complètement l'hypothèse
d'un grand affluent sud du Dhiôli-Ba qui puisse rivaliser en
longueur avec la Tembi. Par conséquent, les réserves que
la prudence impose en pareille matière, et que nous de-
vions formuler, n'enlèveront probablement rien dans l'ave-
nir à la gloire de MM. Zweifel et Moustier, qui sont bien les
découvreurs de la source la plus éloignée au sud-ouest et,
selon toute apparence, de la véritable source du Dhiôli-Ba
ou Niger.
COMPTES RENDUS D'OUVRAGES
CAVELIER DE LA SALLE ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI
d'après l'ouvrage DE M. PIERRE MARGRY*.
Le 5 jaillei 1678, la Salle se rembarquait à la Rochelle,
emmenant celui qui devait être pour lui un dévoué compa-
gnon à la peine comme à la gloire, Henri de Tonty, avec
trente matelots ou ouvriers ; à la un de septembre, il arrivait
à Québec. Il s'occupa aussitôt à réaliser l'argent nécessaire
à son voyage. Il existe une série xle billets souscrits par lui,
tant en France qu'au Canada et se montant à la somme to-
tale de 85 933 livres, et il est bien évident que ces documents
sont loin d'embrasser l'ensemble des dettes contractées h
cette occasion.
Le succès de la Salle porta les premières animosités jus-
qu'à la haine : Bazire étant mort, Leber et de La Chesnaye,
oncle de JoUiet, s'unirent contre celui qui l'avait emporté
sur eux. Le privilège de la traite des pelleteries dans les
pays à découvrir excita tout' le Canada contre la Salle
enfin comme les Récollets allaient le suivre dans l'ouest^
les Jésuites se préparèrent à embarrasser la route. Nous
avons sur ce point le témoignage des Récollets ^. € C'est
» assez que l'on tesmoigne l'inclination d'avoir des Récollets
» dans les lieux oii d'autres missionnaires ne voudraient
» pas quon les employast pour s'attirer la persécution de
» M. l'Ëvesque et de ses adhérents, ce qui a paru singuliè-
» rement les années dernières dans les grandes découvertes
» que M. de la Salle a fait par ordre du roy, lesquelles ont
1. Compte rendu par M. J. Thoulet, communiqué à la Société dans sa
séance du 19 mars 1880. — t Le 4* volume intitulé : Le voyage de Pierre
Lemoyne d'Herville et l'établissement des Français aux côtes du Golfe du
Mexique » paraîtra incessamment. — V05. Bulletin de la Société de Geo~
graphie, novembre 1880, p. 435.
2. Tome I, p. Sa.
534 GAVELIER DE LA SALLE
)) eu tout teisnoceEfoe l'on {yoavoit espéi^r de sa grande
» conduite, quoyque traversées au delà de ce que Ton peut
» croire et Ton ne luy en a donné d'autres raisons sinon
» qujB Ton ne pouvoit souffrir qu'il eust choisy des Récol-
» lects pour administrer le spirituel aux François et aux
S) sauvages durant le cours de ses entreprises. » Cette hos-
tilité avait ses principaux foyers fi *if!lti^riê««^a)MNlltO«âbec
et à Montréal où était l'itrUindai^t "en i^hmnmts^, ^mti <âé«rMé
aux Jésuites et par con«éqttent toujours prêfl* t)e<^6<i<êfr4t)
découvreur, ptiiis les missions de Mi^iUmaMïMc^'AèBlfilffilItis
et du Lac Supérieur. AMissHirtiakînfek par Oft dévai^ft fesser
forcément toutes les ressources, lés àpprô^i^*ttH5mefi^ et
les renforts,4és tïiefnsdAgesèt te5<^lotnâiélsMf$ë»sàidlfift{ilft;
chaque convoi d'hôfnïàes èfn route pour fè liïé^ès flKfiofe
s'y arrêtait et y entendait tépètèr dè« 'bWîîte ^ffrrfjttnts (ftR
suspendaient sa marche et même le faisaiMt t^MotnUsèi*
ôTiemin. La présence de la "Salle du de Tôtft^ fftft liidis-
pensahle pour fratichîr fcet ohstafcïe atrtfefftént; ïfitedrtïrcrtï^
tahle. Quand cêrrtaîfis éci*îvàins ôttt VSWté ïtt tnérîtes ftè
ïolîîet et du P. Marquette dans la découvert* du Mtssissi^i
et cherché à dîminuer la Salle à leur *î)rofîl, îfe Yi'tfnt ^
assez observé que ces voyageurs "n'avaient gtièfrè que tes
'pférils de la nature à braver peftdàut ^uel^ues ittùh, tàtfdis
que la SaBe ^es eut pendant <^é[ ans et en otrtrcétet Wftcr
contre îîbs cotiïpalrîoteB bien atrtrcmént dafngerëtûc pcrtfrlui
que les sauvagek,
Dfes sôti ai*rivée an fort ï*ontena(5, ïa Sallte ëH^ç/fh vtn
pTetniefr côhvèi de ^quinte tîèrsonnes avec deis tkïlffbhantfises
an Lèfc des lllînois où Ton devait l'attendre, puis, an com-
tftencemehti't de Tannée 16T9, îl expédiait un second côBvôi
«o«i8 la conduite de M. de La Motte et du Réc<rflet Louis
ïfètfnepîn, afin de conslpcrire xtn fort et <me bai^qne solideile
Vautre côté de la cataracte du Niagara. €es derniers éprou-
vèrent de grandes difficultés à accomplir le«ir iBtfsioR : ks
Iroquois, sans entrer en lutte ouverte, excîlés scHi% main,
ET h\ è*fîOtf*EHÎE %fè ïftftSSIPI. Ilfife
«t6ntrèrëftl*eai!<;6tiï> de rnàuv««fe VMôh*», èfe %Me qt'Wh
Tie put élever ^a'^tie ^naîson paKs^ftVïëè. Toutefois "Wi
construfeit labarqite, ce qtii était Tessetitiél, grâce âl*8tter^
de la Salle qui, fftal^ré tcrtis lérs otetadë!;, à traVërtîk rtei^ge,
scruvent tjans Tioarrîtcrre, «t à trfed=^ltisiëtteVoj^s*i tm
fVdfitenac à Niajffera tfaft* le bat (l^èùcôurager Ws travrfftWrr^
pâfr sa présence. Toat Sfe ^fgûnîasltft iftorféc loin le^ îfï(Hén%
*r«fushient de vendre de^ VîVrës, ^^t ï«ndâM *è mHpSy stitlè
•bnrit^ela mdi*t dû «iScoaVrètïr, i^pàlMei tJfettt'-êWê -à lïèis-
«cftï, toèttes ïès T[]N*ol«sicltis teisisëë* p«r Wi *h a#fil li
<}«ébec1?t à Mcyhti*éal -étaient saisies fhr S0S tf éôffrcitir».
Le <5arètcrtêre du génie ^e làSaTle était la téh«cïté,pWi îftrf-
TXrftaît te îTOftibfè et la gràndear '9ës tîiftffitikdes; Ôél-oruttié Hh
ièHaht 8è r^tîèôil^TIWc*^ y reVto«rt^1¥ète
tïtuB m^crbïè, àh. {>^rt*i*ii[ft pté^qtte dh% aVëfc *lè ^fttt 'ftofbîe
^têteméirt. "Omt 'c^tè «?réyh*a'nt*&, 'ith lÔMttèÀ *lft fl Ixm-
'éliaitï)rfe»è(tt îe %ut -qn^fl s^dt pir6p(«ê ^jyèwdte* tànt-a^aftv
nées, dàVert^rillîfftè'Sës aplf)f6^'sToi!rnèTnéhts, ttiàîii6*M
latesait etiàëre Kbi^ la f*fà^die teft avarft, cela lui ^fftskî'i
Au tecfti tl*aôM W79, «àvèKer de îa Skfle qûflitatt ti^fti-
'^Vèfrttent le *>rt fVontcnâc aVèc ^enUê hortAèttf^ -èft troft
Récollets. Équipant la barque nouvellement constrnîîè, ft
TëttïtHtiB^ h riVïèi^ Nfeigafa, traveîiaflt % lâc Bri*, le lac
BaîWëi^laire, fe lac Rùroft, et le 27 tout, il aStlfci^att Mîs^
irfihïïakînak. hk, il reti*ouvaït ûiiè fïârtte *étë^ ïroA'fftefe (Jû'tl
avait envoyés 'en avant; mais par stritë^^rtiffeide la'ttort
^u découvreur, s^k «'etifrè ^^ avaient «feer*é éftft^oi'fâ^
éfivîron 4000 iiVî*és'Ôè fflfafchàMft^s, ^ktfftt^ ^ 'èêùi (ftH
è'fusant accoiftipflfr leur ttrisstofi et ftifâ!Wftfe*%i *¥»it, ëtkièWt
«et^èud^ent "rertés «ftèîes, ^avaient flÔfiHn^ë poW lefbr noôWî-
tare une sdttme d'erivirôn lâOO «Vi*é<î. l>e tout è'e qui avait
êîé Confié à ce parti et devait servir à oiiVHr la route ^éïWiîs
îe Tônti «ù l»c dè^ Who^ jift^*à*ii Mis^îïteTtfi, « île ferftàit
¥*âs qùê 1500 livrés à peine, ta ÏJaflé'éh^ya Tdftïjr à fe
p6ui*!(ti{tè 'des *4éi#èrtetits, "taails Kfft^ttt t^elttî^d Vévînt 4
536 GAVELIER DE LA SALLE
Hissilimakinak, en novembre, il ne retrouva plus son chef
qui, dans la crainte de Thiver qui approchait, avait pris
les devants et quitté la mission le 12 septembre 1679.
En passant à la baie des Puants, aujourd'hui Green Bay,
on eut une heareuse chance, cela arrivait rarement. On
rencontra quelques hommes envoyés les années précé-
dentes et qui ayant fait avec succès la traite chez les In-
diens rapportaient des pelleteries pour uns valeur de 12000
livres. Ne voulant pas exposer sa grande barque aux dan-
gers d'un hivernage, sur un lac où les tempêtes de la mau-
vaise saison sont terribles, et où Ton ne connaissait alors
aucun abri sûr, il y fil chaîner toutes les marchandises et
donna l'ordre de retourner au port Erié. En passant à Mis-
silimakimak, on devait y laisser une partie des approvision-
nements en dépôt afin de les avoir plus à portée en cas de
nouveaux besoins ; au port Erié, on déchargerait les pelle*
teries, on y prendrait des objets venus de France et l'on
reviendrait enfin à la mission y attendre des ordres. La
barque partit; après quelques jours, par l'incurie du pa-
tron, elle faisait naufrage et périssait corps et biens. C'était,
sans compter la vie des hommes, une perte de 40000
livres.
La Salle prit alors la direction du sud^ le 19 septembre,
avec quatorze personnes montant quatre canots d'écorce; le
28 octobre, on atteignait le fond du lac Illinois après d'hor-
ribles fatigues dont il faut lire le récit, pour s'en rendre
bien compte, dans les documents originaux. Chaque soir,
on devait aborder, décharger les canots sur une plage unie
où déferlaient les vagues déjà glacées ; on se mettait à l'eau,
puis après une nuit passée sur un terrain inconnu où la
crainte d'une attaque empêchait de prendre un instant de
repos, on rechargeait les canots lentement, laborieusement
et l'on repartait pour recommencer encore toute cette série
d'épreuves. Un jour, les Outagamis Renards volèrent une
partie des marchauidises et l'on n'évita une attaque qui
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 537
devait être immanquablement fatale que grâce aux dispo-
sitions habiles et énergiques prises par la Salle. Enfin, le
1" novembre» on arrivait à l'embouchure de la rivière des
Miamis où Ton avait donné rendez-vous à Tonty ; celui-ci,
comme nous l'avons dit plus haut, retenu à la poursuite
des déserteurs, n'y était pas encore parveau.
On se décida alors à hiverner en ce point afin de ne pas
rencontrer les Illinois réunis dans leurs campements d'hiver,
ce qui eût été dangereux vu la faiblesse de Texpédition en
hommes et son dénuement. Les Indiens, fractionnés en pe-
tites troupes, devenaient évidemment moins hardis et il
était plus aisé soit de gagner leur concou'^s par des pré-
sents, soit de leur résister dans une lutte qui, si elle avait
lieu, serait moins inégale. On éleva donc un fort et Ton
attendit Tonty qui arriva enfin le 20 novembre. La Salle
put alors avancer. Accompagné de trente hommes montant
huit canots, il s'embarqua, le 3 décembre, sur la rivière des
Miamis; un portage le mit dans la rivière des Illinois qu'il
descendit à travers les terrains tremblants, marécageux et
sans gibier qu'il avait rencontrés une première fois, plu-
sieurs années auparavant, alors quMl avait découvert le
fleuve Mississipi. Tout le mois de décembre fut employé à
faire cette route, car seulement le l^' janvier 1680 on ren-
contrait le village des Illinois, par 40 degrés de latitude.
Ce village était désert et l'on manquait de vivres. Malgré
.tout le danger d'une pareille résolution, la nécessité obligea
à rechercher les caches où les Indiens avaient déposé leur
provision de maïs et à s'en approprier une partie, puis on
se rembarqua. On descendit la rivière pendant cinq jours
avant d'arriver à un grand campement d'IUinois. Ceux-ci
se montrèrent bienveillants ; ils ne surent pas mauvais gré
aux Français de leur emprunt forcé qui fut d'ailleurs payé
en marchandises, et ils fournirent de précieux renseigne-
ments sur la navigabilité et sur la position de l'embou-
chure du fleuve Mississipi.
538 GXVELIflll D6 VK SULtE
-Ges boimes "di^posîtiofi^ *nè «dorment pdB Idffgtëlit^B. Vh
^ndicrh iiomnié Motmo, -éimisaire den Miamis ou peut-èlre
envoyé par d'aatres personnes^ arriva nne ncrtt ati vîflst^
êiy à rinstt des Frastçaris^ i^etyréseoia àttx cbéfs IHindis Ik
^SftUe "ei ses compagnMift 'ocnhfnè >aM4és lAes trèqMte ^
chargés de préptftfr «m «Mcftfe iAVff^teMtè éè 'Gël»c<>ëf.
iia SffUe fois il mi vrai, ^prévifttti «mis fhain éft^s ixAiAii-
mEtf^^s, et lorsque tes f IKinôls^ c^aftfèMi; is«bite«eiMt «è
langage, votilurettity par le récit de éftn^rs ^àfgiftèlrtf»,
le détourner *te poirsiser plus àviifrt, il i^berdia à ngp&mmv
'Cesin«t^intBti#firs, tnais «atiti f;rand i^trceè!». Six ti^emâies ^^
frayés désertèrent en empt^irtant desinarchaQ:dt8es» S'il dér*
Venait impossible d'avancer, il fkIMt m 10M119 ne fias
-reculer, et poar oeta <cm résohit il^élèvèr un fort ^i ftft
"(kmifindneé $è 46 jfanVtër 1686, èt^,paT'i^Mé des trMM
eireoA^ffftces ^ '1\^ ^e trcmvaN;, reçM le «KM earacWri-
tii^ue de fot^t €}rèvéc«etrr. fin t^ire^ on entreprit 4e <Mli-
strttirè nHe )^arqtie èlt cdtte <»uvre si difficile^ £^r 41 étiait
'ftéOé8«ai9<è de talyrï^uer «faa^e plaficliiè, put «tre nvenséd^
bonne ^ grl^ ^à des prédits d'éiïergie. Alors, pMir
éclairer la rotffé jusqu'au llfesissipi, on envoya en avant
dans î^h -canot le PêTêtôffiis «ènnepin avec deux hdtâiiârès
et envîrôft ÏOOO -à 1200 liVrôs de Jftiarfelïaiïdiifès. l/ôs voyà-
'gèftffs pâturent ^è %% fêvrier : ils de9ceM#ent à'ébtM 4a
rivière ddsIIKitois. Le 7 «aàrstls afrrivUlent à I^nriMIttèliifre
âè wtte rîvtère datas ^e i»ist«»î{rf, à 60 Heuefs ûû fôii t3rève-
»ccBur; W, 41s fe'ari»Ôtèï^t efnq jours ei, rëm<!)nttBft alors ïe
fleùVè, ils rfecôâfWffrèM 4 'embouchure de te ri^ère Mi«cc*-
Wif 011 Wiscoft^Sn-, te îi^itBaint-Atrtdine et Idniê la vas*e
t'é^lon'qûi est iil^èrd'htfî !è Minnesota, fis y Mrènft «i¥Més,
fftoitié êe gré «et moi^fë de fôrce, par les Nadowësf*>utavec
lès^ueh î1sctias»èré*ft le biïion pendant trois mois, et enfin,
^^tpt^ avdir feft la rencontre de deux auti^s VOyagènrt, de
f j«^ «|PaMkr!,tls rë^^nrenttous ensemble à Missflimakiftak.
Pendant qu'Hennepin, d'après lès ordres reçus, rê^WWn-
ET LA •DÈCOÙVElflS'E VtJ «fBfelSSlPl. ^SS>
*t»rt*è MissisSTpi, la Salte avait songé à lexiërstîèndi^. Avant
mètt^ le départ *â llécoHe», il était 'f>àî*V6nu à obtcffiir d'bt)
fhdten renconti*é par htoàfd, dès tënslteigtWIfWèWts ôé^taînB
^àt te nayigaîrilîté dû cotffs Mêrieiïf flu fteiive, e^ %s fH*afi-
^a*, *t>aftit€fft«tït fassnrés, étaterft pMùs dSgi9pét»fifftfife^€Jë-
^peÉd«îît an ^^îtenr de l'hiver et firè^î^ loijtès leis ^tes^urées
ét«iiepm«8fe», oo*iVèttàit4ra'«Vàiî^
«l^fiflffe êAph à<ifï% «on ôonlîaîsàfefît apfproXtmàfîvem^M là
l^i^guem», du bieft fallait^ «tënâre, ^ àa prix ^Cti^ pëti de
patience qui devait être forcément réconafpètttrS© f^v le
«ttocè]^, einployer la ma&valise Mîâ^ à ras^ërtAîèr *é& nou-
velle provisloft's. Là Sàlîè ^rit te seeô'hd Çlft«, «èll le
1^' mars 168©, le lendértiain du départ dû P. HeWttefrfn, il
ffttmîiît ses coîftpagnons doM il teh«iit îé odWiftièttd*W««flfift
41 Tonty-, î>ôtir reloûrh^ m foi^ ï^fôntéfttl^. A***c «^
'ho«teiës èl un Indien, « avait à pareOorir SO© lîê«es à^rt^d,
•*nii tiHeiidfee^i *5^to*HcWçàttàîondf»è, et^^^
'sà tdute. îl ëè¥efftâit^*àbord m viHagè des IHînèiis,»pksfsa t>ar
iè f^frt des Miamîîi où il eut êflccrre la déceptiMi de nfe p^t
1«*oûv«pde noùveltes de la grande bafq*e qùMlàVàît expédiée
•ffelàî^âiè des Pàants, atteignit le lacÉriëtfiàl^é la potw^ît^
^tr#e troupe dlndiens, ^^^pédia deux hommes îi MiTEWiîi-
trilflcSnàkpotir'pôl'tèfr'dës ordres à cette barbue dont îl igno^
•f-àitèjffôôrêlèt^à^rsgè, ûtrédiritàdènxïrôfftmes ëi à vtt
ïhdieti, suivit ^è htftâ septentrional de l'Ei^lé el àrtnVa *
^ISRagàra îd M atrfl 168Ô. 11 y àpfpfït la pme totale du Vài^-
Wlrti te Saint'Piérn qtft hri apportait pour "iOOOQ li#é* de
ftîfrtfhândîses, et de vingt ouvrière quHl àVait fait VénîV *dè
ï'ranûe, n'to trôfuva plus que cfuatre. ÏJès àuti*6!5, détoùrag-ës,
ftàfeM retcfulpnés en Europe. ïl 'continfua Wëantaôins sa
fdûte et, sâftTs i5*atTè?tiet' au fort Frônteriàc, pousTsà Jûscfùli
•Motftréal d'où il ùé tardait pas à revenir aM fort Pi'onteiîàè.
ïl aHaît reprendre )e chemin de l'ouest après avoir ràs-
«èAmblé -lès derniète^ ressources qui loi restaient, quand, le
Î2 juillet, fl rë^ Ôe "tonty , de désolantes nottVèlles. lè^
540 CÂVELIER DE LA SALLE
hommes restés à Crèvecœur avaient déserté, ils avaient
abandonné leur commandant en emportant des pelleteries,
des marchandises et des munitions, avaient démoli la re-
doute des Miamis, volé les pelleteries laissées en dépôt à
Missilimakinak et pillé le magasin du Niagara. Aussitôt la
Salle se met à la poursuite des déserteurs, en arrête huit
qui se rendaient à New-York, et le 10 août 1680, part avec
vingt-cinq hommes pour rejoindre Tonty; le 18 septembre
il était à Missilimakinak où il apprenait le naufrage de sa
grande barque.
Il convient maintenant de laisser pour un instant la Salle
et de raconter ce qui était arrivé pendant son absence à
M. de Tonty. Celui-ci était resté à Crèvecœur avec quinze
hommes; deux fois la Salle lui avait envoyé des secours,
mais ces hommes avaient rencontré les déserteurs et étaient
revenus sur leurs pas. En définitive, privé de renforts,
abandonné par les siens, Tonty était resté avec deux Récol-
lets et trois Français dans le plus affreux dénuement n'ayant
plus que dix -huit coups de feu à tirer et complète-
ment découragés par la nouvelle faussement répandue de
la mort de leur chef. Sur ces entrefaites, on apprit que des
Iroquois se disposaient à attaquer les Illinois. Afin de se
justifier des accusations auxquelles les Illinois n'étaient que
trop portés à croire et que l'attaque des Iroquois venait en
apparence corroborer, Tonty prit franchement le parti de
ses hôtes, mais en tentant d'arrêter les hostilités, il fut
blessé d'un coup de couteau. Malgré sa blessure et jugeant
combien il lui était impossible d'empêcher les événements
qui allaient s'accomplir, il profita de la dernière chance
que lui offraient les Iroquois qui, voulant garder quelques
ménagements pour les Français, ne mettaient point obstacle
à leur départ. Tonty se décida à prendre la route de l'est. Il
remonta la rivière des Illinois, eut le malheur de perdre le
père Gabriel de la Ribourde, tué à coups de flèches dans
une embuscade, et atteignit le lac des Illinois chez les Pou-
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 541
téatamis où il hiverna. Il avait négligé de laisser sur son che-
min des traces de son passage et cet oubli devait être pour
la Salle la source d'inquiétudes et d'embarras nouveaux^
Quant aux Illinois battus par les Iroquois, ils prirent la
fuite et leur village fut livré aux flammes par les vain-
queurs. •
Pendant ce temps, la Salle, arrivé à Missilimakinak et im-
patient de porter secours à Tonty qu'il croyait encore à
Grèvécœur, ne voulant pas attendre que les relardaires de
son convoi fussent tous ralliés, partit le 4 octobre avec
douze hommes. Un mois après, il atteignait la rivière des
Miamis, y laissa six hommes et arriva le 1"" décembre
au village des Illinois. Tout était dévasté par l'incendie, les
cadavres couvraient la terre; il les regarda tous sans recon-
naître parmi eux ceux des Français et poussa jusqu'à Crève-
cœur qui était abandonné. Il vit seulement sur une planche
à moitié calcinée les mots « Nous sommes tous sauvages
le ...,. »; cette phrase laissait encore espoir que Tonty et
les siens étaient vivants quoique probablement prisonniers.
Il revint à Tembouchure de la rivière des Miamis et y passa
l'hiver, cherchant à retrouver la piste de Tonty et envoyant
autant qu'il le pouvait de petits détachements pour le décou-
vrir. Le printemps de 1681 fut entièrement consacré à cette
recherche et ce n'est qu'au commencement de l'été qu'il
finit par apprendre que Tonty était revenu au fort Fron-
tenac, li donna alors les ordres nécessaires pour un rallie-
ment général à Missilimakinak et revint à Frontenac puis à
Montréal.
La Salle recommença alors pour la troisième fois cette
lutte toujours renaissante mais jamais abandonnée, il fit de
nouveaux préparatifs, et le 31 août 1681, il repartait avec
Tonty et trente Français.
Celte fois, la fatalité allait être vaincue ; pendant celte ex-
pédition, tout devait réussir. La Salle se rendit alors au lac
Huron par les rivières, découvrant ainsi un nouveau chemin
laQ %ié.; dQ là il desoeud»! le lao d^d» liliopis. ^t la fmv» 4e«
ri^i^ dao^ le lll(ii^^$ipû Retenu dom^ jfmt^ ea ce poûÉ^
piy^ les gla^^es, il finissait p^r pouvoir desfiendi^ le fiewie
qu'il suivait jusqu'à la mer; le 9 avril 1682, il élevait im^
croix aiV0Q tes ^troiea da roi. à^ i^qoJ^oiiobupe du Bliswaipi et
il prenait ppa^essioa, ^u nom de IiiQiiis XIV, die^ cette e«a*
trée qa!il avait déjà aommée Louisiane dèa 1619» U fiMl»k
alor& revenir sur ses paa» c^r sa; tâche était aeoooiidia»
Le voyage de retour eq^t ses daugisra) ses- mistees^ efc sea
tristesaes : on manqua d'abor4 de aourriture, la Salla fiùir
lit ensuite mourir d'ime grande maladie. Tout cela n'était
rien auprèa daoe qui L'attendait encore. Le comte de Sroa-
tenac avait été remplficé par» un autre gouverneuB de l'efr-
prit duquel les ennemia de la Salte «e tardèrent paa k
s'efioparer. Alorst le déeouiymu*^ qui ai^Âteu jusque-là à se
défendre contre l'intendant du Ohessean. mai& qjit avaib
été protégé par M. de BroQten|M>, vit tes oalomniei a'aneu*
mule» sur sa tête, ei devisA la victime d'une malweiltenffft
dont les actes allaient jusqu'au» erime»
On avait d'abord accu*sé te découvreur^ de mauvais Iffttk
tements à l!égard de ses gens^ eomnie si llioHune qui sut
imposer des dévouem/^ta pareils à ceux de Henri de lionty^
de loutel et d'aulrea encore, éteit un mauvais cheh M. de
la Ba»re alla plua loin: il commem^a pav nier la décela^,
verte de la SaUe, puis lorsqa'eMefal aoeoBa^Ue maJgié tout
et malgré tous, il en nia l'utilité; il prétendit ensuite^qne
la Salle voulait aUer fonder un royaume avec tou&tes ee-
quina de la colonie et fonentait à oefr eAeà la guecpe aiea
les Iroquoia, On saisie alors ses marchandises laissées au
dépôt, on excita ses créanciers conlre lui, M. de la Bfirre
s'empara des postes de Frontenac et des Illinois qui avaient
été données au découvreur par te roi ; il y fit entœr ses
créatuMs, des conuneisQants rivaux de la Salle et anfo eua
ET LA ]|É0dU¥Sa9S M* BOfiftlSSIPI. 543
dd^fc^llMi et â^ 1& tShûftaaj6e> oacie^ de Joltiet, il< perns^it ai»x
biQ^Upk. cte piJiieD ei dtti Okassacvec la découvreur et se^
93ttâ.^ fSiJiy liQ» iMÂa^é étraBge, ee fut justeiaeot KoW-
ciiNr q^e M. de La Bàiyrd. eauayait a^cec de& isiâFeha&dises
V^WfMf^" ^" poste de& UHnote e^ui fuIrpiM, tan^sque lu
Salle revenait sain et sauf. Mais te geaveMieur, pour faire
sa eouB 9hK Nlâàok, k^ leavoyaH en France sans pouvoir
teulefoia avcâéSB. \^ f^&mee qu'il a^vait allumée par sa com-
plicité aveè ]6S ett^eœis de la Salie.
yapoueil (kuBoi: ei cehii du ministre S^ignelay furent la
premi^fê péGomp^nse accordée à la ^alle. Tous deux lui
manquèiteftt le cas qu^ils faisaient de ses services en lui
aeeolsdant iea moyenë d'exécuter une dernière entreprise,
car âr n'QQtendait pa» que sa découverte restât stérile et il
vcMilaitque la Prai^ce en proâkèts» La SaHe rédigea un long
métqoii^ développant et expliquani le vaste projet qu'il-
aw* conçu CA cofiomun avec l^bbé Bemou, celui qui
nx>«i& a- eoaftervé lie» lettres relatives k la découverte du
Missiftsipi et qui, pour soutenir le découvreur auprès de
Golbesti, ea avait ti^ré u»e reluUiOB dont Hennepin déroba la
publication, tou^ en y ajoutant^ du sien. La Salle ofiVit de se
readi>e au Mississipi, de remonter le fleuve jusqu'à une
soixaaiaine de lieues de son embouchure et de construire
un fort qOfe^ sa position mettrait- k Fabrr de toute attaque
marstinie de- la pact des Espagnols contre lesquels on était
alem eft guerre. Avec ce premier point d^appui et un petit
ncqrattde' troupes régulières amenées d^Ëuroge^ il comptait
rassembler- autour- de lui les tribus, indiennes riveraines du
fleu¥e, et> marebant vers Kouest, soulever les populations
indigèaes disposées à secouer le joug que la politique co-
loniale étroite et tyrannique de FBspagne rendait si pesant,
s'emparer des fertiles territoires et des riches mines de la
province, mexicaine de te Nouvelle-Biscaye, ruiner tout le
commerce espagnol dans ces contrées et établir ainsi, au
544 CÀ^TLIER DE LA SALLE
profit de la France, une puissante colonie destinée à as-
surer la possession de tout le golfe du Mexique. Pour exé-
cuter ce vaste projet, la Salle demandait un vaisseau, les
armes, les munitions et les vivres nécessaires à 300 hommes
pendant six mois, trente à trente-six pièces de canon, Ten-
tretien pendant un an de 200 soldats et le titre de gouver-
neur des provinces conquises.
A la même époque, un noble espagnol, le comte de Pe-
nalossa, né au Pérou et apparenté aux plus grandes familles
de l'Amérique espagnole, qui, au Mexique, avait été en
butte à de cruelles persécutions de la part de l'Inquisi-
tion et s'était réfugié en France, avait présenté déjà un
projet assez analogue à celui de la Salle. Il avait égale-
ment reçu les inspirations de l'abbé Bernou. Gomme
l'établissement de la ferme des tabacs et la suppression
de la course venaient de porter un coup funeste aux bou-
caniers et aux flibustiers de l'île de Saint-Domingue, le
comte de Pefialossa offrait de se servir de ces popula-
tions et, se mettant à leur tête, de débarquer au Mexique,
de s'emparer pour le roi des provinces du nord-est et
d'y créer une colonie française. Ainsi que nous l'avons
dit, ce projet concordait avec celui de la Salle et tous deux
devaient s'appuyer mutuellement. Telle était du moins
la pensée de l'abbé Bernou qui avait cherché à réunir les
deux hommes, mais Pefialossa ne plut pas à la Salle. Tou-
tefois la nécessité d'assurer la liberté du golfe du Mexique,
motif que la Salle mettait en avant en faveur de son projet,
frappa l'esprit de Seignelay de môme qu'elle avait frappé
Golbert en 1678. L'Espagne, en interdisant le commerce
des étrangers dans ses colonies et en s'emparant en pleine
paix des équipages des vaisseaux français qui naviguaient
dans ces parages, avait gravement insulté le gouvernement
de Louis XIY, et celui-ci, continuant la politique de Co-
ligny, de Henri lY et de Richelieu, se fit le champion de
la liberté des mers. Ces faits avaient été Tune des causes
ET LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI. 545
de la guerre qui avait été déclarée peu de temps auparavant
à l'Espagne. Seignelay écouta donc favorablement les des-
seins du découvreur du Mississipi.
Malheureusement les mesures prises ne furent pas suf-
fisantes. Gomme tous ceux qui cherchent à faire prévaloir
leurs idées, la Salle, sans exagérer les avantages de sa vasto
conception, avait certainement réduit plus qu'il ne cqn-
venait, les charges qu'elle imposait. On accorda à celui-ci
à peu près tout ce qu'il demandait : or aurait dû lui donner
davantage. Il y avait là une première chance d'insuccès. En
outre, le choix que fit le ministre d'un marin destiné à
conduire le vaisseau, fut' des plus regrettables. On choisit
un officier appelé M. de Beaujeu qui, dès le jour de sa
nomination, sembla se faire une règle de contrecarrer toutes
les mesures prises par la Salle. Ayant déjà passé la première
jeunesse, cet âge de l'ardeur et du dévouement complet à
la cause entreprise, M. de Beaujeu était un esprit étroit et
jaloux, imbu des préjugés de l'esprit de corps qui, pour
quelques bons résultats en a produit, en produit et en pro-
duira encore tant de funestes ; il ne se rendait pas compte
que le rôle qu'on lui donnait était forcément secondaire et
que les hommes étant conduits de France en Amérique
et les bouches du Mississipi reconnues, cette dernière tâche
étant d'ailleurs fort belle à elle seule, il avait achevé tout
ce qu'il avait à faire. Cependant, malgré les ordres par-
faitement clairs donnés par le ministre, M. de Beaujeu ne
cessait d'élever objection sur objection, « ne comprenant
pas qu'un homme n'étant pas du métier pût, à son bord,
être le premier. » Grand amateur de correspondance, dans .
ses bavardages épistolaires adressés à un ennemi de la
Salle, cousin du Père Bechefer, supérieur des Jésuites, il
commettait une foule d'indiscrétions dangereuses pour la
réussite d'une entreprise qu'il importait avant tout de tenir
secrète et, s'il ne négligeait aucune occasion de montrer
autant de preuves de mauvaise volonté que cela lui était
soc DE GÉOGR. — DÉCEMBRE 1880. XX. — 34
5i6 fcAVELlER Dï: LA SALLE
possible sans désobéir nettement aux ordres reças, Il ou-
bliait encore moins de rappeler au ministre ison «spoir
d'obtenir « certaine petite pension », de faire valoir ses
services passés, de recommander de bien accueillir les
sollicitations que madame de Reaujeu ne mangtictaît pas
de faire pour lui en son absence. Tout cela était entre-
môle de critiques hypocrites contre la Salle ; il chicanait
en tout les mesures prises par lai, inventait pour l'avenir
une foulé de cas de conscience pour lesquels il ftemant!ait
des ordres à Tavance, il revenait sans cesse à scm ^and
grief, lui, officier de marine, lui, monté sur "St>n vaisseau,
(^tre en quelque sorte, l'inférieur d*un homme a n'étant pas
du métier et n'ayant commandé qu'à des écoliers » par al-
lusion aux premières années de la Salle qui avait été Jé-
suite. L'esprit de corps, avant le premîe** pas, tuait l'entre*
prise de la Salle — il en a tué bien d^autres.
Enfin, après mille retards, mille tergiversations, Texpédi-
tion quitta Rocheforl, le 24 juillet 1684. Elle se composait
de quatre navires, le Joly^ vaisseau de 3B à 40 canows, com-
mandé par M- de Beaujeu et portant là 'Salle îivec l^étal-
major, la Belle^ barque de 60 tonneaux, la flftte VAimUhk
et une caiche, sorte de petit bâtiment jaugeant tme tren^-
iaine de tonneaux. Il y avait en tout 280 hommes dont 200
étaient destinés à l'établissement qu'on méditait fte fonder
à la Louisiane et qni malheuretisem'ent avaifeftt été le>«fes
dans des conditions dëpïorablies et fawoîés parmi tes -Sô^-
mers rebuts de là population. Lbs cotitestatrows entïfe k
Salle et M. de !&eaujeu ne tardèrent pas t rèpfreimïte a^«
une nouvelle animosïté et le premie'r prëtexire îttt te ^*
mande d'une relâche à Madère quftle commandant trtÎTeSisa
à la Salle et que ce dernier crut devoir refuser. M. de ©feàu*^
jeu, à son tour, s'arrangea de Taçon \ îie point relâcher à
Port de Paix, dans THe Saint-Domingue ainsi que le êësr-
rait la Salle et il poursuivît sa route jusqn'au Pertit 4Gfoatls
où l'on arriva le 27 septembre. Cette taqtiinerle eut Ty^ir
ET LÀ aÂCOUVEftïE mj aitôSISSIPI. iél
résultât la perte de la calcba qui fat ^se par les Espagnols
avec les vivres qu'elle portait. La Belle et ï Aimable, un
moment séparés, rallièrent le Joly le â octobre^
La traversée depuis la France avait été aussi belle et
aussi pronipic (pie pos^ible^t <)ependant la composition des
troupe était teUemect mauvaisie q«ie leur «anté laissait far-
t^a^ni à «désirer. Om amt une cinquantaine de malades
et pariiaà «iix, la Salle qui ressentait le contre coup des
soucis^ des to^niments, inévitables oom^gnons d'une aussi
graade enii^rise et de ia rude épreuve à iaqueUe Beau^
jeu Avait «oumis sa patience. Pour certains hornsdes, «t
la Salle était du nombre^ ia lutte fcoatre la nature n*^A
pas effrayante, on y risqixe sa vie et tien de plus, mais com«
battre des hommes, désarmer une mauvaise volenté qui n«
veut pas être ^ésana^^ convaincre qui ^e refuse à être con*'
v«iacu, on mêvxt «etitemeat rérà»ter^ ^ut oria, lépété pen^
dant une sttooes^on d'années, 4é|iasse tes forées^ et «qiuttid
rœavf» ^est achevé^ TinteUigeiice a vaincu mais le €oi^
est èrité^ Q'«st œ qui arrivait an découvreur. Néanmoins la
Salto Irowa bM accueil auprès des autorités ùa pays^
MM% 4e SHittMoMrent €t Bég^ facilitèrent de leur mieux
le ravitailtettieiit des navires. Malgré la désertion de quel-
qises homixœs d^iavchés pat Les flibustiers qui ignoraient
les pri3j«ts ée ia Salie mais èes «déclaraient chûndriques sans
tes aoanaMre, ta relàdie «fu Petit Cloave Ait pkitftt avanta«
geuse «pe préfudiciaMei Aotttittt qve «a santé fvËt an peu
rembe^ la SMte «"^cubarqua sur VAiimUe et l'on quitta l'île
de Saint4toDilngw le 26 novembre 16S4. On mouilla a«
(^ Saint'-iUitoiM 1 G«ba ^ le i8 déa^nWe, en m partait
dai» la direction ilu tk(ffA'&m^ afin «le reconoattre les
boiKabBs dtt Mi^sissipi.
Il est fort difiîdle de se rendre eomt^e dn point où T^ex^
péditt^en ap«vsçut la t<erre. Lorsque la Salle^ descendant di)
lUMPd était atri^ ««i gotife ^ M^s^ue^ il avait^s la bautettt
ïtÊéii^ Am» tes oon^ditions ^o^iBlto a?iiit été éétemùnée, it^te
548 CAYELIER DE LA SALLE
latitude n'avait pu être qu'approximative; il n'avait aucun
moyen de connaître la longitude. La côte du Texas et de la
Louisiane, basse, marécageuse, coupée par une foule de lacs
d'eau saumâtre n'offre aucun accident de terrain pouvant
servir de repère à un vaisseau arrivant de la haute mer; la
leconnaissance en est extrêmement difficile. Les officiers
du vaisseau admettaient l'existence d'un violent courant
portant à l'est, et sous l'impression de cette idée, forçaient
toujours dans la direction de l'ouest. Le 27 décembre, on
était par 28<> 15' de latitude et 383M5' de longitude; on se
supposait près de la terre; le 29, on se trouvait par 28* 44' et
282o23' ; le 30 par 28° 38' et 286^36', enfin le 5 janvier 1685,
on aperçut la côte par 29"^0' et 279''59', Ce point est évidem-
ment erroné, il tombe en plein Texas. On tira des bordées
de droite et de gauche, cherchant toujours l'embouchure du
fleuve; le 10 janvier 1685, on était par 29«23'. En admettant
cette longitude comme exacte, on devait se trouver alors en
face du point où s'élève aujourd'hui Galveston ou bien plus
à l'est, près de la baie d'Atchafalaya et cependant le surlen-
demain 12 janvier, en naviguant au S. S. 0. et par. 28**59',
on apercevait la terre. Les chaloupes longeaient le rivage,
essayant de -franchir les barres de sable et de pénétrer
dans l'intérieur des lagunes. On vit des sauvages auxquels
on fit des signes de paix et qu'on amena à bord, nialheu-
reusement personne ne fut capable de comprendre leur
langage et on dût les reconduire à terre. On continua à se
diriger à l'ouest et au sud-ouest sans cesser de voir la terre,
et on parvint ainsi à 28^41. Or la pointe la plus méri-
dionale des bouches du Mississipi est exactement par 29"*
et d'après la précieuse relation de Joutel, la terre gagnait
toujours au Sud, « ce qui donnait à M. de ]a Salle l'inquié-
tude de s'être trop avancé dans le golfe »• Une partie des
hésitations de la Salle venait de ce qu'il était seul pour ex-
plorer la côte et se reconnaître; en effet le 3 janvier, le Joly
s'était éloigné pendant un brouillard et il ne revint que le
ET LA DÉCOUVERTS DU MISSISSIPI. 549
19, c'ésl-à-dire après quinze jours d'absence au momenia
Ton avait le plus grand besoin de lui. Le 20 janvier, on
était descendu jusqu'à 27^50', à plus d'un degré trop au
sad. La Salle demanda à retourner par 29°20' où Ton s'é-
tait trouvé le 2 janvier au moment où M. de Beaujeu allait
s'éloigner et aujourd'hui en suivant sur une carie, nou$
voyons que son opinion était bien près d'être exacte.
Mais M. de Beaujeu avait la partie trop belle pour ne pas
en profiter et tout en protestant de son dévouement, il ré*
clama pour son équipage des vivres que la Salle ne pouvait
évidemment pas lui fournir puisque lui-même n'en avait
pas. Les actes de mauvaise volonté, les taquineries se renou^
vêlèrent avec plus d'aigreur que janiais : il est douloureux
de parcourir les lettres échangées chaque jour et môme plu-
sieurs fois par jour entre cet officier tout gonflé de son im-
portance, très heureux de voir les choses mal tourner, fier
d'avoir prédit un insuccès et l'infortuné la Salle sachant
bien que son fleuve était là, tout près de lui et sentant son
génie, son courage se briser sur ces barres de sable qu'il ne
pouvait franchir. Dans ces conditions, la Salle résolut de
faire débarquer une centaine d'hommes et de leur laisser
suivre la côte jusqu'au moment où ils viendraient couper le
Mississipi. La Belle, tirant peu d'eau, devait les accompa-
gner et les appuyer en cas de danger.
Le commandement de cette troupe fut confié à Henri
Joutel, l'historien de cette expédition, et à M. de Moranger
neveu de la Salle. On se mit en marche le 4 février 1685, le
8 on remonta une grande rivière qu'on ne put franchir et
au bord de laquelle on s'arrêta. Joutel la nomma la rivière
aux Bœufs, c'est aujourd'hui la rivière Lavaca qui débouche
dans la baie de Matagorda à l'extrémité de la longue pé-
ninsule du môme nom. Le 13 février, on vit arriver le Joly
et la Belle et peu après V Aimable avec la Salle. Le 20 février,
ce navire en voulant franchir la barre, échoua par la faute
de son capitaine^ Aigron,dontla mauvaise volonté en cette
circonstdftee lût tel)enent manifesle qr»*lt fat Mftprâemi4
pour ce fait à son retour en Frftnce; il avait comme Beau*
jeu^ des rapports avec les ennemis de ta Salle. Évidemment
la position n'était pas tenable puisque le naufrage de VAi^
nr^M^ enlevait tout moyen d^existenee. Gependant le&œaf»,
comme on ne pouvait demeurer plus longtemps aiuF cette
plage inhospitaKère, la Salle espérant que la rivière était
peut-être un bras du Mississipi, se détemiina à la rememler,
maïs avant de s'éloigner, il fit dresser un tortin oft Ton ras*
sembla les provisions qui restaient et dont M. de Beaa|eu,
qui commençait à s'humaniser depui» qu'il voyait que
Tentreprise ne pouvait plus réussir, voulut bien se dessaisir
au moment de retourner en France. Le Jetf mit ft la voile
le 14 mars.
Après le départ du vaisseau, la Salle, laissant f SObomrae»
au fort Saint-Louis avec Joutel pour commandant^ songea
à aller chercher un emplacement meilleur. I¥ndant qir*»l
faisait cette recherche et en mén>e temps celle du BKssisstpl,
le scorbut se mit dans le camp français et la nostalgie»
conséquence forcée du dénuement où Ton se trouvait, vînt
exercer ses ravages augmentés encore par les fknfes de»
colons. Les Indiens avaient tué plusieurs hommes au mo*
ment du débarquement et Ton craignait une attaque des
Espagnols qu'on aurait été dans l'impossibilité de repousser.
Toutefois, bien qu'on aperçut un jour en haute mer, un
petit bateau passer devant le fort, on eut la chance de
n'être point découvert. Au milieu de juin seulement, on
reçut des nouvelles de la Salle qui ordonnait de venir le
rejoindre sur un emplacement choisi plus haut dans la ri-
vière en laissant néanmoins une trentaine d'hommes an
fort. Grâce à la BeHf , vers la mi-juillet, tout le monde
avait rallié et on construisait un camp dans un pays mieux
abrité et moins malsain que le bord de la mer.
La Salle avait reconnu qu'il n'était pas sur le Mssîssîpi
mais il ignorait l'endroit où il se trouvait. Aussitôt que
ET LÀ i^QQVVE^Ti; ixu mssi$sipi. 55i
se» ItK)n;^pae$ furent h, peu près eji ^voMt ^t. dès, <}iv^ son
frèire, Tabbé Jean Cavelier qui avait été très malade» fut
as&e^ fort pour raccoaapagaer» il résolut (Je pecUerçber le
fleuve et le cbeoQiu du pays des. Illinois afi^ de donae^ des
i>c^veUes.eo Frauce. Il laissa eucore «loutel poiu,r ciwu^iiider
ciçk &on absence h U baie Saiut-Louis avec 3î personnes et
il partit à la fit^ d*ootoJb|re 16i85. Un vB^is dif/;^^ oïx recevait
une première fois de ses nouvelle^, puis uue secoAde vers le
milieu die janvier 1686 ;Ma fin de mars, la Salle qui avait
reiicontré des Qbaouaaons^ eetle tribu qu'il avait dé|à vue
OA 16<83, ej^ descendant le Miss^ssipi, i^eve^ait épuisé de
fatigue. Il %vait ti^ouvé le Mis^issipi et avait laissé quelques-
un& de sesi bojKiiQes dans un village. Par malbeur, Ijl son.
arrivée» il appreAait le naufragie. de la Belle qu'il avait en-
voyé s'aasurej? ^i la baie oik l'oQ $e. Uouyail était contiguô
h c^lle dans laquelle le Mississipi se décbarge.
Une autre course bieu pénible eut lieu bientôt apr^
Pai'ti le ^ avril avec dix'-neaf personnes^ la Salle aprè^
avoir poussé jusqu'aux Ceni&y rentrait au mois d'octobçe
avec buit bommes seulement mais i|vec des çbevao^. ^nfiii
le 1^ janvier 1687, il laissa vingt et une personnes sous le
oovainandement de Barlùer et il repartit avec. 16 bammes
au nombre desquels se trouvaient Tabbé Jean Gavelier»
son frèrCjt et Jo^i^tel, Il voulait^ dès qu'il les aurait conduits
at\ lilississipi, retourner à la rivière aux J^GM^a et y attendre
lesrsecours deFrance. L'âme restait tpuj,ours aussi inébran^
lable au milieu de la plus grande détress^^
Le commencement du voyage n''offrU rien de particulier i
le$ esprits étaient aigris par la souffrance^ les s^bof^OAnés
obéissaient à peii^e, ceux qui çommandaiei^t ^'avaient pl^\s
la patience nécessaire. La Salle était dévar^ de «oueis mais
n'était pas dompté par cette mauvaise fortuite qui le pour-
suivait depqis tant d'amȎes, UiLcomplot ne tarda pas h se
former; on avait dessein de se venger de M% de Mc>ranger>
neveu de la Salle, mais il ne semble pas que le meurtre du
55S CÀVELIEJi DE LA SALLE
découvreur lui-même ait été prémédité. Le 19 mars 1687,
après que M. do Moranger, un domestique nommé Saget
et un Indien Chaouanon curent été tués par surprise, quand
on entendit la voix de la Salle qui s'approchait, les assas-
sins comprirent les conséquences de leur action et Tun
d'eux, Duhaut, étendit le découvreur raide mort d'une
balle dans la tête. Voici en quels termes Henry Joutel ra-
conte le funeste événement :
« Sans que M. de la Salle aperçeut personne, il étoit en
peine quand il vit une bande d'aigles qui estoient en Tair.
Cette veue lui fit juger que ceux qu'il cherchoit n'estoient
pas loin, c'est pourquoi il tira un coup de fusil afin que s'ils
estoient proches de là, ils poussent l'entendre et luy res-
pondre. Cela fit son malheur car cela servit pour advertir
les assassins qui se préparèrent. Ayant entendu le coup,
ils se doutèrent bien que ce devoit estre ledit sieur qui
venoit au devant d'eux; ils se disposèrent donc pour le
surprendre. Le nommé Duhaut avoit passé la rivière avec
Larchevesque et comme ledit Duhaut entrevit de loin
M. de la Salle qui venoit droit à eux, il se cacha dans de
grandes herbes pour attendre au passage ledit sieur qui ne
songeoit à rien et n'avoit pas mesme rechargé son fusil
après qu'il l'eust tiré. M. de la Salle aperçeut d'abord le
nommé Larchevesque qui parut un peu plus loin et luy
demanda où estoit le sieur de Moranger, son neveu. Lar-
chevesque luy respondit qu'il estoit à la dérive. En même
temps, il partoit un coup de fusil tiré par ledit Duhaut, le-
quel estoit tout proche, dans les herbes; le coup frappa
ledit sieur à la teste, il tomba mort sur la place sans pror
noncer une parole au grand estonnement du Père Anastase
qui estoit proche de luy et qui crut qu'il alioit en recevoir
autant, de sorte qu'il ne sçavoit ce qu'il devoit faire, c'est-
à-dire d'avancer ou de fuir, suivant qu'il me l'a marqué
depuis. Mais ledit Duhaut, ayant paru, luy cria qu'il n'avoit
pas à avoir peur et qu'on ne luy vouloit point de mal ;
ET LA DJÊGOUYERTE DU MISSISSIPI. 553
que c'esloit un coup de désespoir qui Tavoit obligé de
faire cela, qu'il y avoit longtemps qu'il avoit envie de se
venger du sieur de Moranger quiTavoit voulu perdre, qu'il
esioit cause en partie que son frère estoit perdu et avoit
péri et plusieurs autres choses. Ledit Père estoit bien em-
barrassé de sa contenance. »
(( Lorsque les assassins se furent tous rassemblés, ils dé-
pouillèrent M. de la Salle avec la dernière cruauté, et luy
estèrent mesme jusqu'à sa chemise; le chirurgien, notam-
ment, le traitoit avec dérision, tout nud qu'il étoit, l'appe-
lant grand hacha. Après Tavoir ainsi despouillé, ils le traî-
nèrent dans des halliers oii ils le laissèrent à la discrétion
des loups et autres bestes sauvages. Quand ils eurent ainsi
assouvi leur rage, ils songèrent à reprendre leur chemin
pour nous venir joindre. »
Ainsi périt sur la branche méridionale de Trinity River
Gavelier de la Salle. Gomme nous le disions, il convient
d'attribuer surtout sa mort si misérable à l'excès des souf-
frances éprouvées par lui et ses compagnons. Rien ne peut
excuser ce qui n'est jamais excusable, l'assassinat; et ce-
pendant il faut avoir éprouvé soi-même ce qu'on pourrait
appeler la monotonie de la souffrance et l'entêtement de la
mauvaise fortune pour se faire une idée du degré d'exaspé-
ration que l'homme est susceptible d'atteindre. Dans ces
conditions, il ne raisonne plus, il devient incapable de se
douter de la portée d'une action quelconque, bonne ou
mauvaise, coupable ou indifférente; il continue à exécuter ce
qu'il exécutait sans presque savoir pourquoi et la pensée d'é-
chapper à la souffrance qui l'écrase devient si intense, si do-
minatrice qu'elle finit par être machinale et inintelligente.
Il se venge des événements ; contre qui, peu importe, mais
il se venge, il est tellement las d'être le plus faible qu'il a
besoin de se sentir le plus fort et dans le cas de la Salle,
parmi tous les ennemis de ce héros infortuné, Beaujeu qui
le trahit, d'Aigron qui perd çciemment le navire portant
554 tt^WHIl D9 \Jk S^Wi'
seft rMftOttrce»» lli^séoieup Mii^é qui Tabandow^ ei tant
d'autres qui TalUquent sowrdemeBt ei Ucbeo^^t, ne saut*
ils pas au»si eauii^blôsque s^ a$5a$s\a$?
Qoanâ DuhaiAt» te çbimrgieu Liatot. Larcbeves^ue et les
auirea eonjoFéft revinrei^t s^u bUowc» ilsi n'aâFeft&èieat p^
la parole à ceux qui n'étaient pa^ ài^ oonftploV« I«a Attii ^-^
ma; Joutel opuifoani d'éfirouver Lq «o^t da laS^^oide
M. de Moratfe^efy pjPQpo^ d«i se défaùre 4es assas^io» pensai
leur sMNDQCftrà» mil» r»bb4 Cav^r s'y refM.sa^ Sa sa qiiaUt4
de ptrètre> U vendait laisser à la p9OviàeQ>0j& le $ûî(^ d^ puov^
le ùfinm et cette, ré&elalienk qui lui était suggérée p^v^ w es*
prit ehrétien était â'aceord avec la Faôson cair le véaolUt
d'une lutte était plus que douteux. Qi^ se dléelda k attendre
les é¥éfienii«Bit9 tout e^ restait suf ^es gardes* Le leo<)emei»t
les conjurés tinrent conseil; on hésita s'il ne fallait inaâ ?e»
venir sur sea pa» et rejoindre la baie Saint-rLoDle ou «mar-
cher en avant peur atteindre le village des Ci9fû% doitt on
était d'ailteuv» asse» proche et ensuite oheroli^ k pa^venir
an MHsaissîpî. Après bien des hésitation»^ on toit piar se. 4é*
oider poar le dernier parti et le 3t ^ars, on %e reBftit en
route. Au village des Genis, on rencontra trois ai^iei^ à^
serteurs àe la Salle qui vivaient avec les IndieiRs, déniai
firent bon aeeueil aux voyageurs mais bientfrt il se pr<^uisit
de violentes discussions à la suite desquelles B^bwt et le
chirurgien LinteA forent tués par deux deleureeemnagnonftt
La guerre qui éclata entre deux nations indiennes obligea
les Français à rester pendant quelque temps obee. les Genis,
et le 26 mai seulement, Jeutel, Tabbé* Cavelier avec cin€|
autres $e remirent en route, ils traversèrent les territoires
de plusieurs tribus et arrivés ebez les Akaosas,, eurent le
bonheur de trouver un homme de M. de Tonty qui leur
donna des nouvelles. En exécution des ordres de la Salle,
M. de Tonty, toujours fidèle, avait descendu le Mississipi
jusqu'à son embouchure; il avait môme fait une courte
exploration le long du rivage de la mer de chaque o6lé du
ET l»A 9Ê£0fr¥9ftTii PU Mia8<|9J»IPi» SBA
ûe^ye. N^ voyant personne il était revenu w iosfi deis Uli^
nois. Le& secours avmeot passé hiien près de la Salle.
L^abbé Cavelier et ses eooapagnons eojabtin(ièF«i.t leur
route^ par^aresit le ^ juillet 16&I au Mi9sis^pi; tl&ét»ieib|
sauvés. Oot se dirigea ver^ les IlUoiois ; le 4"^' se|^t^[ihjr«t m
eroisalt l'embe^bcbure du Missouri et quio^ze j^mh^ pla^ terdi
on atteignit le foFt Saiot^liOut» des^ Illinois o^cupié i^r le»
Français^ Âforès des délais qui. se |Kroloii«gèreAl lout rhiver^
les voyageurs arrivèi?€&t enfin ^ Québec puis en Vrs^m% ^
ils débarquèrent le 9 oetab^e 1688. Ils étei^^t les. s^ul»
survivants de cette vaste ^pédition» eo]»^e avec taul de
hardiesse, avec tant de obauces de suoeés et qui avait si
misérablement échoué. Le peu de personnes laissées à la
baie Saint-Louis furent en effet massacrées par les Indiens à
Texception de quelques enfants qui restèrent chez les sau-
vages pendant six ou sept année» et qui ftir^ît sauvés par
les Espagnols.
Ainsi les ennemis de la Salle triomphaient au plus grand
péril du Canada qui eut à soutenir pendant seize ans la
guerre contre les Iroquoîs allumée par suite de la conjura^
tion contre la Salle. Les traces de celte lutte existent pour
la condamnation des deux partis qui ont poursuivi le dé-
couvreur jusque dans sa mémoire, mais là où est une vic-
time il se présente toujours un homme de cœur pour ta
venger et, si habiles que soient certaines gens, jamais leurs
manœuvres ne sont si bien cachées qu^îln'en paraisse quel-
que chose à celui qui cherche bien et longtemps avec le
sentiment d'un devoir à remplir. Le recueil de M. Margry
est une œuvre historique fruit d*une longue persévérance et
dont l'auteur a atteint son but car il a rendu à un grand
homme, à un Français la place qui lui appartient après Go^
lomb et Cortez.
La Salle après avoir donné une vaste contrée à la France
est mort victime de son courage et de son dévouement à la
gloire de sa patrie. Les Américains dont les états riches et
556 DESGARTES, L'uN DES INITIATEURS DE LA COSMOLOGIE.
peuplés couvrent aujourd'hui les solitudes qu*il a le pre-
mier foulées du pied et ouvertes à la civilisalion ont donné
le nom du découvreur à des rues et à des villes; au capitole
de Washington, une tablette de pierre conserve sa mé-
moire. Cependant la Salle est presque inconnu en France.
Montrons-nous reconnaissants, nous, ses compatriotes, nous
surtout qui aimons cette science de la terre pour laquelle il
a tant fait et puisque au dessus de nos têtes, parmi les car-
touches qui, dans cette enceinte, contiennent les noms des
plus fameux voyageurs, il en est encore d'inoccupés, je de-
mande d'y inscrire le nom du Rouennais René Robert Cave-
lier de la Sallé^le Découvreur de TOhio et du Mississipi.
DESCARTES^ L'UN DES CRÉATEURS DE LA COSMOLOGIE
ET DE LA GÉOLOGIE ^
J'ai l'honneur de faire hommage à la Société de Géogra-
phie d'un opuscule inséré dans le Journal des Savants sous
le titre de : Descartes, V un des créateurs de la cosmologie et
de la géologie. J'ai développé la revendication par laquelle
se terminait le discours ci-joint, que j'ai prononcé cette
année, en présidant les cinq Académies de l'Institut.
Lorsque, poursuivant les conséquences de son idée fon-
damentale relative à l'incandescence primitive de la terre
et des autres planètes. Descaries expose l'origine des aspé-
rités de notre globe, il n'hésite pas à les considérer comme
l'effet du refroidissement séculaire.
On verra comment cette idée, émise à une époque où
les observations positives faisaient défaut, fut méconnue ou
combattue pendant plus d'un siècle et n'a triomphé déû-
nilivernent qu'à la suite de nombreux travaux, parmi les-
1. Communication de M. Daubréc, de l'Institut, adressée à la Sociëlé
dans sa séance du 5 novembre 1880.
LA CARTE DES ALPES. 557
quels je signalerai ceux do Saussure, Léopold do Buch,
Boue, Gordier, Elle de Beaumont.
Le sujet nécessitait une analyse complète des discussions
qui ont été poursuivies pendant ces quarante dernières
années, et l'exposé de Tétat actuel de la question.
Si j'ai cru devoir entrer dans quelques détails spéciaux
sur les controverses à la suite desquelles ont triomphé les
vues de Descartes, c'est qu'ils illustrent, en quelque sorte,
l'histoire même des progrès de la pensée, humaine, en
même temps qu'ils font hautement ressortir la vigueur
d'esprit du grand philosophe. Comme si ce n'était pas assez
de tant d'autres titres qui le recommandent aux siècles
futurs, et malgré des erreurs qui sont de son temps et de
l'humanité. Descartes nous apparaît donc comme un ini-
tiateur de ces sciences que nous nommons aujourd'hui :
« Cosmologie » et « Géologie » .
Dans nos jours d'activité fiévreuse , où chacun poursuit
ses recherches, sans s'inquiéter de ceux qui lui ont préparé
les voies, il m'a para équitable et opportun d'exercer une
sorte de revendication publique, en signalant à la recon-
naissance de tous, ces idées sublimes de l'homme qui, à
l'étemel honneur de la France, sut pénétrer d'un môme
regard le monde de la matière et celui de l'esprit.
LA CARTE DES ALPES PAR M. A. CIVIALE *.
M. Daubrée,.de l'Institut, en présentant à la Société de
Géographie la carte des Alpes de M. Giviale, de la part de
l'auteur, fait les observations suivantes :
On connaît les études approfondies que M. A. Civiale a
exécutées, à l'aide de la photographie, pendant dix ans,
dans la chaîne des Alpes. La partie centrale de cette chaîne,
1. Compte rendu par M. Daubrée, de Plnstitut, adressé à la Société
dans sa séance du 5 novembre 1880.
556 LÀ GâRTE DES AUPBS
dans la région comprise entre le Danphiné et la (krindnei
a été explorée avec une persévérance à laquelle nous vfom
déjà rendu hommage. Outre plus de six cents vues de dé-
tail, intéressantes à divers titres, H. Givîale a exécfité
41 panoramas photographiques, ^en choisissant jodicieiiae^
ment tes points tes plcrs remarquables.
Les conditions d^exactilude géométrique, dans hsqoeHes
es panoramas ont été prîs^ en font des documents fort
utiles pour l'étude du rdief du sol. Pour chaque Panorama,
Tappareil était placé horirontriement et la distance focale
était conservée la même pour tous les points.
H étant la hauteur réelle d'un sommet au dessus de
f horizontale du point de la station ; h cette hauteur prise
sur le panorama; D la dii^nce du point de station au
sommet prise sur la carte ; f la distance focale ; on a la pro-
portion : H : A± D : /; d'où H = ^
Si Ton ne vetA pas mesurer diroctefia^t'la dislasice fo-
cale, on ^pretké vn pohit dont la hauteur H est eonsne éL mi
en déduit f =_ —
La ligne que H. €iviale appelle l'horizoatale dû point de
station passe par le point, dont k hauteur sst oaloolée di-
rectement à l'aide du baromètre, et par deux ou trois
autres points, que l'on détermine sur le panorama, à l'aide
de hauteurs coMiues^ (soit jfar la triai^ulatioD, soit par le
baromètre). Cette horizontale une fois menée sur un des
panoramas permet de calculer on de vérifier tes attitudes
de tons les points.
A l'aide de ses panoramas et en se servant pour les com-
pléter des caites des difiFérents états-majors, M. (Sviale a
établi le dessin de toute la partie centrale de la chahié.
L'échelle de 1 à 600000, loi a permis de tout figurer en une
seule feuille, inos côtes ont été vérifiées avec un |;caad soin,
ainsi que les tracés de routes et <Ées cfaBwnB <e tar^tTor^
PAR M. A. CIVIÂLE. 559
thographe des divers noms. Celte carie porte enfin un
itinéraire fictif, réstmaîml h% itinéraires des dix campa-
gnes et l'indication des points des stations des panoramas.
C'est cette carte des Alpes, complément des études pho-
tographiques de U^ Cimte ^ue je suis chargé par l'auteur
d'offrir à la Société de Géographie.
CORRESPONDANCES
VOYAGE AU NYASSA ET AU TANGANYKA PAR H. J. THOMSON.
LETTRE A M. C. LEDOULX , CONSUL DE FRANCE A ZANZI-
BAR*
Zanzibar, le 23 juillet 1880.
Suivant le désir que vous m'avez exprimé, je viens vous
exposer l'itinéraire rapide suivi par rexpédition de Ja So-
ciété Royale géographique de Londres dans la partie orien-
tale du centre de l'Afrique.
Le but de l'expédition était de tçaverser les régions in-
connues comprises entreDar-es-Selâm et l'extrémité nord du
lac Nyanza, pour passer ensuite à l'extrémité sud duTan-
ganyka, tout en faisant les observations scientifiques prati-
cables, afin de donner des renseignements sur ces régions,
sur les peuplades qui les habitent, et cela aussi exactement
que les circonstances pourraient le permettre.
La direction de cette expédition fut confiée à M. Keith
Johnslon, jeune homme bien connu par sa vaste érudition
géographique et par son ardeur enthousiaste des explora-
tions. J'avais l'honneur d'être géologue et second directeur
de cette mission.
Arrivés à Zanzibar en janvier 1879, nous y restâmes
quatre mois employés à l'élude du Souaëli et à un voyage
rapide à travers l'Usumbara.
Nous organisions en même temps notre caravane.
Lo 18 mai nous quittions Dar-es-Selâm accompagnés
de 140 hommes et de quelques ânes. Nous avons traversé
Uzaramo, et puis en suivant «ne direction générale sud-
ouest nous atteignîmes le Kikunjà à un village situé à 90
i. Communication du MiaisUre des affaires étrangères.
VOYAGE AU NYASSA ET AU TANGANYKA. 561
milles (145 kilomètres) de sa source. De là, nous prîmes vers
le nord où Texpédition subit une perte irréparable par la
mort de M. Johnslon, décédé à Béhobého, après trois se-
maines de pénible maladie.
Le commandement de l'expédition retomba alors sur mes
jeunes épaules et quoique épouvanté de cette lourde charge,
j'étais décidé à en poursuivre la réalisation. Nous conti-
nuâmes notre marche en traversant le Ruaha et visitâmes
une riche contrée appelée Mahenzé, située dans l'angle
formé par la jonction du Ruaha et de l'Uranga. Nous attei-
gnîmes ainsi la base du grand plateau central africain. Tra-
versant une série de montagnes irrégulières dont les som-
mets taillés en plateaux atteignent une hauteur de 7000 pieds
(2133 mètres), nous entrâmes dans un pays nommé Uhéhé
et le traversâmes, en montant à Urori et Ubéna,à une hau-
teur de 3600 à 7 000 pieds (1097 à 2133 mètres).
Au Nord du lac Nyassa se trouve un plateau plus élevé,
encore occupé par quelques misérables petites tribus. Des-
cendant brusquement vers l'extrémité du lac, j'ai constaté
la concordance de mes observations avec celles de Livings-
tone en ce qui concerne la longitude du Nyassa.
Nous reprîmes notre marche vers le Tanganyka que nous
atteignîmes en parfaite santé le 3 novembre, après avoir
traversé un plateau dont l'altitude varie entre 5000 et
8000 pieds (1524 et 2468 mètres). Le lendemain un autre
voyageur anglais, M. Stewart atteignit le môme point. Venant
du lac Nyanza, il était parti de 30 milles (48 kilomètres) plus
au sud que moi et suivait aussi une route plus sud que la
mienne. Après avoir laissé ma caravane à un point nommé
Tendwé sur la rivière Lofu, sous les ordres de mon second
Chouma, je suivis la côte ouest du Tanganyka, prenant seu-
lement avec moi 30 hommes. Le 25 décembre, nous attei-
gnîmes, non sans grand peine le Lukuga et ce fut pour
moi un glorieux Noël que de voir une rivière splendide, au
courant rapide et tourbillonnant porter au loin, pousser ses
SÔC. DE GÉOGR. — DÉCEMBRE 1880. XX. — 35
562 VOYAGE AU NYASSA ET AU TANGANTKA.
eaux vers l'ouest, pour les joindre à celles do Congo el enfin
à l'Atlantique.
A Kasengé ou plus correctement M*towa en Uguha, j'ai
été agréablement surpris de trouver deux missionnaires
anglais confortablement établis dans une bonne maison,
quoiqu'ils n'eussent quitté la côte qu'un mois après mon
départ. Mais ils avaient suivi la route directe, traversé le
lac, et atteint M'towa deux mois avant mon arrivée sur ce
point. Après un séjour d'une semaine, nous terminâmes le
trajet qui nous séparait d'Djiji, et nous eûmes encore le
plaisir de rencontrer à la fois des missionnaires français et
des missionnaires anglais.
Après avoir expédié et reçu mon courrier, je retournai en
toute hâte à Uguha, avec le désir de revenir dans mon cam-
pement qui se trouvait à l'extrémité sud du lac. Voulant
faire un détour pour ne pas suivre la même route, je cô-
toyai la rivière Lukuga pendant six journées de marche,
dans une direction ouest-nord-ouest et traversai TUrua jus-
qu'à mon arrivée à quelques milles du Congo. Je n'avais
pas, lors de ma première marche, été si loin dans cette direc-
tion, mais la réception hostile qui nous fut faite nous mit
pendant un mois, dans une situation des plus critiques; une
surveillance active et une constante vigilance ont seulement
pu nous éviter tout fâcheux événement; 30 hommes armés
de fusils, mais dépourvus de munitions, ne pouvaient pas
lutter contre des centaines de Warua. Nous eûmes le bonheur
de revenir à Uguha avec nos vêtements sur les épaules,mais
empêchés d'atteindre l'extrémité sud du lac par le chemin
d'Drua.
Privé de marchandises, je n'avais qu'un seul parti à
prendre, c'était de faire décharger mes hommes, de m'cm-
barquer dans un canot et d'affronter les dangers du lac. Je
traversai ce lac en me dirigeant vers la côte est et visitai
Carréma, où nous eûmes le plaisir de rencontrer les capi-
taines Gambier,Popelin et Carter, tous en bonne santé. Nous
mit* «» •»•*■• SI «t f«;n>«:>iaA. a^
fODt/nuJ!"» » J^'r*' ^ c- e et Atielçnioie* aiosi Pc-
laago. On U. 'J*** -^^ i^af ^4» wie.-^ !é Ijc ooas am-
g( fflirebiBiiiMi w booae c<AUt.o(i. crlb« 1 '.'*dm.r^lt
direetioo de Owam».
j'eui le d^poÎBlaoMBt J'apprtatin fi» '^ fum r^s^u.!
dans ces puises, t» ifu rmà^ num pUM^ '^oi i ^.l^ .oh-
possible, de sorte qa'il ne me r«uit >w(:'iii:rscs..ii luc in
relourner par !e chemio de IT-jinyornb-* -t :-■ ."'z :■'.
Celte rouleaoascondniïilrfir^vtmuHitin'r^mr^ ta W^jm,
qui nous semble être on p«*» rfes jli» .ii-»r-!- l. -. T-ii
le plaisir d» vitiUr l« tee Uikwa ■!.:;: !i i :r.i. -.j-
tompt parlé, otais qui n'tnit iaaait été i^ ci .b.fu. j' u, |b
indiquer lu n«ie8itiwtioa «L te canctèr«.
Ia 16 NU» Qons attaisi^oMs YVnjans*'^^ **■ «pro ■
repM de 1Q joon notu wamAa» ripideoMai wn :« cdtt;
nom atUagotnes Bagtmojro 1« |$ jailkt et Z«B»îUf :«
lendemain.
Ce qDfl je vicos d'6prfMner en Mriqae peadaat nx^
voyage oonstitufl an quelque aorle an hil wûqac ; ie a'ij
eu ni mort, ni dfoarUon, parmi met hoiBBiei ; je n'ai pk
Qonnaûwace qn'on saitl de mea «ffels ut àU dénAé loii ||^
■née boiDSEi«s, aoit par les nMarclt, quoique lei oocitig^
de raiûee aieat M itoiabKMea; je oe citerai que I( /^
d'un Wanw qai aaaibUit avoir de» opÎDioM âtoangn b,^(
propnétt d'aainii. Si j'ai rmoOiiLré quelque» difBe«|u ^
la part de mes hoBOM* oe dee iwlarela, je m'tinpttti^ ^
joater qa'aBeoe coey de ftuU a'a été tirA povr l'itu^ ^^
pour la défense. Je a'ai jeaaii jagé Béee»aire dT^^ ,/^
un fuiil ou ■• réT(>lT«r, rjn^ii 1 Cru cl tt^^ ^*^%^
disait-on que nooE aTÎoos traTcrsé ane des lrij)j/^ ^^^
dangereuses de l'Aîrigoe centrale. J'ai éU j^. '^ ^*\
caplurer aucnn gibier el n'ai ea qat le plaiijr j^^*^] ^*%
564 NOUTELLES DE L'AFRIQUE ORIENTALE.
empreintes d'éléphants et d'entendre le rugissement du
lion. On peut en conclure que^dans ce pays d'aYentures et
de dangers, je n'ai rencontré rien de digne d'intérêt. Telle
est la chétive esquisse de l'œuvre d'exploration de Test de
l'Afrique. Vous m'avez fait l'honneur de vous intéresser à
mon voyage, et je suis désolé de ne pouvoir entrer dans de
plus amples détails, tout en vous en indiquant les résultats
les plus importants. Je dois en rendre compte à la Société
géographique de Londres qui en publiera l'ensemble en
temps opportun.
NOUVELLES DE L'AFRIQUE ORIENTALE PAR M. G. LEDOULX, CON>
SUL DE FRANCE A ZANZIRAR*.
Zaniibar, le 14 ao&t1880.
Un courrier expédié en toute hâte par le gouverneur de
rOunianiembé, nous apporte de fâcheuses nouvelles sur la
situation de l'Uniamwési. MM. Carter et Gadenhead auraient
été tués par Mirambo à Caréma, dont cet aventurier se serait
emparé, en mettant au pillage tout ce qui s'y trouvait. L'é-
léphant que le roi des Belges y avait fait conduire à grands
frais, est tombé au pouvoir de Mirambo, ainsi que la mai-
son ^ue le comité belge de l'Association Internationale
Africaine y entretenait pour le logement de ses explo-
rateurs. MM. Popelin, Burdo et Roger ont pu se sauver
et se réfugier à Tabora. Quant à M. Gambier, on le savait
en route, mais on était inquiet sur son compte. On ajoute
encore que les Pères missionnaires algériens auraient été
également dépouillés à Garéma; mais j'ai tout lieu de croire
cette dernière nouvelle inexacte. Les mission oaires dont il
s'agît, pillés, en effet, une première fois eh mai dernier,
s'étaient alors rendus à Ujiji et ne pouvaient, par consé-
quent, pas se trouver à Garéma lors des événements que
nous apprenons.
1. ComiDUDÎc4tioo du Ministère des AAiires étrangères lae à la Société
dans sa séance du 5 novembre 1880.
NOUVELLES DE L'AFRIQUE ORIENTALE. 565
Le consul de Belgique s'est empressé de télégraphier les
nouvelles qui précèdent à l'Association Internationale et
en a reçu l'ordre de ne rien négliger pour assurer la sécu-
rité de M. Rarnaeckers et de ses compagnons, dont j'ai eu
l'honneur d'annoncer le départ au Ministre, par le dernier
courrier. Â cet effet, il expédie aujourd'hui même à ces
voyageurs un renfort de 100 hommes armés, ce qui portera
à 400 le chiffre de leur escorte. En outre, M. de Ville a
sollicité et obtenu de Saïd Bargash que la mitrailleuse que
ce souverain a reçue en cadeau du roi Léopold, fût égalb-
menl envoyée à la mission belge et il accompagne ces en-
vois d'une lettre pleine de sages recommandations. Les
rapports d'amitié qui me lient, depuis plusieurs années, à
M. le capitaine Ramaeckers m'ont engagé à joindre mes
conseils officieux aux avertissements autorisés de son con-
sul.
La section allemande, partie peu de jours après la mission
belge, n'est pas encore suffisamment éloignée de la côte
pour que sa sécurité soit en danger. Toutefois, le consul
d'Allemagne n'a pas cru inutile de l'informer de ce qui se
passait dans le nord de la route qu'elle doit suivre.
Quelque confus et contradictoires que soient les rensei-
gnements qui nous arrivent, on doit en conclure que la
situation des voyageurs, dans celte partie de l'Afrique cen-
trale, ne manque pas de gravité.
On attribue à Mirambo une grande haine pour l'étranger,
arabe ou européen, auquel il reproche la ruine de son pays,
à la suite de la suppression de la traite. Son influence n'a
d'égale que son ambition. On le dit, en outre, brave jusqu'à
la témérité et doué d'un talent stratégique gui en fait la
terreur des chefs de tribus, ses anciens compétiteurs; ceux-
ci, faute de pouvoir lui résister, sont heureux d'être choisis
pour ses lieutenants.
M. Kirk ne sa dissimule pas combien ces événements
compromettent les résultats des explorations engagées.
566 VOYAGE Âtt Tkfd DfiS ÇOMALtS.
L*éloigfiemetii du Ihé&tre de l'assassinat de ses deux ad-
ministrés et rimpossibilité d'atteindre et de châtier les
coupables^ Tobligent à laisser oes eriiues iiapuais. Cet le im-
punité n'eiioouragera**t»^Ue pas les teatatives hardies de
Mirambo? j'ai tout lieu de le oraiadre.
VOTAQB AU PATS D&S gDllAUS« XiBTTaii h% M, ^ BKVQIl* AU
sGGRâTAïAs eâifJiaAi.^
Je viens de passer ici près d'un mois» tant pour m'accli-
mater un peu que pour mettre ordre à mon départ sur la
cftte.
J'ai dédoublé tous mes bagages et toutes mes provisions
pour avoir uq stock de réserve, en cas d'accident, et aussi
pour ne pas avoir, dès le début, trop de matériel avec moi.
Je pars dimanche 11 septembre pour Merâya, chez les
Me4jourtines* Quelques courriers m'ont précédé, et l'un
d'eux a dû me faire aménager une hutte convenable pour
ma première station^
J'ai enrôlé quatre Çomalis sur lesquels, tous renseigne^
ments pris, ]e crois pouvoir compter.
Je connais l'un d'eux de longue date, c'est mou anciep
domestique Ali Farah, le Dolbobante, Dans les trois autres
figure un jeune seribe de douze ansi qui écrit fort bien l'a-
rabe, et qui me servira tant & faire mea lettres pour les
chefs de tribusi qu'à prendre avec leur véritable orthographe
arabe et eomali les noms des localitésii des plantes, des oi-
seauXy ete%
Je compte lester à Mer&ya deux mois, faire la faune et
la flore des montagnes du littoral^ de manière à pouvoir
adresser à Paris un premier envoi de colleetions avant dé-
cembre.
1. Lne à la Société dans sa «èance du f5 octobre 1680.
VOYAGE AU PAYS DES (OUAUS. 567
De Meràya je gagnerai Karkar pour y passer la saison
des pluies, car, au dire des naturels que j'ai pu déjà con-
sulter ici, il ne faut pas songer à gagner les Dolbohantes ou
Ougadines à cette époque. Le Nogal, d'habitude peu fourni
d'eau, déborde, et les inondations formant un immense
lac et des marais malsains, chassent sur les hauteurs tous
les nomades avec leurs troupeaux.
Pendant mon séjour à Âden, je me suis informé tant que
j'en ai eu l'occasion. Depuis le matin jusqu'au soir, ma mai-
son n'a pas désempli des Çomalis qui viennent de la côte
vendre leur bétail sur le marché, et je les ai chargés, selon
la tribu à laquelle ils appartenaient, de faire parvenir quel-
ques messages & leurs sultans ou à ceux du voisinagCi pour
les informer de mon arrivée prochaine»
Je suis bien satisfait de mes appareils de photographie.
J'envoie par le môme courrier à M» Rabaud 24 clichési dont
une dijtaine comporte, par groupes, tous les types du litto-
ral du golfe d'Aden.
J'ai envoyé déjà quelques épreuves à M. le docteur Tau-
IMinard relatives à certaines recherches dont il m'avait
chargé, je lui ai fait parvenir aussi quelques paquets de
cheveux. J'ai pour lui une autre petite caisse qui partira
d'ici peu*
Ë résumé je suis tout prêt et déjà même à l'œuvre»
Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour ne point dé^
mériter de votre bienveillant appui.
Et vous pouves affirmer à tous ceux qui s'intéressent au
voyage que je vais entreprendre, que j'apporterai à &a
réussite tout mon courage et toute mon énergie.
Grâce à Texcellent M. Rabaud^ j'ai reçu à Aden l'accueii
le plus flatteur et le plus sympathique. Les autorités an-
glaises se sont mises à mon entière disposition pour m'aider
si elles le pouvaient*
Le résident politique anglais, capitaine Hunter, écrit en
08 moment avec l'aide des missionnaires de Mgr Taurin, une
568 LE PHÉNOMÈNE DU MIRAGE DàNS LE SÂHÂRA ALGÉRIEN.
grammaire çomali et une étude sur les races. II a été assez
bon pour nie donner les placards qui pourront m'ôtre fort
utiles.
Il m'a offert aussi sa première publication sur Aden^ que
je vous adresse pour la bibliothèque de la Société.
LE PHÉNOMÈNE DU MIRAGE DANS LE SAHARA ALGÉRIEN. LETTRE
DU DOCTEUR COLIN A M. DAYANNE.
J'ai dû me rendre ces jours derniers à 60 kilomètres sud
de Saïda> non loin des Ghotts, avec une commission de mé-
decins que je présidais comme plus ancien En
revenant avec mes camarades, nous avons eu Toccasion d'ob-
server le phénomène du mirage. Ce n'est pas chose rare
pour qui parcourt souvent le Sahara algérien, mais j'ai
pensé qu'il serait intéressant de photographier le phénomène
et je me promets de faire, à l'occasion, tous mes efforts pour
y parvenir.
Il me semble que deux épreuves prises du même point,
Tune pendant le phénomène, Tautre après sa disparition,
en donneraient une idée nette si les épreuves parvenaient à
dessiner très distinctement la silhouette éloignée de l'hori-
ion«
On a fail du mirage des descriptions souvent fantaisistes;
d'autre part, le phénomène peut se montrer sans que les
spectateurs se doutent que leur vue est abusée. Toici en
deux mots en quoi ilconsisie, pour nous, Algânens, qui con-
naissons le pai^ et savons parfoilement quand rhoriion
nous trompe.
Le phàiomène varie suivant la régioa oà l*oa se trouve
el la naUifti^ du sol; il se passe toujours à llioriioii et ne
penl «xistttr par conséquent là où Phoriioa iiiaiM|«e, c est-
LE PHÉNOMÈNE DU MIRAGE DANS LE SAHARA ALGÉRIEN. 569
à-dire, là où il est trop limité par des objets qui le coupent
ou des accidents de terrain.
Cependant je ne Pai jamais observé 'sur mer, en plusieurs
années de navigation, et il semble que la surface du sol soit
nécessaire à sa formation.
Le plus connu et le plus fréquent dans le Sahara algérien
est celui de Teau dans les Gholts. On peut poursuivre long-
temps sans l'atteindre le lac qu'on croit avoir devant soi, à
un oudeuxkilomètres au plus; l'illusion est plus vive encore
lorsque des chameaux se trouvent dans la même direction ;
ils semblent marcher dansTeau; leurs piedsne se distinguent
plus, leurs jambes s'allongent démesurément en se conti-
nuant avec leur image sur la surface réfléchissante.
Le mirage que nous avons observé il y a quelques jours
avait une autre forme; nous étions sur les hauts plateaux
couverts d'alfa ondulant; nous chevauchions versle nord en
revenant sur Saïda dont vingt kilomètres environ nous sé-
paraient encore.
Topographiquement, nous ne pouvions pas voir do ce
point les montagnes de Saïda, qui se trouvent à la limite
nord des hauts plateaux, mais en contre-bas de ceux-ci.
Cependant, vers 1 heure del'aprèsmidi, ellesnous apparu-
rentetfort élevées au-dessus de Thorizonréel delamerd'alfa.
C'était bien une ligne de montagnes bleuâtres, avec bou-
quets d'arbres,le découpant nettement sur les crêtes, et telles
se présentent au loin les chaînes de l'Atlas.
Mais nous vîmes bientôt cette ligne de montagnes se dé-
placer insensiblement vers l'est, sans doute à mesure que
le soleil tournait à l'Ouest, ft, vers deux heures, elles s'éva-
nouirent peu à peu au nord-est, de bas en haut, eten laissant
apparaître entre elles et Talfa une bande claire du ciel d'ho-
rizon.
Nous n'avions donc eu devant les yeux qu'une série
d'images réfléchies d'objets réels, mais normalement cachés
sous rhorizon, images n'occupant à la fois qu'un segment
568 LE PHÊNOHËIftE DU MIRAGE DAnS LE SABARA Al^
grammaire çomali et une élude sur les races, l^ %
bon pour me donner les placards qui pourront <3- **
utiles. ; ^ S %
Il m'a offert aussi sa première publicati» ^. % . '^. *^
je vous adresse pour la bibliothèque àelg^^'ik ^ ^a
^\- S^- "^
LE PHâNOHÊNIi DU MIHAGB DANS LK S ^S, f„ ^ ^ «
DD DOCTEUR COLIN A
J'ai dû me rendre cesjouri-t è.-^ %^ \ %^ T-, '
de Saïda, non loin des Cfiû'il t\ I % \ \
deciusque je présidais cf. \ ^ %% \ f '*
reveoant avec mes camarr i ^ * % %
server le phénomène «îi. i 4 %
pour qui parcourt sou i ^ ^
pensé qu'il serait inté ' j \
et je me promets de s j
y parvenir. * ^uiï- président de la So-
II me semble q ■ ■■ P'-^^i-ïe'" «"e la Société de
„ , , ' ' .- — Sociélé de Géographie corn-
l une pendant le ï ^^ Géogniphie de Hmeille. - So-
en donneraient .yon. _ Société de Géographie de Bor-
dessiner très ' .uographie de l'Est. — A. — A, (R.). —
2(,n_ Lidigné (marquis). — Andouillé. — Anoojoie.
On a fait Aubonne. — Aulran. — Ballaj (docteur). — Ban-
.lé du Boc^, — Bardev- — Beandoain (H,). —
d autre pp __ g^ (Madame veave). — Bellenger. — Berge. —
speclater jusu*e). — Biard (vice-coouil de France). — Bigonte. —
deux w ^Bivorl. — Biaise (C). — fiolalre (l'abbé). — Brouty. —
naisse tSiiinl-I'ol-Lias.— Berguet, — Bussières (baron Léon de).
A»iac. — Chardon (J). — Cbarnay (Di'sii-é). — Cbasies. —
•ïrr^UireïfénémxdetSodélJtdeGéogRipMe et daG4*ffnph>c
nk <|iii s'ùUiicnl adressés A leur* coUigues pour cet acte de
iiii-- les raniercicut de t'emprcuement arec lequel ils ont répondu
^ •«■si.
^
^
"^N FAVEUR DE LA FAMILLE DE M. HERTZ. 571
'W
f*.
**
^ '^'^ • de Laubat. — Chancourtois (de) . — Chauvié.
<?j^ ^^ ^quler. — Ghuquât. — Clerc (Jules le). —
:>; ^ ^ "tambert (Eugène). — Cortambert (Ri-
. '^ ^^ ^^ •'ier (famille). — Cre vaux (docteur). —
^i "^ ''^ ^ ibrée. — Debaudny. — Debize. —
'/%; ^?^ <^ -e. —Delalain (Alfred) — Déla-
is ^q^ ^ %^ ' — Dessirier (commandant). —
*^4^%y 9f$, % 'S (Lucien). — Ducurtyl. —
.^ V^ '^r. ^% % - Dupuy- — Duponchel.
""'h^ **^ ^^ ^. '^ ^ux. *— Durouchoux. —
^y <^ %, ^^ -é % Kfcnauk Peltrie, —
-^'> ^^ ^''h % -^ - Fourtiier (Félix).
-'/C^ ^^4 ^^<5», "% ^ ibert. -- Gold-
..;\. S% VV ^ -Gratset.--
. - -t^ ^V •*; -^^^^ .ijal. — Hadu-
*' S. •■^. ■. %. .ci.--Hiiber(W.).
^•. ,^\ .«iidt. — De Jancigny.
'/ ^ ^j.a (d6). «^ Koch» — De La-
** «jy (baron). — Le Lasseur (ba-
N. ' ^Gaston). •*-» Lemerder (Abel). —
vasMur* -*^ Likhatohof (Tico*<aniiral)» •*«-
.uze (Ed. de). — Madeleine (de Itt).'^ Malte-
-*- Marche. «**- Martin (W.). •*^Massôii (E.). —
Matiry (Alfred). **^ Maie (H.). «*— Mégemont. —
.i'e)% -^ Meignen (fiia) . -^ Meiasas (Gaston) « -** Meissas
. -^ Meurand (Gh.). — Meyners d'ËiIrey (comte). — Mira-
. (H.)« >-^ Mirabaud (li^ul). «*-** Molina (marquis de). «^ Mdrel
. Ariettx (Félix). — Morel d'Arleux (Paul). — Morel (Hei*cuie). —
Mttsy. ^N. et J. — De NeufTille. ^ NielU. ^ Noël (Léon). -^ Oli-
vier. *— OppeAheimcr. — Paolucci délie Roncoie (marquis de). —
!%ri«y. — Paraient ier (général). ♦*-* Peghoux* -- Pelet. — Perin
(Georges). -— Perrier (commandant). — Perrier (Georges). -^ Pey.
^ Peytor. >-* Pichon. — Pigeonneau. -** Pinet. -* De Quatrefages.
--R. (E.).-*R. (H.). — Raulet. -- Redonnet. —Reille (baron). —
Rennes. — Reuahaw. — Riant (comte). — Rimbaull. — Roche (J.).
— Saint- Joseph (baron de). — Saint^^Senoch (H. de). — Sarorgnan
de Braxta. --1\iylor (baron). — Telfener (comte). — Thenart (baron).
— Thierry. — Koechlin-Tliomas. — Tolhausen. — Tolmer. -^
Tournafond. — Trotabas. — Turenne (marquis de). — Varennes. —
Vaux (G. A.). — Vossion. — X. — X. — X. — X. — X. — X.
570 SOUSCRIPTION EN FAVEUR DE Lk FAMILLE DE M. UERTZ.
restrûint du cercle, mais qui, s'eQaçant à l'ouest à mesure
qu'elles gagnaient vers Test, nous a montré successivement
et comme par conlrebandCi tous les points d'une longue
chaîne de montagnes.
Nous avions eu la veille un sirocco pénible, et, ce jour-là,
un vent d'ouestcbargé d'bumidité l'avait combattu le matin.
L'atmosphère était radevenue très calme et très pure
dans la journée.
Quoiqu'il en soit, il me semble que cet horiaon trompeur
doit pouvoir s'inscrire sur le verre dépoli et|parsuite,sur les
plaques sensibles ; aussi, sans me dissimuler les difficultés
je ne désespère pas d'y fixer un jour le mirage et sa contre-
épreuve, c'est-à-dire obtenir deux plaques différentes à l'ho-
rizon, quoique prises du môme point. i\ peu près à la môme
heure, et ayant au premier plan les mômes touffes d'alfa.
»«i**.*M*«MiM*OT«*
SOUSCRIPTION EN FAVEUR DE LA FAMILLE DE M. HERTZ ^
NOMS DES SOUSCRIPTEURS.
Vice-amiral, baron de la Roncière le Noury, président de la So-
ciété de Géographie. — M. Meurand, président de la Société de
Géographie commerciale de Paris. — Société de Géographie com-
merciale de Paris. *- Société de Géographie de Marseille. -^ So-
ciété de Géographie de Lyon. — Société de Géographie de Bor-
deaux* — Société de Géographie de l'Est. — A. — A. (R.). —
Aignan (E.). — D'Andigné (marquis). — Andouillé. — Anonyme.
— Anonyme. — D'Auhonne. — Autran. — Ballay (docteur). — Ban-
deraîi. — Barhié du Bocage. -*- Bardey. — Beaudouin (H.). —
Beauvisage. — Belin (Madame veuve). *- Belienger. •-• Berge. —
Bertrand (Gustave)* — Biard (vice-^consul de France). — Bigorne. —
Biollay. — Bivort. — Blaize (G.). — Bolatre (l'abbé). — Brouly. —
Brau de Saint-Pol-Lias. — Berguet» — Bussiéres (baron Léon de)*
— Cahuzac. — Chardon (J.). — Charnay (Désiré). — Chasies. —
i. Les secrétaires généraux des Sociétés de Géographie ei de Géographie
oommerciale qui s'étaient adressés à leurs collègues pour cet acte de
confraternité les remercient de Temprcssement avec lequel ils ont répondu
à leur appel.
SOUSCRIPTION EN FAVEUR DE LA FAMILLE DE M. HERTZ. 571
Chasseloup, Marquis de Laubat. — Chancourtois (de) . — Chauvié.
— Chauvileau. — Chéquier. — Ghuquât. — Clerc (Jules le). —
Collin (Armand). — Cortambert (Eugène). — Cortambert (Ri-
chard). — Cotard. — Couturier (famille). — Crevaux (docteur). —
Croizier (marquis de). — Daubrée. — Debaudny. — Debize. —
Decourt — Delagrange. — Delaire. — Delalain (Alfred) — Dela-
lain (Paul). — Delesse. — Desgrand. — Dessirier (commandant). —
Dolfus (Ch.). — Dalfus (A.). — Dubois (Lucien). — Ducurtyl. —
Dujardin. — Dumont (H.). — Dupuis. — Dupuy. — Duponchel.
— Durand (l'abbé). — Durassier. — Durieux. — Durouchoux. —
DuTal (Ferdinand). -^ D'Ëichtal (Gustave). «^ fianault Pelirie. —
Fauqueux <Gh.)> ^ Pducher de Careil (comte) -«-Fouriiier (Félix).
-— Frénlte; -^ Garnièr (Juleft). -^ Genneval. -* Gibert. •*• Gold-
ârrlklt (Frédéric). — Goybet. -*- Grandidier (Alfred). -^ Grasseti-^
Qnuiani. -**• Gi'uby (docteur). — Guérin(V.)* «^ Guibal. — Hadu-
«and. ♦*-* Harœand. — Henneguy (Félix). -^Houiel. — HUber(W.).
-►^ Haet. •— Hugon. — J. — J. — Jâgencfamidt. *— De Jandgny.
•-*► JaKoa (E.). •** Juglar. -— Kermaingan (de). «^ Koch» — De La-
teiotbe. -^Laihy (Dmest). **^ Larrey (baron). «^ Le Lasseur (ba-
roti). -^ Lemaitre. ***• Lemay (Gaston). «^ Lemerder (Abel). •*-
Lépine. «^ Leudrior. •«« Levasseur* -*^ Likhatohof (vice^amiral). •*«-
Logeard. — Lunyt. — Luze (Ed. de). — Madeleine (de là). — Malte-
Brun. -^ Mandrot. ****- Marche. «**• Martin (W.). *«^Massôn (E.). —
Haler (S.). ^ Matiry (Alfred). ^ Maie (H.). ^ Mégemont. —
Meigneii (pèpe)« *-^ Meignea (fila). -^ Meissas (Gaston) . ^ Meissas
(l'abbé). -^ Meurand (Gh.). -* Meyners d'ËtIrey (comte). —Mira-
baud (H.)* ^^ Mirabaud (li^nl). -^ Molins (marquis de). «^ Morel
d*Ariettx (Félix). — More! d'Arieux (Paul). — Morel (Hercule). —
Mnsy. ^N. et J. ^ De Neuftille. ^ Nielli. ^ Noël (Léon). -^ Oli-
vier. — Oppenbeimcr. -«• Paolucd délie Roncole (marquis de). ^
hiri«y. *^ Parmentier (généra}). *-^ Peghoux. •*** Pdet. — Perin
(Georges), — Perrier (commandant). — Perrier (Georges). — Pey.
*— Peyflir. — Pichon. — Pigeonneau. -- Pinet. — De Quatrefsgês.
~-R. (E.).— R. (H.). — Raulet. — Redonnet. —Reille (baron). —
Rennes. — Reushaw. — Riant (comte). — Rimbault. — Roche (J.).
— Saint- Joseph (baron de). — Saint^Senoch (H. de). — Sarorgnan
de Braaia. — 1\iyior (baron). — Telfener (comte). — Tbenart (baron).
— Thierry. — Koechlin-Tliomas. — Tolhausen. — Tolmer. —
Tournafottd. — Trotabas. — Turenne (marquis de). — Varennes. —
Vaux (C. A.). — Vossion. — X. — X. — X. — X. — X. — X.
ACTES DE LA SOCIÉTÉ
EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES «
Séance du 5 novembre 1880.
PRÉSIDENCE DE M: A. GRANDIDIER.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Le président a le regret d'apprendre à la Société la mort de M. J.
Labarthe, de l'Institut, dont le nom figurait depuis 1830 sur la liste
des membres de la Société. — Il fait également part de la mort de
M. Erhard, le graveur géographe bien connu, décédé à cinquante-
neuf ans, après une courte maladie. La Société perd en lui un
membre dévoué et un artiste habile. C'est à lui que l'on doit un
procédé électro-chimique qui permet de transporter sur cuivre une
carte gravée sur pierre. M. Erhard lègue à la Société une rente de.
150 francs destinée, d'après les intentions du donateur, à la fon-
dation d'un prix annuel. Des remerciements seront transmis à la
famille de M. Erhard.
Le secrétaire général donne lecture de la correspondance.
M. Dumaine, éditeur, fait hommage à la Société d'un ouvrage du
capitaine Le Marchand sur la campagne des Anglais en Afghanistan.
— M . Barbie du Bocage remercie la Société du témoignage de sym-
pathie que le Conseil lui a adressé pendant une grave maladie qu'il
vient de traverser. — Le comte Léopold Hugo transmet des renseigne-
ments sur les diverses branches de^ sciences et des appareils géogra-
phiques de l'Exposition de Bruxelles. 11 appelle notamment l'attention
sur le musée commercial organisé par les soins du Ministère des
Affaires étrangères de Belgique. Le comte Hugo fait don d'un exem-
plaire du catalogue de ce musée. — M.J. van Maunen, à Salatiga(Java),
adresse à la Société un échantillon de ramie préparée par un procédé
dont il est l'inventeur. Ce procédé consiste à dégager la tige de son
bois au moyen d'une décortiqueuse et à faire subir ensuite à l'écorce
un lavage et un travail spécisd, sans l'emploi de substances qui puis-
sent nuire aux ouvriers et au textile.
Le procédé ne donnerait aucune perte, serait extrêmement rapide
et véritablement industriel.
1. Rédigés par le docteur Ilarmand.
SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1880. 573
Le docteur Harmand fait, à ce propos, observer que la grande dit--
ûculté qui a, jusqu'ici, an*été l'essor du textile, si remarquable par •
sa ténacité, la longueur et le brillant de ses fibres, est précisément •
le manque d'une bonne décortiqueuse. Le problème est, paralt-il,
fort compliqué, puisque le prix de 125000 francs proposé pour cet
objet par les Anglais depuis plus de dix ans, n'a pas encore été dis-
tribué. Mais la solution est aujourd'hui trouvée. M. Labérie, à Mon-
treuil, possède dès à présent une machine qui ne laisse rien à dé-
sirer, et la filasse, immédiatement blanchie, est prête à être filée.
Les produits obtenus à l'aide de la machine et du traitement Labérie
semblent au docteur Harmand supérieurs au présent échon.
BI. Horace de Ghoiseul, sous-secrétairé d'État aux Afiaires étran-
gères, communique à la Société une lettre de M. Ledoulx, consul
de France à Zanzibar, sur la situation des explorateurs européens
dans le centre de l'Afrique. Vers la fin d'août, M. Ledoulx avait
appris que trois des membres de l'expédition du capitaine belge
Ramaekers étaient atteints par la fièvre. M. de Meuse, photographe,
avait été aussi obligé de quitter ses compagnons de route à trois
jours de M'pouapoua, pour se faire transporter à la côte. M. de
Meuse a laissé le capitaine Bloyet à Gondoa assez gravement ma-
lade et ans l'impossibilité d'entreprendre un voyage de retour.
M. Hore, missionnaire protestant, a fait parvenir à M. Ledoulx
différents objets ayant appartenu à l'abbé Debaize. La Société bi-
blique de Londres venait d'envoyer à Zanzibar quatre nouveaux
missionnaires ; l'un d'eux restera à Zanzibar ; les trois autres se
préparent à gagner Ujiji. Une lettre reçue le matin même par
M. Ledoulx (10 septembre) lui annonce le rétablissement du capi-
taine Ramaekers et de son compagnon, M. de Leu. Par contre, la
santé de M. Bloyet donne encore des inquiétudes.
Le secrétaire général donne lecture d'une lettre de M. de Ujfalvy,
datée de Omsk (25 septembre 1880), et qui contient des renseigne-
ments sur deux voyages d'exploration entrepris cet été par l'initiative
du général Kaznakof, gouverneur général de la Sibérie occidentale.
Le topographe Khandachefsky a exploré la partie septentrionale du
gouvernement de Tobolsk, région à peu près inconnue. Ce voya-
geur a suivi le cours de l'Obi jusqu'à Obdorsk, sur le cercle po-
laire, puis il a remonté la rivière Poluî, dont il a quitté le cours à
70^ de longitude est, pour suivre la vallée du Nadym et celle de la
rivière Anoukcjalou. Son voyage a eu des résultats scientifiques
intéressants. Chez les Samoyèdes de l'estuaire de l'Obi, il a constaté
rexisteiice d'idoles en pierre; les idoles en bois avaient seules été
signalées jusqu'ici. Le général KaznakofT a conçu le projet d'établir
574 PR0Cà9<>TKRBADX.
une colonie pour exploiter» imti 1» vellée du Nadym, des forôts su-
perbes de conifères, découvertes par M. KhAndacbefsky.
Le général de Kasnakoff a fait explorer aussi la ateppe Kirghiae
jusque dans le Turkestan, H. Balkhaelûne devait y poursuivre dea
recherehes ethnographiques et étudier )a possibilité d*établir uqti
communioation à travers la steppe. Les conoIuMona du voyageur
sont favorables et peuvent avoir de Timportanoe pour )e tracé d'ttn
chemin de fer central-asiatique, La voie roQonnue par M. Galkha^
chine présenterait le double avantage de rattaohcr 4 la màre-^atrie
les deux centres administratifs d'Omsk et de Tachkand, et de tPft»-
verser la région houillère du Karalau.
M. Wyse communique des extraits d'une lettre de M. Wlenar,
qui vient de relever le cours du Napo, affilient da VAmaxone, et de
compléter, en traversant l'Amérique centrale, Tétude d'un itinéraire
ort important.
M. de Quatrefages entretient la Société des découvertes de
M* D. Charnay au Mexique; elles sont en oe mement l'ot^jet d'une
vive polémique entre les savants américains. Au Mexique, on n'hé-
site pas à leur reconnaître une importance des plus coniidérahlei.
Les ruines explorées par M. Charnay ont, sans doute, servi de tout
temps de refuge contre des enqemis divers. M. Charnay y a trouvé
des restes d^ndustries d'un dessin et d'une forme très remarquablesj
comme, par exemple, le dessin colorié d'une coupe antérieure
à la conquête espagnole, une téta de guerrier, etc. 11 y a six
ou sept conta objets, tous plus intéressants les uns que les
autres.
M. Charnay a ensuite exploré rancienae cité de Tula, qui fut»
pendant trois siècles, la capitale des Toltèques. Dès le début de tes
explorations, il a rencontré dea restes très importants, des maisons,
des palais d'une disposition frappante. Les ensembles de chambres
ne communiquent entre eux que par dea oeuloira en labyrinthe,
rappelant à M. de Quatrefages le plan de» bâtiments observés par
M. Guillemin Tarayre, au nord de rAnahaae,et dea plana d'autres
ruines du Pérou, ce qui établirait des rapports presque certains et
suivis entre les deux Amériques.
A Tula, M. Charnay aurait trouvé -^ ce qui mérite, vu ]'étrani>
geté du fait, une confirmation — des faïences et des porcelaines du
Japon, des colonnes avec chapiteaux sculptés, du verre et du fer
travaillé, c'est-à-dire des restes d'industries regardées jusqu'ici
comme absolument étrangères. 11 a rencontré aussi des os de grands
ruminants. Or, on sait que les Espagnols n'ont pas, à leur arrivée,
trouvé de grands ruminants en Amérique (sauf Je bison, le lama et
^^
SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1880. 575
le mouflon des Montagnes Rocheuses). Les os, examinés par un
professeur de Mexico, se rapporteraient à des chevaux, des bœufs,
des moutons et des lamas. Enfin, M. Gharnay nous dit que les jouets
des enfants représenteraient des chariots, ce qui suppose néces-
sairement, chez les parents, la présence d'animaux domestiques
employés comme instruments. Tous ces faits ouvrent de nouveaux
aperçus sur l'histoire de ces régions. Le Muséum attend du voyageur
de nombreuses caisses, dont le contenu établira la portée des dé-
couvertes de M. Gharnay et permettra de préciser les dates aux-
quelles il faut rapporter ces débris.
M. P. Toumafond a reçu du P. Colombe, mariste, pour Toffrir à
la Société, un dictionnaire samoa-français-anglais. Cet ouvrage a con-
couru pour le prix Volney. Le P. Colombe annonce qu'il a en pré-
paration des vocabulaires tonga-français-anglais de Balade, des
Fidji, de la Nouvelle-Zélande et des lies Salomon, toujours français-
anglais .
M. le lieutenant-colonel Perrier dépose sur le Bureau les derniers
fascicules du Mémorial du Dépôt de la guerre, donnant les calculs
et les méthodes qui ont servi à déterminer la position fondamentale
d'Alger, les travaux établis aux stations astronomiques de Bône et de
Nemours, ceux qui ont été exécutés à Biskra, Laghouat, Gery ville, etc.
Les voyageurs, avant de se lancer dans le désert, pourront dé-
sormais régler leurs instruments d'une façon précise. Ces fascicules
contiennent aussi des considérations mathématiques sur la trans-
mission électrique des signaux.
M. Daubrée attire l'attention de la Société sur quarante-un pano-
ramas photographiques des Alpes, exécutés à l'aide de procédés ri-
goureux, par M. Civiale. — Il offre son discours sur Descartes, con-
sidéré comme initiateur de la géologie et de la cosmologie, et qui
a, le premier, rattaché les aspérités du sphéroïde terrestre à l'action
de la chaleur centrale, devançant ainsi de beaucoup son époque.
Le secrétaire général donne lecture d'une lettre de M. Wiener,
vice-consul de France à Gayaquil, qui vient de lui être remise ;
elle est datée du Para (10 octobre 1880). M. Wiener annonce qu'il
vient de traverser l'Amérique méridionale dans sa plus grande lar-
geur, suivant un itinéraire presque rectiligne de l'ouest à Test, sous
une latitude qui ne varie guère que de la ligne au 3° de latitude
sud, et qui, d'après lui, constitue le premier itinéraire complet à
travers l'Amérique équatoriale. M. Wiener quittera le Para sous peu
de jours pour retourner à son poste, en traversant de nouveau tout
le continent. Il espère entrer dans le Huallaga et passer la Cordil-
lère au nord-ouest de Jaen.
576 PROCÈS-VERBAUX.
Le docleur Harmand annonce à la Société qu'il a été autorisé à
commencer, au Musée des colonies, une série de conférences sur
les colonies françaises.
M. Simonin fait ensuite une communication sur les travaux et les
ports, sur la transformation des rivières de la Clyde et de la Tyoe.
11 fait ressortir la supériorité que les Anglais ont sur nous dans ce
genre de travaux.
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts.
Il est procédé à l'admission des candidats inscrits sur le tableau
de présentation à la dernière séance. Sont, en conséquence, admis
à faire partie de la Société: MM. Eugène Plazolles, ingénieur civil,
entrepreneur du chemin de fer de Porto-Alègre à Uruguayana
(Brésil) ; — Michel Lelong, capitaine d'artillerie ; — Ernest Liédot,
sous-chef du contentieux au chemin de fer d'Orléans; — le vicomte
Maurice d'Auxais, secrétaire titulaire à la direction de l'intérieur, à
Saigon ; — Alban Fournier, docteur en médecine ; — Charles Austin;
— Ëmile-Désiré Kractzer, consul de France ; — Jean Bertot, archi-
tecte ; — le baron Godefroy de Villebois ; — Léon Philos ; — le
docteur Le Prieur, médecin-major de 1" classe au 175^ régiment de
chasseurs ; — Léon Vuaflart, agent de change ; — Thomas Auge
capitaine au long cours, armateur; — Jean-Marie Orcel, capitaine
au 22* régiment d'artillerie; — Charles Cachet.
Sont inscrits au tableau de présentation pour qu'il soit statue
sur leur admission à la prochaine séance : MM. Maurice Muret, pré-
senté par MM. Genissieu et Paul Mirabaud; — Henri Loiseau, pré-
senté par MM. Henri et Paul Mirabaud; — le comte de Longjumeau-
Norreys, présenté par MM. Louis Deville et Malte-Brun ; — le comté
Molitor, conseiller général de Meurthe-et-Moselle, présenté par
MM. les vicomtes Henri et Arthur de Bizemont; — Albert Verillon,
directeur de la compagnie de la Côte-d'Or d'Afrique ; Ernest Bassol,
secrétaire de la compagnie de la Côte-d'Or d'Afrique; Paul Tliié-
bault, agent comptable de la compagnie de la Côte-d'Or d'Afrique,
présentés par MM. Henri Noirot et Maunoir; — Louis Outrebon,
présenté par MM. Maunoir et Malte-Brun; — le docteur G. Nepveu,
chef de laboratoire à la Faculté de médecine, présenté par MM. le
vice-amiral de La Roncière-le Nôury et Maunoir; — Saillenfest de
Sourdeval, capitaine d'infanterie, attaché à la mission du Haut-
Sénégal et du Niger, présenté par MM. Lucien Dubois et Maunoir; —
Paul Firmin-Didot, présenté par MM. William Martin et Maunoir; —
Jean-Baptiste Lanvin, présenté par MM. Anatole Tardiveau et Mau-
noir; — Joseph Joubert, présenté par MM. le vice-amiral de La
Uoncière-le Noury et Maunoir; — Adolphe Mathieu, capitaine de
'SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1880. 577
vaisseau, commandant le Rhin; Emmanuel de Kernafflen de Kergos,
enseigne de vaisseau, présentés par MM. le docteur Gauvin etMaunoir.
La séance est levée à dix heures un quart.
Séance du 19 novembre 1880.
PRÉSIDENCE DE M. A. GRANDIDIER«
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté,
€ Messieurs, dit ensuite le Président, la lettre de convocation
que vous avez reçue vous a appris que nous aurons tout à Theure
le plaisir d'entendre le récit du voyage que MM. Zweifel et Mous-
tier ont si heureusement mené à bonne fin. — Vous n'ignorez pas
que cette expédition a été entreprise sui* Tinitiative et aux frais d'un
négociant de Marseille, M. Verminck, qui possède d'importantes
factoreries à Sierra Leone. — t Bien que le but de ce voyage, —
écrivait au commencement de 1869 M. Verminck à M. Zweifel en
lui donnant ses instructions, — soit tout à la fois géographique et
commercial, n'oubliez pas que c'est la découverte des sources du
Niger que vous devez avoir principalement en vue > ; — et un peu
plus loin, il ajoutait : — c Si l'expédition réussit, je désire que la
France soit la première à en profiter. > — Ce sont là de dignes
paroles, et puisque M. Verminck est aujourd'hui au milieu de nous,
je suis heureux de me faire l'interprète des sentiments unanimes
de la Société en applaudissant à la pensée généreuse qui lui a fait
ainsi envoyer M. Zweifel à la recherche de l'inconnu au grand bé-
néfice des sciences géographiques. Puisse cet exemple trouver en
France de nombreux imitateurs ! >
Lecture est donnée de la correspondance.
M. Bertaut remercie de son admission. — Le secrétaire général
donne communication d'une lettre de la préfecture de la Seine, qui
annonce que M. Renouard, greffier de la justice de paix à Orléans,
a fait un legs de 1500 francs à la Société. — Des reraercîments
seront adressés à la famille.
L'amiral Mouchez, de l'Institut, Directeur de l'Observatoire,
envoie sa note à l'Académie des Sciences sur la constatation qui a
été faite de l'exactitude de ses déterminations de positions géogra-
phiques à la côte du Brésil.
M. Drapeyron adressé un article de la Revue géographique, où il
traite des rapports de l'histoire et de la géographie.
M. Maurice Déchy fait hommage d'un certain nombre de vues
soc. DE GÉOGR. — DÉCEMBRE 1880. XX. — 36
57g PROCfeS-VERBAUX.
ohotemphiqiieê ëe TUimalaya, recueillies au cours de son yoy^e.
La Société de géogra|khie d'Amsterdam fait don à la Société d'une
série de vues et de planches des momuneats de Boro-Boudour.
M Weyprecht envoie le protocole de la conférence polaire inter-
nationale tenue à Hambourg en^ctobre 1879, et un numéro de la
Nme freie Fmse contenant un exposé d^s résolutions de la seconde
conférence tenue à Berne en août 1880, les protocoles de cette der-
nière n'étant pas encore complètement rédigés. M. Weyprecht
exprime le vif regret qu'on ne puisse guère compter voir la France
prendre part â une entreprise polaire internationale. A la France,
dit-il reviendraient plutôt les rechm-ches dans les riions an-
tarctiques îl serait facile et relativement fen cw\teux d'établir une
station d'observation aux îles Kerguelen, ou à quelqu'fle plus au
sud, pendant une année.
le Ministre des Affaires étrangères adresse, en communicatiofl,
une lettre de M. Wiener, datée du Para, le 9 octobre 1880. C'est m
rapport sommaire surle voyage qu'il vient d'accomplir en Amérique
éauatoriaVe, dont il a déjà été question à la précédente séance.
M Wiener divise ses renseignements en trois groupes : 1« l'étude
du Rio Napo au point de vue géographique; «<> Timportance de cette
élude au point de vue commercial; »• les données statistiques sur
le commerce amazonien et leurs relations avec Texpi^rlatioii at la
navigation françaises. . , «
M Wiener s'est proposé non seulement de parcowir le Hapo,
mais encore de rattacher, par des études supplémenteiw, le tracé
de ce cours d'eau, d'une part au principal oewtre de i'Eipiatcur, h
ville de Quito, et de l'autre à l'Amaxone.
Le président prie M. le docteur Hainy de donner k l'Assemblée
quelques détails sur les monuments de BoiMhBoudoiir. Le docteur
Hamy expose les efforU heureux du gouveraerneat hollandais pour
la publication de ces immenses bas-rettefs, d'un «i graod intérêt
nort seulement pour l'histoire de Java môme, mais poar les rap-
prochements qu'on peut en tirer parla comparaison avec les monu-
ments de Hnde et de rindo-Chinc. Le magnifique oufrage où sont
exposés les résultats des recherches et 4Jes trawux sur ^xmtoSouûùw
comprend cinq parties de descripUoo générale. ^ Description des
l>as-reliefe, — DcsUnalion du temple. — Gonwdération sur l époque
de son érection et sur les statues du Bouddha qu H renferme. —
Élude artistique et ethnographique du monument. L'atlas se cobb-
pose do 373 pi. in-W. - U sérail bien désirable ifue la France lîl
entreprendre des IraTtux analogues sur les monumenU du Cam-
bodge.
SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1880. 579
Le secrétaire général rectifie une regrettable omission qui s'est
glissée dans le compte rendu de la séance de réception du profes-
seur Nordenskiôld ; il n*y a pas été fait mention de la présence à
cette réception, de M. Gabriel Gravier, Président et représentant de
la Société normande de Géographie.
Le secrétaire général donne lecture de quelques extraits d'une
lettre du colonel Flatters, en mission au Sahara(Renvoî au Bulletin).
Le président annonce à ÎAssemblée qu'elle va avoir le plaisir
d'entendre le récit du voyage de MM. Zweifel et Mojistier aux sources
du Niger.
M. Duveyrier expose la question des sources du Dhiôli«ba (Niger)
(Renvoi au Bulletin).
M. Zweifel a la parole pour exposer l'historique et les résultats
du voyage. Le docteur Harmand donne ensuite lecture du manuscrit
de M. Zweifel qui contient de nombreux et très intéressants rensei-
gnements sur les mœurs desTimmei, les difficultés rencontrées par
les voyageurs, et les causes qui ont interdit aux deux voyageurs de
se rendre à la source même du Tembi, tête de la Grande rivière.
Mais ils ont pu voir le point même d'où elle s'échappe, au pied de
trois mamelons granitiques, qui sont représentés sur un grand
tableau exposé dsins la salle.
A la suite de cette communication qui est accueillie par les plus
chaleureux applaudissements, le Président s'exprime ainsi, en
s'adressant aux deux explorateurs :
€ Monsieur Zweifel et Monsieur Moustier, je vous félicite au nom
de la Société de Géographie de la persévérance et du courage dont
vous avez fait preuve au milieu des difficultés sans nombre et des
dangers que vous avez rencontrés presque à chaque pas dans l'ac-
complissement de votre mission, — et nous applaudissons tous
avec bonheur à votre succès si mérité. Vous retournez dans quel-
ques jours en Afrique, où l'avenir vous réserve probablement de
nouvelles découvertes; soyez sûrs que nos vœux vous y accompa-
gneront, et que nous suivrons vos effort avec le plus vif intérêt.
€ J'ajouterai que M. le Ministre de l'instruction publique, dans sa
sollicitude éclairée et toiyours en éveil pour le progrès des décou-
vertes géographiques, vous a décerné, par arrêté en date de ce
jour, les qualités d'officiers d'académie, et qu'il a chargé la Société
de Géographie de vous en remettre les insignes. >
Le Président remet à chacun des voyageurs ses insignes et son
diplôme d'Officier d'académie.
Lecture est donnée de la liste des ouvrages offerts.
Il est procédé à l'admission des candidats inscrits sur le tableau
de présentation à la dernière séance. Sont, en conséquence, admis
580 PROCÈS- VERBAUX .
à faire partie de la Société : MM. Maurice Muret; — Henri Loiseau;
— le comte de Lonjumeau-Norreys; — le comte Molitor, conseiller
général de Meurlhe-et-Moselle; — Albert Verillon, directeur de la
compagnie de la Côte-d*Or d'Afrique; — Ernest Bassot, secrétaire
de la compagnie de la Côte-d'Or d'Afrique; — Paul Thiébault,
agent comptable de la compagnie de la Côte-d'Or d'Afrique; —
Louis Outrebon ; — le docteur Nepveu, chef de laboratoire à la
Faculté de médecine ; — Saillenfest de Sourdeval, capitaine d'in-
fanterie, attaché à la mission du Haut-Sénégal et du Niger ; — Paul
Firmin-Didot; — Jean-Baptiste Lanvin; — Joseph Joûbert; —
Adolphe Mathieu, capitaine de vaisseau, commandant le Rhin;
— Emmanuel de Kernafflen de Kergos, enseigne de vaisseau.
Sont insctits au tableau de présentation pour qu'il soit statué sur
leur admission à la prochaine séance : MM. Jules Badin, chef de
bureau au Ministère de l'Intérieur, présenté par MM. Foncin et
Armand Colin; — le commandant Narcisse-Emile Nouvel Ion, chargé
du bureau de recrutement de la subdivision de Goulommiers, pré-
senté par MM. Ernest Delpon et Mauooir; — Napoléon Kœchlia,
présenté par MM. James Jackson et Ernest Bongrand; — Jules S. de
Blêmont, présente par MM. Jameç Jackson et Herman de Glermont;
— le lieulenanl-colouel Paul-François-Xavier Flalters, présenté par
MM. le vice-amiral de La Roncière-le Noury et Maunoir; -;— A. de
Faymoreau, propriétaire, présenté par MM. le docteur Harmand et
le commandant Delagrauge; — Carré de Malberg, lieutenant-colonel
d'élal-mîyor en retraite, présenté par MM. Maunoir et Daubrée; —
Prosper Ferrouillat, syndic de la presse départemeotale, présenté
pai* MM. Kunckel d'Herculais et le docteur Harmand; — Eugène-
MuDer Soelméo, propriétaire, présenté par MM. Ernest Bongrand et
Jacob de Neufville.
La séance est levée à 10 heures et demie.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
Séance du 19 mars 1880.
Publications de l'Hydrographic Department, âdmiralty.
Richard Hoskyn. — Sailing directions for the coasl of Ireland. Part. II.
Second édition. London, 1878. 1 vol, in-8°.
E. J. Bedfobd. — Sailing directions for the Bristol Channel. Third
édition. London, 1879, 1 vol. in-S**.
The Ghina sea directory. — Vol. II. Second édition. London, 1879. 1 vol
in-8«.
Australia directory. Vol. II. édition. London, 1879. 1 vol. in-8o.
H. R. Harris. — Tide tables for the British and Irish ports, for the
year 1880. London, 1 vol. in-S".
Tiic Admiralty list of lightj in the British Islands, in the North Sea, the
Baltïc and the White seas. On the horth and west coasts of France,
Spain, and Portugal. Azores, Madeira, Ganary islands, etc. In the Medite-
raneac, Black and Azof seas, and gulf of Suez. In the United States of
America. On the coast and lakes of British Norlh America. In the West
India Islande and adjacent coasts. On the west, soulh, and south-east
coasts of Africa, Madeira, Ganary islands, etc. In South America, wes-
tern coasts of North America, Pacific islands, etc. In South Africa. East
Indies, Ghina, Japan, Australia, Tasmnnia, and New Zcaland. Gorrected
to 31 st dccember 1879. London, 1880. 10 Broch. in-8«.
Admiralty ca/alogue of charts, plans, and sailing directions. London,
1879. 1 voL in-8o.
Gharts : N«« 57, 201, 233,648, 661, 664,668, 695, 711, 718, 815, 852, 853,
860, 873, 774, 875, 884, 896, 897, 952, 1037, 1038, 1056, 1192, 1314,
1771, 1845, 2052, 3323, -^324, 3619, 2691, 2762. 35 feuilles.
Hydrographic Department, Admiralty.
Adolf Bernhard Meyer. — Ausziigeaus den aufeiner Ncu-Guinea Reise
im Jahre 1873, gefiihr len ïagebiichern, Dresde, 1875. 1 vol. in-f\
Auteur.
L'exploraicnr, qui avait l'ethnographie pour objectif, a visité plusieurs points de la
baie du Geelwink; il a fait de fructueuses ascensions dans les Monts Arfak et n
traversé le continent Guinéen dans l'Isthme forme par le Mac Glucr Julet. 11 a
visité les îles de Jobi, Mysore, etc. — Gartes.
U. S. GOAST AND Geodetic Survey, WASHINGTON. — Pacific coast pilot,
coasts and islands of Alaska. Second séries. Washington, 1879. 1 vol.
in-4*. Garlile P. Patterson
582 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
Robert G. Carrihgton. — Lisl of light-houses and light-yesscU in BriUsh
India, includlog tbe Red sea and coast of Arabia. Corrected firom officiai
information to 1 •( february 1880. Calcutta. in-4«.
Marine scrvet departmeht, cALcriTi.
F. Y. Hatden. — Bulletin ofthe United States geological and geographical
survey of the territories. Vol. IV, number 3. Washington, 1878. ia-8".
Auteur.
Manuel Fernandez. — laforme lobre el r«Mw>cimiento del istmo de
Tehuantepec. Mexico, 1879. Broch. in-8o.
Renferme le rénoltal d'une mîMion «fexplontfiHi Mie en ynm àm percement de
l'islhme. Cartes topographiqoes et géologiques assex complètes pou* eelte région
h peine connue.
— Ferrocaril de Tehuantepec, Mexico, 1879. Broch. in>8o.
F. DE GARAT.
EwALD. — Die mittleren Kaufwerthe des àckerlands, der Wiesen und
der Weinberge iqi Grossherzogthum Hesseq. Broch. in-4''. Auteur.
Synopsis of the Statistics of Chile (Tableau sinoptique), 1878-1879. San-
tiago de Chile, 1878. Broch. in-8*. Baeon «'Avril.
J. Palmarts. — Projet d'exploratioa au Pôle Mord. Bruxelles, 1880. Broch.
in-8''. AunoR.
H. JouAN. — Aseensioa au pic de Ténérife. Gaen, 1880. Broch. iib^.
AUTBLR.
Récit de Ct^ltc ascension faite prndant nn^ relaie, atec ramnrqnes snr les i^iels
fféologiqoes el botaniques les plus frappMis. L'altitude ds pic est dn 3 700 «îires.
Richard Cortamrert. — Mœurs et caraet^es des penples ^Asie-Amé-
rique-Océanie). Paris, 1879. 1 vol. in-8". Aotrcr.
E. Ledrain. — Histoire d'Israël. l'« partie se terminant h la chute des
Omrides (887 ans avant J.-C), avec appendice par M. Jules Oppert.
Paris, 1879. 1 vol. in-32.
Ea évoquant les souTenirs des trois grandes nations phénicienne, assyrienne, égyp-
tienne, et en s'appuyant sur les nombreux reascignements géugraphiqpes. feuiMâ
par les auteun et voyageurs contemporains, il a été possible d*eiuciéBr «les
testes obscurs et de reconstituer l'histoire,
ÊUSÉB Reclus. — Nouvelle Géographie univ^selle; la terre et les )ioaiiiies.
Livraisons â91 à 294. Paris, 1880, Gr. m-^^ AsnuR.
Cape of Good Hope. Voies aad procediags ofthe législative Council. First
Session 1879. Cape Town, 1879. 1 vol. in-i». — Appeodix I, to vols
1, 2, 3. Cape Town, 1879. 3 vol, i»4'. — Appeadix H, vol. 1, S, Cape
Town, 1879. 2 vol. in-8*.
Rapport sur les projets de canaux interocéaniques, rédigé par M. Voisin-
Bey, au nom de la Commisiîon technique du GDBgrèfl intfrnitioMl du
canal interocéanique tenu à Paris du 15 au 39 mai 18T9. publié par la
RevUta de Obras publicas de Madrid. N*» 22, 23, 24 (1879), 1,2, 3, 4
(188G). Madrid 7 n« in-4«. VoisiN Bkt.
ÊaiLE BouciET. — Rappport fait à la Chambre des députés au aom de
la 2* Commission des pétitions sur la pétition du sieur Jean Dupuis,
OUVBAGBS OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 888
citoyen français demeurant à Han-Kow (Chine). Annexe au procès^verbal
de la séance du 14 juin 1879. Versailles, 1879. Broch in-4».
Jean Dupois.
, P. Brochet. - Mapa liistorico geographico de la America del Sur 1880.
1/8 000 000. Paris. 2 feuilles.
— Carta geographica de la provîncîa de Corrientes en la Republica Argen-
tina 1877. Corrientes. 6 feuilles. Autrhr.
Ed. Robert Flegel. — Map of the Bcnuê from Bjea to Ribago, as explo*
rcd by the Expédition under M. J. H. Ashkroft of the Church misslo-
nary society la London 1879. Gotha. 7 feuUle^. 4Cff^X*E*
pEPAftTMENT OF |Lands AMD Srrvey, Melbou^ni. — Cqntinental Australia,
Melbourne, 1879. 4 feuilles.
Séance du 7 mai 1880.
Ph. Tamizey de LARRoauE. «— Documents inédits surThistoire de franco.
l^ettres (Je Jean Chapelain, de l'Académie française. Tome premier.
Septembre 1632 — Décembre 1640. Paris, 1880. 1 vol. in-4o.
Œuvres complètes de Laplace, publiées sous les auspices de l*Académie
des Sciences, pat MM. le^ secrétaires perpétuels. Tomes I, If, III,
Paris, 1878. 3 vol. in-4«.
libjunion ^e la c(^lec^pp des mémoires du célèbre aatronome| c elle permet dfi com-
parer la forme déflhftiTe de la pensée de f àiiteur, aii)c '««dès kox^ùeltes il' slemi
préparc péadml de loayues «noées à ^eyer le monumeqt qui a rendu son Rom
inséparable de celui de l^ewton. » Publication duc à l'initiative dp son fils, le
génial marquis de Laplace-, paf 'suite de disposition testament lirè.
CoNSTA^îTiN DAP0NTE3. — Ephéméfi4es paces ou chronique de la Guerre de
Quatre ans (1736-1739). Publiée, traduite et annotée par ^mile Legrand.
Tome I texte grec. Parfs, 1830. | vol. Gr. in-8«.
Texte greo. — < Le manu^rU ^\ contient ce» éphéméri^es. a été décottY^^-jk ii»u» u^a
bibliothèaue particulière; U comprend 608 pages. L'auteur en a dccpuvert uu
autre à Yëni-Ke'ni, dans le Boiphore, chez un parlîctirrér, qui Xotii semblable
a» premier, no serait que le brouillon.
6. Devéria. — Histoire des relations de la Chine avec rAnnam-Yiétnanfi
du XVI* au XIX* siècle d'après des documents ehinois. Traduits pour la
première fois et annotés. Paris, 1880. Broch. îb-S*.
Ministère de l'Instruction publiouê.
En fournissant des documents pour éclairer cette étiide, ce trava'l comble une
lacune; car « les relations existent enco^) de lassai '{(suzerain t. Cette trad'iic-
tion du chinois a mis à jour dos pages intéresa^ntea, teUes ^ue <jles ^o^.os r^a-
tives au Tongkin et rexplication d'une ancienne carte cninoise.
Qpcumeats diplomatiques. Aff^^ii^^s d'£g^pte. Parif, 1880. \ vol. Gr. iii^f
MiNisT^fiE DES Affaires ^T^fNç|iR)sSé
il3(pp9iiion universelle mternatiooale de 1878. Comptes rendus sténogra-
phiques des Cçiij^/rès ejt Conférencç^ di^ palai? ()u Trocai^défq : C^j^gr;^!
intcpational d'Hygiène. — Congrès internatiooal d^ cQmf^^scQ ç] de
l'industrie. — Conférences internationales de statistique. — Congrès
584 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
international des Sociétés des amis de la paix. — Gingrès international
pour Tunlfication des poids, mesures et monnaies. — Congrès interna-
tional du génie civil. — Congrès international de médecine mentale.
Paris, i88U. 8 vol. in-8'.
Ministère de l'agricoltcre et dc commerce.
Répertoire méthodique de la législation des chemins de fer français.
Paris, 1879. 1 vol. in-^**. Ministère des travaux publics.
D. Carlos iBAfiez é Ibaûez. — Desciipcion geodésica de las Islai Baie-
ares. Madrid, 1871. 1 vol. Or. in-8^ Général Carlos Ibaûez é Ibaûez.
Quoique remontant k dix ans environ, cet important travail géodésiqne, reste on
type des |llu8 complets* Il était un précurseur des opérations auxquelles le même
auteur vient do se livrer en reliant la triangulation de l'Espagne a celle de TAI-
gdrio.
H. WlLD. — Annalen des physikalischen Central •Observatoriums, Jahrgang
1877. Saint-Pétersbourg, 1878. 1 vol. in-K
— - Roportorium fUr Météorologie hcrausgegeben von der Kaiscrlichcn.
Akadomio dcr Wisscnschaftcn. Band VI.Hcft I. Saint-Pétersbourg, 1878.
1 vol. in-4*.
Observatoire physique central de Saint-Pétersbourg.
Movlmenta délia navigazio.ne nei porli del Regno. Anno XVIII, 1878.
Ilomn, 1879. 1 vol. in-8».
Annali di Statistica. Série 2a. vol. là, 1880. Roma, 1880. 1 vol. in-8^
Ministère de Tagrigulture, de l'industrie et du commerce.
List of lights of the British Islands. Corrected to march 30, 1880. Washin-
gton, 1880. Broch. in-8^ U. S. Hydrographic office, Washington.
India-Wost Coast. The Coast from Kundari Island to Chaul, and the Har-
bours of Dabhol and Jaygad. Calcutta, 1880. Broch. in-8».
Marine Survey Department, Calcutta.
Reports from Her Mi\iesly*s Consuls on the manufactures, commerce, etc.
of their Consular Districts. Part I. London, 1880. Broch. in-S".
H6|)orts IVom Her Majcsty*s Secrctaries of cmbass; and légation on the
manufïicturcs, commerce, etc., of the countries in which the y réside.
Part I. London, 1880. Broch. in-8^. Jacques Amnould.
China. Impérial Maritime Cnstoms. III. Miscellaneous Séries : N« 6. Usi
of the Chineso lîghthouses, Hght^vessels, buoys and beacons for 1880.
(Corrected to 1 si Deeember. 1879). Shanghai, 1880. Broch. ia-4*.
SiânsTicAL Departmert, Siascmai.
Alexis Tillo. <— Exposé du nÎTellement Ando-Caspien exécuté en 1974
piir orUre de la Société impériale russe de Ciéographie et dc U sectioa
du Caucase* Saint -Ktcrshourg. 1877. Broch. Gr. iiwi*.
Société Impériale rcsse de Géocrahie.
WILUAM 0. CaostT. ^ Gontribulions to the Gcology of eastera Massaehir*
Mils. Ilosloin I88IK I toi iu-^.
BOSTOX SoaCTT OP SAiriAL IISTMT.
Aliw»$s FA\aE. «- I>«scHptiott gêolofique du canloa de Gcn^tc Ge-
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 585
Travail comiucncé ca 1841. Il contient uno dcsoription des terrains, des roches,
des particularitds inhérentes aux différentes parties du canton, une étude fur le
lac. Ce traité local est à lui seul tout un cours de géologie.
Cochinchine française. Excursions et reconnaissances. N** 2. Saigon, 1880.
1 vol. in-8^ Gouverneur de la Cochinchine.
Gabriel Gravier. — Étude sur une carte inconnue, la première dressée
par Louis Joliet, en 1674, après son exploration du Mississipi avec le
P. Jacques Marquette, en 1673. Paris, 1880. Broch. in-8". Auteur.
Cette carie ost « laj>remièrc qui donne un trncc des grands lacs et du cours du
Mississipi », trace rudimentaire, mais à côté duquel figurent aussi l'Ottawa, les
-grands lacs, le Wisconsin, l'Ulinois.
B. F. DE Costa. — Le Globe Lenox de 1511, traduit de l'anglais par Ga-
briel Gravier. Rouen, 1880. Broch. in-8o. Gabriel Gravier.
Ce globe est le plus ancien qui montre une partie du Nouveau-Monde, mais sans
mentionner ni Colomb, ni Vespucci. On y voit aussi la totalité de l'Amérique du
Sud.
Ch. Flahault. — Nordenskiôld. Notice sur sa vie et ses voyages. Paris,
1880. 1 vol. in-8«. Auteur.
LuiGi Hugues. — A. E. Nordenskiôld e le spcdizioni polari svedesi dali858
al 1879. Memoria. Casale, 1880. i vol. in-8o. Auteur
A. DE PiNA. Le comte A. de Pina. — Deux ans dans le pays des épices.
(Ile de la Sonde). Paris, 1880. 1 vol. in-8o. Auteur.
LÉON Alêgre. — La bibliothèque et le musée de Bagnols (Gard). Rapport.
Bagnols, 1879. Broch. in-4o. ' Auteur.
Ch. E. DE Ujfalvy. — Expédition scientifîiue française en Russie, en
Sibérie et dans le Turkestan. Vol. III. Les lîachkirs, les Vêpscs et les
antiquités finno-ougriennes et altaïques, précédés des résultais anthropo-
logiques des voyages en Asie Centrale. Paris, 1880. 1 vol. in-8".
Auteur.
Go volume comprend trois parties, qui n'ont pas do rapports entre elles : Une étude
sur les Bachkirs, commencée à Orenbourg et terminée au cœur de la Bachkirie;
une autre sur les Vépses ou Thoudes du Nord, peuple sur le pomt di; disparaître,
possédant des légendes et des superstitions rappelant le paganisme; un Itistoriquc
de l'archéologie finno-oegrienne et altaïque, où l'auteur a fait ressortir les mé-
rites des découvertes de plusieurs savants russes contemporains.
Compagnie des chemins de fer de l'Est. Assemblée générale des action-
naires du 27 avril 1880. Rapport présenté par le conseil d'administra-
tion. Paris, 1880. Broch. in-4". Bertrand.
Auguste Nicaise. — Le cimetière franco-mérovingien de Hancourt (Marne).
Note sur une coupe en terre cuite de l'époque du bronze. Chalons-
sur-Marne, 1879. Broch. in-8o. Auteur.
Féris (Le D'). — Étude sur les climats équatoriaux en général. Broch.
in-8°. Auteur.
Daurréë. — Discours lu dans la séance publique annuelle de l'Académie
des Sciences du !•' mars 1880. Paris, 1880. Broch. in-4°. Auteur.
0. Gelpke. — Die lelzten Riclitungsverificationen uad der Durchschlng
am grossen Saint-Gothardtunnel. (Extrait de la Zèitschrift fur Vermes-
sungswesen), Broch. in-8o. Auteur.
586 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.
M. LiNDKiiiLif. — Die Seefischereien, ihre Gebiete, Betrleb uo(} Ertfâge
in den Jahren 1869-1878, (Ergânzungaheft n" 60 zu « Petefmann's Mit-
theilungen »). Gotha, 1880. Broch. in-4o. h P6B'VHS&.
T. W. UiGGiNSON. — Histoire des États-Unis racontée à la jeunesse, tra-
duite par G. Ovrée et A. Varembey. Paris. 1 vol. in-8«. G. Ovrâb.
Cet abrëf^ë est mis à la portée de tous. Il commence aux habitants i>rimitifs, h
Tarrivée de Christophe Colomb et aux preniers explorateurs de l'intérieur. Il re-
trace la période coloniale des temps hollandais, les guerres franco-indiennes, la
déclaration de Tlndépendance, et conduit jusqu'à la guerre civile.
Matériaux pour l'histoire primitive de Thomme. ^ série. Tome XU i880.
1^ et %* ijvraisous. Paris. Broch. in-S**.
J. Yak Raenbohck. — Relations commereiales entre Gérard Hercator et
Gbristopl^e Pl^ntia à Anvers. (Extr. des BuUetiui de Ut SqçjidU 4i Géo-
graphie d* Anvers). Anvers, 1880. Broch. in-S».
Rapport mensuel no 88 du Conseil fédéral suisse sur Tétat des travaux de
la ligne du Saint-Gothard au 31 mars 1880. 2 feuilles în-f".
Conseil fédéral suisse*
LÉOUZON LE Doc. — Vint-neuf ans sous T^pile polaire. Souvenirs de
voyage. Le renne, Finlande-Laponie. Iles d*Aland. Paris, 1880. 1 vol.
in -8". AoTEUR.
Souvenirs d'un séiour prolongé es Finlande, et m jLa^oDje, où Vautfiur 4 ;^rtc^ slas
particulièrement ses relations avec la société russel qu'il k j^réquêntee pendant
plusWurs années, et quelques voyages pittoresque^ pehdant l'hiver.
Otto Delitsch — ^ Bevôlkerungszunahme un4 Wohnortswechsel. I^ine
statislische Skizze. (Extr. des Petiermqnn's fïittheilungfin 1880. Qeft
IV^ BrQch. in-4o. Acteur.
American Society of civil engineers (vol. IX, Januaryl880). Discussions on
Inter-Oceanie canal-projects. 1 vol. in-80.
I^ORDfiNSKidLD. — Lettres racontaut son expédition à la dépouverte du
passage Nord-Est du pôle nord. Ave(f uq« p«4facç de M. Daubréc.
Paris, 1880. i vol. in-8». !>aEYFas épitecr.
Association interoatiooale a|ricaia#« Comité pational b^lge. Séance
publique du 1" mars 1880. Bruxelies-ptterbeek. 188Q. Broch. in-f.
ÉI4SÉÇ Reclus. — Nouvelle g6qgr?iphie lipiversellç. î^a terre et les
liommes. (Livraisons 295 à ^05). Paris, 1880. Gr. in-^o, iUTEUR.
Le fb. MARCELLiN-If ARip: (Boiizfoux). — Notice explicative (}U cosm^uto-
graphe, 01^ appareil rp^tif et 4émonstralif des mouvements de la terre
et de la lune par rapport au soleil, Cayenne, 1880. Brpcb. in-$^.
L. P)S FoLiN, ET L. Perrier. — Lcs fonds de la mer. £tude international^
sur les particularités nouvelles des régions sous-marines. T. lU, livrai-
sons U à 21. Paris 1879. proch. in-8°.
Gustave Vallat. — Livings^one. Poème, Paris, 1880. Broch. in-8*.
Auteur.
Anatole BQbin. — B^PPPr' f:^U à H société de Géographie commerciale
de paris sur les ressources agricoles et inj^ustrielles de Ja Palestine.
Paris, 1880. Broch. in-8". Autkor,
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCJfTÉ. 587
Les produits agricoles et ceox des mines ne penrent être exploités qn'en eféant
des QOfsns de eonmranication. Proposition ae cooslraire un cfaemin de Cnr de
Jaffa à Jérusalem, et d'établir un port à JaiEi, qui en a le plus grand besoin.
FÉais (pr). La côte des esclaves comprenant les Popos, le Dahomey et les
colonies anglaises de Lagos et de Quittah. Paris, 1879. 1 vol. in-S"*.
AUTEUB.
AMmmi. (K. C). -~ Marco Polo. Oeffenilicher Yortrag gefaalten in der
geographisch-commcrziellen Gesellsdiaft in Sainl-Oallen. Soricli, 1879,
Broch. io-^. AUTBUB.
Adresses at the Lesseps banquet, given at Debiionka*6, Marcb i* 1880.
New York, 1880. Brocb. ia-8».
SuavETOK GENERAL OF lifDU. — Map of the two roQtes to Kabul via Jelabard
and via the Kuram Valley. 1 inch. 4 miles. Calcutta, OcK^ombor W9*
(2p édition). 1 fewlle. SuRvcTOft geheral^s Office of Inpia.
D£pôT DES FORTiFiCATiexs. — Carte do France à l'échelle 1/500 000,
feuille YIU, Paris, 1880. 6 feuUles. Dépôt des fortifications.
Alph. Fayre. — Carte géologique du canton de Genève. 1/2500. Win-
terthur, 1878. A feuiUes. AUTEUR.
Carte de Tlle de Ténérifie, la première indiquant les chemins royaux*
Paris. 1 feuille.
Plan de SaiotrCroix de Ténérifie, capitale des lies Canaries. pariSi 1878. 1 C
Carte archéologique de Jérusalem. 1 feuille.
A. Jour DAN. — Carte des environs d'Alger au 1/20 000. Alger» 1880.
1 feuille. AUTKUM'
A. h LoFTOS. — M0->Nam Bang-Pak-Koog. S"* 1,2 et 3. Londpn, 1877.
3 feuilles. AUTEUR.
Marifie-Sorvey-Department. — Patani bay ; gulf of Sîam : HtUy Cape to
Lacon Right; Singoraroads; LaconBight to Lcm Cliong PVa. CalcuUa,
1878. 4 feuilles. Marine Surtet Dt:pARTMBXT, Calcuta.
5e«fk^</il'2i mai 1880.
Fr. Galion. — Hints to travellcrs. 4« édition. London. 1878. 1 vol.
iQ>12. James Jackson.
Dr P. Kandler. — Notizie storiche di Montxma. Triestc, 1875. Broch.
in-8«.
— Pirano. Monografia storjca. Parenzo, 1879. Broch. ln-8^
— r Notizie storiche di Pola. Edite per cura del Nunicipio. Pa-
renzo, 1876. Broch. in-8*. auteur.
C. DE Franceschi. — L'Istria. Note storiche. Parenzo, 1879. Broch. ia-8'.
J. POLAK. — Persien. Das Land und seine Bcwohncr. Leipzig, 18C5. 2 vol
in-8*. Ch. Maunoih.
C P. K. WiNCKE. — Essai sur les principes régissant ra4mim8tration de
la justice aux Indes Orientales hollandaises. Samarang et Amsterdam,
1880. Broch. in-8«. Auteur.
EouARDo Olivera. — Estudios y viages agricolas en Fraocia, Alemania,
Holandiay Belgica. Buenos-Aires, 1879. 2 vol. in-8«.. Ai'TKi'R.
5.88 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ
tarif gé^érai des doCes. tr'^a B:och~'"" ''''"""'T ''
Les points traités sont • -!• les A\fîir»\\A. « AUTECR.
rieur de l'Afrique; go' jj, ÏLdefro^^^^^^ Européens dans l'inté-
EoHo«o 0„XK.v. - u Perse. Pa,s. ISSaloch iS. "^
rftUiTF F T»p I A c,,,, Dreyfous, éditeor.
Broch iS. " '''«'•cAeo^/e de ;« Drame). Valence, 1880.
de Pans, pour 1 année 1879. Paris, 1880. Broch. in-4o. i„„i,„
ignaler : l'extension des terrains ocncds
es des élèves astronomes; la distribution
0 nstrononiiqiie.
Uplace. - œuvres complètes de Laplace, publiées sous les auspices de
1 Académie des Sciences, tomes 1, g) 3. Paris, 1878. 3 vol. in-4«.
, „ . ^„ Marquise de Colbert.
J.-B.-A. BRouiLLET. - Mémoire présenté à la sacrée congrég'ation de la
propagande sur les missions indiennes aux États-Unis et sur le bureau
catholique. Rome, 1879. Broch. in-S'». Auteur.
A. Germond de Lavigne. — Itinéraire général de TEspagnc et du Portu-
gal. 3" édit. Paris, 1880. 1 vol. in-12. adteur-
M. F. RiBEiRo. — As conferencias e o itinerario do viajanle Serpà Pinto.
Estudo critico et documentado. Lisboa, 1880. 1 vol. in-8". Auteur
Emile Rocher. — La province chinoise du Yùn-Nan. Paris, 1880. 2 vol.
^ ^'' ^"-«^- AUTEUR.
B. Statkowski. — Problèmes de la climatologie du Caucase. Traduit
du russe. Paris, 1879. 1 vol. in-8o.
L'auteur « occupé de l'élaboralion d'un projet do cliouiin de fer devant traverser 1
L-vJit P//TP\''' ^n Ç^"^«s«' «"«^iant Tiflis à la ligne de Rostow-Vladi-
kavkaz, étudie à quelle hauteur peut être élevée la voie projetée, sans danccr.
par rapport aux tourmentes de neige. » i* j . ua «j, .
D' R. ANDREE. — Allgemeiner Hand Atlas. Bielfcld et Leipzig, 1880. l'« li-
vraison. In-fol. TOLHAUSEN, CONSUL DE FRANCE.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 589
* Séance du 4 juin 1880.
M DÉCHY. — Dcr Mont Blanc und seine Erstoigung von Gourmayeur.
Bern, 1878. Broch. in-12.
— Bericht ûber den interHationalem Gongress fur Handeisgeo-
graphie zu Briissel, 1879. Wien, 1879. Broch. in-8'».
— A topographiai Térképek. Budapest, 1879. Broch. in-8'.
AUTEUR.
M. BouÉ. — Extrait de la note intitulée : Documents sur l'origine de la
Société géologique de France. Broch. in-12. Auteur.
Stanford Fleming. — Papcrs on time reckoning. Toronto, 1879. 1 vol.
in-12. Auteur.
Association internationale africaine, n. 3, 1880. Broch. in-8\
Contient une étude sur les maladies et*racc1imatement des Européens dans l'Afrique
intertropicale. Considérations physico-médicales sur les caractères de la fièvre, do
la dysscnterie et des maladies locales.
Cochinchine française. Excursions et reconnaissances, n. 3, Saigon, 1880.
1 vol. in-8''. Gouverneur de la Cochinchine française.
Principaux mémoires: élude sur la propriété foncière rurale; le commerce du
Yunaani; le projet d'un canal entre la Vaïco et le Cua-tiea; rccherciies relatives
à l'âge de pierre et du bronze en Indo-Chine.
MiNISTERO D'AGRIGOLTURA, INDUSTRIA E COMMERGIO. — Statistica dclla mor-
bosita ossia frequcnza e durata délia Malattie. Roma, 1879. — Movi-
mcnlo dello stato civile, anno 1878. 2 vol. Statistica délia emigrazione
italiana ail* Estero, nel 1878. Roma, 1880. 3 vol. in-8».
Ministère d'Agriculture d'Italie.
A. DE Quatrefages ET T. Uamy. — "Los crâncs (les races humaines. Paris,
1878-79. 9 livraisons gr. in-4'. Ministère de l'Instruction publique
D. COLLADON. — Notes sur les inconvénients et les difficultés du tunnel
étudié sous le Mont-Blanc. Genève, 1880. Broch. in-8''. Auteur.
Avantages de ce tunnel : tr.icé le plus bas do la chaîne entière des Alpes ; commu-
nication directe avec l'Orient et l'Italie ; position intermédiaire entre la ligne du
Mont-Cenis et celle du Saint-Gothard.
ELISÉE Reclus. — Nouvelle géographie universelle. La terre cl les
hommes ; livraisons 308 et 309. Gr. in-8". Auteur*
SiDNEY F. Shelbourne. — Interoccanie ship-canal. San Blas route. New-
York, 1880. Broch. in-8o.
— A comparative view of the Panama and San Blas routes for an
interoceanic canal. New-York, 1880. Broch. iu-8o.
Société géographique de New-Yokk.
Commandant Perrier. — Mémorial du Dépôt général de la Guerre. Dé-
termination des longitudes, latiludes et azimuts terrestres en Algérie.
2« fascicule. Paris, 1879. 1 vol. in-l". Dépôt de la Guerre.
Tableaux des opérations qui ont servi ik déterminer le trianjjle : Donc. Al^cr, Nemours;
elles ont été accomplies dans dos conditions atmosphériques f.ivorablo.*. Chaque
station a éié rattachée k l'un doscôlds du parallèle ^éudé.<i<{ lo p;irnn seul fiang^lo
bien conformé.
590 ODVaAGES OFFERTS A LA flOCIÉTÉ.
J. Rivoli. — Die Serra da Estrella. (Ergânzungshefl, n. 61, za D' A. Pe-
termann*s Hitterlungen). Gotha, 1880. Broch. in-i*. JrsTrs Pebtmes.
Rapport mensuel du Conseil fédéral suisse sur Tétat des traïaux de la
ligne du Saint^Gothard, au 30 avril 1880. 5 feuilles io-foL
COXSEIL TÈbÈMkàL SUISSE.
Le comte de Mars y. — Le musée Vivenel, à Complète. Paris, 188Û«
Broch. in-8«>. Arrsrm.
Le D' DuTRiEUX. — Contribution à l'étude des maladies et de racclimata-
tioa des. Européens dans TAfrique intertropicale. Gand, 1880. Broeh.
in-8*. AcTECB.
P. FoiiTAiNE. ^ Les livres de marine et de Davi^tiiin. Paris. 1880. Broeh.
in-S*. ArrECX.
IxsPBCTOR GENERAL OF CcsTOMS. — Retums of and reports on tnde at
Ihe treaty-ports of China, 1869 à 18 i 8. ShangaL 8 Tofaiiiies el i bro-
chures in-4o. LÊCAT10X FBIXÇAISE a PÉK13I.
Dents de Rivoibe. Mer Bouge et Abyssinie. Paris, 1880. Brochure
in-12. ArTEri.
Dr JcLios Petzholbt. — BîMiotheca bibliographica. Leipxif , 1868. 1 yoL
gr. in-8. ACKTi.
G. N. Sathas. •— Documenls inédils relatifs à Thistoire de la Grèee an
moyen âge. i^ série, t. 1*. Paris, 1880. 1 vol. gr, în-^. AUTCCR.
« La {^oçraphje de la Grèce aumo^eA âge a été oial cooaoe, par cette nisoa qw ai
les ancienaes doscriptioiis de la conlrêe, ni les portahiis frecs et TeoUieiis, qui
Bons soat panrenas. a'oot été pabKés. » Ce pnwûer TolHaK eisÉâcBl ■■ portaba de
Mofée (texte latin), qn'oo enut exécnlé par le véoitiea Battista Palaew ; i a éto
ilécoarert à 'a btblîolhèqae Saint-Marc.
S. B. Fraxcux. ^ ^ona kland. K* 866. Washington, 1880. 1 feoiUe.
HTBRO€RAPinC omCE, WASimiGTOV.
J.-T. Bamici. — Afrique physique. Ech. 1/^,000000. Paris, 1880.
1 feuille. AuTECH.
F. V. HATDE5. — Parts of western Wyomin^; part of central WyomiDg;
Tellopstone national park and a Drainage map of Wjoming, Idaho and
l'tah. Xew-\oriL, 1879. d feuilles. Acteur.
{A suivre,)
Le gérant respousablCy
C MAimoiB,
Stcftflatre fâiéral de la C— wgioa coatra^e ■
TABLE DES MATIÈRES
CONTENDES DANS LE TOME XX DE LA VI'' SÉRÏE
(juillet à décembre 1880).
I. — Mémoiros et IVoflees.
D' Pan AGIOTES Potagos. — Voyû^« à rouest du Haut Nil 5
D' Al'CI'STIN BfeiHJGiS. — B©«x semaines à Bang-Kok (fin) 51
G. P. H . ZiMHERiiANN. — La rivière de Surinam 97
Veniodkoff. — Hincrffirc dan« le Turkestan afghan, par le colonel
Grodékoff (avec carie dans le texte) 126
Général RibouKt. — Notice sur Tahiti 142
Alphonse PiNART. —Voyage on Sonera 193
G. Latruffe. — Les monts Aourès 245
Charles de Rouvre. — La Guinée méridionale indépendante : Congo,
Kaconpro, N'goyo, Loango, 1870-1877 289, 401
Carla Serena. — De Petrowsk à Astrakhan. Devet-Faat, le Volga,
les Kalmùcks 8^
S. Cantagrel. — Les routes commerciales du globe 3^J7
Df lÏAMif. — Rapport sur le développement des collections ethnogra^
phiques appartenant au Ministère de Tlnstruction publique 352
CoiLLARD. — Voy-ige au pays des Banyais et au Zambèse 385
H. de Castries. — Notice sur la région de l'Oued Draâ 497
G. VÉLAiN. — Notices géologiques sur la haute Guyanne française,
d'après les explorations du docteur Grevaux 520
II. — Com«iitiileaiiAn0.
L. Bert. — Récents phénomènes volcaniques observes à l'île de la
Dominique (Antilles anglaises) 69
Daubrée, de l'Institut. . — Examen des poussières volcaniques tom-
bées le 4 janvier 1880 à la Dominique, et de l'eau qui les accom-
pagnait 72
Antoine d'Abbadh:, de l'Institut. — Préparation des voyageurs aux
observations astronomiques et géodésiques 75
Baron G. de Contenson. — Les reetes de Christophe Colomb 169
U. OuvETRiER. — La question des sources du Dhiôli-ba (Niger) 529
III. — Complefl rendu A d^oarragefl.
E. Gortambert. — Rapport sur les appareils d*horlogerie géogra-
phique de MM. César Pascal et Steyert 79
L. DiiNOYER DE Ségonzag. — La province chinoise de Yun-nan, par
M. E. Rocher 177
E. G. Rey. — Description géographique, historique et archéologique
de la Palestine, Basse Galilée, par M. Victor Guérin 366
L'abbé Durand. — Les conférences et l'itinéraire du voy<igeur 8crpa-
Pinto 370
592 TABLE DES MATIÈRES.
J. Thoi'lct. — Cavelier de la Saile et la déeooYerte du Mississipi,
d'après Voam^e de M. Pi<>rrc Marçry 435, 533
Coloael VEsnoCKorr. — Rapport sur l'explorAtioa de la Turcomanîe
méridionale 455
Dacbrêc, de Tinstitut. — Deacartes, l'un des créateurs de la cosmo-
logie et de la géologie 556
— — La carte des Alpes par M. A. Cimle 557
E. M. NuLLEt. — Aperçu sor le Kouldja. Extrait d'ane lettre au
Secrétaire général 83
Maurice Dcoit. — Voyage à l'Himalaya. Lettre au Secrétaire gé-
nérai 85
D' MoxTAXO. — La rivière Sagaliud et les Bouli-Doupis, lie de Bornéo
(avec carte dans le texte) 182
C. WIC5ER. — Ascensions de M. E. Wbymper dans les Andes. Lettre
au Secrétaire général ^8:2
— . — Routes dans l'intérieur de la République de l'Equa-
teur 456
P. DCFARQOET. — Le Damaraland. Résomé de deux lettres à l'abbé
Durand 459
D' Lexz. — Voyage an Soudan occidental. Extraits de deux lettres
à M. Duveyrier 462
Locis Bert. — Lettre au Président ds la Conunission centrale 464
Dr J. HarmA!id. — Note relative à l'anthropologie du Tong-King. . . . 465
J. Thomsor. — Voyage au Nyassa et au Tanganyka. Lettre a M. C. Le-
doulx, consul de France à Zanzibar 560
C, Ledoulx. — Nouvelles de l'Afrique orientale 564
G. Revoil. — Voyage au pays des Çomalis. Lettre au Secrétaire
général 566
D' CouN. — Le phénomène du mirage dans le Sahara algérien.
Lettre à M . Davannc 568
Liste des souscripteurs en faveur de la famille de U. Hertz 570
▼. — jRetefli de la 9oeié(é.
Procès-verbaux des séances 87, 374, 46S 472
Ouvrages offerts à la Société 94, 19:2, 286, 379, 475 581
Caries.
D' Panagiotes Patagos. — Esquisse d'un itinéraire à l'ouest du Haut
NiH876-1877, 1/8000(K)0-.
G. P. H. ZiMMERMANN. — Coufs inférieur du Surinam.
Alphonse Pihart. — Voyage en Sonora (Mexique), 1879.
On. DE Rouvre. — Factoreries de la côte occidentale d'Afrique, au nord
et au sud de l'embouchure du Congo, 1877. 1/^500000'.
Itinéraire de H. ctM'°(' Coillard, du pays des Bassoutos au Zambèse.
Carte pour suivre la relation des voyages de Cavclicr de la Salle, 16G0-
1682.
H. DE Castries. - Oued Draâ (Maroc) 1/1,000,000.
PARIS — IMPRIMERIK EMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.
\
■^'».'